I. %Ki. m
ISâ DE LA CONNOISSANCE DE DIEU
Dieu est la TÔrité môme et rinttiligence même, vérité infinie, intelligence infinie. Ainsi , dans le rapport mutuel qu'ont ensemble la vérité et Tintelligence, Tune et l'autre trouvent en Dieu leur perfection; puisque l'intelligence qui est infinie, comprend la vérité tout entière, et que la vérité infinie trouve une intelligence égale à elle.
Par là donc la vérité et Tintelligence ne font qu'un ; et il sç trouve une intelligence, c'est-à-dire Dieu, qui, étant aussi la vérité môme, est elle-même son unique objet.
Il n'en est pas ainsi des autres choses qui entendent. Car quand j'entends cette vérité. Dieu est, cette vérité n'est pas mon intelligence. Ainsi l'intelligence et l'objet, en moi peuvent être deux; en Dieu, ce n^est jamais qu'un. Car il n'entend que lui-même , et il entend tout en lui-même, parce que tout ce qui est, et n'est pas lui, est en lui comme dans sa cause.
Mais c'est une cause intelligente qui fait tout par raison et par art, qui par conséquent a en elle-même ou plutôt qui est elle-même l'idée et la raison primitive de tout ce qui est.
Et les choses qui sont hors de lui n'ont leur être ni leur vérité, que par rapport à cette idée éternelle et primitive.
Car les ouvrages de l'art n'ont leur être et leur vérité parfaite , que pat le rapport qu'ils ont avec l'idée de l'artisan.
L'architecte a dessiné dans son esprit un palais ou un temple, avant que d'en avoir mis le plan sur le papier; et cette idée intérieure de l'architecte est le vrai plan et le vrai modèle de ce palais ou de ce temple.
Ce palais ou ce temple seront le vrai palais ou le vrai temple que l'architecte a voulu faire, quand ils répondront parfaitement à cette idée intérieure qu'il en a formée.
S'ils n'y répondent pas, l'architecte dira : Ce n'est pas là 1 ouvrage que j'ai médité. Si la chose est parfaitement exécutée selon son projet, il dira : Voilà mon dessein au vrai , voilà le vrai temple que je voulois construire.
Ainsi tout est vrai dans les créatures de Dieu, parce que tout répond à ridée de cet architecte éternel, qui fait tout ce qu'il veut, et comme il veut.
C'est pourquoi Moïse l'introduit dans le monde qu'il venoit de faire et il dit, qu'après avoir vu son ouvrage, il le trouva bon, c'est-à-dire, qu'il le trouva conforme à son dessein; et il le vit bon, vrai et parfait, où il avoit vu qu'il le falloit faire tel, c'est-à-dire , dans son idée éternelle.
Mais ce Dieu qui avoit fait un ouvrage si bien entendu, et si capable de satisfaire tout ce qui entend, a voulu qu'il y eût parmi ses ouvrages quelque chose qui entendit et son ouvrage et lui-même.
11 a donc fait des natures intelligentes, et je me trouve être de ce nombre. Car j'entends et que je suis, et que Dieu est, et que beaucoup d'autres choses sont; et que moi et les autres choses ne serions pas, si Dieu n'avoit voulu que nous fussions.
Dès là j'entends les choses comme ellea sont, ma pensée leur devient
conforme, car je les pense telles qu'elles sont; et elles se trouvent conformes à ma pensée, car elles sont comme je les pense.
Voilà donc quelle est ma nature, pouvoir être conforme à tout, c'est-àdire, pouvoir recevoir l'impression de la vérité; en un mot, pouvoir l'entendre.
J'ai trouvé cela en Dieu; car il entend tout, il sait tout. Les choses sont comme il les voit; mais ce n'est pas comme moi, qui, pour bien penser, dois rendre ma pensée conforme aux choses qui sont hors de moi. Dieu ne rend pas sa pensée conforme aux choses qui sont hors de lui : au contraire, il rend les choses qui sont hors de lui, conformes à sa pensée étemelle. Enfin , il est la règle : il ne reçoit pas de dehors l'impression de la vérité, il est la vérité même; il est la vérité qui s'entend parfaitement elle-même.
