‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 20 sur 32 · I. An de Rome 218 *, dev. J.-G. S · texte numérisé non relu

I. An de Rome 218 *, dev. J.-G. S

à toutes les histoires grecques, quand d'ailleurs on ne sauroit pas qu'elle a été dictée par le Saint-Esprit.

Quant aux trois premières monarchies, ce qu'en ont écrit la plupart des Grecs a paru douteux aux plus sages de la Grèce. Platon fait voir en général, sous le nom des prêtres d'Egypte, que les Grecs ignoroient profondément les antiquités (P^at., in Tim.); et Aristote a fange parmi les conteurs de fables (iimfot. , Polit, lib. v. cap. 10.)} ceux qui ont écrit les Assyriaques.

C'est que les Grecs ont écrit tard; et que voulant divertir par les histoires anciennes la Grèce toujours curieuse, ils les ont composées sur des mémoires confus , qu'ils se sont contentés de mettre dans un ordre agréable, sans se trop soucier de la vérité.

Et certainement la manière dont on arrange ordinairement les trois premières monarchies est visiblement fabuleuse. Car après qu'on a fait périr sous Sardanapale l'empire des Assyriens, on fait paroître sur le théâtre les Mèdes et puis les Perses ; comme si les Mèdes avoient succédé à toute la puissance des Assyriens, et que les Perses se fussent établis en ruinant les Mèdes.

Mais, au contraire, il paroît certain que lorsque Arbace révolta les Mèdes contre Sardanapale, il ne fit que les affranchir, sans leur soumettre l'empire d'Assyrie. Hérodote distingue le temps de leur affranchissement d'avec celui de leur premier roi Déjocès {Herod., lib. i. c. 96.), et, selon la supputation des plus habiles chronolo.:]:istes, l'intervalle entre ces deux temps doit avoir été environ de quarante ans. Il est d'ailleurs constant, par le témoignage uniforme de ce grand historien et de Xénophon (Herod,, lib. i; lenophon., Cyrop. lib. y, vi, etc.), pour ne point ici parler des autres, que durant les temps qu'on attribue à l'empire des Mèdes, ily avoiten Assyrie des rois très- {luissants que tout l'Orient redoutoit, et dont Cyrus abattit l'empire par la prise de Babylone.

Si donc la plupart des Grecs, et les Latins qui les ont suivis, ne parlent point de ces rois babyloniens ; s'ils ne donnent aucun rang à ce grand royaume parmi les premières monarchies dont ils racontent la suite; enfin si nous ne voyons presque rien, dans leurs ouvrages, de ces fameux rois Téglathphlilasar, Salmanasar, Sennachérib, Nabuchodonosor, et de tant d'autres si renommés dans l'Écriture et dans les histoires orientales; il le faut attribuer, ou à l'ignorance des Grecs, plus éloquents dans leurs narrations que curieux dans leurs recher* ches, ou à la perte que nous avons faite de ce qu'il y avoil de plus recherché et de plus exact dans leurs histoires.

En effet Hérodote avoit promis une histoire particulière des Assyriens {Herod,, lib. i. c. 106, 184.), que nous n'avons pas, soit qu'elle^ ait été perdue, ou qu'il n'ait pas eu le temps de la faire; et on peut croire, d'un historien si judicieux, qu'il n'yauroit pas oublié les rois du second empire des Assyriens, puisque môme Sennachérib, qui ea étoit l'un, se trouve encore nommé dans les livres que nous avons de' ce grand auteu** {Herod,, lib. ii. c. 141.), comme roi des Assyriens et des Arabes.

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StralM}n, qui vi voit du temps d'Auguste, rapporte (Slrob., lik xt. tntf .) ce quâ Mégasthène, auteur ancien et voisin des temps d'Alexan* dre, avoit laissé par écrit sur les fameuses conquêtes de Nabuchodonosor roi des Chaldéens, à qui il fait traverser l'Europe, pénétrer l'Espagne, et porter ses armes jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Ëlien nomme Tilgamus roi d'Assyrie (jElian.y Hist. Ànim. lib. xii. c. 21. )? c'est-àdire sans difficulté, le Tilgatb ou Téglath de l'Histoire sainte; et nous avons dans Ptolomée un dénombrement des princes qui ont tenu les grands empires, parmi lesquels se voit une longue suite de rois d'Assyrie inconnus aux Grecs, et qu'il est aisé d'accorder avec l'Histoire saorée.

Si je voulois rapporter ce que nous racontent les annales des Syriens, un Bérose, un Abydénus, un Nicolas de Damas, je ferois un trop long discours. Josepbe et Eusèbe de Césarée nous ont conservé les précieux fragments de tous ces auteurs (Joseph,, Àntiq. lib. ix. c. ult. et lib. X. cil; lib. i. eont. Àpion; Euseb. Prgsp. Evang. lib. ix.)» et d'une infinité d'autres qu'on avoit entiers de leurs temps, dont le témoignage confirme ce que nous dit l'Écriture sainte touchant lesantiquités orientales, et en particulier touchant les histoires assyriennes.

Pour ce qui est de la monarchie des Mè'les , que la plupart des historiens profanes mettent la seconde dan-^ le dénombrement des grands empires, comme séparée de celle des Perses, il est certain que l'Écriture les unit toujours ensemble; et vous voyez, monseigneur, qu'outre l'autorité des Livres snints, le seul ordre des faits montre que c'est à cela quMl s'en faut tenir.

Les M'èdes avant Cyrus, quoique puissants et considérables, étoient effacés par la grandeur des rois de Babylone. Mais Cyrus ayant conquis leur royaume par les forces réunies des Mèdes et des Perses, dont il est ensuite devenu le maître par une succession légitime, comme nous avons remarqué après Xénophon, il parott que le grand empire dont il a été le fondateur a dû prendre son nom des deux nations; de. sorte que celui d^s Médes et celui des Perses ne sont que la même chose, quoique la gloire de Cyrus y ait fait prévaloir le nom des Perses.

.On peut encore penser qu'avant la guerre de Babylone , les rois des Mèdes ayant étendu leurs conquêtes du côté des colonies grecques de l'Asie mineure . ont été par ce moyen célèbres parmi les Grecs, qui leur ont attribué l'empire de la grande Asie, parce qu'ils ne connois- SDÎent qu'eux de tous les rois d'Orient. Cependant les rois de Ninive et de babylone, plus puissants, mais plus inconnus à la Grèce, ont été presque oubliés dans ce qui nous reste d'histoires grecques; et tout le temps qui s'est écoulé depuis Sardanapale jusqu'à Cyrus a été donné au^ Mjàdes seuls.

Ainsi il ne faut plus tant se donner de. peine à concilier en c%. point l'histoire profane avec l'Histoire sacrée. Car, quant à ce qui regarde k prusmier royaume des Assyriens, l'Écriture n'en dit qu'un mot en passait, et ne. nomme ni Ninus fondateur de. cet empire, ni, à la rèserte de Phul, aucun de ses successeurs, parce que leur- histoire n'a rien de commun avec celle du peuple de Dieu. Pour les seconds àmf'

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riens, la plupart des Grecs on les ont entièrement ignorés, ou, pour ne les avoir pas assez connus, ifs les ont confondus avec les premiers.

Quand donc on objectera ceux des auteurs grecs qui arrangent à leur fantaisie les trois premières monarchies, et qui font succéder les Mèdes à Tancien empire d'Assyrie, sans parler du nouveau, que l'Ecriture fait voir si puissant, il n*y a qu'à répondre qu'ils n'ont point connu cette partie de l'histoire, et qu'ils ne sont pas moins contraires aux plus curieux et aux mieux instruits des auteurs de leur nation qu'à l'Écriture.

Et ce qui tranche en un mot toute la difficulté, les auteurs sacrés, plus voisins, par les temps et par les lieux, des royaumes d'OrieAt, écrivant d^aiileurs l'histoire d'un peuple dont les affaires sont si mdlées avec celles de ces grands empires, (|uand ils n'auroient que cet avantage, pourroient faire taire les Grecs, et les Latins qui les ont suivis.

Si toutefois on s'obstine à soutenir cet ordre célèbre des trois pre* mières monarchies, et que, pour garder aux Mèdes seuls le second rang qui leur est donné, on veuille leur assujettir les rois de Babylone, en avouant toutefois qu'après environ cent ans de sujétion, ceux-ci se sont affranchis par une révolte; on sauve en quelque façon la suite de l'Histoire sainte , mais on ne s'accorde guère avec les meilleurs historiens profanes, auxquels l'Histoire sainte est plus favorable en Ce qu'elle unit toujours l'empire des Mèdes à celui des Perses.

