PAkUFBVtl
et s'entortillent si proprement aux endroits qui sont capables de lef; appuyer; si les feuilles et les fruits de toutes les plantes se réduisent à des figures si régulières , et sMls prennent au juste, avec la figure, le goût et les autres qualités qui suivent de la nature de la plante; tous cela se fait par raison, mais, certes, cette raison n'est pas dans les arbres.
On a beau exalter l'adresse de l'hirondelle, qui se fait un nid si propre; ou des abeilles, qui ajustent avec tant de symétrie leurs petites niches: les grains d'une grenade ne sont pas ajustés moins proprement; et toutefois on ne s'avise pas de dire que les grenades ont de la raison.
fout se fait, dit-on, à propos dans les animaux ; mais tout se fait peut-être encore plus à propos dans les plantes. Leurs fleurs tendres et délicates, et durant l'hiver enveloppées comme dans un petit coton, se déploient dans la saison la plus bénigne; les feuilles les environnent comme pour les garder; elles se tournent en fruits dans leur saison, et ces frtiits servent d'enveloppes aux grains, d'où doivent sortir de nouvelles pl'ntes. Chaque arbre porte des semences propres à engendrer son semblable ; en sorte que d'un orme il vient toujours un orme, et d'un chône toujours un chêne. La nature agit en cela comme sûre de s n effet. Ces semences, tant qu'elles sont vertes et crues, demeurent attachées h l'arbre pour prendre leur maturité : elles se détachent d'ellesmêmes, quand elles sont mûres; elles tombent aux pieds de leurs arbres, et les feuilles tombent dessus : les pluies viennent ; les feuilles pourrissent et se mêlent avec la terre, qui, ramoll*e par les eaux, ouvre son sein aux semences, que la chaleur du s6leil, jointe à l'humidité, ïern germer en son temps. C^'rtains arbres, comme lesotmeaux, et une infinité d'antres, renferment leurs semences dans des matières légères, que le vent emporte; la race s'étend bien loin, p:îr ce moyen, et peuple lès montagnes voisines. Il ne faut donc plus s'étonner si tout se fait î propos dans les animaux, cela est commun à toute la nature, et il ne sert de rien de prouver que leurs mouvements oht de la suite, de la convenance, et de la raison ; mais s'ils connoissent cette convenance et cette suite, si cette raison est en eux ou dans celui qui les a faits, c'est ce qu'il faîloit examiner.
Ceux qui trouvent que les animaux ont de la raison, parce qu'ils prennent, pour se nourrir et se bien porter, les moyens convenables, devroient dire aussi que c'est par raisonnement que se fait la digestion ; qu'il y a un principe de discernement qui sépare les excréments d'avec û bonne nourriture, et qui fait que l'estomac rejette souvent les viandes qui lui répugnent, pendant qu'il retient les autres pour les digérer.
En un mot, toute la nature est pleine de convenances et de disconvenances, de proportions et de disproportions, selon lesquelles les choses, ou s'ajustent ensemble, ou se repoussent l'une l'autre : ce qui montre, à la vérité, que tout est fiait par intelligence, mais non pas que tout soit intelligent.
n n*y a aucun animal qui s'ajuste si proprement à quoi que ce soit, que l'aimant s'ajuste lui-même aux deux pôles. TI en suit l'un, il évite l'autre. Une aiguille aimantée fuit un cûté de l'aimant, et's'attacK^ ^
Tautre avee une plus apparente avidité que celle que les animaux témoignent pour leur nourriture. Jout cela est fondé sans doute sur des convenances et des disconvenances cachées. Une secrète raison dirige tous ces= mouvements ; mais cette raison est en Dieu, ou plutôt, cette raison , c'est Dieu même , qui , parce qu'il est toute raison , ne peut rien faire qui ne soit suivi.
C'est pourquoi, quand les animaux montrent dans leurs actions tant d'industrie, saint Thomas a raison de les comparer à des horloges et aux autres machines ingénieuses, où toutefois l'industrie réside, non dans l'ouvrage, mais dans l'artisan.
Car enfin, quelque industrie qui paroisse dans ce que font les animaux, elle n'approclie pas de celle qui paroît dans leur formation , où toutefois il est certain que nulle autre raison n'agit que celle de Dieu. Et il est aisé de penser que ce même Dieu, qui. a formé les semences, et qui a mis ce secret principe d'arrangement, d'où se développent, par des mouvements si réglés, les parties dont l'animal est composé, a mis aussi, dans ce tout si industrieusement formé, le principe qui le fait mouvoir convenablement à ses besoins et à sa nature.
On. nous arrête pourtant ici,, et voici ce qu'on nous objecte. Nous voyons les animaux émus comme nous, par certains objets, où ils se portent, non moins que les hommes, par les moyens les plus convenables. C'est donc mal à propos que l'on compare leurs actions avec celles des plantes et des autres coips, qui n'agissent point comme touchés de certains. objets, mais comme de simples causes naturelles, dont l'efTet ne dépend pas de la connoissance.
Mais il faudroit considérer que les objets sont eux-mêmes des causes naturelles, qui, comme toutes les autres, font leurs effets par les moyens les plus convenables.
Car qu'est-ce que les objets, si ce n'est les corps qui nous environnent, à qui la nature a préparé dans les animaux certains organes délicats, capables de recevoir et déporter au dedans du cerveau les moindres agitationsdu dehors? Nousavons vu que l'airagité agit sur l'oreille, les vapeurs des corps odoriférants sur les narines, les rayons du soleil sur les yeux, et ainsi du reste, aussi naturellement que le feu agit sur l'eau, et par une impression aussi réelle.
Et pour montrer combien il y a loin entre agir par l'impression des objets, el agir par raisonnement, il ne faut que considérer ce qui m passe en nous-mêmes.
Cette considération nous fera remarquer, dans les objets, premièrement, l'impression qu?ils font sur nos organes corporels : secondement, les sensations qui suivent immédiatement ces impressions : troisièmement, le raisonnement que nous faisons sur les objets, et le choix que nous faisons de l'un plutôt que de l'autre.
Les deux premières choses se font en nous, avant que nous ayons îêit la troisième, c'est-à-dire de raisonner. Notre chair a été percée, et nous avons senti de la douleur, avant que nous ayons réfléchi et raisonné sur ce qui nous vient d'arriver. Il en est de même de tous les autres objets. Mais, quoique notre raison ne se mêle pas dans ces deux choies,
ET DE SOI-lfÊME. 133.
c'est-à-dire, dans raltératioQ corporelle de Torgane, et dans la sensation qui s'excite immédiatement après, ces deux choses ne laissent pas de se faire convenablement, par la raison supérieure qui gouverne tout.
Qu'ainsi ne soit ; nous n'avons qu'à considérer ce que la lumière fait dans notre œil, ce que l'air agité fait sur notre oreille : en un mot, de quelle sorte le mouvement se communique depuis le dehors jusqu'au dedans ; nous verrons qu'il n'y a rien de plus convenable ni de plus suivi.
Nous avons même observé que les objets disposent le corps de la manière qu'il faut, pour le mettre en état de les poursuivre ou de les fiiir» selon le besoin.
De là vient que nous devenons plus robustes dans la colère, et plus vites dans la crainte; chose qui certainement a sa raison, .mais une raison qui n'est point en nous.
Et on ne peut assez admirer le secours que donne la crainte à la fbiblesse; car, outre qu'étant pressée elle précipite la fuite, elle fait que l'animal se cache et se tapit, qui est la chose la plus convenable à la foi blesse attaquée.
Souvent môme il lui est utile de tomber absolument en défaillance, parce que la défaillance supprime la voix-, et en quelque sorte Phaîeine, et empêche tous les mouvements qui attiroient l'ennemi.
On dit ordinairement que certains animaux font les morts pour empêcher qu'on ne les tue : c'est en effet que la crainte les jette dans la' défaillance. Cette adresse, qu'on leur attribue, est la suite naturelle d^rne crainte extrême , mais une suite trés-convenable aux besoins et aux périls d'un animal foible.
La nature, qui a donné dans la crainte un secours si proportionnel aux animaux infirmes, a donné la colère aux autres, et y a mis tout, ce qu'il faut pour rendre la défense ferme et l'attaque vigoureuse, sans qu'il soit besoin pour cela de raisonner.
Nous l'éprouvons en nous-mêmes dans les premiers mouvements dt la colère; et lorsque sa violence nous Ate toute réflexion, nous ne laissons pas toutefois de nous mieux situer, et souvent même de frapper phis juste, dans l'emportement, que si nous y avions bien pensé.
Et généralement quand notre corps se situe de la manière la plus convenable à se soutenir ; quand , en tombant , nous éloignons naturellement la tête, et que nous parons le coup avec la main; quand, sans y penser, nous nous ajustons avec les corps qui nous environnent^ de la manière la plus commode pour nous empêcher d'en être blessés ; Umt cela se fait convenablement, et ne se fait pas sans raison; mais nous avons vu que cette raison n'est pas la nôtre.
C'est sans raisonner qu'un enfant qui tète, ajuste ses lèvres et sa langue de la manière la plus propre à tirer le lait qui est dans la mamelle; en quoi il y a si peu de discernement, qu'il fera le même mou-. Tement sur le doigt qu'on lui mettra dans la bouche, par la seule cou-, fermité de la figure du doigt avec celle de la mamelle. C'est tans raisonner que notre prunelle s'élargit pour les objets éloignés^ et se resserre pour les autres. C'est sans raisonner qu« ii<oi'^^t«& ^ ^«a>s%
langue f(»t les mouTementâ divers qui causent rarticulation, et nous n'en eonnoissans auoun à moins. que d*y faire beaucoup de réflexion.. ceUx<enfin qui les ont connus, n'ont pas besoin de se servir de cette connoissance pour les. produire; elle les embarrasseroit.
Toutes ces' choses letuDeinfiuité d'autres se font si raisonnablement^ que ia -raisoni en excède notre pouvoir et en surpasse notre industrie.
n est 'bon d'appuyer un pei. sur la parole. 11 est vrai que c'est le raisonnement qui fait qvi nous voulons parler et exprimer nos pensées; miâs les paroles qui viennent ensuite ne dépendent plus du raisonnement, elles sont un»eui.te naturelle de la disposition des organes.
Bien plus : après avoir commencé les choses que nous savons par cœur, nous voyons que notre langue les achève toute seule, longtemps après que- lai réflexion que ncms y faisions est éteinte tout à fait; au contraire la réflexion, quand elle revient, ne fait que nous interrompre y et non» :ne récitons plus si sûrement.
