AU PAPE INNOCENT XI
Nous ayons souvent ouï dire au roi, très-saint Père, <|ue Mgr le Dau- •phiiii étant le seul enfant qu'il eût, le seul appui d'ui^e si auguste, famille et la seule espéiance d*un si.grand foyaudie, luidevoit ôti^ bien cher^ mais qu'avec toute sa tendresse il ne lui «ouhaitoit laTie .que pour faire des actions dignes de ses ancêtres et de la place qu'il 4e voit remplir^ et qu'enfin il aimeroit mieux ne-.Paveir-pas que de)e voir fainéant et sans vertu.
' -C'est pourquoi, dès que' Dieu lui eut donné ce prince , pour ne le pas abandonner i la mollesse, où tombe comme nécessairement un enfant qui n'entend parler que de jeux, et qu'on laisse trop longtemps languir parmi les^ caressée des femmes et les amusements du premier âge, il résolut de le former de bonne heure au travail et à la vertu. Il voulut que dés sa plus tendre jeunesse, et pour ainsi dire dès le berceau, il apprit premièrement la crainte de Dieu, qui est l'appui de la vie humaine, et qui assure aux rois mêmes leur puissance eï leur majesté « et ensuite toutes les sciences convenables à un si grand prince, c'est-àdire celles qui peuvent servir au gouvernement, et à maintenir un royaume; et même celles qui peuvent, de quelque manière que ce soit, perfectionner TesprU, donner de la politesse, attii'or à un prince l'estime des hommes savants, en sorte que ISgr le Dauphin pût servir d'exemple pour les mœurs, de modèle à la jeunesse, de protecteur aux gens d'esprit, et en un mot se montrer digne fils d'un si grand roi.
La loi qu'il imposa aux études de ce prince, fut de ne lullaisser passer aucun jour sans étudier. Il jugea qu'il y a bien de la différence entre demeurer toiTt le jour sans travailler et prendre quelque divertissemeilt pear relâcher l'esprit. Il faut qu'un enfant joue et qu'il se réjouisse, cela l'excite ; mais il ne faut pas l'abandonner de sorte au jeu et au plaisir» qu'on ne le rappelle chaque jour à des choses plus nérieuses^ dont l'étude seroit languissante si elle étoit interrompue. Gomm0 toute la yw des princes est occupée, et qu'aucun de leurs jourt n'est exempt de
f . Cette lettre et la dëdicncc au Dauphin ont été compeséis d'abord éo latta par Bossaet.
BossuiT. — I 1
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^ands soins, il est bon de les exercer dès l'enfance à ce qu*il y a de plus sérieux , et de les y faire appliquer chaque jour pendant quelques heures; a6n que leur esprit soit déjà rompu au travail, et tout accoutumé aux choses graves, iocsqu'.oa les metd<ikns les affaires. Cela môme fait une partie de cettfe 'doiiceuV,'qui sert tant à former les jeunes esprits : car la force de la coutume est douce, et Ton n'a plus besoin dÊUre-B^fiiii ^e s(^]deypir ^epuU qu^etUe comoieiioe èirpous en rartir ^dPelle-iiiênieL' ' •
Ces raisons portèrent le roi à destiner chaque jour certaines heures à l'étude, qu'il crut pourtant devoir être entremêlées de choses divertissantes, afin de tenir l'esprit de ce prince dans une agréable disposition, et de ne l|iy poiii|- laife p^çoitre Pétude sou^ un visage hideux et triste qui le rebutât. Eh quoi, certes, il ne s'est pas trompé : car, en suivant cette méthode, il est arrivé que le prince, averti par la seule coutume, retournoit gaiement et comme en se jouant à ses exercices ordinaires, qui ne lui étoient en effet qu'un nouveau divertissement, -pour ^eU.^u'il y vouMt appliquer son esprit.
• MAis le principal de- cette institution fut saos doute d*avoir donné pour i^ouverneur 4 câ jeuna prince, M. le duc de Montausier, illustre dtns ■la guerre et dans 'les lettres , mais plus illustre encore par sa piété, ft 'tel, en un mot, qu'il sembloit né pour élever le fils d'un héros. Dqmis '«e temps la prince a toujours été sous ses yeux, et comme danssst mains : il n'a cessé de travailler à le former, toujours veillant à téatour de lui, pour éloigner ceux qui eussent pu corrompre son innocence, ou par de mauvais exemples-, ou même par des discours lieeBcieux. Il l'exhortoit sans relâche à toutes les vertus, principalement i la piétô>:: il lui en donnoit«n lui-même un parfait modèle, pressant <t poursuivant son ouvrage avec une attention et utoe constance invincible; et-^n un mot, il n'oublioit rien de ce qui pouvoit donner au prince toute la force de oorpset d'esprit dont il ai besoin. Nous tenons à gloire d'avoir toujours été -parfaitement d'accord avec un homme si excellent en toute chose, 'que,- en ce qui regarde les lettres, il nous a non-seulement aidé à exécuter nos desseins, mais il nous en a inspiré que nods avons suivis avec succès.
L'étude de> chaque 'jour «ommençoit soir et matin par les choses saintes : .etJe prince, qui demeuroit découvert pendant queduroit cette leçon, les éooUtoit avec beaucoup de respect.
