Chapitre premier. — La création ^ et Us premiers temps
La religion et la suite du peuple de Dieu, considérée de cette sorte, est le plus grand et le plus utile de tous les objets qu'on puisse proposer aux hommes. Il est beau de se remettre devant les yeui les états différents du peuple de Dieu, sous la loi de nature et sous les patriarches, sous Mbïse et sôUs la loi écfite; Sous David êt^ous les'prophèffô; iépuis le retour de la captivité jusqu'à Jésus^Christ, et enfin sous Jélus-Christ même, c'est-à-dire sous la loi de grâce et sous PËvangile; dans les sièclies qui ont attendu le Messie, et dans ceux où il a paru; dans ceux où le culte de Dieuu été réduit à un seul peuple, et dans ceux où, conformément aux anciennes prophéties, il a été répandu par toute la terré: dans ceux enfin où les hommes, encore irifirmes et g^ssiers, ont eu besoin d'être soutenus par des récompenses et des châtiments temporels, et dans ceux où !es fidèles mieux instt'uits ne doivent plus vivre que par la foi, attachés aux biens éternels, et souffrant, dans l'espérance de les posséder, tdus les maux qui peuvent etéreer leur patience.
Assurément, Monseigneur, on ne peut rien concevoir qui soit plus digne de Dieu, que de s'être premièrement choisi un peuple qui fût un exemple palpable de son éternelle providence; un peuple dont la bonne ou la mauvaise fortune dépendît de la piété, et dont l'État rendît témoignage à la sagesse et à la justice de celui qui le gôuvernoit. C'est par où Dieu a commencé, et c'est ce qu'il a fait voit dans le peuple juif. Mais après avoir étabîî par tant de preuves sensibles ce fondement immuable, que lui seul conduit à sa volonté tous les événements de la vie présente, ilétoit temps d'éleVer les hommes k &e plus hautes pensées, et d'envoyer Jésus-Christ, à qui il étoit réservé de découvrir un nouveau peuple ramassé de tous les'pe'uples du monde, les secrets de la vie future.
Vous pourtez suivre aiséDûeiit rhistoit*e de ces deux peuples et remarquer comme Jésus-Ch^lst fait ï^niôn de l'un et de l'autre; puisque ou attendu, ou donné, il a été'dans tous les temps la consolatioii et Fespérance des enfants de Dieu.
Voilà donc la religion toujours uniforme, ou plutôt toujours U même dès l'origine du monde: on y a toujours reconnu le même Dieu, comme auteur, et le môme Christ, comme Sauveur du genre humain.
Ainsi vous verrez quMl n'y a rien de plus ancien parmi les hommes que la religion que vous professez, et que ce n'est pas sans raison que vos ancêtres ont mis leur plus grande gloire à en être les pro> tecteurs.
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Quel tômoignage n'est-ce pas de sa Térité, de voir que dans les temps où les histoires profanes n'ont à nous compter que des fables, ou tout au plus des faits confus et à demi oubliés, l'Écriture, c'est>à-dire , sans contestation, le plus ancien livre qui soit au monde, nous ramène par tant d'événements précis, et par la suite même des choses, à leur véritable principe, c'est-à-dire à Dieu qui a tout fait; et nous marque si distinctement la création de l'univers, celle de l'homme en particulier, le bonheur de son premier état, les causes de ses misères et de ses foiblesses, la corruption du monde et le déluge, l'origine des arts et celle des nations, la distribution des terres, enfin la propagation du genre humain, et d'autres faits de même importance dont les histoires humaines ne nous parlent qu'en confusion , et nous obligent à chercher ailleurs les sources certaines.
Que si l'antiquité de la religion -lui donne tant d'autorité, sa suite continuée sans interruption et sans altération durant tant de siècles, et malgré tant d'obstacles survenus, fait voir manifestement que la main de Dieu la soutient.
Qu'y a-t-il de plus merveilleux que de la voir toujours subsister sur les mêmes fondements dès les commencements du monde, sans que ni l'idolâtrie et l'impiété qui l'environnoient de toutes parts, ni les tyrans qui l'ont persécutée, ni les hérétiques et les infidèles qui ont tà-^ cbé de la corrompre , ni les lâches qui l'ont trahie , ni ses sectateurs indignes qui l'ont déshonorée par leurs crimes, ni enfin la longueur du temps, qui seul suffit pour abattre toutes les choses humaines, aient jamais été- capables, je ne dis pas de l'éteindre, mais de l'altérer.
