‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 19 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Dessein général de cet oavrage : Sa division en trois parties.

Quand rhistoireseroit inutile aux autres hommes, il faudrait la faire lire aux princes. Il n'y a pas de meilleur moyen de leur découvrir ce que peuvent les passions et les intérêts, les temps et les conjonctures, .. les bons et les mauvais conseils. Les histoires ne sont composées que des actions qui lesoccupent) et tout semble y être fait pour leur usage. Si l'expérience leur est nécessaire pour acquérir cette prudence qui fait bien régner, il n'est rien de plus utile à leur instruction que de joindre aux exemples des siècles passés les expériences qu'ils font tous les jours. Au lieu qu'ordinairement ils n'apprennent qu'aux dépens de leurs sujets et de leur propre gloire à juger des affaires dang*" reuses qui leur arrivent; parle secours de l'histoire, ils forment leur jugement, sans rien hasarder, sur les événements passés. Lorsqu'ils voient jusqu'aux vices les plus cachés des princes, malgré les fausses louanges qu'on leur donne pendant leur vie, exposés aux yeux de tous les hommes, ils ont honte de la vaine joie que leur cause la flatterie, et ib coT^noissent que la vraie gloire ne peut s'accorder qu'avec le mérite.

D'ailleurs il seroit honteux, je ne dis pas à un prince, mais en g^ néral à tout honnête homme, d'ignorer le genre humain et les chan- . gements mémorables que la suite des temps a faits dans le monde. Si l'on n'apprend de l'histoire à distinguer les temps, on représentera les bo.-nmes sous la loi de la nature, ou sous la loi écrite, tels qu'ils sont sous la loi évangélique; on parlera des Perses vaincus sous Alexandre, comme on parle des Perses victorieux sous Cyrus; on fera la Grèce aussi libre du temps de Philippe que du temps de Thémistocle ou de Miitiadc, le peuple romain aussi fier sous les empereurs q^iie %Qk>s»\»^.

l^Q DISCOURS.

consuls; TËglise aussi tranqoiDè sbiis Dibclétîea que sous Constantin; et la France agitée de guerres civiles du temps de Charles IX et de Henri III, aussi puissante que du temps de Louis XIV, où, réunie soui un si grand roi, seule elle triomphe^de toute TEuropek

C'est, moAséigàeuar, pour éviter ces fnconvénienta qué^A»avdk lu tant d'histoires anciennes et modernes. Il a fallu, avant toutes choses, vous faire lire dans r£}cfritUFerhfBfolrédu^peu|>tè' dé Dieu, qui fait le fondement de la religion. On ne vous a pas laissé ignorer Thistoire grecque til là ro'maiiïé: et ce qui vèiàs^'étolt plÙ5 fmportant, od voiisà montré avec soi» l'histoire de ce grawi royaume que vous êtes obligé de rendre heureux. Mais, de peur que ces histoires et celles que vous avez encore à apprendre ne se confondent dans votre esprit, il n*y a rien de plus nécessaire que de vous représenter distinctement, mais en raccourci, toute la suite des- siècles.

Cette manière d'histoire universelle, est à l'égard des histoires de chaque pays et de chaque peuplé, ce qu'est une carte igénérâle à l'égard des cartes particulières. Datos \ei cartes particulières vous voyez tout le détail d'un royaume ou d'une province en elle-même; dans les cartes universelles vous appreuez à situer ces parties du monde dans leur tout; vous voyez ce que Paris ou l'Ile de France est dans le royaume, ce que le royaume est dans l'Europe, et ce que l'Europe est dans l'univers.'

Ainsi les histoires particulières représentent la suite des choses qui sont ftirfvées à' un peuple dans tout leur détail : mais afiii dé tout enteudre'!, 41 faut savoir le' rapport que chaque histoire peut avoir a^-ec les autres"; ce' qui se fait par un abi*é^, où Ton voie, comme' d'un coup d'œil, tout l'ordre deï tërhps.

Un tel abrégé, monseigneur, vbu^ projiosè un grand spectacle. Vous voyez tous les siëéles précédents se déVelop()ei:', pour ainsi dire, en peu d'heures devant' vous; vous vbyezcomnië les empires ^e succèdent les uns aiix autres, et comme la religion , dans ses diffëtieûts états, se soutient é^leàient depuis lé eommencc^inëut du monde jusqu'à notre tempài

C'eMiasuite de ceis deux- choses, je veux dire celle de la religion et celle ded empires, que vou^ devez iniprimer dans votre mémoire; et comtkké la religiod 'et le gbtiVernémént politique sont les deux points sur lesquels roulent lés choses humaines, voir ce'qiii regardé ces choses renfermé dari^ uli abrégé, et en découvrir par ce moyen tout l'ordre et toute kl suite , c'est coinprehdré dans sa pensée tout ce qu'il y a de raU\i parmi lès hommes; et tenir, pour ainsi dire, le fii de toutes les affairée de l'univers.

G(Mnme'ddnc, en considérant une carte universelle, votis sortez du pays où vous êtes né, et du iiéii qui vous renferme, pour parcourir toute la terré habitable, que Vous embrassez par la pensée avec toutes ses mers 'et ioû's ses pay^;' ainsi , en considérant l'abrégé chronologique, vodS sortez des bornes étroites de votre âge, et roùs vous ôtëb dez datais tous les siècles.

Hais de m^me que, pour aider sa mémoire dans la connoissance des

lieux ) on retient certaines YÎlles principales, autour desquelles on place les autres, chacune selon sa distance; ainsi, dans l'ordre des siècles, il faut avoir certains temps marqués par quelque grand événement auquel on rapporte tout le reste. /

C'est ce qui s'appelle époque^ d'un mot grec qui signifie s'arrêter^ parce qu'on s'arrête là, pour considérer comme d'un lieu de repos tout ce qui est arrivé devant ou après, et éviter par ce moyen les anachronismes, c'est-A-dire cette sorte d'erreur qui fait confondre les temps.

Il faut d'abord s'attacher à un petit nombre d'époques, telles que sont, dans les temps de l'histoire ancienne, Adam, ou la création; Noé, ou le déluge; la vocation d'Abraham, ou le commencement de l'alliance de Dieu avec les hommes; Moïse, ou la loi écrite; la prise de Troie; Salomon, ou la fondation du temple: Romulas, ou Rome bâtie; Cyrus, ou le peuple de Dieu délivré de la captivité de Babylone; Scipion, ou Carthage vaincue; la naissance de Jésus-Christ; Constantin, ou la paix de TÊglise; Charlemagne, ou l'établissement du nouvel empire.

Je vous donne cet établissement du nouvel empire sous Charlemagne, comme la fin de l'histoire ancienne; parce que c'est là que vous verrez finir tout à fait l'ancien empire romain. C'est pourquoi je vous arrête à un point si considérable de l'histoire universelle. La suite vous en sera proposée dans une seconde partie, qui vous mènera jusqu'au siècle que nous voyons illustré par les actions immortelles du roi votre père, et auquel l'ardeur que vous témoignez à suivre un si grand exemple fait encore espérer un nouveau lustre.

Après vous avoir expliqué en général le dessein de cet ouvrage, j'ai trois choses à faire pour en tirer toute l'utilité que j'en espère.

Il faut, premièrement, que je parcoure avec vous les époques que je vous propose, et que, vous marquant en peu de mots les principaux événements qui doivent être attachés à chacune d'elles, j'accoutume votre esprit à mettre ces événements dans leur place, sans y regarder autre chose que l'ordre des temps. Mais comme mon intention principale est de vous faire observer, dans cette suite des temps, celle de la religion et celle des grands empires; après avoir fait aller ensemble, selon le cours des années, les faits qui regardent ces deux choses, je reprendrai en particulier avec les réflexions nécessaires, premièrement ceux qui nous font entendre la durée perpétuelle de la religion, et enfin ceux qui nous découvrent les causes des grands Ghangementa arrivés dans les empires.

Après cela, quelque partie de l'histoire ancienne que vous lisîei, tout vous tournera à profit. Il ne pas sera aucun fait dont vous n'ap«r ceviez les conséquences. Vous admirerez la suite des conseils de DiM dans les affaires de la religion; vous verrez aussi l'enchaînement ém affaires humaines, et par là vous connoltrez avec combien de réflexicn et de prévoyance elles doivent être gouvernées.

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ï>Keotere partie.

LÊS.*fiK)OUES , OU LA SUITE DES TEMPS.