En cela donc je me reconnois &it à son image : non à son image parfaite, car je serois comme lui la vérité même ; mais fait à son image^ capable de recevoir l'impression de la vérité.
Et quand je reçois actuellement cette impression, quand j'entends actuellement la vérité que j'étois capable d'entendre, que m'arrive-t-il, sinon d'être actuellement éclairé de Dieu, et rendu conforme à lui?
D'où me pourroit venir l'impression de la vérité ? Me vient-elle des choses mêmes ? Est-ce le soleil qui s'imprime en moi , pour me faire connoltre ce qu'il est ; lui que je vois si petit, malgré sa grandeur immense? Que fait-il en moi, ce soleil si grand et si vaste, par le prodigieux épanchement de ses rayons? que fait-il, que d'exciter dans mes nerfs quelque léger tremblement, d'imprimer quelque petite marque dans mon cerveau? N'ai-je pas vu que la sensation qui s'élève ensuite,, ne me représente rien de ce qui se fait, ni dans le soleil, ni dans mes organes ; et que si j'entends que le soleil est si grand, que ses rayons sont si vifs, et traversent en moins d'un clin d'oeil un espace immense, je vois ces vérités dans une lumière intérieure, c'est-à-dire, dans ma raison, par laquelle je juge et des sens, et de leurs organes, et de leurs objets?
Et d'où vient à mon esprit cette impression si pure de la vérité? d'où lui viennent ces règles immuables qui dirigent le raisonnement, qui forment les mœurs, par lesquelles il découvre les proportions secrètes des figures et des mouvements? d'où lui viennent, en un mot, ces vérités éternelles que j'ai tant considérées? Sont-ce les triangles, et les carrés, et les cercles que je trace grossièrement sur le papier, qui impriment dans mon esprit leurs proportions et leurs rapports ? ou bien y en a-t-il d'autres, dont la parfaite justesse fasse cet effet? Où les ai-je vus, ces cercles et ces triangles si justes, moi qui suis assuré de n'avoir jamais vu aucune figure parfaitement régulière, et qui entends néanmoins si parfaitement cette régularité? Y a-t-il quelque part, ou dans le monde, ou hors du monde, des triangles ou des cercles, subsistants dans cette parfaite régularité, d'où elle seroit imprimée dans mon esprit ? Et ces règles du raisonnement et des mœurs subsistent-elles aussi en quelque part, d'où elles me communiquent leur vérité immuable T Ou bien, n'est-ce pas plutôt que celui qui a répandu partout Uifit»^>ax«>
1^. DE LA O^If^ISf^Nt;^ DS DIED
!• jijy)W(1WÇ„ 1» Tjfil^. meras, o^ iijlprinie,.e(i non aajvit,l'i^eer- Uineî ■ ■
IfU» qii;est-ç«.,qiie,oa(^ iiléSiT B>l;ce lui-cp6me,qjii.n}^,Bigf|itpj,e» B T^rité,louljCa qii|iriui RÎall^qu? j'enJ^Ms, ou qvfljiSliifeiiH#SBà^on'd«, Inl-meme, ou leadeui ensemble?
i;tqu^s^roiï;CBqup,ceile,iinp]^asjonT quoi, quelque ch()5(t,de wniblahle à la marqre d'un cachât gravé sur la ci're I Grossiéra. iniagfn»lior, qui feraît i'ânje oorpûrelle, el,la cire intelliKente.
Il faut donc entendre que i'àmaifaila à l'image de Diau, cajaJi^e^d'Bn- Içidre la ïéri(é, qui est n(pu mËnia, se tourne acluelleniaiit^rârs uni original, c'esl.-a-dire, vers Djeu, au laiérilé lui pnrdît aulaf t.l'',* "'s.", la lui veut taire, paroilre^ Cur il est mallre de se montrer autai»! qu'il
C'est iixiB ehose.élonnanlB que l'homme eriienrte Isni de ïiHt<!B, sans entendre. en même temps ,qu(: loute vérité vient de Ditii , qu'elle, est flo Dieu, iju'elle psi DIbu même. Mais c'jesl qu'il p^t enchanta par m» senj el.par ses cassions Irompeusàs ; Bt il ressemée t celui qui, renfeniié daps son cabinet, où il s'occupe de ses affaire?, se sert de, la lumi^ «ans SB mettra. en peine d'où elle Ini vient.
