NOTICE SUR BOSSUET
3 U"6yage qui se termina par le supplice de de Thou. On était à la fin du irègne de Louis XIII, à la veille des troubles de la Fronde; Bossuet, alors dans sa quinzième année, retiré dans la maison de Navarre, et tout occupé de ses études quïl poursuivait sans distractions et avec une ardeur croissante, vit du rivage passer devant lui toute la guerre ci* vile, et prit peut être de ce spectacle ce goût de l'autorité qui fut le caractère dominant de son esprit.
La maison d^^xajrçç ^^v^t^^lor^ pp^r grap^,q[i|ij^ç-;j^^ homme aujourd'luii pTO^jyft(\£iÀ9oS^iiiwi^mais.quvM temps où
la théologie passionnait les esprits à Tégal de la politique; c'était Nicolas Cornet, celui-là mêmequi dénonça le premier les cinq propositions deJansénius,etdonna le signal de ces longues querelles. Nicolas Cornet, homme d'ailleurs plein de fermeté et ée inesure, et qui ne prévoyait pas les scandales de la bulle Unigenitus et l'emportement ,des jésuij^s ctfti^ ré «Port- Royal,- 'ftit' le premier inattre, le premier .protecteur, et jdsqu'àf'^ mort Jf'ami frdèle et dévoué deBossuet : ce point est à lîoter dan^Ma vie d!un théologien et d'un éyêque, à-causQ de l'importance que pnit bientôt dans l'Ëglise la quereHe du. jansénisme. Bosquet, tou^ en étudiant la^pfatlosophie, achevait, suiv^qt Pusage, ses études classiques, et apprenait à fond le grec, l'histoire, les ppëtes; il ne négligeâ que les mâtfiématiques. Sa thèse de philosophie fut dédii^e à Cpspéan, évêque de Lisieux et prédicateur à la mode. Ce nom, entouré alors. d-' un certain éclat, les entpurs de Bossuet qui avajt un onçjie, PMmçois Bossuet, secrétaire du conseil des finances et richçde qqatr^^ millions , et le talent qu'il déploya dans la soutenance, commenci^rent à 4e faire percer, malgré sa jeunesse. On parla de lui dans les .ruelles. François Bo<^suet le fit connaître à Mme du Plessis-Guénégaud , femme dtt secrétaire d'État; le marquis de Montausier le mena à riiÔtel.de Rambouillet, où les précieuses s'amusèrent à lui faire improviser un sermon. C'était alors lin véritable régal de grande dame qu'un sermon prêché dans un boudoir par un écolier de dix sept ans. Ce monae deii-, précieuses, si malmené depuis par Molière, fut hanté par quatre des eèprits les plus originaux et les plus libres dans leur style -qu'ait produits le dix-huitième siècle : la Fontaine, Corneille. Mme de Sévigné et 'Bossuet. Il n'y manque en vérité que Pascal et Molière lui-même. Tout ce futur grand siècle était jeune alors : Marie de Rabutin Chantai n^avait que quinze ans, Pascal, Molière, la Fontaine en avaient vingt ; Corneille, le plus vieux, en avait trente-cinq *. Le sermon de Bossuet, prèehé àonze heures du soir, alla aux nues. On a conservé un médiocre bon mot de Voiture qui, faisant allusion à Pheure du sermon et à.l'ftge Iti' prédicateur, s'écria qu'il n'avait jamais entendu prêcher ni si tôt y«i tard.
Bcssuer, gradué en philosophie, se préparait alors au baccalauréat, qui-élait la première épfeuve théologique Pt le degré pour parvenir à Ûclioence. Son compagnon d^tudes et son rival était l'abbé de Rançé,
I. Mme de Sévigné (Marie de Rabutin Chantai) est née en r62((, Pascal tu lt!l3 Molière en 16^3, Lafontaine en 16*21, et Corneille en 1606.
NOTICfi SUR BOSSUET. m
depuis si célèbre par sa conversion et Ja.réformation de la Trappe* Il passa sa thèse en 1648, et la dédia au prince de Condé, gouverneur de Bourgogne : ce fut le commencement de i'ainitié.qui les unit plus tard. La dédicace d'une thèse, de théologie à. :Un,.. prince, à un général n'offrait rien que de naturel. Condé vint à la soutenance , en fut ravi , fut tenté d'y prendre part et de gagner, en Sorbonne, une seconde batulle de Rocroi. Le nouveau bachelier passa quelques mois à Metz, dans son canonicat, auprès de son père, reçut le sous-diaconat à Langres (Dijon Taisait i^çrs partie du diocèse dç^Langres), et revint prendre sa place parmi les bacheliers de Navarre qui, en>1649t le nommèrent procureur de leur communauté. G'étaitla première année de la Fronde. Gondé, qui ne présidait plus de thèse théologique, affamait Paris, et Bossuet avait quatre sacs de fariné dans la ruelle de son lit pour la subsistance de ses confrères. Cet apprentissage de l'administraUnn ne porta pas de fruits, et Bossuet, qui gouverna si bien ses idées et sui mettre de Tordre partout, n'en mit jamais dans ses affaires.
Les biographes racontent que, tout en étudiant assidûment PEcriture et les Pères de THlglise, que personne ne posséda plus. complètement que lui, Bossuet, svant d'entrer dans les ordres^.se préparait i la prédication en fréquentant les théâtres.. C'est un récit qui ne cadre pas avec le caractère sérieux de Bossuet, et l'austérité de son éloquence. fort éloignée de raffectation et des ornements d'emprunt. 11 est cependant certain, par son propre aveu, qu!il vit quelques uns des chef&4'œuvre de Corneille , et il semble assez naturel que Bossuet ait voulu entendre PcHyeuete. 11 s'interdit ces frivolités en se consacrant définitivement à F^glise. A fut recevoir le diaconat à Metz dans cette même année 1649, et ce fut là qu'il entra dans l'intimité du maréchal de Schomberg, alors gouverneur des évéchés, et qui, depuis, conjLribua puissamment à le pousser dans le monde et à la cour.
La licence de Bossuet (1650) faillit être un événement pour la maison de Navarre et la Sorbonne. On sait quelle était alors la rigueur de Pétiquette à la cour, et quelle importance on donnait, dans tous les corps de l'État, depuis les plus grands jusqu'aux plus humbles, à la question des préséances.. Les préséances, qui nous paraissent à bon droit si futiles, sont une des conditions de l'ordre dans un gouvernement absolu; elles lui tiennent lieu de liberté, parce qu'elles lui sont une ressource et une arme contre l'arbitraire. La maison de Sorbonne n'était pas, comme on le pense assez généralement, la faculté de théologie, mais *bien l'une des quatre parties de la Faculté de théologie de Paris; telle était cependant sa réputation, que les bacheliers et docteurs en théologie prenaient souvent le titre de bacheliers et docteurs en Sorbonne, quoiqu'ils ne fussent ni de la maison ni de la société. Ce qui d'ailleurs contribuait à entretenir cette confusion, c'est le privilège dont jouissait h Sorbonne de fournir le local aux exercices de la licence, et de les faire présider par son prieur, qui en indiquait le jour, et prononçait la harangue d'ouverture et la harangue de clôture. Ces exercices étaient même appelés, à cause de cela,ies Sorboniquet* Oo pensa bien que les maisons rivales supportaient difficilement cette