Première ëpoque. — Adam^ ou la création Premier *àgè do monde.

lAipremière époque vous présente d'abord un^grand spectacl*; Dieu qiii crée le ciel et la terre par sa parole*, et qui fait I^ommeà son ifliage. C'est par où commence Moïse-, le plus ancien des historiens, le plus sublime des philosophes, et le plus sage des législateurs.

Il pose ce fondement tant de son histoire ^e de sa dootrine ei-tie ses lois. Après il nous fait voir tous les hommes renfermés en un seul homme, et sa femme même tirée de lui; la concorde des mitriages et la société du genre humain établie sur ce fondement; la perfecttcrn-et la puissance de l'homme, tant qu'il porte l'image de Dieu en son entier; son empire sur lès animaui; son innocence tout ensemble etea félicité dans le paradis, dont la mémoire s'est conservée dans l'âge d'or des poètes; le précepte divin donné à nos premiers parents; la malice de ^esprit tentateur, et son apparition sous la forme du seopent; Il chate d'Adam et d'Êve^ funeste à toute leur pustjrité; le ^premier homme justement puni dans tous ses enfants, et le genre humain maudit de Dieu; la première promesse de la rédemption, et la victoire future des hommes sur le démon qui les a perdus.

La terre commence à se remplir', et les crimes s'augmentent. C-alp, 4e premier enfant d'Adam et d'Eve, fait voir au monde naissant la première action tragique; et la vertu commence djs lors à être perséciHée parle vice {Gen.j iv, 1, 3, 4, 8). Là paroissent les mœurs contraires des lieux frères : l'innocence d'Abel, sa vie pastorale et ses offratides .agréables; celles de Caîn rejetées, son avarice, son impiété-, son parricide, et la jalousie mère des meurtres; le châtiment de ce crime, la conscience du parricide agitée de continuelles frayeurs, la première Tille bâtie par ce méchant, qui se cherchoit un asile contre la haine et l'horreur du genre humain; Tinvention de quelques arts par ses enfants-, la tyrannie des passions, et la prodigieuse malignité de cœur èhnnain toujours porté à faire le mal; la postérité de Seth fidèle à Dieu malgré cette dépravation ; le pieux Hénoch miraculeusement tiré du monde' qui n'étoit pas digne de le posséder; la distinction des enfants tie Dieu d'avec les enfants des hommes, c'est-à-dire de ceux qui vi- (leient selon l'esprit d'avec ceux qui vi voient selon la chair; leur méoifeige, et la corruption universelle du monde; la ruine des hommes défiolue par un juste jugement de Dieu ; sa colère dénoncée aux pécheurs par son serviteur Noé*; leur impénitence, et leur endurcisse-

1. An du monde 1 ; dev. J.-C. 4uo4. — 2. An du monde 12d -, dev. J.-C. 3875. —8. An du monde 987, dev. J.-C. son.— (t. An du monde 1536; dev. J.-C. 246a

SUR l'hISTOIRS imiVERSELLE. 163

ment puni edfin par le déluge * ; Noé et sa famiHe réservés pour la réparation du genre humain.

Voilà ce qui s'est passé en 1656 ans. Tel est le commencement de toutes les histoires, où se découvre la toute^puissance, la sagesse et la bonté de Dieu : l'innocence heureuse sous sa protection ; sa justice à venger les crimes, et en même temps sa patience à attendre la conversion des pécheurs; la grandeur et la dignité de Thomme dans sa premièfre institution; le génie du genre humain depuis quMl fUt corrompu; le naturel de la jalousie, et les causes secrètes des violences et des guerres, c'est-à-dire tous les fondements de la religion et de la mor&le.

Avec le genre "humain, Noé conserva les arts , tant ceux qui servoient de fondement à la vie humaine, et ique les hommes savoient dès leur origine, que ceux qu'ils avoient inventés depuis. Ces premiers arts que les hommes apprirent d'abord, et apparemment de leur Créateur, sont l'agriculture (Gen., ii, 15; m, 17, 18, 19; iv, 2), l'art pastoral (ib,, IV, 2), celui de se vêtir (ib., m, 21), et peut-être celui de se loger. Aussi ne voyons-nous pas le commencement de ces arts eti Orient, vers les lieux d'où le genre humain s^est répandu. La tradition du déluge universel se trouve par toute la terre. L'arche où se sauvèrent les restes du genre humain a été de tout temps célèbre en Orient, principalement dans les lieux où elle s'arrêta après le déluge. Plusieurs autres circonstaLces de cette fameuse histoire se trouvent marquées dans les annales et dans les traditions des anciens peuples (Beios, ChaUU Hist. Cha'ld. Ilieron. MgypU Phcen. HisU Mnas. Nie. Damase. lib. xcvi. Abyd. de Med. et Assyr., apud Jos. Antiq. Jud. 1. i, c. 4, aL 5 et 1. 1 cont. Apion. : et Euseb. Prœp. Ev. lib. ix, c. 11, 12. Plutan. opusc. Plusne aolert. terr. an aquat. animal, tucian. de Dca Syr.) : les temps conviennent, et tout se rapporte, autant qu'on le pouvoit espérer dans une antiquité si reculée.

Deuxième époque. — Noéy ou le déluge.

Deuxième âge du monde.

Près du déluge' se rangent le décroissement de la vie humaine, It changement dans le vivre*, et une nouvelle nourriture substituée aus fhiits de la terre; quelques préceptes donnés à Noé de vive Voix seule' ment; la confusion des langues* arrivée à ta tour de Babel, premiei monumeLt de l'orgueil et de la foiblesse des hommes ; le partage de» trais enfants de Noé , et la première distrihution des terres.

I^a mémoire de ces trois premiers auteurs des nations et des peuples s'est conservée parmi les hommes. Japhet, qui a peuplé la plus grande partie de l'Occident, y est demeuré célèbre sous le nom fameux de lapet. Cham et son fils Chanaan n'ont pas été moins connus parmi les ËgyjH

1. An du monde 1656; dev. J.-C. 2348. — 3. An du monde 1656; dev. J.-C 2S48 — 3. An du monde 1657; dev. J.-C 2347. — 4 An du monde 1757; det. .-G. 2247

tiens et les Phéniciens; et la mémoire de Sem a toujours duré cUna le peuple hébreu qui en est sorti.

Un peu après ce premier partage du genre humain, Nemrod, homme farouche, devient par son humeur violente le premier des conquérants; et telle est l'origine des conquêtes. Il établit son royaume à Babylone {Gen.j z, 8, 9, 10, 11), au même lieu où la tour avoit été commencée et déjà élevée fort haut, mais non pas autant que le souhaitoit la vanité humaine^ Environ dans le même temps Ninive fut bâtie, et quelques anciens royaumes établis. Ils étoient petits dans ces premiers temps ; et on trouve dans la seule Egypte quatre dynasties ou principautés, celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis : c'étoit la capitale de la Basse-Egypte. On peut aussi rapporter à ce temps le commencement des lois et de la police des figypliens; celui de leurs pyramides qui durent encore, et celui des observations astronomiques* , tant de ces peuples que des Chaldéens. Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps, et pas plus haut, les observations que les Chaldéens, c'est-à-dire, sans contestation, les premiers observateurs des astres, donnèrent dans Babylone à Callisthène pour Aristote (Porphyr. apud Simpl. in 1. u, Arist. de Cœlo).

Tout commence : il n'y a point d'histoire ancienne où il ne paroisse, non-seulement dans ces premiers temps, mais encore longtemps après, des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'établir, les mœurs se polir, et les empires se former. Le genre humain sort peu à peu de l'ignorance, l'expérience l'instruit, et les arts sont inventés ou perfectionnés. A mesure que les hommes se multiplient, la terre se peuple de proche en proche : on passe les montagnes et les précipices; on traverse les fleuves, et enfin les mers, et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'étoit au commencement qu'une forêt immense, prend une autre forme; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages, aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux , à apprivoiser les autres, et à les. accoutumer au service. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches. Les premiers héros se signalèrent dans ces guerres. Elles firent inventer les armes, que les hommes tournèrent après contre leurs semblables : Nemrod , le premier guerrier et le premier conquérant, est appelé dans l'Écriture un fort chasseur {Gen., x, 9). Avec les animaux, l'homme sut encore adoucir les fruits et les plantes; il plia jusqu'aux métaux à son usage, et peu à peu il y fit servir toute la nature. Comme il étoit naturel que le temps fît inventer beaucoup de choses, il devoit aussi en faire oublier d'autres, du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avoit conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fit le premier établissement du genre humain, se perdirent à mesure qu'on s'éloigna de ce pays. U fallut, ou les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avoient conservés les reportassent aux autres. C'est pourquoi on voit tout venir de ces terres toujours habitées, où les fondements des

( An di: monde 1771 -, dcv J. C. S23S.