Combien de. sortes de mouvements doivent s'ajuster ensemble pour opérer cet effistl ceux du cerveau, ceux dupoumon, ceux de la trachée-artère, ceux de la langue, ceux des lèvres, ceux de la mâcboire, qui doit tant de fois slouvrir et. se. fermer à propos!. Nous n'apportons point en naissant l'èiabileté À faire ces choses; elle s'est fuite dans notre cerveau-,. et ensuite dans toutes les autres. parties,. par TimpressioD: profonde dei -certains objets dont nous avons été souvent frappés;, et t^utcelas^arrange en nous avec une justesse ioconuevabie, sans qut Dtttre I raison^ y ait : part.
Nous écrivons sans savoir commeoti, après avoir une fois appris. La science en est dans les doigts; et les lettres^ souvent regardées, ont fait une teiie impression sur le cerveau, que la figure en passe sur le papier,. sans.-qu'il soit besoin d'y avoir de l'attention.
Les choses^ prodigieusej^ que certains bpmiB«s font dans le sommeil, montrent ce que peut la disposition du corps, indépendamment de noa réfluxiona et de uos.raisunnementSi.
Si maiHlenant nous veodios aux sensations, que nous trouvuns'jouites avec les impressions des objets »ur notre corps, nous avoiis. vu combien tout cela e&t convenable. Cai- il n'y a ri^n de mieux pensé que:d'avoir joint le plaisir aux objets qui sont convenables. à noue corp», et la. douleur, à ceux qui lui sont conti'uires. Mais ce n'est paa notre raison qui a si bien .ajusté ces choses, c'est une raison plus. haute et :pius .profonde*
. Cette raison sduveraine a proportionné aveu les objets les ia4>ressions qui -se font dans nosicorps. Cette même raison a uni nus appétits: naturels avec nos besoins; elle nous a forcés, par le plaisir et par la dou)eurv à désirer :1a. nourriture, sans lac^ue^ie nos corps périroient; elle -a -Ibis dans lesialiments qui -nous sont propres, une force pour uou&i attirer : le^buis n^xcile pas nôtre-appétit comme le pain; d'autres obn jetB noifes'causent des averkions souvent, invincibles : tout cela fie. bilan nous -par des proportions et des diepi\>portion» cachées, et nelnr imison n'a* auctine part ni aux dispositioi^' qui sent daps l'ol^ei, ni j^ tfflfJMi (j^i iMiBKBtien fliou»à 8ft-|>réseiMQL^
ET 1>E sei*lf6flE. 139
SuppocoBS doDC que U nature veoille faire fin t« aux tiflinatix M' chose» iitUei- peur le«r coDaervetioii. Avant que d'être Mrcéé à leur' donner peur cela du nisoimement ; elle a. pour amsî parler , deux choses à tenter.
L'une,. de proportionner les objets avec les organes, et d'ajuster ks mouvemenU^qui nansent des uns avec ceux qui doireot suiTre'nàtttrelleaaenl dans les antres. Un coccert admindiie résultera tiie cèl ai^ semUage; et chaque animal se trourera attaché à son objet, ausd sA*^ rament que Taimant l'est à son pôle. Hais alors ce qui semblera flnesisê et discernement dans les animaux . au fond sèia seulement utf effet -db* la sag^esse et de l'art profond de celui qui aura construit toute là m»chifie.
Et si l'on veut qu'il y ait quelque sensation jointe à l'impression des'. objets, il n'y aura qu'à imaginer que la nature aura attaché le plaisir' et la douleur aux choses conTenahles et contraires: les appétit soi* vronit naturellement, et si les actions y sont attachéiss, tout se' fera oon^ Tenablement dans les animaux, sans que la nature soit ohKgéèàlMir donner pour eela du «caisonnement.
Ces- deux moyens, dont nous supposons que la nature se peàt senrfr. ne sont peint des choses inventées à plaisir, car nous les troutons m nous-mêmes. Nous y trouvons des mouvements ajustés naturelleuMUt avec les objets. Nous y trouvons des plaisirs et des douleurs, attachés naturellement aux-ol^ets convenables ou contraires. Notre raison n^ pas fait ces proportions, elle les a trouvées faites par une raison pHis haute; et nous ne nous trompons pÉls d'attribnef seulement aax'iMmaux ce que nous trouvons cfauis cette partie dé nbus^mêihes qui cet animale.
Il n'y a donc rîen de meilleur pour bien juger des'animaut, que èe s'étudier soi-même aupara\*ant. Car, encore que noos ayons qdelqne chose au-dessus- de l'animal, nous sommes animaux, et nous aVtms* Texpérieiice, tant de ce que fait en nous l'animal, que de ce qn*y ftit' le raisonnement et la réflexion'. C'est donc en nous étudiant nduémAmQS;et en observant ce que* nous sêdtonï; que tious devetfèiiï Jugé* compétents de ce qui est hors de nous, et dont nous n'aVonÂspas d^péhen<$e. Et quand nous aurmis trouvé dans les animaux' ce q^r éÉi eb noue d'animaK ce ne sera pas une conséquence -que nous déVioifs^e^' attribuer ce qu'il y a en nous de supérieur.
Or l'animal , toaché de certains objets, fait en notis' natif^néméht'et sans réflexion des choses trés-convenableli' Nous dèvonri donc êtr% convaincus, par notre propre expérience^, qué^oes actions co^iVênablte ne sont pas une preuve de raisoonemetftj
Il làut pourtant lever ici une. difficulté, qiH vient d^ ne pàt^ penfiér li ^ ce que fait en nous la raison;
On dit que cette partie qui agit en noud' tkiSs raison netfa^t, cod^ mence seidement les choses, mais que k raison>lôs dchépvé; par exemplây l'objet présent excite en nous l*appétit, ou de manger, ou de Ir fengeance ; mais nous n'en venons à l'exécution que patnin Msânna- Il qui nous détermine t ceqoi est si vértttbU&viVJfttLqife^ ^j w te^w»
môme résister à nos appétits naturels, et aux dispositions les plus tIolentes de notre corps et de nos organes. Il semble donc, dira-t-on, que la raison Joit intervenix dans les fonctions animales, sans quoi eUes n^auroient jamais qu*un commencement imparfait.
Mais cette difficulté s'évanouit en un moment, si on considère ce qui s'est fait en nous-mêmes dans les premiers mouvements qui précèdent la réflexion. Nous ayons vu comme alors la colère nous fait lîrapper juste ; nous éprouvons tous les jours comme un coup qui vient nous fait promptement détourner le corps, avant que nous y ayons seulement pensé. Qui de nous peut s'empêcher de fermer les yeux, ou de détourner la tête, quand on feint seulement de nous y vouloir frapper? Alors si notre raison avoit quelque force , elle nous rassureroit contre un ami qui se joue : mais, bon gré mal gré, il faut fermer l'œU, il faut détourner la tète; et la seule impression de l'objet opère invinciblement en nous cette action. La même cause, dans les chutes, fait jeter promptement les mains devant la tète. Plus un excellent joueur de luth laisse agir sa main sans y faire de réflexion, plus il touche juste, et nous voyons tous les jours des expériences, qui doivent nous avoir appris que les actions animales, c'est-à-dire, celles qui dépendent des ol{jets, s'achèvent par la seule force de l'objet, même plus sûrement qu'elles ne feroient si la réflexion s'y venoit mêler.
. On dira qu'en toutes ces choses il y a un raisoonement caché ; sans doute : mais c'est le raisonnement ou plutôt l'intelligence de celui qui a tout fait, et non pas la nôtre.
Et il a été de sa providence, de faire que la nature s'aidât elle-même, sans attendre nos réflexions trop lentes et trop douteuses, que le coup auroit prévenues.
faut donc penser que les actions qui dépendent des objets et de la disposition des organes, s'achèveroient en nous naturellement comme d'elles-mêmes, s'il n'a voit plu à Dieu de nous donner quelque chose de supérieur au corps, et qui devoit présider à ses mouvements.
Il a fallu, pour cela, que cette partie raisonnable pût contenir dans certaines bornes les mouvements corporels , et aussi les laisser aller quand il faudroit.
C'est ainsi que, dans une colère violente, la raison retient le corps, tout disposé k frapper par le rapide mouvement des esprits et prêt à lâcher le coup.
Otez la raisonnement, c'est-à-dire ôtex l'obstacle, l'objet nous en- 1 traînera, et nous déterminera à frapper. '
Il en seroit de même de tous les autres mouvements, si la partie raisonnable ne se servoit pas du pouvoir qu'elle a d'arrêter le corps.
Ainsi, loin que la raison fasse l'action, il ne faut que la retirer pour faire que l'objet remporte, et achève le mouvement.
Je ne nie pas que la raison ne fasse souvent mouvoir le corps plus industrieusement qu'il ne ferait de lui-même; mais il y a aussi des mouvements prompts, qui pour cela n'en sont pas moins justes, et oè la réflexion deviendroit embarrassante.
Ce fuaX de tels mouvements qui! luit donner aux aoifflaux; elw *
qui fait qa'en bcancoop de choses ils sgisseai plus sûramat, dj sent plus jnsie que nous, c'est qu'Os ne raisonnent pes, c'est-è-dira qu'ils n'agissent pas par une raison particulière, tardive et trompeosa, mais par la raison unîTerselie, dont le coup est sûr.
Ainsi , pour montrer qu'ils raisonnent, U ne s'agit pas de prcuier qu'i's se meuTent raisonnablement par rapport à certains obi^s, puisqu'on trovte cette conrenance dans les mouTements les plus brutes; il faut prouver qu'ils entendent cette convenance , et qu'ils la choisissent.
Et comment, dira quelqu'un, le peut-on nier? Ne voyons-nous pas tous les jours qu'on leur lait entendre raison? Us sont capables comme nous de discipline. On les châtie; on les récompense : ils s*en souviennent, et on les mène par là comme les hommes. Témoin les chiens qu'on corrige en les battant, et dont on anime le courage pour la chasse d'un animal, en leur donnant la curée.
On ajoute qu'ils se font des signes les uns aux autres, qu'ils en reçoivent de nous, qu'ils entendent notre langage, et nous font entendre le leur. Témoin tes cris qu'on fait aux chevaux et aux chiens pour les animer, les paroles qu'on leur dit, et les noms qii'on leur donne, auxquels ils répondent à leur manière, aussi promptement que les hommes.
Pour entendre te fond de ces choses, et n'être point trompé par les apparences, il faut aller à des distinctions, qui, quoique claires et intelligibles, ne sont pas ordinairement considérées.
Par exonple, pour ce qui regarde l'instruction et la discipline qu*oii attribue aux animaux, c'est autre chose d'apprendre, autre chose d'être plié et forcé à certains effets contre ses premières dispositions.
L'estomac, qui sans doute ne raisonne pas quand il digère les viandes, s'accoutume à la fin à celles qui auparavant lui répugnoient, eSL les digère comme les autres. Tous les ressorts s'ajustent d'eux-mêmes, et facilitent leur jeu par leur exercice; au lieu qu'ils semblent s'engourdir et devenir paresseux , quand on cesse de s'en servir. L'eau as facilite son passage, et, à force de couler, elle ajuste elle-même son lit de la manière la plus convenable à sa nature.