Si maintenant nous venons à considérer quelle idée cette religion, dont nous révérons l'antiquité, nous donap de son objet, c'est-à-dire du premier Être, nous avouerons qu'elle est au-dessus de toutes les pensées humaines, et digne d'être regardée comme venue de Dieu même.
Le Dieu qu'Ont toujours servi les Hébreux et les chrétiens n'a rien de commun avec lesdivinités pleines d'imperfection, et même de vice, que le reste du monde adoroit. Notre Dieu est un, infini, parfait, seul digne de venger les crimes et de couronner la vertu , parœ qu'il est seul la sainteté même.
Il est' infiniment au-dessus de cette cause première, et de ce premier moteur que les philosophes ont connu, sans toutefois l'adorer. Ceux- d'entre eux qui ont été le plus loio, nous ont proposé un Dieu qui, trouvant uùe matière éternelle et existante par elle-même aussi bien que lui-, l'a mise en œuvre, et l'a façonnée comme un artisan vulgaire, contraint dans son ouvrage par cette matière et par ses dispositions qu'il n'a pas' faites, sans jamais pouvoir comprendre que si iê. matière est d'elle-même , elle n'a pas dû attendis sa perfection d'une main étrangère, et que si Dieu est infini et parfait, il n'a eu besoin, pour faire tout ce qu'il vouloit, que de lui-même et de sa volonté toute-puissante. Mais le Dieu de nos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu dont Moise nous a écrit les merveilles, n'a pas seulemenl arrangé le monde; il l'a fait tout entier dans sa matière et daa& ?Ak
forme. Avant qu'il eût donné Tètre, rien ne Pàvoit que lui seul. Il nous est représenté comme celui qui fait tout, et qui fait tout par sa parole , tant à cause quMl fait tout par raison , qu'à cause qu'il fait tout sans peine; et que pour faire de si grands ouvrages il ne lui en coûte qu'un seul mot, c'est-à-dire qu'il ne lui en coûte que de le vouloir.
Et pour suivre l'histoire de la création, puisque nous l'avons commencée. Moïse nous a enseigné que ce puissant architecte, à qui les dhoses coûtent si peu, a voulu les faire à plusieurs reprises, et créer l'univers en six jours, pour montrer qu'il n'agit pas avec une nécessité, ou par une impétuosité aveugle, comme se le sont imaginé quelques philosophes. Le soleil jette d'un seul coup, sans se retenir, tout ce qu'il a de rayons; mais Dieu, qui agit par intelligence et avec «ne souveraine liberté, applique sa vertu où il lui platt, et autant qu'il lui plaît : et comme en faisant le monde par sa parole, il montre que rien ne le peine; en le faisant à plusieurs reprises, il fait voir qu'il est le maître de sa matière, de son action, de toute son entreprise, et qu'il n'a en agissant d'autre règle que sa volonté toujours droite par elle-même.
Cette conduite de Dieu nous fait voir aussi que tout sort immédiatement de sa main. Les peuples et les philosophes qui ont cru que la terre mêlée avec l'eau, et aidée si vous le voulez de la chaleur du soleil, avoit produit d'elle-même par sa propre fécondité les plantes et les animaux, se sont trop grossièrement trompés. L'Ëcriture nous a fait entendre que les éléments sont stériles, si la parole de Dieu ne les rend féconds. Ni la terre, ni l'eau, ni l'air n'auroient jamais eu les plantes ni les animaux quefious y voyons, si Dieu, qui en avoit fait et préparé la matière, ne l'avoit encore formée par s;i volonté toutepuissante, et n'avoit donné à chaque chose les semences propres pour se multiplier dans tous les siècles.
Ceux qui voient les plantes prendre leur naissance et leur accroissement par la chaleur du soleil, pourroient croire qu'il en est le créateur. Mais l'Écriture nous fait voir la terre revêtue d'herbes et de toute sorte de plantes avant que le soleil ait été créé, afin que nous concevions que tout dépend de Dieu seul.
Il a plu à ce grand ouvrier de créer la lumière , avant que de la réduire à la forme qu'il lui. a donnée dans le soleil et dans les astres; parce qu'il vouloit nous apprendre que ces grands et magnifiques luminaires, dont on nous a voulu faire des divinités, n'a voient par euxmêmes ni la matière précieuse et éclatante dont ils ont été composés, ni la forme admirable à laquelle nous les voyons réduits.
