‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 22 sur 32 · An de Rome S. An de Rome 593 de Rome 604 ; dev · texte numérisé non relu

An de Rome S. An de Rome 593 de Rome 604 ; dev

Rome 587 *, dev. J.-C. 1h7

591 ', dev. J.-C. 163.— 2. An de Rome 593 ; dev. J^. 162. ~ 3; dev. J.-C. 161.— 4. An de Rome 600*, dev. J.-C 15%.— 5. An . J.-C. 150. — 6. An' de Rome 604 \ dev. J.-C. 150. — 1. k^^

de Jérusalem (fbtd.) : entreprise qui fut condamBée par tout le conseil des Juifs, et jugée contraire à la loi. Cependant Carthage remuoit, et soufTroit avec peiue les lois que Scipioii r.vriicain lui avoit imposées. Les Uomaius résolurent sa perte totale, et la troisième guerre punique fut en ti éprise '. Le jeune Démétrius Nicator sorti de Teafance songcoii à se rétablir sur le trône de ses ancêtres, et la mollesse de l'usurpateur lui faisoit tout espérer '. A son approche Balas se troubla : son beaupère Philométor se déclara contre lui, parce que Balas ne voulut pas lui laisser prendre son royaume; l'ambitieuse Cléopâtre sa femme le quitta pour épouser son ennemi ; et il périt enfin de la main des siens; après la perte d'une bataille. Philométor mourut peu de jours après, des blessures qu'il y reçut, et la Syrie fut délivrée de deux ennemis. On vit tomber en ce même temps deux grandes villes. Carthage fut prise et réduite en cendres par Scipion Ëmilien,qui confirma par cette victoire le nom d'Africain dans sa maison, et se montra digne héritier du grand Scipion son aïeul. Corintbe eut la même destinée, et la république ou la ligue des Achéens périt avec elle. Le consul Mummius ruina de fond en comble cette ville, la plus voluptueuse de la Grèce, et la plus ornée. Il en transporta à Rome les incomparables statues, sans en connottre le prix. Les Romains ignoroient les arts de la Grèce, et se contentoient de savoir la guerre, la politique et l'agriculture. Durant les troubles de Syrie, les Juifs se fortifièrent : Jonathas se vit recherché des deux partis, et Nicator victorieux le traita de frère. II en fut bientôt récompensé^. Dans une sédition, les Juifs accourus le tirèrent d'entre les mains des rebelles. Jonathas fut comblé d'honneurs ; mais quand le roi se crut assuré, il reprit les desseins de ses ancêtres, et les Juifs furent tourmentés comme auparavant. Les troubles de Syrie recommencèrent : Diodote surnommé Tryphon éleva un fils de Balas qu'il nomma Antiochus le Dieu, et lui servit de tuteur pendant son bas âge. L'orgueil de Démétrius souleva les peuples : toute la Syrie étoit en feu^. Jonathas sut profiter de la conjoncture, et renouvela l'alliance avec les Romains. Tout lui succédoit, quand Tryphon, par un manquement de parole, le fit périr avec ses enfants. Son frère Simon, le plus prudent et le plus heureux des Machabées, lui succéda; et les Romains le favorisèrent, comme ils avoient fait ses prédécesseurs. Tryphon ne fut pas moins infidèle à son pupille Antiochus, qu'il l'avoit été à Jonathas. Il fit mourir cet enfant par le moyen des médecins, sous prétexte de le faire tailler de la pierre qu'il n'avoit pas, et se rendit maître d'une partie du royaume. Simon prit le parti de Démétrius Nicator roi légitime; et après avoir obtenu de lui la liberté de son pays, il la soutint par les armes contre le rebelle Tryphon*. Les Syriens furent chassés de la citadelle qu'ils tenoient dans Jérusalem, et ensuite de toutes les places de la Judée. Ainsi les Juifs, affranchis du joug des Gentils par la valeur de Simon, accordèrent les droits royaux à lui et à sa famille; et Démétrius Nicator consentit à ce nou-

f. An de Rome 606: dev. J.-C. 14t. ~ 3. An de Rome 608 ; dev. J.-C. f46." S. An de Rome 610 -, dev. J.-G. 144. — 4. An de Rome 611; dsv. J.-G. I4S. " I. An de Rome 612; dev. J.-G. 142.

SUR l'histoibe universelle. 201

Tel établissement. Là commence le nouveau royaume du peuple de Dieu, et la principauté des Âsmonéens toujours jointe au souverain sacerdoce. En ces temps, l'empire des Parthes «s'étendit sur la Bactrienne et sur les Indes, par les victoires de Mithriiiaie, le plus vaillant des Arsacides. Pendant quMl .^'avançoit vers l'Ëuphrate ' , Démétrius Nicator, appelé par les peuj)ies de cette contrée que Mithridate venoit de soumettre, espéroit de réduire à l'obéissance les Paithes que les Syriens traitoient toujours de rebelles. Il remporta plusieurs victoires; et prêt à retourner dans la Syrie pour y accabler Tryphon, il tomba dans un piège qu'un général de Mithridate lui avoit tendu : ainsi il demeura prisonnier des Parthes. Tryphon, qui se croyoit assuré par le malheur de ce prince, se vil tout d'un coup abandonné des siens 2. Ils ipe pouvoient plus souffrir son orgueil. Durant la prison de Démétrius leur roi légitime, ils se donnèrent à sa femme Cléupâtre et à ses enfants; mais il fallut chercher un défenseur à ces princes encore en bas âge. Ce soin regardoit naturellement Antiochus Si'iétès frère de Démétrius : Cléopâtre le fit reconnottre dans tout le royaume. Elle fît plus : Phraate, frère et successeur de Mithridate, traita Nxator en 'ji, et 1*:: donna sa fille Rodogune en mariage. Eu haine de cette rivale, oiéoyt'.ie. à qui elle ôtoit la couronne avec son mari, épousa Antio- .:!.v.o diuétès, et se résolut à régner par toute sorte de crimes. Le nouveau roi attaqua Tryphon * : Simon se joignit à lui dans cette entreprise, et le tyran forcé dans toutes ses places finit comme il le mérituit. Antiochus, maître du royaume, oublia bientôt les services que Simon lui avoit rendus dans cette guerre, et le fît périr ^. Pendant qu'il ramassoit contre les Juifs toutes les forces de la Syrie, Jean Hyrcad, fils de Simon, succéda au pontificat de son père, et tout le peuple se soumit à lui. Il soutint le siège dans Jérusalem avec beaucoup de vateur; et la guerre qu* Antiochus méditoit contre les Parthes, pour délivrer son frère captif, lui fit accorder aux Juifs des conditions supportables. En même temps que cette paix se conclut, les Romains, qui commençoient à être trop riches, trouvèrent de redoutables ennemis dans la multitude efl'royable de leurs esclaves. Eun us , esclave lui-même, les souleva en Sicile ; et il fallut employer à les réduire toute la puissance romaine. Un peu après, la succession d'Attalus roi de Pergame^, qui fît par son testament le peuple romain son héritier, mit la division dans la ville. Les troubles des Gracques commencèrent. Le séditieux tribunat de Tibérius Gracchus, un des premiers hommes de Rome, le fit périr : tout le sénat le tua par la main de Scipion Nasica, et ne vit que ce moyen d'empêcher la dangereuse distribution d'argent dont cet éloquent tribun fiattoit le peuple. Scipion Ëmilien rétablissoit la discipline militaire; et ce grand homme, qui avoit détruit Carthage, ruina encore en Espagne Numance, la seconde terreur des Romains. Les Parthes se trouvèrent foibles contre Sidétès* : ses troupes, quoique corrompues par un luxe prodigieux, eurent un succès surprenant. Jean

1. An de Rome 613; dev. J.-G. 141. —3. An de Rome 6f4; dev. J •€. 140. — } AU de Rome U15 ; dev. J.-C. 139.—%. An de Rome 619; dev. J.-C 135.— 5. An ût Rome 631 ; dev. J.-C. 133. — 6. An de Rome 622; dev. J -C. itX.

Hyrcan, qui favoît sufyf dans cette guerre avec ses Juifs, y signala sa Taleur, et fit resf)ecter la religion judaïque, lorsque Tarmée s'arrêta pour lui donner le loisir de célébrer un jour de fête. (Nie. Damase. apud Joseph.^ Ant. lib. xni.,cap. 16, al. 8.). Tout cédoit, et PhrAate vit son empire réduit à ses anciennes limites; mais loin de désespérer de ses affaires, il crut que son prisonnier lui serviroit à les rétablir, et à envahir la Syrie. Dans cette fconjoncture, Démétrius éprouva un sort bizarre. Il fui souvent relâché, et autant de fois retenu, suivant que l'espérance ou la crainte prévaloient dans l'esprit de son beau-père. Enfin un moment heureux, où Phraate ne vit de ressource que dans la diversion qu'il vouloit faire en Syrie par son moyen, le mit tout à fait en liberté. A ce moment le sort tourna'": Sidétès, qui ne pouvoit soutenir ses effroyables dépenses que par des rapines insupportables, fut accablé tout d'un coup par iin soulèvement, général des peuples, et périt avec son armée tant de fois victorieuse. Ce fut en vain que Phraate fit courir après Démétrius; il n'étoit plus temps; ce prince étoit rentré dans son royaume. Sa femme Cléopâtre, qui ne vouloit que régner, retourna bientôt avec lui , et Rodogune fut oubliée. Hyrcan profita du temps; il prit Sichem aux Samaritains, et renversa de fond en comble le temple de Garizim, deux cents ans après qu'il avoit été bftti par Sanaballat. Sa ruine n'empéçha pas les Samaritains de continuer leur culte sur cette montagne; et les deux peuples demeurèrent irréconciliables. L'année d'après', toute l'Idumée, unie par les victoires d'Hyrcan au royaume de Judée, reçut la loi de Moïse avec la circoncision. Les Romains continuèrent leur protection à Hyrcan, et lui firent rendre les villes que les Syriens lui avoient ôtées'. L'orgueil et les violences de Démétrius Nicator ne laissèrent pas la Syrie longtemps tranquille. Les peuples se r<^voltèrent. Pour entretenir leur révolte, TËgypte ennemie leur donna un roi * : ce fut Alexandre Zébina fils de Balas. Démétrius fut battu; et Cléopâtre, qui crut régner plus absolument sous ses enfants que sous son mari, le fit périr. Elle ne traita pas mieux son fils aîné Séleucus, qui vouloit régner malgré elle*. Son second fils Antiochus appelé Grypus, avoit défait les rebelles, et rêvenoit victorieux : Cléopâtre lui présenta en cérémonie la coupe empoisonnée", que son fils, averti de ses desseins pernicieux , lui fit avaler. Elle laissa en mourant une semence éternelle de divisions, entre les enfants qu'elle avoit eus des deux frères. Démétrius Nicator et Antiochus Sidétès. La Syrie ainsi agitée ne fut plus en état de troubler !es Juifs. Jean Hyrcan prit Samarie^ et ne put convertir les Samaritains. Cinq ans après, il mourut : la Judée demeura paisible * à ses deux enfants Arisiobule et Alexandre Jannée*, qui régnèrent l'un après l'autre sans être incommodés des rois de Syrie. Les Romams laissoient ce riche royaume se consumer par lui-même, et s'étendoient du côté de i'Occi-

I. An de Rome 624 ; dcv. J -C. 130. — 2. An de Rome 625 : dev. J.-C. 129.— 3. An de Rome sue-, dev. J.-C. 128 — 4. An de Rome tiu9 *, dev. i.-G. 125. — 5- An de Rome 63u -, dev. J.-c. 124. — a. An de Rome 633; dev. J.-C. 121. — 7. An de Rome 645 ; dcv. J.-C. loi).— 8. An de Rome 65u : dev. j -C. io4 — •. An de Rom* 651 ; dev. J. C. Iu3.

