III. Proposition. Le sentiment est attaché à cet ébranlement
des nerfs.
Il n'y a point en cela de difficulté. M puisque les nerfs sont le propre >rgane des sens , il est clair que c'est à l'impression qui se fait dans :ette partie, que la sensation doit être attachée.
De là il doit arriver qu'elle s'excite toutes les fois que les nerfs sont ébranlés, qu'elle dure autant que dure l'ébranlement des nerfs, et au K>n traire que les mouvements qui n'ébranlent point les nerfs, ne sont )oint sentis, et l'expérience fait voir que la chose arrive ainsi.
Premièrement, nous avons vu qu'il y a toujours quelque contact de 'objet, et par là quelque ébranlement dans les nerfs, lorsque la sentation s'excite.
Et sans même qu'aucun objet extérieur frappe nos oreiiies, nous y ientons certains bruits qui ne peuvent guère arriver, que de ce que, )ar quelque cause interne que ce soit, le tympan est ébranlé; ce qui ait sentir des tintements plus ou moins clairs, ou des bourdonnements )lus ou moins graves, selon que les nerfs sont diversement touchés.
Par une raison semblable, on voit des étincelles de lumière s'exciter lu mouvement de l'œil frappé, ou de la tête heurtée; et rien ne les 'ait paroltre que l'ébranlement causé par ces coups dans les nerfs, «mblable à celui auquel la perception de la lumière est naturellement ittachée.
Et ce qui le justifie ce sont ces couleurs changeantes que nous coninuons de voir, même après avoir fermé les yeux, lorsque nous les iTons tenus quelque temps arrêtés sur une grande lumière, ou sur an objet mêlé de différentes couleurs , surtout quand elles sont éclatantes.
Comme alors l'ébranlement des nerfs optiques a dû être fort violent, il doit durer quelque temps, quoique plus foible, après que l'objet est
7t^ DE LA COimOISSANCïr DP DIEU
disparu. C'est ce qui fait que la perception d'une grande et.vive lumière se tourne en couleurs plus douces, et que l'objejt qjiii; nous avoit éblouis par ses couleurs variées, nous laisse, en se retirant, quelques reates d'une; semblable^ vision. .
Si ces couleurs semblent vaguec au milieu.de l'air^ si ellea s'aifoibliir sent peu à peu, si enfin elles se dissipent; c'est que le coup que4(^ih> noH Tobj^t présent ayant cesser, le mouvement qui reste dâiiA,>le nerf est jnoins fixe , qu'il se ralentit,. eten£n qu'il cesse tout à.iaU. .
La môine cbo«er arrive à l'oreille,, lorsqu'étonnée p^, un grand .bruit^ . elle en conserve quelque sentiment, après même que :i'agi^tiQQ,a.ce8sé daft». l'air.
C'est par la mème^ raison; que nous oontinuons quelque temps^ àcai»ùr chaud dans un. air. froid, et à avoir froid dans un air^ebaud: paiXA quBf l'impressioA -causée dans lest nerfs ^ par la présence de l'ob^t,. subsista' encore.
Supposé, par exemple, qvne l'altération que cause le feu dans ma mainet dans les nerfs qu'il y rencontre, soit une grande agitation de toutes les parties, qui iroit enfin à les dissoudre et à le> réduire en cendres : et au contraire, que l'impression qu'y fait le froid, soit d'arrêter le mouvement des parties, en les tenant pressées les unes contre les autres, ce qui causeroit à la fin un entier engourdissement; il est clair que tant que dure cette altération ,^ sentiment du. froid et du chaud doit durer aussi, quoique je me sois retiré de l'air glacé, et^ie l'air brûlant
Mais coname après qu'on a éloigné les objets qui faisoient cette impression sur les organes, elle s'affoiblit, et que ces organes, reviennent peu. à peu à leur naturel, il doit aussi arriver que la sensation diminue ; et la chose ne manque pas de se faira ainsi.
Ce qui fait durer si longtemps la. douleur de la goutte, ou de la colique, c'est la continuelle régénératinn de l'humeur mordican te qui la fait naître, et qui ne cesse de picoler ou de tirailler les parties que' la présence des nerfs rend sensibles.
La douleur de la faim et de la soif vient d*une cause semblable. Ou le: gosier desséché se resserre et tire les nerfs, ou le dissolvant que l'estomac rend par les glandes, dont il est comme pavé dans soafood^ pour y faire la digestion des viandes^ se tourne contre lui, et pique ses nerfs^ jusqu'à ce qu'on leur ait donné, en mangeant, une matière .plus propre à recevoir son action.
Pour, la douleur d'une plaie, si elle se fait sentir longtemps apHi9 It coup donné, c'est à cause de l'impression violente qu'il a faite sut la partie, et à cause de l'inflammation et des accidents qui surviennent^ par lesque^ le picotement des nerfs est continué.
11 est donc vrai<que le sentiment s'élève par le mouvement du neif, partout oCi^le.nerf est ébranlé, et dure par la continuation de cetibraa^^ lemeurt. .Et il est vrai aussi que les mouvements qui n'ébraoieat «pas Iw* nerfs, ne sont point sentis. Ce qui fait que l'on ne se sent point crottMy et qu'on ne sent non plus comment l'aliment s'incorpore à toutes.ks parties, parce qu'il ne se fait dans ce mouvement aucua ébranlemtit des nerfs; comme 5n l'entendra aisément, si on considère combien est
ET D£ SOl-MÊldE: 75
kfnto et insensible l'insinuation de rallment dans lés parties qui le reçoivent.
Ce qui vient d'être expliqué dans cette troisième proposition^ sera conficmô par les suivantes.
IV. ProfiêÊMo$k. L'ébranlement de» neiis , anqiielje' sentiment, est attaohÂ> . doit étrei coQEidéFé dans toate «on-'étandoe , c'eat^à^lire ^ en tant qu'il se ' communique d'une extrémité à Tautre des parties du nerf qui sont frappées au dehors , jusqu'à l'endroit où il sort du cerveau.
L'expértenee le fait voir. C'est pour cela qu'on bande les nerfs audessus quand on veut couper au-dessous, afin que le mouvement se porte plus languissamment dans le cerveau, et que la douleur soit moins vive. Que si on pouvoit tout à fait arrêter le mouvement dcrnerf^au mdfeU, il n'yauroit point du tout de sentiment.
On voit aussi que dans le sommeil on ne sent pas, quand' on ' est" louché' légèrement ; parce que les nerfs étant détendus, ou il ne s'y fait aucun mouvement, ou il est trop léger pour» se comDauniquer'jtis* qu'an 'dedans de la tête.
V. Proposition. Quoique le sentiment soit principalement uni à rébranlement r du nerf au dedans du cerveau , l'âme, qui est présente à tout le corp^, rapporte le sentiment qu*elle reçoit à Textrémité où l'objet frappe.
Par exemple, j'attribue la vue d*un objet à Toeil tout seul, le goiût ' ^ la seule langue, ou au seul gosier; et si je suis blessé au bout du doigt, je dis que j'ai mal au doigt, sans songer seulement si j'ai un cervean, ni s'il s'y fait quelque impression.
De là vient qu'on voit souvent que ceux qui ont la jambe coupée, ne laissent pas de sentir du mal au bout du pied, de dire qu'il leur démange, et de giatter leur jambe de bois, parce que le nerf qui répondoft au pied et à la jambe, étant ébranlé dans le cerveau, il se fait un' sentîinent que l'&me rapporte à la partie coupée, comme si elle subsis^ to^t -encore.
Et il falloit nécessairement que la chose arrivât ainsi. Car encore qu9 la' jambe soit emportée avec les bouts des nerfs qui y étcrient, le reste qui demeure continu avec le cerveau, est capable des mêmes mouvements .qu!il avoit auparavant, et le cerveau capable d'en recevoir le contire-coup , tant à cause qu'il a été formé poiir cela, qu'à cause que* l'âme est accoutumée à rapporter à certaines parties semblables moutements. S'il arrive donc que le n^rf qui répondoit à la jambe, ébranlé par les esprits ou par les humeurs, vienne à faire le mouvement qu'il fiisoit lorsque la jambe étoit encore unie au corps, il est clair qu'il se dùlt exciter en nous un sentiment semjlable, et que nous le rapportons encore à la partie à laquelle la nature avoif coutume de le rapporter.
Néanmoins cette partie du nerf, issue du cerveau, n'étant plus frappée des objets accoutumés, elle doit perdre insensiblement, et avec le
temps, la disposition qu^elle avoit à son mouvement ordinaire. Et c'est pourquoi ces douleurs qu'on sent aux parties blessées, cessent à la fin. A quoi sert aussi beaucoup la réflexion que nous faisons, que nous n'avons plus ces parties.
Quoi qu'il en soit, cette expérience confirme que le sentiment de l'ftme est attaché à l'ébranlement du nerf, en tant qu'il se communique au cerveau , et fait voir aussi que ce sentiment est rapporté naturellement à l'endroit extérieur du corps, où sefaisoit autrefois le contact du nerf et de l'objet.
YI. Proposition. Quelques-unes de nos sensations se terminent à un objet, et les autres non.
Cette différence des sensations , déjà touchée dans le chapitre de l'âme, mérite, par son importance, encore un peu d'explication. Nous n'aurons, pour bien entendre la chose, qu'à écouter nos expériences.
Toutes les fois que l'ébranlement des nerfs vient du dedans; par exemple, lorsque quelque humeur formée au dedans de nous, se jette sur quelque partie, et y cause de la douleur, nous ne rapportons cette sensation à aucun objet , et nous ne savons d'où elle vient.
La goutte nous prend à la main , une humeur acre picote nos yeux; le sentiment douloureux, qui suit de ces mouvements, n'a aucun objet
C'est pourquoi généralement dans toutes les sensations que nous rapportons aux parties intérieures de notre corps, nous n'apercevons aucun objet qui les cause, par exemple les douleurs de tête, ou d'estomac, ou d'entrailles : dans la faim et dans la soif, nous sentons simplement de la douleur en certaines parties ; mais une sensation si vive ne nous fait pas regarder un objet, parce que tout l'ébranlement vient du dedans.
Au contraire, quand l'ébranlement des nerfs vient du dehors, notre sensation ne manque jamais de se terminer à quelque objet qui est hors de nous. Les corps qui nous environnent, nous paroissent, dans la vision, comme tapissés par les couleurs : nous attribuons aux viandes le bon ou le mauvais goût : celui qui est arrêté se sent arrêté par quelque chose : celui qui est battu, sent venir les coups de quelque chose qui le frappe. On sent pareillement et les sons et les odeurs, comme venus du dehors, et ainsi du reste.
Mais encore que cela s'observe dans toutes ces sensations, ce n'est pas avec la même netteté : car, par exemple, on ne sent pas si distinctement d'où viennent les sons et les odeurs, qu'on sent d'où viennent la couleurs, ou la lumière regardée directement. Donc la raison est que la vision se fait en ligne droite, et que les objets ne viennent à rceil que du côté où il est tourné, au lieu que les sons et les odeurs viennent de tous côtés indifféremment, et par des lignes souvent rompues au milieu de l'air, qui ne peuvent par conséquent se rapporter à un endroit fixe.
II faut aussi remarquer touchant les objets : qu'ordinairement on n'en ▼oit qu'un, quoique le sens ait un double organe. Je dis ordinairement,
parce qu'il arrive quelquefois que les deux yeux doublent les objets; et voici sur ce sujet quelle est la règle.
Quand on change la situation naturelle des organes; par exemple quand on presse l'œil, en sorte que les nerfs optiques ne sont point frappés en même sens, alors Tobjet paroît double en des lieux diff6> rents, quoiqu'en Tun plus obscur qu'en l'autre, de sorte que visiblement il excite deux sensations. Mais quand les deux yeux demeurent dans leur situation : comme deux corides semblables montées sur un même ton , et touchées en même temps , ne rendent qu'un même son à notre oreille; ainsi les nerfs des deux yeux, touchés de la même sorte , ne présentent à Tâme qu'un seul objet , et ne lui font remarquer qu'une sensation. La raison en est évidente; puique les deux nerfs touchés de même ont un même rapport à l'objet, ils .le doivent par conséquent faire voir tout à fait un, sans aucune diversité, ni de coulenr, ni de situation, ni de figure.
n est donc absolument impossible que nous ayons en ce cas deux sensations qui nous paroissent distinctes, parce que leur parfaite ressemblance, et leur rapport uniforme au même objet, ne permet pas à l'Ame de les distinguer : au contraire elles doivent s'y unir ensemble , comme choses qui conviennent en tout point. Et ce qui doit résulter de leur union, c'est qu'elles soient plus fortes étant unies que séparées; en sorte qu'on voie un peu mieux de deux yeux que d'un, comme l'expérience le montre.
Voilà ce qu'il y avoit à considérer sur la nature et les différences des sensations en tant qu'elles appartiennent au corps et à l'âme, et qu'elles dépendent de leur concours. Avant que de passer à l'usage que l'Ame en fait pour le corps et pour elle-même, il est bon de recueillir ce qui vient d*ètre expliqué, et d'y faire un peu de réflexion.
Si nous l'avons bien compris , nous avons vu qu'il se fait en toutes les sensations un mouvement enchaîné qui commence à l'objet , et se termine au dedans du cerveau.
11 n'est pais besoin de parler ni du toucher ni du goût, où l'application de l'objet est immédiate, et trop palpable pour être niée. A l'égard des trois autres sens, nous avons dit que, dans la vue, le rayon doit se réfléchir de dessus 1 objet; que, dans Foule, le corps résonnant doit être agité; enfin que , dans l'odorat , une vapeur doit s'exhaler du corps odoriférant.
Voilà donc un mouvement qui se commence à l'objet ; mais ce n'est rien , s'il ne continue dans tout le milieu qui est entre l'objet et nous.
C'est ici que nous avons remarqué ce que peuvent les vents et l'eau, et les autres corps interposés, opaques et non transparents, pour empêcher les objets, et leur effet naturel.
Mais posons qu'il n'y ait rien, dans le milieu, qui empêche le mouf#rnent de se continuer jusqu'à moi ; ce n'est pas assez. Si je ferme les yeux y ou que je bouche les oreilles et les narines, les rayons réfléchis, tt l'air agité, et la vapeur exhalée, riendront à moi inutilement. Il faut é&Dc que ce mouvemenf., qui a commencé à l'objet , et s'est étendu dans
r78 DE Là.X^ONMOXSSANCS DE DIEU
«Je^Dilieu, seueontjnue jencore dans les qrgaues. Et noua avojos rçconnu
qu'il se pousse le long des nerfs jusqu'au dédans du cenreau.
..Toute iiette suite de mouvements enohaioés et continués est nécefsain |..j$»our.la sensation, et o'est après tout cela qu'elle s'excite dansd'âme.
:fMais ie .secret de;ia nature, ou, pour mieux parler, celui de Dieu,«e8t o4'«xciter la .sensation jOù l'enchaînement finit, o'est-à-dire joû le nerf M^ranlèaboutitau cerveau, et de faire, qu'elle soit rappcftlée à llondroit ujoù reaoba!nementi)Qnunencer c'estrà-rdire à. l'objet même» CQoune nous .«.i'avAXLs. expliqué.
1 Parilà^iiKsera .aisÀ d'entendre, de quoi iu)us instruisent les aenea- 1 uA\OD»r ^ & -^ivol nous, sert :cette, instruction, tant pour le «orps qua pour f.i'éï»e,
.^6our»cel|L, (remettons-nous.' hien. dans l'i^sprit les.quatîei.ebosefrfque
n•Olus^ menons d'observer dansiez- sensations, c'est-àrdire^ce 9ni.jeXait
dans Tobjet, ce qui se fait dans le milieu,. ce, qui se fait4aaai]KXi.qcg&'
oBss^ce qulse fait4ansnotre.Âmei, c'est-à-dire, la<aeiisatioor«eU«k-aitoei .p4k)nt toutrla .reste, a &téi ia préparation.
' h^^firèpûêUiion^ Ce'tpii^tttfûxt din« les nev& ,: o^MtièHiipet KébrelilflHftl lisainBl letMoÂimiiit.eBiiaAIaabé, jn^ast airteatiiiAi oomia.
yiQuandnnous^vayotts, iquandidieus écoutons, ou que. noua ig#âtePSt nous ne sentons ni ne connoissons en aucune manièita<eei4uii^^| ;Qldai»i<iMlrBicarpa<«HtidAQ8 BOS:nerCsy et daBa^notfe' oerv^u»» n^anAme À 'QjoMuaavonsiun cerveau ettdas:ikefffs. Toutce^qu^neuiia^noemoiiaiia^eit ni|llfàia présence de cenains: objets il s'iexcite.en nous digéra aeatiaaits rj^ac ezsmpla, ou uniseatiment de piaisiryou un sentimentodeidouiaurf ou un bon ou uaiDiauvaiB goût, et ainsi. 'dœ reste. CeYboni«t.cetJBBatt- ■ vivais goût se troBveatliacbé à certains motive ments des organeai a^t-à- •'dire des- nerfs; mais ice- bon- et ce mauvais goût ne- nous fait «iaft sentir ni apercevoir de ce qui se fait dans les nerfs. Tout'Oe queiAaiiS:Aasarvonsrnous vient du radsonnement, qui a'appartient:{mstà l&.aettsntion. .'leln^y seitder^rien.
"H. Proposition.- ^tt<^(éulement nous n& sentons- pas oe tpiî se fait'daae^ no# '-'ttepfs, e'es^-dire leur ébranlement ;- mais nous -ne sentoa» non plus O0 qu'il y a dans Tobjet , qui le rend capable de les ébranler ni «e qù te Ciit idaos le milieu par oii Timpression. de l'oi^et vien^ jusqu'à, luwis»
Cela est constant par rexpérience. La vue ne nous rapporte pas .les
iidéverses- réflexions de la lumière qui se font dans les ol^ets,^t dont nos
'.yeux sont frappés; ni comme il faut que l'objet ou le milieu soient faits
pour être opaques ou transparents, pour causer les réflexions ou learé-
v/ractions, et les autres accidents semblables ; ni pourquoi le blanc ébranle
•viai fortement nos nerfs, et ainsi des autres couleurs. L'ouïe ne. nouaX&it
v.iaentir ni l'agitation de l'air, ni celle des corps résonnants,, qua. nous
. pourrions ignorer si nous ne la savions d'ailleurs, ou par les réflexions
de notre esprit , ou môme par l'ébranlement de tout ie corps^jet^pac la
i£T l»E^SOMfftâCE. .1^9
douUur de VflyraiUey.«ûame on. réprouve AUf momsntd'uaxoMp 4e%canon- tiré de pré9( Daais «lors c'est jtar le toucher qu'on reçoit -ceUe^tfn« pcession. L-odotatue Dousditi jdea des vapeurs ^ULBOusràfiecte^t^ni le goût, des sucs expruaôs sur notre (langue )iii comment ils doivent étreiiaits pour nous causer, du plaisir ou de la Couleur,, de la doucuur ou de l'aigreur, ou de ramerXume..Snfin, le toucher ne nousiapprend pas ce qui fait que l'air .chaud «u froid dilate ou ferme no^ poces^.et cause à tout notre corps, principalement 4 nos.ner£syde&4g4ati9ns si difféfientes.