Le bob se pUe peu à peu, et semble s'accoutumer à la situation qu'on veut lui donner. Le fer même s'adoucit dans le feu, et sous le marteau, et corrige son aigreur naturelle. En général, tous les corps sont capables de recevoir certaines impressions contraires à celles que la nature leur avoit données.
11 est donc aisé d'entendre ^e le cerveau, dont la nature a été si bien mêlée de mollesse et de consistance , est capable de se plier en une infinité de façons nouvelles, d'où, par la correspondance qu'il a avec les nerfs et les muscles, il arrivera aussi mille sortes de diflérents mouvements.
Toutes les autres parties se forment de la même sorte à certaines choses , et acquièrent la facilité d'exercer les mouvements qu'elles exercent souvent.
Et comme tous les objets font une grande impression sur le cerfeau, il est aisé de comprendre qu'en changeant les <^et8 aoi invmanx^^^
IM DE LA COfvNOÏSSÀNËÏ bt DIEU
cfeAiVigeii'iyàtéri^lifèkéht les impreséions dé leur cervéâu^.eti qu'à forcé dë'leftr^sefft^r lé^ mêmes ûb}'éts; on eh rendra lès impressions el pfbs' r6rtëè' ëi )plus darablës.
Le cours des esprits suivra, pour les causes que nous avons vues en lëiJT lieu; et par là mêide raisôA que Teaù facilite son cours en coularnt, les esprits se feront aussi à eux-mêmes des ouvertures plus coa* nrddës : en sorte que ce qui étoit auparavant difficile, devient aisé diiïs la suite.
Nous ne devons avoir aucune peine d'entendre ceci dans li^ aniitfàtix, puisque nous réprouvons en nous-mêmes.
C'est airrsl'qtHe se'fôrin'ebt les habijtûdes ; et la raison a si peu de part: dàhë leur eiercice, ^ti'oii distingué agir par raison, d'avec agir par habitude.
C'est ainsi que là main se roinpt à écrire, ou à jouer d'uB-instm^ ment ; c'est-à-dire qu'elle corrige une raideur, qui tenoit les doigts comme engourdiâ.
liousn^avions pas natùrélIébQent cette souplesse. Nous n'avions pas n'aturellemônt ' daiis notre cerveau les vers que nous récitons sans y periser: NOuâ les y méfions peu à peu, .à force de les répéter^- et nous sentons que, pour faire cette impression, il sert beaucoup^ de pMier haut, partie que roreîlle frappée porte au cerveau oin coup plus ferme.
Si, pendant que' lidus donnons, cette partie du cerveau, où résident ces impressions, vient à être fortement frappée par quelque ^aiste tapeur, ou par le cours des esprits,. il nous arrivera souvent de rédter oes vers, dont nous nous serons entêtés.
Puisque les animaux ont un cerveau comme nous, un sang comme le nôtre fécond en esprits, et des muscles de même nature, il fautèien qu'ils soient capables dé ce côté-là des mômes impressions^
Celles qu'ils apportent en naissant se pourront fortifier- par i^isagë, et il en pourra naître d'autres ps^r le moyen des nouveaux/objets.
De celte sorte on verra en eux une esp^icede mémoire-, quine-aérfeautre chose qu'une impression durable des objets, el un» disposition dans le cerveau, qui le rendra capable d'être réveillé àdaipréeencë des choses dont il a accoutumé d'être frappé:
Ainsi là curée donnée aux- chiens fortiftera naturellement' la <)iipot(itipn qu'ils ont à la chasse; et par la mèm§ raâsonfles conps^^^oiytettrdonnera à propos, à force de les retenir, les rendront immobiUsTèfCëftains objets, qui naturellement les auroient émus.
Car nous avons vu, par i'auatomie, que les coups- vont- aucorveatr) quelque part qu'ils donnent ; et quand on frappe les animaux en cei^* tains temps, et à la présence de certains objete, on unit dàdï^Ie* cér* veau l'impression qu'y fait le coup, avec celle qu'y fait l'objet, et pàf là on en change la disposition.
Par exemple si on bat un chien à la- présence d*uTie perdrix qti'fl ailoit manger, il se fait dans le cerveau une autre impression q\ie œÙé que la perdrix y avoit faite natureilemcnt. Car le cerveau est fOrmê dé sorte que des corps qui agissent sur lui en concours', comine la peixirii 91 le hàton, il ne s'en fait qu'un seul objet total, qui a son caractère
partictilier, p«r (wnséquent son itDffftesiott'pcoipns, i'AÙ Mrif^enl'M actions contmaUtBi-
C'est ainsi que ies coups 'rettesnent' et- poussent' leâ'antoMUkv sala qu'il soit besrâi' quHb TtisobneiH ; 'e^ pêt ht'inêcDeiraison ils-s'aeeo^ tumentà certaines ▼oix, etfc certains 60i)s»Ca¥ 'la voix «'sa ffittftiéfe'^ frapper; le coup donne à -lV>retlle, et'le^'ceiiVrtiHBOOp eu cerveau;
Il n'y a peisonne qui puisse peiisenque cette manière =d'af>prendre;i ou d^tre touché du lang^nge^ demande- de Tentendement : et on ne>foll rien, dans les animaux, qui'ofabgeràwy.TecoinoUre queiqufe . cbesard» pliit cfxoeUeiili
BièDrpius : si nonsi «venons' à' «ôisidérer ce que:c^t' qu^ifpfprendn^t noue <léoouTrrront bieoUbt que iesiiaimaaxeB-BOût incapables;
Apprendre, sopposè qufon'ipuiàser sa<vioir; et saroir, suppose qi^n puisse avoir des: idées onifersÎBilfes, et d»s>pr)ncipes universelsy qiii'ji une fois' pénétPéS', nuus- fassent toujours tirer de semblables oonsé** quenoes.
J'aien mon esprit Pidéed'-itnetbo^ogey ou de quelque antre îmacfa9iie> Pourla faire, je ne mepropoèrancnne mttiàreodétermiDéevje la ferais également de bois ou d'ivoire^ de ouir^e loud^aorgent. Voilà- ieeqnr'S^ajW pelle une idée universelle, quin'est^astreiBito à aucune matiètë partie culière.
J.'ai mes régies pour faire mon borloge.' Je la ferai également bien sv»* queèqbe matière >qne ce soit Aujouffd'bui , dtanain , dansdiz'ans', je'kp ferai -toujours' de: même. C'est là- aroir unpriiicipe universel-, qutfje: puis.'égaîekBeni appliquer à tous les. fqits particuliers^ parce que je tàiie tirer de ce principe des oonsé^oeoee^'louiDurs^uniformes.
Loi* d'avoir besoin^ pour mes dissitras^ d'une' matière particuliènP et détenniDéfr«j*ifna9ine 'Souvent 'Utie'pxaisfaine' quer>jef ne'pufSJOxéiAiter y faoïé d'Uval ri une matière assez propre^ et je vais tàtanttootv'tan nature,, et.remuanl tofutes les- inventions de l'art, pour voir si je troo»: verai'iai metiàre'qnaije. cherche;
Voyons si lesanimauxiont quelque chose* dn^semUabley et si4«'0(Mi->' formité'qui-se^trouve dans leurs) actîèn», leur vient de regards pinté^ rienrement Un seul et même modifie:'
Le oonftraifîB {mrotl manifs^ieraem. Oarftiire' lamême .dbese,-pàni6A qt^on: reçoÉI tôiijevrset à cha^ei foi» > lai même impfdsfeiroit, ce^'n%ilr pntroe '<|iier«eiisi cherelMB&; •
Je regarde cent foistls: niène-4>fa}et/et toejours'O fai!|id«i^î&a''Vuèl> un effet semblable» Cette perpéteelle uaiformifé >n» vient - vulieMiént d'une: idée intérieure h' laquelle je m'étudie de me «onfomer.: c'entp que je suis toujours frappé: du !mème>ofafat matériel ; c'eet • que- mois- drei gaae est! toujours également ému, etiqnela nature a uni ta uftaoto-sébsalpon-à cette lémotàoo'j : sans que je puisse en empêcher l'eflétii .
Â*en«st •deHméflK de» choie» coBvenablee 'ou- «ontrains à 4a; vie^>BIIVlq ont toutes leur caractère pertieuUer^ qui ftiit son ^ impression: Mir-'nMW corps; A eel»eoat attachés naturelkfflent It vohi^jté et'la'doUlemrH^ petit ei it répdgnhnoe.
Or il me si Bihèé que tout le- mieot' 4»^ \ftili9l^v^^Mv^^l«vVlll^^^^
140 DE LA OOSmOISSANCE DE DIECT
BMiuXy Q'est de leur accorder des sensations. Du moins est-il assuré qu'on ne leur met rien dans la tête, que par des impressions palpables. Un homme. peut être touché des idées immatérielles, de celles de la vérité, de celles de la vertu, de celles de l'ordre et des proportions, et des règles immuables qui les entretiennent, choses manifestement incorporelles. Au contraire qui dresse, un chien lui présente du pain à manger, prend un bftton à la main, lui enfonce, pour ainsi parler ,^ les objets matériels sur tous ces organes, et le dresse à coups de bftton, comme on forge le fer à coups de marteau.
Qui Teut entendre ce que c'est véritablement qu'apprendre, et la différence qu'il y a entre enseigner un homme, et dresser un animal, n'a qu'à regarder de quel instrument on se sert pour l'un et pour l'autre.
Pour l'homme on emploie la parole, dont la force ne dépend point de l'impression corporelle. Car ce n'est point par cette impression qu'un homme en entend un autre. S'il n'est averti, s'il n'est convenu, en un mot s'il n'entend la langue, la parole ne lui fait rien ; et au contraire, s'il entend dix langues j dix sortes d'impressions sur les oreilles et sur son cerveau n'exciteront en lui que la même idée ; et ce qu'on lui explique par tant de langues, on le peut encore expliquer en autant de sortes dîécritures. Et on peut substituer à 1|l parole et à récriture, mille autres sortes de signes. Car quelle chose , dans la nature , ne peut pas aenrir de signal? En un mot, tout est bon pour avertir l'homme, pourvu qu'on s'entende avec lui. Mais à l'animal, avec qui on ne s'entend pas, rien ne sert que les impressions réelles et corporelles ; il faut les coups et le bâton. Et si on emploie la parole , c'est toujours la même qu'on inculque aux oreilles de l'animal, comme son, et non. comme signe. Car on ne veut pas s'entendre avec lui , mais le faire venir à son point.
