‹ uvres choisies de Bernardin de Saint-PierreChapitre 33 sur 38 · VŒUX POUR LE PEUPLE · texte numérisé non relu

VŒUX POUR LE PEUPLE

celui de communes, qu'il a eu de tout temps, aiin qu'il leur rappelle à tous l'intérêt commun. Salas populi suprema lex estol Que le salut du peuple soit la loi suprême !

De bons patriotes , touchés du sort malheureux des gens de la campagne, ont proposé d'en faire un corps différent de ceux des villes ; mais on doit bien s'en garder. La division en corps entraîne la division en intérêts. Les paysans doivent être suffisamment représentés dans les assemblées provinciales et dans l'assemblée nationale ; leurs demandes doivent y être mises au premier rang; mais il me parait fort dangereux d'y distinguer les communes des campagnes de celles des villes, car leurs intérêts sont les mêmes : le commerce des villes ne prospère que par le travail des campagnes , et le travail des campagnes que par le commerce des villes.

La puissance d'une nation dépend de son ensemble. Les branches supérieures d'un arbre peuvent diverger, mais non pas les fibres de son tronc , qui doivent être rassemblées sous la même écorce. Si on pouvait diviser le tronc d'un arbre en branches , on ne ferait d'un chêne qu'un buisson; mais si on réunissait toutes les branches d'un buisson dans un seul tronc , d'un buisson on pourrait faire un chêne. Ce sont des images bien naïves de ce qui est arrivé à plusieurs États. Que de royaumes sont devenus buissons dans de vastes terrains , parce que leur tronc ne s'y ramifie qu'en nobles ou en prêtres! Voyez l'Espagne et l'Italie. Que de républiques et de monarchies sont devenues des chênes, des cèdres et des palmiers , dans de petits terrains, parce que la noblesse et le clergé s'y sont conglomérés avec le peuple, et n'ont eu avec lui qu'un intérêt commun! Voyez la Hollande et l'Angleterre. Rappelez-vous la force de l'empire romain , où les nobles ne connaissaient de gloire que celle du peuple.

Je le répète, la puissance d'une nation dépend de son ensemble : les malheurs de notre peuple sont venus de ce que le cierge et la noblesse, y ont fait deux ordres séparés de ses intérêts : ces maux n'ont commencé à s'affaiblir que quand

Page 1