Lorsque nous nous sentons, enlbaeer dans l'eau,, et dans- les ^oorps mous, ce qui nous fait sentir cet enfoncement, c'est que le froid ou le chaud que nous ne sentons qu'à une partie, s'étend plus avant ; mais pour savoir ce qui fait que ce corps nous é^de] le sens, ne nous en 'dit mot.
Il ne nous dit non plus pourquoi les corps nous résisteut; et à regarder la chose de près, ce que nous sentons «alors ^ Vest seuîeaoentia douleur qui s'excite, ou qui se commence par da^renoontre dss.corfs^dvrs et mal polis, dont la dureté blesse le nôtre «plus .tendre.
Si l'eau et les corps humides s'attachent à notre peau, et s'y font sentir, le sens ne découvre pas la délicatesse de leurs parties, qui, les rend capables de mouiller notre peau, et de s'y- tenir attachées ym pourquoi les corps secs n'en font autant, qu'étant réduits en poussière; ni d'où vieniladiSéneBce qtteinou»«eiiton8>enU'eia ^udre «t^es^gouttesid'eau qui s'attachent à notre ?iiuuu. Tout eela o!est peiot «perç« ipiréoiaéaient '.paii'le iMicher ; etienfii» aucun -de nos sensr^nei^utâeulemeal soupçonner poorqièoi H est toitehé>par oes/^jbiets.
Toutes les choses que je viens de flemarfiieff.n^ont besoin, peur âtre entandues, que d'une simple- exposition. TMaiiS;ioa (U^^peut se ila faire à Bei-aêiae trop oiidre nh4rop pcéiaise, si oa veut^ comprendre ia différence du seiMi et de l'eiUeiMtemeat, «deot on est .sujet à confondre Jes lepénliens.
' UL 9w)p^8Hkm. En -seetent ;>^HowâpBre«voe»Mtoleiment Ur «e&tatioA ^Mlemême ; mais quelquefois terminée à quelque chose que nous appckH» flbjtt
Pour ce qui esVde la sensation, il n'est pas besoin de prouver qu'elle est aperçue en sentant. Chacun en esta boi-méme un bon témoin, et celui qui sent n'a pas besoin d'en, être averti.
C'est pourtant par quelque autre chose que. la sensation, que nous oonnoissons la sensation. Car elle ne peut pas ri^chlr sur eile-mépie^ et se tourne tout à l'objet auquel elle, est ttermi née.
ainsi le vrai effet de la sensation est de nous aider à discerner les •#jeta. En «ffet nuus distinguons les choses qui nous touchent ou. nous •environnent, par les sensations qu'elles* nous- excitent ; et c'est ooi^me
enseigne que la nature nous a donnée pour les coonoitre.
Hais, avec tout cela, il parott, par le&^hoses qui ont été dites, ^^en verta de ia sensation précisément prise,- nous ne connoissons.iien du
tout du fond de l'objet. Nous ne savons, ni de quelles parties il est composé, ni quel en est Tarrangement, ni pourquoi il est propre à nous renvoyer les rayons , ou à exhaler certaines vapeurs ou à exciter dans l'air tant de divers mouvements qui font la diversité des sons, et ainsi du reste. Nous remarquons seulement que nos sensations se terminent à quelque chose hors de nous, dont pourtant nous ne savons rien, sinon qu'à sa présence il se fait en nous un certain effet, qui est la sensation. 11 sembleroit qu'une perception de cette nature ne seroit guère capable de nous instruire. Nous recevons pourtant de grandes instructions par le moyen de nos sens ; et voici comment.
IV. Proposition, Les sensations servent à l'àme à s'instruire de ce qu'elle doit ou rechercher ou fuir , pour la conservation du corps qm lai est uni.
L'expérience justifie cet usage des sensations : et c'est peut-être la première fin que la nature se propose en nous les donnant ; mais à cela il faut ajouter ce qui suit.
y. Proposition, L'instruction que nous recevons par les sensations seroit imparfaite, ou plutôt nulle, si nous n'y joignions la raison.
Ces deux propositions seront éclaircies toutes deux ensemble, et il ne faut que s'observer soi-même pour les entendre.
La douleur nous fait connoître que tout le corps, ou quelqu'une de ses parties est mal disposée, afin que l'âme soit sollicitée à fuir ce qui cause le mal, et à y donner remède.
C'est pourquoi il a fallu que la douleur se rapportât, ainsi qu'il a été dit, à la cause externe, et à la partie offensée, parce que l'ftme est instruite, par ce moyen, à appliquer le remède où est le mal.
11 en est de même du plaisir ; celui que nous avons à manger et à boire nous sollicitera donner au corps les aliments nécessaires, et nous lait employer à cet usage les parties où nous ressentons le plaisir du goût«
Car les choses sont tellement disposées, que ce qui est convenable au corps est accompagné de plaisir, comme ce qui lui est nuisible est accompagné de douleurs : de sorte que le plaisir et la douleur servent à intéresser l'ftme dans ce qui regarde le corps, et l'obligent à chercher les choses qui en font la conservation.
Ainsi quand le corps a besoin de nourriture ou de rafraîchissement, il se fait en l'âme une douleur qu'on appelle faim ou soif, et cette douleur nous sollicite à manger et à boire.
Le plaisir s'y mêle aussi, pour nous y engager plus doucement Car outre que nous sentons du plaisir à faire cesser la douleur de la Cûia ftde la soif, le manger et le boire nous causent d'eux-mêmes un plaisir particulier, qui nous pousse encore davantage à donner an corps les choses dont il a besoin.
C'est en cette so*te que le plaisir et la douleur servent à l'âme dMa-
ET BS SGah-M&MB. 81
stmctioQ, pour lui ipprendre œ qu'elle doit an oofj» ; et eette instnntion est utile, ponmi que U raison y présidé. Car le plaisir, de lolmême, est un trompeur ; et quand rime s'y abandonne sans raisoa, il ne masque jamais de Pégarer, non-seulement en ce qui la touche, comme qiand il lui fait abandonner la vertu, mais encore en ce qoi regarde le corps, puisque sourent la douceur du goût nous porte à manger et à boire tellement à contre4emps, que Téconomie du corps en est troublée.
n y a aussi des choses qui nous causent beaucoup de douleur, et toutefois qui ne laissent pas d'être dans la suite un grand remède à nos maux.
Enfin, toutes les autres sensations qui se font en cous serrent à nous instruire. Car chaque sensation difi'érente présuppose naturellement quelque diversité dans les objets. Ainsi ce que je vois jaune est autre que ce que je vois vert ; ce qui est amer au goût, (sst autre que ce qui est doux ; ce que je sens chaud, est autre que ce que je sens froid. Et si un objet qui me causoit une sensation commence à m'en causer une autre, je connois par lÀ qu'il y est arrivé quelque changement. Si l'eau qui me semble froide commence à me sembler chaude, c'est que depuis elle aura été mise sur le feu. Et cela, c'est discerner les objets, non point en eux-mêmes, mais par les effets quMis font sur nos sens, comme par une marque posée au dehors. A cette marque, Tàme distingue les choses qui sont autour d'elle, et juge par quel endroit elles peuvent faire du bien on du mnl au corps.
liais il faut encore en ceia que la raison nous dirige, sans quoi nos sens pourroient nous tromper. Car le même objet, vu à même distance, me parott grand dès que je l'estime plus éloigné, et me paroît moindre dus quejeTestime plus près; parexemple la lune me parott plus grande, vue à l'horizon, et plus petite quand elle est fort élevée, quoiqu'en Tune • et en L*autre position elle doit êire précisément sous le même angle, c'eât-à-dire,à même distance. Le même bâton qui me paroît droit dans l*air, meparoU courbe dans Teau. La m^me eau, quand elle est tiède, si j*ai la main chaude, me parott froide-, et si je l'ai froide, me paroît chaude. Tout me paroît vert à travers un verre de cette couleur; et par la même raison, tout me paroît jaune lorsque la bile jaune elle-même s*est ré* paadue sur mes yeux. Quand la même humeur se jette sur ma langue^ tout me paroît amer. Lorsque les nerfs qui servent à la vue et àToolii ' sont agités au dedans, il se forme des étincelles, descouleurs,^desbruiti confus ou des tintements qui ne sont attachés à aucun objet sensible; les illusions de cette sorte sont infinies.
L'âme seroit donc souvent trompée, si elle se floità ses sens sans conluher la raison. Mais elle peut profiter de leur erreur ; et toujours, quoi qull arrive, lorsque nous avons des sensations nouvelles, nous sommes * avertis par là qu'il s'est fait quelque changement, ou dans les objets qui 001)3. paroissent, ou dans-is milieu par où nous les apercevons, os iDto(i>dan3 les organes de nos sens. Dans les ob|ets, quand ils sont chaiv4ff «. comme quand de l'eau froide devient chaude, ou que des feuilles, auparavant vertes, deviennent pâles étant desséchées. Dans le mi-
lieu, quand il est tel, qu'il empêche ou quMl altère l'action de Tobjet, comme quand l'eau rompt la ligne du rayon qu'un bftton renvoie à nos yeux. Dans Torgane des sens, quand ils sont notablement altérés par les humeurs qui s'y jettent, ou par d'autres causes semblables.
Au reste, quand quelqu'un de nos sens nous trompe, nous pouvons aisément rectifier ce mauvais jugement par le rapport des autres sens, et parla raison. Par exemple, quand un bâton paroît courbé à nos yeux étant dans l'eau, outre que si on l'en retire, la vue se corrigera ellemême, le toucher que nous sentirons affecté comme il a accoutumé de l'être quand les corps sont droits, et la raison seule qui nous fera voir que l'eau ne peut pas tout d'un coup l'avoir rompu, nous peut redresser. Si tout me paroît amer au goût, ou que tout semble jaune à ma vue, la raison me fera connottre que cette uniformité ne peut pas être venue tout à coup aux choses où auparavant j'ai senti tant de différence; et ainsi je connoîtrai l'altération de mes organes, que je tâcherai •de remettre en leur naturel.
Ainsi nos sensations ne manquent jamais de nous instruire, je dis même quand elles nous trompent, et nos deux propositions demeurent constantes.
' yi. Proposition, Outre les secours que donnent les sens à notre raison pour entendre les besoins du corps , ils l'aident aussi beaucoup à connoitre toute la nature. ^
Car notre âme a en elle-même des principes de vérité éternelle, et un esprit de rapport, c'est-à-dire, des règles de raisonnement, et un art de tirer des conséquences. Cette âme ainsi formée, et pleine de ces lumières, se trouve unie à un corps si petit , à la vérité, qu'il est moins que rien à l'égard de cet univers immense; mais qui pourtanta ses rapports avec ce grand tout, dont il est une si petite partie. Et il se trouve composé de sorte qu'on diroit qu'il n'est qu'un tissu de petites fibres infiniment déliées, disposées d'ailleurs avec tant d'art, que des mouvements très-forts ne les blessent pas, et que toutefois les plus délicats ne laissent pas d'y faire leurs impressions; en sorte qu'il lui en vient de très-remarquables et de la lune et du soleil, et même, au moins à l'é- -gs^rd de la vue, des sphères les plus hautes, quoique éloignées de nous par des espaces incompréhensibles. Or l'union de l'âme et du corps se trouve faite de si bonne main, enfin l'ordre y est si bon, et la correspondance si bien établie, que l'âme, qui doit présider, est avertie par ses sensations de ce qui se passe dans ce corps , et aux environs, jusqu'à des distances infinies. Car comme ces sensations ont leur rapport à certaines dispositions de l'objet, ou du milieu, ou de l'organe, ainsi qu*fl a été dit, à chaque sensation l'âme apprend des choses nouvelles , dont quelques-unes regardent la substance du corps qui lui est uni, et la plupart n'y servent de rien. Car que sert, par exemple, au corps humain la vue de ce nombre prodigieux d'étoiles qui se découvrent à nos yeux pendant la nuit? Et même, en considérant ce qui profite au corps, l'âme découvre par occasion une infinité d'autres choses; en sorte (lue da.
petit corps où elle est enfermée, elle tient à tout, et Toit tout Puni vers se venir, pour ainsi dire, marquer sur ce corps, comme le cours du soleil se marque sur un cadran. Elle apprend donc, par ce moyen, des particularités considérables, comme le cours du soleil ; le flux et le reflux de la mer: la naissance, raccroissement, les propriétés diflérentes des animaux, des plantes, des minéraux; et autres choses innombrables, les unes plus grandes, les autres plus petites, mais toutes enchaînées entre elles, et toutes même en particulier, capables d'annoncer leur Créateur à quiconque le sait bien considérer. De ces particularités elle compose l'histoire delà nature, dont les faits sont toutes les choses qui frappent nos sens. Et par un esprit de rapport, elle a bientôt remarqué combien ces faits sont suivis. Ainsi elle rapporte l'un à l'autre : elle compte, elle mesure, elle observe les oppositions et le concours, les effets du mouvement et du repos, l'ordre, les proportions, les correspondances, les causes particulières et universelles, celles qui font aller les parties, et celle qui tient tout en état. Ainsi joignant ensemble les principes universeb qu'elle a dans l'esprit, et les faits particuliers qu'elle apprend par le moyen des sens, elle voit beaucoup dans la nature, et en sait assez pour juger que ce qu'elle n'y voit pas encore est le plus beau ; tant il a été utile de faire des nerfs qui pussent être touchés de si loin, et d'y joindre des sensations, par lesquelles l'âme est avertie de si grandes choses.
Voilà ce que nous avions à considérer sur Tunion naturelle des sensations avec le mouvement des nerfs. Il faut maintenant entendre I quels mouvements du corps l'imagination et les passions sont attachées.
Mais il faut premièrement remarquer que les imaginations et les passions s'excitent en nous, ou simplement par les sens, ou parce que la raison et la volonté s'en mêlent.
Car souvent nous nous appliquons expressément à imaginer quelque chose, et souvent aussi il nous arrive d'exciter exprès et de fortifier quelque passion en nous-mêmes; par exemple, ou l'audace ou la colère, à force de nous représenter, ou nous laisser représenter par les autres, les motifs qui nous les peuvent causer.
Comme nos imaginations et nos passions peuvent être excitées et fortifiées par notre choix, elles peuvent aussi par là être ralenties. Nous pouvons fixer, par une attention volontaire, les pensées confuses de notre imagination dissipée; et arrêter, par vive force de raisonnement et de volonté, le cours emporté de nos passions.
Si nous regardions cet état mêlé dMmagination, de passion, de raisonnement et de choix, nous confondrions ensemble les opérations sensitives et les intellectuelles, et nous n'entendrions jamais Tefiet parfait des unes et des autres. Faisons-en donc la séparation. Et comme, pour mieux entendre ce que feroient par eux-mêmes des chevaux fougueux, il JEkut les considérer sans bride, et sans conducteur qui les pousse on qui les retienne ; considérons l'imagination et les passions purement abandonnées aux sens et à elles-mêmes, sans que l'empire de la volonté, ou aucun raisonnement s'y mêle, ou pour les exciter ou pour les cerner. Au contraire^ comme il arrive toujours que la partie supérieure
84 DE LA COlNKOISSANCfE DE DIEU
est'sollicitéerà .suivre l*fixuigrQation et la passion» mettODs encore avw * elles, et regardons comoûe une partie 4ie leun effet naturel, tout ce qae la partie, sop^ieure leur donne par nécessité,. avant qu'elle ak pria sa de^iàce ^résolution ou pqur ou contre. Ainsi nous découvrirons ce que • peuvent pan elles-mêmea Timagination el les passions, et à quelles dis- positions du corps elles s'excitent.
Et pour commencer paf l'imagination , comme elle sui^^natureHe-* meot-la sensation, il faut- que Timpsession que le corps reçoit dans l'une, soit.attachée à celle qu'il reçoit dans l'autre; et quoique là seule construction des organes du cenveau ne nous apprenne rien du détail de ce qui s'y pitsse à cette occasion, nous sommes bien fondés à croire qu!il s'y passe quelque chose à Toccasio^i de quoi l'âime avertie reçoit de. son Créateur telle ou telle idée i il ne faut que se souvenir que le cecreau est- l'origitne de tous les nerfs,, et que l'ébranlement des nerfs^ par lies objets sensibles, aboutit au cerveau..
La chose sera encore moins difficile à entendre, si on regarde toute Ist substance du cerveau, ou quelquesrunes de ses parties principales, comme composées de petits filets qui tiennent aux nerfs, quoiqu'ils soient d'um; autre nature; à quoi Tànatomie ne. répugne pas, et au CQJûXrjaire l'analogie des autres partiesdu corps nous porte à le croire.
Car les chairs et les muscles, qui ne paroissent à nos. yeux, au premier a^ctv qu'une masse uniforme et inarticulée, paroissent,, dans uie. dissection délicate, un écheveau de petits cordons, nommés fibres, qiy. sont. elles-mêmes des écbeveaux de petits filets parallèles. Lap^au et.]es autres membnanes sont aussi un composé de filets très-fins, dont le. tissu est fait de la manière qui convient à chacune pour son usage, pour donner à tout ce genre de parties, la souplesse et la consistance que demandent les besoins.du corps.
On peut bien croire qu^ la nature n'aurait pas été moins soigneuse du. cerveau qui est l'instrument principal, des fonctions animales,, et q^ la composition n'en sera pas moins industrieuse.
On compren Ira donc aisément qu'il' sera composé d'une infinité de pfitits -filets, que l'affluence des esprits à cette' partie', et leur continuel mouvement, tiendront tau]o>irs en état : en sorte qu'ils pourront être aisément mus et plies,. |i l'ébranlement des nerfs, en autant de manières qu'il laudra^
Que si on n'observe- p^ cette distinction de petits filet» dans le cerveau d'un animal anort, il est aisé dé concevoir que. la mollesse de cetie partie, et Pextinotion de la chaleur naturelle, d'où suit celle des espipts, e». est la cause : jpint que dans les autres parties du corps., qupiqùje pl.us, grossi ères , plus consistante^, et{tîus différentes, le tissa n^eàvaperçi^ qu'aille beaiiopup dé travail, et Jamais dans toute sa délicatesse.
Car Isi.naturQ travaillé' avec tant d'adresse, et rédliil tels corps à.ttei p^iea sîflines et si déliées, que nr l'art .ne la peut imfter, ni la vue It |Ups^ecç«jntD la' suivre' dans des divisions si dâicalss, quelque seeoan qfifim xlMurcbè dans les mix:ir4>sCopes.
Ces clinôses prë^pposées, iféstclàlf que rt^presilon , ou le coupgnn
.£T D£ SDl^M^UE. 85
les Ber£9 reçoivent de rpbjet,.portera: nteessairement sur le cerYeaa; #t'Oeaime la sensation. se. trouve ocyBJointe à Tébranleinent' du nerf, l'iSMgiBatioO'le fera, à r.ibianignieiit qui se fera sur. le cenreau i][^ème.
Selon cela, rimagiiuuion doU3uivrey:mais.de fort près, la sensation, comme- le mouvement 4ucemau doitauivre câlui.du nerf.
Stoomnie Pîmpfessi«a qui se fait dans. le. cerveau. doit imiter délie du nerf, aussi avons-nous tu que IMmagination n'est autre chose qoe Timide ée la- sensation.
De même aussi -que le nerfrest d'une n&Uife à recevoirtun mouvement; plus rite et plusCermesque ie cerveau^ la sensation aussi estplas vive que l'imagination.