Avec un homme avec qui nous parlons, ou que nous avons à instruire, nous ne cessons pas jusqu'à ce que nous sentions qu'il entre dans notre pensée. 11 n'en est pas ainsi des animaux. A proprement parler, nous nous en servons comme d'instruments; des chiens comme d'instruments à chasser; des chevaux, conune d'instruments à nous porter, à nous ser- Tïrà la guerre, et ainsi du reste. Gomme en accordant un instrument, nous tâtons la corde à diverses fois, jusqu'à ce que nous l'ayons mise à notre point ; ainsi nous tfttona un chien que nous dressons à la chasse , jvsqu'à ce. qu'il fosse ce que nous voulons, sans songer à le foire entrer dans notre pensée, non plus que la corde; car nous ne lui sentons poiot do pensée ni de réflexion qui répondent aux nôtres.
CKm si les animaux sont incapables de rien apprendre des hommes, qui s'appliquent expressément à les dresser, à plus forte raison, na fottt-il pas croire qu'ils apprennent les uns des autres.
Il «st vrai qu'ils reçoivent les uns des autres de nouvelles impreasions et dispositions ; mais si cela étoit apprendre, toute la nature apprendroit ; et rien ne seroit plus dooUe que la cire, qui retient si bien tous les traits du cachet qu'on appuie sur elle.
C'est ainsi qu'un oiseau reçoit dans le cerveau une impression da Tol de sa mère : et cette impression se trouvant semblable à celle qui osl. daaa la mèio^ elle foit néoosoairemont la .mémo, choio.
ET j)E SOI-MÊME. \kï
Les hommes appellent cela apprendre, parce que, lorsqu'ils apprennent, il se fait quelque chose de pareil en eux. Car ils ont un cenreaja de même nature que celui des animaux ; et ils font plus facilement les mouvements qui se font souvent en leur présence, sans doute parce que leur cerveau , imprimé du caractère de ce mouvement, est disposé par là à en produire un semblable. Mais cela n'est pas apprendre; c'evt recevoir une impression, dont on ne sait ni les raisons, ni les causes, ni les convenances.
C'est ce qui paroît clairement dans le chant, et môme dans la parole. Laissons-nous aller à nous-mêmes, nous parlerons du même ton dont on nous parle. Un écho en fait bien autant. Qu'on mette deux cordes de luth à l'unisson, l'une sonne quand on touche l'autre. IL se fait quelque chose de semblable en nous, quand nous chantons sur le même ton dont on commence. Un maître de musique nous le fait faire, mais ce n'est pas lui qui nous rapprend : la nature nous l'a appris avant lui , quand elle a mis une si grande correspondance entre l'oreille qui reçoit les sons, et la trachée-artère qui les forme. Ceux qui savent l'anatomie connoissent les nerfs et les muscles qui font cette correspondance , et elle ne dépend point du raisonnement.
C'est ce qui fait que les rossignols se répondent les uns aux autres, que les sansonnets et les perroquets répètept les paroles dont ils sont frappés. Ce sont comme des édios ; ou plutôt ce sont de ces cordes montées sur le même ton, qui se répondent nécessairement l'une à l'autre.
Nous ne sommes pas seulement disposés à chanter sur le même ton que nous écoutons ; mais encore tout notre corps s'ébraple en cadence, pour peu que nous ayons l'oreille juste; et cela dépend si peu de notre choix, qu'il faudroit nous forcer pour faire autrement : tant il y a de proportion entre les mouvements de l'oreille , et ceux des autres parties.
11 est maintenant aisé de connottre la différence qu'il y a entre imiter naturellement, et apprendre par art. Quand nous chantons simplement après un autre, nous l'imitons naturellement ; mais nous apprenons à cîianter, quand nous nous rendons attentifs aux règles de l'art, aux mesures, aux temps, aux différences des tons, à leurs accords, et autres choses semblables.
£t pour recueillir en deux mots tout ce qui vient d'être dit, il y a, dans l'instruction, quelque chose qui ne dépend que de la conformation des organes : et de cela, les animaux en sont capables comme nous ; et il y a ce qui dépend de la réflexion et de l'art, dont nous ne voyons en «ux aucune marque.
Par là demeure expliqué tout ce qui se dit de leur langage. C'est autre chose d*être frappé du ion ou de la parole en tant qu'elle agite l'air, et ensuite les oreilles et le cerveau; autre chose de la regarder comme un signe, dont les hommes sont convenus, et rappeler en son esprit les choses qu'elle signifie. Ce dernier, c'est ce qui s'iqipelle entendre le langage; et il n'y en a dans les animaux aucun vestige.
C'est aussi une fausse imagination qui nous persuade qu'ils nous font ùBs signes. C'est autre chose de Caire un signe pour se Ikire entendre;
144 DE LA GOMNOISSâNCE DE DIEU
SHe voit dono que tout est juste dans le mondei et par eoneèquent que tout y est beau, parce qu'il n'y a rien de plus beau que la justice.
Par ces règles, elle connott que Tètat de cette Tie, où il y a tant de maux et de désordres, doit être un état pénal, auquel doit sucoéder un autre état, où la vertu soit toujours avec le bonheur, et où le vice soit 'toujours avec la souffrance.
Elle conoolt donc, par des principes certains, ce que c'est que châ- ' liment et récompense; et voit comment elle doit s*en servir pour les ^autres, et en profiter pour elle-même.
C^est sur cela qu'elle fonde les sociétés et les républiques, et qu'elle 'réprime l*inhumanité et la barbarie.
Dire que les animaux aient le moindre soupçon de toutes ces ehoses, e^est s'aveugler volontairement, et renoncer au bon sens.
Après cela, concluons que l'homme qui se compare aux animaux, ou les animaux à lui, s'est tout à tait oublié, et ne peut tomber dans cette erreur, que par le peu de soin qu'il prend de cultiver en lui-même ce qui raisonne et qui entend.
Qui verra seulement que les animaux n'ont rien inventé de nouveau depuis l'origine du monde, efqui considérera d'ailleurs tant d'inventions, tant d'arts et tant de machines, par lesquelles la nature hattaine a changé la face de la terre, verra aisément par là combien il '7 a de grossièreté d'un côté, et combien de génie de l'autre. ' Ne doit-on pas être étonné que ces animaux , à qui on veut attribuer tant de ruses, n'aient encore rien inventé; pas une arme pour se défendre, pas un signal pour se rallier et s'entendre contre les hommes, qui les font tomber dans tant depiégesT S'ils pensent, s'ils raisonnent, s'ils réfléchissent, comment ne sont-ils pas encore convenus entre eux du moindre signe? Les sourds et les muets trouvent l'invention de se parler par leurs doigts. Les plus stupides le font parmi les hommes; et si on voit que les animaux en sont incapables, on peut voir combien ils sont au-dessous du dernier degré de stupidité, et que ce n'est pas connottre la raison que de leur en donner la moindre étincelle.
Quand on entend dire à Montaigne qu'il y a plus de différence de tel homme à tel homme, que de tel homme à telle bête, on a pitié d'un si bel esprit; soit qu'il dise sérieusement une chose si ridicule, soit qu'il raille sur une matière qui d'elle-même est si sérieuse.
T a-t-il un homme si stupide qui n'invente du moins quelque signa pour se faire entendre? T a-t-il une bête si rusée qui ait jamais rien . trouvé? Et qui ne sait que la moindre des inventions est d'un ordre avpérieur à tout ce qui ne fait que suivre?
J Et à propos du raisonnement qui compare les hommes stupides avec ' les animaux, il y a deux choses à remarquer : l'une, que les hommes las plus stupides ont des choses d'un ordre supérieur au plus parfeit des animaux; l'autre, que, tous les hommes étant sans contestalioû éè même nature, la perfection de l'&me humaine doit être considérée dans toute la capacité où l'espèce se peut étendre, et qu'an contraire et qu'on ne voit dans aucun des animaux, n'a son principe ni dans •noune des espèces, ni dans tout le genre.
Et parce qore ht marque la plfis convaincante que les aiiîmaaz sont poussés par u^e aveugle impétuosité, est runiforoiîté de leurs actions: entrons dans cette matière , et recherchons lés causes profondes qui ont introduit une telle variété dans la vie humaine.
Représentons-nous donc que les corps vont naturellement un même train, selon les dispositions où on les a mis.
Ainsi, tant que notre corps demeure dans la même disposition, ses mouvements vont toujours de même.
Il en faut dire autant des sensations , qui , comme nous avons dit, sont attachées nécessairement aux dispositions des organes corporels.
Car encore que nous ayons vu que nos sensations demandent naturellement un principe distingué du corps, c'est-à-dire, une âme, nous avons vu en même temps que cette âme, en tant qu'elle -sent, est assujettie au corps, en sorie que les sensations en suivent le mouvement.
Jamais donc nous n'inventerons rien par les sensations, qui vont toujours à la suite des mouvements corporels, et ne sortent jamais de cette ligne.
Et ce qu'on dit des sensations se doit dire des imaginations, qui ne sont que des sensations continuées.
Ainsi, quand on attribue les inventions à l'imagination, c'est en tant qu'il s'y mêle des réflexions et du raisonnement, comme nous verrons tout à l'heure. Mais, dis soi, l'imagination ne produiroit rien, puis* qu'elle n'ajoute rien aux sensations, que la durée.
11 en est de même de ces appt':tità ou aversions naturelles que nous appelons passions. Car elles suivent les sensations, et suivent princi* paiement le plaisir et la duuleur.
Si' donc noua n'avions qu'un C(;r[)S et des sensations, ou ce qui les suit; nous n'aurions rien d'inventif; mais deux choses font naître les inventions : 1* nos réflexions; 2" notre liberté.
Car auHJessus des sensations, des iniàgih;i'tions, et des appétits naturels,* il commence à s'élever en nous ce qui s'appelle réflexion : c'est-àdire que nous remarquons nos sensations , nous les comparons avec leurs objets, nous recherchons les causés dé ce qui se fait eh nous, et hors de nous; en un mot, nous entendons et nous raisonnons : c'est-ài.ire que nous eounoissons la vérité, et que d'une vérité nous allons à Tautre.
De là donc nous commençons à noiis élever au-dessus des dispositions corporelle>; et il faut ici remarquer que dos que dans ce chemin Duus avons fait un premier pas, nos progrès n'ont plus de bornes. Car le propre des réflexions, c'est de s'élever les unes sur le;> autres; de kurte qu'on réfléchit sur ses réflexions jusqu'à l'infini.
Au resté, quand nons parlons de ces retours sur nous-mêmes, il n'est plus besoin d'avertir que ce retour ne se fait pas à la manière de celui (les corps. Réfléchir, n'e^ pas exercer un mouvement circulaire; autrement, tout corps qui tourne s'entendroit lui-même, et son mouve* ment. Réfléchir, c'est recevoir au-dessus des mouvements corporels, et au-dessus même des sensations, une lumière qui nous rend capablet de chercher la vérité jusque dans sa source.
