Aujourd'hui Toulo'*^. {Édit. de Vtnailles
un plat qu'on lui senroit, et mourut quelque temps après. Amalasonte sa fille, et mère d'AtalariCi qui devenoit roi parla mort de son aïeul, est empêchée par les Goths de faire instruire le jeune prince comme méritoit sa naissance; et contrainte de l'abandonner aux gens de son Age, elle voit qu'il se perd sans pouvoir y apporter de remède. L'année d'après, Justin mourut [527] après avoir associé à l'empire son neveu Justinien, dont le long règne est célèbre par les travaux de Tribonien compilateur du Droit romain , et par les exploits de Bélisaire et de l'eunuque Narsès. Ces deux fameux capitaines réprimèrent les Perses, défirent les Ostrogothset les Vandales, rendirent à leur maître l'Afrique, l'Italie et Rome [529, 530, etc.] ; mais l'empereur jaloux de leur gloire [533, 544], sans vouloir prendre part à leurs travaux, les embarrassoit [552, 553] toujours plus qu'il ne leur donnoit d'assistance. Le royaume de France s'augmentoit. Après une longue guerre |532], Ciiildebert et Clotaire enfants de Clovis conquirent le royaume de Bourgogne, et en même temps immolèrent à leur ambition les enfants mineurs de leur frère Clodomir, dont ils partagèrent entre eux le royaume. Quelque temps après, et pendant que Bélisaire attaquoit si vivement les Ostrogoths, ce qu'ils avoient dans les Gaules fut abandonné aux Français. La France s'étendoit alors beaucoup au delà du Rhin ; mais les partages des princes, qui faisoient autant de royaumes, l'empêcboient d être réunie sous une même domination. Ses principales parties furent la Neustrie, c'est-à-dire la France occidentale; et l'Austrasie, c'est-à-dire la France orientale. La même année que Rome fut reprise par Narsés [553], JustioienfitteniràConstantinople le cinquième concile général, qui confirma les précédents, et condamna quelques écrits favorables à Nestorius. C'est ce qu'on appeloit les trois Chapitres , à cause des trois auteurs, déjà morts il y avoit longtems, dont il s'agissoit alors., On condamna la mémoire et les écrits de Théodore évêque de Mopsueste, une lettre d'Ibas évêque d'Êdesse, et parmi les écrits de Théodoret, ceux qu'il avoit composa contre saint Cyrille. Les livres d'Origène, qui troubloient tout l'Orient depuis un siècle, furent aussi réprouvés. Ce concile commencé avec de mauvais desseins, eut une heureuse conclusion, et fut reçu du saint Siège qui s'y étoit opposé d'abord. Deux ans après le concile , Narsès qui avoit ôté l'Italie aux Goths , la défendit [555] contre les Français , et remporta une pleine victoire sur Bucelin général des troupes d'Austrasie. Malg^ tous ces avantages, l'Italie ne demeura guère aux empereurs. Sous Justin II, neveu de Justin ien [568] , et après la mort de Narsès, le royaume de Lombardie fut fondé par Alboln. Il prit Milan et Pavie:Rome et Ravenne se sauvèrent à peine de ses mains [570, 571] ; et les Lombards firent souffrir aux Romains des maux extrêmes. Rome fut mal secourue par ses empereurs, que les Avares [574], nation scythique, les Sarrasins peuples d'Arabie, et les Perses plus que tous les autres tourmentoient de tous côtés en Orient. Justin, qui ne croyoit que lui-même et ses passions, fut toujours battu par les Perses et par leur roi Chosroès. Il se troubla de tant de pertes, jusqu'à tomber en frénésie. Sa femme Sophie soutint l'empire. Le malheureux prince revint trop tard à son bon sens,
22k DISCOURS
et reconnut eo mourant la malice de s«s flatt&urs [579J. Après lui, Ti bèrell, qu'il. avoit nommé. empersur, réprima.les ennemi» [580], soulagea les peuples, et s'enrichit par sesaumônes. Les victoires de Maurice Cappadocien , général de ses armées , firent mourir de dépit le superbe ChosToès [581 J. Elles furent récompensées del^mpire, qjnt Tibère [583] lui doana en mourant avec sa iille Constantine. En ce emps, l'ambitieuse Frédégonde, femme au roi Chilpéric I, mettoit oute la France en combustion , et ne cessoit d'exciter des guerres ruelles entre les rois français. Au milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome [590].étoit afflij^ée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Grand fut élevé malgré lui sur la siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières ; instruit les empereurs , et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur rFt due; console l'Afrique et la fortifie; confirme en Espagne les Yisigoths convertis de l'arianisme, et Récarède le Catholique, qui vcnoit de rentrer an sein de l'Ëglise ; convertit l'Angleterre ; réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre ; fléckit les Lombards; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvoient aider; réprime l'orgueil naissant des- patriarches de Constantinople ; éclaire toute l'JE^lise par sa doctrine; gouverne l'Orient et VOccident avec autant de vigueur que d'humilité; et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoi re de l'Eglise n'a rien de plus beau que l'entrée [597] du saint moine Augustin dans le royaume de Kent avec quarante de ses compagnons qui, précédés de la croix et de l'image du grand roi Notre- Soigneur Jésus-Christ, faisoient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre (Beda, Hist. angLj lib. i. c. 25.,). Saint Grégoire, qui les lui avoit envoyés, les instruisoit par des lettres vérttatblement apostoliques, et apprenoit à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu faisoit par son -ministère ( Greg, , lib. xi , ep. lviii ; nune lib. XI , ind, 4 , ep. xxvni , tom. ii. col. 1110.)