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dent. Durant les guerres de Démétrius Nicator et de Zébma *, ils commencèrent à s'étendre au delà des Alpes; et Sextius, vainqueur des Gaulois nommés Saliens, établit dans la ville d'Aix' une colmiie qui porte encore son nom. Les Gaulois se défendoient mal '. Fabius dompta les Allobroges et tous les peuples voisins, et la même année ^ que Grypus fit boire à sa mère le poison qu'elle lui avoit préparé, la Gaule narbonnoise, rédurte en province, reçut le nom de province romaine. Ainsi l'empire romain s'agrandissoit, et occupoit peu à peu toutes les terres et toutes les mers du monde connu. Mais autant que la face ée la république paroissoit belle au debors par les conquêtes, autant étoitelle défigurée par l'ambition désordonnée de ses citoyens, et par ses guerres intestines. Les plus illustres des Romains devinrent les plus pernicieux au bien puMic. Les deux Gracques, en flattant le peuple, commencèrent des divisions qui ne finirent qu'avec la république, Calus, frère de Tibérius, ne put .«oufTrir qu'on eût fait mourir un s! grand bomme d'une manière si tragique. Animé à la vengeanee, par des mouvements qu'on crut inspirés par l'ombre de Tibérius, il arma tous les citoyens les uns contre les autres; et à la veille de tout détruire, il périt d'une mort semblable à celle qu'il vouloit venger. L'argent faisoit tout à Rome ^. Jugurtba roi de Numidie, souillé du meurtre de ses frères , que le peuple romain protégeoit , se défendit plut longtemps par ses largesses que par ses armes ; et Marins, qui acheva de le vaincre*, ne put parvenir au commandement, qu'en animant le peuple contre la noblesse '. Les esclaves armèrent encore une fois dans la Sicile, et leur seconde révolte ne coûta pas moins de sang aux Romains que la première. Marins battit les Teutons, les Cimbres et les autres peuples du Nord*, qui pénétroient dans les Gaules, dans l'Espagne et dans l'Italie. Les victoires qu'il en remporta furent une occasion * de proposer de nouveaux partages de terres : Hétellus , qui s'y opposoit, fut contraint de céder au temps; et les divisions ne furent éteintes que par le sang de Satuminus tribun du peuple •*. Pendant que Rome protégeoit la Cappadoce contre Mithridate roi de Pont", et qu'un si grand ennemi cédoit aux forces romaines, avec la Grèce qui étoit entrée dans ses intérêts '* : l'Italie exercée aux armes par tant de guerres*', soutenues ou contre les Romains, ou aveceta, mit leur empire en péril par une révolte universelle. Rome se vit déchirée dans les mêmes temps par les fureurs de Marius et de Sylla'^, dont l'un avoit fkit trembler le Midi et le Nord, et l'autre étoit le vainqueur de la Grèce «t de l'Asie. Sylla, qu'on nommoit l'Heureux, le fut trop contre sa patrie", que sa dictature tyrannique mit en servitude. 11 put bien -quitter volontairement '* la souveraine puissance; mais il ne put empêcher l'effet du

!. An de Rome 629; dev. J.-C. 125. —2. An de Rome 63o*, dev. J.-C. 124. — 3. An de Rome 631 -, dev. J.-C. 123. — 4. An de Rome 6H3 *, dev. J.-C. 121.— 5. An de Rome 63S, 640, 641. — 6. An de Rorae 648 ; dev. J.-C. io6. — 7. An de Rome 651 -, dev. J.-C. lu3. — 8. An de Rome 652 -, d«v. J.-C. 102. — 9. An de Rome 6.^4 ; dev. J.-C. 100. — 10. An de Rome 660 -, dev. J -C. 9ii. — 11. An de Rome 666 i dev. J.-C. 88. — 12 An de Rome 668 ; dev. J.-C. 86. — 13. An de Rome «63 ; dev. J.-C. 9i. — 14. Afi de Rome 666, 667 et saiv. — 15. An de Rome 672;dAM. J.-C. 82. — 16. An de Rome 675; dev, J.-C. 79.

mtuTais exemple. Chacun voulut dominer. Sertorius, zélé partisan de Marias ^ se cantonna dans TËspagne, et se ligua avec Mithridate'. Contre un si grand capitaine, la force fut inutile, et Pompée ne put réduire ce parti qu'en y mettant la division. Il n'y eut pas jusqu'à Spartacus, gladiateur, qui ne crût pouvoir aspirer au commandement. Cet esclave ne fit pas moins de peine aux prêtres et aux consuls', que Mithridate en faisoit à LucuUus. La guerre des gladiateurs devint redoutable à la puissance romaine : Crassus avoit peine à la finir, et il fallut envoyer contre eux le grand Pompée *. LucuUus prenoit le dessus en Orient. Les Romains passèrent TËuphrate ; mais leur général, invincible contre l'ennemi, ne put tenir dans le devoir ses propres soldats. Mithridate souvent battu, sans jamais perdre courage, se relevoit;et le bonheur de Pompée sembloit nécessaire à terminer cette guerre *. Il venoit de purger les mers des pirates qui les infestoient, depuis la Syrie jusqu'aux Colonnes d'Hercule, quand il fut envoyé contre Mithridate. Sa gloire parut alors élevée au comble. Il achevoit de soumettre ce vaillant roi ; l'Arménie, où il s'étoit réfugié*, l'Ibérie et l'Albanie, qui lesoutenoient; la Syrie déchirée par ses factions; la Judée, où la division des Âsmo- Déens' ne laissa à Hyrcan II, fils d'Alexandre Jannée, qu'une ombre de puissance; et enfin tout l'Orient : mais il n'eût pas eu où triompher de tant d'ennemis, sans le consul Cicéron qui sauvoit la ville des feux que lui préparoit Catilina suivi de la plus illustre noblesse de Rome. Ce redoutable parti fut ruiné par l'éloquence de Cicéron, plutôt que par les armes de C. Antonius son collègue. La liberté du peuple romain n'en fut pas plus assurée. Pompée régnoitdans le sénat, et son grand nom le rendoit maître absolu de toutes les délibérations. Jules César, en domptant les Gaules *, fit à sa patrie la plus utile conquête qu'elle eût jamais faite. Uu si grand service le mit en état d'établir sa domination dans son pays. Il voulut premièrement égaler, et ensuite surpasser Pompée. Les immenses richesses de Crassus lui firent croire qu'il pourroit partager la gloire de ces deux grands hommes, comme il partageoit leur autorité ". Il entreprit témérairement la guerre contre les Parthes *•, funeste à lui et à sa patrie. Les Arsacides vainqueurs insultèrent par de cruelles railleries à l'ambition des Romains, et à l'avarice insatiable de leur général. Mais la honte du nom romain ne fut pas le plus mauvais effet de la défaite de Crassus. Sa puissance contre-balançoit celle de Pompée et de César, qu'il tenoit unis comme malgré eux". Par&a mort, la digue qui les retenoit fut rompue. Les deux rivaux, qui avoient en main toutes les forces de la république, décidèrent leur querelle à Pharsale *' par une bataille sanglante. César victorieux parut en un moment par tout l'univers, en Egypte, en Asie, en Mauritanie , en Espapagne ": vainqueur de tous côtés, il fut reconnu *^ comme maître à Rome

1. An de Rome 680; dev. J.-G. 74. — 2. An de Rome 681 ; dev. J.-C. 73. >- 3. An de Rome 683 ; dev. j.-C. 71. — 4. An de Rome 686 ; dev. J.-C- 68. — s. An de Rome 687 ; dev. J.-C. 67.-6. An de Rome 689 *, dev. J.-C. 6S. — 7. An de Rome 491 ; dev J.-C. 63. — 8. An de Rome 696 et suiv, dev. J.-C. 58. — 9. An de Rome 700 ; dev. J.-C. 54. — lo. An de Rome 701 ; dev. J.-C. 53. — il. An de Rome 705; dev. J.-C. 49.— 12. An de Rome 706 *, dev. J.-a 48 — 13. An de Rome *07 • dev. J.-C. 47. ~ 14. An de Rome 708 ; dev. J -C. 46.

SUR l'histoire universelle. 205

et dans tout l'empire '. Brutus et Cassius crurent affranchir leurs ci« toyens en le tuant comme un tyran ', malgré sa clémence. Rome retomba' entre les mains de Marc-Antoine, de Lépide et du jeune César Octavien, petit-neveu de Jules César et son fils par adoption, trois insupportables tyrans, dont letriumvii-atet les proscriptions * font encore horreur en les lisant. Mais elles furent trop violentes pour durer longtemps. Ces trois hommes partagent Pempire. César garde l'Italie; et changent incontinent en douceur ses premières cruautés, il fait croire qu'il y a été entraîné par ses collègues. Les restes de la république périssent avec Brutus et Cassius. Antoine et César, après avoir ruiné Lépide*, se tournent Tun contre Tautre. Toute la puissance romaine* se met sur la mer. César ' gagne la bataille Actiaque : les forces de l'Egypte et de l'Orient, qu'Antoine menoit avec lui, sont dissipées ; tous ses amis l'abandonnent, et même sa Cléopâtre pour laquelle il s'étoit perdu •. Hérode Iduméen,qui lui devoit tout, est contraint de se donner au vainqueur, et se maintient par ce moyen dans la possession du royaume de Judée, que la foiblesse du vieux Hyrcan avoit fait perdre entièrement aux Asmunéens. Tout cède à la fortune de César : Alexandrie lui ouvre ses portes ; l'Egypte devient une province romaine; Cléopâtre. qui désespère de la pouvoir conserver, se tue elle-même après Antoine: Rome tend les bras à César", qui demeure, sous le nom d'Auguste, et sous le titre d'empereur, seul maître de tout l'empire. Il dompte, vers' les Pyrénées **, les Cantabres et les Asturiens révoltés : l'Ethiopie " lui demande la paix ; les Parthes épouvantés '' lui renvoient les étendards pris sur Crassus, avec tous les prisonniers romains; les Indes recherchent son alliance ; ses armes se font sentir aux Rhètes ou Grisons*', que leurs montagnes ne peuvent défendre; la Pannonie le reconnott '^ : la Germanie le redoute, et le Véser reçoit ses lois*^. Victorieux par mer et par terre'*, il ferme le temple de Janus. Tout l'univers vit en paix sous sa puissance , et Jésus-Christ vient au monde *'.