Lorsque vous expliquions le Catéchisme, qu'il savoit par cœur, nous t'avertissions souvent qu'outre les obligations communes de la vie ohrétiennO) il-y^n avoit de parlic^ilières pour chaque profession, et que les princes, comme les autres, «voient de certains dcvoifs propres aux* quels ils ne pouvoient manquer sans commettre de grandes fautes. Nous nous contentions alors de lui en montrer les plus essentiels selon as portée, et nous réservions à un âge plus mûr ce qui nous sembloit ou trop profond ou trop difficile pour un enfant.
Mais dès lors, à force de répéter, nous fîmes que ces trois mots, piété, bonté, justice, demeurèrent dans sa mémoire avec toute la liaison qui est entre eux. Et iDOur lui faire voir que toute la vie cbrétiçnDe et tous
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les devoirs des rois étoient contenus dans ces. trois mots, nous disions que celui qui êtoit pieux envers Dieu, étoit bon aussi envers les hommes, que Dieu a créés à son image, et qu'il regarde comme ses enfants ; ensuite nous remarquions , que qui vouioit du bien à tout le monde , rendoit à chacun ce qui lui appartenoit , empêchoit les méchants d'opprimçr les gens de bien, punissoit les mauvaises actions, réprimoitles violences, pour entretenir la tranquillité publique. D'où nous tirions ce^te conséquence, qu'un bon prince étoit pieux, bienfaisant envers tous par son inclination, et jamais fâcheux à personne, s'il n'y étoit contraint par le crime et par la rébellion.
C'est à ces principes que nous avons rapporté tous les préceptes que nous lui avons donnés depuis plus amplement : il a vu que tout venoit le cette source, que tout aboutissoit là, et que ses études n'ayoiçnt point d'autre objet que de le rendre capable de s'acquitter aisément de [eus ces devoirs.
Il savoit dès lors toutes les histoires de l'ancien et du nouveau Testa* ment : il les récitoit souvent ; nous lui faisions remarquer les grâoes que Dieu avoit faites aux princes pieux , et combien ses jugements avoient été terribles contre les impies, ou contre ceux qui avoient été rebelles à ses ordres.
£tant un peu plus avancé en &ge , il a lu l'Évangile , les Actes des A^pôtres et les commencements de l'église. 11 y apprenoit ^ aimer Jésus- Christ, à l'embrasser dans son çnf^^ce, à croître pour ainsi dire avec lui, en obéissante ses parents, en se rendant agréable à Dieu et aux hommes, et en donnant chaque jour de nouveaux témoignages de sagesse. Après il écoutoit ses prédications, il étoit ravi de ses miracles, il admiroit la bonté qui le portoit à faire du bien à tout le monde; il ne le quittoit pas mourant, afin d'obtenir la grâce de le suivre ressuscitant, et montant aux cieux. Dans les Actes il apprenoit à aimer et à honorer l'Église, humble, patiente, que le monde n'a jamais laissée en repos, éprouvée par les supplices, toujours victorieuse. Il voyoit les apôtres la gouvernant selon les ordres de Jésus-Christ, et la formant par leurs exemples plus encore que par leur parole; saint Pierre y exerçant l'autorité principale et y tenant partout la première place; les chrétiens soumis aux décrets des apôtres, sans se mettre en peine de rien, dès qu'ils étoient rendus. Enfin nous lui faisions remarquer tout ce qui peut établir la foi, exciter l'espérance et enflammer la charité. La lecture de l'Évangile nous servoit aussi à lui inspirer une dévotion particulière pour la sainte Vierge, qu'il voyoit s'intéresser pour les hommes, les recommander à son fils comme leur avocate; et leur montrer en même temps, que ce n'est qu'en obéissant à Jésus-Christ, qu'on en peut obtenir des grâces. Nous l'exhortions à penser souvent à la merveilleuse récompense qu'elle eut de sa chasteté et de son humilité, par le gige précieux qu'elle reçut du ciel, quand elle devint mère de Dieu, et qu'il se fit une si sainte alliance entre elle et le Père éternel. Nous lui faisons observer en cet endroit combien les mystères de la religion étoient purs, que Jésus-Christ devoit être vierge, qu'il ne pouvoit être dooné qu'à une vierge de devenir sa mère : et qu'il s'ensuÎYoit de là
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que la chasteté devoit être le fondement de la dévotion envers Marie, puisqu'elle devoit à cette vertu toute sa grandeur, et môme toute sa fécondité.
Que si en lisant TËvangile il paroîssoit songer à autre chose, ou n'avoir pas toute l'attention et le respect que mérite cette lecture, nous lui ôtions aussitôt le livre, pour lui marquer qu'il ne le falloitlire qu'avec révérence. Le prince, qui regardoit comme un châtiment d'être privé de cette lecture , apprenoit à lire saintement le peu qu*il lisoit, et à y penser beaucoup. Nous lui expliquions clairement et simplement les passages. Nous lui marquions les endroits qui servent à convaincre les hérétiques, et ceux qu'ils ont malicieusement détournés de leur véritable sens. Nous l'avertissions souvent , qu'il y a voit bien des choses en ce livre qui passoieut son âge , et beaucoup même qui passoient l'esprit humain; qu'elles y étoient pour abattre l'orgueil des hommes et pour exercer leur foi; qu'il n'étoit pas permis en chose si haute de croire à son sens, mais qu'il falloit tout expliquer selon la tradition ancienne et les décrets de l'Ëglise; que tous les novateurs se pèrdoient infailliblement; et que
, tous ceux qui s'écartoient de cette règle n'avoient qu'une piété fausse et pleine de fard.