L'imagination dure plu^que Ja -sensation; il faut donc qu'il y lit une cause de cette durée : mais si cette cause subsiste dans la cerveau^ où et de quelle manière? ou si elle consiste dans la puissance obédientielle de l'ime une fois touchée de cette idée ^ et de l'institution de son Créateur tout-puissant, c'est ce qu^il seroit inutile de chercher, puisqu'il paroît impossible de parvenir à-eiAte couDoissancé.
On dit sur cela que le cerveau Ayant tout ensemble assej^ da mollesse pour recevoir facilement les impressions, et assez de consistance pour les retenir, il y peut demeurer, à peu près comme sur la cire, des marques fixes et durables, qui servent à rappeler les objets, et don- Dent lieu au souvenir, liais il ne faut qu'approfondir cette idée, pour voir combien elle est superficielle, téméraire, insuffisante, même en général, et- encore infiniment plus en détail.
On peut aisément jcomprendre ^ue les coups qui viennent ensemlile par divers sens, portent  peu près au. même endroit du cerveau, -ce qui fait que divers objets n'en (ont qu'un seul, quand ils viennent dans le même temps.
J'aurai, par exemple, rencontré un lion en passant par les déserts de Libye, et j'en aurai vu l'affreuse figure; mes oreilles auront été frappées de son rugissement terrible, j'aurai senti, si vous le voulez, quelque atteinte de ses griffes, dont une main secourable m'aura .arraché. Il se fait dans mon cerveau, par ces trois sens divers, trois fortes impressions , de ce que c'est qu'un lion ; mais , parce que ces trois impressions, qui viennent à peu près ensemble, ont porté au môme endroit, une seule remuera le tout; et aii:si il arrivera qu'au seul aspect du lion, à la seule ouïe de son cri, ce furieux animal reviendra tout eutier à mon imagination.
Et Cela ne s'éiend pas seulement à tout l'animal, mais encore au lieu où j'ai éié fiappé la première fois d'un objet si effroyable. Je ne ■reverrai jamais le vallon désert où j'en aurai fait la rencontre, sans qu'il me prenne quelque émotion, ou même quelque frayeur.
ainsi , de tout ce qui frappe en même temps le sens , il ne s'en compose qu'un seul objet, qui fait une impression dans le môme endroit •do cerveau, et y a4Son caractère particulier. Et c'est pourquoi, en pas- -.aant, il ne faut pas s'étonner, si un chat frappé d'un bâton au bruit <hiQ grelot qui y éloit attaché, est ému après par le grelot seul^c^x ^ fait'son impression avec le bAtcA au. môme «Bdiovl À\i cecN^va.
Toutes les fois que les endroits du cerveau, où les marques des objets restent imprimées, sont agités, ou par les vapeurs qui montent continuellement à la tête, ou par le cours des esprits, ou par quelque autre cause que ce soit, les objets doivent revenir à l'esprit; ce qui nous cause en veillant tant de différentes pensées qui n'ont point de suite, 9t en dormant tant de vaines imaginations que nous prenons pour des vérités.
£t parce que le cerveau, composé, comme il a été dit, de tant de parties si délicates, et plein d'esprits si vifs et si prompts, est dans un mouvement coiitinuel, et que d'ailleurs il est agité à secousses inégales et irrégulières, selon que les vapeurs et les esprits montent à la tête; il arrive de là que notre esprit est plein de pensées si vagues, si nous ne le retenons, et ne le fixons par l'attention.
Ce qui fait qu'il y a pourtant quelque suite dans ces pensées, c'est que les marques des objets gardent un certain ordre dans le cerveau.
Et il y a une grande utilité dans cette agitation qui ramèiie tant de pensées vagues, parce qu'elle fait que tous les objets, dont notre cerveau retient les traces, se représentent devant nous de temps en temps par une espèce de circuit, d'où il arrive que les traces s'en rafraîchissent, et que l'âme choisit l'objet qui lui plaît, pour en faire le sujet de son attention.
Souvent aussi les esprits prennent leur cours si impétueusement et avec un si grand concours vers un endroit du cerveau, que les autres demeurent sans mouvement, faute d'esprits qui les agitent; ce qui fait qu'un certain objet déterminé s'empare de notre pensée , et qu'une seule imagination fait cesser toutes les autres.
C'est ce que nous voyons arriver dans les grandes passions, et lorsque nous avons l'imagination échauffée; c'est>à-Kiire qu'à force de nous attacher à un objet, nous ne pouvons plus nous en arracher : comme nous voyons arriver aux peintres et aux personnes qui composent; surtout aux poètes, dont l'ouvrage dépend tout entier d'une certaine chaleur d'imagination.
Cette chaleur, qu'on attribue à l'imagination, est en effet une affection du cerveau , lorsque les esprits naturellement ardents, accourus en abondance, réchauffent en l'agitant avec violence. Et comme il ne prend pas feu tout à coup , son ardeur ne s'éteint aussi qu'avec le temps.
De cette agitation du cerveau et des pensées qui l'accompagnent naissent les passions avec tous les mouvements qu'elles causent dans le corps, et tous les désirs qu'elles excitent dans l'âme.
Pour ce qui est des mouvements corporels, il y en a de deux sortes dans les passions : les intérieurs, c'est-à-dire, ceux des esprits et du sang; et les extérieurs, c'est-à-dire, ceux des pieds, des mains et de tout le corps, pour s'unir à l'objet, ou s'en éloigner : ce qui est le propre effet des passions.
La liaison de ces mouvements intérieurs et extérieurs, c'est-à-dire, du mouvement des esprits avec celui des membres externes, est manifeste , puisque les membres ne se remuent qu'au mouvement des mvscJes, ni les muscles qu'au mouvement et à la direction des esprits.
St il faut, en génénl, que les mouTements des animatin suivent rimpression des objets daÂs le cerveaa, puisque la fin naturelle de leur mouTement est de les approcher ou de les âoigner des objets mêmes.
C'est pourquoi nous avons tu que pour lier ces deux choses , c'est-àdire, rimpression des objets et le mouvement, la nature a voulu qifan même endroit où aboutit le dernier coup de Tobjet, c'est-à-dire, dans le cerveau, commençât le premier branle du mouvement; et pour la même raison elle a conduit jusqu'au cerveau les nerfs qui sont tout ensemUe, et les organes par où les objets nous frappent, et les tuyaux par où les esprits sont portés dans les muscles, et les font jouer.
Ainsi, par la liaison qui se trouve naturellement entre l'impression des objets, et les mouvements par lesquels le corps est transporté d'un heu à un autre, il est aisé de comprendre qu'un objet qui fait une impression forte, par là dispose le corps à de certains mouvements, et l^branle pour les exercer.
En effet, il ne faut que songer ce que c'est que le cerveau frappé, agité, imprimé, pour ainsi parler, par les objets, pour entendre qu'à ces mouvements quelques passages seront ouverts, et d'autres fermés; et que de là il arrivera que les esprits, qui tournent sans cesse avec grande impétuosité dans le cerveau, prendront leur cours à certains endroits plutôt qu'en d'autres ; qu'ils rempliront par conséquent certains nerfs plutôt que d'autres; et qu'ensuite le cœur, les muscles, enfin toute la machine mue et ébranlée en coo^'^^mité, sera pousséd en certains objets, ou à l'opposite, selon la convenance ou l'opposition que la nature aura mise entre nos corps et ces objets.
En cela la sagesse de celui quia réglé tous ces mouvements, consistera seulement à construire le cerveau , de sorte que le corps soit ébranlé vers les objets convenables, et détourné des objets contraires.
Après cela, il est clair que s'il veut joindre une âme à un corps, afin que tout se rapporte, il doit joindre les désirs de Tâme à cette secrète disposition, qui ébranle le corps d'un certain côté; puisque même nous avons vu que les désirs sont à l'âme ce que le mouvement progressif est au corps, et que c'est par là qu'elle s'approche ou qu'elle s'éloigne à sa manière.
Voilà donc entre l'âme et le corps une proportion admirable. Les sensations répondent à l'ébranlement des nerfs, les imaginations aux impressions du cerveau, et les désirs, ou les aversions, à ce branle secretque reçoit le corps dans les passions^ pour s'approcher ou s'éloigner de certains objets.
Et pour entendre ce dernier effet de correspondance, il ne faut que considérer en quelle disposition entre le corps dans les grandes passions, et en même temps combien Tâme est sollicitée à y accommoder ses désirs.
Dans une grande colère, le corps se trouve plus prêt à insulter Tennemi et à l'abattre, et se tourne tout à cette insulte; et l'âme, qui se sent aussi vivement pressée, tourne toutes ses pensées au même dessein.
Au contraire, la crainte se tourne à l'éloignement et à la fùite^qu'elU rend vite et précipitée, plus qu'elle ne le setoiX TvïiViT^ciûttûX^^^'î»
as DE LA CONNOISSAf^CE DE DIEU
n'est qu'elle devienne si extrême, qu'elle dégénère en langueur et en défaillance. Et ce qu'il y a de merveiileuz, c'est que l'&me «ntre auslitAt dans des sentiments'con^enables à cet état ; elle a autant de désir de fuir, que le corps y a de disposition. Que si la frayeur aoas saisit, de sorte que le sang se glace si fort que le corps tombe en défaUlasce, ^Pftme semble s'affoiblir en même temps, le courage tombe avec les forces, et il n'en reste pas même assez pour pouvoir prendreJa- fu»te.
H étoit convenable à l'union de TÎme et du corps, que la difficulté da mouvement, aussi bien que la disposition à le faire, eût quelque chose dans Tâme qui lui répondit ; et c'est aussi ce qui fait aafkre le découragement, la profonde mélancolie, et le désespoir.
Contre de si tristes passions, 'et au défaut de la joie qu'onajjarement bien pure, Tespérance nous est donnée comme une espèce de -ekaime, qui nous empêche de sentir nos maux. Dans l'espérance , les e^nts ont de la vigueur, le courage se "soutient aussi , et même il -s^eicite. Quand elle manque, tout tombe, et on se sentcumme enfoncé dans an aMme.
Selon ce qui a été dit, on pourra définir la passion , à la ptiendre en ce qu'elle eât dans l'âme, en ce qui regarde les choses corporelles, un désir ou une aversion qui naît dans elle à proportion que lecorpsest capable au dedans de concourir avec l'âme à poursuivre ou à fuir certains objets : et dans les corps une disposition , par laquelle il est capalâe d'exciter dans l'âme des désirs ou des aversions pour certains objets.
Ainsi le concours de l'âme et du corps est visible dans les passions. Hais ilest clair que le premier mobile est tantôt dans la penséederâme tantôt dans le mouvement commencé par la disposition du corps.
Car comme les passions suivent les sensations, et que les sensations suivent les dispositions du corps, dont elles doivent avertir l'âme, il paroU que les passions les doivent suivre aussi ; en sorte que le corps doit êtie ébranlé par un certain mouvement, avant que l'âme soit sollicitée à s'y joindre par son* désir.
En un mot, en ce qui regarde les sensations, les imaginations et les passions, elle est purement patiente; et il faut toujours penser que, comme la sensation suit l'ébranlement du nerf, et que l'imagination suit l'impression du cerveau, le désir ou l'aversion suivent aussi la disposition où le corps est mis par les objets qu'il faut ou fuir ou chercher.
La raison est que les sensations et tout ce qui en dépend , est donité à l'âme pour l'exciser à pourvoir aux besoins du corps, et que tout cela, par conséquent, devoit être accommodé à ce qu'il souffre.
Il ne faut, pour nous en convaincre, que nous observer nous-mêmes dans un de nos appétits les plus naturels, qui est celui de manger. Le corps vide de nourriture en a besoin, et l'âme aussi la désire : le corps est altéré par ce besoin, et Tâme ressent aussi la douleur pressante de la faim. Les viandes frappent l'œil, ou l'udorat, et en ébranlent les nerfs; les sensations conformes s'excitent, c'est-à-dire que nous voyons et sentons les viandes par Tôbranlement des nerfs, cet objet est imprimé dans le cerveau , et le plaisir de manger remplit l'imagination. A l'occasion de l'impression que les viandes font dans le même cer^rean, les ecprits coulent dans tous les endroits qui servent à la nutrition, l'eaa
ET BB SOl-^fÈME. 89
la bouche, et on sait que cette eau est propre à ramollir les à en exprimer le suc, à nous les faire atater; d autres eaux mt dans Testomac, et déjà elles le picotent ; tout se prépare à ion, et Tâme dévore déjà les viandes par la pensée, se qui fait dire ordinairement que Tappétit facilite la digestion, m désir puisse de soi-même inciser les viandes, les cuire et rer, mais c'est que ce désir vient dans le temps que tout est prêt corps à la digestion.
verroit un homme aiiamé, en présence de la nourriture offerte lung temps, verroit ce que peut Tobjet présent, et comme tout se tourne à le saisir et à Teogloutir.
st donc de notre corps dans les passions, par exemple dans une dans une colère violente, comme d'un arc bandé« dont toute litiuQ tend à décocher le trait ; et on peut dire qu*un arc en cet end pas plus à tirer, que le corps d*un homme en colore tend ir l'ennemi. Car et le cerveau, et les nerfs, et les muscles, le . tout entier à cette action , comme les autres passions le tour- L actions qui leur sont conformes.
:ore qu en même temps que le corps est en cet état, il s'élève tre âme mille imaginations et mille désirs, ce n'est pas tant ces qu'il faut regarder, que les mouvements du cerveau auxquels trouvent jointes ; puisque c'est par ces mouvements que les ; sont ouverts, que les esprits coulent, que les nerfs, et par eux :les, en sont remplis, et que tout le corps est tendu à un cerivement.
qui faitcroire que, dans cet état, il faut moins regarder les penl'âme, que les mouvements du cerveau, c'est que dans les pas- )mme nous les considérons, l'âme est patiente, et qu'elle .ne p::s aux dispositions du corps, mais qu'elle y sert. )ourquoi il n'entre dans les passions ainsi regardées aucue sorte anement, ou de réflexion. Car nous y considérons ce qui. préit raisonnement et toute réflexion, et ce qui suit naturellement ;ion des esprits pour causer certains mouvements, core que nous ayons vu ci-dessus' que les passions se diversii présence ou à l'absence des objets, et par la facilité ou parla ï de les acquérir; ce n'est pas qu'il intervienne une r^'flcxion, elle nous concevons l'objet présent ou absent, facile ou difficile rir ; mais c'est que l'éloignement aussi bien que la présence de )nt leurs caractères propres, qui se marquent dans les organes e cerveau : d'où suivent dans tout le corps les dispositions con- ;, et dans l'âme aussi des sentiments et des désirs proportionnés. 5te il est bien certain que les réflexions qui suivent afirés, aug- . ou ralentissent les passions : mais ce n'est pas encore de quoi , Je ne regarde ici que le premier coup que porte la passion } et à rime. Et il me suffit d'avoir observé, comme une chose ble , que le corps est dbposé par les passions à d« certains mou-
vements, et queTAme est en même temps puissamipent portée à y sentir. De là Tiennent les efforts qu'elle fait, quand il faut, par lave s'éloigner des choses où le corps est disposé. Elle s'aperçoit alors ( bien elle y tient, et que la correspondance n'est que trop grande.
Jusques ici nous avons regardé dans Tâme ce qui suit les mo ments du corps. Voyons maintenant dans le corps ce qui suit les sées de T&me.
C'est ici le bel endroit de l'homme. Dans ce que nous venons de c'est-à-dire, dans les opérations sensuelles, l'&me est assujettie au ce mais dans les opérations intellectuelles, que nous allons considérer, seulement elle est libre, mais elle commande.
Et il lui convenoit d'être la maîtresse, parce qu'elle est la plus ble, et qu'elle est née par conséquent pour commander.
Nous voyons en effet comme nos membres se meuvent à son i mandement, et comme le corps se transporte promptement où elle
Un aussi prompt effet du commandement de l'&me ne nous d plus d'admiration, parce que nous y sommes accoutumés ; mais en demeurons étonnés, pour peu que nous y fassions de réflexion
Pour remuer la main , nous avons vu qu'il faut faire agir prem ment le cerveau, et ensuite les esprits, les nerfs et les muscles; e pendant de toutes ces parties, il n'y a souvent que la main qui nou: connue. Sans connoître toutes les autres, ni les ressorts intérieur font mouvoir notre main, ils ne laissent pas d'agir, pourvu que voulions seulement la remuer.
Il en^st de même des autres membres qui obéissent à la voient veux exprimer ma pensée, les paroles conven.u-.es me >o:tent au! de la bouche, sans que je sache aucun des mouvemenis que do faire, pour les former, la langue ou les lèvres, encore moins cet cerveau, du poumon et de la trachée-artère ; puisque je ne saû même naturellement si j'ai de telles parties, et que i'ai eu besoi m'étudier moi-même pour le savoir.
Que je veuille avaler, la trachée-artère se ferme infailliblement, que je songe à la fermer, et sans que je la connoisse, ni que je la i agir.
Que je veuille regarder loin, la prunelle de l'œil se dilate; et au traire, elle se resserre quand je veux regarder de près, sans q sache qu'elle soit capable de ce mouvement, ou en quelle partie p sèment il se fait. Il y a une infinité d'autres mouvements semblable se font dans notre corps , à notre seule volonté, sans que nous sac! comment, ni pourquoi, ni même s'ils se font.
Celui de la res{)iration est admirable, en ce que nous le suspee et l'avançons quand il nous plaît ; ce qui étort nécessaire pour av( libre usage de la parole : et cependant, quand nous dormons, ei fait sans que notre volonté y ait part.
Ainsi, par un secret merveilleux, le mouvement de tant de pai dont nous n'avons nulle connoissance, ne laisse pas de dépendi notre volonté. Nous n'avons qu'à nous proposer un certain effet co jttr exemple, de regarder, de parler, ou de marcher : aussitôt
BT DE SOft-UÈME. 9l
resaorts iocooniis, des esprits, des nerfi, des musdes, et le cerrem même qui mène tous ces moaTements, se remuent pour le produire, sans que nousiconnoissions autre chose sinon que lious le Toulons, et qu'aus^Uyt que nous le Toulons l'efiet s'ensuit.
Outre tons ces mouvements qui dépendent du cerveau, il faut que nous exercions sur le cerveau même un pouvoir immédiat, puisque nous pouvons être attentifs quand nous le voulons ; ce qui ne se fait pas sans quelque tension du cerveau, comme l'expérience le fait voir.
Par cette même attention, nous mettons volontairement certaines choses dans notre mémoire, que nous nous rappelons aussi quand il nous plaSt, avec plus ou moins de peine, suivant que le cerveau est bien ou mal disposé.
Car il en est de cette partie comme des autres, qui, pour êlre en état d'obéir à Tâme, demande certaines dispositions ; ce qui montre, en passant, que le pouvoir de Tâme sur le corps a ses limites.
Afin donc que Tâme commande avec effet, il faut toujours supposer que les parties soient bien disposées, et que le corps soit en bon état. Car quelquefois on a beau vouloir marcher, il se sera jeté telle humeur sur les jambes, ou tout le corps se trouvera si foible par Tépuisement des esprits, que cette volonté sera inutile.