Enfin le récit de la création, tel qu'il est fait par Moïse, nous découvre ce grand secret de la véritable philosophie, qu'en Dieu seul réside la fécondité et la puissance absolue. Heureux, sage, tout-puissant, seul suffisant à lui-même, il agit sans nécessité comme il agit sans besoin; jamais contraint ni embarrassé par sa matière dont il fait ce qu'il veut, parce qu'il lui a donné par sa seule volonté le fond de son être. Par ce droit souverain, il la tourne, il la façonne, il la meut
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sans peine : tout dépend immédiatement de lui; et si , selon Tordre établi dans la nature, une chose dépend de Tautre, par exemple, la naissance et Taccroissement des plantes, delà chaleur du soleil, c'est à cause que ce même Dieu, qui a fait toutes ks parties de l'univers, a voulu les lier les unes aux autres, et faire éclater sa sagesse par ce merveilleux enchaînement.
Mais tout ce que nous enseigne l'Ecriture sainte sur la création de l'univers, n'est rien en comparaison de ce qu'elle dit de la création do l'homme.
Jusqu'ici Dieu avoit tout fait en commandant : » Que la lumière soit; que le firmament s'étende au milieu des eaux; que les eaux se retirent; que la terre soit découverte et qu'elle germe; qu'il y ait de grands luminaires qui partagent le jour et la nuit; que les oi;seaux et les poissons sortent du sein des eaux; que la terre produise des animaux selon leurs espèces différentes {Gen.f i. 3, etc.). » Mais quand il s'agit de produire l'homme, Moïse lui fait tenir un nouveau langage: « Faisons l'homme, dit-il (/btd., 26) à notre image et resseniblance. s
Ce n'est plus cette parole impérieuse et don^inante ; c'est une parole plus douce , quoique non moins efficace. Dieu tient conseil en luimême; Dieu s'exci le lui-même, comme pour nous faire voir que l'ouvrage qu'il va entreprendre surpasse tous les ouvrages qu'il avoit faits jusqu'alors.
a Faisons l'homme. » Dieu parle en lui-même; il parle à quelqu'un qui fait comme lui, à quelqu'un dont Thomme est la créature et l'image : il parle à un autre lui-même; il parle à celui par qui toutes choses ont été faites, à celui qui dit dans son Evangile : « Tout ce que le Père fait, le Fils le fait semblablement (Joan,^ y. 19). ^ En parlant à son Fils, ou avec son Fils, il parle en môme temps avec l'Esprit toutpuissant, égal et coétemel à l'un et à l'autre.
C'est une chose inouïe dans tout le langage de l'Ecriture, qu'un autre que Dieu ait parlé de lui-môme en nombre pluriel : « faisons. » Dieu même, dans l'Ecriture, ne parle ainsi que deux ou trois fois, et ce langage extraordinaire commence à paroUre lorsqu'il s'agit de créer Thomme.
Quand Dieu change de langage, et en quelque façon de conduite, ce n'est pas qu'il change en lui-môme; mais il nous montre qu'il va commencer, suivant des conseils éternels, un nouvel ordre de choses.
Ainsi l'homme, si fort élevé au-dessus des autres créatures dont Moise nous avoit décrit la génération, est produit d'une façon toute nouvelle. La Trinité commence à se déclarer, en faisant la créature raisonnable dont les opérations intellectuelles sont une image imparfaite de ces étemelles opérations par lesquelles Dieu est fécond en lui-même.
La parole de conseil, dont Dieu se sert, marque que la créature qui va être faite, est la seule qui peut agir par conseil et par intelligence. Tout le reste n'est pas moins extraordinaire. Jusque là nous D'avions point vu, dans l'histoire de la Genèse y le doigt de Dieu appliqué sur une matière corruptible. Pour former le corps de l'homme, lui-même prend de la terre (Cen., ii, '.;; it cette terre att^i^^^^ w»w.
tkO DISCOURS
est mise en doute. <c Vous serez comme des dieux {Ihid, , 5.) i » libres et indépendants, heureux en vous-mêmes, sages par vous-mêmes: <K vous saurez le bien et le mal ; » rien ne vous sera impénétrable. C'est par ces motifs que Pesprit s'élève contre l'ordre du Créateur, et au-dessas de la règle. Eve à demi gagnée regarda le fruit, dont la beauté promettoit un potU excellent (ïbid. , 6.). Voyant que Dieuavoit uni en rhomme l'esprit et le corps, elle crut qu'en faveur de l'homme il pourrait bien encore avoir attaché aux plantes des vertus surnaturelles, et des dons intellectuels aux objets sensibles. Après avoir mangé de ce beau fruit, elle en présenta elle-même à son mari. Le voilà dangereusement attaqué. L'exemple et la complaisance fortifient la tentation : il entre dans lès sentiments du tentateur si bien secondé; une trompeuse curiosité, une flatteuse pensée d'orgueil, le secret plaisir d'agir de soi-même, et selon ses propres pensées, l'attire et l'aveugle; il veut faire une dangereuse épreuve de ba liberté, et il goûte avec le fruit défendu la pernicieuse douceur de contenter son esprit : les sens mêlent leur attrait à ce nouveau charme; il les suit, il s'y soumet, et il s'en fait le captif, lui qui en étoit le maître.