Après avoir lu plusieurs fois l'Ëvangile, nous avons lu les histoire»
' du vieux Testament, et principalement celle des Rois : où nous ^e^la^ quions que c'est sur les rois que Dieu exerce ses plus terribles vengeances ; que plus le faite des honneurs, où Dieu même les élève en Içur donnant la souveraine puissance, est haut, plus leur sujétion devient grande à son égard; et qu'il se plaît à les faire servir d'exemple, du peu que peuvent les hommes, quand le secours d'en haut leur manque. Quant aux Ëpltres des Apôtres, nous eiv avons choisi les endroits qui servent à former les mœurs chrétiennes, ^ous lui avons aussi fait voir, dans les Prophètes, avec quelle autorité et quelle majesté Dieu parie aux rois superbes : comment d'un souffle il dissipe les armées, renverse
. les empires et réduit les vainqueurs au sort des vaincus, en les faisant périr comme eux. Lorsque nous trouvions dans TËvangile les propb^ ties qui regardent Jésus-Christ , nous prenions soin de montrer ao prince, dans les Prophètes mêmes, les lieux d'où elles étoient tirées. Il admiroit ce rapport de l'ancien et du nouveau Testament : l'accomplissement de ces prophéties nous servoit de preuve certaine pour établir ce qui regarde le siècle à venir. Nous montrions que Dieu, toujours véritable, qui avoit accompli à nos yeux tant de grandes choses prédites de si loin, n'accompli roit pas moins fidèlement tout ce qu'il nous faisait encore attendre : de sorte qu'il n'y avoit rien de plus assuré que. les biens qu'il nous promettoit et les maux dont il nous menaçoit après cette vie. A cette lecture nous avons souvent mêlé les Vies des Saints» les actes les plus illustres des martyrs et l'Histoire religieuse, afin de divertir le prince en l'instruisant. Voilà ce qui regarde la religion.
Nous ne nous arrêterons pas à parler de l'étude de la grammaire. Notre principal soin a été de lui faire connoitre premièrement la pro^ priété, et ensuite l'élégance de la langue latine et de la Françoise. Pour adoucir l'ennui de cette étude, nous lui en faisions voir Tutilité; et au-
tant que son âge le permettoit, nous joignions à l'étude des mots la connoissance des choses.
Par ce moyen il est arrivé que tout jeune il entendoit fort aisément les meilleurs auteurs latins : il en cherchoit même les sens les plus cachés; et à peine y hésitoit-il dès qu'il y vouloit un peu penser. Il apprenoit par cœur les plus agréables et les plus utiles endroits de ces auteurs, et surtout des poètes; il les récitoit souvent; et dans les occasions il les appliquoit à propos aux sujets qui se présentoient.
£n Usant ces auteurs, nous ne nous sommes jamais écarté de notre principal dessein, qui étoit de faire servir toutes ses études à lui acquérir tout ensemble la pi^té, la connoissance des mœurs et celle de la politique. Nous lui faisions connottre, par les mystères abominables des Gentils, et par les fables de leur théologie, les profondes ténèbres où, les hommes demeuroient plongés en suivant leurs propres lumières. Il Toyoit que les nations les plus polies et les plus habiles en tout ce qui regarde la vie civile, comme les Égyptiens, les Grecs et les Romains, étoient dans une si profonde ignorance des choses divines, qu'elles adoroient les plus monstrueuses créatures de la nature , et qu'elles ne se sont retirées de cet abîme que depuis que Jésus-Christ a commencé de les conduire : d'où il lui étoit aisé de conclure que la véritable religion étoit un. don de la grâce. Nous lui faisions aussi remarquer que les Gentils, bien qu'ils se trompassent dans la leur, avoient néanmoins un profond respect pour les choses qu'ils estimoient sa- . erées; persuadés qu'ils étoient que la religion étoit le soutien des Ëtats. Les exemples de modération et de justice que nous trouvions dans leurs histoires nous servoient à confondre tout chrétien qui n'auroit pas le. courage de pratiquer la vertu, après que Dieu même nous l'a apprise. ▲u reste, nous faisions le plus souvent ces observations, non comme des leçons, mais comme des entretiens familiers; et cela les faisoit en-. trer plus agréablement dans son esprit : de sorte qu'il faisoit souvent de lui-même de semblables réflexions. Et je me souviens qu'ayant un jour loué Alexandre, d'avoir entrepris aveu tant de courage la défense de toute la Grèce contre les Perses, le prince ne manqua pas de remarquer qu'il seroit bien plus glorieux à un prince* chrétien de repous-. ser et d'abattre l'ennemi commun de la chrétienté, qui la menace et la presse de toutes parts.
Nous n'avons pas jugé à propos de lui faire lire les ouvrages des auteurs par parcelles, c'est-à-dire, de prendre un livre de l'Enéide par exemple, ou de César, séparé des autres. Nous lui avons fait lire chaqae ouvrage entier, de suite, et comme tout d'une haleine, afin qu'il •'accoutumât peu à peu, non à considérer chaque chose en particulier, mais à découvrir tout d'une vue le but principal d'un ouvrage et Penchalnement de toutes ses parties : étant certain que chaque endroit ae s'entend jamais clairement, et ne parott avec toute sa beauté, qu'à celui qui a regardé tout l'ouvrage comme on regarde un édifice, et eu a pris tout le dessein et toute l'idée.