* Berthe , princesse de France, attira au christianisme le roi Édhilbert son mari. Les rois de France, la reine Brunehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évèques de France entrèrent dans cette bonne œuvre, et ce furent eux qui par Tordre du pape sacrèrent saint Augustin [601]. Le renfort qee saint Grégoire envoya au nouvel évèque, produisit de nouveaux fruits; et l'église anglicane prit sa forme [604] . L'empereur Maurice, ayant éprouvé là fidélité du saint pontife, se corrigea par ses avis, et reçut de lui cette louange si digne d'un prince chrétien , que la bouche des hérétiques n'osoit s'ouvrir de son temps. Un si pieux empereur fit pourtant une grande faute [601]. Un nombre infini de Romains périrent entre les. mains des Barbares, faute d'ôtre rachetés À un écu par tète. On voit incontinent après les remords du bon empereur; la prière qu'il fait à Dieu de le punir eu ce monde plutôt qu'en l'autre ; la révolte de Phocas [602], qui égorge à ses yeux toute sa famille; Maurice tué le dernier et ne disant autre chose parmi tous ses maux que ce verset du psalmiste : a Vous êtes juste, ô Seigneur, et tous vos juge- 9 ments sont droits (Ps, cxrni. 137.). » Phocas, élevé à l'empire par
SUR l'histoire universelle. 225
une action si détestable, tâcha de gagner les peuples, en honorant le saint Siège, dont il confirma les privilèges [606]. Mais sa sentencettoit prononcée. Héraclius [610], proclamé empereur par Parmée d'Ai'rique, marcha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les dél)auches nuisent plus aux princes que les cruautés; et Photip, dont il avoit débauché la femme, le livra à Héraclius, qui le fit tuer. La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clotaire II, fut immolée à Tambition de ce prince [614] : sa mémoire fut déchirée; et sa vertu , tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre. L'empire cependant étoit désolé. Le roi de Perse Chosroès II , sous prétexte de venger Maurice, avoit entrepris de perdre Phocas. Il poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit l'empereur battu, et la vraie croix enlevée par les infidèles; puis [620, 621, 622, 623, 625, 626], par un retour admirable, Héraclius cinq fois vainqueur; la Perse pénétrée par les Romains, Chosroès tué par son fils, et la sainte croix reconquise. Pendant que la puissance des Perses étoit si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. Mahomet s'érigea en prophète parmi les- Sarrasins [622] : il fut chassé de la Mecque par les siens. A sa fuite Commence la fameuse Hégire, d*où les mâhométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie de gré ou de force, ei jeta les fondements de Tempire des Califes. A ces maux se joignit l'hérésie des monothélites [629] qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnoissant deux natures en Notre- Seigneur, n'y vouloient reconnoltre qu'une seule volonté. L'hommo, selon eux, n'y vouloit rien, et il n'y avoit en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachoient leur venin sous des paroles ambiguës : un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés [633]. Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius I, qui en< tra avec eux dans un dangereux ménagement, et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés. Pour de malheur, quelque temps après [639] , l'empereur Héraclius ei prit de décider la question de son autorité, et proposa son Ectl Exposition, favorable aux monothélites; mais les artifices de^ ques furent enfin découverts. Le pape Jean IV condamna l'EcJ^^'' '* Constant, petit-fils d'Héraclius [648], soutint l'édit de sorÇP^®®"^ sien appelé Type. Le saint Siège [649] et le pape Thé</^™^^^°» à cette entreprise : le pape saint Martin I assemble la^° .*"^®' où il anathématise le Type et les chefs des monolhé^"^®» ^"^"® '* célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pouT^™® . , ®™P^
Cour infectée de la nouvelle hérésie, repreru^i ^? '°*:®^ ^"r?
, I JodOI. Le pape, trainé^
leurs qui avoient osé prononcer sur les qurvl J,«„. rc'/i «. Z
des miux infinU pou? la religion cath^X,«/hI^Hi',.^ -, ., 1 * ^ • j ° * 4 «Jf m se relâcher de ce ou il
d'ex.1 en ex. ,et toujours durement lijf ^gu^e «.glioane. fortmé. enSn pMm. les souffrances sans se^^j^ ^ „„d„i, ^ doit à son ministère. Cependant If^ ' *^"'
par les soins des papes Bonifacf^ ^^
BOMUET. — /