Dixième époque,— Naissance de J>-C Septième et dernier &ge du monde.

Nous voilà enfin arrivés à ces temps, tant désirés par nos pères |Aq de J.-C. 1] , de la venue du Messie. Ce nom veut dire le Christ ou l'Oint du Seigneur, et Jésus-Christ le mérite comme pontife, comme roi et comme prophète. On ne convient pas de l'année précise où il vint au monde, et on convient que sa vraie naissance devance de quelques années notre ère vulgaire, que nous suivrons pourtant avec tou«

I. An de Rome 709; dev. J.-C. 45. — 2. An de Rome 710-, dev J.-C. h^k. — ?. An de Rome 71 1 ; dev. J.-C. 43. — 4. An de Rome 713 ; dev. J-^C. 42. — 5. An de Rome 718; dev. J.-C. 36. — 0. An de Rome 722; dev. J.-C- 32. — 7. An de Rcisr.« 733; dev. J.-C. 31.— 8. An deRome 724; dev. J.-C. 3o. — 9. An de Rome TfT . «Itv. J.-C. 27. — 10. An de Rome 730; dev. j.-c. 24. — 11. An de Rome 732; ^ - J 'l 22. — 12. An de Rome 734 ; dev. J.-C. 2U. — 13. An de Rome 739; dev. i /.. £4. -- 14. An de Rome î42 ; dev. J.-C. 12. — 15. An de Rome 747 ; dev. J.-C. 7. ' 16. An 4le Rome 753. — 17. An de Rome 754.

les autres, pour uue plus grande comznodilô. Sans disputer davantage sur l'anoée de la naissance de Notre-Seigneur, il suffit que nous sackions qu'elle est arrivée environ l*an 4000 du monde. Les uns la me^ taut un peu auparavant, Les autres un peu après, et les autrei» précisément en cette année : diversité qui provient autant de fiocertitude des années du monde, que de celle de la naiaaance de Kotre>-Seigneurk Quoi qu'il en soit, ce fut environ ce temps, miVe ans après la déoadeoce du temple, et Tan 754 de Rome que Jésus-Christ, fils tle Dieu dans Péternité, fils d'Abraham et de David dans le temps, naqi^t d'une vierge. Cette époque est la plus considérable de toutes , non^seulement par l'importance d'un si grand événement, mais encore parce que c'est celle d'où il y a plusieurs siècles que les chrétiens commencent à compter leurs années. EUlea encore ceci de remarquable, qu'elle concourt à peu près avec le temps où Rome retourne à l'état monarchique sous l'empire paisible d'Auguste. Tous les arts fleurirent de son temps, et la poésie latine fut portée à sa dernière perfection par Virgile et par Horace, que ce prince n'excita pas seulement par ses bienfaits, mais encore en leur donnant un libre accès auprès de lui. La naissance de Jésus- Christ fut suivie de près de la mort i'Héro le. Soa royaume fut partagé entre ses enfants, et le principal partage ne tania pas à tomber entre les mains des Romains [8]. Auguste acheva son règne avec beaucoup de gloire [14]. Tibère, qu'il avoit adopté, lui succéda sans contradiction, et l'empire fut reconnu pour héréditaire dans la maison des Césars. Rome eut beaucoup à souffrir de la cruelle poli> tique de Tibère : le reste de l'empire fut assez tranquille. Germanicus, neveu de Tibère, apaisa les armées rebelles, refusa l'empire, battit le fier Arminius [16] , poussa ses conquêtes jusqu'à l'Elbe; et s'étant attiré avec l'amour de tous les peuples la jalousie de son oncle [17], ce barbare le fit mourir ou de chagrin ou par le poison [19]. A la quinzième année de Tibère [28], saint Jean-Baptiste parolt; Jésus-Christ se fait baptiser par ce divin précurseur [30] ; le Père étemel reconnott son Fils bien-aimé par une voix qui vient d'en haut ; le Saint-Esprit descend sur le Sauveur, sous la figure pacifique d'une colombe; toute la Trinité se manifeste. Là commence, avec la soixante-dixième semaine de Daniel, la prédication de Jésus-Christ. Cette dernière semaine étoit la plus importante et la plus marquée. Daniel l'avoit séparée des autres, comme la semaine où l'alliance de voit être confirmée, et au milieu de laquelle les anciens sacrifices dévoient perdre leur vertu (Dan., sx. 27.)* Nous la pouvons appeler la semaine des mystères. Jésus-Christ y éta* blit sa mission et sa doctrine par des miracles innombrables, et ensuite par sa mort [33]. Elle arriva la quatrième année de son ministère, qui fut aussi la quatrième année de la dernière semaine de Daniel ; et cette grande semaine se trouve, de cette sorte, justement coi4>ée au miliea par cette mort.

Ainsi le compte des semaines est aisé à faire, ou plutôt il est toiB fait. Il n'y a qu'à ajoutera quatre cent cinquante-trois ans, qui se trooveront depuis l'an 300 de Rome, et le vingtième d'Artazerce, josan'au commencement de l'ère vulgaire, les trente ans de cette ère qu'on voit

sua L*HISTOIRE UNIVERSELLE. 807

aboutir à la quinzième anné» de Tibère, et au baptême de Notre«S«i« gneur; il se fera de ces deux sommes quatre-ceat quatre-vingt- trois ans : des sept ans qui restent encore pour en achever quatre cent qua>tre->ingt-dix , le quatrième, qui fait le milieu, est celui où Jésus-Christ est mort ; al tout ce (jue Daniel a prophétisé est visiblem^it renfermé dans le terme quM s'est presorit. On o'auroit pas même besoin de tant de justesse; et rien ne force à prendre dans cette extrême rigueur le milieu marqué par Daniel. Les plus difficile's se cententeroient de le trouver en quelque pomt que ce fût entre les deux extrémités: ce que je dis, afin que ceux qui croiroient avoir des raisons pei» mettre un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement d'Artaxerce, ou la mort de Notro-Seigneur, ne se gênent pas dans leur calcul ; et que ceux qui vovdroient tenter d'embarrasser une chose claire, par des chicanes de chronologie , se défassent de leur inutile subtilité.

Voilà ce qu'il faut savoir pour ne se point embarrasser des auteurs profanes, et pour entendre autant qu'on en a besoin les antiquités ju« daïques. Les autres discussions de chronologie sont ici fort peu néees» saires. Qu'il faille mettre de quelques années plus tôt ou plus tard la naissance de Notre-Seigpaeur, et ensuite prolonger sa vie un peu pka ou un peu moins, c'est une diversité qui provient autant des incertitudes des années du monde que de celles de Jésus-Christ. Et quoi qu'il en soit, un lecteur attentif aura déjà pu reoonnottre qu'elle ne fait rien à la suite ni à l'accomplissement des co;iseils'de Dieu. Il faut éviter les anacbronismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser les savants disputer des autres.

Quant à ceux qui veulent absolument trouver dans les histoires profanes les merveilles de la vie de Jésus-Christ et de ses apôtres, auxquels le monde ne vouloit pas croire, et qu'au contraire il entreprenoit de combattre de toutes ses forces, comme une chose qui le condamnoiiy nous parlerons ailleurs de leur injustice. Nous verrons aussi qu'il se trouve dans les auteurs profanes plus de vérités qu'on ne croit, favoft* blés au christianisme; et je donnerai seulement ici pour exemple V(h elipse- arrivée au crucifiement de Notre-Seigneur.

Les ténèbres qui couvrirent toute la face de la terre en plein midi, et au moment que Jésus-Christ fut crucifié (Matth. , zz?. 45.) , sont prises pour une éclipse ordinaire par les auteurs païens, qui ont remar* que ce mémorable événement {Phieg. , xui. Olymp. ; ThtUl. , Hùt. 3.). Mais les premiers chrétiens, qui en ont parlé aux Romains comme d'un prodige marqué non-seulement par les auteurs, mais encore par les registres publics {TertuU. , Àpol. c. 21 ; Orig. coni. CeU. , l. u. n. 33. 1. 1. pag. 414, et Tract, xxzv. in Matth. n. 134, tom. m, pag. 923 ; Euub. et Hieron. in Chron. Jul. Afrie, t6id.), ont fait voir que ni au temps de la pleine lune où Jésus-Christ étoit mort, ni dans toute l'année où oette éelipse étoit observée, il ne pouvoit en être arrivée aucune qui ne fûl si7iiaturelle. Nous avons les propres paroles de Pblégon, affranehi d'Adrien, citées dans cm temps où son livre étoit entre les mains de tout le mondei aussi bien que les histoires syriaques de Thalh»

^uiPa sui^i; et la quatrième année de la 302* olympiade, marquée dans les Annales de Phlégon, est constamment celle de la mort de Notre- Seigneur.