C'est pourquoi, en passant , ceux-là s'abusent, qui, voulant donner aax bêtes du raisonnement, croient pouvoir le renfermer dans de certaines bornes. Car, au contraire, une réflexion en attire une autre; et) la nature des animaux pourra s'élever à tout, dès qu'elle pourra sortir de la ligne droite. J
C'est ainsi que, d'ob>ervation en observation, les inventions humaines se sont perfectionnées. L'homme attentif à la vérité a connu ce qui étoit propre ou mal propre à ses desseins, et s'est trouvé l'imagination remplie, par les sensations, d'une infinité d'images. Par cette force qu'il a de réfléchir, il les a assemblées, il les a disjointes : il s'est en cette manière formé des desseins; il a cherché des matières propres à l'exécution. Il a vu qu'en fondant le bas il pouvoit élever le haut. Il a bâti, il a occupé de grands espaces dans l'air, et a étendu sa demeure naturelle. En étudiant la nature, il a trouvé des moyens de lui donner de nouvelles formes. Il s'est fait des instruments , il s'est fait des armes; il a élevé les eaux qu'il ne pOuvoit pas aller puiser dans le fond où elles étoient : il achangé toute la face de la terre; il en a creusé, il en afouillé les entrailles, et il y a trouvé de nouveaux secours : ce qu'il n'a pas pu atteindre, de si loin qu'il a pu l'apercevoir il Ta tourné à son usage. Ainsi les astres le dirigent dans ses navigations et dans ses voyages. Ils lui marquent et les saisons et les heures. Après six miUe ans d'observations, l'esprit humain n'est pas épuisé: il cherche, et il trouve encore, afin qu'il connoisse qu'il peut trouver jusques à Tinfi ni, et que la seule paresse peut donner des bornes à ses connoissances et à ses inventions.
Qu'on me montre maintenant que les animaux aient ajouté quelque chose, depuis l'origine du monde, à ce que la nature leur avoit donné. J'y reconnoîtrai de la réflexion et de l'invention. Que s'ils vont toujours un même train, comme les eaux et comme les arbres, c'est folie de leur donner un principe, dont on ne voit parmi eux aucun effet.
Et il faut ici remarquer que les animaux, à qui nous voyons faire les ouvrages les plus industrieux, ne sont pas ceux où d'ailleurs nous nous imaginons le plus d'esprit. Ce que nous voyons de plus ingénieux parmi les animaux, sont les réservoirs des fourmis, si l'observation eu est véritable; les toiles des araignées, et les filets qu'elles tendent aux mouches; les rayons de miel des abeilles; la coque des vers à soie; les coquilles des limaçons et des autres animaux semblables, dont la bave forme autour d'eux des bâtiments si ornés, et d'une architecture si bien entendue. Et toutefois ces anim;.ux n'ont d'ailleurs aucune marque d'esprit; et ce seroit une erreur de les estimer plus ingénieux que les autres, puisqu'on voit que leurs ouvrages ont en efl'et tant d'esprit, qu'ils les passent, et doivent sortir d'un principe supérieur.
Aussi la raison nous persuada que ce que les animaux font de plus indu:5trieux, se fait de la même sorte que les fleurs, les arbres, et les animaux eux-mêmes, c'est-à-dire avec art du côté de Dieu, et sans art qui réside en eux.
Mais du principe de réflexion qui agit en nous naît une seconde chose: c'est la liberté, nouveau principe d'invention et de variété parmi les
ET DE SOI-MftMK. ... 147
hommes. Car l'&me, élevée par la réOezion aa-dessus du corps et audessus des objets, n'est point entraînée par leurs impressions, et de- ' meure libre et maîtresse des objets et d'elle-môme. Ainsi elle s'attaehe à oe qui lui plaît, et considère ce qu'elle veut, pour s'en servir selon les fins qu'elle se propose.
Cette liberté ts si loin que T&me, s'y abandonnant, sort quelquefois des limites que la raison lui prescrit; et ainsi, parmi les mouvements ' qui diversifient en tant de manières la vie humaine, il faut compter' les égarements et les fautes.
De lA sont nées mille inventions: les lois, les instructions, les ré* compenses, les ch&timents et les autres moyeoa qu'on a iuTentés pour contenir ou pour redresser la liberté égarée.
Les animaux ne s'égarent pas en cette sorte : c'est pourquoi on ne les blâme jamais. On les frappe bien de nouveau , par la même raison qui fait qu'on retouche souvent à la corde qu'on veut monter sur un certain ton. Mais les blâmer ou se fftcher contre eux, c'est comme quand, de colère, on rompt sa plume qui ne marque pas, ou qu'on jette à terre un couteau qui refuse de couper.
Ainsi la nature humaine a une étendue en bien et en mal, qu'on ne trouve point dans la nature animale; et c'est pourquoi les passions dans les animaux ont un effet plus simple et plus certain. Car les nôtres se compliquent par nos réflexions, et s'embarrassent mutuellement, Trop de vues, par exemple, mêleront la crainte avec la colère, ou la tristesse avec la joie. Hais comme les animaux, qui n'ont point de réflexion, n'ont que les objets naturels, leurs mouvements sont moins détournés. •'^'
Joint que l'âme, par sa liberté, est capable de s'opposer aux passions avec une telle force, qu'elle en empêche l'effet. Ce qui étant une • marque de raison dans l'homme, le contraire est une marque que les'"* animaux n'ont point de raison. ■ ' '•
Car partout où la passion domine sans résistance, le corps et se» mouvements y font et y peuvent tout ; et ainsi la raison n'y peut ' pas être.
Mais le grand pouvoir de la volonté sur le corps consiste dans ce pro- • digieux effet que nous avons reoMrqué : que l'homme est tellement . maître de son corps, qu'il peut même le sacrifier à un plus grand bien ^ qu'il se propose. Se jeter au milieu des coups, et s'enfoncer dans kt traits par une impétuosité aveugle, comme il arrive aux animaux, na= marque rien au-dessus du corps: car.jin verre se brise bien en tom- bant d'en haut de son propre poids. Mais se déterminer à mourir avec* connoissance et par raison, malgré toute la disposition du corps, qui s'oppose à ce dessein, marque un principe supérieur au corps; et parmi tous les animaux, l'homme est le seul où se trouve ce principe.
La pensée d'Aristote est belle ici , que l'homme seul a la raison , parce que seul il peut vaincre et la nature et la coutume.
Par les choses qui ont été dites, U parolt maniiiBStement qu'il n'y a dans ks animaux ni art, ni réflexion, ni invention, ni liberté. Mais moins il y a de raison en eux, plus il y en a dans celui qui l«& %. Wl\&.
EV^«iW9i9^;9!9f4rt'offel'4^ufC'arti;ailmirdylo^ d%^ tà iadmv Uiettf^ipenifiravaiUérrlajfiMiiiènei, i^teiBMt itcnké (le'broic«)quf^l« agit pa%«U«H!^mefii cflfor tta€^iB<hterner«[at 4dt estîpreprefj
Lo««0uiptMirs<'ei W pejiYtrespBbiiibleftt anitaÉer-iefeDpichvesjetiftiirB^ parler les couleurs, tant ils représentent viveai«irt)')eff-«.(3Ciiaést'exté-rieui»i>^uiiiBarq«iepi^{ktrJfid.iOik::peiit éirre^à ipBU'px^s-ëan^ie' totèa» seqa,. qiM^iéii fait raisonner ks: anJnttttXy ptfee qu'il imprisM- dan»' leur«!4otiop»*imei i ifftagcrsi ti ve xiel pabioDf <pi*il > semble- d'alNirdi ^pu^lt' raiBonhent.
llvieB^leifeDreffem qi»e. Dterui ail VOBltti nous d(Mi(Mr, dans iefe Biii<mau«v!UBi9 Image- de tafiseiiDMmBft^ ont imageMdvfittéSse'; hieti phis, une image de vertu et une ima[gede vioe; uàeima|^>déiip^é daûMie soin- ' qu'ils rmeatrent tous pow lottrs petite, :et quek^s^ane pouf tenrs pères^. une image de préitoyaoceV uaei image) de > fidélité*, iMie ima^' de .flatterie, jUAe «image de'jfldoiisieoet idlorgoetli^^iieiimallre de orttataté,* une image! de) fief té et deicofitege. Aisei les^àiiiiniiijrnious sont ma speetaele^iieù JVMi* voyons oos' devoirs -et noeimaaquenrantsdépeiÉrfs. Chaijue animal est chargé dbe sarTepréseirtatiop. Il étale, comm» ua tabliea», la* ressemblance- qirioo- l«t' a donnée^ miaie il n^ajoute, noft pluarqtt*u& tal>lea»f irien à'ées;trailts.fi il: ne montré d*alBtt« invefMtieQ que.ioelieide son.aule-ir;.et iliestiarity-nood pou r^ôtrè^e 'qu'il iieiis>pfr-' roîti maâs: po«fiioit8i.eir vapj^Iep lefsoiiiVeni^ri-
Adntronft doua daaa Issianrmatit^ non poimleur ftndssd ^et leur iodustiiie( oair.il n'y a/pointdHBëLi9triB'où'ilfii'y pas d'itaventton; maik' la sagesi^e-ide ocluii quiilea adonstruitsatèo tant'^é^t^ -qu'ils •semMent' même agir avec art.
Il n'a pas vouio'^loutefois qaT-notis fassiouë déiMis par cette la^tMi^ reocefde- raisonnement. 4|U6iiit)UBiTeynn9>danç'le8>aniinuuK.' Il a vanltf^ au «ontrMPOt.que'lesianifliaux-fosseiit' des ioatrumecu» dont nous BonB - •ervoiis, et que cela même fût un jeu pour nousi.
Nous; domptons les-ammaax les plusrfoms, ei 'venons àbom ^Id'céar quViDi^n^gineies.plus inisés.i Et il estten de- remarquer que 'les hi^m^ mes les plus grossiers sont ceux que nous employons à conduite \ef- 9inim%if%i, ca^ui montre -conbltin': ik sont •aunlessous' du- rarsOnnement', pu||H}ttetle;<lepnier degré de- raisomMoient > suffi tpi>ur les cénduiire^ comvM onieui.
Ufife^anitreTofaoee nousifait ivoir enBoire'bomMeiV lesi.bêtes'iotlt léiii' dé ' raiasoneriûartva B'eaiaijamaâaivu qui fassent touchées de \a bëuufé^ destol^tSiqtti se présentent à lears yeuvi,* ni -d« la' tiduoeur déï aîà^ cordavinii dies'autres.cfaoseesemblaftlesvqttr-CdnbËstent en 'pi^ortîoils et ea[>mesQoeii7 o^est-tànéliiie' qu'elles* h'^v pàa' miéftie>*cette espèce dé' raisonsementiqui aecom pagine toujbuirs; en riou^ 'là -sensation, et qùf' est le premÎQr lêffet deda réflexiéii.