Entre les poètes, ceux qui ont plu davantage à Mgr le Dauphin sont Virgile et Térence, et entre les historiens, c'a été Salluste et César. Il
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admiroit le dernier, comme un excellent ïnattre pour faire de grandes choses, et pour les écrire. Il le regardoit comme un homme de qui il falloit apprendre à faire la guerre. Nous suivions ce grand capitsdne dans toutes ses marches, nous lui voyions faire ses campements, mettre ses troupes en bataille, former et exécuter ses desseins, louer et châtier à propos les soldats, les exercer au travail, leur élever le cœur paf l'espérance, les tenir toujours en haleine ; conduire utte puissante armée sans endommager le pays;, retenir (ians le devoir ses troupes par la discipline, et ses alliés par la foi et la protection; changer sa manière selon les lieux où il faisoit la guerre, et selon les ennemis qu'il avoiten tête; aller quelquefois lentement, mais user le plus souvent d'une si grande diligence, que l'ennemi, surpris et serré ds près, n'ait ni le temps de délibérer ni celui de fuir; pardonner aux vaincus, abattre tes rebelles, gouverner avec adresse les peuples subjugués, et leur faire ainsi trouver sa victoire douce pour la mieux assurer.
On ne peut dire combien il s'est diverti agréablement et utilement dans Térence , et combien de vives images de la vie humaine lui ont passé devant les yeux en le lisant. Il a vu les trompeuses amorces de la Volupté et des femmes, les aveugles emportements d'une jeunesse que la flatterie et les intrigues d'un valet ont engagée dans un pas difficile et glissant; qui ne sait que devenir, que l'amour toutrmentej qui ne sort de peine que par une espèce de tniracle, et qui ne trouve is repos qu'en l'etournant à son devoir. Là le prince remarquoit les mœurs et le caractère de chaque âge et de chaque passion exprimé par cet admirable ouvrier, avec tous les traits convenables à chaque persoD' nage, des sentiments naturels, et enfin avec cette grâce et cette bienséance que demandent ces sortes d'ouvrages. Nous ne pardonnions pourtant rien à ce poète si divertissant, et nous reprenions, les endroits où il a écrit trop licencieusement. Mais en même temps nous nous étonnions que plusieurs de nos auteurs eussent écrit pour le théâtre avec beaucoup moins de retenue, et condamnions une façon d'écrire si déshonnête, comme pernicieuse aux bonnes mœurs.
Il faudroit faire na gros volume pour rapporter toutes les remarques que nous avons faites sur chaque auteur, et principalement sur Cicéron, que nous avons admiré dans ses discours de philosophie, dans ses oraisons , et même lorsqu'il railloit librement et agréablement avec ses amis.
Parmi tout cela, nous voyions la géographie en jouant et comme en faisant voyage, tantôt en suivant le courant des fleuves, tantôt rasant les côtes de la mer, et allant terre à terre; puis tout d'un coup ciii' glant en haute mer, nous traversions dans les terres, nous voyions les ports et les villes, non en les courant comme feroient des voyageurs sans curiosité, mais examinant tout, recherchant les mœurs, surtout celles de la France, et nous arrêtant dans les plus fameuses viUes pour connoltre les humeurs opposées de tant de divers peuples qui composent cette nation belliqueuse et remuante : ce qui, joint à la vaste étendue d'un royaume si peuplé, faisoit voir qu'il ne pouvoit être conduit qu'avec une profonde sagesse.
Enfin nous lufi ayt)ns enseigné l'histoire. Et comme c*est la maîtresse de la vie humaine et de la politique, nous l'avons fait avec une grande eiactitude : mais nous avons principalement eu soin de lui apprendre celle de la France, qui est la sienne. Nous ne lui avons pas néanmoins donné la peine de feuilleter les livres: et à la réserve de quelques auteurs de la nation, comme Philippe de Comines et du Bellay, dont nous lui avons fait lire les plus beaux endroits, nous avonâ été nous-mêmes dans les sources, et nous avons tiré des atiteurs les plus approuvés ce qui pou voit le plus servir à lui faire comprendre la suite des affaires. ' Nous en récitions de vive voix autant qu'il en pouvoit facilement re- ' tenir; nous le lui faisions répéter : il Técrivoit en françois, et puis il le mettoit en latin; cela lui servoit de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son françois que son latin. Le samedi il relisoit tout ' d'une suite .ce qu'il avoit composé durant la semaine ; et l'ouvrage croissant, nous Pavons divisé par livres, que nous lui faisions relire trèssouvent.