SUR l'histoire universelle. 166

arts demeurèrent en leur entier; et là môme on apprenoit tous les jo'irs beaucoup de choses importantes. La connoissance de Dieu et la mémoire de la création s'y conserva ; mais elle alioit s'affoiblissant peu à peu. Les anciennes traditions s'oublioient et s'obscurcissoient; les fables, qui leur succédèrent , n'en retenoient plus que de grossières idées ; les fausses divinités se multiplioient : et c'est ce qui donna lieu à la vocation d'Abraham.

Troisi&iie éPOQUE. — La vocation d'Abraham y ou le commencement

du peuple de Dieu et de Valliance.

Troisième âge du monde.

Quatre cent vingt-six ans après le déluge, comme les peuples marchoient chacun en sa voie, et oublioient celui qui les avoit faits, Dieu« pour empêcher le progrès d'un si grand mal, au milieu de la corruption, commença à se séparer un peuple élu. Abraham fut choisi pour être la tige et le père de tous les croyants. Dieu l'appela dans la terro de Chanaan, où il y vouloit établir son culte et les enfants de ce patriarche* , qu'il avoit résolu de multiplier comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer. A la promesse qu'il lui fît de donner cetSd terre à ses descendants, il joignit quelque chose de bien plus illustroi «t ce fut cette grande bénédiction qui devoit être répandue sur tous les peuples du monde, en Jésus-Christ sorti de sa race. C'est ce Jésu*- Christ qu'Abraham honore en la personne du grand pontife Melchisédech qui le représente ; c'est à lui qu'il paye la dîme du butin qu'il avoit gagné sur les rois vaincus, et c'est par lui qu'il est béni {Hebr., vu, 1 , 2, Z et seq.). Dans des richesses immenses, et dans une puissance qui égaloit celle des rois, Abraham conserva les mœurs antiques : il mena toujours une vie simple et pastorale, qui toutefois avoit sa magnificence, que ce patriarche faisoit paroltre principalement en exerçant l'hospitalité envers tout le monde. Le ciel lui donna des hôtes; les anges lui apprirent les conseils de Dieu'; il y crut et parut en tout plein de foi et de piété. De son temps, Inachus, le plus ancien de tous les rois connus par les Grecs, fonda le royaume d'Argos. Après Abra* ham, on trouve Isaac son fils, et Jacob son petit-fils, imitateurs de sa foi et de sa simplicité dans la même vie pastorale. Dieu leur réitère aussi les mômes promesses qu'il avoit faites à leur père, et les conduit comme lui en toutes choses. Isaac bénit Jacob' au préjudice d'fisaft son frère aîné; et trompé en apparence, en efifet il exécuta les coaseils de Dieu et régla la de.stinée de deux peuples. Ësaû eut encore le nom d'Sdom, d'où sont nommés les Iduméens dont il est le père. Jacob, que Dieu protégeoit, excella en tout au-dessus d'JSsaû. Un ange, contre qui il eut un combat plein de myitères, lui donna le nom d'istaei, d'où ses enfants sont appelés les Israélites. De lui naquirent les

1. An du monde 20S3; dev. J.-G. 1921. — 2. An du monde <IVW\\ â«<i. \.-^ 1856. — 3. An du monde 224S ; dev. J.-C. 17S9.

douze patriarches, pères des douze tribus du peuple hébreu: entre autres Lévi, d'où dévoient sortir les ministres des cho&es sacrées ;Juda, d'où devoit sortir, avec la race royale, le Christ, Roi des rois et Seigneur des seigneurs; et Joseph, que Jacob aima plus que tous ses autres enfants. Là se déclarent de nouveaux secrets de la Providence divine. On y voit, avant toutes choses, Tinnocence et la sagesse du jeune Joseph toujours ennemie des vices, et soigneuse de les réprimer dans ses frères; ses songes mystérieux et prophétiques ; ses frères jaloux, et la jalousie cause pour la seconde fois d'un parricide'; la vente de ce grand homme; la fidélité qu'il garde à son maître, et sa chasteté admirable; les persécutions qu'elle lui attire, sa prison et sa constance; ses prédictions'; sa délivrance miraculeuse; cette fameuse explication des songes de Pharaon'; le mérite d'un si grand homme reconnu; son génie élevé et droit, et la protection de Diriu qui le fait dominer partout où il est; sa prévoyance, ses sages conseils, et son pouvoir absolu dans le royaume de la Basse-Egypte; par ce moyep le salut de son père Jacob* et de sa famille. Cette famille chérie de. Dieu s'établit ainsi dans cette partie de l'Egypte dont Tanis étoit la capitale, et dont les rois prenoient tous le nom de Pharaon. Jacob meurt; et un peu devant sa mort il fait cette célèbre prophétie * , où , découvrant à ses enfants l'état de leur postérité^ il découvre. en particulier à Juda le temps du Messie qui devoit sortir de sa race.' La maison de ce patriarche devient un grand peuple en peu de temps; cette prodigieuse multiplication excite la jalousie des Égyptiens ; les Hébreux sont injustement bals, et impitoyablement persécutés; Dieu fait naître Moïse leur libérateur*, qu'il délivre des eaux du Nil, et le fait tomber entre les mains de la fille de Pharaon : elle l'élève comme son fils, et le fait instruire dans toute la sagesse des Égyptiens. En ces temps, les peu. les d'É gypte s'établirent en divers endroits de la Grèce. La colonie que Cécrops amena d'Egypte' fonda douze villes, ou plutôt douze bourgs, dont il composa le royaume d'Athènes, et où il établit, avec les lois de son pays, les dieux qu'on y adoroit. Un peu après arriva le déluge de Deucalion dans la Tbessalie, confondu par les Grecs avec le déluge universel [Marm. Arund. seu Mra AH.). Hellen, fils de Dsucalion, régna en Phtie, pays delà Tbessalie, et donna son nom à la Gr^ce. Ses peuples, auparavant appelés Grecs, prirent toujours depuis le nom d'Hellènes, quoique les Latins leur aient conservé leur ancien nom. Environ dans le même temps, Cadmus, fils d'Agénor, transporta en Grèce une colonie de Phéniciens, et fonda la ville de Thèbes dans la Béotie. Les dieux de Syrie et de Phénicie entrèrent avec lui dans la Grèce. Cependant Moïse s'avançoit en âge. A quarante ans*, il méprisa les richesses de la cour d'Hlgypte; et, touché des maux de ses frères les Israélites, il se mit en péril pour les soulager. Ceux-ci, loin

1. An du monde 2276; dev. J.-C. *728. —2. An du monde 2287; dev. J.-C

1717. — 3. An du monde 7289 ; dev. J.-C. 1715. 4. — An du inonde 2298 ; dev.

i -C. 1706. — 5. An du monde 2.il5; dev. J.-C. I6»9. — 6. An du monde 2433;

dev. J.-C. 1571. — 7. An du monde 3448; dev. J.-C. 1556. — 8. An du mond*

2^73; dev. J.-C. 1531.

de profiter de son zèle et de son courage, l'exposèrent à la fureur de Pharaon, qui résolut* sa perte. Moïse se sauva d'Egypte en Araire, dans la terre de Madian, où sa vertu, toujours secourable aux oppropr ses, lui fit trouver une retraite assurée. Ce grand homme, perdant T^^r pérance de délivrer son peuple ou attendant un meilleur temps, avilit passé quarante ans à paître les troupeaux de son beau-père JétLitH quand il vit dans le désert le buisson ardent*, et entendit la voix du Dieu de. ses pères, qui le renvoyoit en Egypte pour tirer ses frère»<49 la servitude. Là paroissent l'humilité, le courage et les miracles de «e divin législateur; l'endurcisse Tient de Pharaon, et les terribles chMI** ments que Dieu lui envoie; la pâque, et, le lendemain, le passage dt la mer Rouge; Pharaon et les Égyptiens ensevelis, dans les eaux^ at l'entière, délivrance des Israélites.

Quatrième époque. — Moïse j ou lor loi écrite. Quatrième âge du monde.

Les temps de la loi écrite commencent'. Elle fut donnée à Moïse 430 ans h^rlé la vocation d'Abraham, 856 ans après le déluge, et U même année que le peuple hébreu sortit d'Egypte. Cette date est r^ marquable, parce qu'on s'en sert pour désigner tout le temps qui s'écoule depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ. Tout ce temps est appelé lé temps de la loi écrite, pour le distinguer du temps précédent, qu'on appelle le temps de la loi de nature, où les hommes n'avoient pour se gouvenier que la raison naturelle et les traditions de leurs ancêtres.