Qui considéBel«'iioates'cesi choses-, sapetcévra^afsémeht qoe c'est i'effet d'une ignorance' igrossiore^ oa de peu de réflemn, de confonilfe lesanimauH:afee»UtionUuB>4eu de croire -qo^Hs ne difîTëreot que dtt plus ou -daimoin»; fcaeioD; déit avoir aperçu combien H y a d'objets dotxt * les ania[iausin«ipe«t«ntéire -touchés, et qu^ilii^f éttvautttui dont otk"
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puifMjuf^ rraiWtftbhUemeiit q6^ts entendent la nàbrrt et'l^.jipn-
Ei (lusnd on- croît pOUTorr prouver la ressemhlBricH du prinbipe iilttrieurpaf eBllff«Iesdrgsoes,on se trompii rtou blâment. Premiî;ra[Q,pot, en «e qti'on 'Brolt l'InteHipenEB ïbsOlumenl iiltachôe sut organei qprporeii; ce (ute'nous avons tu êîra trés-lliuï. El le principe ilont se «errant le» défenseur» de* sniuiauï 'âevroiflaiir Faire tirer iine cow6quenee opposée i "celle qUIls tirent. Car s'ils souiisi, rient, d'un cAté. que les OTganei sont coffliOnnl entre îps hommes et les bÈle';; cointae d'afllean il est clair que les hommes eiitcndeiit des ohjeis doni on ce peut pa4'Wi#me soupçonner que les aniuiriul aient la moi mire lumière, ilTaudroitconciuretiécesSflifement qiie l'tniélllgence de ces abjets nlèsi point attachée lui organes, et qu'elle dépend d'un autre prAicIpe. ■ 'II»™, seeondemeBt, on se trompe quand on sssàre' qu'il ft'j a ]jç,inl *eiiaïreneed'org*nes antre les bommas et les snfmaui. Cai'laïiôrganM ne ounsratent pas dans e en» mat se gm^Ërei^ue nous Tpjpq^let «pie noua touchons. Ils dépendent de l'arrange n^enl des pu^tiei <i^l- «aiefe'BI 'imperceptibles, dont on «pefçôit quelque chose en y rë^rdùit de ■pr*a, mais dont toute la finesse ne peut être sentie que parl'çspiit-
Or personne ne peut saToir jusqu'où ra dans le cerveau c^tte délicatesse id'organ es. On dit lenlement' que l'homme, k proportion de. n. grandeur, contient dans sa iBle, sans comparaison, plus de çïriibtle qu'aucun animal, quel qu'il soit.
'Et nous pouvons jugerde la déKeatesse des parties de nolm cerv^ftu par celte de notre langue. Car la langaa'de h plupart des aulnùiii, ijuelqne semblBlile qu'elle paro'sse àianfllre dans sa masse ertéfîeuçe. est incapable d'arliculstion. Et pour flire que U nôtre^ puisse ariiçuler di.iiinc'ement tant de son*! divers, il est Aisé de juger de eoEiibiea'ds tnuwles délicats elle a dA ître composée.
Maintenant il est certain que l'organisation du cerveau doit être d'autant plus délicMe, qnll y a, sans comparaison , plus d'obiets 4ant~il peu|ireee»oir4e»impress!ons, qu'il n'y a de sons que la lapyuepùisl» ''artiwiler.
Hais, au fend, e'eot'Bné méeUante preuve de raisonnement que celle qo'on tire (tes «Tgntes, pnisqoe nous avons vu si clairement combien il est impo.-sible que le raisonnemenly soit attaché et assujetti de lui-
Ce qui niit raisonner l'homme n'est pas l'arrangement des organes, 0*B«t en rayon et une image de l'esprit divin; c'est une impression, non point des objets, msis de^ vôriiès éterpellei, qui résident en Dieu Mmine da"^ Wr source : de norte ijue vouloir voir les marques du raisonnement dans les organes, c'esi chercher i mettre tout l'esprit daoi le corps.
Et il n'y a rien a^aurément de plus mauvais sens que cle conclura qu'à cause que Dieu nous a donn^ un corps semblable aux aninaui. Il ne nous a rien donné de meilleur qu'ï eui. C.ir sous les mêmes apparences il a pu cacher diven trésors; et ainsi il en Tant croite «.Wvt^ «hase que les apparences.
150 DE LA CX)IllfOISSANCE DE DIEU
Ce n'est pas en effet par la nature oo par l'arrangement de nos or* ganes que nous connoissons notre raisonnement. Nous le cohnoissons j)ar expérience, en ce que nous nous sentons capables de réflexion : nous connoissons un pareil talent dans les hommes nos semblables, parce que nous voyons par mille preuves, et surtout par le langage, qu^^lls pensent et qu'ils réfléchissent comme nous; et comme nous n'apercevons dans les animaux aucune marque de réflexion, nous devons conclure qu'il n'y a en eux aucune étincelle de raisonnement.
Je né veux point ici exagérer ce que la figure humaine a de singulier, de noble, de grand, d'adroit et de commode au-dessus de tous les animaux : ceux qui l'étudieront le découvriront aisément; et ce n'est pas cette différence de l'homme d'avec la bête que j'ai eu dessein d'expliquer.
Hais, après avoir prouvé que les bêtes n'agissent point par raisonnement, examinons par quel principe on doit croire qu'elles agissent Car il faut bien que Dieu ait mis quelque chose en elles pour les faire agir convenablement comme elles- font, et pour les pousser aux fins auxquelles il les a destinées. Cela s'appelle ordinairement instinct. Mais comme il n'est pas bon de s'accoutumer à dire des mots qu'on n'entende pas, il faut voir ce qu'on peut entendre par celui-ci.
Le mot d'instinct, en général, signifie impulsion. Il est opposé à choix; et on a raison de dire que les animaux agissent par impulsion plutôt que par choix.
Mais qu'est-ce que cette impulsion et cet instinct? Il y a sur cela deux opinions qu'il est bon de rapporter en peu de paroles.
La première veut que l'instinct des animaux soit un sentiment. La seconde n'y reconnoît autre chose qu'un mouvement semblable à celui des horloges et autres machines.
Ce dernier sentiment est presque né dans nos jours. Car quoique Diogène le Cynique eût dit, au rapport de Plutarque, que les bêtes ne sentoient pas, à cause de la grossièreté de leurs organes, il n'avoit point eu de sectateurs. Du temps de nos pères, un médecin espagnol* a enseigné la même doctrine au siècle passé, sans être suivi, à ce qu'il paroît, de qui que ce soit. Mais depuis peu M. Descartes a donné un peu plus de vogue à cette opinion, qu'il a aussi expliquée par de meilleurs principes que tous les autres.
La première opinion, qui donne le sentiment pour instinct, remarque 1* que notre Ime a deux parties, la sensitive et la raisonnable. Elle remarque , 2" que puisque ces deux parties ont en nous des opérations si distinctes, on peut les séparer entièrement; c'est-à-dire, que comme on comprend qu'il y a des substances purement intelligentes, comme sont les anges, il y en aura de purement sensitives, comme sont les bêtes.
Ils y mettent donc tout ce qu'il y a en nous qui ne raisonne pas, c'est-à-dire non -seulement le corps et les organes, mais encore les
1. Gometitu Pereira^ dans l'oavrage intitnlé dn nom de son père et de m mère : Anlonia Margvtrita.
sensations, les imaginations, les passions, enfin tout ce qui suit les dispositions corporelles, et qui est dominé par les objets.
Hais comme nos imaginations et nos passions ont souvent beaucoup de raisonnement mêlé, ils retranchent tout cela aux bêtes; et, en Un mot, ils n'y mettent que ce qui se peut faire sans réflexion.
Il est maintenant aisé de déterminer ce qui s'appelle instinct dans cette opinion; car, en donnant aux bêtes tout ce qu'il y a en nous de sensitif, on leur donne par conséquent le plaisir et la douleur, les appétits ou les arersions qui les suivent : car tout cela ne dépend point du raisonnement.
L'instinct des animaux ne sera donc autre chose que le plaisir et la douleur, que la nature aura attachés en eux, comme en nous, à certains objets, et aux impressions qu'ils font dans le corps.
Et il semble que le poète ait voulu expliquer cela, lorsque, parlant des abeilles, il dit qu'elles ont soin de leurs petits, touchées par une certaine douceur.
Ce sera donc parle plaisir et par la douleur, que Dieu poussera et incitera les animaux aux fins qu'il s'est proposées. Car à ces deux sensations sont joints naturellement les appétits convenables.
A ces appétits seront jointes, par un ordre de la nature, les actions extérieures, comme s'approcher ou s'éloigner; et c'est ainsi, disentils, que, poussés par le sentiment d'une douleur violente, nous retirons promptement et avant toute réflexion notre main du feu.
Et si la nature a pu attacher les mouvements extérieurs du corps à la volonté raisonnable, elle a pu aussi les attacher à ces appétits brutaux dont nous venons de parler.
Telle est la première opinion touchant l'instinct. Elle paroît d'autant plus vraisemblable, qu'en donnant aux animaux le sentiment et ses suites, elle ne leur donne rien dont nous n'ayons l'expérience en nousmêmes, et que d'ailleurs elle sauve parfaitement la dignité de la nature humaine, en loi réservant le raisonnement. ■ Elle a pourtant ses inconvénients, comme toutes les opinions humaines. Le premier est que la sensation , par toutes les choses qui ont été dites, et par beaucoup d'autres, ne peut pas être une affection des corps. On peut bien les subtiliser, les rendre plus déliés, les réduire en vapeurs et en esprits; par là ils deviendront plus vites, plus mobiles, plus insinuants, mais cela ne les fera pas sentir.
Toute l'école en est d'accord. Et aussi, en donnant la sensation aux animaux, elle leur donne une âme sensitive distincte du corps.
Cette ftme n'a point d'étendue; autrement elle ne pourroit point pénétrer tout le corps, ni lui être unie, comme reçoit* le suppose.
Cette &meest indivisible selon saint Thomas, toute dans le tout, et toute dans chaque partie. Toute l'école le suit en cela, du moins à l'égard des animaux parfaits; car, à l'égard des reptiles et des insectes, les parties séparées ne laissent pas de vivre, c'est une difficulté à part, sur laquelle l'école même est fort partagée, et qu'il ne s'agit pas ici de traiter.
Que si r&me qu'on donne aux bêtes est distincte du coc^\%\ ^« «^v
152 DE LA Ç0r9N0I.SSANCK DE DIEU
i)aoB étendue et indivisijble, il semblequ'Qn.i)^ peut. pas s'ejnpâct^erdc la reconnoître pour spirituelle.
|Ct d^ U^ Da|t un autre incouvéuient. Car si Cèetje Ame est distJDCte 4u corps, si elle a son être. à, part, la dissolution du corps ne doit poijit la faire périr; et nous retocoibans par là. dans Terreur des platoniciens , ^ui m•ttoi^nt toutes les imp» immorteUes, ^t celles des hommes, jf^e celles des animaux.