EJnfln donc, il est certain qu'en Dion est la raisun primitive de lo\il cç qui est, el de tout ce qui s'entend dans l'univers' qu'il est la Térili of|ginale, el que tout est vrai par rapport k Fon idfe éternelle; que cherchant la vérité nous la cherchons, que la IruuTUnt notts le. tro^wiis, et lui devenons conformes.
Nousavôns ïuque l'âme.qwichej^he.et qui troiivean Di^u la vérité, le tourna vers lui pour la concevoir. Ou'esl-ce dQne que sa tourner ven MeuT e^t-cB que l'ime se remue, comme un corps, et quitta une place pç)ir. en prendre une autre T li!aîs certes un tel mouvement n'a rien da coÈnmun avec entendre. Ce u'est pas être transporté d'un lieu &.ua autre, que de commencer à entendre, ce qu'on n'entendçit. piis, On ne s'approche pas, comme on fait d'iin corps, de Dieu qui est toujours et partout invisiblemenl présent. L'Sme l'a toujours en ellB-même, eu tf^ par lui qu'elle subsiste. HaJspour voir, ce n'est pas assez d'avoiT la lumière , présente i il Faut se tourner vers elle, il lui faut ouvrir lèa ]%.UI.: l'Ima a aussi sa maoiËre de se tourner vers Dieu, qui est a* liiniière, parce .qu'il est la vérité; et se tourner ii, cette lumière, c'e^rt-ï^ dire, à la vérité, c'est en un mot vouloir l'entendre.
L'Inie est droite par cette volonté, parce qu'elfe s'attache ,i, la refis de toutes ses pensées, qui n'est autre que la vérité.
Li s'achève aussi la conformité de l'&me avec Dieu. Car l'éne qui T$)il entendre la vérité, aime dés li cette vérité que Dieu aime élemellement ; et l'effet de cet amour dé la ïérité, est de nous la faire chereber avBC une ardeur infatigable, de nous y attacher immuablement quand elle nous est connue . el de la faire régner sur tons nus désirs.
Hais l'amour de la vérilé en supposequelqueconnoissance. Dieu dont, qui nous a faits k son image, c'est-à-dire, qui nous a Taiiapour enteodre elpour aimer la vérité, k son eiemple, commence d'abord à noua en donner l'idée générale, par laquelle il nous sollicite & en chercbu.
ET DE SOI-imffE. 125
]^ pleine pôssàiûôip, OÙ nous avançons à mesure que ï^aiiioiir de la t^k rite s'épure et s^ènflamme en nous.
Au reste, la vérité et le bien ne sont que la même chose, dar le souverain bien est la vérité entendue et aimiée piârfaiteinent. Dieu donc, toujours entendu et toujours aimé de lui-môme , est saiis doute le souVerain bien ; dès là il est parfait: et se possédant lui-même, il est heiireiik.
Il est donc heureux et parfait, parce qu'il entend et aimé sans fin le plus digne de tous les objets, c'est-à-dire, lui-même.
11 n*appartient qu'à celui qui seul est de soi, d*ètre lui-môme sa félicité. L*homme, qui n'est rien de soi, n'a rien dé soi ; soii bonheur et sa perfection est de s'attacher à connoître et à aimer son auteur.
Malheur à la conuoissance stérile qiii né se tourne point à aimer, et se trahit elle-inéme I
C'est donc là mon exercice, c'est là ma vie, c'est là ma 'pérfection^'et tout ensemble ma béatitude, de connoltre et d'aimer celui qui m'a fait.
Par là je reconnois que tout néant que je suis de moi-même devant Dieu Je suis fait toutefois à son image, puisque je trouve ma perfection et mon bonheur dans le même objet que lui, c'ést-à-dire, dans luimême, et dans de semblables opérations, c'est-à-dire, en conuoissant et en aimant.