Dieu donc, ayant affranchi son peuple de la tyrannie des Égyptiens, pour le conduire en la terre où il veut être servi, avant que de l'y étt^ Mir, lui propose la loi selon laquelle il y doit vivre. Il écrit de sa proprt main, sur deux tables qu"il donne à Moïse au haut du mont SinaT, le fondement de cette loi, c'esl-à^dire le Décalogue, ou les dix commiui^ déments, qui contiennent les premiers principes du culte de Dieu /et de la société humaine. Il dicte au même Moïse les autres préceptM, par lesquels il établit le tabernacle, figure du temps futur (He&r., n, 9, 13); l'arche où Dieu se montroit présent par ses oracles, et où las tables de la loi étoient renrermées; Télévition d'Aaron, frère deMoIsè; le souverain sacerdoce, ou le pontificat, dignité unique donnée à lui et à ses enfants; les cérémonies de leur sacre, et la forme de leurs habits mystérieux; les fonctions des prêtres, enfants d'Aaron; celle te lévites, avec les autres observances de la religion : et, ce qu'il y a di plus beau, les règles des bonnes mœurs, la police et le gouvernement de son peuple élu, dont il veut être lui-même le législateur. Voilà ce qui est marqué par l'époque de la loi écrite. Après, on voit le voyage continué dans le désert, les révoltes, les idolâtries, les châtiments, les consolations du peuple de Dieu, que ce législateur tout-puissant forme peu à peu par ce moyen; le sacre d'£léazar souverain pontilé*,

1. An du mond» 2fti3 ; dev. J.-C. I49i. — 2. An da monde Mil s âset^ 1491. — t. An da moado asKt% dtv. J. a ikix

ùt la mort de son père Aaron; le zèle de Phinées fils d'Êléazar; et le sacerdoce assuré à ses descendants par une promesse particulière. Durant ces temps, les Égyptiens continuent l'établissement de leurs colonies en divers endroits, principalement dans la Grèce, où DanaCLs Égyptien, se fait roi d*Argos, et dépossède les anciens rois venus d'Inachus. Vers la fin des voyages du peuple de Dieu dans le désert* , on Toit commencer les combats, que les prières de Mo!se rendent heureux. Il meurt, et laisse aux Israélites toute leur histoire, qu'il avoit soigneusement digérée dès Torigine du monde jusques au temps de sa mort. Cette histoire est continuée par l'ordre de Josué et de ses successeurs. On la divisa depuis en plusieurs livres ; et c'est de là que nous sont Venus les livres de Josué, le livre des Juges, et les quatre livres des Rois. L'histoire que Moïse avoit écrite , et où toute la loi étoit renfermée, fut aussi partagée en cinq livres qu'on appelle Pentateuquej et qui sont le fondement de la religion. Après la mort de l'homme de Dieu, on trouve les guerres de Josué ^, la conquête et le partage de la Terre-Sainte, et les rebellions du peuple châtié et rétabli à diverses fois. Là se voient les victoires d'OthonieP, qui le délivre de la tyrannie de Chusan, roi de Mésopotamie; et quatre-vingts ans après*, ceUe (L'Aod sur Ëglon, roi de Moab. Environ ce temps ^, Pélops, Phrygien, fils de Tantale, règne dans le Péloponèse, et donne son nom à cette fameuse contrée. Bel, roi des Chaldéens, reçoit de ces peuples les honneurs divins. Les Israélites ingrats retombent dans la servitude*. Jabin, roi de Chanaan, les assujettit ; mais Débora la prophétesse ^ , qui jugeoit le peuple, et Barac, fils d'Abinoem, défont Sisara, général des^armées de ce roi. Quarante après*, Gédéon, victorieux sans combattre, poursuit et abat les Madianites. Abimélech, son fils, usurpe l'autorité* par le meurtre de ses Trères, l'exerce tyranniquement, et la perd enfin avec la vie. Jephté ensanglante sa victoire** par un sacrifice qui ne peut être excusé que par un ordre secret de Dieu, sur lequel il ne lui a pas plu de nous rien faire connottre. Durant ce siècle, il arrive des choses très-considérables parmi les Gentils. Car, en suivant la supputation d'Hérodote {Herod., lib. i, c. 95), qui parolt la plus exacte, il faut placer en ces temps, 514 ans devant Rome " , et du temps de Débora, Ninus fils de Bel, et la fond^ion du premier empire des Assyriens. Le siège en fut établi àNinive, ville ancienne et déjà célèbre {Gen,, x, 11), mais ornée et illustrée par Ninus. Ceux qui donnent 1300 ans aux prefluers Assyriens ont leur fondement dans 1 antiquité de la ville ; et Héxodote, qui ne leur en donne que 520, ne parle que de la durée de l'empire qu'ils ont commencé sous Ninus, fils de Bel, à étendre dans la haute Asie. Un peu après, et durant le règne de ce conquérant, on doit mettre la fondation, ou le renouvellement de l'ancienne ville de

1. An du inonde 2S5S *, dev. J.-C. 1451.— 2. An do monde 25S9; dev. J.-C l44S^i — S. An du monde 2499 *, dev. J.-C. 14os. — k. An du monde 2279 ; d«v. I.-G. 1325. — 5. An du monde 2682; dev. J.-C 1322. — 6. An du monde 2699 ; dtv. l.-C. 1305.-7. An da monde 2719; dev. J.-C. 1285. — S. An du monde ffit : dev. J.-C. UtS. — 9. An du monde 2768 ; dev. J.-C. 1336. — 10. An da Stl7 ; dtv. J.-C. 1 117. — 11. An da monde 2737 -, dsv. |.<G. 1967.

SUR L^mSTOIRE UNIVERSELLE. 169

Tyr, que la navigation et «es colonies rendent si célèbre (/ome, xix. 29 ; Joseph, y Àntiq. lib. vni.cap. n.)* Dans la suite, et quelque temps après Abimélecb^ on trouve les fameux combats d'Hercule fils d'Âmpbitryon, et ceux de Tbésée roi d'Athènes, qui ne fit qu'une seule ville des douze bourgs de Gécrops, et donna une meilleure forme au gouvernement des Athéniens. Durant le temps de Jephté, pendant que Semiramis, veuve de Ninus et tutrice de Ninias, augmentoit l'empire des Assyriens par ses conquêtes, la célèbre ville de Troie, déjà prise une fois parles Grecs sous Laomédon son troisième roi, fut réduite en cendre, encore par les Grecs', sous Priam fils de Laomédon, après un siège de dix ans.

Cinquième époque. — La ffrise de Troie, Cinquième âge du monde.

Cette époque de la ruine de Troie ^, arrivée environ Tan 308 après la sortie d'Egypte, et 1164 ans après le déluge, est considérable, tant à cause de l'importance d'un si grand événement célébré par les deux plus grands poètes de la Grèce et de l'Italie, qu'à cause qu'on peut rapporter à cette date ce qu'il y a de plus remarquable dans les temps appelés fabuleux ou héroïques: fabuleux, à cause des fables dont les histoires de ces temps sont enveloppées; héroïques, à cause de ceux que les poëtes ont appelés les Enfants des dieux , et les Héros. Leur vie n'est pas éloignée de cette prise. Car du temps de Laomédon père de Priam « paroissent tous les héros de la Toison d'or, Jason, Hercule, Orphée, Castor et Pollux, et les autres qui sont connus; et du temps de Priam même, durant le dernier siège de Troie, on voit les Achille, les Agamemnon, les Ménélas, les Ulysse, Hector, Sarpédon fils de Jupiter, Ënée fils de Vénus, que les Romains reconnoissent pour leur fondateur, et tant d'autres dont des familles illustres et des nations entières ont fait gloire de descendre. Cette époque est donc propre pour rassembler ce que les temps fabuleux ont de plus certain et de plus beau. Mais ce qu'on voit dans l'Histoire sainte est en toutes façons plus remarquable: la force prodigieuse d'un Samson*, et sa foiblesse étonnante : Héli souverain pontife ^ , vénérable par sa piété , et malheureux par le crime de ses enfants; Samuel juge irréprochable*, et prophète choisi de Dieu pour sacrer les rois; Sat)l premier roi du peuple de Dieu, ses victoires, sa présomption à sacrifier sans les prêtres, sa désobéissance mal excusée par le prétexte de la religion, sa réprobation, sa chute funeste. En ce temps Codrus, roi d'Athènes, se dévoua à la mort pour le salut de son peuple, et lui donna la victoire par sa mort. Ses enfants Médon et Nilée disputèrent entre eux le royaume. A cette occasion, les Athéniens abolirent la royauté, et déclarèrent Ja-

f. An du monde 2752; dev. J.-C. 1252.— 2. An du monde 2830 ; dev. J.-C. 1184. — 3. An da monde 2820 ; dev. J.-G. 1184. — 4. An do monde 2887; dev j.-c. 1117. — S. An du monde 2888 ; dev. J.-C. 1176. — 6. An du monde 2a«) \ ^««* t09i.