-■ En même temps tout change pour lui. La terre ne lui rit plus comme auparavant : il n'en aura plus rien que par un travail opiniâtre : le ciel n'a plus cet air serein ; les animaux qui lui étoient tous , jusqu'aux plus odieux et aux plus farouches, un divertissement innocent, prennent pour lui des formes hideuses; Dieu, qui avoit tout fait pour son bonheur, lui tout ne en un moment tout en supplice. 11 se fait peine à lui-même, lui qui s'étoit tant aimé. La rébellion de ses sens lui fait remarquer en lui je ne sais quoi de honteux (Cen., m. 7.)- Ce n'est plus ce premier ouvrage du Créateur où tout étoit beau; le péché a fait un nouvel ouvrage qu'il faut cacher. L'homme ne peut plus supporter sa honte, et voudroit pouvoir la couvrir à ses propres yeux. Mais Dieu lui devient encore plus insupportable. Ce grand Dieu, qui l'avoit faïx à sa ressemblance, et qui lui avoit donné des sens comme un secours nécessaire à son esprit, se plaisoità se montrer à lui sous une forme sensible; l'homme ne peut plus soufiVirsa présence. Il cherche le fond des forêts (Ibid.j 8.) pour se dérober à celui qui faisoit auparavant tout son bonheur. Sa conscience l'accuse avant que Dieu parle. Ses malheureuses excuses achèvent de le confondre. Il faut qu'il meure : le remède d'immortalité lui est été: et une mort plus affreuse, qui est celle de l'âme , lui est figurée par cette mort corporelle à laquelle il est condamné.
Mais voici notre sentence prononcée dans la sienne. Dieu , qui avoit résolu de récompenser son obéissance dans toute sa postérité, aussitôt qu'il s'est révolté le condamne, et le frappe, non-seulement en sa personne, mais encore dans tous ses enfants, comme dans la plus vive et la plus chère partie de lui-même : nous sommes tous maudits dans notre principe, notre naissance est gâtée et infectée dans sa source. - N'examinons point ici ces règles terribles de U justice divine, par lesquelles la race humaine est maudite dans son origine. Adorons les litgemeûts de Dieu , qui regarde tous les hommes comme un seul
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homme dans celui dont il veut tous les faire sortir. Regardons-nous aussi comme dégradés dans notre père rebelle, comme flétris à jamais par la sentence qui le condamne, comme bannis avec lui, et exclus du paradis où il devoit nous faire naître.
Les règles de la justice humaine nous peuvent aider à entrer dans Ips profondeurs de la justice divine, dont elles sont une ombre; mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de cet abtme. Croyons que la justice aussi bien que la miséricorde de Dieu ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes, et qu'elles ont toutes deux de:$ effets bien plus étendus et bien plus intimes.
Mais pendant que les rigueurs de Dieu sur le genre humain nous épouvantent, admirons comme il tourne nos yeux vers un objet plus agréable, en nous découvrant notre délivrance future dés le jour dû notre perte. Sous la figure du serpent (Gcn., m. 14, 15.) dont le rampement tortueux étoit une vive image des dangereuses insinuations et • ies détours fullacionx de l'esprit malin, Dieu fait voir à Eve notre mère le caractère odieux et tout ensemble le juste supplice de son ennemi vaincu. Le serpent devo't être le plus hai de tous les animaux, comme le démon est la plus maudite de toutes les créatures. Comme le serpent rampe sur sa poitrine, le démort, justement précipité du ciel où il avoit été créé, ne se peut plus relever. La terre, dont il est dit que le serpent se nourrit, signifie les basses pensées que le démon nous inspire : lui-même il ne pense rien que de bas, puisque toutes ses pensées ne sont que péché. Dans Tinimitié étemelle entre toute la race humaine et le démon, nous apprenons que la victoire nous sera don* née, puisqu'on nous y montre une semence bénite par laquelle notre vainqueur devoit avoir la tête écrasée, c'est-à-dire devoit voir son orgueil dompté, et son empire abattu par toute la terre.