C'est donc en vainque je tâche quelquefolsdem'imaginercomment'ést faite mon âme, et dé me la représenter sous-^u^ique figure corporelle. Ce n'est point au corps qu'elle ressemble, puisqu'elle peut connoltre et aimièr Dieu, qui est un esprit si pur^ et c'est à Dieu même qu'elle est semiblabte.
Ouand je cherche en moi-môme ce que je connois de Dieu, ma raison me répond q.ie c'est une pure intelligence, qui n'est ni étendue par fés lieux, ni renfermée dans le temps. Alors s'il se présente à mon ésjprît queltjûe idée ou quelque itnage de corps, je la rejette et je m élève aiidessiis. Par où je vois de coinbieh la meilleure partie dé moi-même, dui'est faite pour cohnoiCre Dieu, est élevée par sa nature 'aù-dessiib du 'corps.
C'est aussi par là que j'^èutends qu'étant unie à'un corpis, ^ïlé de'vôït avoir le commandement ^ (|ile Dieu en effet lui a dohdé; ét'j^ki'r^niirr- ^^ué en inoi-idëme une force siipériéu're'â^'dorps^ j>ar laquelle ^e''bîi)s rékposèr à sa ruine certaine, ma^ré laddulëuir et k vîÔlénHe qiié'JlB liouffrd en l'y exposant.
Que si ce corps pèse'si foirt'à mon esprit, si ses bë'soitis m'éihl&rrâsent et me gênent ; si les plaisirs et les dèùleùrs , qui me viennent ib sdii'cÔié, me captivant et 'm'accablent ; si les sëhs, qui dëpehdédt iout à Ikit des brgaibes corporels, prennent lé dé'ssiis sur la raiiàdn mfeiidé ir^ëc tant detiicilîté; étlftn % 'jé'^suis câpUf de ce éofj^ $[é'je dtlroïs 'goifvëîliër, ma rélr^^du mVi^rc/fad , ik àî'iM^rï mé cJéunMti^'q^ifi''^ état malheureux ne peut être qu'une peine envovée à l'homme, '^Mir la'j^nhîèn'Ae bi^ètqùe pëclié et de qné)(iilë'd^f^f$^iHiè.
I^s'je dais 'dans ce îàalhéur rc^e^t ^ W^nf db%k n^kitôl^ 'ifiËtiHBiit fe'^cdà'rs ïe liiëh 'enfance 'ijg/adfante, '^e 'fôs ^tis 'fA^dUSUt cet empire, que la raison, |^ui vient et trop tardive et trop foible, trouve établi. Tous les hdthîkiiis hailsëht Shii'die moi ddts cette 'ierVLttÀ«\ ^^
ce nous est à tous un sujet de croire, ce que d'ailleurs la foi nous a enseigné, qu'il y a quelque chose de dépravé dans la source commune de notre naissance.
La nature même commence en nous ce sentiment : je ne sais quoi est imprimé dans le cœur de l'homme, pour lui faire reconnottre une justice qui punit les pères criminels sur leurs enfants, comme étant une portion de leur être.
De là ces discours des poètes, qui , regardant Rome désolée par tant de guerres civiles, ont dit qu'elle payoit bien les parjures de Laomédon et des Troyens, dont les Romains étoient descendus, et le parricide commis par Romulus, leur auteur, en la personne de son frère.
Les poètes, imitateurs de la nature, et dont le propre est de rechercher dans le fond du cœur humain les sentiments qu'elle y imprime, ont aperçu que les hommes r?<iherchent naturellement les causes de leurs désastres dans les crimes de leurs ancêtres ^ Et par là ils ont ressenti quelque chose de cette vengeance qui poursuit le crime du premier homme sur ses descendants.
Nous voyons même des historiens païens ^ , qui considérant la mort d'Alexandre au milieu de ses victoires, et dans ses plus belles années, et, ce qui est bien plus étrange, les sanglantes divisions des Macédoniens, dont la fureur fit périr par des morts tragiques son frère, ses sœurs et ses enfants, attribuent tous ces malheurs à la vengeance divine, qui punissoit les impiétés et les parjures de Philippe sur sa famille.