Pour achever les mystères, Jésus-Christ sort du tombeau le troisième jour; il apparoît à ses disciples ; il monte aux cieux en leur présence; il leur envoie le Saint-Esprit ; rËglise se forme ; la persécution commence; saint Etienne est lapidé; saint Paul est converti. Un peu après, Tibère meurt [37]. Caligula son petit-neveu, son fils par adoption, et son successeur, étonne Tunivers par sa folie cruelle et brutale : il se fait adorer, et ordonne [40] que sa statue soit placée dans le temple de Jérusalem. Chéréas délivre le monde de ce monstre [41 ]. Claudius règne, malgré sa stupidité. Il est déshonoré par Messaline sa femme [48] , qu'il redemande après Pavoir fait mourir. On le remarie avec Agrippine fille de Germanicus [49]. Les apôtres tiennent [50] le concile de Jérusalem {Àct.f XV.), où saint Pierre parle le premier, comme il fait partout ail» leurs. Les Gentils convertis y sont affranchis des cérémonies de la loi. La sentence en est prononcée au nom du Saint-Esprit et de TÉglise.. Saint Paul et saint Barnabe portent le décret du concile aux églises, et enseignent aux fidèles à s'y soumettre (/5td.,xvi. 4.). Telle fut la forme du premier concile. Le stupide empereur déshérita son fils Britannicus, et adopta Néron fils d'Agrippine [54]. Elp récompense, elle empoisonna ce trop facile mari. Mais l'empire de son fils ne l.ui fut pas moins funeste à elle-même, qu'à tout le reste de la république [58, 60, 6*2, 63, etc.]. Corbulon fit tout l'honneur de ce règne, par les victoires qu'if remporta sur les Parthes et sur les Arméniens [66]. Néron commença; dans le même temps la guerre contre les Juifs, et la persécution contre les chrétiens. C'est le premier empereur qui ait persécuté TËglise [67]. 11 fit mourir à Rome saint Pierre et saint Paul. Mais comme dans le même temps il persécutoit tout le genre humain, on se révolta contre lui de tous côtés : il apprit que le sénat Tavoit condamné [68], et se tua lui-même. Chaque armée fit un empereur [69] : la querelle se décida auprès de Rome, et dans Rome même, par d'efl'rayants combats. Galba, Othon et Vitellius y périrent : Tempire affligé se reposa sous Vespasien [70]. Mais les Juifs furent réduits à l'extrémité : Jérusalem fut prise et brûlée [79]. Tite, fils et successeur de Vespasien, donna au monde une courte joie; et ses jours, qu'il croyoit perdus quand ils n'étoient pas marqués de quelque bienfait, se précipitèrent trop vite. On vit revivre Néron en la personne de Domitien. La persécution se renouvela [93]. Saint Jean sorti de l'huile bouillante fut relégué dansllk de Patmos, où il écrivit son Apocalyse [95]. Un peu après, il écrivit son Evangile, âgé de quatre-vingt-dix ans, et joignit la qualité d'évangéliste à celle d'apôtre et de prophète. Depuis ce temps les chrétiens furent toujours persécutés, tant sous les bons que sous les mauvais empereurs. Ces persécutions se faisoient, tantôt par les ordres des emperurs. et par la haine particulière des magistrats, tantôt par le soulèvement dei ]peuples,et tantôt par des décrets prononcés authentiquement daat lésé* nat sur les rescrits des princes, ou en leur présence. Alora la persécutkft étoit plus universelle et plus sanglante; et ainsi la haine des infidèles,

SUR l'histoire universelle. 209

toujours obstinée à perdre rÉgIi$e,s'exci toit de temps en-tampseUeiméoM à de nouvelles fureurs. C'est par ces renouvellements devioience, que Jet historiens ecclésiastiques comptent dix persécutions sousdiz empereurs» Dans de si longues souffrances^ les chrétiens ne firent jamaîa la moindre sédition. Parmi tous les fidèles, les évéques étaient toujours les plus.attft* qués. Parmi toutes les églises, l'église de Rome Eut persécutée avec le ph» de violence ; et les papes confirmèrent souvent par le sang TËvangtile qu'ils annonçoient à toute la terre. Domitien est tué : Tempire corn* mence à respirer sous Nerva [96]. Son grand âge ne lui pecmet pas de rétablir les afi'aires; mais, pour faire durer le repos public, il cboisit Trajan pour son successeur [97]. L'empire tranquille au dedans [98], et triomphant au dehors, ne cesse d!admlrer un si bon prince. Aussi avoit-il pour maxime, qu'il falloit que ses citoyens le trouvassent tel qu'il eût voulu trouver Tempereur s'il eût été simple citoyen. Ce prince dompta les Daces et Décébale leur roi [102]; étendit ses canquôtessn Orient [106] ; donna un roi aux Parthes, et leur fit craindre la puissance romaine [115. 116] : heureux que l'ivrognerie et ses infâmei amours, vices si déplorables dans un si grand prince, ne lui aient rien fait entreprendre contre la justice. A des temps si avantage«.x pour li république, succédèrent ceux d'Adrien [117] mêlés de bienettle mal. Ce prince maintint la di«:ci[»line militaire [120], vécut lui-même militairement [123] et avec beaucoup de frugalité, soulagea les provinces [125], fit fleurir les arts, et la Grèce qui en étoit la mère [126]. Les Barbares furent tenus en crainte par ses armes et par son autorité.* Il rebâtit Jérusalem [130] , à qui il donna son nom ; et c'est de là que lui vient le nom d'iËlia; mais il en bannit les Juifs, toujours rekêliesi>à l'empire [136]. Ces opiniâtres trouvèrent en lui'Un impitoyable vengeur. Il déshonora par ses cruautés, et par ses amours monstrueuses, un règne si éclatant [136]. Son infâme Antinofls, dont il fit un dieu, couvre de honte toute sa vie. L'empereur sembla réparer ses fautes, et rétablir sa gloire efl'acée, en adoptant Antonin le Pieux [138] , qui adopta Marc-Aurèle le Sage et le Philosophe. En ces deux princes [139, 16if paroissent deux beaux caractères. Le père, toujours en paix, et toujours prêt dans le besoin à faire la guerre : le fils est toujours en guerre, toujours prêt à donner la paix à ses ennemis et 4 l'empire. Son père Antonin lui avoit appris qu'il valoit mieux sauver un seul citoyen, que de défaire mille ennemis [162]. Les Parthes et lesMarcomans [169] éprouvèrent la valeur de Marc-Aurèle : les derniers étoient des Germains que cet empereur achevoit de dompter [180] quand il mourut Par la ^ertu des deux Antonin, ce nom devint les délices des Romains. La gloire d'un si beau nom ne fut etTacée ni par la mollesse de Lucmm Verus, frère de Marc-Aurèle et son coiègue dans l'empire, ni par let brutalités de Commode son fils et son successeur. Celui-ci, indigne d'avoir un tel père, en oublia les enseignements et les exemples. Le sénat et les peuples le détestèrent; ses plus assidus courtisans et* et maîtresse le firent mourir [192]. Son successeur Pertinax, rigeiireak défenseur de la xiiscipline militaire [193], se vit immolé à 4a fvrevr des soldats licencieux, qui l'avoient un peu auparavant élevé malgré

lui à la soureraine puissance. L'empire, mis à Tencan par l'armét trouva un acheteur. Le jurisconsulte Didius Julianus hasarda ce hardi marché; il lui en coûta la vie [194, 195, 198, etc.]. Sévère, Africain, le fit mourir, vengea Pertinax, passa de l'Orient en Occident [207, 209], triompha en Syrie , en Gaule et dans la Grande-Bretagne. Rapide conquérant, il égala César par ses victoires ; mais il n'imita pas sa clémence. Il ne put mettre la paix parmi ses enfants. Bassien ou Caracalla son fils aîné [208], faux imitateur d'Alexandre, aussitôt après la mort de son père [211, 212], tua sun frère Géta, empereur comme lui, dans le sein de Julie leur mère commune, passa sa vie dans la cruauté et dans le carnage, et s'attira à iui-même une mort tragique. Sévère lui avoit gagné le cœur des soldats et des peuples, en lui donnant le nom d'Antonin; mais il n'en sut pas soutenir la gloire [218]. Le Syrien Héliogabale, ou plutôt Alagabale son fils, ou du moins réputé pour tel, quoique le nom d'Antonin lui eût donné d'abord le cœur des si dats et la victoire sur Macrin, devint aussitôt après, par ses infamies, l'horreur du genre humain, et se perdit lui-même. Alexandre Sévère, fils de Mamée [222], son parent et son successeur, vécut trop peu pour le bien du monde. Il se plaignoit d'avoir plus de peine à contenir ses soldats, qu'à vaincre ses ennemis. Sa mère, qui le gouvemoit, fut cause de sa perte, comme elle l'avoit été de sa gloire [235]. Sous lui Artaxerxe,Persien, tua son maître Artaban [233] , dernier roi des Parthes, et rétablit l'empire des Perses en Orient.

En ces temps, l'Église encore naissante remplissoit toute la terre {TertuU.y ado. Jud., c. 7, Âpolog., c. 37.); et non-seulement l'Orient, où elle avoit commencé, c'est-à-dire la Palestine, la Syrie, l'Egypte, l'Asie mineure, et la Grèce; mais encore dans l'Occident, outre l'Italie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces d'Espagne, l'Afrique , la Germanie , la Grande-Bretagne dans les endroits impénétrables aux armes romaines ; et encore hors de l'empire , l'Arménie , la Perse, les Iodes, les peuples les plus barbares, les Sarmates, les Daces, les Scythes, les Maures, les Gétuliens, et jusqu'aux Iles les plus inconnues. Le sang de ses martyrs la rendoit féconde. Sous Trajan [107], ^int Ignace, évoque d'Antioclie, fut exposé aux bêtes farouches. Marc-Aurèle, malheureusement prévenu des calomnies dont on chargeoit le christianisme , fit mourir saint Justin le Philosophe [163], et l'apologiste de la religion chrétienne. Saint Polycarpe [167] , évêque de Smyrne, disciple de saint Jean, à l'âge de quatre-vingts ans, fut condamné au feu sous le même prince. Les saints martyrs de Lyon et de Vienne [177] endurèrent des supplices inouïs, à l'exemple de saint Photin (ou Pothin) , leur évêque, âgé de quatre-vingt-dix ans. L'Église gallicane remplit tout l'univers de sa gloire [202]. Saint Irénée, disciple de saint Polycarpe, et successeur de samt Photin, imita son prédécesseur, et mourut martyr sous Sévère, avec un grand nombre de fidèles de son église. Quelquefois la persécution se ralentissoit. Dans une extrême disette d'eau [174], que Marc-Aurèle soufl'rit en Germanie, une légion chrétienne obtint une pluie capable d'étancher la soif de ion armée , et accompagnée de coups de foudre qui épouvantèrent aee

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ennemis. Le nom de Foudroyante fut donné ou confirmé à la légion par ce miracle. L'empereur en fut touché, et écrivit au .sénat en faveur <ies chrétiei^s. A la fin, ses devins lui persuadèrent d'attribuer à ses (lieux et à ses prières un miracle que les païens ne s'avisoient pas seulement de souhaiter. D'autres causes suspendoient ou adoucissoient quelquefois la persécution pour un peu de temps; mab la superstition, vice que Marc-Aurèle ne put éviter, la haine publique, et les calom> nies qu'on imposoit aux chrétiens, prévaloient bientôt. La fureur des païens se rallumoit^et tout l'empire ruisseloit du sang des martyrs. La doctrine accompagnoit les souffrances. Sous Sévère, et un peu après, Tertullien, prêtre de Carthage [215], éclaira TËglise par ses écrits, la défendit par un admirable Apologétique, et la quitta enfin aveuglé par une orgueilleuse sévérité, et séduit par les visions du faux prophète Montanus. A peu près dans le même temps, le saint prêtre Clément Alexandrin déterra les antiquités du paganisme , pour le confondre. Origène, fils du saint martyr Léonide, se rendit célèbre par toute l^fi» glise dès sa première jeunesse, et enseigna de grandes vérités, qu'il mêloit de beaucoup d'erreurs. Le philosophe Amraonius fit servir à la religion la philosophie platonicienne, et s'attira le respect même des païens. Cependant les valentiniens, les gnostiques, et d'autres sectes impies, combattoient l'Évangile par défausses traditions : saint Iréuée leur oppose la tradition et l'autorité des églises apostoliques ; surtout de celle de Rome fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul, et la principale de toutes (Iren.y adv. Haer.j lib. m. cap. 1, 2, 3.). Tertullien fait la même chose {de Prœse, adv, Hxr.j c. 36.)* L'Ëglise n'est ébranlée ni par les hérésies, ni par les schismes, ni par la chute de ses docteurs les plus illustres. Lasaintetéde ses mœurs est si éclatante, qu'elle lui attire les louanges de ses ennemis.