Il reste encore à vous découvrir une des causes de l'obscurité de ceï anciennes histoires. C'est que, comme les rois d'Orient prenoient plusieurs noms, ou si vous voulez plusieurs titres, qui ensuite leur tendent lieu de nom propre, et que les peuples les traduisoient ou les prononçoient différemment, selon tes divers idiomes de chaque langue; des histoires si anciennes, dont il reste si peu de bons mémoires, ont dû être par là fort obscurcies. La confusion des noms en aura sans doute beaucoup mis dans les choses mêmes, et dans les piTsonnes; et (le là vient la peine qu'on a ^ie situer, dans l'histoire grecque, les rois (;ui ont eu le nom d'Assuérus, autant incod^u aux Grecs que connu aux Orientaux.

Qui cri)iroit en eflTet que Cyaxare fut le môme nom qn'Assuérus, composé du mot Ky, c'est-à-dire, seigneur, et du mot Axare, qui revient manife.-lement à Axuérus, ou Assuérus ? Trois ou quatre princes ont porté ce nom, quoiqu'ils en eussent encore d'autres. Ainsi il n*y a nul doute que Darius le Mède ne puisse avoir été un Assuérus ou Cyaxare; et tout cadre à lui donner un de ces deux noms. Si on n'étoit averti que Nabuchodonosor , Nabucodrosor, et Nabocolassar, ne sont que le même nom, ou que le nom du même homme, on aurott peine aie croire; et cependant la chose est certaine. C'est un nom tiré de Nabo, un des dieux que Babylone adoroit, et qu'on inséi oit dans les noms des rois en différentes manières. Sargon est Sennachérib; Ozias est Azarias; Séiiécias est Mathanias; Joachas s'appeloil aussi Sellum : on croit que Soûs ou Sua est le même que Sabacon roi d'Ethiopie; Asaraddon qu'on prononce indifféremment Esar-Hadd^^iv qm k&K^x^kAsSe-

dan, est nommé Aséni^har par les Cuthéens (1. Esdr.f iv. 2, 10.) ; on croit que Sardanapale est le même que quelques historiens ont nommé Sarac: et par une bizarrerie dont on ne sait point l'origine, ce même roi se trouve nommé par les Grecs TonosConcoléros. Nous avons déjà remarqué que Sardanapale étoit vraisemblablement Sardan fils de Pbul ou Pul. Mais qui sait si ce Pul ou Pbul, dont il est parlé dans THistoire sainte (4. Reg., xv. 19; 1. Paralip.f v. 26.) i n'est pas le même que Phalasar? car une des manières de varier ces noms étoit de les abréger, de les allonger, de les terminer en diverses inflexions, selon le génie des langues. Ainsi Téglatbpbalasar, c'est-à-dire Téglatb fils de Phalasar, pourroit être un des fils de Phul, qui, plus vigoureux que son frère Sardanapale, auroit conservé une partie de l'empire qu'on auroit ôié à sa maison. On pourroit faire une longue liste des Orientaux, dont chacun a eu, dans les histoires, plusieurs noms différents; mais il suffit d'être instruit en général de cette coutume. Klle n'est pas inconnue aux Latins, parmi lesquels les titres et les adoptions ont multiplié les noms en tant de sortes. Ainsi le titre d'Auguste et celui d'Africain sont devenus les noms propres de César Octavien et des Scipions; ainsi les Nérons ont été Césars. La chose n'est pas douteuse, et une plus longue discussion d'un fait si constant est inutiU.

Pour ceux qui s'étonneront de ce nombre infini d'années que les égyptiens se donnent eux-mêmes, je les renvoie à Hérodote, qui nous assure précisément, comme on vient de voir, que leur histoire n'a de certitude que depuis le temps de Psammitique {Herod. jiïb. u.c. 154.); c'est-à-dire six à sept cents ans avant Jésus-Christ. Que si l'on se trouve embarrassé de la durée que le commun donne au premier empire des Assyriens, il n'y a qu'à se souvenir qu'Hérodote l'a réduite à cinq cent vingt ans {lib. i. c. 95.), et qu'il est suivi par Denys d'Halicarnasse, le plus docte des historiens, et par Appien. Et ceux qui après tout cela se trouvent trop resserrés dans la supputation ordinaire des années, pour y ranger à leur gré tous les événements et toutes les dates qu'ils croiront certaines, peuvent se mettre au large tant qu'il qu'il leur plaira dans la supputation des Septante, que l'£glise leur laisse libre : pour y placer à leur aise tous les rois qu'on veut donner à Ninive, avec toutes les années qu'on attribue à leur règne; toutes les dynasties des Égyptiens, en quelque sorte qu'ils les veulent arranger; et encore toute l'histoire de la Chine, sans même attendre, s'ils veulent, qu'elle soit plus éclaircie.

Je ne prétends plus, monseigneur, vous embarrasser, dans la suite, des difficultés de chronologie, qui vous sont très-peu nécessaires. Celleci étoit trop importante pour ne la pas éclaircir en cet endroit; et après vous en avoir dit ce qui suTfit à notre dessein, je reprends la suite de SOI époques.

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HoiTiÈMB ÉPOQUB. — Cyfus, OU les Juifs rétablit^ Sixième âge da inonde.

Ce fut donc 218 ans après la fondation de Rome , 536 ans avant Jésus-Christ, après les soixante-dix ans de la captivité de Babylone*, et la même année que Cyrus fonda l'empire des Perses, que ce prince, choisi de Dieu pour être le libérateur de son peuple et le restaurateur de son temple, mit la main à ce grand ouvrage. Incontinent après la publication de son ordonnance, Zorobabel, accompagné de Jésus fils de Josédec, souverain pontife, ramena les captifs, qui rebâtirent l'auteP et posèrent les fondements du second temple. Les Samaritains, jaloux de leur gloire, voulurent prendre part à ce grand ouvrage; et sous prétexte qu'ils adoroient le Dieu d'Israël « quoiqu^s en joignissent le culte à celui de leurs faux dieux, ils prièrent Zorobabel de leur permettre de rebfttir avec lui le temple de Dieu (1. Esd., IV. 2, 3.). Mais les enfants de Juda, qui détestoient leur culte mélè, rejetèrent leur proposition. Les Samaritains irrités traversèrent leur dessein par toute sorte d'artifices et de violences. Environ ce temps, Servius Tullius, après avoir agrandi la ville de Rome, conçut le dessein de la mettre en république '. Il périt au milieu de ces pensées, par les conseils de sa fille et par le commandement de Tarquin le Superbe son gendre. Ce tyran envahit le royaume, où il exerça durant un long temps toute sorte de violences. Cependant l'empire des Perses alloit croissant : outre ces provinces immenses de la grande Asie, tout ce vaste continent de l'Asie inférieure leur obéit; les Syriens et les Arabes furent assujettis ; r£gypte , si jalouse de ses lois, reçut les leurs ^ La conquête s'en fit par Cambyse fils de Cyrus. Ce brutal ne survécut guère à Smerdis son frère ^, qu'un songe ambigu lui fit tuer en secret. Le mage Smerdis régna quelque temps sous le nom de Smerdis frère de Cambyse : mais sa fourbe fut bientôt découverte. Les sept principaux* seigneurs conjurèrent contre lui, et l'un d'eux fut mis sur le trône*. Ce fut Darius fils d'Hystape, qui s'appeloit dans ses inscriptions le meilleur £t le mieux fait de tous les hommes {Uerod. , lib. iv. c. 91.). Plusieurs marques le font reconnoître pour l'Assuérus du livre d'Esther, quoiqu'on n'en convienne pas. Au commencement de son règne, le temple fut achevé, après diverses interruptions causées par les Samaritains (1. Esdr.jy. vi.). Une haine irréconciliable se mit entre les deux peuplés, et il n'y eut rien de plus opposé que Jérusalem et Samarie. C'est du temps de Darius que commence la liberté de Rome et d'Athènes, et la grande gloire de la Grèce. Harmodius et Aristogiton, athéniens, délivrent leur pays ' d'Hipparque fils de Pisistrate, et sont tués par ses gardes. Hippias, frère d'Hipparque, tftche en vain de se soutenir. Il est chassé ' : la tyrannie des Pisistratides est entièrement éteinte.

1. An de Rome 218-, dev. J.-G. 536. — 2. An de Rome 319 ; dev. J.-C. 5SS.-^ S. An de Rome 32! ; dev. J.-C. S33.— %. An de Rome 239 ; dev. J.-C. 535.— S. An de Rome 232 ; dev. J -G. 532. — 6. An de Rome 233 ; dev. J.-C 521. — 7. A&d% Rome 241 *, dev. J.-C. 513. — 8. An de Rome 244; dev. I.-C ibV^.