Ainsi nous portons au fond du cœur une impression de cette justice qui punit les pères dans les enfants. En effet, Dieu, l'auteur de l'être, ayant voulu le donner aux enfants, dépendamment de leurs parents, les a mis par ce moyen sous leur puissance, et a voulu qu'ils fussent, et par leur naissance, et par leur éducation, le premier bien qui leur appartient. Sur ce fondement, il paroît que punir les pères dans leurs enfants, c'est les punir dans leur bien le plus réel ; c'est les punir dans une partie d'eux-mêmes, que la nature leur a rendue plus chère que leurs propres membres, et même que leur propre vie : en sorte qu'il n'est pas moins juste de punir un homme dans ses enfants, que de le punir dans ses membres et dans sa personne. Et il faut chercher le fondement de cette justice dans la loi primitive de la nature, qui veut que le fils tienne l'être de son père, et que le père revive dans son fiîs, comme dans un autre lui-même.
Les lois civiles ont imité cette loi primordiale, puisque, selon leurs dispositions, celui qui perd la liberté, ou le droit de citoyen, ou celui de la noblesse, les perd pour toute sa race : tant les hommes ont trouvé juste que ces droits se transmissent avec le sang, et se perdissent de môme.
Et cela qu'est-ce autre chose qu'une suite de la loi naturelle, qui fait regarder les familles comme un même corps, dont le père est le chef, qui peut être justement puni aussi bien que récompensé dans ses membres?
t. Eutip, dans Thésée; Hesiod. iVoomi. — 2. Pauianioi.
Bien plus : parce que les hommes, naturellement sociables, composent des corps politiques, qu'on appelle des nations et des royaumes, et se font des chefs et des rois ; tous les hommes unis en cette sorte sont un même tout, et Dieu ne juge pas indigne de sa justice de punir les rois sur leurs peuples, et d'imputer à tout le corps le crime du chef.
Combien plus cette unité se trouvera-t-elle dans les familles, où elle est fondée sur la nature, et qui sont le fondement et la source de toute société?
Reconnoissons donc cette justice, qui venge les crimes des pères sur les enfants ; et adorons ce Dieu puissant et juste, qui , ayant gravé dans nos cœurs naturellement quelque idée d'une vengeance si terrible, nous en a développé le secret dans son Ëcriture.
Que si, par la secrète mais puissante impression de cette justice, un poète tragique introduit Thésée qui troublé de l'attentat dont il croyoit son fils coupable, et ne sentant rien en sa conscience qui méritât que les dieux permissent que sa maison fût déshonorée par une telle infamie, remonte jusques à ses ancêtres: Qui de mes pères, dit-il, a commis un crime digne de m'attirer un si grand opprobre? nous qui sommes instruits de la vérité, ne demandons plus, en considérant les malheurs et la honte de notre naissance, qui de nos pères a péché; mais confessons que Dieu ayant fait naître tous les hommes d'un seul, pour établir la société humaine sur un fondement plus naturel, ce père de tous les hommes, créé aussi heureux que juste, a manqué volontairement à son auteur, qui ensuite a vengé, tant sur lui que sur ses enfants, une rébellion si horrible, afin que le genre humain reconnût ce qu'il doit à Dieu , et ce que méritent ceux qui l'abandonnent.
Et ce n'est pas sans raison que Dieu a voulu imputer aux hommes, non le crime de tous leurs pères, quoiqu'il le pût, mais le crime da seul premier père, qui, contenant en lui-même tout le genre humain, avoit reçu la grâce pour tous ses enfants, et devoit être puni aussi bien que récompensé en eux tous.
Car s'il eût été fidèle à Dieu, il eût vu sa fidélité honorée dans ses enfants, qui seroient nés aussi saints et aussi heureux que lui.
Mais aussi, dés là que ce premier homme, aussi indignement que volontairement rebelle, a perdu la grâce de Dieu, il l'a perdue pour lui-même et pour toute sa postérité, c'est-à-dire pour tout le genre humain , qui , avec ce premier homme d'où il est sorti , n'est plus que comme un seul homme justement maudit de Dieu, et chargé de toute la haine que mérite le crime de son premier père.