et reconnut en mourant la malice de ses flatt&urs [579J. Après lui, TI bèrell, qu'ilavoit nommé. empersur, réprimaies ennemi» [590] ^soulagea les peuples, et s'enrichit par sesaumdnes. Les victoires de Maiirrice Cappadocien , général de ses armées , firent mourir de dépit le superbe Chosraès [581 J. Elles furent récompensées de l^mpire , q«e Fibère [5g3] lui donna en mourant avec sa fille Constant] ne. En œ emps, l'ambitieuse Frédégonde, femme du roi Chilpéric I, mettoit oute la France en combustion , et ne cessoit d'jexciter des guerres ruelles entre les rois français. Âu milieu des malheurs de l'Italie, et pendant que Rome f&90].étoitaffli;:ée d'une peste épouvantable, saint Grégoire le Grand fut élevé malgré lui sur la siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières ; instruit .les empereurs , et tout ensemble leur fait rendre Pobéissanoe qui leur rpt due; console l'Afrique et la fortifie; confirme en Espagne les Yi&igoths convertis de l'arianisme, et Récaréde le Catholique, qui vcnoit de rentrer au sein de l'Église ; convertit l'Angleterre ; réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre ; fléckit les Lombards; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvoient aider; réprime l'orgueil naissant des- patriarches de Constantinople ; éclaire toute Tf^lise par sa doctrine ; gouverne rOrient et rOccident avec autant de vigueur que d'humilité; et donne au monde un parfait modèle du gouvernement (>tcdiéaiastique. L'histoi re de l'Eglise n'a rien de plus beau que l'entrée [597] d u sai n t moine Augustin dans le royaume de Kent avec jquarante de ses compagnons qui, précédés de la croix et de l'image du. grand roi Notre- Seigneur Jésus-Christ, faisoient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre ^Beda, Hist. angh, lib. i. c. 25.). Saint Grégoire^ qui les lui avoit envoyés, les instruisoit par des lettres vérita«blemeBt apostoliques, et apprenoit à saint Augustin à trembler parmi les miracles continuels que Dieu faisoit par son -ministère ( Greg, , lib. xi , ep. lviii ; nunc lib. XI, ind. 4, ep. xxvni , tom. ii. col. 1110.)- Berthe, princesse de France, attira au christianisme le roi Édhiibert son mari. Les rois de France, la reine Bruoehaut protégèrent la nouvelle mission. Les évèques de France entrèrent dans cette bonne œuvre, et ce furent eux qui par l'ordre du pape sacrèrent saint Augustin [601]. Le renfort que saint Grégoire envoya au nouvel évoque, produisit de nouveaux fruits; et l'église anglicane prit sa forme [604] . L'empereur Maurice, ayant éprouvé la fidélité du saint pontife, se corrigea par ses avis, et reçut de lui cette louange si digne d'un prince chrétien , que la bouche des hérétiques n'osoit s'ouvrir de son temps. Un si pieux empereur fit pourtant une grande faute [601]. Un nombre infini de Romains périrent entre les mains des Barbares, faute d'être rachetés A un écu par tête. On voit incontinent après les remords du bon empereur; la priùre qu'il fait à Dieu de le punir en ce monde plutAt qu'en l'autre ; la révolte de Phocas [602], qui égorge à ses yeux toute sa famille; Maurice tué le dernier et ne disant autre chose parmi tous ses maux que ce verset du psalmiste : a Vous êtes juste, ô Seigneur, et tous vos juge- 9 ments sont droits (Ps. cxvni. 137.)- * Phocas, éleréà l'empire par
SUR l'histoire universelle. "225
une action si détestablfi, tâcha de gagner les peuples, en honorant le saint Siège, dont il confirma les privilèges [606]. Mais sa sentence- <'toit prononcée. Héraclius [610], proclamé empereur par l'armée d'Afrique, marcha contre lui. Alors Phocas éprouva que souvent les dél)auches nuisent plus aux princes que les cruautés; et Photir, dont il avoit débauché la femme, le livra à Héraclius, qui le fit tuer. La France vit un peu après une tragédie bien plus étrange. La reine Brunehaut, livrée à Clotaire II, fut immolée à l'ambition de ce prince [614] : sa mémoire fut déchirée; et sa vertu, tant louée par le pape saint Grégoire, a peine encore à se défendre. L'empire cependant étoit désolé. Le roi de Perse Chosroès II , sous prétexte de venger Maurice, avoit entrepris de perdre Phocas. 11 poussa ses conquêtes sous Héraclius. On vit l'empereur battu, et la vraie croix enlevée par les infidèles; puis [620, 621, 622, 623, 625, 626], par un retour admirable, Héraclius cinq fois vainqueur; la Perse pénétrée par les Romains, Chosroès tué par son fils, et la sainte croix reconquise. Pendant que la puissance des Perses étoit si bien réprimée, un plus grand mal s'éleva contre l'empire et contre toute la chrétienté. .Mahomet s'érigea en prophète parmi les^ Sarrasins [622] : il fut chassé de la Mecque par les siens. A sa fuite commence la fameuse Hégire, d'où les mâhométans comptent leurs années. Le faux prophète donna ses victoires pour toute marque de sa mission. Il soumit en neuf ans toute l'Arabie de gré ou de force, ei jeta les fondements de l'empire des Califes. A ces maux se joignit l'hérésie des monothélites [629] qui, par une bizarrerie presque inconcevable, en reconnoissant deux natures en Notre- Seigneur, n'y vouloient reconnoltre qu'une seule volonté. L'homme, selon eux, n'y vouloit rien, et il n'y avoit en Jésus-Christ que la seule volonté du Verbe. Ces hérétiques cachoient leur venin sous des paroles ambiguës : un faux amour de la paix leur fit proposer qu'on ne parlât ni d'une ni de deux volontés [633]. Ils imposèrent par ces artifices au pape Honorius I, qui entra avec eux dans un dangereux ménagement, et consentit au silence, où le mensonge et la vérité furent également supprimés. Pour comble de malheur, quelque temps après [639], l'empereur Héraclius entreprit de décider la quesdon de son autorité, et proposa son Ecthèse on Exposition , favorable aux monothélites ; mais les artifices des hérétiques furent enfin découverts. Le pape Jean IV condamna l'Ecthèsa [640j. Constant, petit-fils d'Héraclius [648], soutint l'édit de son aïeul par le sien appelé Type. Le saint Siège [649] et le pape Théodore s'opposent à cette entreprise : le paj)e saint Martin I assemble le concile de Latran» où il anathématise le Type et les chefs des monothélites. Saint Maxime, célèbre par tout l'Orient pour sa piété et pour sa doctrine, quitte îa Cour infectée de la nouvelle hérésie, reprend ouvertement les empereurs qui avoient osé prononcer sur les questions de la foi , et souffre des maux infinis pour la religion catholiqua [fi50]. Le pape, traîné^ d'exil en exil, et toujours durement traité par l'empereur [654] , meurt enfin parmi les soufl'rances sans se plaindre, ni se relâcher de ce quil doit à son ministère. Cependant la nouvalto église anglicane, fortifié» par les soins des papes Boniface V et HoDOriua, le rendoit iUuate^ v«