Les Athéniens affranchis dresseat des statues à leurs lit)érateurs, et rétablissent Pétat populaire. Hippias se jette ëntté lids bras de Darius qu'il trouva déjà disposé à entreprendre la conquête de la Grèce , et n'a plus d'espérance qu'en sa protection. Dans le temps qu'il fut chassé, Rome se défit aussi de ses tyrans. Tarquin le Superbe avoit rendu par ses violences là royauté odieuse * : i'impudicité de Sexte son fils acheva de la détruire. Lucrèce déshonorée se tua elle-même : son sang et les harangues de Brutus animèrent les Romains. Lés rois furent bannis, et i'ëDÎpire consulaire fut établi suivant les projets de Servius TuUî'us ; mais il fut bientôt affoibli par la jalousie du peuple. Dès le premier consulat , P. Vàlérius consiil, célèbre par ses victoires, devint suspecta ses âtoyens ; et il fallut, pour les contenter , établir la loi qui permit d'appeler au peuple, du sénat et des consuls, dans toutes les causes où il s'àgissoit de châtier un citoyen. Les Tarquins chassés trouvèrent des défenseurs : les rois voisins regardèrent leur bannissement comme une fnjure faite à tous les rois ; et Porsena foi des Clusiens, peuples d'jStrurié', prit les armes contre Rome. Réduite à l'extrémité , et presque brise, elle fut sauvée par la valeur .d'Horatius Coclès. Les Romains firéiit des prodiges pour leur liberté : Scévola, jeune citoyen, se brûla là main qui avoit manqué Porsena; Clélie, une jeune fille, étonna ce '()rince par sa hardiesse. Porsena laissa Rome en paix, et les Tarquins demeurèrent sans ressource. Hippias, pour qui Darius se déclara', avoit de meilleures espérances. Toute la Perse se remuoit en sa faveur, et Athènes étoit menacée d'une grande guerre. Durant que Darius^ en ttisoit les préparatifs, Rome, qui s'étoit si bien défendue contre les iStrangers, pensa périr par elle-même : la jalousie s'étoit réveillée entre tes patriciens et le peuple; la puissance consulaire, quoique déjà modérée par la loi de F. Vàlérius, parut encore excessive à ce peuple trop jaloux de sa liberté. Il se retira au mont Aventin : les conseils violents fnrent inutiles; le peuple ne put être ramené que par les paisibles remontrances de Ménénius Agrippa; mais il fallut trouver des tempéra- Ittents, et donner au peuple des tiibuns pour le défendre contre les consuls. La loi qui établit cette nouvelle magistrature, fut appelée loi Sacrée; et ce fut là que commencèrent les tribuns du peuple. Darius dVoit enfin éclaté contre la Grèce. Son gendre Mardoniu'î, après avoir traversé l'Asie, croyoit accabler les Grecs par le nombre de ses soldats^'; mais Miltiade défit cette armée immense, dans la plaine de Marathon, avec dix mille Athéniens. Rome battoit tou.s ses ennemis aux ^environs, etsembloit n'avoir à craindre que d'elle-même. Coriolan, zélé patricien, et le plus grand de ses capitaines, chassé, malgré ses ser- ?ices, par la faction populaire, médita la ruine de sa patrie', mena les Vblsques contre elle, la réduisit à l'extrémité', et ne put être apaisé | ^ue par sa mère. La Grèce ne jouit pas longtemps du repos que la ba- ' taille de Marathon lui avoit donné. Pour venger Tafi'ront de la Perse et

1. An de Rome 245 ; dev. J.-C. 509. — 2. An de Rome 247 -, dev. J.-C. 507. — S. An de Rome 25% *, dev. J.-C. 5eo.— 4. An de Rome 261 ; dev. J.-C. %93.— 5. Aa de Rome 264; dev J.-C. 490. — 6. An de Rome 265 ; dev. J.-C. 489- — 7. Andi Rome .66 -, dev. J.-C. 488.

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de Darius *, Xetcès son fils et son successeur, et petit-fils de Cyrus pu sa m&re Atosse, attaqua les Grecs avec onze cent mille combattants (d'autres disent dix-sept cent mille), sans compter son armée navale de dous« cents vaisseaux. Léonidas roi de Sparte, qui n'a voit que trois cents hommes, lui en tua vingt mille au passage des Thermopyles, et périt avec les siens. Par les conseils de Thémistocle, Athénien, l'armée na* vale de Xercès est défaite la même année, prés de Salamiite. Ce prince repasse l'Hellespont avec frayeur * ; et un an après, son armée de terre, que Ifardonius comniàndoit, est taillée en pièces auprès de Platée, par Pausanias, roi de Lacédémone, et par Aristide Athénien, appelé le Juste. La bataille se donna le matin ; et le soir de cette fameuse journée, lés Grecs Ioniens, qui avoient secoué le joug des Perses, leur tuèrent trente mille hommes dans la bataille de Mycale, sous la conduite de Léotychides. Ce général, pour encourager ses soldats, leur dit que Màrdonius venoit d'être défait dans la Grèce. La nouvelle se truuva véritable, ou par un effet prodigieux de la renommée, ou plutôt par une heureuse rencontre ; et tous les Grecs de l'Asie mineure se mirent en liberté. Cette nation remportoit partout de gninds avantages ; et un peu auparavant les Carthaginois, puissants alors, furent battus dans la Sicile, où ils vouloient étendre leur domination , à la sollicitation des Perses. Malgré ce mauvais succès, ils ne cessèrent depuis de faire de nouveaux desseins sur une île si commode à leur assurer l'empire de la mer, que leur république aflfectoit. La Grèce le tenoit alors; mais elle ne regardoit que l'Orient et les Perses. Pausanias ' venoit d'affranchir l'île de Chypre de leur joug, quand il conçut le dessein d'asservir son pays*. Tous ses projets furent vains, quoique Xercès lui promît tout :1e traître fut trahi par celui qu'il aimoit le plus, et son infftme amour lui cottA la vie ^. La même année, Xercès fut tué par Artaban son capitaine des gardes {Arist.f Polit lib. v. c. 10.), soit que ce perfide voulût occuper le trône de son maître, ou qu'il craignit les rigueurs d'un prince dont il n'kvoit pas exécuté assez promptement les ordres cruels. Artaxerce à la Longue-Main, son fils, commença son règne, et reçut peu de temps après une lettre de Thémistocle • qui, proscrit par ses citoyens, lui offroit ses services contre les Grecs. Il sut estimer, autant qu'il le devoit, un capitaine si renommé, et lui fit un grand établissement, malgré la jalOQsie des Satrapes. Ce roi magnanime ^ protégea le peuple juif (1. Esdr.y VII. via.); et dans sa vingtième année, que ses suites rendent mémorable, il permit à Néhémias de rétablir Jérusalem avec ses murailles* (l. ffsdr., I. 1; VI. 3; 2. Esdr., ii. 1, 2.). Ce décret d'Artaxerce diffère de celui de Cyrus, en ce que celui de Cyrus regardoit le temple, et celui-ci est fait pour la ville. A ce décret prévu par Daniel , et marqué dans sa prophétie {Dan.j ix. 25.) i les quatre cent quatre-vingtdix ans de ses semaines commencent. Cette importante date a de so« Kdes fondements. Le bannissement de Thémistocle est placé, dans 11

1. An de Rome '274; dev. J.-C. 480. — 2. An de Rome 275 ; dev. J.-G. 479. — 3. An de Rome 277; dev. J.-C. 477. — 4. An de Rome 278 ; dev. J.-C. 476.-5. An de Rome 280; dev. J.-G. 474. — 6. An de Rome 281 ; dev J.-C. 473- — 7. An d« Rome 287 ; dev. J.-C. 487. — 8. An de Rome 300 ; dev. J.-G. 454^.