Il y a pourtant certains empêchements, dans les parties, qu'une forte volonté peut surmonter; et c'est un grand effet du pouvoir de l'âme sur le corps, qu'elle puisse même délier des organes qui, jusque-là, avoient été empêchés d'agir : comme on dit du fils de Crésus, qui, ayant perdu l'usage de la parole, la recouvra, quand il vit qu'on alloit tuer son père , et s'écria qu'on se gardât bien de toucher à la personne du roi. L'empêchement de sa langue pouvoit être surmonté^ par un grand effort, que la volonté de sauver son père lui fît faire.
Il est donc indubitable qu'il y a une infinité de mouvements dans le corps, qui suivent les pensées de l'âme ; et ainsi les deux effets de Tu' nion restent parfaitement établis.
Mais afin que rien ne passe sans réflexion, voyons ce que fait le corps, et à quoi il sert dans les opérations intellectuelles, c'est-à-dire tant dans celles de l'entendement, que dans celles de la volonté.
Et d'abord il faut reconnoître que l'intelligence, c'est-à-dire, la connoissance de la vérité, n'est pas, comme la sensation et l'imagination, one suite de l'ébranlement de quelques nerfs, ou de quelque partie du cerveau.
Nous en serons convaincus, en considérant les trois propriétés de Pentendement, par lesquelles nousavons vu, dans le chapitre 1, n'xvn, qu'il est élevé au-dessus des sens et de toutes ses dépendances.
Car il y paroit que la sensation ne dépend pas seulement de la vérité de l'objet, mais qu'elle suit tellement des dispositions et du milieu, et de l'organe, que par là l'objet vient à nous tout autre qu'il n'est. Un bâton droit devient courbe à nos yeux au milieu de l'eau; le soleil et les autres astres y viennent infiniment plus petits qu'ils ne sont en eux-mlmes. Nous avons beau être convaincus de toutes les raisons par lesquelles on sait, et que Teau n'a pas tout d^xxii coh^tq^v^
•92 DE LA •Ca!fN(HâSAfiM:E . DE DIEU
«e hlton , et que tel astre , qui ne nous {>^oU qu'un point dans : le (ÛA, surpasse sans pijoportion^toiUe la grasuleur.cle.later];e; jûleMtoiÇL^aur cela n'en vient plus diroit à. nos yeux.,^ ni les étoiles plus^ grandes» jCe qui montre que la véritéioa s'imprime pas sur le sens, iaaii^M]ue.toute8 les sensations sont une suite néeessaire de& dispositions, du cox^^/tans qu'elles puissent jamais s'élever au-dessus d'elles.
'Que s'il en étoit autant de Tentendement, il pourroit être de. môme forcé à l'erreur. Or est4-il que nous n'y .tombons quç par notre £autefet pour ne vouloir pas apporter l'attention nécessaire à l'objet don t. illaut juger. Car dès 4ors que Ti^e rse tourne directement, à la ^éritô, réiolue de ne. céder qu'à, j^ seule, .elle ne .reçoit d'impressiourque deji vérité même; en sorte qu'elle s'y attache , quand elle paroit, et dfimueure en suspens, si elle ne paooU pas, toujours exempte d'erreur, ea l'un et en l'autre état , ou impco qu'elle conooit la vérité , ou. parce, qu'elle connott du moins qu'elle ne peut pas encore la connottre. • Par le même principe, il paroît qu'au lieu que les ol^etsles plus sensibles sont pénibles et insuppoEtables ; la vérité, au contraire, pUis eUe est mtelligible, plus elle plaît. Car. la sensation n'étant qu'une suKe d'un organe corporel, la plus forte doit nécessairement devenir pénible par le coup violent que l'organe aura reçu, tel qu'est celui que xogei- ?ent les yeux par le soleil, et les oreilles par un grand bruit ; en aorte qu'on est obligé de détourner les yeux et de boucher les oreilles. De aiôme une forte imagination nous travaille ordinairement, parce qu'elle .<ne peut pas être sans une commotion trop violente du cerveau. £t.fi i'-entendement avoit la même dépendance du corps, le corps ne pou^ roit manquer d'ôtre blessé par la vérité la plus forte; c'est-à-dire, b plus certaine et la plus connue : si donc cette vérité, loin de blesser, platt et soulage, c'est qu'il n'y a aucunepartie qu'elle doive rudeoeat frapper ou émouvoir, car ce qui peut être blessé de cette aorte est on corps ; mais qu'elle s'unit paisiblement À l'entendement, en qui eUe trouve une entière correspondance , pourvu qu'il ne se soit point gftté lui-même parles mauvaises dispositions que nous avons, marquées ailleurs.
Que si cependant nous éprouvons que la recherche de la vérité soit laborieuse, nous découvrirons bientôt de quel côté nous vient ce travail: mais, en attendant, nous voyons qu'il n'y a point de vérité qui nous blesse par elle-même étant connue, et que plus une &me droite la regarde, plus elle en est contente.
De là vient encore que tant que l'âme s'attache à la vérité ,MOS écouter les passions et les imaginations, elle la voit toujours lamû&joe; ce qui ne pourroit pas être, si la connoissance suivoit le mouvemeot du cerveau toujours agité, et du corps toujours changeant.
C'est de là aussi qu'il arrive que le sens varie souvent, ainsi qua nous l'avons dit au lieu allégué. Car ce n'est point la vérité seule qui agit en lui, mais il s'excite à l'agitation qui arrive dans son organe, au lieu que l'entendement, qui, agissant en son naturel, ne reçoit d'impression que de la seule vérité, la voit aussi tout.uniforme.
Car posons, par exemple, ouelque vérité clairement connue, comme
leroit, que rien ne se donne VéXse à soi-même, ou qu'il faut suivre la raiaoo en tout, et toutes ke autres .qui suivent de ces beaux principes : nons'ponfons bien n'y penser, pas, mais tant que nous y serons véritablement attentirs, nous les Terrons toujours de même, jamais altéré«s Rt dinimiées. Ce qui montre que. la connoissance de ces vérités ne dépend d'aueune disposition clîangeante, et n'est pas, comme la sensation, attachée à un organe altérable.
G^est pourquoi, au Ueu que la sensation, qui s*élève au concoiu^ momentané de. l'objet et de l'organe, aussi vite qu'une étincelle au choc de la pierre et du fer, ne nous fait rien apercevoir qui ne passe pi^asque k l'instant; l'entendement, au contraire, voit des choses qui ne -.passent pas, parce qu'il n'est attaché qu'à la vérité dont la substanoe- est éternelle.
Ainsi il n'est pas possible de regarder l'intelligence comme une suite de Taitération qui se sera faite dans le corps, ni par conséquent l'entendement comme attaché à un organe corporel, dont il suive le mouvement.
Il faut pourtant reconnoUre qu'on n'entend point sans imaginer, ni sans avoir senti : car il est vrai que, par un certain accord entre toutes les parties qui composent l'homme, l'âme n'agit pas, c'est à-dire ne pense et ne connoit pas, sans le corps; ni la partie intellectuelle, sans la partie sensitive.
Et déjà, à l'égard de la connoissance des corps, il est certain que nous ne pouvons entendre qu'il y en ait d'existants dans la nature que par le moyen des sens. Car en cherchant d'où nous viennent nos sensations, nous trouvons toujours quelque corps qui a affecté nos organes, et ce nous est une preuve que ces corps existent.
Et en effet, s'il y a des corps dans l'univers, c'est chose de fait, àoùt nous sommes avertis par nos sens, comme des autres faits. Et sans, le secours des sens je ne pourrois non plus deviner s'il y a un soleil, que s'il y a un tel homme dans le monde.
Bm plus : l'esprit occupé de choses incorporelles-, par exemple de ûien et de ses perfections, s'y est senti excité par la oonsidératron- de ses œuvres^-ou par. sa parole, ou enfin par quelque autre ciiose dont lea seBs,4>at été frappés.
Et notre vie ayant commencé par de pures sensations, avec peu ou pqiat d'iatelligence, indépendante du corp^, nous avorrs dès l'enfance WtixMCté une si grande habitude de sentir et d'itnaginer, que ces choses nouBr suivent toujours, sans que nous en puissions être entièrement séparés.
de là «entjque nous ne pensons jamais, ou presque jamais, à quelque (djl^ que £«. soit,, que le nom dont nous Pappelons ne nous revienne; CKqiÛ* iDAcque Ja liaison des choses qui* frappent nos sens, tels que mt les .noms,, avec nos opérations intellectuellss;
On met en question s'il peut y avoir, en cette' vie, un ptvrs aetr (i'iotAUigQDce dégagé de toute image sensible. Et il n'est parmcroyabte 9l||t.«tlft poissA être, durant de certains inoments, dans lesr esprits iWr^ à une haute contemplation, et exercés dtfrant im long teinps^
se mettre au-dessus des sens : mais cet état est fort rare, et il faut parler ici de ce qui est ordinaire à l'entendement.
L'expérience fait voir qu'il se môle toujours, ou presque toujours, à ces opérations, quelque chose de sensible, dont même il se sert, pour s'élever aux objets les plus intellectuels.
Aussi avons-nous reconnu que l'imagination , pourvu qu'on ne la laisse pas dominer, et qu'on sache la retenir en certaines bornes, aide naturellement Tintelligence.
Nous avons vu aussi que notre esprit, averti de cette suite de faits que nous apprenons par nos sens , s'élève au-dessus, admirant en lui-même et la nature des choses, et l'ordre du monde. Mais les règles et les principes par lesquels, il aperçoit de si belles vérités dans les objets sensibles, sont supérieurs aux sens; et il en est à peu près des sens, et de l'entendement, comme de celui qui propose simplement les faits, et de celui qui en juge.
II y a donc déjà en notre âme une opération, et c'est celle de l'entendement, qui précisément, et en elle-même, n'est point attachée au corps, encore qu'elle en dépende indirectement, en tant qu'elle se sert des sensations et des images sensibles.
La volonté n'est pas moins indépendante; et je le reconnois par l'empire qu'elle a sur les membres extérieurs et sur tout le corps.
Je sens que je puis vouloir, ou tenir ma main immobile, ou lui don* oer du mouvement; et cela en haut ou en bas, à droite ou à gauche, avec une égale facilité : de sorte qu'il n'y a rien qui me détermine, que ma seule volonté.
Car je suppose que je n'ai dessein, en remuant ma main, de ne m*en servir, ni pour prendre, ni pour soutenir, ni pour approcher, ni pour éloigner quoi que ce soit; mais seulement de la mouvoir du côté que je voudrai, ou, si je veux, de la tenir en repos.
Je fais en cet état une pleine expérience de ma liberté et du pouvoir que j'ai sur mes membres, que je tourne où je veux, etcommeje veux, seulement parce que je le veux.
Et parce que j'ai connu que les mouvements de ces membres dépendent tous du cerveau, il faut, par nécessité, que ce pouvoir que j'ai sur mes membres, je l'aie principalement sur le cerveau même.
Il faut donc que ma yolomé le domine ; tant s'en faut qu'elle puisse être une suite de ses mouvements et de ses impressions.
Un corps ne choisit pas où il se meut ; mais il va comme il est pousséi et s'il n'y avoit en moi que le corps, ou que ma volonté fÙt, comme les sensations, attachée à quelqu'un des mouvements du corps : bien loin d'avoir quelque empire, je n'aurois pas même de liberté.
Aussi ne suis-je pas libre à sentir, ou ne sentir pas, quand Foljet est présent. Je puis bien fermer les yeux ou les détourner, et en oeU Je suis libre; mais je ne puis, en ouvrant les yeux, empêcher la senst' tioQ attachée nécessairement aux impressions corporelles, oA la liberté ne peut pas être.
Ainsi l'empire si libre que j'exerce sur mes membres me fait Toir que je tiens le cerveau en mon pouvoir ,et que c'est là le siège principal de Pâme.
Car encore qu'elle soit unie à tous les membres, et qu'elle les doive nir tous en sujétion, son empire s'exerce immédiatement sur la pari d*où dépendent tous les mouvements progressifs, c'est-à-dire, sur cerveau.
En dominant cette partie, ou aboutissent les nerfs, elle se rend artre des mouvements, et tient en main, pour ainsi dire, les rênes par t tout le corps est poussé ou retenu.
Soit donc qu'elle ait le cerveau entier immédiatement sous sa puisnce, soit qu'elle y ait quelque maltresse-pièce, par où elle contienne s autres parties, comme un pilote conduit tout le vaisseau parle goutrnail, il est certain que le cerveau est son siège principal, et que est de là qu'elle préside à tous les mouvements du corps. Et oe qu'il y a ici de merveilleux, c'est qu'elle ne sent point naturelment, ni ce cerveau qu'elle meut, ni les mouvements qu'elle y fait, )ur contenir ou pour ébranler le reste du corps, ni d'où lui vient un )uvoir qu'elle exerce si absolument. Nous connoissons seulement qu'un npire est donné à l'âme, et qu'une loi est donnée au corps, en vertu i laquelle il obéit.
Cet empire de la volonté sur les membres d'où dépendent les monuments extérieurs est d'une extrême conséquence : car c'est par là je l'homme se rend maître de beaucoup de choses , qui par ellesêmes sembloient n'être point soumises à ses volontés. Il n'y a rien qui paroisse moins soumis à la volonté, que la nutrition; cependant elle se réduit à l'empire de la volonté en tant que l'&me, laltresse des membres extérieurs, donne à l'estomac ce qu'elle veut, ; dans la mesure que la raison prescrit, en sorte que la nutrition est mgée sous cette rt gle.
Et l'estomac même en reçoit la loi, la nature l'ayant fait propre à se lisser plier par l'accoutumance.
Par ces mêmes moyens, l'âme règle aussi le sommeil , et le fait serira la raison.
En commandant aux membres des exercices pénibles, elle les fortie, elle les endurcit aux travaux, et se fait un plaisir de les assujettir ses lois.
Ainsi elle se fait un corps plus souple , et plus propre aux opérations itellectuelles. La vie des saints religieux en est une preuve. Elle étend aussi son empire sur l'imagination et les passions, c'est-àire sur ce qu'elle a de plus indocile.
L'imagination et les passions naissent des objets ; et par le pouvoir le nous avons sur les mouvements extérieurs, nous pouvons ou nous )procher ou nous éloigner des objets.
Les passions, dans l'exécution, dépendent des mouvements extérieurs : tkut frapper pour achever ce qu'a commencé la colore, il faut fuir mr achever ce qu'a commencé la crainte; mais la volonté peut em- ^her la main de frapper, et les pieds de fuir. Nous avons vu, dans la colère, tout le corps tendu à frapper , comme Q arc à tirer son coup. L'objet a fait son impression, les esprits eoo- &t, le cœur bat plus violemment qu'à l'ordinaire, le sang coule iftc
96 DE LA COimOtSSANCE DE DIEU
^itessfr, et envole des esprits et plus abondants et plus vih ; les nerf$ et les muscles en sontremplis, ils sont tendus, les poings sont fermés, et le bras affermi est prêt à frapper : mais il faut encore lâcber la corde, il faut que la volonté laisse aller le corps; autrement le mouvement ne s'achève pas.
Ce qui se dit de la colère, se dit de la crainte et des autres passions qui. disposent tellement le corps aux mouvements qui lui conviennent, que nous ne les retenons que par vive force de raison et de volonté.
On peut dire que ces derniers mouvements, auxquels le corps est si disposé, par exemple celui de frapper s'achèveroit tout à fait par la force de cette disposition, s'iLn'étoit réservé à l'&me de licber ce dernier coup.
Et il arriveroit à peu près de même que dans la respiration , que nous pouvons suspendre par la^ volonté quand nous veillons, mais qui sV chève, pour ainsi dire , toute seule par la simple disposition du corps, quand Tâine le laisse agir naturellement, par exemple dans le sommeil.
En effet, il arrive quelque chose de semblable dans les. premiers mouvements des passions; et les esprits et le sang s'émeuvent quelquefois si vite dans la colère, que le bras se trouve lâché avant qu'on ait le loisir d'y faire réflexion. Alors la disposition du corps a prévalu : et il ne reste plus à la volonté prévenue, qu'à regretter le mal qui s'est fait sans elle.
Mais ces mouvmnents sont rares, et ils n'arrivent guère à ceux qui s'accoutument de bonne beure à se maîtriser eux-mêmes.
Outre la force donnée à la volonté pour empêcher le dernier effet des passions, elle peut encore, en prenant la chose de plus haut, les arrêter et les modérer dans leur principe ; et cela par le moyen de l'attention qu'elle fera volontairement à certains objets, ou dans le temps des passions, pour les calmer, ou devant les passions, pour les prévenir.
Cette force de l'attention , et l'effet qu'elle a sur le cerveau , et par le cerveau sur tout le corps, et même sur la partie Imaginative de l'âme, et par là sur les passions et sur les appétits, est digne d'une grande considération.
Mous avons déjà observé que la contention de la tête se restent fort grande dans l'attention, et par là il est sensible qu'elle a un grand eCfet dans le cerveau.
On éprouve d'ailleurs que cette attention dépend de la volonté; en sotte qu0 le cerveau doit être sous. son empire, en tant qu'il sert à l'atr teslioB..
Pour entendre tout ceci, il faut remarquer que les pensées naissent àvm notre ime qudquefois à l'agit&tiom naturelle du cerveau, etq1lel^ qu0f<^8'(>ar.ane attention volontaire.
FeuriM qitt eai de.fagitation du cerveau^ nous avons observé qu'elle passe quelquefois d'une partie à une autre. Alors nos pensées sont fig«B8«omnM le cours des esprits; mais quelquefois aussi elle se fait en uniaeuleadMit^ et alors noa pensées sont fixes, et l'&me est plus atia> chA»^ ofloune la cerveau est: aussi plus fodement et plus uniformément tendu.
Par là nous observons en nous-mêmes une attention forcée : ce n'est pas là toutefois ce que nous appelons attention; nous donnons ce nom seulement à l'attention où nous choisissons notre objet, pour y penser volontairement.
Que si nous n'étions capables d'une telle attention, nous ne serions jamais maîtres de nos considérations et de nos pensées, qui ne seroiant qu'une suite de l'agitation du cerveau : nous serions sans liN^rlé, et l'esprit seroit en tout asservi au corps, toutes choses cOniraires à la raison, et même à l'expérience.
Par ces choses on peut comprendre la nature de l'attention, et que c'est une application volontaire de notre esprit sur un objet.
Mais il faut encore ajouter, que nous voulions considérer cet objet par l'entendement, c'est-à-dire, raisonner dessus, ou enfin y contem- ]))er la vérité. Car s'abandonner volontairement à quelque imagination qui nous plaise, sans vouloir nous en détourner, ce n'est pas attention; il faut vouloir, entendre, et raisonner.
C'est donc proprement par l'attention que commencent le raisonnement et les réflexions; et l'attention commence elle-même par la volonté de considérer et d'entendre.
Et il paroît clairement que, pour se rendre attentif, la première chose qu'il faut faire, c'est d'ôter l'empêchement naturel de l'attention, c'est-à-dire la dissipation, et ces pensées vagues qui s'élèvent dans notre esprit; car il ne peut être tout ensemble dissipé et attentif.
Pour faire taire ces pensées qui nous dissipent, il faut que l'agitation naturelle du cerveau soit en quelque sorte calmée. Car, tant qu'elle clurcra, nous ne serons jamais assez maîtres de nos pensées, pour avoir <^le l'attention.
