LIGNE XLVI
(97) Le pays haut et le pays bas, c'est-à-dîre, la haute et la basse Egypte.
Le roi est ici désigné comme il ne Fa pas encore été ; ce n'est plus ^oLaïkiiùç toD . • . 'Eiriçavou;; mais ^0Laiké<ùç toîï emçavYÎ xoiYiGavTo; r/jv X'^?^''' Où jo^© évidemment sur le titre même du roi, 'ExKpavv);, en rapportant au pays sa propre épithète ; et, comme ici elle n'a évidemment pas d'autre sens que « illustre, éminent, éclatant », on peut douter que le surnom Épiphane ait, comme le pensent Visconti (v. note 8) et d'autres savants critiques, le sens de « manifesté, toujours présent » ; T. II. 22
elle signifie plutôt, très-distingué, illustre entre les autres, dans le même sens où Diodore de Sicile a dit dlsis et Osirîs qu'ils étaient émçavÉGTaToi Seoi (1, 17). En effet, quand les Latins ont eu à rendre les épithètes eTriçxvYi; et èiriçavéfjraToç, ils ont employé les adjectifs fiobilis et nobilissimm. Par exemple, saint Jérôme traduit Tépithète d'Anliochus Épiphane , par quinobilis appellabatur (Macch. II, 7, 4). Philostorge traduit le titre N(oêe>.i«j<7ip;, par £7riçavé<7TaToç (VIII, 8); Licinius Saloninus et Constance Chlore, Nobilissimi Cœsares ^ sont appelés, dans Jes inscriptions (ap. Spon,M5c., p. 355; Bôckh, Corp, iriser., n° 1522), imçavfoTaTo; Kawap. Ces exemples tirent une grande force du passage de notre inscription , et indiqueraient dans quel sens on prenait ce titre S! Épiphane, donné aussi à quelques rois de Syrie, de Parthie, de Bithynic et de Cappadoce.
(98) Tr)v Tpiajta^a toO Me^opT). Le texte porte TOTTOY. Mais ce ne peut être qu'une inadvertance du graveur. La même faute existe dans le décret des Sigéens (1. 26 ap. Cbishull, Ant, As.^ p. 52) où Upéw; toutou pa(7i>.6w; est par erreur pour Tou paçi>.e(o;. On a écrit aussi TPIANAAA pour TPIA- KAAA. Cette faute n'est remarquable qu'en ce qu'elle montre que le graveur chargé d'écrire l'inscription n'était pas un Grec; ce que prouvent également les autres fautes qu'il a commises, comme EISnOPErOMENOI (1. 6) pour EISII; XONOT (1. 23) pour XPONOY; *IAIIIATOPQN (1. 37) pour <l>IAOn.; I3PÛN (1. 35) pour lEPÛN ; ASHIAOEPAÛN (1. 44) pour ASniAOEIAÛN; 0TEIAS (1. 50) pour OY- SIAS, etc. 11 faut y joindre la confusion perpétuelle des A, A et A. Ces fautes, qui altèrent si profondément la forme et la nature des mots, et en font des barbarismes intolérables pour une oreille grecque, annoncent que celui qui les a commises était étranger à la langue hellénique. D'autres inscriptions, sans doute, présentent des fautes de graveur; mais je ne crains pas de dire qu'elles ont un caractère tout différent; elles tiennent à la prononciation, à l'orthographe; ce sont des omissions qu'on n'a pas réparées, pour ne pas endomma-
ger la pierre; mais on peut assurer que jamais un Grec n'a pu écrire, par exemple, TPIANAAA, ni ISPÛN. Il me parait donc évident que c'est un Égyptien qui a tracé Finscriptien sur la pierre ; et remarquons qu'indépendamment de la nature des fautes, le fait en lui-même est très-probable. On pouvait difficilement songer à charger un Grec de graver les hiéroglyphes, et surtout les caractères démo tiques, si difficiles à discerner pour un étranger; on devait prendre un homme du pays; il était alors tout simple de charger le même graveur de tracer aussi les caractères grecs, dont les éléments sont si simples et. si faciles à reconnaître.