Chronique d*Eusèbe, à la dernière année de b 76* olympiade, qui revient à l'an 280 de Rome. Les autres chronologistes le mettent un peu au-dessous : ia différence est petite, et les circonstances du temps assurent la date d'Eusèbe. Elles se tirent de Thucydide , historien trèsexact; et ce grave auteur, contemporain presque, aussi bien que citoyen de Thémistocle, lui Tait écrire sa lettre au cocamencement du règne d'Artaxerce (T/iiiq/d. , lib. i.)- Cornélius Népos, auteur ancien et judicieux autant qu'élégant, ne veut pas qu'on doute de cette date après Tautorité de Thucydide {Corn. Nepos, in Themist.y c. 9.) : raisonnement d'autant plus solide, qu'un autre auteur plus ancien encore que Thucydide s'accorde avec lui. C'est Charon de Lampsaque cité par Plutarque {Pîutarq., in Themist.)', et Plutarque ajoute lui-même, que les Annales, c'est-à-dire celles de Perse, sont con formes à ces deux auteurs. Il ne les suit pourtant pas, mais il n'en dit aucune raison ; et les historiens qui commencent huit ou neuf ans plus tard le règne d'Artaxerce, ne sont ni du temps, ni d'une si grande autorité. U parolt donc indubitable qu'il en faut placer le commencement vers la fin de la 76* olympiade, et approchant de Tannée 280 de Rome, par où la vingtième année de ce prince doit arriver vers la fin de la 81* olympiade, et environ l'an 300 de Rome. Au reste, ceux qui rejettent plus bas le commencement d'Artaxerce, pour concilier les auteurs, sont réduits à conjecturer que son père l'avoit du moins associé au royaume quand Thémistocle écrivit sa lettre ; et en quelque façon que ce soit, notre date est assurée. Ce fondement étant posé, le reste du compte est aisé à faire, et la suite le rendra sensible. Après le décret d'Artaxerce, les Juifs. travaillèrent à rétablir leur ville et ses murailles, comme Daniel l'avoit prédit (Dan. , ix. 25.)* Néhémias conduisit 1 ouvrage avec beaucoup de prudence et de fermeté, au milieu de la résistance des Samaritains, des Arabes et des Ammonites. Le peuple fit un effort, et Ëliasib souverain pontife l'anima par son exemple. Cependant les nouveaux magistrats qu'on avoit donnés au peuple romain, augmentoient les divisions de la ville ; et Rome, Tormée sous des rois, manquoit des lois nécessaires à la bonne constitution d'une république. La réputation de la Grèce, plus célèbre encore par son gouvernement que par ses victoires, excita les Romains à se régler sur son exemple. Ainsi ils envoyèrent des députés * pour rechercher les lois des villes de Grèce, et surtout celles d'Athènes, plus conformes à l'état de leur république. Sur ce modelé, dix magistrats absolus, qu'on créa l'année d'après >, sous le nom de Décemvirs, rédigèrent les lois des Douze Tables, qui sont le fondement du droit romain. Le peuple', ravi de l'équité avec laquelle ils les composèrent, leur laissa empiéter le pouvoir suprême, dont ils usèrent tyranniquement. Il se fit alors de grands mouvements < par l'intempérance d'Appius Claudius, un des décemvirs, et par le meurtre de Yii^ ginie, que son père aima mieux tuer de sa propre main que de la laisser abandonnée à la passion d'Appius. Le sang de cette seconde Lucrèce

1. An de Rome 302:dev. J.-C. 452. — 3. An de Rome 303: dev. J.-G. ISl.* S. An de Rome 304-, dev. J.-G. 450. — 4. An de Romt 30S ; dev. J.-C 449.

réveilla le peuple romain, et les décemvirs furent chassés. Pendant que les lois romaines se formoient sous les décemvirs, Esdras docteur de la loi y et Néhémias gouverneur du peuple de Dieu nouvellement rétabli dans la Judée, réforipoient les abus, et faisoient observer la loi de Moïse qu'ils observoient les premiers (1. Esdr., ix. x;2. Esdr,^ ziu ; Deut.^ zni. 3.)- Un des principaux articles de leur réformation, fut d'obliger tout le peuple, et principalement les prêtres, à quitter les femmes étrangères qu'ils avoient épousées contre la défense de la loi. Esdras mit en ordre las Livres saints, dont il fit une exacte révision, et ramassa les anciens mémoires du peuple de Dieu pour en composer les deux livres des Paralipomènes ou Chroniques, auxquelles il ajouta Thistoire de son temps, qui fut achevée par Néhémias. C'est par leurs livres que se termine cette longue histoire que Moïse avoit commencée, et que les atiteurs suivants continuèrent sans interruption jusqu'au rétablissement de Jérusalem. Le reste de l'Histoire sainte n'est pas écrit dans la même suite. Pendant qu'Esdras et Néhémias faisoient la dernière partie de ce grand ouvrage, Hérodote, que les auteurs profanes appellent le père de l'histoire, commençoit à écrire. Ainsi les derniers auteurs de l'Histoire sainte se rencontrent avec le premier auteur de l'histoire grecque; et quand elle commence, celle du peuple de Dieu, à la prendre seulement depuis Abraham, enfermoit déjà quinze siècles. Hérodote n'avoit garde de parler des Juifs dans l'histoire qu'il nous a laissée ; et les Grecs n'avoient besoin d'être informés qiie des peuples que la guerre, le commerce, ou un grand éclat leur faisoit connoltre. La Judée, qui commençoit à peine à se relever de sa ruine, n'attiroit pas les regards. Ce fut dans des temps si malheureux que la langue hébraïque commença à se mêler de langage chaldaîque , qui étoit celui de Babylone durant le temps que le peuple y fut captif ; mais elle étoit encore entendue, du temps d'Esdras. de la plus grande partie du peuple, comoie il paraît par la lecture qu'il fit faire des livres de la loi « hautement et ■ intelligiblement en présence de tout le peuple, hommes et femmes c en grand nombre, et de tous ceux qui pouvoient entendre, et tout le « monde entendoit pendant la lecture (2. £«dr. , viii. 3, 6, 8.). » Depuis ce temps peu à peu elle cessa d'être vulgaire. Durant la captivité, et ensuite par le commerce qu'il fallut avoir avec les Chaldéens,les Juif< apprirent la langue chaldaîque, assez approchante de la leur, et qui avoit presque le même génie. Cette raison leur fit changer l'ancienne figure des lettres hébraïques , et ils écrivirent Thébreu avec les lettres des Chaldéens j plus usitées parmi eux , et plus aisées à former. Ce changement fut aisé entre deux langues voisines dont les lettres étoient de même valeur, et ne difl*éroient que dans la figure. Depuis ce temps, on ne trouve l'Ecriture sainte parmi les Juifs qu'en caractères chaldaîques. J'ai dit que l'Écriture ne se trouve parmi les Juifs qu'en ces caractères. Maison a trouvé de nos jours, entre les mains des Samaritains, un Pentateuque en anciens caractères hébraïques tels qu'on les voH dans les médailles et dans tous les monuments des siècles passés. Ce Pentateuque ne diffère en rien de celui des Juifs, si ce n'est qu'il y a an endroit falsifié en faveur du culte public, que les Samaritains sa^-

T88 DISCOÙKS

tënoient que Dieu avoit établi sur la montagne de Gariziin près de Samarie , comme les Juifs soutenoient que c'étoit dans Jérusalem. 11 y a encore quelques diflférences, mais légères. Il est constant que les anciens Pères, et entre autres Ëusèbe et saint Jérôme, ont vu cet ancien Pentateuque samaritain; et qu'on trouve, dans celui que nous avons, tous les caractères de celui dont ils ont parlé.

Pour entendre parfaitement les antiquités du peuple de Dieu, il faut ici en peu de mots faire l'histoire des Samaritains et de leur Pentateu- |ue. 11 faut pour cela se souvenir qu'après Salomon * , et en punition de ses excès, sous Roboam son fils, Jéroboam sépara dix tribus du royaume de Juda, et forma le royaume d'Israël, dont la capitale fut Samarie'.

Ce royaume, ainsi séparé, ne sacrifia plus dans le temple de Jérusalem, et rejeta toutes les Ëcritures faites depuis David et Salomon, sans se soucier non plus des ordonnances de ces deux rois, dont l'un avoit préparé le temple, et l'autre l'a voit construit et dédié.

Rome fut fondée l'an du monde 3250; et trente-trois ans après, c'es^ à-dire, l'an du monde 3283, les dix tribus schi^matiques furent transportées à Ninive, et dispersées parmi les Gentils.

Sous Asaraddon roi d'Assyrie, les Cuthéens furent envoyés' pour habiter Samarie (4. JReg.^ xvii. 24; 1 Esdr.j iv. 2.). C'étoient des peupies d'Assyrie, qui furent depuis appelés Samaritains. Ceux-ci joignirent le culte de Dieu avec celui des idoles, et obtinrent d'Asaraddon un prêtre Israélite qui leur apprit le service du Dieu du pays, c'est-à-dire les observances de la loi de Moïse. Mais leur prêtre ne leur donna que les livres de Moïse dont les dix tribus révoltées avoient conservé la vénération, sans y joindre d'autres Livres saints, pour les raisons que l'on vient de voiK

Ces peuples ainsi instruits ont toujours persisté dans la haine que les dix tribus avoient contre les Juifs ; et lorsque Cyrus permit aux Juifs * de rétablir le temple de Jérusalem, les Samaritains traversèrent autant qu'ils purent leur dessein (1. Esdr,j iv. 2, 3.), en faisant semblant néanmoins d'y vouloir prendre part, sous prétexte qu'ils aduroient le Dieu d'Israël, quoiqu'ils en joignissent le culte avec celui de leurs fausses divinités.