Cette semence bénite étoit Jésus-Christ fils d'une vierge, ce Jésus- Christ en qui seul Adam n'avoit point péché, parce qu'il devoit sortir d'Adam d'une manière divine , conçu non de l'homme, mais du Saint- Esprit. C'étoit donc par ce divin germe, ou par la femme qui le produiroit, selon les diverses leçons de ce passage, que la peite du genre humain devoit être réparée, et la puissance ôtée au prince du moii4iS, qui ne trouve rien du sien en Jésus-Christ (Joan. , xiv. 30.).
Mais avant que de nous donner le Sauveur, il falloit que le genre humain connût par une longue expérience le besoin qu'il avoit d'un tel secours. L'homme fut donc laissé à lui-même ; ses inclinations se corrompirent, ses débordements allèrent à l'excès, et l'iniquité couvrit toute la face de la terre.
Alors Dieu médita une vengeance dont il voulut que le souvenir ne s'éteignît jamais parmi les hommes : c'est celle du déluge universel, dont en effet la mémoire dure encore dans toutes les nations ; aussi bien que celle des crimes qui l'ont attiré.
Que les hommes ne pensent plus que le monde va tout seul, et que ce qui a été sera toujours comme de lui-même. Dieu, qui a tout fait, et par qui tout subsiste, va noyer tous les animaux avec tous les hommes , c'est-à-dire qu'il ya détruire la plus belle partie de son ouVraf;,^.
Il n'avoit besoin que de lui-même pour détruire ce quHl avoit fait d^lne parole : mais il trouve plus digne de lui de faire servir ses créatures d'instrument è sa vengeance; et il appelle les eaux pour ravager la terre couverte de crimes.
Il s'y trouva pourtant un homme juste. Dieu, avant que de le sauver du déluge des eaux, Tavoit préservé par sa grâce du déluge de IMniquité. Sa famille fut réservée pour repeupler la terre, qui n'alloit plus être qu'une immense solitude. Par les soins de cet homme juste, Dieu sauve les animaux, afin que Thomme entende qu'ils sont faits pour lui, et qu'il s'en serve pour la gloire de leur créateur.
11 fait plus; et comme s'il se repentoit d'avoir exercé sur le genre humain une justice si rigoureuse, il promet solennellement de n'envoyer* jamais de déluge pour inonder toute la terre : et il daigna faire ce .traité non-seulement avec les hommes ^ mais encore arec tous les animaux tant de la terre que de Vair (Gen,j ix. 9, 10, etc.), pour montrer que sa providence s'étend sur tout ce qui a vie. L'arc-en-ciel parut alprs : Dieu en choisit Jes couleurs si douces et si agréablement diversifiées sur un nuage rempli d'une bénigne rosée, plutôt que d'une pluie incommode, pour être un témoignage éternel que les pluies qu'il eriverroit dorénavant ne feroient jamais d'inondatioii universelle. Depuis ce temps, l'arc-en-ciel paroît dans les célestes visions comme un des principaux ornetnents du trône de Dieu {Ezech.ji. 28; Apocal., IV. 3.), et y porte une impression de ses miséricordes.
Le monde se renouvelle, et la terre sort encore une fois du sein des eaux; mais dans ce renouvellement, il demeure une impiession éternelle de là vengeance divine. Jusqu'au déluge toute la nature étoit plus forte et plus vigoureuse : par cette immense quantité d'eaux que Dieu amena sur la terre, et par le long séjour qu'elles y firent, les sucs qu'elle enfermoit furent altérés; l'air chargé d'une humidité excessive fortifia les principes de la corruption; et la première constitution de l'univers se trouvant affoiblie, la vie humaine, qui se poussoit jusques à près de mille ans, se diminua peu à peu : les herbes et les fruits n'eurent plus leur première force, et il fallut donner aux hommes une nourriture plus substantielle dans la chair des animaux {Gen.y IX. 3.).
Ainsi dévoient dlsparoître et s'effacer peu à peu les restes de la première institution; et la nature changée avertissoit l'homme que Dieu b' étoit plus le même pour lui depuis qu'il avoit été irrité par tant de criâmes.
Au reste, cette longue vie des premiers hommes, marruée dans le> annales du peuple de Dieu, n*a pas été inconnue aux autres peuples, et leurs anciennes traditions en ont conservé la mémoire {Manet. Beroi. Hestiœ. Nie. Damas.; et aL ap\id Joseph, Ànt. lib. i. c. 4, al. 3; Hesiod.j Op. et dies.). La mort qui s'avançoit fit sentir aux hommes une vengeance plus prompte; et comme tous les jours ils s'enfonçoient de plus en plus dans le crime, il falloit qu'ils fussent aussi, pour ainsi pafler. tous les jours plus enfoncés dans leur supplice.