Ainsi le premier effet du commandement de l'âme, est que, voulant ^tre attentive, elle apaise l'agitation naturelle du cerveau.
Et nous avons déjà vu que, p3ur cela, il n'est pas besoin qu'elle connoisse le cerveau , ou qu'elle ait intention d'agir sur lui; il suffit qu'elle Veuille foire ce qui dépend d'elle immédiatement, c'est-à-dire, être attentive. Le cerveau, s'il n'est prévenu par quelque agitation trop violente, jobéit naturellement, et se calme par la seule subordination du Corps à l'âme.
Mais comme les esprits qui tournoient dans le cerveau tendent tonionrs à l'agiter à leur ordinaire, son mouvement ne peut être arrêta sans quelque effort. C'est ce qui fait que l'attention a quelque chose de pteible, et veut être relâchée de temps en temps.
Aussi le cerveau , abandonné aux esprits et aux vapeurs qui le poussent sans cesse, souffriroit un mouvement trop irrégulier, les pensées seroient trop dissipées; et cette dissipation, outre qu'elle tourneroità Une espèce d'extravagance, d'elle-même est fatigante. C'est pourquoi îl fiittt néoessairement, même pour son propre repos, brider ces nio«- ▼ements irréguliers du cerveau.
Toilà donc l'empêchement levé, c'est-à-dire , la dissipetion Mt. L'âme se tronve tranquille, et les imaginations confuses sont disposées. à tourner en raisonnement et en considération.
va
Il ne faut pourtant pas penser qu'elle doive rejeter aiors toute imagifiiftiéTi ëftot)tie'iTnai^- sensible, puisque nous avons reconnu qu'elle s'en' aidè pour Raisonner.
Aihsi, loin de rejeter toute sorte d'images sensibles, elle songe seulement à rappeler celles qui sont convenables à son sujet, et qui peuvent aider son raisonnement.
Mais d'autant . que ceâ images sensibles sont attacbées aux impressions ou aux marques qui demeurent dans le cerveau., et qu'ainsi élks ne' peuvent revenir sans que lé cerveau soit ému dans les endroits où sont les marques , comme il a déjà été remarqué , il faut conclure que l'fidie peut, quand elle veut, non-seulement calmer le cerveau, mais encore l'exciter en tel endroit qu'il lui plaît, pour rappeler, les objets selôù ses besoiiis. L'expérience nous fait voir aussi que nous sommes maîtres de rappeler, coiïime nous voulons, les choses confiées! notre m^biVè. Et ^ dore que ce pouvoir ait ses bornes, et qu'il soit plus grà))d dans lesltns que dans les autres, il n'y àuroit aucun raisonnement, si nous ne pouvions l'exercer jusques à un certain point. Et c'est une nouvelle raison de l'immobilité de l'âme pour montrer combien le cerveau doit être en repos quand il s'agit de raisonner. Car agité, et déjà ému, il seroit peu en état d'obéir à Tàme. et de faire, à point nôiiimé, les mouvements nécessaires pour lui présenter les images sensibles dont elle a besoin.
C'est ici que le cerveau peine en tous ceux qui n'ont pas acquis cette heureuse imtnobilité ; car au lieu que son naturel est d'avoir nq mouvettient libre et incertain, comme le cours des esprits, il est réduit premfiéfement à im repos violent, et puis à des mouvements suivis et réguliers, qui le travaillent beaucoup.
Car lorsqu'il est détendu et abandonné au cours naturel des esprits, le mniivement en peu de temps erre en plus de parties ; mais il est aussi moins rapide et moins violent : au lieu qu'on a besoin, en raisonfiant, de se représeiiter fort vivement les objets ; ce qui ne se peut, satti^ que le cerveau soit fortement remué.
Et irfiiut, pk>ur foire un raisonnement, tant rappeler d'images sensibles, par conséquent remuer le cerveau fortement en tant d^endroits, qU'fl n'y'anrbit ii^n à la longue de plus fatigant. D'autant plus qu'en rappelant ces objets divers, qui servent au raisonnement, l'esprit demcwte 'toujours attaché à l'objet qui en fait le sujet principal : de sorte qite le cerveau est en même temps calmé à l'égard de son agitation uiSfVersefle, tendu et dressé à un point fixe par la considération de l'objet principal, et remué fortement en divers endroits , pour rappeler lat obJetiB seconds et subsidiaires.
1!'faut, pour des mouvements si réguliers et si forts, beaucoup d*»prftè'; et la tête aussi eu reçoit tant dans ces opérations, quand elles aolit lôngueii, qu'elle épuise le reste du corps.
Delà «Vit utie lassitiiide universelle, et une nécessité indispensable de rel&cher son attention.
Hais la nature y a pourvu, en nous donnant le sommeil, surtout de la illiit;'oâ les nerfh sont détendus; où les tensations sont éteintes. oA
It cerveau , et tout le corps se r^po^e. Goi^ame dflni^. c'e^| là , le. Trai temps du reiftchement , le jour' doit être donné à rattention, q^i pei^ être plus ou moins forte, et par là, tantôt tendre lé cerveau, et' tantôt le soulager.
Voilà ce qui doit se faire dans le cerveay durant le.raisonnepieQt, c'est-à-dire, durant la recTbierche de la vérité, recherche que nous avons dit devoir être laborieuse; et on aperçoit maintenant que ce travail. ne vient pas précisément de l'acte d'entendre, mais des.imagi^nations qiit doivent alj^r en concours, et qui présupposent dans le cerveau un grand mopvement.
Au reste, quand la vérité est trouvée, tout le travail,ce^e; et l'à^e, ravie de la découverte, comme les yeux le seroient d'un beau spectàr cle«voudroit n*en être jamais arrachée, parce quiçja vérité ne eau»} par elle-même aucune altération.
Rt lorsqu'elle demeur^ 'clairement, connue., riraa^ination agit pei| ou point du tout : de là vient, qu'on ne ressent qiie peu ou point d^ travail.
Car dans la recherche de la vérité , où nous procédons par comparaisons, par oppositions, par proportions, par autres choses semblable?, pour lesquelles il faut appeler beaucoup d'images sensibles, l'imagination agit beaucoup. Mais quand la chose est trouvée, l'âme fait taire l'imagination autant qu'elle peut, et ne fait plus que tourner vers la vé^ fité un simple reçârd.en quoi consiste l'acte d'entendre.
Et plus cet acte est démêlé de toute image sensible, plus il est tranquille; ce qui montre que l'acte d'entendre, de soi-même ne fait point de peine.
Il en fait pourtant par accident; parce que, pour y demeurer, il faut arrêter rimaçrination,et par conséquent tenir en bride^.le cerveau contre le cours des esprits.
Ainsi la contemplation, quelque douce qu'elle, soit ps^r elle-même, ne peut pas durer longtemps, par le défaut du corps continuellement agiié.
Et les seuls besoins du corps, qui sont si fréquents et si grands, font diverses impressions, et rappellent diverses pensées, auxquelles il est nécessaire de prêter l'oreille; de sort,e que l'âmé est forcée de quitter la coDtempIation.
Par les choses qui ont été dites, on entend le premier effet de Tat-^ tenfion sur le corps. 11 resrarde le cerveau, qui, au lieu d'une apri cation universelle, est fixé à un certain point au commandement de l'Ame, quJind «-lie veut être attentive; et au reste, demeure en état d'être excitée subsidiairement où elle veut ^
n y a un second effet de l'attention, qui s'Mend sur les passions : nous allons le considérer. Mais, avant que de passer outrç, il ne faut pas oublier une chose considérable, qui r garde l'attention prise en elle-même. Cest qu'un objet qui a commencé de nous occuper, nar une attention volontaire, nous tien| dans la suite lon^emps attachés', même malgré nous; parce que les esprits, qui ont pris un certain cours, ne peuvent pas aisément être détournés.
Ainsi notre attention est mêlée de volontaire et d'involontaire. I3b objet qui nous a occupés par force , nous flatte souvent ; de sorte que la volonté s*y donne : de même qu'un objet choisi par une forte application , nous devient une occupation inévitable.
Et comme l'agitation naturelle de notre cerveau rappelle beaucoup de pensées qui* nous viennent malgré nous, l'attention volontaire de notre âme /ait de son côté de grands effets sur le cerveau même. Les traces que les objets y avoient laissées en deviennent plus profondes, et le cerveau est disposé à s'émouvoir plus aisément dans ces éndroits-là.
Et par l'accord établi entre le corps et l'âme, il se fait naturellement une telle liaison entre les impressions du cerveau et les pensées de rame, que l'un ne manque jamais de ramener l'autre. Et ainsi quand une forte imagination a causé, par l'attention que l'âme y apporte, un grand mouvement dans le cerveau ; en quelque sorte que ce mouvement soit renouvelé, il fait revivre, et souvent dans toute leur fot'ce , les pensées qui l'avoient causé la première fois.
C'est pourquoi il faut beaucoup prendre garde de quelles imaginations on se remplit volontairement, et se souvenir que dans la suite elles reviendront souvent malgré nous, par l'agitation naturelle du cerveau et des esprits.
Mais il faut aussi conclure qu'en prenant les choses de loin, et ménageant bien notre attention , dont nous sommes maîtres, nous pouvons gagner beaucoup sur les impressions de notre cerveau, et le plier à l'obéissance.
Par cet empire sur notre cerveau, nous pouvons aussi tenir en bride les passions, qui en dépendent toutes, et c'est le plus bel effet de l'attention.
Pour l'entendre, il faut observer quelle sorte d'empire nous pouvons avoir sur nos passions.
Premièrement il est certain que nous ne leur commandons pas directement, comme à nos bras et à nos mains. Nous ne pouvons pas élever ou apaiser notre colère, comme nous pouvons ou remuer le bras, ou le tenir sans action.
2" Il n'est pas moins clair, et nous l'avons déjà dit, que par le pouvoir que nous avons sur les membres extérieurs, nous en avpns aussi un très-grand sur les passions, mais indirectement, puisque nous pouvons par là, et nous éloigner des objets qui les font naître, et en empêcher l'effet. Ainsi je puis m'éloigner d'un objet odieux qui m'irrite , et lorsque ma colère est excitée, je lui puis refuser mon bras , dont elle a besoin pour sa satisfaire.
Mais, pour cela, il le faut vouloir, et le vouloir fortement. Et la grande difficulté est de vouloir autre chose que ce que la passion nous inspire; parce que, dans les passions, l'âme. se trouve tellement portée à s'unir aux dispositions du corps, qu'elle ne peut presque se résoudrt à s'y opposer.
Il faut donc chercher un moyen de calmer, ou de modérer, ou même de prévenir les passions dans leur principe, et ce moyen est l'attention bien gouvernée.
Car le principe de la passion, c'est Timpression puissante d'un objet dans le cerveau ; l'efTet de cette impression ne peut être mieux empêché, qu'en se rendant attentif à d'autres objets.
En effet nous ayons vu que l'ftme attentive fixe le cerveau en un certain état, dans lequel elle détermine d'une certaine manière le coun des esprits; et par là elle rompt le coup de la passion, qui, les portant à un autre endroit, causoit de mauvais effets dans tout le corps.
C'est pourquoi on dit, il est vrai, que le remède le plus naturel des passions, c'est de détourner l'esprit autant qu'on peut des objets qu'elles lui présentent ; et il n'y a rien pour cela de plus efficace, que de s'attacher à d'autres objets.
Et il faut ici observer qu'il en est, des esprits émus et poussés d'un certain côté, à peu près comme d'une rivière, qu'on peut plus aisément détourner que l'arrêter de droit fil. Ce qui fait qu'on réussit mieux dans la passion en pensant à d'autres choses , qu'en s'opposant directement à son cours.
Et de là vient qu'une passion violente a souvent servi de frein ou de remède aux autres, par exemple l'ambition, ou la passion de la guerre à l'amour.
Et il est quelquefois utile de s'abandonner à des passions innocentes, pour détourner, ou pour empêcher des passions criminelles.
Il sert aussi beaucoup de faire un grand choix des personnes avec qui on converse. Ce qui est en mouvement , répand aisément son agitation autour de soi ; et rien n'émeut plus les passions que les discours et les actions des hommes passionnés.
Au contraire une âme tranquille nous tire en quelque façon hors de l'agitation, et semble nous communiquer son repos, pourvu toutefois que cette tranquillité ne soit pas insensible et fade. Il faut quelque chose de vif, qui s'accorde un peu avec notre mouvement, mais où, dans le fond, il se trouve de la consistance.
Enfin, dans les passions, il faut calmer les esprits par une espèce de diversion, et se jeter, pour ainsi dire, à côté, plutôt que de combattre de front ; c'est-à-4ire qu'il n'est plus temps d'opposer des raisons à une passion déjà émue : car en raisonnant sur sa passion même, pour l'attaquer, on en rappelle l'objet, on en imprime plus fortement les traces, et on irrite plutôt les esprits qu'on ne les calme. Où les sages i^tlexions «)nt de grand effet, c'est à prévenir les passions. Il faut donc nourrir son esprit de considérations sensées, et lui donner de bonne heure des attachements honnêtes, afin que les objets des passions trouvent la place déjà prise, les esprits déterminés à un certain cours, et le cerveau affermi. ^
Car la nature ayant formé cette partie capable d'être occupée parles objets, et aussi d'obéir à la volonté, il est clair que la disposition qui prévient doit l'emporter.
Si donc l'âme s'accoutume de bonne heure à être maîtresse de son -attention, et qu'eUe l'attache à de bons objets, elle sera par ce moyen maîtresse, premièrement du cerveau, par là du cours dete«^T\^&^^ p«r là enfin , des émotions que les passions eioUmiX.
Mais il faut se souvenir que l'attention véritable est celle qui considère l'objet tout entier. Ce n'est qu'être à demi attentif à un objet, €omme seroit une femofie tendrement aimée, que de n'y considérer que k plaisir dont on est flatté en l'aimant, sans songer aux suites honteuses d'un semblable engagement.
Uest'dOnc nécessaire d'y bien penser, et d'y penser de bonne heure; 'parce que si on laisse le temps à la passion de faire toute son impression dans le cerveau, Tattention viendra trop tard.
Car en considérant le pouvoir de l'âme sur le corps, il faut observer 'Soigneusement que ses forces sont bornées et restreintes; de sortt» qu'elle ne peut pas faire tout ce qu'elle veut des bras et des maius, et encore moins du cerveau.
C'est pourquoi nous venons de voir qu'elle le perdroit en le poussant trop, et qu'elle est obligée à le ménager.
Par la même raison, il s'y fait souvent des agitations si violentes, ^ue r&me n'en est plus maltresse, non plus qu'un cocher de chevaux fougueux qui ont pris le frein aux dents.
Quand cette disposition est fixe et perpétuelle, c'est ce qui s'appelle folie : quand elle a une cause qui finit avec le temps, comme uu mouvement de fièvre, cela s'appelle délire et rêverie.
Dans la folie, et dans le délire, il arrive de deux choses l'une : ou le cerveau est agité tout entier avec un égal dérèglement ; alors il s'est Ikit une parfaite extravagance, et il ne paroîi aucune suite dans les pensées ni dans les paroles : ou le cerveau n'est blessé que dans uo certain endroit : alors la folie ne s'attache aussi qu'à un objet déterininé. Tels sont ceux qui s'imaginent être toujours à la comédie et à la chasse; et tant d autres qui frappés d'un certain objet parlent raisonnablement de tous les autres, et assez couséquemment de celui-là même qui fait leur erreur.
La raison est que n'y a\ani qu'un seul endroit du cerveau marqué d'une impression invincible à l'âme, elle demeure maîtresse de tout le leste, et peut exercer ses fonctions sur tout autre objet.
Et l'agitation du cerveau, dans la folie, est si violente, qu'elle paroU même au dehors par le trouble qui paroît dans tout le visage, et principalement par l'égarement des yeux.
De là s'ensuit que toutes les passion^ violentes sont une espèce de folie; parce qu'elles causent des agitations dans le cerveau, dont l'âme 'n'est pas maîtresse. Aussi n'y a-t-il point de cause plus ordinaire de la folie, que les passions portées à uu certain excès.
Par là aussi s'expUquent les songes, qui sont une espèce d'extravagance.
Dans le sommeil, le cerveau est abandonné à lui-même, et il n'y a point d'attention ; car la veille consiste précisément dans l'attention de l'esprit, qui se rend maître de ses pensées.
Nous avons vu que l'attention cause le plus grand travail du cer- Teau, et que c'est principalement ce travail que le sommeil vient relâcher.
De là il doit arrivQT deux choses : l'une , que l'imagination doit do-
miner dans les songes, et qu'il duit se présenter à nous une gratula variété d'objets, souvent même avec quelque suite, pour les ralsous qui ont été dites en parlant de l'Imagination : Tautre, que ce qui se passe dans notre imagination nous parult réel et véritable , parce qu'alors il n'y appoint d'attention, par conséquent point de discernement.
De tout cela il résulte que la vraie assiette de lame est lorsqu'elle Ast maltresse des mouvements du cerveau; et que comme c'est par l'attention qu elle le contient, cest aussi de sou attention qu'elle doit principalement se rendre la maîtresse : mais qu'il s'y faut prendre de bonne heure, et ne pas laisser occuper le cerveau à des impressions trop fortes, que le temps reudroit invincibles.
Et nous avons vu, en général, que l'âme, en se servant bien de sa volonté, et de ce qui est soumis naturellement à la volonté, peut régler et discipliner tout le reste.
Enfin, des méilitations sérieuses, des conversations honnêtes, une nourriture modérée , un sage ménagement de ses forces , rendent l'homme maître de lui-même, autant que cet état de mortalité le peut souffrir.
Après les réflexions que nous avons faites sur l'&me, sur le corps, sur leur union, nous pouvons maintenant nous bien connoitre.
Car ^ nous ne voyons pas dans le fond de l'âme ce qui lui fait comme demander naturellement d'être unie à un corps, et surtout leur union, il ne faut pas s'en étonner, puisque nous connaissons si peu le fond des substances. Mais si celte union ne nou.-> est pas connue dans son fond , nous la connuissons suffisamment par les deux effets que nous venons d'eifliquer, et par le bei ordre qui en résulte.
Car, premièrement, nous voyous la parfaite société de l'âme et du corps.
Nous voyons, secondement, que daus celte société la partie principale, c'est-à-dire, l'âme, esiaus i ceLe qui préside, et que le corps lui est soumis : les bias, les jambes, tous les autres membres, et enfin tout le corps est remué et transporté d'un lieu à un autre au commandement de l'âme. Les yeux et les oreilles se tournent où îl lui plaît; les mains exécutent ce qu'elle ordonne; la langue explique ce qu elle pense et ce qu'elle veut ; les sens lui présentent les objets -dcmt elle duit juger et se servir; les parties qui digèrent et distribuent la nourriture, celles qui forment les esprits et qui les envoient oà il faut, tiennent les membres extérieurs et tout le corps en état pour lui obéir.
C'est en cela que consiste la bonne disposition du corps. £n effet, nous nous trouver. ") corps sain quand il peut exécuter ce que Tâole lui prescrit : au contraire, nous sommes malades, quand le corps i6ib|e et abattu ne peut plus se tenir débout, ni se mouvoir comme nous le souhaitons.