Ils persistèrent toujours à traverser les desseins des Juifs lorbqu'ils rebâtissoient leur ville sous la conduite de Néhémias; et les deux nations furent toujours ennemies.

On voit aussi la raison pourquoi ils ne changèrent pas avec les Juifs les caractères hébreux en caractères chaldaïques. Us n'avoient garde d'imiter les Juifs, non plus qu'Ësdras leur grand docteur, puisqu'ils les avoient en exécration ; c'est pourquoi leur Pentateuque se trouve écrit en anciens caractères hébraïques, ainsi (]u'ii a été dit.

Alexandre leur permit^ de bâtir le temple de Garizim. Manassès frère de Jaddus souverain pontife des Juifs, qui embrassa le schisme des

t.- An du monde SO'ii^; dey. J.-C. y75. — '2. An du monde 3080; dev. J.-C. W4. — 3. An de Rome 77 ; dev. J.-C. 677. — 4. An de Home 219; dev. J.-C. 53». — 5. An de Rome 421 ; dev. J.-C. 333.

SUR l'histoire universelle. JW

Samaritains, obtint la permission de bâtir ce temple; et c'est appa^ remment sous lui qu'ils commencèrent à quitter le culte des faux dieux, ne différant d'aTec les Juifs qu'en ce qu'ils le vouloient servir, non point dans Jérusalem , comme Dieu l'avoit ordonné , mais sur le mont Garizim.

On voit ici la raison pourquoi ils ont falsifié, dans leur Pentateuque^ l'endroit où il est parlé de la montagne de Garizim, dans le dessein de montrer que cette montagne étoit bénite de Dieu et consacrée à son culte, et non pas Jérusalem.

La haine entre les deux peuples subsista toujours : les Samaritains soutenoient que leur temple de Garizim devoit être préféré à celui de Jérusalem. La contestation fut émue devant Ptolomée Philométor, roi. d'Egypte. Les Juifs, qui 8 voient pour eux la succession et la tradition manifeste, gagnèrent leur cause par un jugement solennel {Jos.jAnt. lib. XH. cap. 6, al. 3.).

Les Samaritiins' qui, durant la persécution d'Antiochus et des rois de Syrie se joignirent toujours à eux contre les Juifs, furent subjugué- par J' an Hircan, fils de Si:non^ qui renversa leur temple de. Garizim, mais qui ne les put empêcher de continuer leur service sur la montagne où il étoit bâti, ni réduire ce peuple opiniâtre à venir adorer dans le temple de Jérusalem.

De là vient que, du temps de Jésus- Christ, on voit encore les Samaritains attachés au même culte et condamnés par Jôsus-Christ (Joan.^ IV. 23.).

Ce peuple a toujours subsisté depuis ce temps-lâr en deux ou trois endroits de l'Orient. Un de nos voyageurs l'a connu, et nous en a rap-, porté le texte du Pentateuque qu'on appelle Samaritain, dont on voit à présent l'antiquité et on entend parfaitement toutes les raisons pour lesquelles il est demeuré en l'état où nous le voyons.

Quant aux Juifs que nous avons vus répandus dans les villes grecques, ils oublièrent non-seulement leur ancienne langue, qui étoit l'hébreu, mais encore le chaldéen, que la captivité leuravoit appris. Us se firent un grec mêlé d'hébraîsme, qu'on appelle le langage hellénistique, dans lequel les Septante et tout le nouveau Testament sont écrits : et ce langage s'étendoit non -seulement dans la Grèce proprement dite, mais encore dans l'Egypte et dans la Syrie, et généralement dans tous les pays où les successeurs d'Alexandre avoient étatil|.. la langue grecque.

Les Juifs vivotent avec douceur sous l'autorité d'Artaxerxe. Ce prince réduit par Cimon, fils de Miltiade, général des Athéniens, à faire une paix honteuse, désespéra de vaincre les Grecs par la force, et ne songea plus qu'à profiter de leurs divisions. Il en arriva de grandes entre les Athéniens et les Lacédémoniens. Ces deux peuples, jaiom; l'un de l'autre, partagèrent toute la Grèce. Périples, athénien^ commença la guerre du Péloponèse, durant laquelle Théramène, Thrasybule et Alcibiade Athéniens, se rendent célèbres. Brasidas et Myndare

I. An de Rome S87; dev. J.-G. 167 , — 2. An de Rome 62%; dev. i.-C* l|fi V An de Rome 323 ; dev. J.-C. 431.

Lacédémoniens, y meurent en combattant pour leur pays. Cette guerro dura vingt-sept ans, et finit à Tavantage de Lacédémone, qui avoit mis dans son parti Darius nommé le Bâtard, fils et successeur d*Artaierxe. Lysandre, général de l'armée navale des Lacédémoniens,prit Athènes', et en changea le gouvernement. Maisla Perse s'aperçut bientôt qu'elle avoit rendu les Lacédémoniens trop puissants. Ils soutinrent le jeune Cyrus^ dans sa révolte contre Artaxerxe son aîné, appelé Mnémon à cause de son excellente mémoire, fils et successeur de Darius. Ce jeune prince , sauvé de la prison et de la mort par sa mère Parysatis, songe à la vengeance, gagne les Satrapes par ses agréments infinis, traverse l'Asie mineure, va présenter la bataille au roi son frère dans le cœur de son empire, le blesse de sa propre main, et se croyant trop tôt vainqueur, périt par sa témérité. Les dix mille Grecs qui le servoient font cette retraite étonnante, où commandoit à la fin Xénophon, grand philosophe et grand capitaine, qui en a écrit l'histoire. Les Lacédémoniens continuoient à attaquer l'empire des Perses', qu'Agésilas roi de Sparte fit trembler dans l'Asie mineure ; mais les divisions de la Grèce le rappelèrent en son pays. En ce temps la ville de Veies, qui égaioit presque la gloire de Rome, après un siège de dix ans et beaucoup de divers succès, fut prise par les Romains sous la conduite de Camille. Sa générosité lui fit encore une autre conquête. Les Falisques qu'il assiégeoit ^ se donnèrent à lui , touchés de ce qu'il leur avoit renvoyé leurs enfants qu'un maître d'école lui avoH livrés. Rome ne Touloit pas vaincre par des trahisons, ni profiter de la perfidie d'uo Iftche, qui abusoit de l'obéissance d'un âge innocent. Un peu après*, les Gaulois Sénonois entrèrent en Italie, et assiégèrent Clusium. Les Romains perdirent contre eux la fameuse bataille d'Allia. Leur ville fut prise et brûlée *. Pendant qu'ils se défendoient dans le Capitole, leurs affaires furent rétablies par Camille qu'ils avoient banni. Les Gaulois demeurèrent sept mois maîtres de Rome; et appelés ailleurs par d'autres affaires, ils se retirèrent chargés de butin (Polyh.^ 1. i. c. 6:lib.u. c. 18, 22.). Durant les brouilleries de la Grèce, Ëpaminondas Thébain' se signala par son équité et par sa modération, autant que par ses victoires. On remarqua qu'il avoit pour règle de ne mentir jamais, môme en riant. Ses grandes actions éclatent dans les dernières années deMnémon, et dans les premières d'Ochus. Sous un si grand capitaine, les Thébains sont victorieux et la puissance de Lacédémone est abattue. Celle des rois de Macédoine commence avec Philippe, père d'Alexandre le Grand*. Malgré les oppositions d'Ochus et d'Arsès son fils, rois dt Perse, et malgré les difficultés plus grandes encore que lui suscitoU dans Athènes Tôloquence de Démosthène, puissant défenseur de la liberté, ce prince victorieux durant vingt ans assujettit toute la Grèce, où la bataille de Chéronée*, qu'il gagna sur les Aihùniens et sur leun

1. An de Rome 350; dev. J.-G. 404. — 2. An de Rome 3S3; dev. j.-c. 401. -> 3. An de Rome 358; dev. j.-C. 396. — 4. An de Rome 360 ; dev. J.-C. 394. —S. An de Rome 363 ; dev. J.-C. 391. — 6. An de Rome 364 ; dev J.-G. 390. —7. Aa de Rome 3S3 ; dev. J.-C. 371.-8. An de Rome 395 ; dev. J.-C. 359. ~ 9. An de Rome 418; dev. J.-C. 338.