Le seul changement des viandes leur pouvoit marquer combien leur
état alloit s*empirant, puisqu'on devenant plus foibles, ils deTenoient en môme temps plus voraces et plus sanguinaires.
Avant le temps du déluge, la nourriture que les hommes prencient sans violence dans les fruits qui tomboient d'eux-mêmes, et dans les herbes qui aussi bien séchoient si vite, étoit sans doute quelque reste de la première innocence, et de la douceur à laquelle nous étions formés. Maintenant, pour nous nourrir, il faut répandre du sang, malgré l'horreur qu'il nous cause naturellement; et tous les raffinements dont nous nous servons pour couvrir nos tables, suffisent à peine à nous déguiser les cadavres qu'il nous faut manger pour nous assouvir.
Mais ce n'est là que la moindre partie de nos malheurs. La vie déjà raccourcie s'abrège encore par les violences qui s'introduisent dans le genre humain. L'homme, qu'on voyoit dans les premiers temps épargner la vie des bêtes, s'est accoutumé à n'épargner plus la vie de ses semblables. C'est en vain que Dieu défendit, aussitôt après le déluge, de verser le sang humain ; en vain , pour sauver quelque vestige de la première douceur de notre nature, en permettant de manger la chair des bêtes, il en avoit réservé le sang {Gen.y ix. 4.). Les meurtres se multiplièrent sans mesure. Il est vrai qu'avant le déluge Gain avoit sacrifié son frère à sa jalousie (Jbtd. , iv. 8.). Lamech, sorti de Gain, avoit fait le second meurtre (/btd., 23.) ; et on peut croire qu'il s'en fît d'autres après ces damnables exemples. Mais les guerres n'étoient pas encore inventées. Ce fut après le déluge que parurent ces ravageurs de province, que Ton a nommés conquérants, qui, poussés par la seule gloire du commandement, ont exterminé tant d'innocents. Nemrod, maudit rejeton de Cham maudît par son père, commença à faire la guerre seulement pour s'établir un empire (i&id.,x. 9.). Depuis ce temps l'ambition s'est jouée, sans aucune borne, de la vie des hommes : ils en sont venus à ce point de s'entre-tuer sans se haîr : le comble de la gloire et le plus beau de tous les arts a été de se tuer les uns les autres.
Cent ans environ après le déluge. Dieu frappa le genre humain d'un autre fléau par la division des langues. Dans la dispersion qui se devoit faire de la famille de Noé par toute la terre habitable, c'étoit encore un lien de la société, que la langue qu'avoient parlée les premiers hommes, et qu'Adam avoit apprise à ses enfants, demeurât commune. Mais ce reste de l'ancienne concorde périt à la tour de Babel : soit que les enfants d'Adam, toujours incrédules, n'eussent pas donné assez de croyance à la promesse de Dieu qui les avoit assurés qu'on ne verroit plus de déluge, et qu'ils se soient préparé un refuge contre un semblable accident dans la solidité et dans la hauteur de ce superbe édifice, ou qu'ils n'aient eu pour objet que de rendre leur nom immortel par ce grand ouvrage, avant que de se séparer, ainsi qu'il est marqué dans la Genèse {Gen.f XI. 4, 7.); Dieu ne leur permit pas de le porter, comme ils l'espéroient, jusqu'aux nues; ni de menacer pour ainsi dire le ciel par l'élévation de ce hardi bâtiment; et il mit la confusion parmi eux, en leur faisant oublier leur premier langage. Là donc ils commencèrent à se diviser en langues et en nations. Le nom de Babel qui signifie
9144 Discoims^
confusion ^detneura ;à la touv^sD témoignage -de ce éésordre, «t.pour
être un monument étemel aa genre humaiay que rorgjaMiest l«/Muroe de>)a dïTi^ien'ietrdii trfmMe> parmi les hommes»
Voilà les oonmencements du momde, tels que Vhistoire de Moîn nisas-lesTeppésente : commenoements- heureux d'abodd, pleins «nsuile demaui infinis; par rapport à Dieu qui fait tout, toujours admirables; tels enfin que nous apprenons, en les repassant dans notre esprit , à constdéTer Tuniverset le genre humain toujours sous la main dti' Créateur, tiré du néant par sa paroi», conserTé par sa bonté» gouverné par sa sagesse, puni par sa }usti ce; délivré par sa mi^térieorde, et toujoum assujetti à sa {misààince.