piter le seul roi du peuple d'Athènes. Ils créèrent des. gouvemeiars on présidents perpétuels, mais sujets à rendre compte de leur administrttion. Ces magistrats furent appelés archontes. Médon fils de Codras fat le premier qui exerça cette magistrature, et elle \iemeura longtemps dans SI famille. Les Athéniens répandirent leurs colonies dans cette partie de l'Asie mineure qui fut appelée lonie. Les colonies éoliennes se firent à peu près dans le même temps, et toute l'Asie mineure se remplit de villes grecqpes. Après Saûl, paroît un David», cet admirable berger, vainqueur du fier Goliath, et de tous les ennemis du peuple de Dieu; grand roi, grand conquérant, grand prophète, digne de chanter les merveilles de la toute-puissance divine; homme enfin selon le cœur de Dieu, comme il le nomme lui-même, et qui par sa pénitence', a fait même tourner son crime à la gloire de son créateur. A en pieux guerrier succédasm fils Salomon ' , sage , juste , pacifique, dont lesmains pures de sang furent jugées dignes de bâtir le temple de Dieu^

SiziàME ÉPOQUE. — Salomon y ou le temple acheté. sixième âge du monde. ^

Ce fut environ l'an 3000 du monde, le 488 depuis la sorti*» d'Egypte; et pour ajuster les temps de l'Histoire sainte avec ceux lie la profane, 180 ans après la prise de Troie, 250 devant la fondation de Rome, et 1000 ans devant Jésus-Christ, que Salomon acheva ce merveilleux édifice*. Il en célébra la 'lédicace avec une piété et une magnificence extraordinaire*. Cette célèbre action est suivie des autres merveilles du règne de Salomon, qui finit par de honteuses foiblesses. Il s'abandonne à l'amour des femmes; son esprit baisse, son cœur s'affoiblit, et sa piété dé;:énère en idolâtrie. Deu, justement irrité, l'épargne en mé moire de David son serviteur; mais il ne voulut pas laisser son ingratitude eiltièrement impunie: il partag a son royaume après sa mort, et sous son fils Roboam'. L'orgueil brutal de ce jeune prince lui '^t perdre dix tribus, que Jéroboam sépara de leur Dieu et de leur roi. De peur qu'ils ne retournassent au roi de Juda, il défendit d'aller sacrifier au temple de Jérusalem, et il érigea ses veaux d'or auxquels il donna le nom du Dieu d'Israël, afin que le changement parût moins étrange. La même raison lui fit retenir la loi de Moï^e, qu'il interprétoit à sa mode; mais il en faisoit observer presque toute la police, tant civile que religieuse (3. Reg.^ xii. 32.); de sorte que le Pentateuqtie demeura toujours en vénération dans les tribus séparées.

Ainsi fut élevé le royaume d'Israël contre le royaume de Juda. Dans celui d'Israël triomphèrent l'impiété et l'idolâtrie. La religion, souvent obscurcie dans celui de Juda, ne lai<;sa pas de s'y conserver. En ces temps, les rois d'Egypte étoient puissants. Les quatre royaumes avoient

1. An du monde 2949; dev. J.-C. 1055. — 3. An du monde 3970; der. J.-C. 1034. — 3. An du monde VJ90; dev. J.-C. 1014. — 4. An du monde 39<92*, der, l.-C. 1012. — 5 An du monde 3ooo; dev. J.-C. 1005. — 6. An do moaule Siël* âêv. J.-C 100*. — 7. An du monde 3029 ; dev. J.-C. 976.

SUR l'histoire universelle. 171

été réunis sous celui de Thébes. On croit que Sésoetris, ce fameni conquérant des Égyptiens, est le Sésac, roi d'Egypte, dont Dieu sis servit pour châtier l'impiété de Roboam^ Dans le règne d'Âbiam fils de Roboam, on voit la fameuse victoire que la piété de ce prince ittj obtint sur les tribus schi8matiques^ Son fils Asa, dont la piété est louée dans TËcriture , y est marqué comme un homme qui songeoit plus, dans ses maladies, au secours de la médecine, qu'à la bonté de Dieu. De son temps, Âmri roi d'Israël bâtit ftamarie^ où il établit le siège de son royaume. Ce temps est suivi du règne admirable de Josaphat^, où fleurissent la piété, la justice, la navigation, et l'art militaire. Pendant qu'il faisoit voir au royaume de Juda un autre David, Achabet sa femme Jésabel, qui régnoient en Israël, joignoient à l'idolâtrie de Jéroboam toutes les impiétés des Gentils'. Us périrent tous deux misérablement. Dieu, qui avoit supporté leurs idolâtries, résolut de venger sur eux le sang de Naboth qu'ils avoient fait mourir, parce qu'il avoit refusé, comme l'ordonnoit la loi de Moïse, de leur vendre à perpétuité l'héritage de ses pères. Leur sentence leur fut prononcée par la bouche du prophète Ëlie. Achab fut tué quelque temps après*, maK gré les précautions qu'il prenoit pour se sauver. Il faut placer vers ce temps la fondation de Carthage^, que Didon, venue de Tyr, bâtit en un lieu, où, à l'exemple de Tyr, ellepouvoit trafiquer avec avantage, et aspirer à l'empii'e de la mer. Il est malaisé de marquer le temps où elle se forma en république; mais le mélange des Tyriens et des Africains fit qu'elle fut tout ensemble guerrière et marchande. Les anciens historiens, qui mettent son origine devant la ruine de Troie, peuvent faire conjecturer que Didon Tavoit plutôt augmentée et fortifiée, qu'elle n'en avoit posé les fondements. Les affaires changèrent de face dans le royaume de Juda. Athalie, fille d'Achabet de Jésabel*, porta avec elle l'impiété dans la maison de Josaphat. Joram , fils d'un prince si pieux, aima mieux imiter son beau-père que son pore. La main de Dieu fut sur lui. Son règne fut court, et sa fin fut affreuse*. Au milieu de ce? châtiments, Dieu faisoit des prodiges inouïs, même eh faveur 4es l8> raélites, qu'il vouloit rappeler à la pénitence. Ils virent, sans se convertir, les merveilles d'Ëlie et d'Elisée, qui prophétisèrent durant les règnes d'Achab et de cinq de ses successeurs. En ce temps Homère fleurit (Jfarm. Arund.), et Hésiode fleurissoit trente ans avant lui. Les mœurs antiques qu'ils nous représentent, et les vestiges qu'ils gardent encore, avec beaucoup de grandeur, de l'ancienne simplicité, ne servent pas peu îi nous faire entendre les antiquités beaucoup plus reculées, et la divine simplicité de l'Écriture. Il y eut des spectacles effroyables dansles royaumes de Judaet d'Israël**. Jésabel fut précipitée du haut d'une tour par ordre de Jéhu. Il ne lui servit de rien de s'ëtr0

I An du monde 3033 ; dev. J -C 971.— 2. An du monde 3087 ; dev. J.-C. 917. — 3. An du monde 3080-, dev. J -C. 924. — 4. An du monde 3090; dev. j.-c. 914. — 5. An du monde 3105 -, dev. J.-G. 899. — 6. An du monde 3107; dev. J.-C 897. — 7. An du monde 3112; dev. J.-C. 892. — 8. An du monde 3U«\4ssr J.-C. 888.-9. An du monde 8119 -, dev. J.-C. 885. — 10. Au dwTX\st!À<b^Vl^\^*9« J -C. 884.