L'assiduité avec laquelle il a continué ce travail Ta mené jusqu'aui derniers règnes : si bien que nous avons presque toute notre histoire en latin et en françois , du style et de la main de ce prince. Depuis quelque temps, coinme nous avons vu qu'il savoit assez de latin , nous l'avons fait cesser d'écrire l'histoire en cette langue. Noas la continuons en françois avec le môme soin; et nous l'avons disposée de sorte qu'elle s'étendit à proportion que l'esprit du prince s'ouvroit , et que nous voyions son jugeme'J/t se former, en récitant fort en abrégé ce qui regarde les premiers temps, et beaucoup plus exactement ce qui s'approche des nôtres. Nous ne descendons pas néanmoins dans un trop grand détail des petites choses, et nous ne nous amusons pas à rechercher celles qui ne sont que de curiosité ; mais nous remarquons les mœurï de la nation bonnes et mauvaises, les coutumes anciennes, les lois fondamentales, les grands changements et leurs causes : le secret des conseils : les événements inespérés, pour y accoutumer l'esprit et le préparer à tout : les fautes des rois et les calamités qui les ont suivies : la foi qu'ils ont conservée pendant ce grand espace de temps qui s'est passé depuis Clovis jusqu'à nous : cette constance à défendre la religion catholique, et tout ensemble le profond respect qu'ils ont toujours eu pour le saint Siège, dont ils ont terni à gloire d'être les enfants les .plus soumis: que c'a été cet attachement inviolable à la religion et à l'Ëglise , qui a fait subsister le royaume depuis tant de siècles. Ce* qu'il nous étoit aisé de faire voir par les épouvantables mouvements que rhérésie a causés dans tout le corps de PÊtat, en affoiblissant la puissance et la- majesté royale , et en réduisant presque à la dernière extrémité un royaume si florissant; sans qu'il ait pu reprendre sa pre« miëre force, qu'en abattant Phérésie.
Vais afin que le prince apprit de Phistoire la manière de oonduire les affaires , nous avons coutume , dans les endroits où elles paroissent •D péril, d'en exposer l'état, et d'en examiner toutes les circonstances, poar délibérer, comme on feroit dans un conseil, de ce qu'il y auroit^ à fiûre en ees occasions : nous lui demandons son avis ; et quand û
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s'est eipliqué, nous poursuivons le récit pour lui apprendre les événements. Nous marquons les fautes, nous louons ce qui a été bien fait : et conduits par l'expérience, nous établissons la manière de former les desseins et de les exécuter.
Au reste, sî nous prenons de toute l'histoire de nos rois des exemples pour la vie et pour les mœurs ; nous ne proposons que le seul saint Louis, comnie le modèle d'un roi parfait. Personne ne lui conteste la gloire de la sainteté : mais après l'avoir fait paroître vaillant, ferme, juste, magnifique, grand dans la paix et dans la guerre, nous, montrons, en découvrant les motifs de ses actions et de ses desseins, qu'il a été très-habile dans le gouvernement des affaires. C'est de lui que nous tirons la plus grande gloire de l'auguste maison de France, dont le principal honneur est de trouver tout ensemble dans celui à qui elle doit son origine, un parfait modèle pour les mœurs, un excellent maître pour leur apprendre à régner, et un intercesseur assuré auprès de.Dîeu.
Après saint Louis, nous lui proposons les actions de Louis le Grand, et cette histoire vivante qui se passe à nos yeux : l'État affermi par de bonnes lois, les finances bien ordonnées, toutes les fraudes qu'on y faisoit découvertes, la discipline militaire établie avec autant de prudence que d'autorité; ces magasins , ces nouveaux moyens d'assiéger les places et de conduire les armées en toutes saisons; le courage invincible des chefs et des soldats, l'impétuosité naturelle de la nation soutenue d'une fermeté et d'une constance extraordinaires^ cette ferme croyance qu'ont tous les François que rien ne leur est impossible si^us un si grand roi; et enfin le roi même qui vaut tout seul une grande armée, la force, la suite, le secret impénétrable de ses conseils, et ces ressorts cachés dont l'artifice ne se découvre que par les effets qui surprennent toujours; les ennemis confus et dans l'épouvante; les alliés fidèlement défendus; la paix donnée à l'Europe à des conditions équitables après une victoire assurée : enfin cet incroyajsle attachement à défendre la religion, cette envie de l'accroître , et ces efforts continuels de parvenir à tout ce qu'il y a de plus grand et de meilleur. Voilà ce que nous remarquons dans le père, et ce que nous recommandons au fils d'imiter de tout son pouvoir.
Pour les choses qui regardent la philosophie , nous les avons distribuées de sorte, que celles qui sont hors de doute, et utiles à la vie, lui puissent être montrées sérieusement, et dans toute la certitude de leurs principes. Pour celles qui ne sont que d'opinion, et dont on dispute, nous nous sommes contenté de lui rapporter historiquement, jugeant qp'il étoit de sa dignité d'écouter les deux parties, et d'en protéger également les défenseurs, sans entrer dans leurs querelles; parce que celui qui est né pour le commandement, doit apprendre à juger , et non à disputer.