Ainsi les malheurs qui nous accablent, et tant d'indignes foiblesses que nous ressentons en nous-mêmes ne sont pas de la première institution de notre nature, puisqu'on effet nous voyons, dans les livres saints, que Dieu nous avoit donné une âme immortelle, lui avoit auss uni un corps immortel, si bien assorti avec eUe, qu'elle n'étoit ni inquiétée par aucun besoin, ni tourmentée par aucune douleur, ni tyrannisée par aucune passion.
Mais il étoit juste que l'homme , qui n'avoit pas voulu se soumettra à •on auteur, ne fût plus maître de soi-même; et .ae ses passions, ré-
jK>îtwscoxxtrQ^, raison, lui fissent sentir le tort qu'il ÂTOit de s^tre
rivoltécoW . . ..., c»-... ri,.. 1-.
Ainsi tout ce (^uMl y a en inbi-même me sert à connottre Dieu. & qiii. me reste de fort et de réglé me fait coonoître sa sagesse ^ ce ^ej^^ai de. foible et Hé déréglé me fait connoiltre sa justice. Si nies bras ^ mes pieds obéissent à mon âme quand elle commande^ cela, est réglé, et mé montre que Dieu, auteur d'un si bel ordre, est sage. Si je ne puis pas gouverner comme je voudrois mon corps et les désirs qui en suivent les dispositions^ c'est en moi un dérèglement qui, me montre que ÏDieu, qui Ta ainsi permis pour me punir, est souverainement juste.
Que si mon &me connolt la grandeur de Dieu , la connoissaiûie de Dieu m'apprend aussi à juger de la dignité demonâme^ que je ne vois élevée que par le pouvoir qu'elle a de s'unir à son iàutëur, k^ècle^coûrs de sa grâce.
C'est donc cette partie spirituelle et divine ^ capable de posséder Dieu, giie je dois principalement estimer et cultiver en moi-même. Je dojk par un amour sipcère, attacber immuablement mon' esprit au p^ île tous lés esprits, c'est;à-difé à Dieu.
Je dois aussi aimer, pour l'amour de lîii, ceux à qui il a'doni|^ une âme semblable à la mienne, et qu'il a faits, comme moi, capables' de lé connottre et de l'aiiner.
Car le liën içLe la société lé plus étroit qui puisse être entré les^tiomme^, c'est qu'ils peuvent tods en 'commun posséder le même lîien, qui «it Dieu.
Je dois aussi considérer que les autres bOmmes'ont, côlmme 'indj^îm cor^s infirme , sujet à mille l>èsoins et à mille travaux, ce qui m'ooiigé à jKimpatir à leurs misères.
.^nsi je me rends semblable à celui qui m'a fait à son image, eà Loutàntsa iionté. A.4^o| lès princes sont d*autaiit plus oblïgisy^^ue DÎeîi/qui lès aï établis pour le représenter sûr la terre, ieîir de£iànden compte des hommes qu'il leur a confiés.
Chap. y, — Delà différence entre rhomme et la héte.
JiJbùsavdtis vu l'âme raisonnable dégradée parle pé'clié^'W.pu'U presque tout à fkit a^ujéttie aux dispositions du corps ; nous làvoDA Tue attactiïe à la TÎe sensuelle par où elle cômineiicë, et ^arl^'ci^tive du corps et dés objets corporels, d'où lui viennéùt les vôlùjp& tt |§8 douleurs. Elle croit n'avoir à chercher ni à éviter qiié tes çor^'; iH&[Bè pense, pour aiiisi 4ire,qué corps ; et se mêlant tout ^ fait ajjMf ce corps qu'élië aime, à la fin elle a peine à s'en distinguer. ^âfa,eulli roublie et se môconiiott eUe-mème.