Les affaires de l'empire se brouilloient d'une terrible manière [235]. Après la mort d'Alexandre, le tyran Maximin, qui l'avoit tué, se rendit le maître quoique de race gothique. Le sénat lui opposa «quatre empereurs, qui périrent tous en moins de deux ans ['236, 237]. Parmi eux étoient les deux Gordien père et fils, chéris du peuple romain [238]. Le jeune Gordien leur fils, quoique dans une extrême jeunesse, montra une sagesse consommée, défendit à peine contre les Perses [242] l'empire affoibli par tant de divisions. H avoit repris sur eux beaucoup lie places importantes. Mais Philippe, Arabe, tua un si bon prince [244]; et de peur d'être accablé par deux empereurs, que le sénat élut l'un après l'autre [245] , il fit une paix honteuse avec Sapor roi de Perse. C'est le premier des Romains qui ait abandonné par traité quelques terres de l'empire. On dit qu'il embrassa la religion chrétienne dans un temps où <out-À-coup il parut meilleur , et il est vrai qu'il fut favorable aux chrétiens. En haine de cet empereur, Déce qui le tua [249], renouvela la persécution avec plus de violence que jamais (Euseb,, Bût. eeel.f lib. vi. c. 39.). L'£glise s'étendit de tous côtés, principalement dans les Gaules (Greg. Tur., Bist. Franc. ^ i. i. c. 28.), et l'empire perdit bientôt Dèce , qui le défendoit vigoureusement. Galius et Volusien païaèrent bien vite [251]; &ffliliea ne fit que parottre (2ô4l;

là souveraine puissance (ut donnée k Valérien, et ce véoérable vieillard y monta par toutes les dignités. Il ne fut cruel qu*aux chrétieni [2^7]. Sous lui le pape saint Etienne, et saint Cyprien évâque de Car* tbage [253], malgré toutes leurs disputes [:256] qui n'a voient point rompu la communion, reçurent tous deux la même couronne. L'erreur de saint Cyprien, qui rejetoit le baptême donné par les hérétiques, ne nuisit ni à lui ni à r%Iise. La tradition du saint Siège se soutint, par sa propre force, contre les spécieux raisonnemeœits et contre Tautorité d*un si grand homme, encore que d'autres grands hommes défendis* lient la même doctrine. Une autre dispute fit plus de mal [257]. Sa* bellius confondit ensemble les trois personnes divines, et ne connut ea Dieu qu'une seule personne sous trois noms. Cette nouveauté étonna Iffiglise; et saint Denis, évêque d'Alexandrie, découvrit [259] au pape saint Sixte II les erreurs de cet hérésiarque (Euseb., Hist, ecel.y lib. vil c. 6). Ce saint pape suivit de près au martyre saint Etienne son prédécesseur : il eut la tête tranchée, et laissa un plus grand combat à soutenir à son diacre saint Laurent. C'est alors qu'on voit commencer l'inoDdation des Barbares. Le^ Bourguignons et d'autres peuples germains, les Goths autrefois appelés les Gétes, et d'autres peuplas [258, 259.^60] qui habitoient vers le Pont-Euxin et au delà du Danube, entrèrent dans l'Europe; l'Orient fut envahi par les Scythes asiatiques et par les Perses. Ceux-ci défirent Valérien, qu'ils prirent ensuite par une infidélité ; et après lui avoir laissé achever sa vie dans un pénible esclavage, ils Técorchèrent, pour faire servir sa peau déchirée d^ monument à leur victoire. Gallien son fils et son collègue [?61] acheva de tout perdre par sa mollesse. Trente tyrans partagèrent l'empire [264]. Odénat roi de Palmyre, ville ancienne, dont Salomon est le fondateur, fui le plus illustre de tous : il sauva les provinces d'Orie.it des mains des Barbares, et s'y fit reconnoltre. Se femme Zénobie marchoitavec lui à la tête des armées qu'elle commanda seule après sa mort, et se rendit célèbre par toute la terre pour avoir joint la chasteté avec la beauté, et le savoir avec la valeur. Claudius II [268], et Aurélien après lui, rétablirent les affaires de l'empire [270]. Pendnnt qu'ils abatioient les Goths avec les Germains, par des victoires signalées, Zénobie conservoit à ses enfants les conquêtes de leur père. Cette princesse penchoit au judaïsme. Pour l'attirer, Paul de Samo!»ate évoque d'An tioche, honune vain et inquiet, enseigna son opinion judaliue sur la personne de Jésus-Christ, qu'il ne faisoit qu'un pur ïiomme {Euseb., Hitt. ecel., lib. vil 0. 27 et êeq, ; Àthan, , de Synod. , n. 26, 43 ; tom. i, p. 739, 757 , etc. ; Theodor,, Hxr. Fab., i. u. c. 8; Niceph.^ lib. yi. c. 27.). Après uns longue dissimulation d'une si nouvelle doctrine, U fut convaincu et condamné au concile d'Antioche [273]. La reine Zénobie soutint it guerre contre Aurélien [274] , qui ne dédaigna pas de triompher d'une lémme si célèbre. Parmi de perpétuels comi)ais il sut /aire garder ain gens de guerre la discipline romaine, et montra qu'en suivant les anciens ordres et l'ancienne frugalité, .on pouvoit faive agir de gcandai armées au de(|ans.etau dehors, sans être. à chargea renpice. Les Franfli commençoicMit alors à se faire craindre {Hist. Aug. Aurel,, c. 7 ;Flor.«

SUR l'histoire universelle. 213

c. 2 ; Prob,f cil, 12 ; Firm., et \ c. 13.)- C'étoit une ligue de peuples germaiDsqui habitoient le long du Rhin. Leur nom montre qu'ils étoieût unis par Tamour de la liberté. Aurélien les avoit battus étant particulier, et les tint en crainte étant empereur. Un tel prince se fit haïr par se3 actions sanguinaires. Sa colère trop redoutée lui causa la mort [275}. Ceux qui se croyoîent en péril Te prévinrent, et son secrétaire menacé se mit à la tête de la conjuration. L'armée, qui le vit périr par la conspiration de tant de chefs, refusa d'élire un empereur, de peur de mettre sur le trône un des assassins d'Aurélien ; et le sénat, rétabli dans son ancien droit, élut Tacite. Ce nouveau prince étoit vénérable par son âge et par sa vertu, mais il devint odieux par les violences d'un parent, à qui il donna le commandement de l'armée, et périt avec lui, dans une sédition, le sixième mois de son règne [276]. Ainsi son élévation ne fit que précipiter le cours de sa vie. Son frère Florien prétendit à l'empire pardroit de succession, comme le plus proche héritier. Ce droit ne fut pas reconnu : Florien fut tué, et Probus forcé par les soldats à recevoir l'empire, encore qu'il les menaçât de les faire vivre dans l'ordre. Tout fléchit sous un si grand capitaine [277] : les Germains et les Francs [278], qui vouloient entrer dans les Gaules, furent repoussés [280] ; et en Orient aussi bien qu'en Occident, tous les Barbares respectèrent les armes romaines. Un guerrier si redoutable aspiroit à la paix, et fit espérer à l'empire de n'avoir plus besoin des gens de guerre. L'armée se vengea de cette parole [282] , et de la règle sévère que son empereur lui faisoit garder. Un momerit après, étonnée de la violence qu'elle exerça sur un si grand prince, elle honora sa mémoire, et lui donna pour successeur Carus, qui n'étoit pas moins zélé que lui pour la discipline. Ce vaillant prince vengea son prédécesseur [283], et réprima les Barbares, à qui la mort de Probus avoit rendu le courage. Il alla en Orient combattre les Perses avec Numérien son second fils, et opposa aux ennemis, du côté du Nord, son fils aîné Carlnus qu'il fit césar. C'étoit la seconde dignité, et le plus proche degré pour parvenir à l'empire. Tout l'Orient trembla devant Carus : la Mésopotamie se soumit; les Perses divisés ne purent lui résister. Pendant que tout lui cédoit, le ciel l'arrêta par un coup de foudi*e. A fbrce de le pleurer, Numérien fut prêt à perdre les yeux. Que ne fait dans les cœurs l'envie de régner? Loin d'être touché de ses maux, son beau-père Aper le tua [284] ; mais Dioclétien vengea sa mort, et parvint enfin à l'empire, qu'il avoit désiré avec tant d'ardeur. Carinus se réveilla, malgré sa mollesse, et battit Dioclétien [285] ; mais en poursuivant les fuyards, il fut tué par un des siens, dont il avoit corrompu la femme. Ainsi l'empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les hommes. Dioclétien gouverna avec vigueur, mais avec une insupportable vanité. Pour résister à tant d'ennemis, qui s'élevoi. nt de tous côtés au de lans et au dehors, il nomma Maximien empereur avec lui ptSO] , et sut néanmoins se conserver l'autorité principale. Chaque empereur fit un céjar [291]. Constantius Chlor .s et Galérius furent élevés à ce haut rang. Les quatre princes soutinrent à peine le t^t^<^^>\^^\»x6. ée guerres. Dioclétien fuit Rome qu'il trou\o\l lto\^ V\t^t«^ %\. ^^V^^K^