parée; Jéhu la fit fouler aux pieds des chevaux. Il fit tuer Jpram, roi d'Isra&l, fils d'Achab; toute la maison d'Achabfut exterminée, et peu s*en fallut qu'elle n'entraîn&t celle des rois de^ Juda dans sa ruine. Le roi Ochozias, fils de Joram roi de Juda, et d'Àthalie,fut tué dansSamarie avec ses frères, comme allié et ami des enfants d'Achab. Aussitôt que cette nouvelle fut portée à Jérusalem, Athalie résolut de faire mourir tout ce qui restoit de la famille royale, sans épargner ses enfants, et de régner par^la perte de tous les siens. Le seul Joas, fils d'Ochozias, enfant encore au berceau, fut dérobé à la fureur de son aïeule. Josabeth, sœur d'Ochozias et femme de Joîada souverain pontife, le cacha dans la maison de Dieu, et sauva ce précieux reste de la maison de David. Athalie, qui le crut tué avec tous les aiitres, vivoit sans crainte. Lycurgue donnoit des lois à Lacédémone. il est repris de les avoir faites toutes pour la guerre, à l'exemple de Minos, dont il avoit suivi les institutions {Plat,, de Rep, lib. yii\;deleg.\ïïi. i; Arist.f Polit, f lib. n. c. 9.), et d'avoir peu pourvu à la modestie des femmes; pendant que, pour faire des soldats, il obligeoit les hommes à une vie si laborieuse et si tempérante. Rien ne remuoit en Judée contre Athalie; elle se croyoit affermie par un règne de six ans. fiais Dieu lui nourrissoit un vengeur dans Tasile sacré de son temple. Quand il eut atteint T&ge de sept ans\ Joîada le fit connoitre à quelques-uns des principaux chefs de Tarmée royale, qu'il avoit soigneusement ménagés; et assisté des lévites il sacra le jeune roi dans le temple. Tout le peuple reconnut sans peine l'héritier de David et de Josaphat. Athalie accourut au bruit pour dissiper la conjuration, fut arrachée de l'enclos du temple, et reçut le traitement que ses crimes méritoient. Tant que Joîada vécut, Joas fit garder la loi de Moïse. Après la mort de ce saint pontife, corrompu par les flatteries de ses courtisans , il s'abandonna avec eux à Tidolàtrie. Le pontife Zacharie, fils de Joîada, voulut les reprendre'; et Joas, sans se souvenir de ce qu'il de voit à son père, le fit lapider. La vengeance suivit de près. L'année suivante*, Joas, battu par les Syriens, ^t tombé dans le mépris, fut assassiné par les siens; et Amasias son fils, meilleur que lui, fut mis sur le trône*. Le royaume d'Israël, abattu par les victoires des rois de Syrie et par les guerres civiles, reprenoit ses forces sous Jéroboam II, plus pieux que ses prédécesseurs. Ozias, autrement nommé Azarias, fils d'Amasias^, ne gouvernoit pas avec moins de gloire le royaume ds Juda. C'est ce fameux Ozias, frappé de la lèpre, et tant de fois repris dans l'Écriture, pour avoir en ces derniers jours osé entreprendre sur l'office sacerdotal, et, contre la défense de la loi, avoir lui -môme offert de l'encens sur l'autel des parfums. 11 fallut le séquestrer, tout roi qu'il étoit, selon la loi de Moïse; et Joatham son (ils, qui fut depuis son successeur, gouverna sagement le royaume. Sous le règne d'Oxias, les saints prophètes, dont les principaux en ce temps furent Osée

1. An du monde 3126; dev. J.-G. 878. — 2. An da monde 3164; dev. J.-G. §40. — 3 An du monde 3i6S ; dev. J.-C 839. — 4. An da monde 3179 : d«v. !.-€. "'*' — f. 4n da monde 3l9i ; dev. J.-c. tlO.

et Isaîe, commencèrent à publier leurs prophéties par écrit {Osee^ i. 1 ^ Js.j I. 1.), et dans des livres particuliers, dont ils déposoient les originaux dans le temple, pour servir de monument à la postérité. Les prophéties de moindre étendue, et faites seulement de vive voix, s'enre-^ gistroient selon la coutume dans les archives du temple avec l'histoire du temps. Les jeux Olympiques, institués par Hercule, et longtemps discontinues, furent rétablis '. De ce rétablissement, sont venues les Olympiades, par où les Grecs comptoient les années. A ce terme finissent les temps que Yarron nomme fabuleux, parce que jusqu'à cette date les histoires profanes sont pleines de confusion et de fables ; et commencent les temps historiques, où les afiaires du monde sont racontées par des relations plus fidèles et plus précises. La première olympiade est marquée par la victoire de Gorèbe. Elles se renouveloient tous les cinq ans, et après quatre ans révolus. Là, dans rassemblée de toute la Grèce, à Pise premièrement, et dans la suite à Êlide, se célébroient ces fameux combats, où les vainqueurs étoient couronnés avec des applaudissements incroyables. Ainsi les exercices étoient en honneur, et la Grèce devenoit tous les jours plus forte et plus polie. L'Italie étoit encore presque toute sauvage. Les rois latins de la postérité d'Ënée régnoient à Albe. Phul étoit roi d'Assyrie. On le croit père de Sardauapale, appelé, selon la coutume des Orientaux, Sardan-Pul, c'est-à-dire, Sardan fils de Phul. On croit aussi que ce Phul, ou Pul, a été le roi de Ninive qui fit pénitence avec tout son peuple, à la prédication de Jonas^ Ce prince, attiré par les brouilieries du royaume d'Israël, venoit Tenvahir; mais, apaisé par Manahem, il i'afiermit dans le trône qu'il venoit d'usurper par violence, et reçut en reconnoissance un tribut de mille talents. Sous son fils Sardanapale, et après Alcméon dernier archonte perpétuel des Athéniens, ce peuple, que son humeur conduisoit insensiblement à l'état populaire, diminua le pouvoir de ses magistrats , et réduisit à dix ans l'administration des archontes. Le premier de cette sorte fut Charops. Romulus et Rémus, sortis des anciens rois d'Albe par leur mère Ilia, rétablirent dans le royaume d'Albe leur grand-père Numitor, que son frère Amulius en avoit dépossédé; et incontinent après ils fondèrent Rome, pendant que Joatham régnoit en Judée.

Septième épOQUE. — Bomuîus^ ou Rome fondée.

Cette ville, qui devoit être la maîtresse de l'univers, et dans la suite le siège principal de la religion, fut fondée ^ sur la fin de la troisième année de la sixième olympiade, 430 ans environ après la prise de Troie, de laquelle les Romains croyoient que leurs ancêtres étoient sortis, et 753 ans devant Jésus-Christ^. Romulus, nourri durement avec les bergers, et toujours dans les exercices de la guerre, consacra cette ville

1. An da monde 3238: dev. J..C. 7T6. — 3. An du monde 3333 ; dev. J -C. 771. — 3. An da monde 33S0; dev. J.-C. 754. — 4. An de Rome 1; dev* l.-C. 753.

174 BZSCOURS

«a dieu de la guerre, qu'on oroyoit Bon'père. Vers lés temps de tamais* sance de Rome arriva*, par la mollesse de Sardanapale/ta chute du premier empire des Assyriens. Les Méde», peuple bêUiqueux/inimés par les discours d'Arbace leur gouverneur, donnfirent à tous les scjets de ce prince efféminé Texemple de le mépriser. Tout se rêvoha contre hii, et il périt enfin dans sa ville capitale, où il se vit odntraîiit à se brûler lui-même avec ses femmes, ses eunuques et seè richesses. Des mines de tet empire on voit sortir trois grands royabmes.Arbace ou Orbace, que quelques-uns appellent Ptaamace, affrïnckit ies ^édes, qui après une assez longue anarchie eurent 'des rois très«<piiissànt9. Outre c^, incontinent après Sardanapale \ on voit parottre tm second royamne des Assyriens, dont Ninive demeura la caphale, et un royaume de Babylone. Ces deux derniers royaumes ne sont pas inconnus aux auteurs profanes, et ^ont célèlsres dans l'Histoire sainte. Le second royaume de Ninivê est fondé par Thtlgath ou Thégtath fils de Phalasar, appelé pour cette raison Théglathphalasar, à qui on donne aussi le nom de Ninus le jeune. Baladan, que les Grecs nomment Bélésis, établit lé royaume de Babylone, où il est oonnu sous le nom de Nabonassar. De là l'ère de Nabonassar, célèbre chez Ptolémée et les anciens astronomes, qui oomptoient leurs années par le règne de ce prince. H est bon d'avertir ici qUe ce mot d'ère signifie un dénombrement d'années commencé à un certain point que quelque grand événement fait remarquer. Achaz, roi de Juda' impie et méchant, pressé par Rasin roi de Syrie, et par Phacée fils de Romélias roi d'Israél, au lieu de recourir à Dieu, qui lui suscitoit ces ennemis pour le punir, appela Théglathphalasar, premier roi d'Assyrie ou de Ninive, qui réduisit à l'extrémité le royaume d'Israël, et détruisit tout à fait celui de Syrie; mais en même temps il ravagea celui de Juda qui avoit imploré son assistance. Ainsi les rois d'Assyrie apprirent le chemin de la Terre-Sainte, et en résolurent la conquête. Ils commencèrent par le royaume d'IsraéP, que Salmanasar fils et successeur de Théglathphalasar détruisit entièrement. Osée, roi d'Israël , s'étoit fié 'au secours de Sabacon , autrement nommé Sua ou Soûs, roi d'£thiopie , qui avott envahi l'Egypte. Mais ce puissant conquérant ne put le tirer des mains de Salmanasar. Les dix Tribus, où le culte de Dieu s'était éteint, furent transportées à Ninive; et dispersées parmi les Gentils, s'y perdirent tellement, qu'on ne peut plus en découvrir aucune trace. 11 en resta quelques-uns, qui furent mêlés parmi les Juifs, et firent une petite partie du royaume de Juda *. En ce temps arriva la mort de Romulus. 11 fut toujours en guerre, et toujours victorieux; mais, au milieu des guerres, il jeta les fondements de la religion et des lois. Une longue paix donna moyen à Numa son successeur * d'achever l'ouvrage. Il forma la religion, et adoucit les mœurs farouches du peuple romain. De son temps, les colonies venues de Gorinthe, et de quelques autres villes de Grèce, fondèrent Syracuse en Sicile, Crotone, Tarente e^ peut-être quelques autres villes dans cette