BOMUET. — I *^
2â6 DISCOURS
toute la terre Les miracles y abondoient avec les vertus , comme dans les temps des apôtre(s;.at il n*y avoit rien de plus éclatant que la sainteté de ses rois.. Edwin enibrassa avec tout son peuple [627] la foi ^ui lui ayoit. donné la victoire sur ses ennemis, et convertit ses voisms [634]. Oswalde servit d'interprète aux prédicateurs de TÊvangile, et renommé par ses conquêtes, il leur préféra la gloire d'être chrétien. LesMerciens furent convertis [655] par le roi de Northumberland Oswin: leurs voisins et leurs successeurs suivirent leurs pas; et leurs bonnes œuvres furent immenses. Tout périssoit en Orient. Pendant que les empereurs se consument dans des disputes de religion, et ir^ ventent des hérésies [634 , 635], les Sarrasins pénètrent l'empire : ils occupent la Syrie et la^Priestine [636] ; la sainte Cité leur est assujettie; la Perse [637] leur est ouverte par ses divisions, et ils prennent ce grand royaume sans. résistance. Ils entrent en Afrique [G47], en état d'en faire bientôt une de leurs provinces; l'île de Chypre leur obéit [648], et ils joignent, en moins de trente ans, toutes ces conquêtes à celles de Mahomet. L'Italie, toujours malheureuse et abandonnée, gômissoit sous les armes des Lombards. Constant désespéra de les chassT, et se résolut à ravager ce qu'il ne put défendre. Plus cruel que les Lombards mêmes, il ne vint à Rome [663J que pour en piller les trésors; les églises ne s'en sauvèrent pas : il ruina la Sardaigne et la Sicile; Pt devenu odieux à tout le monde, il périt de la main des siens [6G8J. Sous son fils Cou- 9tantin Pogonat, c'est-à-dire le Barbu , les Sarrasins s'emparèrent de la Cilicie et de la Lycie [67 1J. Constantinople assiégée ne fut sauvée que par un njiracle [672]. Les Bulgares, peuples venus de l'embouchure du Volga, se joignirent à tant d'ennemis dont l'empire étoit accablé [678], et occupèrent cette partie de la Thrace appelée depuis Bulgarie, qui étoit l'ancienne Mysie. LÊglise anglicane enfantoit de nouvelles églises, et saint Wilfrid évèque d'Yorck, chassé de son siège, convertit la Frise. Toute l'Église reçut une nouvelle lumière par le concile de Constantinople [680], sixième général, où le pape saint Agalhon présida par ses légats, et expliqua la foi catholique par une lettre admirable. Le- concile frappa d'anathème un évêque célèbre par sa doctrine, un patriarche d'Alexandrie, quatre patriarches de Constantinople, c'est-àdire tous les auteurs de la secte des monothélites; sans épargner le pape Honorius , qui les avoit ménagés. Après la mort d'Agathon , qui arriva duifint le concile , le pape saint Léon II en confirma les décisions, et en reçut tous les anathèmes. Constantin Pogonat, imitateur du grand Constantin et de Marcien, entra au concile à leur exemple; et comme il y rendit les mêmes soumissions, il y fut honoré des mêmes titres d'orthodoxe , de religieux , de pacifique empereur, et de restaurateur de la religion [68^]. Son fils Justinien II lui succéda encore en- Caai. De son temps [686] la foi s'étendoit et éclatoit vers le Nord. Saint lilien, envoyé par le pape Conon, prêcha l'Evangile dans la Franconie. Du temps du pape Serge [689] , Céadual, un des rois d'Angleterre, vint reconnoltre en personne l'Sglise romaine d'où la foi avoit pasié tn son île, et après avoir reçu le baptême par les mains du pape, il mourut selon qu'il Tavoit lui-qpjême désiré. La mabon de Ciovis étdt
SUR L'HISTOÏRE -UNIVERSELLE. 3^7
tombée dans une foiblesse déplorable : je ft'équentes minorités avoient donné occasion de jeter les princes dans une mollesse dont ils ne sortoient point étant majeurs. De là sort une longue suite de rois fainéante qui n'avoient que le nom de roi, et laissoient tout le pouvoir aux maires du palais [693]. Sous ce titre, Pépin Héristel gouverna tout [695], et éleva sa maison à de plus hautes espérances. Par son autorité, et après le martyre de saint Yigbert, la foi s'établit dans la Frise, que la France venoit d'ajouter à ses conquêtes. Saint Swibert, saint WiUebrod , et d'autres hommes apostoliques répandirent TË^vangile dans les provinces voisines. Cependant la minorité de Justinien s'étoit heureusement passée : les victoires de Léonce avoient abattu les Sarrasins, et rétabli la gloire de Tempire en Orient [694]. Mais ce vaillant capitaine arrêté injustement, et relâché mal à prqpos, coupa le nez à son maître, et le chassa. Ce rebelle souffrit [696] un pareil traitement de Tibère, nommé Âbsimare, qui lui-même ne dura guère. Justinien rétaUi fut ingrat envers ses amis [702]; et en se