(99) La célébration annuelle de la naissance des rois était un usage égyptien. Un fragment d'flellanicus de Lesbos fait mention de cette cérémonie sous le règne du prédécesseur d'Amasis, Apriès, qu'il appelle Patarmis, Yeveô>.ia gTriTeXoDvTt IlaTapfM^t (ap. Athen. XV, p. 680 c). Cet usage existait également dans l'empire Perse, comme l'atteste Platon : ^xaîkétùç Y«véô>.ia oiizxfsx Owei xal éopTo^ei t) Adia [Alcib, I, p. 121, C ; cf. Hérodot. I, 133).
(100) La fête des généthlies se célébrait le 30 Mésori ; ainsi le roi était né ce jour-là. C'est donc par un pur hasard que la célébration tombe le 30 Mésori. Il n'y a là aucun de ces rapports astronomiques que l'on a rattachés à cette date; de même, le 1 7 Méchir, n'étant le jour de l'avènement d'Épiphane que parce qu'il est celui de la mort de son père, se trouve seulement par hasard tomber la veille de l'équinoxe. On ne peut rien en conclure pour l'époque ordinaire du couronnement des rois.
La destruction de la fin de cette ligne serait fort regrettable, puisque nous perdrions par là une des indications chronologiques les plus importantes, à savoir celle du jour où Épiphane a reçu la couronne de son père, et par conséquent celui de la mort même de Philopator. A la vérité, nous avons à la 1. 8 la date du décret rendu le 18 Méchir à l'occasion du couronnement ; et tout indique que la cérémonie a dû précéder de peu de jours le décret ; mais de combien? c'est ce qui était exprimé dans la partie détruite.
Heureusement le texte démo tique a conservé intact ce passage important. Selon ChampoUion, l'égyptien porte a pareillement y le XVII de Méchir, dans lequel on célèbre les fêtes de la prise de possession. » Ainsi, en lisant [t7)v toG Me^^eip é7PTaxaii«taTov] ce qui remplit exactement la place, nous sommes certains d'avoir reproduit exactement les mots grecs qui ont disparu .
Dans son admirable mémoire inédit sur la notation hiéroglyphique des années, mois, jours, heures, qui vient d'être si heureusement retrouvé, ce grand philologue, par la comparaison des deux textes hiéroglyphique et démotique, a démontré que, dans le premier, le sculpteur s'est trompé de signe, en mettant celui de la végétation, au lieu de celui de la récolte; ce qui donnerait le mois de Phaophi (1). Tout ce qu'il dit à cet égard emporte la conviction.
Un argument irréfragable, d'un ordre tout différent, vient à l'appui des raisons philologiques qu'il a présentées. En effet, si le jour du couronnement eût été le 17 Phaophi, il y aurait eu quatre mois d'intervalle entre la cérémonie et le décret rendu à cette occasion, le 18 Méchir (quatre mois après). Mais qui pourrait comprendre que des députations, venues de tous les temples de l'Egypte, eussent séjourné à Memphis quatre mois entiers, pour rendre à Épiphane un honneur qui ne pouvait avoir de prix et d'objet que dans le moment même?
Le texte, qui n'établit qu'un jour d'intervalle entre le couronnement (le 17) et le décret (le 18), est donc parfaitement conforme à la vérité. C'est le lendemain même que les prêtres rendent à Épiphane les honneurs qui lui sont dus ; et, peu de jours après, ils ont pu retourner, chacun dans le temple où il était attaché, vaquer aux devoirs de son état.
Assurément la c(mjecture de ChampoUion n'avait pas besoin de cette confirmation nouvelle. Cependant la coïncidence des preuves d'un ordre différent a toujours quelque chose de
(1) [Nous n'avons pas reproduit les sigties des deUx mois, paophi et méchifi]
satisfaisant pour les esprits qui aiment la vérité , et qui savent en discerner les caractères.
Il me parait bien peu probable que le rédacteur grec ait rectifié Terreur qui se trouvait dans les hiéroglyphes. Puisqu'il donne la vraie date, c'est qu'il n'a pas eu à traduire un texte fautif; l'erreur n'est pas non plus dans le démotique. Ainsi nous pourrions conclure de cette seule observation que le texte grec est le premier, le démotique le second, et que l'hiéroglyphique a été traduit en troisième sur celui-ci. C'est ce qu'une analyse plus complète de l'un et de l'autre pourra confirmer plus tard. Dans l'incertitude qui les enveloppe encore, il faut signaler tous les indices aux explorateurs, et attirer leur attention sur tous les points obscurs.