Ainsi, on peut dire que le corps est iln instrument dont l'âmo'ae sert à sa volonté : et c'est pourquoi Platon définissoit l'homme en oetfe mite : L'homme, dit-il, est une âme se servant du corpt. ^ ..v. •
C'est de là qu'il concluoit l'extrême différenoe du <^ot^ ^v ^t^^^a&A
parce qu'il n'y a rien de plus différent de celui qui se sert de quelque chose y que la chose même dont il se sert.
L'ftme donc, qui se sert du bras et de la main comme il lui platt, qui se sert de tout le corps, qu'elle transporte où elle trouve bon, qui l'expose à tels périls qu'il lui plaît, et à sa ruine certaine, est sans doute d'une nature de beaucoup supérieure à ce cdrps, qu'elle fait servir en tant de manières et si impérieusement à ses desseins.
Ainsi, on ne se trompe pas, quand on dit que le corps est comme l'instrument de l'ftme. Et il ne se faut pas étonner si le corps étant mal disposé, r&me en fait moins bien ses fonctions. La meilleure main du monde, avec une mauvaise plume, écrira mal. Si vous ôtez à un ouvrier ses instruments, son adresse naturelle ou acquise ne lui servira de rien.
Il y a pourtant une extrême différence entre les instruments ordinaires et le corps humain. Qu'on brise le pinceau d'un peintre, ou le ciseau d'un sculpteur, il ne sent point les coups dont ils ont été frappés : mais l'âme sent tous ceux qui blessent le corps; et au contraire, elle a du plaisir quand on lui donne ce qu'il faut pour s'entretenir.
Le corps n'est donc pas un simple instrument appliqué par le dehors, ni un vaisseau que l'âme gouverne à la manière d'un pilote. Il en seroit ainsi si elle n'étoit simplement qu'intellectuelle; mais, parce qu'elle est sensitive, eUe est forcée de s'intéresser d'une façon plus particu' lière à ce qui le touche, et de le gouverner, non comme une chos^ étrangère, mais comme une chose naturelle et intimement unie.
En un mot l'âme et le corps ne font ensemble qu'un tout naturel, e^ il y a entre les parties une parfaite et nécessaire communication.
Aussi avons-nous trouvé j dans toutes les opérations animales, quel-^ que chose de Tâme et quelque chose du corps; de sorte que, pour connoltre soi-même, il faut savoir distinguer, dans chaque action, qui appartient à l'une, d'avec ce qui appartient à l'autre, et remar — ' quer tout ensemble comment deux parties de différente nature s'en— tr'aident mutuellement.
Pour ce qui regarde le discernement, on se le rend facile par de fréquentes réflexions. Et comme on ne saurait trop s'exercer dans une^' méditation si importante, ni trop distinguer son âme d'avec son corps^ il sera bon de parcourir dans ce dessein toutes les opérations que nous^ avons considérées.
Ce qu'il y a du corps quand nous mouvons , c'est un premier branledans le cerveau, suivi du mouvement et des esprits et des muscles, et enfin du transport , ou de tout le corps, ou de quelqu'une de ses parties; par exemple, du bras ou de la main. Ce qu'il y a du côté de l'âme, c'est la volonté de se mouvoir, et le dessein d'aller d'un cdté plutôt que d'un autre.
Dans la parole ce qu'il y a du côté du corps, outre l'action du cerfeau qui commence tout, c'est le mouvement du poumon et de la tn- «hée-artère pour pousser l'air, et le battement du même air par U langue et par les lèvres. Et ce qu'il y a du côté de l'âme, c'est l'in- Intion de parler et d'exprimer sa pensée.
ses mouvements, si l'on y prend garde, quoiqu'ils se fassent au dément de la volonté humaine, pourraient absoiaoïent se Dure s; de même que la respiration, qui dépend d'elle en quelque » lait tout à fait sans elle, quand nous dormons. Et il nous ar- .vent de proférer en dormant certaines paroles, ou de faire mouvemedls qu'on peut regarder comme un pur effet de Tadu cerveau, sans que la volonté y ait part. On peut aussi conu'il se forme certaines paroles par le battement seul de l'air, :>n voit dans les échos; et c'est ainsi que le poète faisoit parler ne : Dat inania verba, dat tine mente sonum, lODsidération nous peut servir à observer dans les mouvements, it dans la parole, ce qui appartient à l'âme, et ce qui apparcorps. Mais continuons à marquer cette différence dans les aérations.
a vue, ce qu'il y a du côté du corps, c'est que les yeux soient que les rayons du soleil soient réfléchis de dessus la superficie t à notre œil en droite ligne; qu'ils y souffrent certaines réfracis les humeurs ; qu'ils peignent et qu'ils impriment l'objet en is le fond de l'œil; que les nerfs optiques soient ébranlés; enle mouvement se communique jusques au dedans du cerveau, y a du côté de l'âme, c'est la sensation, c'est-à-dire, la perle la lumière et des couleurs, et le plaisir que nous ressentons unes plutôt que dans les autres, ou dans certaines vues agréa- Lot qu'en d'autres.
.'ouïe, ce qu'il y a du côté du corps, c'est que Tair, agité d'une façon, frappe le tympan et ébranle les nerfs jusques au cer- I côté de l'âme, c'est la perception du son, le plaisir de l'hara peine que nous donnent des voix fausses et un son désaet des tons discordants, et les diverses pensées qui naissent en ' la parole.
le goût et dans l'odorat, un certain suc tiré des viandes et )c la salive ébranle les nerfs de la langue, une vapeur qui sort rs ou des autres corps frappe les nerfs des narines, tout ce ent se communique à la racine des nerfs, et voilà ce qu'il y a du corps. Il y a, du côté de l'âme, la perception du bon et du goût, des bonnes et des mauvaises odeurs, le toucher, les parties du corps sont, ou agitées par le chaud, rrées par le froid. Les corps que nous touchons, ou s'attachent >ar leur humidité, ou s'en séparent aisément par leur sécheotre chair est , ou écorchée par quelque chose de rude, ou ar quelque chose d'aigu. Une humeur acre et maligne se jette que partie nerveuse, la picote, la presse, la déchire par ces louvements; les nerfs sont ébranlés dans toute leur longueur, au cerveau : voilà ce qu'il y a du côté du corps. Et il y a , du l'âme, le sentiment du chaud et du froid, celui de la douleur iaisir.
la douleur, nous poussons des eris violents , notre fisage te , les larmes nous coulent des jeux. Ni ces cris, ni ces lannes,
ûï ce cbangement qui parott sur notre vi&age, ne sont la douleur. Elle est dans Tâme à qui elle apporte un sentiment fâcheux «t contraire.
Dans la faim et dans la soif, nous remarquons, du côté du corps, ces eaux fortes qui picotent l'estomac, et les vapeurs qui dessèehèni le gosier; et du côté de Tâme, la douleur que nous cause cette miiii- ▼aise disposition des parties, et le désir de la réparer par le manger et le boire.
Dans l'imagination et dans la mémoire , nous avons , du côté du corps, les impressions du cerveau, les marques qu'il eb conserve, Tagitation des esprits, qui l'ébranlent en divers endroits : et nous avons, du côté de Pâme, ces pensées vagues et confuses qui s'effacent les unes les autres; et les actes de la volonté, qu> recoïnmande certaines choses à la mémoire, et puis les lui redemande, et les loi fsLit rendre à propos.
Pour ce qui est dés paissions : quand vous concevez les esprits émus, le cœur agité par un battement redoublé, le sang échauffé , les inuscies tendus, les bras et tout le corps tourné à l'attaque, vous n'avez pas encore compris la colère, parce que vous n'avez dit que ce qui se trouve dans le corps; et il faut encore y considérer, du côté de l'âme, le désir de la vengeance. De même ni le sang retiré, ni les extrémités tnides, ni la pâleur sur le visage, ni les jambes et les pieds disposés à une liiite précipitée, ne sont pas ce qu'on appelle proprement la crainte; c'est ce qu'elle fait dans le corps : dans l'âme, c'est un sentiment par lequel elle s'efforce d'éviter le péril connu ; et il en est de 'môme de toutes les autres passions.
En méditant ces choses, et se les rendant familières, on se fbnae une habitude de distinguer les sensations, les imaginations, et tes passions ou appétits naturels, d'avec les dispositions et les tnouVe/oieilts corporels. El cela fait, on n'a plus de ^^eine à en démêler les opératidiis intellectuelles, qui, loin d'être assujetties au corps, président à ses mouvements, et ne communiquent avec lui que par la liaison qu'elles ont avec le sens, auquel néanmoins nous les avons vues si supérieures.
Stir ce qui a été dit de la distinction qu'il faut faire des ïnouvemeots èorporels d'avec les sensations et les posions, on demandera péut-ftfn comment on peut distinguer des choses qui se suivent de si prèSf^t qui semblent inséparables. Par exemple, comment distinguer la colère d'avec l'agitatioa des esprits et du sang? Comment distinguer le ssfitlment d'avec le mouvement des nerfs, ou si on veut des esprits, poiique ce mouvement étant posé, le sentiment suit, aussitôt, et qile jamw on n'a le sentiment, que ce mouvement ne précède?,
On deman'dera encore comment le plaisir et la douleur peuvent ipparieuir à l'âme, puisqu'on les éent dans le corps : n'est-ce pas dais mou doigt coupé, que je sens la douleur de la blessure? et n'estH^apai dans le palais, que je sens le plaisir du goût? On en dira aataitt'di toutes les autres sensations.
A cela il est aisé de répoudre, que le mouvement dont il ^aigit,-qoi n'est qu'un changement de place , et le sentiment, qui est la' perooj^ttii de quelque chose, sont fort différents l'un de l'autre.
On distingue donc ces choses par leur idée naturelle, qui n^ont rien de commun ensemble, et ne peuvent être confondues que par erreur.
La séparation des parties du bras et de la main, dans une blessure, n'est pas d'une autre nature que celle qui se feroit dans un corps mort. Cette séparation ne peut donc pas être la douleur.
Il faut raisonner de môme de tous les autres mouvements du corps. L'agitation du sang n'est pas d'une autre nature que celle d'une autre liqueur. L'ébranlement du nerf n'est pas d'une autre nature que celui d'une corde; ni le mouvement du cerveau, que celui d'un autre corps : et pour venir aux esprits, leur cours n'est pas aussi d'une nature différente de celui d'une autre vapeur; puisque les esprits et les nerfs, et les filets dont on dit que le cerveau est composé, pour être déliés n'en sont pas moins corps, et que leur mouvement si vite, si délicat et si subtil qu'on se l'imagine, n'est après tout qu'un simple chaugement de place : ce qui est très-éloigné de sentir et de désirer.
£t cela se recoimoitra dans les sensations, en reprenant la chose jusques au principe.
Nous y avons remarqué un mouvement enchaîné, qui se commence à l'objet, se continue dans le milieu, se communique à l'organe, aboutit enfin au cerveau, et y fait son impression.
Il est aisé de comprendre que, tel que le mouvement se commence auprès de l'objet, tel il dure dans le milieu, et tel il se continue dans les organes du corps extérieurs et intérieurs, la proportion toujours gardée.
Je veux dire que selon les diverses dispositions du milieu et de l'organe, ce mouvement pourra quelque peu changer : comme il arrive dans les réfractions; comme il arrive lorsque l'air, par où doit se communiquer le mouvement du corps résonnant , est agité par le vent : mais celte diversité se fait toujours à proportion du coup qui vient de l'objet; et c'est selon cette proportion que les organes, tant extérieurs qu'intérieurs, sont frappés.
Ainsi la disposition des organes corporels est au fond de même nature que celle qui se trouve dans les objets mêmes, au moment que nous en sommes touchés; comme l'impression se fait dans la cire, telle et de même nature qu'elle a été faite dans le cachet.
En effet, cette impression, qu'est-ce autre chose qu'un mouvement dftns la cire, par lequel elle est forcée de s'accommoder au cachet qui se met sur elle? Et de même, l'impression dans nos organes, qu'est-ce autre chose qu'un mouvement qui se fait en eux, ensuite du mouvement qui se commence à l'objet?
Je vois que ma main, pressée par un corps pesant et rude, cède et baisse en conformité du mouvement de ce corps qui pèse sur elle; et le mouvement se continue sur toutes les parties qui sont disposées à le recevoir, il n'y a personne qui n'entende que si l'agitation, qui cause le bruit, est un certain trémoussement du corps résonnant, par exemple dtme corde de luth, une pareille trépidation se doit continuer dans l*àir; et quand ensuite le tympan viendra à être ébranlé, et le nerf auditif avec lui, et le cerveau même ensuite, cet éliranlement. après
tout , ne sera pas d'une autre nature qu'a été celui de la corde : et au contraire, ce n'en sera que la continuation.
Toutes ces impressions étant de même nature, ou plutôt tout cela n'étant qu'une suite du même ébranlement, qui a commencé à l'objet, il n'est pas moins ridicule de dire que l'agitation du tympan, et Tébranlement du nerf, ou de quelque autre partie, puisse être la sensation , que de dire que l'ébranlement de l'air ou celui du corps résonnant la soit.
11 faut donc, pour bien raisonner, regarder toute cette suite d'impression corporelle , depuis l'objet jusques au cerveau , comme chose t[ui tient à l'objet ; et par la même raison qu'on «distingue les sensations d'avec l'objet, il faut les distinguer d'avec les impressions et les mouvements qui le suivent.
Ainsi la sensation est une chose qui s'élève après tout cela, et dans un autre sujet, c'est-à-dire , non plus dans le corps, mais dans l'âme seule.
Il en faut dire autant, et de l'imagination, et des désirs qui en naissent. En un mot, tant qu'on ne fera que remuer des corps, c'est-à-dire, des choses étendues en longueur, largeur et profondeur ; quelque vîtes •ei quelque subtils qu'on fasse ces corps, et dût-on les réduire à l'indivisible, si leur nature le pouvoit permettre, jamais on ne fera une sensation ni un désir.
Car, enfin, qu'un corps soit plus vite, il arrivera plus tôt; qu'il soit plus mince, il pourra passer par une plus petite ouverture : mais que cela fasse sentir ou désirer, c'est ce qui n'a aucune suite, et ne s'entend pas.
De là vient que l'âme , qui connolt si bien et si distinctement ses sensations, ses imaginations et ses désirs, ne connott la délicatesse et les mouvements ni du cçrveau, ni des nerfs, ni des esprits, ni même ^ ces choses sont dans la nature. Je sais bien que je sens la douleur de ia migraine ou de la colique, et que je sens du plaisir en buvant et en mangeant; et je connois très-distinctement ce plaisir et cette douleur: mais S! j'ai une membrane autour du cerveau, dont les nerfs soient picotés par une humeur acre; si j'ai des nerfs à la langue que le suc ties viandes remue , c'est ce qu'on ne sait pas. Je ne sais non plus s> j'ai des esprits qui errent dans le cerveau, et se jettent dans les nerfs i tant pour les tenir tendus, que pour se répandre de là dans les muS' des. Ce qui montre qu'il n'y a rien déplus distingué que le sentiment, et toutes ces dispositions des organes corporels; puisque l'un est si clairement aperçu, et que l'autre ne l'est point du tout.
Ainsi il se trouvera que nous connoissons beaucoup plus de choses ie notre âme, que de notre corps ; puisqu'il se fait dans notre corps tant de mouvements que nous ignorons, et que nous n'avons aucun sentiment que notre esprit n'aperçoive.
Concluons donc, que le mouvement des nerfs ne peut pas être un sentiment; que l'agitation du sang ne peut pas être un désir; que le froid qui est dans le sang, quand les esprits dont il est plein se retirent «ars le cœur, ne peut pas être la haine ; en un mot, qu'on se trompe,
en confondant les dispositions et altérations corporelles, avec les sen-> gâtions, les imaginations et les passions.
Ces choses sont unies; mais elles ne sont point les mêmes, puisque leurs natures sont si différentes. Et comme se mouvoir n'est pas sentir, sentir n*est pas se mouvoir.
Ainsi , quand on dit qu'une partie du corps est sensible, ce n'eut pas que le sentiment puisse être dans le corps; mais c'est que, cette partie étant toute nerveuse, elle ne peut être blessée sans un grand ébranlement des nerfs, auquel la nature a joint un vif sentiment de douleur.
Et si elle nous fait rapporter ce sentiment à la partie offensée; si,, par exemple , quand nous avons la main blessée nous y ressentons de la douleur, c'est un avertissement que la blessure qui cause de la douleur est dans la main ; mais ce n'est pas une preuve que le sentiment, qui ne peut convenir qu'à l'àme, se puisse attribuer au corps.
En effet, quand un homme qui a la jambe emportée croit y ressentir autant de douleur qu'auparavant, ce n'est pas que la douleur soit reçue dans une jambe qui n'est plus; mais c'est que l'âme, qui la ressent seule, la rapporte au même endroit qu'elle avoit accoutumé de la rapporter.
Ainsi, de quelque manière qu'on tourne et qu'on remue le corps,, que ce soit vite ou lentement, circulairement ou en ligne droite, en masse ou en parcelle séparée , cela ne le fera jamais sentir; encore moins imaginer; encore moins raisonner, et entendre la nature de chaque chose, et la sienne propre; encore moins délibérer et choisir, résister à ses passions, se commander à soi-même, aimer enfin quelque chose jusques à lui sacrifier sa propre vie.
Il y a donc, dans le corps humain, une vertu supérieure à toute la masse du corps, aux esprits qui l'agitent, aux mouvements et aux impressions qu'il en reçoit. Cette vertu est dans l'âme; ou plutôt elle est l'âme même, qui, quoique d'une nature élevée au-dessus du corps; lui est unie toutefois par la puissance suprême qui a créé l'une et l'autre.
Chap. IV. — De Dieu créateur de Vâme et du corps j et auteur
de leur vie.
Dieu, qiii a créé Tâme et le corps, et qui les a unis l'une à l'autre d'une façon si intime, se fait connottre lui-même dans ce bel ouvrage.
Quiconque connoitra l'homme verra que c'est un ouvrage de grand dessein, qui ne pouvoit être ni conçu ni exécuté que par une sagesse profonde.
Tout ce qui montre de l'ordre, des proportions bien prises, et des moyens propres à faire de certains effets, montre aussi une fin expresse; par conséquent, un dessein formé, une intelligence réglée, et un art parfait.
C'est ce qui se remarque dans toute la nature. Nous voyons tant de justesse dans ses mouvements, et tant de convenance entre ses par> tieSy que nous ne pouvons nier qu'il n'y ait de l'art. Car s'il en faut pour remarquer ce concei-t et cette justesse, à plus forte raison pour
l'établir. C'est pourquoi dous ne Tpyons rien, dans l'uniye^ra^ qu^^QS|l, ne soyons portés à demander pourquoi il .^e fait : tant nous sentoiis Wtureltement que tout a sa convenance et sa fin.
Aussi voyons-nous que les philosophes qui ont le mieux. ob^i>yéi.lt nature, nous ont donné pour maxime, qu'elle ne fait rien en yison, et
ieçplps conii|istf
plus on la trouve pleine de proportions cachée^, qui font tout ailler ,paç ordre, et sont la marque certaine d'un ouvrage bien enteniiu^èjtd'an artifice profond.
Ainsi, sous le nom de nature, nous entendons une sage^ profonde, qui développe avec ordre, et selon de justes règles, tous les nipqLyefneQts que lious voyons.