à Nicomédie [287] , où il se fit adorer à la mode des Orientaur. Cependant les Perses, vaincus par Galérius, abandonnèrent aux Romains de grandes provinces et des royaumes entiers. Après de si grands succès, Galérius ne veut plus être sujet, et dédaigne le nom de césar. Il cornmence par intimider Maximien. Une longue maladie avoit fait baiss't Pesprit de Dioctétien, et Galérius. quoique son gendre, le força de quitter l'empire (Etueb,^ Hist. eccl., 1. vm. c. I3;0rat. Comt. adScuict. esst. ?5; Lact.,de Mort. Ptr&ec., c. 17 , 18.). Il fallut que Maximien siiivtt son exemple. Ainsi Tempire vint entre les mains de Constantius Chlorus et de Galérius [304] ; et deux nouveaux césars, Sévère et Maximin, furent créés en leur place par les empereurs qui se déposoient' Les Gaules, l'Espagne, et la Grande-Bretagne furent heureuses, mais trop peu de temps, sous Constantin Chlorus. Ennemi des exactions, et accusé par là de ruiner le fisc, il montra qu*il avoit des trésors immenses dans la bonne volonté de ses sujets. Le reste de Tempire souffroit beaucoup hous tant dempereurs et tant de césars ; les officiers se muîtiplioient avec les princes ; les dépenses et les exactions étoient infinies. Le jeune Constantin fils de Constantius Chlorus se rendoit illustre (Lact , de Mort. Persec. , c. 24.) ; mais il se trouvoit entre les mains de Galérius. Tous les jours cet empereur, jaloux de sa gloire, TexposoU i de nouveaux périls. Il lui falloit combattre les bêtes farouches par une espèce de jeu ; mais Galérius n'étoit pas moins à craindre qu'elles. Constantin, échappé de ses mains, trouva son père expirant. En ce temps, Maxence fils de Maximien [306], et gendre de Galérius, se fît empereur à Rome, malgré son beau-père; et les divisions intestines se joignirent aux autres maux de l'Etat. L'image de Constantin, qui venoit de succéder à son père, portée à Rome, selon la coutume, y fut rejetée par les ordres de Maxence. La réception des images étoit la forme ordinaire de reconnoltre les nouveaux princes. On se prépare à la guerre de tous côtés. Le césar Sévère, que Galérius envoya contre Maxence [307] , le fit trembler dans Rome (Ibid, , c. 26, 27.). Pour se donner de Tappui dans sa frayeur, il rappela son père Maximien. Le vieillard ambitieux quitta sa retraite, où il n'étoit qu'à regret, et tâcha en vain de retirer Dioclétien son collègue du jardin qu'il cultivoit à Salone. Au nom de Maximien, empereur pour ]a seconde fois, les soldats de Séi'èie le quittent. Le vieil empereur le fait tuer; et en même temps, pour s'appuyer contre Galérius, il donne à Constantin sa fille Fauste. Il failoit aussi de l'appui à Galérius après la mort de Sévère ; c'est ce qui le fit résoudre à nommer Licinius empereur (Ibid., cap. 28, 29, 30. 31. 32.) : mais ce choix piqua Maximin,qui, en qualité de césar, se croyoit plus proche du suprême honneur. Rien ne put lui persuader de ^t soumettre à Licinius ; et il se rendit indépendant dans l'Orient. Il ne restoit presque à Galérius que l'Illyrie où il s'étoit retiré après avoir été chassé d'Italie. Le reste de l'Occident obéissoit à Maximien, à son fils Maxence, et à son gendre Constantin. Mais il ne vouloit non plus, pour compagnons de l'empire, ses enfants que les étrangers. Il tâcha de chasser de Rome son fils Maxence, qui le chassa lui-même. Constantin , qui It reçut dans les Gaules, ne le \tou^& pas moins \ierfide. Après divers at-

tentats, Maximien fit un dernier complot, où il crut avoir engagé sa fille Fauste contre son mari. Elle le trompoit : et Maximien, qui penloit avoir tué Constantin en tuant Teunuque qu'on avoit mis dans son lit. fut contraint de se donner la mort à lui-même. Une nouvelle guerre s'allume; et Maxence, sous prétexte de venger son père, se déclare contre Constantin [312] qui marche à Rome avec ses troupes {Laet,^ de Mort. Penee., c. 42. 43.). En même temps, il fait renverser les statues de Maximien : celles de Dioclétien, qui y étoient jointes, eurent le même sort. Le repos de Dioclétien fut troublé de ce mépris; et il mourut quelque temps après, autant de chagrin que de vieillesse.

En ces temps, Rome toujours ennemie du christianisme, fit un dernier effort pour Téteindre, et acheva de rétablir. Galérius, marqué par les historiens comme l'auteur de la dernière persécution (Euseh.., Hitt, ecel.j lib. viu. c. \6 i De vitd Constant. , 1. i. c. 57 , Lact.j Ibid., c. 9 et seq.) , deux ans devant qu'il eût obligé Dioclétien à quitter l'empire,, le contraignit à faire ce sanglant édit [302]. qui ordonnoit de persécuter les chrétiens plus violemment que jamais. Maximien, qui les haîssoit, et n'avoit jamais cessé de les tourmenter, animoit les magistrats et les bourreaux ; mais sa violence, quelque extrême qu'elle fût, n'égaloit point celle de Maximin et de Galérius. On inventoit tous les jours de nouveaux supplices. La pudeur des vierges chrétiennes n'étoit pas moins attaquée que leur foi. On recherchoit les livres sacrés avec lies soins extraordinaires pour en abolir la mémoire; et les chrétiens n^osoient les avoir dans leurs ma>sons, ni presque les lire. Ainsi, après trois cents ans de persécution , la haine des persécuteurs devenoit plus âpre. Les chrétiens les lassèrent par leur patience. Les peuples, touchés de leur sainte vie, se convertissoient en foule. Galérius désespéra de les pouvoir vaincre. Frappé d'une maladie extraordinaire [311], il révoqua ses édits, et mourut de la mort d'Ântiochus, avec une aussi funeste pénitence. Maximin continua la persécution [312]; mais Constantin le Grand, prince sage et victorieux, embrassa publiquement le christianisme.

Onzième époque. ~ Constantin, ou la paix de VÉg{ise.

Cette célèbre déclaratioti de Constantin arriva l'an 312 de Notre-Seigneur. Pendant qu'il assiégeoit Maxence dans Home, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde, avec une inscription qui lui promettoit la victoire : la môme chose lui est confirmée dans un songe. Le lendemain il gagna cette célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran, et l'Église d'un persécuteur. La croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire [313]. Un peu après, Maximin fut vaincu par Licinius qui étoit d'accord avec Constantin, et il fit une fin s^^mblable à celle de Galérius. La paix fut donnée à r£giise. Constantin la combla d'honneur. La victoire le suivit partout, et les Barbares furent téprimés, tant par lui que par ses enfants. Cependant Licinius se brouille avec lui , et renouvelle ia persécution (3l^V ^■^^^'^^ par mer et par terre, il est contraint de q^XVm V«aiw« %X «cw^^ ^^

perdre la fie [324]. En ce temps, Constantin asssembla à Nicée en Bifh{fEii9 [325] le prenne rconcrle géhéiral, où trois cents dii^huttévèqvfèfl qui re^résentbient toute TËglise, condiuanèRfnt le prêtre' Arioc, eMtfemi de la divinité <lu Pth de Dieir, et dressèreni le Symbole 'oAiitt eoinnbstantialité du Père et éa Fifo est établies Les prêtres ■ de rUglisr rboaine envoyés par le pape saint Silvestre, précédèrent tevs lexé^l^ quÉS dans emte assemblée; et un ancien auteur grec [Gel, €yzici,Buk Oine. Nit.f lib.n. c. 6, 27; Cône. La^.y tom. ii. col. Iô8y 237.) coi^>tt fêlttîA les légfsts dtt saint Siège le célèbre Osius, évéque de Condooe, qui- présida au concile. Constantin y prit sa séance, et en reçut lei décisiens comme' tm oracle du ciel. Les ariens cachèrent leurs erreurs, tffrent^rent dans' ses' bonnes grftces en dissimulant Pendant que sa n^crr maintenolt rempire dans* une souveraine traaquUUté [326], le repos dé sa famille fut troublé par lès artifices de Faiiste sa. feaune. Crispe, fils dé Gbnstantîn, mais d'un autue mariage, accusé par cette marâtre de l'avoir voulu corrompre, trouva son- pèreànflexibiè. Sa mort fîit bientôt vengée. Fpuste convaincue fut suffoquée dans le bain. Mais Êdtistantin déshonoré par la malice de sa femme, reçut en même temps Beaucoup dltonneur par la piété de sa mère; Elle découvrit, dans les rdines de Tancieniie jférusalem, la vraie croix féconde en miracles. Le Safnt sépulcre fût aussi trotivé. La nouvelle ville dé Jérusalem qu'Adrien avoit f^it bâtir; la gratte où étoit né le Sauveur du monde, et tdUs les saints lieux furent ornés de tempies superbes par Hélène et par Constantin. Quatre ans après, l'empereur rebâtit Byzance f33Ô], qoMl appela Constantinople, et en fit le second siège de Tempire. L'É» glise pnisible sous Constantin fut cruellement affligée en Perse [336]. Urie infinité de martyrs signalèrent leur foi. L'empereur tâcha en vain d'apaiser Sapor, et de l'attirer au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable retraite. Ce prince, béni de toute l'Ëglise, mourut plein de joie et d'espérance, après avoir partagé l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant [337]. Leur concorde fut bientôt troublée. Constantin périt dans la guerre qu'il eut avec son frère Constant pour les limites de leur empire. Constance et Constant ne furent guère plus unis [340] Constant soutint la foi de Nicée que Constance combattoit. Alors T'£glise admira les longues soufi'rances de saint Athanase, patriarche d'A léxandrie et défenseur du concile de Nicée. Chassé de son siège par Constance, il fut rétabli canoniquement par le pape saint Jules I [341], dont Constant appuya le décret {Socr. , Hist. eccl.y lib. ii. c. 15; Soxom., lib. m. c. 8.]. Ce bon prince ne dura guère. Le tyran Magnence le tua par trahison [3T)0]; mais tôt après, vaincu par Constance [351], il se tua lui-même. Dans la bataille où ses affaires furent ruinées, Valeni évéque aérien, secrètement averti par ses amis, assura Constance que l'armée du tyran étoit en fuite, et fît croire au foible empereur qu'il le savoit par révélation. Sur cette fausse révélation , Constance se livre aux ariens. Les évoques orthodoxes sont chassés de leurs sièges, toute l'Église [353] est remplie de confusion et de trouble; la constance du pape Libère cède aux ennuis de l'exil; les tourments font suecomberle