alliés, lui donna une puissance absolue. Dans cette fameuse bataille, pendant qu'il rompoit les Athéniens, il eut la joie de voir Alexandre, à Tftge de dix-huit ans, enfoncer les troupes thébaines de la discipline d'Ëpaminondas, et entre autres la troupe Sacrée, qu*on appeloit des Amis, qui se croyoit invincible. Ainsi maître de la Grèce, et soutenu par un fils d'une si grande espérance, il conçut de plus hauts desseins, et ne médita, rien moins que la ruine des Perses contre lesquels il fut déclaré capitaine général K Mais leur perte étoit réservée à Alexandre*. Au milieu des solennités d'un nouveau mariage, Philippe fut assassiné par Pausanias, jeune homme de bonne maison, à qui il n'avoit pas rendu justice. L'eunuque Bagoas tua dans la môme année Arsès roi de Perse, et fit régner à sa place Darius fils d'Arsame , surnommé Codomanus. Il mérite, par sa valeur, qu'on se range à l'opinion, d'ailleurs la plus vraisemblable, qui le fait sortir de la famille royale. Ainsi deux rois courageux commencèrent ensemble leur règne, Darius fils d'Arsame, et Alexandre fils de Philippe. Ils se regardoient d*un œil jaloux , et sembloient nés pour se disputer l'empire du monde. Mais Alexandre voulut s'aflîermir avant que d'entreprendre son rival. II vengea la mort de son père; il dompta les peuples rebelles qui méprisoient sa jeunesse; il >attit les Grecs, qui tentèrent vainement de secouer le joug; et ruina Tkèbes*,où il n'épargna que la* maison et les descendants de Pindare, dont la Grèce admiroitles odes. Puissant et victorieux^, il marcha après tant d'exploits à la tête des Grecs contre Darius', qu'il dérait en trois batailles rangées*, entre triomphant dans Babylone et dans Suse, détruit Persépolis^ ancien siège des rois de Perse, pousse ses conquêtes jusqu'aux Indes*, et vient mourir* à Babylone, âgé de trente-trois ans. De son temps Manassès**, frère de Jaddus souverain pontife, excita des brouilleries parmi les Juifs. Il avoit épousé la fille de Sanaballat Samaritain , que Darius avoit fait Satrape de ce pays. Plutôt que de ré» pudier cette étrangère, à quoi le conseil de Jérusalem et son frère Jaddus Touloient l'obliger, il embrassa le schisme des Samaritains. Plusieurs Juifs, pour éviter de pareils censures, se joignirent à lui. Dès lors il résolut de bâtir un temple près de Samarie sur la montagne de Garizim,que les Samaritains croyoient bénite, et de s'en faire le pontife. Son beau-père, très-accrédité auprès de Darius, l'assura de la protection de ce prince, et les suites lui furent encore plus favorables". Alexandre s'éleva ; Sanaballat quitta son maître, et mena des troupes au victorieux durant le siège de Tyr. Ainsi il obtint tout ce qu'il voulut; le temple de Garizim fut bâti, et l'ambition de Manassès fut satisfaite. Les Juifs cependant , toujours fidèles aux Perses , refusèrent à Alexandre le secours qu'il leur demandoit. Il alloit à Jérusalem, résolu de se venger : mais il fut changé à la vue du souverain pontife, Qui vint au-devant de lui avec les sacrificateurs, revêtus de leurs habits

1. An de Rome 417 ; dev. J.-G. 337.-3. An de Rome 418 ; dev. J -G. S36 —S. An de Rome lis. ;dev. J.-C. SS5.— %. An de Rome 420 ;dev. J. G. 334^— s. An de Rome 42t;dev. J.-G. 333.— 6. An de Rome 433; dev J-G. 331— 7. An de R* me 434; dev. I.-C. 3S0.— S. An do Rome 437; dev. J.-C 337.— S. An de Rome 430; dev. J.^ tl%.*lf. An de Rome 431; dev. J.-G. 333.-11. Ande Rome 4St; dev. J.-& ISS.

de cérémonie, et précédés de tout le peuple: babillé de, biaoc. Oo-Ui. montra des prophéties qui prédisoient ses victoires*, c'étoiont ceUeadA. Daniel. Il accorda aux Juifs toutes leurs demandes, et il6.1ui:gardéiMDti la même fidélité qu'ils avoient toujours gardée aux rois de. Perse»

Durant ses conquêtes * , Rome étoit aux mains avec les Samaites ses. voisins, et avoit une peine extrême à les réduire., malgré. la valeucet a conduite de Papirius Cursor, le plus illustre de ses géoéjcaux. Après a mort d'Alexandre, son empire fut partagé. Perdiccas, Ptoloinée.il8 ie Lagus, Antigonus, Seieucus, Lysimaque, Antipateret son fils Gasander 3, en un mot, tous ses capitaines nourris dans la guerre sous.ub si grand conquérant, songèrent à s'en rendre maîtres parles armes' : ils immolèrent à leur ambition toute la famille d'Alexandre, sonlî'ère, sa mère, ses femmes, ses enfants, et jusqu'à ses sœurs : on ne vit que des batailles sanglantes et d'effroyables révolutions. Au milieu de tant de désordres , plusieurs peuples de l'Asie mineure et du voisinage s'af* franchirent, et formèrent les royaumes de Pont, de Bithynie et dePergame. La bonté du pays les rendit ensuite riches et puissants. L'Arménie secoua aussi dans le même temps le joug des Macédoniens, et devint un grand royaume. Les deux Mithridate, père et fils, fondèreat celui de Cappadoce. Mais les deux plus puissantes monarchies qui se soient élevées alors furent celles d'Egypte fondée * par Ptolomée fils de Lagus, d'où viennent les Lagides; et celle d'Asie ou de Syrie fondée' par Seieucus, d'où viennent les Séleucides, Celle-ci comprenoU ^utie la Syrie, ces vastes et riches provinces de la haute Asie, qui oon^ soient l'empire des Perses : ainsi tout l'Orient reconnut la Gréœ, êtes apprit le langage. La Grèce elle-même étoit opprimée par les capitaines d'Alexandre. La Macédoine son ancien royaume, qui doonoitdes mittrès à l'Orient, étoit en proie au premier venu. Les enfants de Cassasder se chassèrent les uns les autres de ce royaume. Pyrrhus, roi des Epirotes, qui en avoit occupé une partie, fut chas.sé* par Démétrios Poliorcète fils d'Antigonus qu'il chassa aussi à son tour ' : il est lui-mêmechassé encore une fois par Lysimaque* : et Lysimaque par Séleuous*, que Ptolomée Céraunus, chassé d'Egypte '* par son père Ptolomée I, tua en traître malgré ses bienfaits". Ce perfide n'eut pas plutôt envahi la Macédoine, qu'il fut attaqué par les Gaulois *>, et périt dans un ooBbtt qu'il leur dohna. Durant les troubles de l'Orient, ils vinrent dans l'Aiie mineure, conduits par leur roi Brennus, et s'établirent dans la Galle* Grèce ou Galatie, nommée ainsi de leur nom, d'où ils se jetèrent dans la Macédoine qu'ils ravagèrent, et firent trembler toute la Grèce. Mais leur armée périt dans l'entreprise sacrilège du temple de Delphes.*** Cette nation remuoit partout, et partout elle étoit malheureuse. Quel' ques années devant lafiaire de Delphes *< , les Gaulois d'Italie, quelewt

1. An de Rome 428, 429, 430. — 2. An de Rome 430 -, dev. J.-C. 324. — S. An de Rome 43o, 436, 438, 443, 445. — 4. An de Rome 431 -, dev. J.-C. S23.— 5. As de Rome 442; dev. J.-C. 312. — 6. An de Rome 458 ; dev. J.-C. 296. — 7< An dt Rome 460-, dev. J.-C. 294. — 8. An de Rome 465 ; dev. J.-C. 3S9. — 9. An et Rome 468; dev. J.-C. 286. — 10. An de Rome 473; dev. J.-G.SSl. ~ 11. Rome 474 ; dev. J.-C. 380. — 13. An de Rome 475 -, dev. J.-C. 379. — it. Rome 476; dev. J.-C. 378. — 14. An de Rome 471 ; dev. J-a 38».