Voilà deux grands inconvi^nients, et yoici par où OQ en sort.
Et premièrement, saint» Thomas et les autres docteurs de l'école ne croient pas que TAme soit spirituelle précisément, pour être distincte du corps, ou pour ê.1;re indivisible.
Pour cela, il faut entendre ce qu'on appelle proprepaent spiritoel.
Spirituel, c'est immatériel, ^t saint Thomas appelle immatériel ce ^ui non-iseukmeut n'est pas matière , mais qui de soi e^t indépendant de U matière.
Cela môme, selon lui, est intellectuel. Il n'y a que l'inteUigenoequi d*eUe-môme jsgit indépendante de la matière, et qui ne tienne. à aucun organe coippreL
Il n'y a donc proprement en nous d'opération spirituelle, que l'opération intellectuelle. Les opérations sensitives ne s'appellent point de ce mmi, parce qu'en effet nous les ayons vues tout à fait assujetties à la matière et au corps ElUes servent à la partie spirituelle, m^ia. elles ne sont pas spirituelles; et aucun auteur, que je sache, ne leur a donné ce nom.
Tous les philosophes, .même les païens, ont distingué en l'homme deux parties : Tune raisonnable, qu'ils appellent voue mens, .en notre langue esprit, intelligince; l'autre qu!ils appellent sensiti^e et irrai- .sonnable.
Ce que les philosophes païens ont. appelé yoO(;,'7nen^, pajitie raisonnable et intelligente, c'est à quoi Ies..saints Pères ont donné le nom de spirituel: en sorte que, dans leur langage, aature. spirituelle et iiature intellectuelle c!estla même chose.
Ainsi le premier de tous les esprits c'est Dieu, souye.rainement intelligent.
La créature spirituelle est celle qui est faite à son image, qui est née pour ent,endr.e, et encore pour entendre Dieu selon sa portée. • Tout ce qui n'est point intellectuel n'est ni l'image de Dieu, ni G«- .pable de. Dieu : dès là il n'est pas spirituel.
De cette .sorte, l'intellectuel et le spirituel c'est la même chose.
Noire langue s'est conformée à cette notion, tin. esprit, selon dqus, est toujours quelque chose .d'intelligent: et nous n'avons point de mot plus prppre pour expliquer celui de yoO; et. de vrienSy q^;^. celui d'eipril.
En cela 9PUS suivons l'idée. du n^t d'esprit et de/kpiritu^ <)iû i^ous f^donsié d^iUs l'Ëçritur^, oA tout ce qui a'appelle esprit, a^.s«aa4tt|t U 9'^it,.est intelligent, et. où les seules opérations qui sont.ppgui^^fi spirituelles sont les intellectuelles.
C'fist en Jie^^^na,q^fà, saU^t Paul appelle Dieu le Père .de. tp\is 1^ es-
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prit»; c'estrà-dire. .de toutes les. créatures intelleotneUes, capebles<!de ij^uDÂr à lui.
« Diei^estespiâty «dit Notfe-Seîgneiir, « et ceux qui ifoderenl dpU
?ent Padorer en esprit et en Yérité : » G*est^à*dire que csette siifuème intelligence .doit dire adorée par intelligrenee.
Selon ceUe notion, les sens n'appartiennent pas; à Pesprit.
Quand TApôtre distingue -l'homme animal d'avec Pfaomme spirilnel, il distipgae celui 4|ui agit par les sens d'avec œlni qui- agit par-L'entendement, et s'unit à Dieu.
Oiiand le mdme Apôtre dit que la chair eonvoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair, il entend que la partie ioteliigaote coaiiat) la partie sensitive; que l'esprit, capable de ^nnir à Dieu, est oon^baltu par lo: plaisir sensible attaché aux dispositions corporelles.
Le même Apôtre, en séparant les fruits de la chair d'avec les^Cnâts de l'esprit,. par ceux-ci entend >les>fertua intellectuellesv et paroeux-là entend les vices qui nous attachent aux< sens et à lencs: objcto.
Et encore que parmi les fruits de la chair iljange beaucoup déviées qui semblent n'appartenir qu'à l'esprit, tels que sont l'orgiteiltOt la jalousie, il £9ut remarquer ^ue.ces^sentiments vicieux s'excitent principalement par les oia^ques sensibles de préférence, que nousdésir^^s Dous-ip^iDaes., et que nous entions aux autres; ce qui ilonne \\w demies ranger- parmi les viQeS;qui tireot leur origine des objets sensibles..
I^^e-voit donc qii^ ie^ seqâations,.d'eiles-méiaes, ne font point partie delà nature spirituelle, pafoe qu'en efiet elles soat tot^leme&t assu- . Jetties.aux. objets corporel» et.; aux dispositions corpocelles.
Aiiftsi.la spiritualité commenise en l'homme où hi lumièfe de. l'in^Iiigence et de la réflexion commence à poindre, parce 9ue. c'est U:que l'âme commence à s'élever au-dessus du corps, et non-seulement à e^é- .le?er au dessiis., mais encore à le dominer. et à s Attacher iiDieU| o'rst-àdise au pUis spirituel et au plus parfait de tous-les objets.
Quand donc on, aura donné les ^Mations aux animaux, il pair^ît qu'oa ne leur aura: rien donn^ de.spi-ritael. Lew? âme aerarde. mdipe nature que leurs opérations, lesqu^es en nous-u>ème, :quQ|qu',^s viennent d'un principe qui n'est pas un corps, passent pourtant. poiir fiàarnelles et corporelles, ^par \eur. assujettissement total aux.ditpositiops du corps.
De oette-sorte, ceuxqui donnent aux bèteades sensations et uneiAipe
qui en soit capable, interrogi^.- si- cette âme'sst un esprit ou un -corps,
réppndront qu'elle n'est ni 1/un ni l'autre. C'est une nature mitoyenne,
quiin'est pas un corps, parce qu'elle n'est pas étendue f n longueur,
largeur et profondeur; qui n'est pas un esprit, parce qu'elle est sans- >ai-
: teUigence, incapable de posséder Dieu et d^tre heureuse.
.-Ba r^udvont par le môme principe l'obiection de l'immoctaiiitét. Qar,
encere que l'àme desbètes soit distincte;du corps, il .n'y a poiat-d'ap-
parsnee qu'elle puisse ètre< conservée séparément, parce qu'elle <in'a
point d'o} ération qui ne soit totakinent «fasorbée par ie corpe.et far
ia matière. Et il n'y a rien de plusinjintaiiii.de plus absurde, aiixtpla-
ijiMBCieos, que dVivoia é^alé l^m e. des bâtes, od il ta'^i.ai-tiiwcL 9^\%«
' 80it dominé absolument par le coq», à Pâme bamaine, où l'on voit un principe qui s*élève au-dessus de lui , qui le pousse jusques à sa raine pour contenter la raison, et qui s*é lève jusques à la plus baute vérité, ' c'est-à-dire, jusques à Dieu même.
C'est ainsi que la première opinion sort des deux inconvénients que nous avons remarqua. Mais la seconde croit se tirer encore plus nettement d'affaire. Car elle n'est point en peine d'expliquer comment l'&me des animaux n'est ni spirituelle ni immortelle, puisqu'elle ne leur donne pour toute âme que le sang et les esprits.
Elle dit dona que les mouvements des animaux ne sont ftoint administrés par JBs sensations ; et qu'il suffit, pour les expliquer, de supposer seulement r(u;^nisation des parties , l'impression dés objets sur le cerveau, et la direction des esprits, pour faire jouer les muscles.
Cest en cela que consiste l'instinct , selon cette opinion ; et ce ne sera autre chose que cette force mouvante, par laquelle les muscles •ont ébranlés et agités.
Au reste, ceux qui suivent cette opinion observent que les esprits peuvent cbanger de nature par diverses causes. Plus de bile mêlée dans le sang les rendra plus impétueux et plus vifs. Le mélange d'autres liqueurs les fera plus tempérés. Autres seront les esprits d'un animal repu, autres ceux d'un animal affamé. Il y aura aussi de la différence entre les esprits d'un animal qui aura sa vigueur entière, et ceux d'un animal déjà épuisé et recru. Les esprits pourront être plus ou moins abondants, plus ou moins vifs, plus grossiers ou plus atténués; et ces philosophes prétendent qu'il n'en faut pa-; davant-ige pour expliquer tout ce qui se fait dans les animaux, et les différents états où ils se trouvent.
Avec ce raisonnement, cette opinion jusqu'ici entre peu dans l'esprit des hommes. Ceux qui la combattent concluent de là qu'elle est contraire au sens commun ; et ceux qui la défendent répondent que peu de personnes les entendent à cause que pou de personnes prennent la peine de s'élever au-dessus des préventions des sens et de l'enfance.
Il est aisé de comprendre , par ce qui vient d'être dit, que ces derniers conviennent avec l'école, non-seulement que le raisonnement, mais encore que la sensation , ne peut jamais précisément venir du
■ corps , mais ils ne mettent la sensation qu'où ils mettent le raisoD- . nement , parce que la sensation , qui d'elle-même ne connott point
■ la vérité , selon eux n'a aucun usage que d'exciter la partie qui U connoît.
Et ils soutiennent que les sensations ne servent de rien à expliquer ni à faire les mouvements corporels , parce que loin dQ les causer, elles les suivent; en sorte que, pour bien raisonner, il faut dire : Tel mouvement est, donc telle sensation s'ensuit; etnon pas : Telle sensation est, donc tel mouvement s'ensuit.
Pour ce qui est de l'iimnortalité de l'âme humaine, elle n'a aucune difficulté, selon leurs principes. Car dès là qu'ils ont établi, avec toote
réooie, qu'elle est diitinete da corps, parce qnVlle sent, parce qu'elle entend, parce qu'elle Teut, en un mot, parce qu'elle pense ; ils disent qu'il n'y a plus qu'à considérer que Dieu, qui aime' ses ouTrages, conserve généralement à chaque chose l'être qu'il lui a une fois donné Les corps peuvent bien être dissous, leurs parcelles peuvent bien être séparée et jetées deçà et delà, mais pour cela ils ne sont point anéantis. Si done Fâme est une substance distincte du corps, par la même raison, ou à plus forte raison. Dieu lui conservera son être^ et n'ayant point de paiîtes, ^le doit siÀsister éternellement dans toute son intégrité.
Voilà les deux opinions que soutiennent, touchant les bêtes, ceui qui ont aperçu qu'on ne peut sans absurdité ni leur donner du raisonnement, ni faire sentir la matière. Mais, laissant à part les opinions, rappelons à notre mémoire les choses que nous avons constamment trouvées et observées dans Tftme raisonnable.