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vieil Osius [367], autrefois le soutien de T^glise. Le concile de Rimioi, si ferme d'abord , fléchit à la fin [35&] par surprise et par violence : rien ne se fait dans les fornaes; Tautoritè de Tempereur est là seule loi : maislesariens, qui font tout par là, ne peuvent s*accorder entreeux, et changent tous les jours leur symbole : la foi de Nicée subsiste : sdnt Athanase,et saint Hilaire évêque de Poitiers, ses principaux défenseurs, se rendent célèbres par toute la terre. Pendant que l'empereur Constance , occupé des affaires de l'arianisme , faisoit négligemment celles de l'empire, les Perses remportèrent de grands avantages. Les Allemands et les Francs [357 , 358 , 359] ttntcrent de toutes parts Tetitrée des Gaules. Julien, parent de l'empereur , les arrêta et les battit. L'empereur lui-même défit les Sai mates, et marcha contre les Perse? [360]. Là paroît la révolte de Julien contre Témpereur f3'6I], son apo»*" laMe, la mort de Constance, lé règne de Julien, son gouvernement équitable, et le nouveau genre de persécution quMl fît souffrir à l'Ëglise. lî en entretint les divisions; il exclut les chrétiens non-seulement des honneurs, mais des études; et en imitant la sainte discipline de i*fifglise, il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés, et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. Les chrétiens demeurèrent fidèles à leur empereur : mais la gloire qu'il cherchoit trop, le fît périr [363|; il fut tué dans la Perse, où il s'étoit engagé témérairement. Jovien son successeur, zélé chrétien, trouva les affaires désespérées, et ne vécut que pour conclure une paix honteuse [364]. Après lui,VaIentinien fit la guerre en grand capitaine [366, 367, 368, 370,371, etc.]; il y mena son fils Gratien dès sa première jeunesse, maintint la di^cipline militaire, battit les Barbares, fortifia les frontières de l'empire, et protCgea en Occident la foi de Nicéc. Yalens, son frère, qu'il fit son collègue, la persécutoit en Orient; et ne pouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, il désespéroit de la pouvoir vaincre. Quelques ariens joîgnireiit de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte. Aërius, prêtre arien, est noté dans les écrits des saints Pères, comme Tauteur d'une nouvelle hérésie (Épiph.j lib. lu, hier. lxxv. t. i. p. 906; Aug., hœr. uu, tom. vm. c. 18.), pour avoir égalé la prêtrise à l'épiscopat, et avoir jugé inutiles les prières et les oblations que toute l'Eglise foisoit pour les morts. Une troisiè :;e erreur de cet hérésiarque, étoit de compter parmi les servitudes de la loi, l'observance de certains jeûnes marqués, et de vouloir que le jeune fût toujours libre. U vivoit encore quand saint Epiphane se rendit célèbre par son histoire des hérésies, DÛ il est réfuté avec tous les autres. Saint Martin fut fait évêque de Tours [375], et remplit tout l'univers du bruit de sa sainteté et de ses miracles, durant sa vie et après sa mort. Valentinien mourut après un discours violent qu'il fit aux ennemis de l'empire; son impétueuse colère, qui le faisoit redouter des autres, lui fut fat Je à lui-même. Son successeur Gratien vit sans envie l'élévatiun de son jeune frère Valentinien II, qu'on fit empereur, encore qu'il n'eût que neuf ans. Sa mère Justine, protectrice des ariens, gouverna durant son bas âge. On volt ici en peu d'années de merveilleux événements ; \^ i^^qWa ^^% ^Ok'Co.^

âI8 DISCOURS

contre Valens [377J , C6 prince quitter les Perses pour réprimer les rebelles ; Gratien [378] accourir à lui après avoir remporté une victoire signalée sur les Allemands. Valens, qui veut vaincre seul, précipite le combat, oâ il est tué près d'Andrinople : les Goths victorieux le brûlent dans un village où il s'étoit retiré. Gratien, accablé d'affaires [379], associe à Pempire le grand Théodose, et lui laisse l'Orient. Les Gothi sont vaincus; tous les Barbares sont tenus en crainte; et ce que Théodose n'estimoit pas moins, les hérétiques macédoniens qui nioient U divinité du Saint-Esprit, sont condamnés au concile de Constantinople [381]. Il ne s'y trouva que l'église grecque : le consentement de tout l'Occident, et du pape saint Damase, le fit appeler second concile général. Pendant que Théodose gouvernoit avec tant de force et tant de succès, Gratien [383], qui n'étoit pas moins vaillant ni moins pieux, abandonné de ses troupes, toutes composées d'étrangers, fut immolé au tyran Maxime. L'Ëglise et l'empire pleurent ce bon prince. Le tyran régna dans les Gaules [386, 387], et sembla se contenter de ce partage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fils, des édits en faveur (le l'arianisme. Saint Amhroise, évéque de Milan, ne lui opposa que la saine doctrine . les prières et la patience ; et sut par de telles armes, non-seulement conserver à l'Église les basiliques que les hérétiques vouloient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereur. Cependant Maxime remue; et Justine ne trouve rien de plus fidèle que Je saint évéque, qu'elle traitoit de rebelle. Elle l'envoie au tyran, que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Yalentinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se rer.'I mattre h Rome, où il rétablit les sacrifices des faux dieux, par complaisance pour le sénat presque encore tout païen [388]. Après qu'il eut occupé tout l'Occident, et dans le temps qu'il se croyoit le plus paisible. Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie, l'assiégea dans Aquilée,et le laissa tuer par ses soldats. Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Yalentinien, qui ne le garda pas longtemps. Ce jeune prince éleva et abaissa trop Arbogaste, un capitaine des Francs, vaillant, désintéressé, mais capable de maintenir par toute sorte de crimes le pouvoir qu'il s'étoit acquis sur les troupes. Il éleva le tyran Eugène, qui ne savoit que discourir, et tua Yalentinien [392], qui ne vouloit plus avoir pour mattre le superbe Franc. Ce coup détestable fut fait dans les Gaules auprès de Yienne. Saint Ambroise que le jeune empereur avoit mandé pour recevoir de lui le baptême, déplora sa perte, et espéra bien de son salut. Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible, donna la victoire à Théodose sur Eugène, et sur les faux dieux dont ce tyran avoit rétabli le culte [394]. Eugène fut pris : il fallut le sacrifier h la vengeance publique, et abattre la rébellion par sa mort. Le fier Arbogaste se tua lui-même, plutôt que d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venoit d'éprouver. Théodose se'ul empereur fut la joie et l'admiration de tout l'univers. Il api>uya la religion; il fit taire les hérétiques; il abolit les sacrifices impurs des païens; il corrigea la mollesse, et réprima les dépenses superflues [390]. Il avoua humblemeut ses fautes, et il en fit

pénitence. Il écouta saint Ambroise, célèbre docteur de TËglise qui le reprenoit de sa colère, seul vice d*un si grand prince. Toujours victo- Reux, jamais il ne fitla guerre que par nécessité. Il rendit les peuples heureux . et mourut en paix [395J , plus illustre par sa foi que par ses victoires. De son temps [386» 387], saint Jérôme prêtre, retiré dans la sainte grotte de Bethléem, entreprit des travaux immenses pour expliquer TËcriture, en lut tous les interprètes, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent éclaircir, et composa, sur l'original hébreu, la version de la Bible que toute l'Église a reçue sous le nom de Vulfiite. L'empire qui paroissoit invincible sous Théodose, changea tout-à-coup sous ses deux fils. Arcade eut l'Orient, et Honorius l'Occident : tous deux gouvernés par leurs ministres, ils firent servir leur puissance à des intérêts particuliers. Rufin et Eutrope, successivement favoris d'Arcade [395j,et aussi méchants l'un que l'autre, périrent bientôt [399|, et les affaires n'en allèrent pas mieux sous un prince foible. Sa Temme Eudoxe lui fit persécuter saint Jean Chrysostome[403, 404], patriarche de Constantinople,et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent^ et tout rOccident soutinrent ce grand évoque contre Théophile, patriarche d'Alexandrie, ministre des violences de l'impératrice. L'Occident étoit troublé [406 et tuiv.] par l'inondation des Barbares. Radagaise,Goth et païen, ravagea l'Italie. Les Vandales, nation gothique et arienne, occupèrent une partie de la Gaule et se répandirent dans l'Espagne. Alaric, roi des Visigoths, peuples ariens, contraignit Honorius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occupées par les Vandales. Stilicon, embarrassé de tant de Barbares, les bat, les ménage, s'entend et rompt avec eux, sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins Tempire qu'il a voit dessein d'usurper. Cependant Arcade mourut [408]» et crut rOrient si dépourvu de bons sujets, qu'il mit son fiis Tiiéodose, âgé de huit ans, sous la tutelle d'Isdegerde, roi de Perse. Mais Pulchérie sœur du jeune empereur se trouva capable des grandes affaires. L'empire de Théodose se soutint par la prudence et par la piété de cette princesse. Celui d'Honorius sembioit proche de sa ruine. Il fit mourir Stilicon, et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre [409]. La révolte de Constantin, la perte entière de la Gaule et de l'Espagne, la prise et le sac de Home [410], par les armes d'Alaric et des Visigoths, Turent la suite de la mort de Stilicon. Ataulphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau, et il ne songeoit qu'à abolir le nom romain : mais, [lour le bonheur de l'empire, il prit Placidie sœur de l'empereur. Cette princesse captive, qu'il épousa, l'adoucit [413]. Les Goths traitèrent avec les Romains, et s'établirent en Espagne [414, 415]» en se réservant dans les Gaules les provinces qui tiroient vers les Pyrénées. Leur roi Val lia conduisit sagement ces grands desseins. L'Espagne montra sa constance ; et sa foi ne s'altéra pas sous la domination de ces ariens. Cependant les Bourguignons, peuples germains, occupèrent le voisinage du Rhin, d'où peu à peu ils gagnèrent le pays qui porte encore leur nom. Les Francs ne s'oublièrent pas ; résolus d« faire de nouveaux efforts pour s'ouvrir les Gaules ^VtQ\^'^% ^<^\^x«^v'^ Va royauté Pharamond fils de Ifarcomir * et \a tnoiv%.ic.Yi\ft ^% Ytv^cA ^^»•