SUR l'histoire universelle. 193

guerres continuelles et leurs Yictoires fréquentes rendoient la terreur (les Romains, furent excités contre eux par les Samnites, les Brutiens et les Étruriens {Polyb,, lib. n. c. 20.). Ils remportèrent d'abord une nouvelle victoire; mais ils en souillèrent la gloire en tuant des ambas^r sadeurs. Les Romains indignés marchent contre eux, les défont, entrent dans leurs terres, où ils fondent une colonie, les battent encore deux fois', en assujettissent une partie, et réduisent l'autre à demander la paiT. Après que les Gaulois d'Orient eurent été chassés de la Grèce, Antigon us Gonatas, fils de Démétrius Poliorcète', qui régnoit depuis diuzeansdanslaGrèce, mais fort peu paisible, envahit sans peine la Macédoine. Pyrrhus étoit occupé ailleurs. Chassé de ce royaume' il espéra de contenter son ambition par la conquête de l'Italie, où il fut appelé par les Tarentins. La bataille que les Romains venoient de gagner sur eux et sur les Samnites ne leur laissoit que cette ressource^ Il remporta contre les Romains des victoires qui le ruinoient. Les éléphants de Pyrrhus les étonnèrent; mais le consul Fabrice fit bientôt voir aux Romains que Pyrrhus pouvoit être vaincu. Le roi et le consul sembloient se disputer la gloire de la générosité, plus encore que celle des armes: Pyrrhus rendit au consul tous les prisonniers sans rançon, disant qu'il falloit faire la guerre avec le fer, et non point avec l'argent ; et Fabrice renvoya au roi son perfide médecin*, qui étoit venu lui ofl'rir d'empoisonner son maître. En ces temps, la religion et la nation judaïque commence à éclater parmi les Grecs. Ce peu|ile , bien traité par les rois de Syrie, vivoit tranquillement selon ses lois. Antiochus surnommé le Dieu, petit fils de Séleucus, les répandit dans l'Asie mineure, d'où ils s'étendirent dans la Grèce, et jouirent partout des mêmes droits et de la même liberté que les autres citoyens {Joseph. j Aat. lib. XII. c. 3.). Ptolomée fils de Lagus les avoit déjà établis en Egypte. Sous son fils Ptolomée Philadelphe *, leurs Ecritures furent tournées en grec, et on vit paroître cette célèbre version appelée la version des Septante. C'étoit de savants vieillards qu'Eléazar souverain pontife envoya au roi qui les demandoit. Quelques-uns veulent qu'ils n'aient traduit que les cinq livres de la loi. Le reste des Livres sacrés pourroit dans la suite avoir été mis en grec pour l'usage des Juifs répandus dans l'Egypte et dans la Grèce [Ibid. , lib. i. Proasm. ; lib. xii. c. 2.), où ils oublièrent non-seulement leur ancienne langue, qui étoit l'hébreu, mais encore le chaldéen que la captivité leur avoit appris. Ils se firent un grec mêlé d'hébralsme, qu'on appelle le langage hellénistique : les Septante et tout le nouveau Testament est écrit en ce langage. Durant cette dispersion des Juifs, leur temple fut célèbre par toute la terre, et tous les rois d'Orient y présentoient leurs ofl'randes. L'Occident étoit attentif à la guerre des Romains et de Pyrrhus. Enfin ce roi fut défait par le consul Curius^, et repassa en Ëpire. Il n'y demeura pas longtemps en repos et voulut se récompenser sur la Hacé-

I. An de Rom« 472; dev. J.-C. 282. — 2. An de Rome 477 j dev. J.-a 277. — S. An de Rome 474 ; dev. J.-G. 280. — 4. An de Rome 47 s ; dev. J.-C. 278. — S. An de Rome 476; dev. J.-C. 278. — 6. An de Rome 477; dev. J.-C.J177. — 7. An de Home 479 ; dev. J.-C. 27f .

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l9k DISCOURS

doine des mauvab succès d'Italie. Antigonus Gonatas fut renfermé dans Thessalonique *, et contraint d'abandonner à Pyrrhus tout le reste du royaume. Il reprit cœur pendant que Pyrrhus inquiet et ambitieux faisoit la guerre aux Lacédémoniens et aux Argiens '. Les deux rois ennemis furent introduits dans Argos en même temps par deux cabales contraires et par deux portes différentes. Il se donna danfts la Tille un grand combat : une mère, qui vit son fils poursuivi par Pyrrhus qu'ft avoit blessé, écrasa ce prince d'un coup de pierre. Antigonus défait d'un tel ennemi rentra dans la Macédoine, qui, après quelques charigements , demeura paisible à sa famille. La ligue des Achéens Pempêcha de s'accroître. Cétoit le dernier rempaxt de la liberté de la Grèce , et ee fut elle qui en produisit les derniers héros avec Aratus et Philopœmen. Les Tarentins, que Pyrrhus entretenoii d'espérance, appelèrent les Carthaginois après sa mort. Ce secours leur fut inutile : ils furent battus avec les Brutiens et Ijs Samnites leurs alliés. Ceux-ci, après soixante-douze ans de guerre continuelle, turent forcés à subir le joug des Romains. Tarente les suivit de près ; les peuples voisins ne tinrent pas : ainsi tous les anciens peuples d'Italie furent subjugués. Les Gaulois souvent battus n'osoient remuer. Après quatre cent quatre-vingts ans de guerre, le.s Romains se virent les maîtres en Italie, et commencèrent à regarder les affaires du dehors {Polyb., lib. i. c. 12 j lib. ii. cl.): ils entrèrent en jalousie contre les Carthaginois, trop puissants dans leur voisinage par les conquêtes qu'ils faisoient dans la Sicile, d'où ils venoient d'entreprendj e sur eux et sur l'Italie, en secourant les Tàrentins. La république de Carthage lenoit les deux côtés de 'la mer Méditerranée. Outre celle d'Afrique, qu elle possédoit presque toute entière, elle s'étoit étendue du côté d Espagne par le détroit. Maîtresse de la mer et du commerce, elle avoit envahi les îles de Corse et de Sardaigne. La Sicile avoit peine à se défendre; et l'Italie étoit menacée de trop près pour ne pas craindre*. De là les guerres puniques, malgré ies traités, mal observés de part et d'autre. La première apprit aux Romains à combattre sur la mer ^ lis furent maîtres d'abord dans un art qu'ils ne con* noissoient pas ; et le consul Duiiius, qui donna la première bataille navale, la gagna. Régulus soutint cette gloire, et aborda en Afrique, où il eut à combattre ce prodigieux serpent, contre lequel il fallut employer toute son armée. Tout cède: Carthage, réduite à l'extrémité, ne se sauve que par le secours de Xantippe Lacédémonien. Le général romain est battu et pris ^ ; mais sa prison le rend plus illustre que ses victoires. Renvoyé sur sa parole, pour ménager l'échange des prisonniers, il vient soutenir dans le sénat la loi qui ôtoit toute espérance à ceux qui se laissoieiit prendre, et retourne à une mort assurée. Deux épouvantables naufrages contraignirent les Romains d'abandonner de nouveau l'empire de la mer aux Carthaginois. La victoire demeura longtemps douteuse entre les deux peuples, et les Romains furent prêts à céder; mai

|. An de Rome 480-, dev. J.-C. 274. — 2. An de Rome 482 *, dev. J.-c. 272. — 3. An de Rome %9u ; dev. J.-C. 264. — 4. An de Rome 494 ; dev. J.-G. 260. —6. An de Rome 499; dev. J.-G. 25S.

ils réparèrenl leur flotte. Uo» seule bataille décida , et le consul Lutatius acheva la guerre ^ Carthage fut obligée à payer tribut^ et à quîtter, avec la Sicile) toutes les Iles qui étoient entre la Sîcîte et TltàlTë. Les Romains gagnèrent cette île toute entière , à la réserve de ce qu6 tenoit HiéroB, roi de Syracuse, leur allié {Polyb., 1. i. c. 62,63 ; 1. û. s. 1.). Après la guerre achevée, les Carthiglnois pensèrent périr par le scMilèvement de leur armée. Ils Ta voient composée, selon leur coutume, de troupes étrangères, qui se révoltèrent pour leur paie. Leur crueUlB domination fit joindre à oes troupes mutinées presque toutes les villes àà leur empire; et Carthage, étroitement assiégée, étoit perdue sans Âmilèar surnommé Barcas. Lui seul avoit soutenu la dernière guerre. Ses- citoyens lui durentencore la victoire qu'ils remportèrent surles rebelles^: il leur en coûta la Sardaigne, que la révolte de leur garnison ouvrit aux Romains {Poltfb.f Lu c. 79, 83, 88.). De peur de s'embarrasser avec eux dans une nouvelle querelle, Carthage céda malgré elle une !Iè si importante, et augmenta son tribut. £lle songeoit à rétablir en Espagne son empire ébranlé par la révolte : Amilcar passa dans cette pro^ viDte, avec son fils Ânnibal âgé- de neuf ans ', et y mourut dans une bataille. Durant neuf' ans qu'il y fit la guerre, avec autant d'adresse que de valeur, son fils s» formoit sous un si grand capitaine, et tout ei semble il conœvoit une haiiîe implacable contre les Romains. Son allié Âsdrubal fut donné pour successeur à son père. Il gouverna sa province avec beaucoup de prudence, et y bâtit Carthage la Neuve, qui tenoit l'Espagne en sujétion. Les Romains étoient occupés dans la guerre contre Teuta reine d'IUyrie, qui exerçoit impunément la piraterie- sur toute la côte. Enflée du butin qu'elle faisoit sur les Grecs et sur les Ëpirotes, elle méprisa les Romains, et tua leur ambassadeur. Elle fut bientôt accablée * : les Romains ne lui laissèrent qu'une petite partie de riilyrie, et gagnèrent llle de Corfou ^, que cette reine avoit usurpée. Ils se firent alors respecter en Grèce par. une solennelle ambassade, et ce fut la première fois qu'on y connut leur puissance. Les grands progrès d'Âsdrubal leur donnoient de la jalousie; mais les Gaulois d'Italie les empécboient de pourvoir aux affaires de l'Espagne (Ibid.j lib. u. c 12, 22.}. Il y avoit quarante-cinq ans qu'ils demeuroient en repos. La jeunesse qui s'étoit élevée durant ce temps ne songeoit plus aux pertes passées, et commençoit à menacer Rome {Ibid., c. 31.). Les Romains, pour attaquer avec sûreté de si turbulents voisins, s'assurèrent des Carthaginois. Le traité fut conclu avec Asdrubal, qui promit de ne passer point au delà de l'Êbre*. La guerre entre les Romains et les Gaulois se fit avec fureur de part et d*autre : les Transalpins se joignirent aux Cisalpins : tous furent battus. Concolitanus,* un des rois gaulois, fut pris dans la bataille; Anéroestus, un autre roi,^ se tua lui-même. Les Romains victorieux passèrent le Pô pour la pre-]; mière fois, résolus d'ôter aux Gaulois les environs de ce fleuve, doot

