IV NOTICE SUR BOSSUET
suprématie; mais tout était réglé, et jusqu^aux titres honorifiques que le postulant devait donner au prieur en lui adressant la parole. Le prieur, en 4660, était l'abbé de Chamillard qui , quoique fort jeune, voulut user de son droit en forçant Bossuet à donner par écrit les preuves des assertions de sa sorbonique. Le droit n'était ^pas contestable, mais il était tombé en désuétude. Les docteurs de Navarre offensés obligèrent le postulant à refuser au prieur un titre qui lui était dû. Cbamillard rompit Pacte. Les dissidents se transportèrent dans la maison des jacobins, à l'ancienne école de Saint-Thomas, et ce fut là que la soutenance fut achevée. La Sorbonne prétendit que tout était nul et porta l'affaire au parlement. Les débats furent solennels. Bossuet plaida luimême, en latin, devant la grand'dhambre. Omer Talon, avocat général, conclut en sa faveur. Le premier président Mathieu Mole prononça l'arrêt. La licence fut validée mais pour cette fois seulement, et les privilèges de la Sorbonne furent maintenus pour l'avenir.
Malgré la réputation naissante de Bossuet, que cette aventure n'était pas faite pour diminuer, ce fut l'abbé de Rancé qui obtint le premier rang de la licence. Bossuet en fut le paranymphe. Dans nos anciennes écoles, qui mêlaient assez volontiers le burlesque au sérieux, le discours des paranymphes était une sorte de récréation que les nouveaux docteurs s'accordaient au sortir de leurs exercices de licence , quelque chose d'analogue aux causes grasses de la Bazoche ; mais cet usage avait changé de caractère vers la fin du seizième siècle, et le discours de Bossuet fut digne de la gravité des épreuves qu'il venait de subir. 11 fut reçu docteur en théologie le 16 mai 1652, un an après le gain de son procès contre la Sorbonne. L'abbé le Dieu nous a conservé le serment qu'il prononça, en latin, à cette occasion entre les mains du chancelier de l'Université, et dont voici la traduction : « J'irai sous votre conduite, et plein de la plus vive joie, à ces saints autels, témoins de la foi doctorale si souvent jurée par nos saints prédécesseurs. Là vous m'imposerez ce noble et sacré serment, qui dévouera ma tête à la mort pour le Christ, et toute ma vie à la vérité. serment, non plus d'un docteur, mais d'un martyr, si pourtant il n'appartient d'autant plus à un docteur qu'il convient plus à un martyr! Qu'est en effet un docteur, sinon un intrépide témoin de la vérité? Ainsi , 6 vérité suprême, conçue dans le sein paternsl d'un Dieu, et descendue sur la terre pour se donner à nous dans les saintes Écritures, nous nous enchaînons tout entiers à vous; nous vous consacrons tout ce qui respire jen nous. Et comment lui refuserions- nous nos sueurs, nous qui venons de jurer de lui prodiguer notre sang? »
Quand Bossuet fut reçu docteur, il venait d'être nommé archidiacre de Sarrebourg, l'une des dignités delà cathédrale de Metz. Il futgraud archidiacre de l'église de Metz deux ans après. L'évêque titulaire du diocèse était le cardinal Mazarin, qui avait pour coadjuteur Bédacier, évêque d'Auguste.
Bossuet fut ordonné prêtre dans le carême de 1652, l'année même de son doctorat. Il fut préparé à «on ordination dans la maison de Saint- Lazare, où se trouvait alors le fondateur Vincent de Paul, ou, pour lui