vengeant de ses ennemis, il s'en fit de plus redoutables qui le tuèrent. Les images de Philippique son successeur ne furent pas reçues dans Rome [711], à cause qu'il favorisoit les monothélites, et se déclaroit ennemi du concile sixième. On élut à Constantinople Anastase II, prince catholique |713], et on creva les yeux à Philippique. En ce temps, les débauches du roi Roderic ou Rodrigue firent livrer l'Espagne aux Maures : c'est ainsi qu'on appeloit les Sarrasins d'Afrique. Le comte Julien, pour venger sa fille, dont Roderic abusoit, appela ces infidèles. Ils viennent avec des troupes immenses : ce roi périt : l'Espagne est soumise, et l'empire des Goths y est éteint. L'Eglise d'Espagne fut mise alors à une nouvelle épreuve ; mais comme elle s'étoit conservée sous les ariens, les mahométans ne purent l'abattre. Ils la laissèrent d'abord avec assez de liberté : mais dans les siècles suivants il fallut soutenir de grands combats ; et la chasteté eut ses martyrs, aussi bien que la foi, sous la tyrannie d'une nation aussi brutale qu'infidèle. L'empereur Anastase ne dura guèra L'armée força Théodose III à prendre la pourpre [715]. Il fallut com- ' battre : le nouvel empereur gagna la bataille, et Anastase fut mis dans . un monastère. Les Maures, maîtres de l'Espagne, espéroient s'étendre bientôt au delà des Pyrénées ; mais Charles Martel, destiné à les réprimer, s'étoit élevé en. France , et avoit succédé , quoique bâtard, au pouvoir de son père Pépin Héristel, qui laissa l'Austrasie à sa maison comme une espèce de principauté souveraine, et le commandement en Neustrie par la charge de maire du palais. Charles réunit tout par sa valeur. Les affaires d'Orient ôtoient brouillées [716]. Léon Isaurien, préfet d'Orient , ne reconnut pas Théodose, qui quitta sans répugnance l'empire qu'il n'avoit accepté que par force; et retiré à ]^phèse,ne' s'occupa plus que dea^éritables grandeurs. Les Sarrasins reçurent de grands coups durant l'empire de Léon. Ils levèrent honteusement la siège de Constantinople ftl8]. Pelage, qui se cantonna dans les mon^ tagnes d'Asturie [719J, avec ce qu'il avoit de plus résolu parmi les Qoths tpjrhs une victoire signalée, opposa à ces infidèles un nouveau royaume^ nar lequel ils devaient un jour être chassés de 1'Esça%ti^. UjiiiL%\^ Vs^
efforts et l'armée immense d*Âbdérame leur général [725], Charles Martel gagna sur eux la fameuse bataille de Tours. Il y périt un nombre infini de ces infidèles, et Abdérame lui-même y demeura sur la place. Cette victoire fut suivie d'autres avantages, par lesquels Charles arrêta les Maures, et étendit le royaume jusqu'aux Pyrénées. Alors les Gaules n'eurent presque rien qui n'obétt aux Français; et tous reconnoissoient Charles Martel. Puissant en paix, en guerre, et maître absolu du royaume, il régna sous plusieurs rois, qu'il fit et défit à sa fantaisie, sans oser prendre ce grand titre. La jalousie des seigneurs françois Touloit être ainsi trompée. La religion s'établissoit en Allemagne [723]. I^e prêtre saint Boniface convertit ces peuples, et en fut fait évèque par le pape Grégoire II, qui l'y avoit envoyé. L'empire étoit alors assez paisible; mais Léon y mit le trouble pour longtemps. Il entreprit [726] de renverser, comme des idoles, les images de Jésus-Christ et de ses saints. Comme il ne put attirer à ses sentiments saint Germain patriarche de Constantinople , il agit de son autorité, et après une ordonnance du sénat, on lui vit d'abord briser une image de Jésus-Christ, qui étoit posée sur la grande porte de l'église de Constantino[)Ie. Ce fut . par laque commencèrent les violences des iconoclastes, c'est-à-dire des Brise-images. Les autres images, que les empereurs, les évèques,et tous les fidèles avoient érigées depuis la paix de l'Église, dans les lieux publics et particuliers, furent aussi abattues. A ce spectacle le peuple s'émut. Les statues de l'empereur furent renversées en divers endroits. Jl se crut outragé en sa personne : on lui reprocha un semblable outrage qu'il faisoit à Jésus-Christ et à ses saints, et que, de son aveu propre, l'injure faite à l'image retomboit sur l'original. L'Italie passa encore plus avant : l'impiété de l'empereur fut cause qu'on lui refusa les tributs ordinaires. Luitprand, roi des Lombards, se servit du même prétexté pour prendre t^ayçnne, réçj^lçncç des Exarques. On nommoit ainsi les gouverneurs que les empereurs envoyoient en Italie. Le pape Grégoire II s'opposa au renversement des images, mais en même temps il s'opposoit aux ennemis de l'empire, et tâchoit de retenir les peuples dans l'obéissance. La paix se fit avec les Lombards [730] , et l'empereur exécuta son décret centre les images plus violemment que jamais. Mais le célèbre Jean de Damas lui déclara qu'en matière de religion il ne connoissoit de décrets que ceux de l'Église, et souffrit beaucoup. L'empereur chassa de son siège le patriarche saint Germain, qui mourut en exil âgé de quatre-vingt-dix ans. Un peu après [739, 740], les Lombards reprirent les armes, et dans les maux qu'ils faisoient souffrir au peuple romain, ils ne furent retenus que par l'autorité de Charles Martel, dont le pape Grégoire II avoit imploré l'assistance. Le nouveau royaume d'Espagne, qu'on appeloit dans ces premiers temps le royaume d'Oviède, s'augmentoit par les victoires et paf^ conduite d'Alphonse, gendre de Pelage, qui, à l'exemple de Récarède dont il étoit descendu, prit le nom de Catholique. Léon mourut [741] , et laissa l'empire aussi bien que l'Ëglise dans une grande agitation. Artabaze préteur d'Arménie se fit proclamer empereur, au lieu de Constantin Copronyme fib de Léon, et rétablit les images. Après U. mort de Charles Martel. Luit-