Mais de tous les ouvrages de la nature celui oi!i le dessein e^t le plys suivf, c'est sans douté rhomme.
Et déjà il est d'un beau dessein d'avoir voulu faire de toute sorte d'êtres : dés êtres qui n'eussent que l'étendue avec tout ce qui lui appartient, figure, mouvement, repos, tout ce qui dépend de la proportion ou disproportion de ces choses : des êtres qui n'eussent que rintçlligence, et tout ce qui convient à une si noble opération , sagesse , rai' son, prévoyance, volonté, liberté, vertu : enfin des êtres où tout fût uni , et où une &me intelligente se trouvât jointe à un corps.
l'homme étant formé par un tel dessein, nous pouvons définir l'Amo raisonnable, substance intelligente née pour vivre dans un corps, et lui être intimement unie.
L'homme tout entier est compris dans cette définition, qui commence par ce qu'il y a de meilleur, sans oublier ce qu'il y à de mioindre, eC fait voir l'union de l'un fit de l'autre.
A ce premier trait qui figure l'homme, tout le reste est açcoramod^ avec un ordre admirable.
Nous avons vu que, pour l'union, il falloit qu'il se trouvât dans l'ftme». outre les opérations intellectuelles supérieures au corps, des opérations sensitives naturellement engagées dans le corps, et assujetties à ses organes. Aussi voyons-nous dans l'âme ces opérations sensitives.
Mais les opérations intellectuelles n'étoient pas moins nécessaires à^ Tâme, puisqu'elle devoit, comme la plus noble partie du composé, gou-vemer le corps et y présider. En effet Dieu lui a donné ces opérati(m9 intellectuelles, et leur a attribué le commandement.
Il falloit qu'il y eût un certain concours entre toutes les opération» de l'âme, et que la partie raisonnable pût tirer quelque utilité de la partie sensitive. I^ chose a été ainsi réglée. Nous avons vu que Tâme, avertie et excitée par les sensations, apprend et remarque ce qui se passe autour d'elle, pour ensuite pourvoir aux besoins du corps, et faire ses réflexions sur les merveilles de la nature.
Peut-être que la chose s'entendra mieux en la reprenant d'un peu plus haut
La nature intelligente aspire à être heureuse. Elle a l'idée du bov*
ET DÇ SOI-MÊMÇ. ni
beirr. elle le cherche; elle a ridée du malbeui:, elle l'évite. C'est à cela qu^elie rapporte tout ce qu'elle faii, et il semble que c'est là son. fond. Mais 9UT quoi doit être fondée la vie heureuse, si ce. n'est sur la.connoissance de la vérité? Mais on n'est pas heureux, simplement pour la connottre, il faut l'aimer, il faut là vouloir. Il y. a de la contradictioii de dire qu'on soit heureux sans aimer son bonheur et ce qui le fait. Il faut donCf pour être heureux, et cpnnoître le biep, et l'aimer : et la. bien de la nature intelligente, c'est la vérité; c'est là ce qui la nourrit et la vivifie. Et si je concevois une nature purez?)ent intelligente, il me semble que je n'y mettrois qu'entendre e^ a|n^er la vérité, et que cela seul la ren4roit heureiise. Mais cQmme l'homme n'est pas une nature, purement intelligente, et qu'il est, ainsi qu'il a été dit, une nature intelligente unie à un corps, il lui faut autre cbose, il lui faut les sen3.. Et cela se déduit du même principe : car, puisqu'elle est unie an corps, le bon état de ce corps doit faire une partie de son bonheur; et pour achever l'union, il faut que la partie intelligente pourvoie au corps qui lui est uni , la principale à l'inférieure. Ainsi, une des vérités que doitconnoître l'&me unie à un corps, est ce qui regarde les besoins du corps, et les moyens d'y pourvoir. C'est à quoi servent les sensations, comme nous venons de le dire, et comme nous l'avons étahli ailleurs. Et notre âme étant de telle nature, que ses idées intellectuelles sont universelles, abstraites, séparées de toute matière particulière, elle avoit besoin d'être avertie par quelque autre chose, de ce qui regarde ce corps particulier à qui elle est unie, et les autres corps qui peuvent ou le secourir oii lui nuire; et nous avons vu que les sensations lui sont données pour cela : par la vue, par l'ouïe, et par les autres sens, elle discerne par les objets ce qui est propre ou contraire au corps. Le plaisir et la douleur la rendent attentive à ses besoins, et ne Pinvitent pas seulement, mais la forcent à y pourvoir.
Voilà quelle devait être l'âme. Et de là il est aisé de déterminer quel devoit être le corps.
Il falloit premièrement qu'il fût capable de servir aux sensations, et par conséquent qu'il pût recevoir des impressions de tous côtés; puisque c'étoit à ces impressions que les sensations dévoient être unies.
Mais si le corps n'étoit en état de prêter ses mouvements aux desseins de l'ftme, en vain apprend roit-elle, par les sensations, ce qui est à recbercher et à fuir.
Il a donc fallu que ce corps, si propre à recevoir les impressions, le fût aussi à exercer mille mouvements divers.
Pour tout cela il falloit le composer d'une infinité de parties délicates, et de plus les unir ensemble, en sorte qu'elles pussent agir en eoncours pour le bien commun.
En un mot, il falloit à l'àme un corps organique; et Dieu lui en a fiût un capable des mouvements les plus forts, aussi bien que des plus délicats et des plus industrieux.
Ainsi tout l'bomme est construit avec un dessein suivi, et avec un irt admirable. Mais si la sagesse de son auteur éclate dans le tout, elle ne parott pas moins dans chaque partie.
' Nous venons de voir que notre corps devoit être composé de beaucoup d*organes capables de recevoir les impressions des objets , et d^exercer des mouvements proportionnés à ces impressions.
Ce dessein est parfaitement exécuté. Tout est ménagé, dans le corps bumain , avec un artifice merveilleux. Le corps reçoit de tous côtés les impressions des objets, sans être blessé. On lui a donné des organes, pour éviter ce qui l'offense ou le détruit; et les corps environnants, qui font sur lui ce mauvais effet, font encore celui de lui causer de Téloignement. La délicatesse des parties, quoiqu'elle aille à une finesse ihcoVicevable , s'accorde avec la force et avec la solidité. Le jeu des ressorts n'est pas moins aisé que ferme, à peine sentons-nous battre notre cœur, nous qui sentons les moindres mouvements du dehors, si peu qu'ils viennent à nous; les artères vont, le sang circule, les esprits coulent, toutes les parties s'incorporen! leur nourriture sans troubler notre sommeil, sans distraire nos pensées, sans exciter tant soit peu notre sentiment, tant Dieu a mis de règle et de proportion, de délicatesse et de douceur, dans de si grands mouvements.
Ainsi nous pouvons dire avec assurance , que de toutes les proportions qui se trouvent dans les corps, celles du corps organique sont les plus parfaites, et les plus palpables.
Tant de parties si bien arrangées, et si propres aux usages pour les* quels elles sont faites; la disposition des valvules, le battement du cœur et des artères, la délicatesse des parties du cerveau, et la variété de ses mouvements, d'où dépendent tous les autres; la distribution du sang et des esprits; les effets différents de la respiration, qui ont un si. grand usage dans le corps : tout cela est d'une économie, et s'il est permis d'user de ce mot, d'une mécanique si admirable, qu'on ne la. peut voir sans ravissement, ni assez admirer la sagesse qui en a établi les règles.
Il n'y a genre de machine qu'on ne trouve dans le corps humain» Pour sucer quelque liqueur, les lèvres servent de tuyau, et la langue sert de piston. Au poumon est attachée la trachée-artère comme un» espèce de flûte douce d'une fabrique particulière, qui, s'ouvrant plu9 ou moins, modifie l'air et diversifie les tons. La langue est un archet, qui, battant sur les dents et sur le palais, en tire des sons exquis. L'œil a ses humeurs et son cristallin, les réfractions s'y ménagent avec plus d'art que dans les verres les mieux taillés : il a aussi sa prunelUe , qui se dilate et se resserre; tout son globe s'allonge ou s'aplatit selon l'axe de la vision, pour s'ajuster aux distances, comme les lunettes k longue vue. L'oreille a son tambour, où une peau aussi délicate que bien tendue résonne au mouvement d'un petit marteau que le moindre bruit agite; elle a, dans un os fort dur, des cavités pratiquées pour faire retentir la voix, de la même sorte qu'elle retentit parmi les rochers et dans les échos. Les vaisseaux ont leurs soupapes, ou valvules, tournées en tous sens ; les os et les muscles ont leurs poulies et leurs leviers : les proportions qui font et les équilibres, et la multiplication des forces mouvantes, y sont observées dans une justesse où rien ne manque. Toutes les machines sont simples; le jeu en est si aisé, et la
£T ÎdE soi-même. 113
structure si délicate , que toute autre machine est grossière eu compar raison.
A rechercher de près les parties^ on y voit de toute sorte de tissus ; rien n*est mieux filé, rien n'est mieux passé, rien n'est serré plus exactement.
Nul ciseau, nul tour, nul pinceau ne peut approcher de la tendresse avec laquelle la nature tourne et arrondit ses sujets.
Tout ce que peut faire la séparation et le mélange des liqueurs, leur précipitation, leur digestion, leur fermentation, et le reste, est pratiqué si habilement dans le corps humain, qu'auprès de ces opérations la chimie la plus fine n'est qu'une ignorance très-grossière.
On voit à quel dessein chaque chose a été faite : pourquoi le cœur, pourquoi le cerveau, pourquoi les esprits, pourquoi la bile, pourquoi le sang, pourquoi les autres humeurs. Qui voudra dire que le sang n'est pas fait pour nourrir l'animal ; que l'estomac, et les eaux qu'il jette par ses glandes, ne sont pas faits pour préparer par la digestion la formation du sang ; que les artères et les veines ne sont pas faites de la manière qu'il faut pour le contenir, pour le poiter partout, pour le faire circuler continuellement ; que le cœur n'est pas fait pour donner le branle à cette circulation : qui voudra dire que la langue ei les lèvres, avec leur prodigieuse mobilité, ne sont pas faites pour former la voix en mille sortes d'articulations ; ou que la bouche n'a pas été mise à la place la, plus convenable, pour transmettre la nourriture à l'estomac; que les dents n'y sont pas placées pour rompre cette nourriture, et la rendre capable d'entrer; que les eaux qui coulent dessus ne sont pas propres à la ramollir, et ne viennent pas pour cela à point nommé; ou que ce n'est pas pour ménager les organes et la place, que la bouclie est pratiquée de manière que tout y sert également à la nouriiture et à la parole : qui voudra dire ces choses, fera mieux de dire encore qa'un b&timent n'est pas fait pour loger, et que ses appartements, pu engagés, ou dégagés, ne sont pas construits pour la commodité de la vie, ou pour faciliter les ministères nécessaires; en un mot, il sera un insensé qui ne mérite pas qu'on lui parle.
Si ce n'est peut-être qu'il faille dire que le corps humain n'a poio^t d'architecte, parce qu'on n'eu voit pas rarchitecie a^ec les yeux; et qu'il ne suffit pas de trouver tant de raison et tant de dessein dans la disposition, pour entendre qu'il n'est pas fait sans raisou et sans des-
■eUi.
..Piuueurs choses font remarquer combien est grand et profond l'artifice dont il est construit.
Les savants et les ignorants, s'ils ne sont tout à fait stupides, sont i^guement saisis d'admiration en le voyant. Tout homme qui le cons»dèrepar lui-même^ trouve foible tout ce qu'il a ouï dire; et un seul regard lui en dit. plus que tous les discours et tous les livres.
Dq^ tant de temps qu'on regarde, et qu'on étudie cturieusement le edfps bumainr; quoiqu'un sente que tout y a sa raison, on n'a pu e&xoi^^parvenir à en pénétrer le fond. Plus ou considère, plus on trouve de choses nouvelles, plus belles que les premières qu'on avoit taut ad-
mirées : et quoiqu'on trouve très-grand ce qu'on a déjà découvert, oa voit que ce n'est rien en comparaison de ce qui reste à chercher.
Par exemple, qu'on voie les muscles si forts et si tendres; si unis pour agir en concours, si dégagés pour ne se point mutuellement embarrasser ; avec des filets si artistement tissus et si bien tors, comme il faut, pour faire leur jeu ; au reste si bien tendus, si bien soutenus, si proprement placés, si bien insérés où il faut : assurément on est ravi, et on ne peut quitter un si beau spectacle; et malgré qu'on en ait, un si grand ouvrage parle de son artisan. Et cependant tout cela est mort, faute de voir par où les esprits s'insinuent, comment ils tirent, comr ment ils relâchent, comment le cerveau les forme, et comment il les envoie avec leur adresse fixe. Toutes choses qu'on voit bien qui sont, mais dont le secret principe et le maniement n'est pas connu.
Et parmi tant de spéculations faites par une curieuse anatomie, s'il est arrivé quelquefois à ceux qui s'y sont occupés, de désirer que pour plus de commodité les choses fussent autrement qu'ils ne les voyoient, ils ont trouvé qu'ils ne faisoient un si vain désir, que faute d'avoir tout vu ; et personne n'a encore trouvé qu'un seul os dût être figuré autrement qu'il n'est, ni être articulé autre part, ni être emboîté plus commodément, ni être percé en d'autres endroits; ni donner aux muscles dont il est l'appui , une place plus propre à s'y enclaver; ni enfin qu'il y eût aucune partie, dans tout le corps, à qui on pût seulement désirer ou une autre constitution , ou une autre place.
Il ne reste donc à désirer, dans une si belle machine, sinon qu'elle aille toujours, sans être jamais troublée et sans finir. Mais qui l'a bien entendue, en voit assez pour juger que son auteur ne pouvoit pas manquer de moyens pour la réparer toujours, et enfin la rendre immortelle; et que, maître de lui donner l'immortalité, il a voulu que nous connussions qu'il la peut donner par grâce, l'ôter par châtiment, et la rendre par récompense. La religion, qui vient là-dessus, nous apprend qu'en effet c'est ainsi qu'il en a usé, et nous apprend, tout ensemble, à le louer et à le craindre.
En attendant l'immortalité qu'il nous promet, jouissons du beau spectacle des principes qui nous conservent si longtemps ; et connoissons que tant de parties, où nous ne voyons qu'une impétuosité aveugle, ne pourroient pas concourir à cette fin, si elles n'étoient, tout ensemble, et dirigées et formées par une cause intelligente.
Le secours mutuel que se prêtent ces parties les unes aux autres ; quand la main, par exemple, se présente pour sauver la tête, qu'an côté sert de contre-poids à l'autre que sa pente et sa pesanteur entraîne, et que le corps se situe naturellement de la manière la plus propre à se soutenir : ces actions et les autres de cette nature , qui sont si propres et si convenables à la conservation du corps, dès là qu'elles se font sans que notre raison y ait part, nous montrent qu'elles sont conduites, et les parties disposées, par une raison supérieure.
La même chose paroi t par cette augmentation de forces qui nous arrivent dans les grandes passions. Nous avons vu ce que fait et la colère et la crainte ; comme elles nous changent ; comme l'une nous eocou-
rage et nous arme, et comme l'autre fait de notre corps, pour ainsi dire, un instrument propre à fuir. C'est sans doute un grand secret de la nature (c'est-à-dire de Dieu), d'avoir premièrement proportionné les forces du corps à ses besoins ordinaires : mais d'avoir trouvé le moyen de doubler les forces dans les besoins extraordinairement pressants, et de dissiper tellement le cerveau, le cœur et le sang, que les esprits, d'où dépend toute l'action du corps , devinssent dans les grands périls plus abondants ou plus vifs; et en même temps fussent portés, sans que nous le sussions, aux parties où ils peuvent rendre la défense plus vigoureuse, ou la fuite plus légère : c'est l'effet d'une sagesse infinie.
Et cette augmentation de forces proportionnées à nos besoins nous fait voir que les passions, dans leur fond et dans la première institution de la nature, étoient faites pour nous aider; et que si maintenant elles nous nuisent aussi souvent qu'elles font, il faut qu'il soit arrivé depuis quelque désordre.
En effet l'opération des passions dans le corps des animaux, loin de les embarrasser, les aide à ce que leur état demande (j'excepte certains cas qui ont des causes particulières); et le contraire n'arriveroit pas à l'homme, s'il n'avoit mérité, par quelque faute, qu'il se fît en lui quelque espèce de renversement.
Que si avec tant de moyens que Dieu nous a préparés pour la conservation de notre corps, il faut que chaque homme meure, l'univers n'y perd rien ; puisque, dans les mêmes principes qui conservent l'homme durant tant d'années, il se trouve encore 4e quoi en produire d'autres jusqu'à l'infini. Ce qui le nourrit, le rend fécond, et rend l'espèce immortelle. Un seul homme, un seul animal, une seule plante, suffît pour peupler toute la terre : le dessein de Dieu est si suivi, qu'une infinité de générations ne sont que Teffet d'un seul mouvement continué sur les mêmes règles, et en conformité du premier branle que la terre à reçu au commencement.
Quel architecte estcelui qui faisant un bâtiment caduc, ymetun principe pour se relever dans ses ruines 1 et qui sait immortaliser, par tels moyens, son ouvrage en général, ne pourra-t-il pas immortaliser quelque ouvrage qu'il lui plaira en particulier?
Si nous considérons une plante qui porte en elle-même la graine d'où il se forme une autre plante, nous serons forcés d'avouer qu'il y a dans cette graine un principe secret d'ordre et d'arrangement, 'puisqu'on voit les branches, les feuilles, les fleurs et les fruits s'expliquer et se développer de là avec une telle régularité, et nous verrons, en môme temps, qu'il n'y a qu'une profonde sagesse qui ait pu renfermer toute une grande plante dans une si petite graine, et l'en faire sortir par des mouvements si réglés.
Mais la formation de nos corps est beaucoup plus admirable, puisqu'il y a sans comparaison plus de justesse, plus de variété, plus de rapports entre toutes leurs parties.
Il n'y a rien certainement de plus merveilleux , que de considérer tout un grand ouvrage dans ses premiers principes, où il est oomnifi ramassé, et où il se touve tout entier en petit.
116 DE LA CÔI^KOISSAnCE liE DIEU
On adniire avec raison la beauté et lyrùtlce (i*uii'^|ii6lil6 /âh ^la Iflitière étant jet^e, il s^èn forme un vià'âge fait au iiâiurel, bu itiië^ë autre figure régulière. Mais tout céïa est grbsàier en bo'mpàir^sbii'dei principes d'où viennent nos corps, par lesquels uhe'si ÏÀiie àtruéiiifv se forme de si petits commencements, se conserve d'une inàDlèié'ai aisée, se répare d'ans sa chute , et se perpétue par un ordre si iintiiùiibfb.
Les plantes et les animaux, eii se perpétuant sans déésein lès &â8 lù autres avec une exacte ressemblance, font voir qu'ils ont été une 'fois formés avec dessein sur un modèle immuable, sur une idée éternelle.
Ainsi nos corps, dans leur formation et dans leur conservation, dottent la marque d'une invention, d'un dessein, d'uiie indusirie explicable. Tout y a sa raison, tout y a sa fin, tout y a sa propohibn'et'£ia mesure, et par conséquent tout est fait par ail.