. 1. An de Rome 6-, dev. J.-C. 7%8. — 3. An de Rome 7 ; dev. l.-G. 747. " 3. An de Rome 14-, dev. J.-C. 740. — 4. An de Rome S3*, dev. J.-G. 721. — S. An de Rome 39; dev. J.-C. 715. — 6. An de Rome 40; dev. J.-C. 514.

SUR LHISTemS irniVERSELLS. 175

p)irtie-'<iè l'ilàlié,'à''qui de plus anciennes colonies 'grecques répandues dsns tout le pays «voient "déjà donné le nom de Grande-Grèce. Cependant Ëzéchias, ie !plu8 pîeux etlepius juste de tous les rois aptes David, régnoit 'en '#adée *. 6ennachérii>, fils et successeur de Salmanasar, l'assiégea dans Jérusalem avec une ahnée immense : elle périt en une nuit par lamain d'un ange. Ë2éehins, déSivré d^lne manière si admirable, servit Dieu, avec tout son peuple, plue fidèlement que jamaie. Mais après la mort de ce prince^, et sous son fils Menasses, le peuple ingrat oublia Dieu, et les désordres 'S*y m uiti plièrent. L'étal populaife se formbit «lors -parmi les Athéniens», "et ils commencèrent & choisir les Archontes annuels, dont le premier fut Créon. Pendant que l'impiété s'augmentort dans leroyaume de Juda, la puissance des rois d^Assyrie^qui dévoient en être les vengeurs, s'accrut ^ous Asaraddon Ah de Sennachérib. Il réunit le royatrme de Babylone à celui de Ninive*, ef égala dans la grande Asie la 'puissance des premiers Assyriens. Les Mèdes commençoientaussi à se i^ndfe coneidérables. Déjocès leur 'premier roi, que quelques-uns prennent pour l'Arphaxad nommé dans le livre de Judith, fonda la superbe ville d'Ecbatanes, et jeta les fondements d'un grand empire. Ils Vavoient mis sur le trône pour couronner ses vertus, et mettre' fin aux désordres que l'anarchie causoit parnii eux (Herdd., lib. i. c. 96 ). Conduits par un si grand roi, ils se soute- ^oient contre leurs voisins; mais ils ne s^ëtendoient pas. Rome s'ao- «roissoit, mais fbiblement. Sous Tullus Hostilius son troisième roi^, et par le fameux combat des Horaces et des Curiaces, Albe fut vaincue et ruinée : ses citoyens, incorporés à la ville victorieuse, l'agrandirent et la fortrfi" rent. Komulus a voit pratiqué ie premier ce moyen d'augmenter la ville, où il reçut les Sabins et les autres peuples vaincus. Ils oublioieiit leur défaite, et devenoient des sujets affectionnés. Rome en étendant ses conquêtes ré^loit sa milice; et «e fut sous Tullus Hostilius qu'elle commença à apprendre cette belle discipline, qui 'la rendit dans la suite maîtresse de l'univers. Le royaume d'Egypte, affoibli par ses longues divisions^, se rétabiissoit sous Psammitique. Ce prince» qui devoit son salut aux Ioniens et aux Cariens, les établit dans i'fi^ g^pte fermée jusqu'alors hux étrangers. A cette occasion, les Ëgyptiens entrèrent en commerce avec les Grecs ; et depuis ce temps aussi l'histoîre d'^ypte, jusque là mêlée de fables pompeuses par l'artifice dés prêtres, commence selon Hérodote {Utrod.j lib. ii. c. 154.), à avoir de la certitude. Cependant les rois d'Assyrie devenoient de plus en phv r<>dout^'bles à tout l'Orient. Saosduchin fils d'Asaraddon', qu'on crd être le Nabuchodonosor du livre de Judith, défit en bataHle rangée Arpbaxad, roi des Mèdes, quel qu'il soit. Si ce n'est pas Déjocès luimême , premier fondateur d'Ecbatanes , ce peut être Phraorte ou Aphraarte son fils, qui en éleva les murailles. Enflé de sa victoire, )e superbe roi d'Assyrie entreprit de conquérir toute la terre. Dans ce

1. An de Rome 44 ; dev. J.-C. 710. — 2. An da Rome 56 *, dev. J.-C. 698. — 3. An de Rome S7 : dev. J.-G. 687. — %. An de Rome 7S; dev. J.-C. 681. — S. An de Rome 88 ; dev. J.-G. 671. — 6. An de Rome 84 ; dev. J.-G. 670.— 7. An de Rome 97 *, dev. J.-C. 657. — 8. An de Rome 98 ; dev. J.-C. 656.

dessein il passa TBuphrate, et ravagea tout jusqu'en Judée. Les Juifi avoient irrité Dieu, et s'étoient abandonnés à ridolàtrie à Tezemple de Ifanassès : mais ils ayoient fait pénitence avec ce prince; Dieu les prit aussi en sa protection. Les conquêtes de Nabuchodonosor et d'Holopherne son général furent tout à coup arrêtées par la main d'une ^emme. Déjocès, quoique battu par les Assyriens, laissa son royaume n état de s'accroître sous ses successeurs. Pendant que Phraorte son Is, et Cyaxare fils de Phraorte subjuguoient la Perse, et poussoient eurs conquêtes dans l'Asie mineure jusques aux bords de THalySyla Judée vit passer le règne détestable d'Âmon fils de Menasses * ; et Josias fils d'Amon, sage dès l'enfance, travailloit à réparer^ les désordres causés par l'impiété des rois ses prédécesseurs. Rome, qui avoit pour roi Ancus Martius, domptoit quelques Latins sous sa conduite, et continuant à se faire des citoyens de ses ennemis, elle les renfermoit dans •ses murailles. Ceux de Veies , déjà afibiblis par Romulus , firent de nouvelles pertes. Ancus poussa ses conquêtes jusqu'à la mer voisine', et bfttit la ville d'Ostie à l'embouchure du Tibre. En ce temps, le royaume de Babylone fut envahi par Nabopolassar. Ce traître, que Chinaladan, autrement Sarac, avoit fait général de ses armées contre Cyaxare roi des Ifédes, se joignit avec Astyage fils de Cyaxare, prit Chinaladan dans Ninive, détruisit cette grande ville si longtemps maîtresse de l'Orient, et se mit sur le trône de son maître. Sous un prince si ambitieux, Babylone s'enorgueillit. La Judée, dont l'impiété croissoit sans mesure, avoit tout à craindre. Le saint roi Josias * suspendit pour un peu de temps, par son humilité profonde, le ch&timent que son peuple avoit mérité; mais le mal s'augmenta sous ses enfants^. Nabuchodonosor II, plus terrible que son père Nabopolassar, lui succéda*. Ce prince nourri dans l'orgueil, et toujours exercé à la guerre, fit des conquêtes prodigieuses en Orient et en Occident; et Babylone menaçoit toute la terre de la mettre en servitude. Ses menaces eurent bientôt leur effet à l'égard du peuple de Dieu. Jérusalem fut abandonnée à ce superbe vainqueur, qui la prit par trois fois : la première au commencement de son règne, et à la quatrième année du règne de Joakim, d'où commencent les soixante-dix ans de la captivité de Babylone, marqués par le prophète Jérémie (Jerem,^ xxv. 11, 12;zxix. 10.); la seconde, sous Jéchonias, ou Joachinfils de Joakim '; et la dernière, sous Sédécias*, où la ville fut renversée de fond en comble, le temple réduit en cendre, et le roi mené captif à Babylone, avec Sarala souverain pontife, et la meilleure partie du peuple. Les plus illustres de ces captifs furent les prophètes fizéchiel et Daniel. On compte aussi parmi eux les trois jeunes hommes que Nabuchodonosor ne put forcer à adorer sa statue, si les consumer par les flammes. La firèce étoit florissante, et ses sept Sages se rendoient illustres. Quelque temps devant la dernière déso-