prand menaça Rome de nouveau : l'exarcat de Rayenne fut en péril, et ritalie dut son salut à la prudence du pape saint Zaoharie. Constantin, embarrassé dans l'Orient [742] , ne songeoit qu'à s'établir; il battit Ârtabaze [743], prit Constantinople, et la remplit de supplices. Les deux enfants de Charles Martel, Carloman et Pépin [747], avoient succédé à la puissance de leur père : mais Carloman dégoûté du siècle, au milieu de sa grandeur et de ses victoires, embrassa la yie mo- Dastique. Par ce moyen, son frère Pépin réunit en sa personne toute la puissance. Il sut la soutenir par un grand mérite, et prit le dessein de s'élever à la royauté [752]. Childéric, le plus misérable de tous les princes, lui en ouvrit le chemin, et joignit à la qualité de fainéant celle d'insensé. Les François dégoûtés de leurs fainéants, et accoutumés depuis tant de temps i la maison de Charles Martel, féconde en grands hommes, n'étoient plus embarrassés que du serment qu'ils avoient prêté à Childéric. Sur la réponse du pape Zacharie, ils se crurent libres, et d'autant plus dégagés du serment qu'ils avoient prêté à leur roi, que lui et ses devanciers sembloient depuis cent ans avoir renoncé au droit qu'ils avoient de leur commander, en laissant attacher tout le pouvoir à la charge de maire du palais. Ainsi Pépin fut mis sur le trône, et le nom de roi fut réuni avec l'autorité. Le pape Etienne III [753] trouva dans le nouveau roi le même zèle que Charles Martel avoit eu pour le saint Siégé contre les Lombards. Après avoir vainement imploré le secours de l'empereur, il se jeta entre les bras des François. Le roi le reçut en France avec respect [754], et voulut être sacré et couronné de sa main. En même temps, il passa les Alpes, délivra Rome et l'exarcat de Ravenne, et réduisit Ahtolphe, roi des Lombards, aune paix équitable. Cependant l'empereur faisoitla guerre aux images. Pour s'appuyer de l'autorité ecclésiastique , il assembla un nombreux concile à Goustantinople. On n'y vit pourtant point paroHre, selon la coutume, ni les légats du saint Siège, ni les évêques ou les légats des autres sièges patriarcaux (Conc. Nie. II ^ act. vi. tom. vu. concil. col. 395.). Dans ce concile, non-seulement on condamna comme idolâtrie tout Thonneur rendu aux images en mémoire des originaux, mais encore on y condamna la sculpture et la peinture comme' des arts détestables (Ibid. , Defin, PseudO'Syn, C. P. col. 458, 506.). C'étoit l'opinion des Sarrasins, dont on disoit que Léon avoit suivi les conseils quand il renversa les images. Il ne parut pourtant rien contre les reliques. Le concile de Copronyme ne défendit pas de les honorer, ot il frappa' d'anathème ceux qui refusoient d'avoir recours aux prières de la sainte Vierge et des saints {Cône. Nie. II y ael. yi. eonc. col. 395. Pseudo-syn. C. P. ean. ne et xi. col. 523, 527.). Les catholiques, persécutés pour l'honneur qu'ils rendoient aux images, répondoient à l'empereur qu'ils aimoient mieux endurer toute sorte d'extrémités, que de ne pas honorer Jésus Christ jusque dans son ombre. Cependant Pépin repassa les Alpes [755], et châtia l'infidèle Astolphe qui refusoit d'exécuter le traité de paix. L'Ëglise romaine ne reçut jamais un plus beau don que celui ^ne lui fit alors ce pieux prince. Il lui donna les villes reconquises sur les Lombards, et se moqua de Copronyme qui les redemandovX^ Vkl s]^
n'avoit pu les défendre. Depuis ce temps, les empereurs furent peu reconnus dans Rome : ils y devinrent méprisables par leur foiblesse, et odieuic par leurs erreurs. Pépin y fut regardé comme protecteur du peuple romain et de TÉglise romaine. Cette qualité devint comme héréditaire à sa maisob et aux rois de France. Charlemagne, fils de Pépin, la soutint [772] avec autant de courage que de piété. Le pape Adrien eut recours à lui contre Didier roi des Lombards, qui avoit pris phisieurs ville», et menaçoit toute l'Italie. Charlemagne passa les Alpes [773]. Tout fléchit : Didier fut livré [774] ; les rois Lombards, ennMnis de Rome et des papes, furent détruits ; Charlemagne se fit courMMer'roi dMtalie, et prit le titre de roi des François et des Lombards. En nïême temps, il exerça dans Rome même l^autorité souveraine, en qi]^lité dcF Patrice , et confirma au saint Siège les donations du roi son père. Les empereurs avoient peine à résister aux Bulgares, et soutenaient vainement contre Charlemagne les Lombards dépossédés. La qtie^lledes images duroit toujours. Léon IV, fils de Copronyme, sem- Ûoit d'abord s'être adouci, mais il renouvela la persécution aussitôt quMl se crut ie maître. Il mourut bientôt [780]. Son fils Constantin, ft|fé*de dix ans, lui succéda, et régna sous la tutelle de l'impératrice Ipène sa «mère. Alors les choses commencèrent à changer de face [784J. I^ul, ffatriarche de Constantinople, déclara, sur la fin de sa vie, qu'il ftvtHt combattu les im^iges contre sa