Premièrement , outre les opérations sensitives, toutes engagées dans la chair et dans la matière, nous y avons trouvé les opérations intellectuelles, si supérieures au corps et si peu comprises dans ses dispositions, qu'au contraire elles le dominent, le font obéir, le dévouent à la mort, et le sacrifient.
Nous avons vu aussi que, par notre entendement, nous apercevons des vérités étemelles claires et incontestables. Nous savons qu^elles sont toujours les mêmes, et nous sommes toujours les mêmes à leur égard, toujours également raVisde leur beauté, et convaincus de leur certitude; marque que notre âme est faite pour les choses qui ne changent pas, et qu'elle a en elle un fond qui aussi ne doit pas changer.
Car il faut ici observer que ces vérités éternelles sont l'objet naturel de notre entendement. Cest par elles qu'il rapporte naturellement toutes \eà actions humaines à leur règle, tous les raisonnements aux premiers principes connus par eux-mêmes, comme étemels et invariables, tous les ouvrages de l'art et de la nature, toutes les figures, tous les mouvements, aux proportions cachées, qui en font et la beauté et la force; enfin, toutes choses généralement aux décrets de la sagesse de Dieu et à l'ordre immuable qui les fait aller en concours.
Que si ces vérités étemelles sont l'objet naturel de l'entendement humain, par la convenance qui se trouve entre les objets et les puissances, on voit quelle est sa nature, et qu'étant né conforme à des choses qui ne changent point , il a en lui un principe de vie immortelle.
Et parmi ces vérités étemelles qui sont l'objet naturel de l'entendement, celle qu'il aperçoit comme la première, en laquelle toutes les autres subsistent et se réunissent, c'est qu'il y a un premier Être qui entend tout avec certitude, qui fait ce qu'il veut, qui est lui-même sa règle, dont la volonté est notre loi, dont la vérité est notre vie.
Nous savons qu'il n'y a rien de plus impossilde que le contraire de ees vérités, et qu'on ne peut jamais supposer, sans avoir le sens renversé, ou que ce premier Être ne soit pas, ou qu'il puissA CiVA:&%«t ^^9^
.1.56 DE LA aonmus^ncis >de dieu
.:qn'il pi^issa y q^voiriv^ créature inl^l)jgeAle:9uihiift'8avt>.pa» ChéB;|mv , . .ç^l^Q^re 4|t .pQiiri Mtper, ce ^nçi^, de .»pq t^tne.
,.C'«st par jâ^^uft nous AYopsyii!. que, iajMtaoe 4a pAjoièiesttnittiêiir- • ip6â à rim^e ^e.^n,.a\it?^r4,«t,i^^ O^ôlor^iKtéAfms.yiul^ipBteBdre ,V^ principe^ (U>;in et Wi>pQiftal
Çj^r s'il y aqûej^ue qh^e,MpaqBi Je»opéiHu|i9Sr,qttr •SQét4te!4l«i4«iKr 4MM;nelIeiQient, .c'est, saniidpttta l8r.â9^opiBs<9oe!^tî'«B0UB4*Biea, et . içe qui. çstM poiir,,ex^ce.¥ ces diyjknw opâi(«lioD»^
Quicpaqne les e^rçeles voit si iqs^es et «L p»Rfalti$v qu'il 'iTonirDit les exercer à jamais ; et nous avons, dans cet exercice, l'idée dl!iiii|9'Tie él^meUe et bienbeuj^use.
Les Uistoires ancienoAS et modeyraes fpfat loi que Gett9i.i4étt«dBi«ie:ji|njnortelle se trouve co^fuséme&t dans toutes les Qations.;iiuiinQaoiit>pas t<^ut à fait brutes ; mais. c«ux qui cppBoissenttJDi^u llont Arà(H4lt9re-!et très-distincte, car ils voient quiO;^ ofiéature T«r80iMUIbU.<p«Ut<^i«re . éternellement beureusejrBDj.adiniraa^t tes 9rfin^ursi^rJi)itMi,ite:conseils de s^ «^gesse, et ^ beauté de £«9,911 vjr«^{as.'
Et aous.avous quelque ei^péiriepceidè-.Q^ttev^,: lorsque qualquei-sérité illustre: nqu^iapparolt, çt que^oonlemplant ta nukura^tdiiQusiailiii* rons la sagesse qui a tout fait dans un si bel ordfe.
Là nous.g^^tons qa.plaisir.si pur, que toutautre piai«r: Ae Boni pa- «fitt cien.^iCotqpairaisan. G'eMçe pl|LUir,qui•a4^anap<wtéKlejl<j»bU0•o- ..,Jpi^e9, et.qqileur a fait soiil)aiter,^e(Jaioat4w» n'eût (donoéfaiizàMijpiea -aucunes voluptéa s^nsvelie^^. p^ca. que:4es. ^upléel lniublnitr«i -DOus le piaisir.de goûter :1a, vérité toute pure.
Qui voit Pytbagore ravi d'avoir. txiQuvéJ^s o^rés des c4téi|.d!aB certain triangle, nvec le carré de sa base, sacrifier nne bécatomiieuflBifeetion d&.gcâce$;.qui voit Arçbiii^^de Attentif ijqueiq^jeDQtnnlUe découverte, en oublier, Je :boir« et le manger; quivo^l; FUtonroéléibeer .'It . félicitô de ceux^qul^ontc^nplentle beau et le.bfin^ifAeiQièreflttnjbidMs . les arts, secondement dans la Qature^iÇt enfîa dsuaa leur.eoucoaAtdai» leur. priDci[»e. qui est.Di^u;. qui v<)itArieto^.lpQQr ces begniraui noxa&a\s -où l'àme n'est pofssédée que <iQl^iD49Higeno9ide-4a ventes M jn- : ger une telle via seuJLe.d4g<ui d'être; éternelle, et d'étre^ia ineideiDiea; mais qui voit les saints teJleme^t ravis de ce. diitin. exercice, Aeicunjiuùtre, d'aimer et de louen Dieu, qu'ils ne le. quittent janais, etiqu'ils émg^ent, pour le continuer dui^nttout le icau»ide.lear.Tiei!lciBS.lM .4lésirs sensuels; qui voit, dis-je, toutes ces oboses, recoanott diM jLfs opérations jAtelloctuelles un prinoipe.^el .un exercice de ivM'éiernellement heureuse.
<.j^t:^ désir d'une telle vie s'élève et se fortifie d'autaxit>(4MAean nous, ,,^e wous n^épri^ons davai^tage lavie sensuelle, et que -nous. cuHieaif iilJVec.p^e de soin la vie det l'intelligenoe.
Et l'âme qui entend cette vie, et.qui=]a dénire, ne peut contprendre que Dieu, qui lui a-. donné cette idée, et -lui a inspiré ce^idésir, I^it faite pour une autre fin.
■Et il ne faut pas : s'imaginer qu'elle perde cette vie enperdant-wn :Oprps ; oar nous ayûns^ii que les^pérationa »»teUeetuell«s;ne sont pus.
CQ«e^)ie^ 4:^1^ 'H^oQ<rieâfNM|Kl«moe^^i se ! doit trouva «DfrditdflEî^^^lés'' op^r^ii^iM', cierl'iaB^vr'i^irtivnéeaaaifet) se« «er^ «tes • seàs- et> M indla|ié^ ' sensibles, ce n'est pas en se tournant de-x:r«ksdtè-1àqùMt se Tèiâplit'(M'' Ia-;véritÀ, rVm»^^c» touroanioften: la vévné ^te^n^lle.
ï^es s^o^ B'tapuprtent -pai»- Il l'Ame* ia'coimotssaiyo» de^Ia vérité^ i!è" l'excitent»), ils^k^i^^ilt^tyils^'avfr^seirtite^deiliains effets: é(leMiÉr<' sollicitée à chercher les causes, mais elle ne les^ découvre', ellô^n^v voit les liaisons, ni les principes qui font tout mouvoir, que dans une lumière supérieure, qui vient de Dieu, ou qui est Dieu même.
Dieu donc est la vérité ; d'elle-même toujours présente à tous les esprits, et la vraie source de Tintelligence. C'est de ce côté qu'elle voit le jour; c'est par là qu'elle respire et qu'elle vit.
Ainsi, autant que Dieu restera à l'âme (et de lui-même jamais il ne manque à ceux qu'il a faits pour lui, et sa lumière bienfaisante ne se retire jamais que deceux qui s'en détournent volontairement); autant, dis-je, que Dieu restera à l'âme, autant vivra notre intelligence; et quoi qu'il arrive de nos sens et de notre corj)s, la vie de notre raison est en sûreté.
Que s'il faut un corps à notre âme, qui est née pour lui être unie, ' la loi de la Providence veut que le plus digne l'emporte : et Dieu rendra à l'âme son corps immortel, plutôt que de laisser l'âme, faute de corps, dar)s un état imparfait.
Mais réduisons ces raisonnements en peu de paroles. L'âme, née pour considérer ces vérités immuables et Dieu, où se réunit toute vérité, par là se trouve conforme à ce qui est éternel.
En connoissant et en aimant Dieu, elle exerce les opérations qui méritent le mieux de durer toujours.
Dans ces opérations elle a l'idée d'une vie éternellement bienheureuse, et elle en conçoit le désir. Elle s'unit à Dieu , qui est le vrai principe de l'intelligence, et ne craint point de le perdre en perdant le corps, d'autant plus que la sagesse éternelle, qui fait servir le moindre au plus digne, si l'âme a besoin d'un corps, pour vivre dans sa naturelle perfection, lui rendra plutôt le sien, que de laisser défaillir son intelligence par ce manquement.
C'est ainsi que l'âme connott qu'elle est née pour être heureuse à jamais, et aussi que, renonçant à ce bonheur éternel, un malheur éternel sera son supplice.
Il n'y a donc plus de néant pour elle, depuis que son auteur l'a une fois tirée du néant pour jouir de sa vérité et de sa bonté. Car, comme qui s'attache à cette vérité et à cette bonté oiérite plus que jamais de rivre dans cet exercice et de le voir durer éternellement , celui aussi qui s'en prive et qui s'en éloigne mérite de voir durer dans l'éternité la peine de sa défection.
Ces raisons sont solides et inébranlables à qui les sait pénétrer; mais Je chrétien a d'autres raisons, qui sont le vrai fondement de son espérance : c'est la parole de Dieu et ses prumesses immuables. Il promet ia vie éternelle k ceux qui le servent, et condamne les rebelles ^ >\^
flupplice éternel. Il est fid^e à sa parole, et ne change p<nnt ; et eomme il a accompli aui yeux de toute la terre ce qu'il a promis de son Fils et de son Église, l'accomplissement de ces promesses nous assure U Yérité de celle de la yie future.
Vivons donc dans cette attente ; passons dans le monde sans nous y attacher. Ne regardons pas ce qui se voit, mais ce qui ne se yoit pas; parce que, comme dit l'Apôtre, ce qui se voit est passager, et ce qui ne se voit pas dure toujours.
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