wt
rir, être malades et se porter bien, à peu près comme font ies ïiîîSnmet 2 znanger^ boire, aller et venir à propos, et ielon que le^ besoius Hà corps Te demandent; ëviïerîes pédls/cïércHer'lés comm'iMÎitéSy'î^^
ET DB Sn-HÉHE. 189
tiquer et m défendre usa indiistrieiiseiiieiit qn'oa le pôM nuginer, raser même ; et ee qui est plus fin eneore, prétemrlesin ewes , comme Q se ToH tous les jours à la chasse . où les animaux aemblMt moBtrw une subtilité exquise.
lyaillenri.oa les dresse, on les instruit ; ils sinatnnsent les uns let autres. Les oiseaux apprennent à Toler en voyant Toler leura mèiee. Nous apprenons aux perroquets à parler, et à la plupart des animaiK mille ctioses que la nature ne leur apprend pas.
Ils semblent même se parler les uns aux autres. Les porflet, animal d'ailleurs simple et niais, semblent appeler leurs petits égarés, et avertir leurs compagnes, par un certain cri. du grain qu'elles ont tromé. Un chien nous pousse quand nous ne lui donnons rien, et on diroît qu'il nous reproche notre oubli. On entend gratter ces animaux à une porte qui leur est fermée.: ils gémissent ou crient d'une manière à nous faire connottre leurs besoins ; et il semble qu'on ne puisse leur refuser quelque espèce de langage. Cette ressemblance des actions des bêtes aux actions humaines, trompe les hommes; ils fuient, à quelque prix que ce soit, que les animaux raisonnent : et tout ce qu*ils peuvent accorder à la nature humaine, c'est d'avoir peut-être un peu plus de raisonnement.
Encore y en a-t-il qui trouvent que ce que nous en avons de plus ne sert qu'à nous inquiéter et qu'à nous rendre plus malheureux. Ils s'estimeroient plus tranquilles et plus heureux, s'ils étoient comme les bêtes.
C'est qu'en effet les hommes mettent ordinairement leur félicité dans les choses qui flattent leurs sens ; et cela même les lie au eorps . d'où dépendent les sensations. Ils voudroient se persuader qu'ils ne sont que corps ; et ils envient la condition des bêtes, qui n'ont qœ leur corps à soigner. Enfin, ils semblent vouloir élever les animaux jusques à euxmêmes, afin d'avoir droit de s'abaisser jusqu'aux animaux, et de pouvoir vivre comme eux.
Us trouvent des philosophes qui les flattent dans Ces pensées. Plutarque, qui parott si grave en certains endroits, a fait des traités entiers du raisonnement des animaux, qu'il élève, ou peu s'en faut, audessus des hommes. C'est un plaisir de voir Montaigne faire raisonner son oie, qui , se promenant dans sa basse-cour, se dit à elle-même que tout est fait pour elle ; que c'est pour elle que le soleil te lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que pour la nourrir : que la maison n'est faite que pour la loger ; que l'homme même est tkii pour prendre soin d'elle; et que si enfin il égorge quelquefois des oies, aussi fait-il bien son semblable.
Par ces beaux discours, il se rit des hommes qui pensent que tout est Cuit pour leur service. Celse, qni a tant écrit contre le christianisme, est plein de semblables raisonnements. Les grenouilles, dit-il, et les rats discourent dans leurs marais et dans lenrs trous, disant que Dieu a tout fkit pour eux, et qu'il est venu en personne pour les secourir. Il ▼eut dire que les hommes, devant Dieu, ne sont que rats tt vermisseaux, et que la différence entre eux et les animaux est petite.
Boesuar. — i H
•}30 DE LA .qomip^fF&AIfGE DiE DIEU
(;e«,rai$oiiiM0ient9:p^ei?t .par laur nouyeautô. Oo.ajnM à ra|finer «un cQ|t&.i)(Mt#^mi'^?ti oÎQçt.wa je^M à. rhomnoa jde plaider ,oogatre. l\ii-qi^
Ce jeu seroit supportable, s'il n'y entroit pas trop d&sèneuXvinais, comme ;Oous a^onadit, i'hoaune cherche dans ces, jeux 49s exc|^«uà a8ft4é8Lr8!;49n9uel9, etfi;^emble;à quelqu'un de grande aaisa^^c^qui, ftyaatie courage i^as, t^ voudcpit point se souvenir de 9a dignité, 4e peur d'être obligé à vivce dans les exercices qu'elle demaude.