Mais après avoir considéré que la philosophie consiste principalement à rappeler l'esprit à soi-même, pour s'élever ensuite comme par un degré sûr jusqu'à Dieu, nous avons commencé par là, comme par la recherche la plus aisée, aussi bien que la plus solide et la plus utile qu'on se puisse proposer. Car ici| pour devenir narfait philosophe,
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rhooHne n'a besoin d'étudier autre chose que lui-même; et sans feuilleter tant de livres, sans faire de pénibles recueils de ce qu'ont dit les philosophes, ni aller chercher bien loin des expériences, en remarquant seulement ce qu'il trouve en lui, il reconnoît par là l'auteur de son être. Aussi avions-nous dès les premières années jeté les semences d'une si belle et utile philosophie, et nous avions employé toute sorte de moyens pour faire que le prince sût dès lors discerner l'esprit d'avec le corps : c'est-à-dire cette partie qui commande en nous, de celle qui obéit; afin que l'àme, commandant au corps, lui représentât Dieu commandant au monde entier, et à l'âme même. Mais lorsque, le voyant plus avancé en âge, nous avons cru qu'il étoit temps de lui enseigner plus méthodiquement la philosophie, nous en avons formé le plan sur ce précepte de l'JSvangile : « Considérez -vous attentivement vousmêmes' ; » et sur celte parole de David : « Seigneur , j'ai tiré de moi une merveilleuse connoissance de ce que vous êtes^. » Appuyés sur ces deux passages, nous avons fait un traité De la Connoissance de Dieu et de soi-même^ où nous expliquons la structure du corps et la nature de l'esprit, par les choses que chacun expérimente en soi; et faisons voir qu'un homme qui sait se rendre présent à lui-môme, trouve Dieu plus présent que toute autre chose, puisque sans lui il n'auroit ni mouvement, ni esprit, ni vie, ni raison, selon cette parole vraiment philosophique de l'Apôtre prêchant à Athènes, c'est-à-dire dans le lieu où la philosophie étoit comme dans son fort : « Il n'est pas loin de chacun de nous, puisque c'est en lui que nous vivons, que nous sommes mus, et que nous sommes'; » et encore : « Puisqu'il nous donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses ^ » A lexemple de saint Paul, qui se sert de cette vérité comme connue aux philosophes, pour les mener plus loin, nous avons entrepris d'exciter en nous par la seule «onsidération de nous-mêmes ce sentiment de la Divinité que la nature a mis dans nos âmes en les formant : de sorte qu'il paroisse clairement que ceux qui ne veulent point reconnottre ce qu'ils ont au-dessus des bêtes, sont tout ensemble les plus aveugles, les plus méchants, et les plus impertinents de tous les hommes.
De là nous avons passé à la logique et à la morale , pour cultiver ces deux principales parties que nous avions remarquées en notre esprit, c'est-à-dire la f&culté d'entendre et celle de vDuloir. Pour ht logique, nous l'avons tirée de Platon et d'Aristote, non pour la faire servir à de vaines disputes de mots, mais pour former le jugement par un raisonnement solide; nous arrêtant principalement à cette partie qui sert è prouver les arguments probables, parce que ce sont ceux que l'on em ploie dans les affaires. Nous avons expliqué comment il les faut lier le., uns aux autres; de sorte que , tout foibles qu'ils sont chacun à part, ils deviennent invincibles par cette liaison. De cette source nous avons tiré ia rhétorique, pour donner aux arguments nus que la dialectique avoit assemblés, comme des os et des nerfs, de la chair, de l'esprit et du mouvement. Ainsi nous n'en avons pas fait une discoureuse, dont les pa-
1. Luc, XII, î4. — 2. Va. cxxxvrii, C. — 3. Act.^ xvii, 27, 28. — 4. /6id., 9f.
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rôles n*ont. que du son ; nous ne l'avons pas faite enflée et Vide de choses; mais saine et vigoureuse; nous ne l'avons point fardée, mais nous lui avons donné un teint naturel et une vive couleur : eA sorte qu'elle n'eût d'éclat que celui qui sort de la vérité même. Pour cela nous avons tiré d'Âristote, de Cicéron, de Quintilien et des autres les meilleurs préceptes; mais nous nous sommes beaucoup plus servi d'exemples que de préceptes, et nous avions coutume, en lisant les discours qui nous émouvoient le plus, d'en ôter les figures et les autres ornements de paroles, qui en sont comme la chair et la peau : de sorte que, n'y laissant que cet assemblage d'os et de nerfs dont nous venons de parler, c'est à-dire les seuls arguments, il étoit aisé de voir ôeqtfé la logique faisoit dans ces ouvrages, et ce que la rhétorique y ajôutoit.
Pour la doctrine des mœurs, nous avons cru qu'elle ne se devoitpas tirer d'une autre source que de l'Écriture et des maximes de l'Ëvangile, et qu'il ne falloit pas, quand on peut puiser au milieu d'un fleuve, aller chercher des ruisseaux bourbeux. Nous n'avons pas néanmoins laissé d'expliquer la morale d'Aristote, à quoi nous avons ajouté cette doctrine admirable de Socrate, vraiment sublime pour son temps, qui peut servir à donner de la foi aux incrédules, et à faire rougir les plus, endurcis. Nous marquions en même temps ce que la philosophie chrétienne y condamnoit, ce qu'elle y ajoutpit, ce qu'elle y approuvoit; avec quelle autorité elle en confîrmoit les dogmes véritables, et com-. bien elle s'élevoit au-dessus : en sorte qu'on Tût obligé d'avouer que la philosophie, toute grave qu'elle paroît, comparée à la sagesse de Ifivangile, n'ôtoit qu'une pure enfance.
Nous avons cru qu'il seroit bon de donner au prince quelque teinture des lois romaines; en lui faisant voir, par exemple, ce que c'est que le droit, de combien de sortes il y en avoit, la condition des per-' sonnes, la division des choses; ce que c'est que les contrats, les testaments, les successions, la puissance des magistrats, l'autorité des jugements et les autres principes de la vie civile.
Nous ne dirons rien ici de la métaphysique, parce qu'elle est toute répandue dans ce qui préctde. Nous avons mêlé beaucoup de physique en expliquant le corps humain; et pour les autres choses qui regardent, cette étude, nous les avons traitées selon notrç projet, plus hisiori-' qiiealent que dogmatiquement. Nous n'avons pas oublié ce qu'en a dit Àristote: et pour l'expérience des choses naturelles, nous avons fait faire devant le prince les plus nécessaires et les plus belles. II n'y a pas moins trouvé de divertissement que de profit. Elles lui ont fait connoître l'industrie de l'esprit humain, et les belles inventions des arts, soit pour découvrir les secrets de la nature, oupour l'embellir, ou pour l'aider. M^» ce qui est plus considérable, il y a découvert l'art de la nature môme, ou plutôt de la providence de Dieu, qui est à la fois si visible et si cachée.