conscience, et se retira dans un lAbirtstère, où il déplora en présence de Timpératrice le malheur de l^IlM de Constantinople séparée desqtiatre sièges patriarcaux, et lui phrc^ôsa la célébration d'un concile universel comme l'unique remède d'iÉn'si/grând-mal. Taraise son successeur soutint que la question n'avioitipas été ju^ée dans l'ordre, parce qu'on avoit commencé par une ordonnanœ de l'empereur, qu'un concile tenu contre les formes avoit suivie; au lieu qu'en matière de religion, c'est au concile à commencer, -et aux empereurs à appuyer le jugement de l'Ëglise. Fondé sur eette raison, il n'accepta le patriarcat qu'à condition qu'on tiendroit le concKie universel [787] : il fut commencé à Constantinople, et continué à Nicée. Le pape y envoya ses légats ; le concile des iconoclastes fut ootodamaé : ils «ont détestés comme gens qui, à l'exemple des Sarrasins, acousoîent les chrétiens d'idolâtrie. Ou décida que les images seroient honorées en mémoire et pour l'amour des originaux -, ce qui s'appMe, dans le concile, culte relatif j a4oration et salutation honorairtf qu'on opposS au eulie suprême, et à Vadoraiion de latrie ^ ou d'entière WÊJition^ que le concile réserve à Dieu seul {Conc. Nie. ll^act. vu. tom VII. Conc. coL 555.)* Outre les légats du saint Siège, et la présence du patriarche de Constantinople, il y parut des légats des autres sièges patriarcaux, opprimés alors par les infidèles. Quelques-uns leur ont contesté leur mission ; mais ce qui n'est pas contesté, c'est que, loin de les désavouer, tous ces sièges ont accepté le concile sans qu'il y paroisse de contradiction, et il a été reçu par toute l'Eglise. Les François, environnés d'idolâtres ou de nouveaux chrétiens dont ils craignoient de brouiller les idées, et d'ailleurs embarrassés du terme équivoque d'adoration, héMtôt'ent longtemps. Parmi toutes les images, ib
SUR l'histoire universelle. 231
ne vouloient rendre d'honneur qu'à celle de la croix, absolument différente des figures que les païens croyoient pleines de divinité. Ils conservèrent pourtant en lieu honorable, et môme dans les églises, les autres images, et détestèrent les iconoclastes. Ce qui resta de diversité ne fit aucun schisme. Les François connurent enfin que les Pères de Nicée ne deinandoientpour les images que le même genre de culte, toutes proportions gardées, qu'ils rendoient eui-mêmes aux reliques, au livre de l'Evangile et à la croix; et ce concile fut honoré par toute la chrétienté sous le nom de septième concile générai.
Ainsi nous avons vu les sept conciles généraux, que l'Orient et l'Oocident, l'Église grecque et l'Église latine reçoivent avec une égale révérence. Les empereurs convoquoicnt ces grandes assemblées par l'autorité souveraine qu'ils «voient sur tous les évoques, ou du moins sur les principaux, d'où dépendoient tous les autres, et qui étoient alors sujets de l'empire. Les voitures publiques leur étoient fournies par Tordre des princes. Ils assembloient les conciles en Orient, où ils faisoient leur résidence , et y envoyoient ordinairement des commissaires pour maintenir Tordre. Les évêques ainsi assemblés portoientavec eux l'autorité du Saint-Esprit et la tradition des églises. Dès Torigine du christianisme, il y avoit trois sièges principaux, qui précédoient tous les autres, celui de Rome, celui d'Alexandrie, et celui d'Antioche. Le concile de Nicée avoit approuvé que Tévôque de la Cité sainte eût le même rang {Conc. Nic^ can. vu. tom. ii. conc. col. 31.). Le second et le quatrième concile élevèrent le siège de Constantinople, et voiilorent qu'il fût le second {Conc. C. P. i, can. ni. ibid. col. 948; Conc. Chalçed., can. xxvni, tom. iv^col. 769.)- Ainsi il se fit cinq sièges, que dans la suite des temps on appela patriarcaux. La préséance leur étoit donnée dans le concile. Entre ces sièges, le siège de Rome étoit toujours regardé comme le premier, et le concile de Nicée régla les autres sur ;elui-là (Conc. Nie, can. vi, ubisup,). Il y avoit aussi desévèques mé- '.ropolitains qui étoient les chefs des provinces, él qui précédoient les lutres èvêques. On commença assez tard à les appeler archevêques ; nais leur autorité n'en étoit pas moins reconnue. Quand le concile étoit formé, on proposoit TËcriture sainte; on lisoit les passages des anciens fères témoins de la tradition : c'étoit la tradition qui interprétoit TËcriture : on croyoit que son vrai sens étoit celui dont les siècles passés étoient convenus, et nul ne croyoit avoir droit de l'expliquer autremf'nt. Ceux qui refusoient de se soumettre aux décisions du concile, étoient frappés d'anathème. Après avoir expliqué la foi, on régloit la discipline ecclésiastique, et on dressolt les canons, c'est-à-dire lés règles de l'Église. On croyoit que la foi ne changeoit jamais, et qu'encore que la discipline pût recevoir divers changements, selon les temps et selon les lieux, il falloit tendre, autant qu'on pouvoit, à ilne parfaite imita- '.ion de Tantiquité. Au reste, les papes n'assistèrent que par leurs légats adx premiers conciles généraux; mais ils en approuvèrent expres- «Smeni la doctrine, et il n'y eut dans l'Église qu'uneseule foi. •
Constantin et Irène [787j firent religieusement exécuter les décrets di septième concile; mas le reste de leur conduite ne se souUviX. ^^vi^.