Ce n'est pas ici l'univers tel quie>Hont con^u les philosophes : formé, selon quelques-uns, par un concours fortuit des premiers corps; ou qui, selon les plus sages, a fourni sa matière à son auteur; qui par conséquent n'en dépend, ni dans le fond de son être, ni dans son premier état, et qui l'astreint à certaines lois que lui-môme ne peut violer.
Moïse et nos anciens pères, dont Moïse a recueilli les traditions, nous donnent d'autres pensées. Le Dieu qu'il nous a montré a bien une autre puis>ance : il peut faire et défaire ainsi qu'il hii plaît; il donne des lois à la nature , et les renverse quand il veut.
Si pour se faire connoître, dans le temps que la plupart des hommes Tavoient oublié, il a fait des miracles étonnants, et a forcé la nature à sortir de ses lois les plus constantes, il a continué par là à montrer qu'il en étoit le mattre absolu, et que sa volonté est le seul lien qui entretient l'ordre du monde.
C'est justement ce que les hommes avoient oublié : la stabilité d'un si bel ordre ne servoit plus qu'à leur persuader que cet ordre avoit toujours été, et qu'il étoit de soi-même; par où ils étoient portés à adorer ou le monde en général, ou les astres, les éléments, et enfin tous ces grands corps qui le composent. Dieu donc a témoigné au genre humain une bonté digne de lui, en renversant dans des occasions éclatantes cet ordre, qui non-seulement ne les frappoit plus, parce qu'ils y étoient accoutumés , mais encore qui les portoit , tant ils étoient aveuglés, à imaginer hors de Dieu l'éternité et l'indépendance.
L'histoire du peuple de Dieu, attestée par sa propre suite, et par la religion tant de ceux qui l'ont écrite que de ceux qui l'ont conservée avec tant de ^in, a gardé comme dans un fidèle registre la mémoire de ces miractes, et nous donne par là l'idée véritable- de l'empire suprême de Dieu mattre tout-puissant de ses créatures, soit pour les tenir sujettes aux lois générales qu'il a établies, soit pour leur en donner d'autres quand il juge qu'il est nécessaire de réveiller par quelque coup surprenant le genre humain endormi.
Voilà le Dieu que Moïse nous a proposé dans ses écrits comme le seul qu'il falloit servir ; voilà le Dieu que les patriarches ont adoré avant Moïse; en un mot, le Dieu d'Abraham, d'Isaac, et de Jacob, à qui notre père Abraham a bien voulu immoler son fils unique, dont Melchisédech figure de Jésus Christ étoit le pontife, à qui notre père Noé a .sacrifié en sortant de Tarehe, que le juste Abel avoit reconnu en lui offrant ca
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qaMl avoit de plus précieux, que. Seth donné à Adam à la place d'Aboi avoit fait connottre à ses enfants appelés aussi enfants de Dieu, qu*Adam même awit montré à ses descendants comme celui des mains dtfquel il s'étoit vu récemment sorti, et qui seul pouvoit mettre fin aux maux de sa malheureuse postérité.
La belle philosophie, que celle qui nous donne des idées si puriss de l'auteur de notre être ! la belle tnidition, que crlle qui nous consenre la mémoire de ses oeuvres magnifiques! Que le peuple de Dieu est saint, puisque, par une suite non interrompue depuis Porigine du monde jusqu'à nos jours, il a toujours conservé une tradition et une philosophie si sainte?
Chap. II. — Abraham et les. patriarches.
Mais comme le p^^uplede Dieu a pris sous le patriarche A-braham une forme plus réglée, il est nécessaire, Monseigneur, de vous arrêter un peu sur ce grand homme.
Il naquit environ trois cent cinquante ans après le déluge, dans un temps où la vie humaine, quoique réduite à des bornes plus étroites, étoit encore très-longue. Noé ne faisoit que de mourir, Sem son flb aîné vivoit encore, et Abraham a pu passer avec lui presque toute sa vie.
Représentez -vous donc le monde encore nouveau, et encore pour ainsi dire tout trempé des eaux du déluge, lorsque les hommes, si près de l'origine des choses, n'avoient besoin pour connoître Tunité de Dieu, et le service qui lui étoit dû, que de la tradition qui s'en étoit conservée depuis Adam et depuis Noé, tradition d'ailleurs si conforme aux lumières de la raison, qu'il sembloit qu'une vérité si claire et si importante ne pût jamais être obscurcie , ni oubliée parmi les hommes.. Tel est le premier état de la religion, qui dure jusqu'à Abraham, où pour connoître les grandeurs de Dieu, les hommes n'avoient à constilter que leur raison et leur mémoire.