pius aDcienne et la plus noble de toutes celles qui sont au monde, commença sous lui. Le malheureux Honorius mourut [4^3] sans enfants, et sans pourvoir à Tempire. Théodore nomma empereur [424] son cousin Valentinien III , fils de Placidie et dé Constance son second mari, et le mit durant son bas &ge sous la tutelle de sa mère, à qui il donna le titre d'impératrice. Eh ces temps [411, 413], Célestius et Pelage nièrent le péché originel, et la grâce par laquelle nous sommes chrétiens. Malgré leurs dissimulations les conciles d'Afrique les condaoïpèrent [4161. Les papes saint Innocent et saint Zozime [41 7j, que le pape saint Célestin suivît depuis, autorisèrent la condamnation, et rétendirent par tout Tunivers. Saint Âug:ustin confondit ces dangereux hérétiques, et éclaira toute l'Ëgllse par ses admirable^ écrits. Le même Père, secondé de saint Frosper son disciple, ferma la bouche aux demipélagiens, qui attribuoient le commencement de la justification et de la foi aux seules forces du libre arbitre. Un siècle si malheureux à l'empire, et où il s'éleva tant d'hérésies, ne laissa pas d'être heureux au christianisme. Nul trouble ne Tébranla, nulle hérésie ne le corrompit. L'£giise, féconde en grands hommes, confondit toutes les erreurs. Après les persécutions, Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs: toutes les histoires et tous les écrits sont pleins de miracles que leur secours imploré, et leurs tombeaux honorés opéroient par toute la terre {Bier. Cont, Vigil,, tom. iv. part, n.col. 282 et seq.; Gennad.^ (feScnp.ecc^). Vigilance, qui s'opposoit à des sentiments si reçus [406], réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite. La foi chrétienne s'affermissoit, et s'étendoit tous les jours. Mais l'empire d'Occident n'en pouvoit plus. Attaqué par tant d'ennemis, il fut encore affoibli par les jalousies de .ses généraux |427j. Par les artifices d'Aétius , Boniface , comte d'Afrique, devint suspect à Placidie. Le comte maltraité fit venir d'Espagne Genséric et les Vandales, que les Goths en chassoient, et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôiée à l'empire. L'^ glise souffrit des maux infinis par la violence de ces ariens, et vit couronner une infinité de martyrs. Deux furieuses hérésies s'élevèrent [429] : Nestorius, patriarche de Constantino[»le , divisa la personne de Jésus-Christ ; et vingt ans après, Eutychès abbé en confondit les deux natures. Saint Cyrille patriarche d'Alexandrie s'opposa à Nestoi ius [430] , quiful condamné par le pape saint Célestin.Le concile d'Éphèse, troisième général [431] , eu exécution de cette sentence, déposa Nestorius, et confirma le décret de saint Célestin, que les évoques du concile appellent leur Père, dans leur définition (Part. ii. Conc. Eph. act. l. Sent, depos. Nestoriif tom. ni; Conc. Labb.^ col. 033.). La sainte Vierge fut reconnue pour mère de Dieu, et là doctrine de sâint Cyrille fut célébrée par lOuij la terre. Thêodose, après quelques embarras, se soumit au concile, et bannit Nestorius. Eutych's [448J, qui ne put combattre cette hérésie, qu'en se jetant dans un autre excès, ne fut pas moins fortement rejeté. Le pape saint Léon le Grand le condamna , et le réfuta tout ensemhle, par une lettre qui fut révérée dans tout l'univers. Le concile de Cnalccdoine |45iJ, quatrième gcnéral, où ce grand pape tenoit la premiers place, autant pi\r sa doctrine que par l'autorité de son siège.

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•Tiathématisa Etttyohès, et Dioscare patriarche d'Alexandrie son protecteur. La lettre du concile à saint Léon fait voir que ce pkip" y présidoit par ses légats, comme le chef à ses membres (iMot. 5. Syn, Chalc. ad Leon.f Cône. part. ni. tom. iv. cul. 837.). L'empereur Mar* cien assista lui-même à cette grande assemblée, à l'exemple de Constantin .et en reçut les décisions avec le même respect. Un peu aupa^ vant, Pulchérie Tavoitélevé à l'empire en l'épousant. Elle fut reconnue pour impératrice après la mort de son frère, qui n'avoit point laissé de fils. Mais il falloit donner un maître à l'empire :1a vertu de Marcion lui procura cet honneur. Durant le temps de ces deux conciles, Théodoret évêquede Cyr se rendit cél'bre; et sa doctrine seroit sans tache, si les écrits violents qu'il publia contre saint Cyrille n'avoient eu besoin de trop grands éclaircissements. Il les donna de bonne foi , et fut compté parmi les évêques orthodoxes. Les Gaules commençoient à reconnoitre les Francs. Aétius les avoit défendus contre Pharamond et contre Clodion le Chevelu ; mais Mérovée fut plus heureux , et y fit un plus solide établissement, à peu près dans le même temps que les Anglais, peuples Saxons, occupèrent la Grande Bretagne. Ils lui donnèrent leur nom, et y fondèrent plusieurs royaumes. Cependant les Huns, peuples des Palus-Mébtides, désolèrent tout l'univers avec une armée immense, sous la conduite d'Attila leur roi, le plus affreux de tous les hommes. Aétius, qui le défit dans les Gaules, ne pjut l'empêcher de ravager l'Italie [402]. Les lies de la mer Adriatique servirent de retraite à plusieurs contre sa fureur. Venise s'éleva au milieu des eaux. Le pape saint Léon, plus puissant qu' Aétius et que les armées romaines, se fit respecter par ce roi barbare et païen, et sauva Rome du pillage; mais elle y fut exposée bientôt après, par les débauches de son empereur Yalentinien [454 ,4ô&]. Maxime dont il avoit violé la femme, trouva le moyen de le perdre, en dissimulant sa douleur, et se faisant un mérite de sa complaisance. Par S6s conseils trompeurs, l'aveugle empe> reur fit mourir Aétius le seul rempart de Tempire. Maxime, auteur du meurtre, en inspire la vengeance aux amis d' Aétius, et fait tuer l'empereur. Il monte sur le trône par ces degrés, et contraint l'impératrice £udoxe, fille de Théodose le Jeune, à l'épouser. Pour se tirer de ses çiains, elle ne craignit point de se mettre en celles de Genséric. Rome est en proie au barbare : le seul saint Léon l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang :1c peuple déchire Maxime, et ne peçoit dans, ses maux que oetle triste consolation. Tout se brouille en Occident : on y voit plusieurs empereurs s'élever, .et tomber presque en même temps. Majorien fut le plus illustre [456]. Avitus soutint mal sa réputation, et se sauva -par un évèché [457]. On ne put plus défendre les Gaules contre Mérovée. ni contre Childéric son fils; mais le dernier pensa périr par ses débauches. Si ses sujets le chassèrent [458], un fidèle ami qui lui resta le fit rappeler. Sa valeur le fit craindre de ses ennemis [465j, et ses 'Mtr^uétes s'étendirent bien avant dans les Gaules. L'empire d'.OriiU*. étoii pa:s:ble sous Léon Thracien, successeur de Marcien [474|, et S0U3 6éLL*c vandre et successeur de Léon [4751. La révolte dd Easilisque biertôt opprimé ne causa qu'une courte inquiétude à cet eoï^%x^>àx

[47 6J ; mais l'empire d'Occident périt sans ressource. Auguste, qu'on nomme Augrustule, fils d'Oreste, fut le dernier empereur reconnue Rome, et incontinent après, il fut dépossédé par Odoacre, roi des Hé- ;rules. C*étoient des peuples Tenus du Pont-Euxin, dont la domination ne fut pas longue. En Orient l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouïe. Il fut le premier des empereurs qui se mêla de régler les questions de la foi. Pendant que les demi-eutychiens s'opposoient au concile de Chalcédoine, il publia [482] contre le concile son Hénotique, c'est-à-dire son décret d'union, détesté par les catholiques, et condamné par le pape Félix III [483]. Les Hérules furent bientôt chassés de Rome [490, 491] par Théodoric roi des Ostrogoths, c'est-àdire Goths orientaux, qui fonda le royaume d'Italie, et laissa quoique arien un assez libre exercice à la religion catholique [492]. L'empereur Anastase la troubloit en Orient. II marcha sur les pas de Zenon son prédécesseur, et appuya les hérétiques [493]. Par là il aliéna les esprits des peuples, et ne put jamais les gagner, même en étant des impôts fâcheux. L'Italie obéissoit à Théodoric. Odoacre , pressé dans Ravenne, tâcha de se sauver par un traité que Théodoric n'observa pas ; et les Hérules furent contraints de tout abandonner. Théodoric, outre l'Italie, tenoit encore la Provence [494]. De son temps, saint Benoit retiré en Italie dans un désert, commençoit dès ses plus tendres années à pratiquer les saintes maximes, dont il composa depuis cette belle règle que tous les moines d'Occident reçurent avec le même respect que les moines d'Orient ont pour celle de saint Basile. Les Romains achoTèrent de perdre les Gaules par les victoires de Clovis fils de Childéric [49&]. H gagna aussi sur les Allemands la bataille de Tolbiac, par le vœu qu'il fit d'embrasser la religion chrétienne, à laquelle Clotilde sa femme ne cessoit de le porter. Elle étoit de la maison des rois de Bourgogne, et catholique zélée, encore que sa famille et sa nation fût arienne. Clovis, instruit par saint Vaast, fut baptisé à Rheims, avec ses Français, par saint Rémi évéque de cette ancienne métropole. Seul de tous les princes du monde, il soutint la foi catholique, et mérita le titre detrètehréiien à ses successeurs. Par la bataille où il tua de sa propre main Alaric roi des Visigoths [506] , Tolose > et l'Aquitaine furent jointes à son royaume [507]. Mais la victoire des Ostrogoths l'empêcha de tout prendre jusqu'aux Pyrénées [508] , et la fin de son règne ternit la gloire des commencements [510]. Ses quatre enfants partagèrent le royaume, et ne cessèrent d'entreprendre les uns sur les autres. Anastase mourut frappé du foudre [518]. Justin, de basse naissance, mais habile et trèscatholique, fut fait empereur par le sénat. 11 se soumit avec tout son peuple flux décrets du pape saint Hormisdas, et mit fin aux troubles d'Orient [626]. De son temps Boêce, homme célèbre par sa doctrine aussi bien que par sa naissance, et Symmaque son beau-père, tous deux élevés aux charges les plus éminentes, furent immolés aux jalousies de Théodoric, qui les soupçonna sans sujet de conspirer contre l'Etat. Le roi, troublé de son crime, crut voir la tête de Symmaque dans

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