1. An de Rome 513 ; dev. J.-G- 2^1. — 2. An de Rome 516 ; dev. J.-G. 23S. — 3. An de Rome 524 ; dev. -J.-G. 230. — 4. An de Rome S25 ; dev. J.-C. 239.—$. Au de Rome 526*, dev. J.-C. 228. — 6. An de Rome 530; dev. J.-C. 224.

ils étoient en possession depuis tant de siècles. La victoire les vaWtt partout : Milan fut pris; presque tout le pays fut assujetti. En ce temps Asdrubal mourut'; et Annibal ; quoiqu'il n*eût encore que vingt-cinq ans, fut mis à sa place. Dès lors on prévit la guerre. Le nouveau gouverneur entreprit ouvertement de dompter TEspagne, sans aucun respect des traités'. Rome alors écouta les plaintes deSagonte son alliée. Les ambassadeurs romains vont à Carthage. Les Carthaginois rétablis n'étoient plus d'humeur à céder. La Sicile ravie de leurs mains, la Sardaigne injustement enlevée, et le tribut augmenté, leur tenoient au cœur. Ainsi la faction qui vouloit qu'on abandonnât Annibal se trouva foible. Ce général songeoit à tout. De secrètes ambassades l'avoient assuré des Gaulois d'Italie, qui, n'étant plus en état de rien entreprendre par leurs propres forces, embrassèrent cette occasion de se relever. Annibal traverse l'Êbre, les Pyrénées, toute la Gaule Transalpine, les Alpes, et tombe comme en un moment sur l'Italie. Les Gaulois ne manquent point de fortifier son armée, et font un dernier effort pour leur liberté. Quatre batailles perdues font croire que Rome ailoit tomber \ La Sicile prend le parti du vainqueur^. Hiéronyme, roi de Syracuse, se déclare contre les Romains^; presque toute l'Italie les abandonne* et la dernière ressource de la république semble périr en Espagne avec les deux Scipions ^. Dans de telles extrémités, Rome dut son salut i trois grands hommes. La constance de Fabius Ifaximus, qui, se mettant au-dessus des bruits populaires, faisoit la guerre en retraite , fut un rempatt à sa patrie \ Marcellus, qui fit lever le siège de Noie, et prit Syracuse % donnoit vigueur aux troupes par ses actions. Mais Rome qui admiroit ces deux grands hommes , crut voir dans le jeune Scipion quelque chose de plus grand. Les merveilleux succès de ses conseils confirmèrent l'opinion qu'on avoit qu'il étoit de race divine, et qu'il conversoit avec les dieux. A l'âge de vingt-quatre ans'* il entreprend d'aller en Espagne où son père et son oncle venoient de périr; il attaque Carthage la Neuve ", comme s'il eût agi par inspiration, et ses soldats l'emportent d'abord. Tous ceux qui le voient sont gagnés au peuple romain; les Carthaginois lui quittent l'Espagne; à son abord en Afrique", les rois se donnent à lui; Curthage tremble à son tour, et voit ses armées défaites >'; Annibal victorieux durant seize ans est vainement rappelé, et ne peut défendre sa patrie'*; Scipion y donne la loi ; le nom d'Africain est sa récompense : le peuple romain , ayant abattu les Gaulois et les Africains ne voit plus rien à craindre, et com* bat dorénavant sans péril.

Au milieu de la première guerre punique, Théodote, gouverneur de la Bactrienne, enleva mille villes'* à Antiochus appelé le Dieu, filt

1. An de Rome 534 ; dev. J.-C. 320. — 2. An de Rome 535 ; dev. J.-C. 319. — 3. An de Rome 536; dev. J.-G. 218 —4k An de Rome 5S7 ; dev. J.-C. 317.— 5 An de Rome 538 ; dev. J.-C. 216. — 6. An de Rome 539 ; dev. J.-C. 215. — 7. An de Rome 542 ; dev. J.-C. 212. — 8. An de Rome 34o ; dev. J.-C. 214.— 9. An de Rome 543; dev. J.-C. 212. — 10. An de Rome .=^43 ; dev. J.-C. 211. — 11. An de Rome 144 ; dev. J.-C. 310. — 13. An de Rome 548 ; dev. J.-C. 206. — 13. An de Rome S51 ; dev. J.-C. 203. — 1%. An de Rome 552; dev. J.-C. 202. — 15. An de Rom« ft04; dev. J.-C. 250.

SUR l'histoire universelle. 197

d*Antiochus Scter, roi de Syrie. Presque tout TOrient suivit cet exemple. Les Parthes se révoltèrent sous la conduite d'Arsace, chef de la maison des Arsacides, et fondateur d'un empire qui s'étendit peu à peu dans toute la Haute^Asie.

Les rois de Syrie et ceux d*£gypte, acharnés les uns contre les autres, ne songeoient qu'à se ruiner mutuellement , ou par la force ou par la fraude. Damas et son territoire , qu'on appeloit la Cœlé-Syrie, ou la Syrie basse, et qui confinoit aux deux royaumes, fut le sujet àfi leurs guerres; et les affaires de l'Asie étoient entièrement séparées de celles de l'Europe.

Durant tous ces temps, la philosophie florissoit dans la Grèce. La secte des philosophes italiques et celle des ioniques la remplissoient de grands hommes, parmi lesquels il se mêla beaucoup d'extravagants, à qui la Grèce curieuse ne laissa pas de donner le nom de philosophes. Du temps de Cyrus et de Cambyse, Pythagore commença la secte italique dans la Grande-Grèce, aux environs de Naples. A peu près dans .le même temps. Thaïes milésien forma la secte ionique. De là sont sortis ces grands philosophes, Heraclite, Démocrite, Empédocle, Parménides; Anaxagore , qui un peu avant la guerre du Péloponèse fit voir le monde construit par un esprit éternel; Socrate, qui un peu après ramena la philosophie à l'étude des bonnes mœurs, et fut le père de la philosophie morale; Platon, son disciple, chef de l'Académie; Aristote, disciple de Platon et précepteur d'Alexandre, chef des péripatéticiens; sous les successeurs d'Alexandre, Zenon, nommé Cittien, d'une ville de l'tle de Chypre où il étoit né, chef des stoïciens; et Ëpicure Athénien, chef des philosophes qui portent son nom, si toutefob on peut nommer philosophes ceux qui nioient ouvertement la Providence, et qui, ignorant ce que c'est que le devoir, définissoient la vertu par le plaisir. On peut compter parmi les plus grands philosophes Hippocrate le père de la médecine, qui éclata au milieu des au* très dans ces heureux temps de la Grèce. Les Romains avoient dans le même temps une autre espèce de philosophie, qui ne consistoit point en disputes ni en discours, mais dans la frugalité, daus la pauvreté, dans les travaux de la vie rustique, et dans ceux de la guerre, où ils IJaisoient leur gloire de celle de leur patrie et du nom romain : ce qui les rendit enfin maîtres de l'Italie et de Carthage.

Neuvième époque. — Sctpton, ou Carthage vaincue.

L'an 552 de la fondation de Rome, environ 250 ans après celle de la monarchie des Perses, et 202 ans avant Jésus-Christ. Cartilage liit assujettie aux Romains'. Anni bal ne laissoit pas sous main de leur susciter des ennemis partout où il pouvoit; mais il ne fit qu'entraîner tous «es amis anciens et nouveaux dans la ruine de sa patrie et dans la tienne. Par les victoires du consul Flaminius, Philippe roi de Macé-

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