Les mathématiques, qui servent le plus à la justesse du raisonnement, lui ont été montrées par un excellent maître, qui ne s'est pas contenté, comme c'est l'ordinaire, de lui apprendre à fortifier des places, à les attaquer, à faire des campements; mais qui lui a encore
appris à construire des forts, à les dessiner de sa propre inain, à mettre une armée en bataille et à la faire marcher. Il lui a enseigné les mécaniques, le poids des liquides et dés solides, leâ différents systi^mes da monde, et les premiers livres d*£uclide;cequ'ila compris avec -tant de promptitude, que ceux qui le voyoient en étoient surpris.
Au reste toutes ces choses ne lui ont été enseignées que peu à peu, chacune en son lieu. Et notre soin principal a été qu'on les lai 'doû* '■ nftt à propos et chaque chose en son temps; afin quMl les digérât plus aisément, et qu'elles se tournassent en nourriture.
Maintenant que le cours de ses études est presque achevé, nous aïons cru devoir travailler principalement à trois choses :
Premièrement ^ùne Histoire universelle^ qui eût deux partie^^ i:dont| la première comprît depuis l'origine du monde jusqu'à la chute dfrl l'ancien empire romain, et au couronnement de Charlemagne; et la^f seconde , depuis ce nouvel empire établi par les François. Il y avoit / déjà longtemps que nous l'avions composée, et même que nous l'avions fait lire au prince; mais nous la repassons maintenant, et nous y avons ajouté de nouvelles réflexions, qui font entendre toute la suîtd de la religion et les changements des empires, avec leurs causes profondes que nous reprenons dès leur origine. Dans cet ouvrage on voit paroître la religion toujours ferme et inébranlable, depuis le commencement du monde ; le rapport des deux Testaments lui donne cette force ; ^ l'Ëvangile qu'on voit s'élever sur les fondements de la loi, montre une solidité qu'on reconnoit aisément être à toute épreuve. On voit la vérité toujours victorieuse, les hérésies renversées, l'Ëglise fondée sur la pierre les abattre par le seul poids d'une autorité si bien établie, et s'affermir avec le temps; pendant qu'on voit au contraire les empires les plus floriiBants, non-seulement s'affoiblir par la suite des années, mais encore se défaire mutuellement, et tomber les uns sUr les autres. Nous montrons d'où vient, d'un côté, une si ferme consistance: et de l'autre, un état toujours changeant et des ruines inévitables. Cette defr^' nière recherche nous a engagé à expliquer en peu de mots les lots et les coutumes des Égyptiens, des Assyriens et des Perses, celles des Grecs, celles des Romains, et celles des temps suivants; ce que chaque nation a eu dans 'les siennes qui ait été fatal aux autres et à ellemême, et les exemples que leurs progrès ou leur décadence ont donné aux siècles futurs. Ainsi nous tirons deux fruits de V Histoire universelle : le premier est de faire voir tout ensemble l'autorité et la sainteté de la religion par sa propre stabilité et par sa durée perpétuelle; le second est que, connoissant ce qui a causé la ruine de chaque empire, nous pouvons, sur leur exemple, trouver les moyens de soutenir les États, si fragiles de leur nature : sans toutefois oublier que ces soutiens mêmes sont sujets à la loi commune de la mortalité qui est attachée aux choses humaines , et qu'il faut porter plus haut ses espérances.
Par le second ouvrage nous découvrons |gs..&ficrets. deia.politiquej les maximes du gouvernement, et les sources du droit, dans là- doctrine et dans les exemples de la sainte Scriture. On y voit non-seulement avec quelle piété il faut que les roisserventDieu, ou le fléchissent
xO DE l'instruction
rôles n*ont. que du son ; nous ne l'avons pas faite enflée et \ide de choses; mais saine et vigoureuse; nous ne Tavons point fardée, mais nous lui avons donné un teint naturel et* une vive couleur: eu sorte qu'elle n'eût d'éclat que celui qui sort de la vérité même. Pour cela nous avons tiré d'Âristote, de Cicéron, de Quintilien et des autres les meilleurs préceptes; mais nous nous sommes beaucoup plus servi d'exemples que de préceptes, et nous avions coutume, en lisant les discours qui nous émouvoient le plus, d'en ô ter les figures et les autres ornements de paroles, qui en sont comme la chair et la peau : de sorte que, n'y laissant que cet assemblage d'os et de nerfs dont nous venons de parler, c'est à-dire les seuls arguments, il étoltaiâé de voir ôeqtfe la logique faisoit dans ces ouvrages, et ce que la rhétorique y ajoutoit.
Pour la doctrine des mœurs, nous avons cru qu'elle ne se devoitpas tirer d'une autre source que de l'Écriture et des maximes de l'Ëvangile, et qu'il ne falloit pas, quand on peut puiser au milieu d'un fleuve, aller chercher des ruisseaux bourbeux. Nous n'avons pas néanmoins laissé d'expliquer la morale d'Aristote, à quoi nous avons ajouté cette doctrine admirable de Socrate, vraiment sublime pour son temps, qui peut servir à donner de la foi aux incrédules, et à faire rougi f les plus, endurcis. Nous marquions en même temps ce que la philosophie chrétienne y condamnoit, ce qu'elle y ajoutoit, ce qu'elle y approuvoit; avec quelle autorité elle en confîrmoit les dogmes véritables, et combien elle s'élevoit au-dessus : en sorte qu'on Tût obligé d'avouer que la philosophie, toute grave qu'elle paroît, comparée à la sagesse de l'fivangile, n'étoit qu'une pure enfance.