1. An de Rome 111; dev. J.-G. 643. — 2. An de Rome lit ; dev. J.-C. 6%1. — 3. An de Rome 128; deT. J.-G. 63tf. — 4. An de Rome 130 ; dev. J.-C S3<i. — 5. An de Rome 144; dev. J.-G. Slo. — 6. An de Rome 147 ; der. J.-C 607. — 7. An de Rome 156; dev. J.-C- 599. — i. An de Rome 156; dev. J.-C

lation de Jérusalem', Solon, Vun de ses sept Sages, dpnnoit des lois, aux Athéniens , et établissoit la liberté sur la justice : les PhocéeM. d'Ionie ' menoient à Marseille leur première colonie. Tarquin PAncien, roi de Rome, après avoir subjugué une partie de la Toscane, et orné la ville de Rome par des ouvrages magnifiques, acheva son règne. De son temps, les Gaulois conduits par Bellovèse ', occupèrent dajis l'Italie, tous les environs du Pô, pendant que Ségovèse son frère mena bieq avant dans la Germanie un autre essaim de la nation. Seryius Tulliu3, successeur de Tarquin , établit le cens, ou le dénombrement des ci-, toyens distribués en certaines classes, par où cette grande viUe^sç trouva réglée comme une famille particulière. Nabuchodonosor en^bellissoit Babylone, qui s'étoit enrichie des dépouilles de Jérusalem et de rOrient. Elle n'en jouit pas longtemps. Ce roi , qui l'avoit ornée avec tant de magnificence, vit en mourant la perte prochaine de cette superbe ville {Ahyd, apud Euxeb. Prœp. Ev, lib. a. cap. 41.). Son fils Êvilmérodac ^ , que ses débauches rendoient odieux, ne dura guère, et fut tué* par Nériglissor son beau-frère, qui usurpa le royaume. Pisistratë usurpa aussi dans Athènes l'autorité souveraine, qu'il sut conserver trente ans durant, parmi beaucoup de vicissitudes, et qu'il laissp. même à ses enfants. Nériglissor ne put soufi'rir la puissance des Mèdes, qui s'agrandissoient en Orient, et leur déclara la guerre. Pendant qu'Astyage, fils de Cyaxare I, se préparoit à la résistance, il mourut, et laissa cette guerre à soutenir à Cyaxare II son fils, appelé par Daniel, Darius le Mëde. Celui-ci nomma pour général de son armée*, Cyru3, fils de Mandane sa sœur et de Cambyse roi de Perse, sujet à Pempire des Mèdes. La réputation de Cyrus, qui s'étoit signalé en diverses guerres sons Astyage son grand-père, réunit la plupart des rois d'Orient sous les étendards de Cyaxare. 11 prit, dans sa ville capitale, Crésus to) de Lydie*, et jouit de ses richesses immenses; il dompta les autres alliés des rois de Babylone*, et étendit sa domination non-seulement sur la Syrie, mais encore bien avant dans l'Asie mineure*. Enfin ft marcha contre Babylone; il la prit, et la soumit à Cyaxare son oneie, qui, n'étant pas moins touché de sa fidélité que de ses exploits, inU donna sa fille unique et son' héritière en mariage. Dans le règne de. Cyaxare, DanieP*, déjà honoré, sous les règnes précédents, de pld-. sieurs célestes visions où il vit passer devant lui en figures si manifestM^ tant de rois et tant d'empires, apprit, par une nouvelle révélation , câ septante fameuses semaines, où les temps du Christ et la destinée duT peuple jnif'sont expliqués. G'étoit des semaines d'années, si bien qu'ellei. contenoient quatre cent quatre-vingt-dix ans ; et cette manière de comjK ter étoit ordinaire aux Juifs, qui obaervoient la septième année ausil bien que le septième Jour avec un repos religieux. Quelque teiD(«

f . An de Rome 180; devant J.-C 594. — 2. An de Rome 176 ; dev. J.-C. S7t,

— S. An de Rome iSS; dev. J.-C. S66. — 4. An de Rome 192; dev. J.-C.^M.

— 5. An de Rome 194; dev. J.-C. 560. — 6. An de Rome 195 ; dev. J.-C. Sft9.

— 7. An de Rome 205 ; dev. J.-C. 543. — 8. An de Rome 211 ; dev. J.-C. 543.

— 9. An de Rome 216 ; dev. J.-C. 538. — 10. An de Rome 217 ; dev. J.-C. SSl.

après cette vision , Cyaxare mourut * , aussi bien que Cambyse père de Cyrus;et ce grand homme, qui leur succéda, joignit le royaume de Perse, obscur jusqu'alors, au royaume des Mèdessi fort augmenté par ses conquêtes. Ainsi il fut maître paisible de tout l'Orient, et fonda le plus grand empire qui eût été dans le monde. Mais ce qu'il faut le plus remarquer, pour la suite de nos époques, c'est que ce grand conquérant, dès la première année de son règne, donna son décret pour rétablir le temple de Dieu en Jérusalem, et les Juifs dans la Judée.

Il faut un peu s'arrêter en cet endroit, qui est le plus embrouillé de toute la chronologie ancienne, par la difficulté de concilier l'histoire profane avec l'Histoire sainte. Vous aurez sans doute, monseigneur, déjà remarqué que ce que je raconte de Gyrus est fort différent de ce que vous en avez lu dans Justin ; qu'il ne parle point du second royaume des Assyriens, ni de ces fameux rois d'Assyrie et de Babylone, si célèbres dans l'Histoire sainte; et qu'enfin mon récit ne s'accorde guère avec ce que nous raconte cet auteur des trois premières monarchies, de celle des Assyriens finie en la personne de Sardanapale, de celle des Mèdes finie en la personne d'Astyage, grand-père de Gyrus, et de celle des Perses commencée par Gyrus et détruite par Alexandre.

Vous pouvez joindre à Justin, Diodore avec la plupart des auteurs grecs et latins, dont les écrits nous sont restés, qui racontent ces histoires d'une autre manière que celle que j'ai suivie, comme plus conforme à PËcriture.

Mais ceux qui s'étonnent de trouver l'histoire profane en quelques endroits peu conforme à l'Histoire sainte, doivent remarquer en même temps qu'elle s'accorde encore moins avec elle-même. Les Grecs nous ont raconté les actions de Gyrus en plusieurs manières différentes. Hérodote en remarque trois, outre celle qu'il a suivie (Herod.y lib. i. c. 95.), et il ne dit pas qu'elle soit écrite par des auteurs plus anciens ni plus recevables que les autres. Il remarque encore lui-même (i&td., ^. 214.) que la mort de Gyrus est racontée diversement, et qu'il a choisi la manière qui lui a paru la plus vraisemblable, sans l'autoriser davantage. Xénophon, qui a été en Perse au service du jeune Gyrus, frère d'Artaxerxès nommé Mnémon, a pu s'instruire de plus près de la vie et de la mort de l'ancien Gyrus, dans les annales des Perses et dans la tradition de ce pays; et pour peu qu'on soit instruit de l'antiquité, on n'hésitera pas à préférer, avec saint Jérôme {Hier, in Dan,f cap. y. tom. m. col. 1091.)» Xénophon, un si sage philosophe, aussi bien qu'un si habile capitaine, à Gtésias, auteur fabuleux, que la plupart des Grecs ont copié, comme Justin et les Latins ont fait les Grecs; et plutôt même qu'Hérodote, quoiqu'il soit très-judicieux. Ce qui me détermine à ce choix, c'est que Thistoire de Xénophon, plus suivie et plus vraisemblable en elle-même , a encore cet avantage qu'elle est plus conforme à l'Ëcriture, qui, par son antiquité et par le rapport des affaires du peuple juif, avec celles de l'Orient, mériteroit d'être préférés

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