iCfflft Qe,qiiL;fait.!dipeiPavid : a L'honuoe éUnt en hom^ui:, çeil'a mt pas oojmu ^ il 4'^st: Qoçaparé lui-môme, au^ animaux iiuen4és,.j9l 4'eit «.fait semJ^lable à eux ^,w
lîous'les raison «exaents qu'on fait ici en faveur des animaux, :^e r^ duisent à deux ; dopt Le premier, e&t: Les animaux fQAt,.to^^/çhp^ toniOBaMleaiont, aussi. liièn que l'homme; donc ils raisq^oevjtj^uii^foe L'homo^. Le second est : Les animaux sQot semblables aux Jhojjnqp^ i l'extérieur, tant.daus leurs orgaçes, que dans la plupart de.i^r/S^.iictions ; donc ils agisçeot par le môme principe extérieur,. et iJ^.OÂt. du raispnnement.
Le premier argumenta:un défiiut^çB^oifeste* C'est autre jçl;iiçkfe.4je;Çâf)e tout convenablement, autre chose de connoltre la coayeiuuice. jL,'uji ooQvic^t non-saplementaux anio^kuxi mais à tout ce qui estdans^L'^foiiEers^rautre.eatile ?ôj%tablfi .effet du raisonnement et de l'int^iligeincf.
Dès là que tout le 'n^oivde es^. fait par raison , tout s'y doit C^ixe. convenablement. Car le propre d'une cause intelligente, est de mettre de la. convenance et de l'<>ridre dafis tous, ses ouvrées.
Au-dessus de notre iotble mÀs<ai,.r.e^ti^in|p à certains objets, np.ps ayons reconnu une raison prfmJ^re ^et .-universelle, qui a tout cpnçu avant qu'il fût. qui a tputtiré du aôa,nt, qui rappelle tout à se&.prinoipes, qui forme tautisur la • mô(a? idée, «1. fait ^ut mouvoir, en concoure.
• Cette raison est en Dieu, 0^ pl^tÀt, cette r^^n, c'/Qst Qi^u v^jpi^^}\ n'est forcé en rien ; il e^t le maître de sa matière, et JLa tQ^rn/^<^ç^e il. lui plaît. Le hasard n'^ point defpart.à ;^ ouvrages ;.il .i;i'e^t>dominé par aucune néce^|té!;.epfîii, ;se. raison ..^eAile est sa loi.,^i^çi,^i^t 08 qu'il fiait est .^uiyi ,. eHe naispn y parptt.pta^to4it.
Il y:auneraiÙ9Qa.iqtti subordqnne les ç£^uses les .unes-^a^x^upre^iiet Mtte raison fait que le plus grand poids empor^ le moindre; qu'une pierse enfonce daa3:i!eau,,piu|ôt que du bois; qu'un arbre croit. e^ un lieu pluiôt (}u'en< un. autre ; et que cjiaque arbre tire .de la terre* pafî^i une infinité de.sues, oeJiuiqui est propre pour le nourris. Ifi^is çf^e raison ntast pas daijis Coptes loes cho^^, eUe est en celui q,m les^aj.^^, et qui les a ordonnées.
Sites nrbMtt^oiifistnt IfMrB rapi^i^o^^^i^^ 4u'il .^^ qoU'<^Qaab^ pour Jes-iOtttMiir;>s-'ilaiét«ndeRtlfuiif h^f^nches^à prf^rtiG|n,'ie| ^.qou^v^t drune.écorcQ«i.|^pcAii 4eA dôffiadrA, contre lés u^sis de l'iUr'; ^\ }m, .vigne, ^«lierre etulra ^Cfls.pû(n^s^/qui $ont fait^^ poyr a*^t^tp^ej^x grande.art)iei, ou<^ttXii2$M^rA^^,^q|a^^Q|)t si |^i^ A?4,|>9<jU,ç^,