Nous avons cru qu'il seroit bon de donner au prince quelque teinture des lois romaines; en lui faisant voir, par exemple, ce que c'est que le droit, de combien de sortes il y en avoit, la condition des per-' sonnes, la division des choses; ce que c'est que les contrats, les testaments, les successions, la puissance des magistrats, l'autorité des jugements et les autres principes de la vie civile.
Nous ne dirons rien ici de la métaphysique, parce qu'elle est toute répandue dans ce qui préctde. Nous avons mêlé beaucoup de physique en expliquant le corps humain; et pour les autres choses qui regardent, cette étude, nous les avons traitées selon notrç pi'ojet, plus historiquement que dogmatiquement. Nous n'avons pas oublié ce qu'en a dit Aristote: et pour l'expérience des choses naturelles, nous avons fait faire devant le prince les plus nécessaires et les plus belles. Il n'y a pas moins trouvé de divertissement que de profit. Elles lui ont faitconnoître l'industrie de l'esprit humain, et les belles inventions des arts, soit pour découvrir les secrets de la natjre, ou pour l'embellir, ou pour l'aider. M^» ce qui est plus considérable, il y a découvert l'art de la nature môme, ou plutôt de la providence de Dieu, qui est à la fois si visible et si cachée.
X^es mathématiques, qui servent le plus à la justesse du raisonne-, ment, lui ont été montrées par un excellent maître, qui ne s*est pas contenté, comme c'est l'ordinaire, de lui apprendre à fortifier des places, à les attaquer, à faire des campements; mais qui lui a encore
ij^ris à construire des forts, à les dessiner de sa propre inain , à mettre une armée en bataille et à la faire marcher. Il lui a enseigné les mécaniques, le poids des liquides et des solides, les différents systiNmes da monde, et les premiers livres d'fîuciide ; ce qu'il a compris ayec -tant de promptitude, que ceux qui le voyoient en étoient sirrpris.
Au reste toutes ces choses ne lui ont été enseignées que peu à peu, chacune en son lieu. Et notre soin pfiiicipal a été qu'on les lui tlon-' nftt à propos et chaque chose en son temps; afin qu'il les digérât plus aisément, et qu'elles se tournassent en nourriture.
Maintenant que le cours de ses études est presque achevé, nous atons cru devoir travailler principalement à trois choses :
Premièrement iijine Histoire uiiiverselley qui eût deux partiM't:dontV la première comprit depuis l'origine du monde jusqu'à la chute dtt-t l'ancien empire romain, et au couronnement de Charlemagne; et la^) seconde , depuis Ce nouvel empire établi par les François. Il y avoit / déjà longtemps que nous l'avions composée, et même que nous l'avions fait lire au prince; mais nous la repassons maintenant, et nous y avons ajouté de nouvelles réflexions, qui font entendre toute la suite de la religion et les changements des empires, avec leurs causes profondes que nous reprenons dès leur origine. Dans cet ouvrage on vOit paroître la religion toujours ferme et inébranlable, depuis le commencement du monde ; le rapport des deux Testaments lui donne cette force ; ^ l'Ëvangile qu'on voit s'élever sur les fondements de la loi, montre une solidité qu'on reconnoît aisément être à toute épreuve. On voit la vérité toujours victorieuse, les hérésies renversées, l'Église fondée sur la pierre les abattre par le seul poids d'une autorité si bien établie, et s'affermir avec le temps ; pendant qu'on voit au contraire les empires les plus florissants, non-seulement s'affoiblir par la suite des années, mais encore se défaire mutuellement, et tomber les uns sur les autres. Nous montrons d'oil vient, d'un côté, une si ferme consistance; et de l'autre, nn état toujours changeant et des ruines inévitables. Cette d^r-^' nière recherche nous a engagé à expliquer en peu de mots les lois et les coutumes des Égyptiens, des Assyriens et des Perses, celles des Grecs, celles des Romains, et celles des temps suivants; ce que chaque nation a eu dans 'les siennes qui ait été fatal aux autres et à eÛemême, et les exemples que leurs progrès ou leur décadence ont donné aux siècles futurs. Ainsi nous tirons deux fruits de V Histoire universelle : le premier e^t de faire voir tout ensemble l'autorité et la sainteté de la rf^ligion par sa propre stabilité et par sa durée perpétuelle; le second est que, conoobsant ce qui a causé la ruine de chaque empire, nous pouvons, sur leur exemple, trouver les moyens de soutenir les États, si fragiles de leur nature : sans toutefois oublier que ces soutiens mêmes sont sujets à la loi commune de la mortalité qui est attachée aux choses humaines , et qu'il faut porter plus haut ses espérances.
Par le second ouvrage nous découvrons jgs..2ficcet&^ de Jia politique, les maximes du gouvernement, et les sources du droit, dans là" doctrine et dans les exemples de la sainte Écriture. Où y voit non-seulement avec quelle piété il faut que les rois servent Dieu, ou le fléchissent