Mais que serviroit à T&me d'avoir un corps si sagement coiâsthiit, si elle, qui le doit conduire, n'étoit avertie de ses besoins? Aussi i'esteUe admirablement par les sensations, qlii lui servéïit à discerner les objets qui peuvent détruire ou entretenir en bon état le cor^s qui fui est uni. .
Bien plus, il a fallu qu'elle fût obligée à en prendre soin par quélbllie chose de fort; c'est ce que font le plaisir et la doliléur, qui liii Védult à l'occasion des besoins du corps, ou de iés bonnes dispositions, 'Nngagent à pourvoir & ce qui le touche.
Au reste, nous avons assez observé la juste proportion qui se tr6u^ entre l'ébranleihént passager des nerfs,' et les sensations ;'ent^é ïésiibh pressions permanentes du cerveau, et les imaginations qui doivent iliirer'et se renouveler de temps en temps ; enfin entre ces secrètes dS^ positions du corps, qui l'ébrahlent pour s^approcher ou s'éloigriër 'idle certains objets, et les désirs ou les aversions, par lesquelles vHtiiét^ iiDit, ou s'en éloigne par la pensée.
Par là s'entend admirablement bien Tordre qUe tieniient la ëenùition, l'imagination, et lapasâion, tant éhtfe elles qu'à l'égard dels'jàibutements corporels, d'où elles dépendent. Et ce'^i ïich^ve de faille "votr 1& beauté d'une proportion si juste, est que la mèmésuite qui se ti'ouv^ entre trois dispositions du cords/se'tfouve àu^i'ëntire trois disposisitioris de Tftme. Je veux dire qtie comme la dispositibn qu'à lécoi^s, dans le)i passions, à s'avancer ou se reculer, 'âépéhd des imprëastons du cerveau, et les impressions du cerveau de rébrauleoierït des nërb; ainsi le désir 'et les aversions dé|)ehdent nktùrélleniém àbs imkgliiilions, cbinme (ieDés^ii dépendent dés setisSïtibhs.
)liais qudiqde l^âoiesôit averfié'dës besoins du cbi'i)s,'étde lactlifershé'déis obfëts, par lés sensations et ïés paskiotis, elle ne p^fi[te'H)h pas de ces avertissements sans ce principe secret de raisonnement,' d& let^iiel ellé'cbinpfetid leS'rtLpports des' choses, et ju^é'de te ^n'eflèj'iui font e'xpériniënter.
Ce même principe de raison nemeift la fkh sortir de ion cbr^'^tHifir éténdfer^és%g)this sûr le rés(e de la Hàtufè, 'et' cbmtJrélid're Témâàiliëài^ht'ttës^artieSqui composent un si gfted tëtiit
A cet coniioissances dev(fit être joiifte nhe ^lûiftè 4fltthAikM ^PMb-
m(mMi efcapable.4'us^r,selpi),U,r||isqq, d^.c^ganes, do^^aentiinept^ Q^ (^^s co^pnoissances mêmes,
Et c'itoit de cQtte volpnté qu^U fal^oit faire dépendre les membre» 4|i c^rps, a^p que la partie pirincipale eût l'empire qu'il lui CQnv.enoit 9UrlajDÇ|oindre.
Àus^. Voyons -nous, qu'il est ainsi. Nos muscles agissent, nos membres, refiiuent; et notre corps est trapsporté à l'instant que nous le ?oalops. Cet eippire est une image du pouvoir absolu de Dieu, qui remua tout, runiTjsrs par sa volonté, et y fait, tout ce qu'il lui plaît.
Et il a tellement voulu quci.tous ces mouyemeats de notre corps seiv vjss^nt à la, vplpnt^, que mêpne.les; involontaires^ par où se fait la distnii^ution des.e^prits.e^t.de^. aliment3,tendent;natureUementà rendre. le CQfi^ p,lus obéjssfint ; puisque jamais il a'obéit mieux que lorsqu'il est t^j c'est-àrdire quand sies mouvements naturels et intérieurs vont sei^ Ipy.r régie;,
A^si les mouy/ements. intérieurs, qui sont. naturels et nécessaires, sqry^iît à.fax:iltter les mou ve.mepts extérieurs q^ii sont volontaires.
Mais en même temps que Dieu a soumis à la volonté les mouvements eictéirieurSyil nous. a. laissé deux marques sensibles que cet empire dép^pdoit d'une autre puissance. La première est, que le pouvoir de la volonté a des borjiçs, et quç Te.tTeten est empêché parla mauvaise disposition des o^^çô^es, qujdevroient être soumis. La seconde, que nous remuons notre corps. sans, savpir cçmmçiit^ sans connpltre aucun des, ces^rts qui seryept à le remuer; et soMvent même, sans discerner les i^Q^vements qu^: nous, taisons, comme il se .voit principalement dans la parole.
Ilipiarott donc que ce. corps est. un ipstrupQent fabriqué, et soumis à. nq^fe volonté, p^r une puissance qui est bprs de nous ; et toutes les. foi3 quç nous nous en servons, soit pour parier, ou pour respirer, ou pour nous mouvoir ep, quelque façon. qu9 ce soit, nous devrions tou« joura sentir Dieu présent.
Ufiis rien ne sert tant, à l'âme pour. s'élever à son auteur, que la, co^noissance qu'elle.a. d'elle-même, et de soiS sublimes opérations, que nous avo()s appelées intellectuelles.
Nous avons déjà remarqué que l'entendement a pour objet des vérités éternelles.
Le» règles des proportipn?^ par lesq^eJileç.nouS; mesurons toutes choses, sont éternelles et. inv^rl^^^^s.
Npus cpnnoissons clairement quÇ; toyt se fait dans l'univers par la proportion du pins grand au plus petit, et du plus fort au plus foible; et nous en savons assez pour connoître que ces proportions se rapportent à des principes d'éternelle vérité.
Tout ce qui se démontre en mathématique, et en quelque autre science que ce soit, est éternel et.immuable; puisque TefTet de la démonstration est de faire voir que. laqhose ne peut être autrement qu'elle est démontrée.
Aussi pour entendre la na^pre et, les propriétés des choses que je con-
'• -par exemple, ou d'un triangïci, ou d'un carré, oy d'u^ c«^^.«^^
les proportions de ces figures, et de toutes autres figures entre elles : je n'ai pas besoin de savoir qu'il y en ait de telles dans la nature; et je suis assuré de n'en avoir jamais ni tracé ni vu de parfaites. Je n*ai pas besoin non plus de songer qu'il y ait quelques mouvements dans le monde y pour entendre la nature du mouvement même, ou celle des lignes que chaque mouvement décrit, les suites de ce mouvement, et les proportions selon lesquelles il augmente ou diminue dans les graves et les choses jetées. Dés que l'idée de ces choses s'est une fois réveillée dans mon esprit, je connois que, soit qu'elles soient, ou qu'elles ne soient pas actuellement , c'est ainsi qu'elles doivent être , et qu'il est impossi ble qu'elles soient d'une autre nature , ou se fassent d'une autre façon.
Et pour venir à quelque chose qui nous touche de plus près, j'entends, par ces principes de vérité éternelle, que quand aucun autre être que l'homme, et moi-même ne serions pas actuellement; quand Dieu auroit résolu de n'en créer aucun autre, le devoir essentiel de l'homme, dès là qu'il est capable de raisonner, est de vivre selon la raison, est de chercher son auteur, de peur de lui manquer de reconnoissance, si , faute de le chercher, il l'ignoroit.
Toutes ces vérités, et toutes celles que j'en déduis par un raisonnement certain, subsistent indépendamment de tous les temps : en quelque* temps que je mette un entendement humain , il les connoîtra ; mais, en les connoissant, il les trouvera vérités, il ne les fera pas telles; car ce ne sont pas nos connoissances qui font leurs objets , elles les supposent. Ainsi ces vérités subsistent devant tous les siècles, et devant qu'il y ait eu un entendement humain : et quand tout ce qui se fait par les règles des proportions, c'est-à-dire, tout ce que je vois dans la nature, seroit détruit, excepté moi, ces règles se conserveroient dans ma pensée; et je verrois clairement qu'elles seroient toujours bonnes et toujours véritables, quand moi-même je serois détruit, et quand il n'y auroit personne qui fût capable de les comprendre.
Si je cherche maintenant, où, et en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables, comme elles sont, je suis obligé d'avouer un être, où la vérité est éternellement subsistante, et où elle est toujours entendue; et cet être doit être la vérité même, et doit être toute vérité; et c'est de lui que la vérité dérive dans tout ce qui est, et ce qui s'entend hors de lui.
C'est donc en lui d'une certaine manière qui m'est incompréhensible; c'est en lui, dis-je, que je vois ces vérités éternelles; et les voir, c'est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité, et recevoif ses lumières.
Cet objet éternel, c'est Dieu, éternellement subsistant, éternellement véritable, éternellement la vérité même.
Et en effet, parmi ces vérités éternelles que je connois, une des plus certaines est celle-ci, qu'il y a quelque chose au monde qui existe d'ellemême, par conséquent qui est éternelle et immuable.
Qu'il y ait un seul moment où rien ne soit, éternellement rien ne sera. Ainsi le néant sera à jamais toute vérité, et rien ne sera vrai que le néant ; chose absurde et contradictoire.
Il y a donc nécessairement quelque chose qui est a^ant tous les temps, et de toute éternité; et c'est dans c6t éternel, que ces vérités étemelles subsistent.
C'est là aussi que je les vois. Tous les autres hommes les voient, comme moi, ces vérités éternelles; et tous, nous les voyons toujours les mômes , et nous les voyons être devant nous ; car nous avons commencé , et nous le savons, et nous savons que ces vérités ont toujours été.
Ainsi nous les voyons dans une lumière supérieure à nous-mêmes, et c'est dans cette lumière supérieure que nous voyons aussi si nous faisons bien ou mal, c*est-à*K]ire, si nous agissons, ou non, selon ces principes constitutifs de notre être.
Là donc, donc nous voyons, avec toutes les autres vérités, les règles invariables de nos mœurs; et nous voyons qu'il y a des choses d'un * devoir indispensable, et que dans celles qui sont naturellement indifférentes le vrai devoir est de s'accommoder au plus grand bien de la société humaine.
Ainsi un homme de bien laisse régler Tordre des successions et de la police aux lois civiles, comme il laisse régler le langage et la forme des habits à la coutume ; mais il écoute en lui-même une loi inviolable qui lui dit qu'il ne faut faire tort à personne, et qu'il vaut mieux qu'on nous en fasse que d'en faire à qui que ce soit.
En ces règles invariables, un sujet, qui se sent partie d'un Ëtat, voit qu'il doit l'obéissance au prince qui est chargé de la conduite du tout; autrement la paix du monde seroit renversée. Et un prince y voit aussi qu'il gouverne mal, s'il regarde ses plaisirs et ses passions, plutôt que la raison, et le bien des peuples qui lui sont commis.
L'homme qui voit ces vérités, par ces vérités se juge lui-même et se condamne quand il s'en écarte. Ou plutôt ce sont ces vérités qui le jugent, puisque ce ne sont pas elles qui s'accommodent aux jugements humains, mais les jugements humains qui s'accommodent à elles.
Et l'homme juge droitement, lorsque , sentant ses jugements variables de leur nature, il leur donne pour règle ces vérités éternelles.
Ces vérités étemelles, que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, par lesquelles tout entendement est réglé, sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu même.
Car toutes ces vérités éternelles ne sont au fond qu'une seule vérité. En effet, je m'aperçois, en raisonnant, que ces vérités sont suivies. La même vérité qui me fait voir que les mouvements ont certaines règles, me fait voir que les actions de ma volonté doivent aussi avoir les leurs. Et je vois ces deux vérités dans cette vérité commune, qui me dit que tout a sa loi , que tout a son ordre : ainsi la vérité est une , de soi; qui la connolt en partie, en voit plusieurs; qui les verrait parfaitement, n'en verroit qu'une.
Et il faut nécessairement que la vérité soit quelque part très-parfaitement entendue, et l'homme en est à lui-même une preuve indubitable.
Car, soit qu'il la considère lui-même, ou qu'il étoide sa vue sur tous les êtres qui l'environnent, il voit tout soumis à des lo\^ Cft.T\«\\i^<& ^X
aux règles immuables delà vérité. Il voitquMl entend ces lois, du moins en partie, lui qui n'a fait ni lui-même, ni aucune autre partie de J'Ûp Divers, quelque petite quelle soit ; il voit bien que rien n'âuroit (iXé fait, si ces lois n'étoient ailleurs parfaitement entendues; et il voit'xju'iL faut reconnoître une sagesse éternelle, où toute loi, tout ordre,' toute proportion ait sa raison primitive.
Car il est absurde qu'il y ait tant de suite dans les vérités* tanl^de proportion dans les chosçs, tant d'éconotnie dans leur assemhlagfi, c'est-à-dire dans le monde; et que cette suite, cette proportion, cette êc;onomie ne soit nulle part bien entendue : et l'homme, qui n'a rien fait, la eonnoissant véritablement, quoique non pas pleinement, doit, juger qu'il y a quelqu'un qui la connott dans sa perfection, et que. ce sera celui-là même qui aura tout fait.
Nous n'avons donc qu'à réfléchir sur nos propres opératiQQS, pour entendre que nous venons d'un plus haut principe.
Car dès là que notre âme se sent capable d'entendre, d'affirmer et de nier, et que d'ailleurs elle sent qu'eJle ignore beaucoup.de choses, qu'elle se trompe souvent, et que souvent aussi pour s'empêcher d'^re trompée, elle est forcée à suspendre son jugement, et à. se tenir dans le doute; elle voit, à la vérité, qu'elle a en elle ua bon principe, mais elle voit aussi qu'il est imparfait, et qu'il y a une sagesse plus haute à qui elle doit son être.
En effet, le parfait est plutôt que l'imparfait : et l'imparfait le suppose; comme le moins suppose le plus, dont il est la diminution : et comme le mal suppose le bien, dont il est la privation; ainsi il est naturel que l'imparfait suppose le parfait, dont il est, pour ainsi dire* déchu : et si une sagesse imparfaite, telle que la nôtre, qui peut douter, ignorer, se tromper, ne laisse pas d'être; à plus forte raison de^ vons-nous croire que la sagesse parfaite est et subsiste, et que la nôtr^ n'en est qu'une étincelle.
Car si nous étions tout seuls inttUigents dans le monde; nous seuls^ nous vaudrions mieux, avec notre intelligence imparfaite, que. tout \^ reste qui seroit tout à fait brut et stupide : et on ne pourroit comprendre d'où viendroit, dans ce tout qui n'entend pas, cette partie qui en-^ tend, l'intelligence ne pouvant pas naître d'une chose brute et insensée. Il faudroit donc que notre àme, avec son intelligence imparfaite, ne laissât pas d'être par elle-même, par conséquent d'être éternelle et indépendante de toute autre chose; ce que nul homme, quelque fon qu'il soit, n'osant penser de spi-mème, il reste qu'il connoisse au-dessus de lui une intelligence parfaite, dont toute autre reçoive la faculté et la mesure d'entendre.
Nous.connoissons donc par nous-mêmes, et par notre propre imperfection, qu'il y a une sagesse infinie, qui ne se trompe jamais, qui ne doute de rien, qui n'ignore rien, parce qu'elle a une pleine compréhension de la vérité, ou plutôt qu'elle est la vérité même.
Cette sagesse est elle-même sa règle; de sorte qu'elle ne peut jamais faillir, et c'est à elle à régler toutes choses.
P&r la même raison, nous connoissons qu'il y a une souTei^aine bont^
qjji^ÇjÇ pjfgt'.i^ws . faire, a;'cuA.in^.j.*H lieu qug.polrft vptantàiMVt^X^^ 9^4\^,p^\i\MT^.\e^fÀen^ peuj^.ftttssii.s'eîi.d^tpflrj^^r.
I)tt,14.noi^,deiyo[]s conclure, que la p^rfQç.tiop 4e, I^çu .€^|. ii|f|«|ie, c^ltljà toiâieu lu^môme; sa puis$anQQ. l'est au^s^^ d^ sort^.q^Ml n|a, qu*i vouloir pour faire tqiit ce qu'il lui plaît.
C\eaX ppi|rquoi il n'a eu besoip dfauoune matj^, préç^enfe pour crgerJe monde. Comme.il ep trojuyèle plan e^ le dessein dan$ sa sag'es^^e, et la source dans sa bonté, il ne lui faut.au^çi pour Persécution qm^^la^ seule v9loA^:toyte-puissapte^
M^is quoiqu'il fas^. de si graudei^, choses, il n'en a. aucup. besoin, et, ikest heiir^iix e^.se po^édan.t lui-mêpe.
Vidée Tç^éiÇXB du bonheur. npus.mène> Dieu; car si nous avona l'idée d^. bonheur., puisque d'ailleurs , nous, n'ep pouyons. voir la vérité en, noûs-mêrae, il faut qu'elle nous vienne d'ailleurs; il faut, dis-je, qu'il y a^t ailleurs une nature. vriaii;aei\t bienheureuse : que si elle est biephip^feuse, eUen'a^riep.à dési^'er, elle est parfaite; et cette nature bienheureuse, parfaite, pleine de tout bien, qu'est-ce. autre chose que Dieu?
Il n'y a rien d^.pljis. ef^tapt.ni de plus vivant que lui, parce qu'il est et qu'il vit éternellement. Il ne peut pas qu'il ne soit, lui qui possè(le la; plénitude de, l'être, 0]i^ plutôt qui est l'Être même, selon ce qu'il dit parlant à Moïse ' : Jb ^;s celui qui suis ; Celui qui est m'en-
En la présence, d'un, ô^re,si grand et si parfait, l'âme se trouve ellaiQême.un pur néaAt, et ne voit riep en eue qui mérite d'être estimé, si ce n'est qu'elle est capable de connoître et d'aimer Dieu.
Ule sent, par là, qu'elle est née pour lui. Car si l'intelligence est poi(r. le vrai, et que l'amour soit pour le bien, le premier vrai a droit, d'occuper toute notre intelligence, et le souverain, bien a droit de po9* s^de^ tpu^ notre amour.
' ](a}s nul ne connoîl Dieu, que celui que Dieu éclaire; et nul n'aime. I^ijl^^, que ce^ à qui il inspire son amour. Car c'est à lui de donnfir. à sa créature tout le bien qu'elle possède, et par conséquent le plus, e^^llent de tous les biens, qui. est de le connoître et de l'aimer.
Jvnsi, le même qui a donné l'être à la créature raisonnable, lui a donné le bien-être. Il lui donne la vie, il lui donne la bonne vie, il lui donne d'être juste, il lui donne d'être saint, il lui donne enfin d'être bienheureux.
Je commence ici à me connoitre mieux que je n'a vois jamais fait, ei^ me co^i^sidérant par rapport à celui dont je tiens l'être.
tobîse, qui m'a dit que j'étois fait à l'image et ressemblance de Dieu, en ce seul mot m'a mieux appris quelle e$t ma nature, que ne peuvent Clire, tous les livras et tous les discours des philosophes.
J'entends, et Dieu entend. Dieu entend qu'il est, j'entends que Diea est, et j'entends que je suis. Voilà déjà un trait de cette divine ressemblance. Mais il faut ici consjdér^r ce que c'est qu'entendre à Dieu, et 66 que c'est qu'entf p^fe à me*..