^f32 DISCOURS
Le jeune prince, à qui sa mère ût épouser une femme quMl D'aimoit point, s'emportoit à des amours déshonnêtes ; et las d'obéir aveuglément à une mère si impérieuse, il tâcboit de l'éloigner des affaires od elle se maintenoit malgré lui. Alphonse le Chaste régnoit en Espagne [7U3J. La continence perpétuelle que garda ce prince, lui mérita ce beau titre, et le rendit digne d'alTranchir l'Espagne de Tinfàme tribut de cent filles , que son oncle Mauregat avoit accordé aux Maures. Soixante et dix mille de ces Infidèles tués dans une bataille, avec Mugaît leur général, firent voir la valeur d'Alphonse. Constantin tâchoit aussi de se signaler contre les Bulgares ; mais les succès ne répondoient pas à son attente. Il détruisit à la fin tout le pouvoir d'Irène [795] ; et incapable de se gouverner lui-même autant que de souffrir l'empire d'autrui , il répudia sa femme Marie, pour épouser Théodote, qui étoit à elle [796]. Sa mère irritée. fomenta les troubles que causa un si grand scandale. Constantin périt par ses artifices. Elle gagna le peuple en modérant les impôts^ et mit dans ses intérêts les moines avec le clergé par une piété apparente. Enfin elle fut reconnue seule impératrice Les Romains méprisèrent ce gouvernement et se tournèrent à Charlemagoe, qui siibjugiioit les Saxons, réprimoit les Sarrasins, détrulsoit les hérésies, protégeoit les papes j attiroit au christianisme les nations infidèle.s, rétablissoit les sciences et la discipline ecclésiastique, assembloit de fameux conciles où sa profonde doctrine étoit admirée, et faisoit ressentir non-seulement à la France et à l'Italie, mais encore à l'Espagne, à TAngleterie, à la Germanie, et partout, les effets de sa piété et de sa justice.
Douzième époque. — Charlemagne, ou Vétahlissement
du nouvel empire.
Enfin l'an 800 de Notre-Seigneur, ce grand protecteur de Rome et de l'Italie, ou pour mieux dire de toute l'Éiriise et de toute la chrétienté, élu empereur par les Romains sans qu'il y pensât, et couronné par k pape Léon III qui avait porté le peuple romain à ce choix , devient le fon dateur du nouvel empire et de la grandeur temporelle du saint Siège
Voilà, Monseigneur, les douze époques que j'ai suivies dans ce abrégé. J'ai attacbé à chacune d'elles les faits principaux qui en dépen dent. Vous pouvez maintenant, sans beaucoup de peine, disposer, seloi Tordre des temps, les grands événements de l'histoire ancienne, et le^ ranger pour ainsi dire chacun sous son étendard.
Je n'ai pas oublié, dans cet abrégé, cette célèbre division que font les chronologistes de la durée du monde en sept âges. Le commencement de chaque âge nous sert d'époque : si j'y en mêle quelques autres, c'est afin que les choses soient plus distinctes, et que l'ordre des temps se développe devant vous avec moins de confusion.
Quand je vous parle de Tordre des temps, je ne prétends pas. Mon seigneur, que vous vous chargiez scrupuleusement de toutes les dates encore moins que vous, entriez dans toutes les disputes des chronologistes, où le plus souvent il ne s'agit que de peu d'anuées. La chronc-
SUR l'histoire universelle. 233
logie contentieuse , qui s'arrête scrupuleusement à ces minuties, a son usage sans doute; mais elle n'est pas votre objet, et sert peu à éclairer l'esprit d'un grand prince. Je n'ai point voulu raffiner sur cette discussion des temps ; et parmi les calculs déjà faits, j'ai suivi celui qui m'a paru le plus vraisemblable, sans m'engager à le garantir.
Que dans la supputation qu'on fait des années, depuis le temps de la création jusqu'à Abraham, il faille suivre les Septante, qui font le monde plus vieux, ou l'hébreu, qui le fait plus jeune de plusieurs siècles j encore que l'autorité de l'original hébreu semble devoir remporter, c'est une chose si indifférente en elle-même, que l'Ëglise, qui a suivi avec saint Jérôme la supputation de l'hébreu dans notre Vulgâte, a laissé celle des Septante dans son martyrologe. En effet, qu'importe à l'histoire de diminuer ou de multiplier des siècles vides, où aussi bien l'on n'a rien à raconter? N'est-ce pas assez que les temps où les dates sont importantes aient des caractères fixçs, et que la distribution en soit appuyée sur des fondements certains? £t quand même dans ces temps il y auroit de la dispute pour quelques années plus tôt ou plus tard, ou la fondation de Rome, ou la naissance de Jésus-Christ : vous avez pu reconnottre que cette diversité ne fait rien à la suite des histoires ni à l'accomplissement des conseils de Dieu. Vous devez éviter les anachronismes qui brouillent l'ordre des affaires, et laisser, disputer des autre:; entre les savants.
Je ne veux non plus charger votre mémoire du compte des Olympiades, quoique les Grecs, qui s'en servent, les rendent nécessaires à' fixer les temps. Il faut savoir ce que c'est, afin d'y avoir recours dans le besoin *, mais, au reste, il suffira de vous attacher aux dates que je vous propose comme les plus simples et les plus suivies, qui sont celles du monde jusqu'à Rome, celles de Rome jusqu'à Jésus-Christ, et celles de Jésus-Christ dans toute la suite.
Mais le vrai dessein de cet abrégé n'est paJs de vous expliquer l'ordre des temps, quoiqu'il soit absolument nécessaire pour lier toutes les histoires, et en montrer la rapport. Je vous ai dit. Monseigneur, que mon principal objet est de vous faire considérer, dans l'ordre des temps, la suite du peuple de Dieu et celle des grieinds empires.
Ces deux choses roulent ensemble dans ce grand mouvement des siècles, où elles ont pour ainsi dire un même cours ; mais il est besoin, pour les bien entendre, de les détacher quelquefois l*une de Tautre, et de considérer tout ce qui convient à chacune d'elles.