Mais la raison étoit foible et corrompue; et à mesure qu'on s'éloignoit de l'origine des chose», les hommes brouilloient les idées qu'ils avoient reçues de leurs ancêtres. Les enfants indociles ou mal appris n'en vouloient plus croire leurs grands pères décrépits, qu'ils ne connoissoient qu'à peine après tant de générations; le sens humain abruti ne pouvoit plus s'élever aux choses intellectuelles, et les hommes ne voulant plus adorer que ce qu'ils voyoient, l'idolâtrie se répandoit par tout l'univers.
L'esprit qui avoit trompé le premier homme goûtoit alors tout le fruit de sa séduction, et voyoit l'effet entier de cette parole. « Vous serez comme des dieux. « Dès le moment- qu'il la proféra, il songeoit à confondre en l'homme l'idée de Dieu avec celle de la créature, et èf diviser un nom dont la majesté consiste à être incommunicable. Son projet lui réussissoit. Les hommes ensevelis dans la chair et dans le sang, avoient pourtant conservé une idée obscure de la puissance divine, qui se soutenoit par sa propre force, mais qui, brouillée avec les images venues par leurs sers, leur faisoit adorer toutes l&'& Ocv^^sn^. où il paroissoit quelque activité et quelque puîssanc^. KmixX^ «rX^ ^^
les astres qui se faisoient sentir de si loin, le feu et les éléments dont les effets étoient si universels, furent les premiers objets de l'adoration publique. Les grands rois, les grands conquérants qui pouvoient tout sur la terre, et les auteurs des inventions utiles à la vie humaioe, eurent bientôt après les bonneurs divins. Les bommes portèrent la peine de s'être soumis à leurs sens: les sens décidèrent de tout, et firent, malgré la raison, tous les dieux qu'on adora sur la terre.
Que Pbomme parut alors éloigné de sa première institution, et que l'image de Dieu y étoit gâtée ! Dieu pouvoit-il l'avoir fait avec ces perverses inclinations qui se déclaroient tous les jours de plus en plus? et cette pente prodigieuse qu'il avoit à s'assujettir à toute autre chose qu'à son seigneur naturel, ne montroit-elle pas trop visiblement la main étrangère par laquelle l'œuvre de Dieu avoit été si profondément altérée dans l'esprit humain , qu'à peine pouvoit-on y en reconnoitre quelque trace ? Poussé par cette aveugle impression qui le dominoit; il s'enfonçoit dans l'idolâtrie, sans que rien le pût retenir. Un si grand mal faisoit des progrès étranges. De peur qu'il n'infectât tout le genre humain, et n'éteignît tout à fait la connoissance de Dieu, ce grand Dieu appela d'en haut son serviteur Àbrabam, dans la famille duquel il vouloit établir son culte, et conserver l'ancienne croyance tant de la création de l'univers que de la providence particulière avec laquelle il gouverne les choses humaines.
Abraham a toujours été célèbre dans l'Orient. Ce n'est pas seulement les Hébreux qui le regardent comme leur père. Les Iduméens se glorifient de la même origine. Ismaêi, fils d'Abraham , est connu parmi les Arabes comme celui d'où ils sont sortis (Gcn., xvi, xvii.). La circoncision leur est demeurée comme la marque de leur origine , et ils l'ont reçue de tout temps, non pas au huitième jour, à la manière des Juifs, mais à treize ans, comme TÉcriture nous apprend qu'elle fut donnée à leur père Ismaël (/&id. , xvn, 25; Joseph, ilnt., lib. i. cap. 13 al. 12.) : coutume qui dure encore parmi les Mahométans. D'autres peuples arabes se ressouviennent d'Abraham et de Cétura, et ce sont les mêmes que l'Écriture fait sortir de ce mariage {Gen.j xxv ; Alex, Polyh. apud Jos., Ant.^Vib. i. cap. 16, al. 15.). Ce patriarche était Chaldéen ; et ces peuples, renommés pour leurs observations astronomiques, ont compté Abraham comme un de leurs plus savants observateurs {Beros. Hecat. Eupol. , Alex. Polyh. , et al. apud Jos. Ant., lib. i. cap. 8, et Euseb.y Prœp. Ev. lib. ix. c. 16, 17, 18, 19, 20, eU.). Les bistoriens de Syrie l'ont fait roi de Damas, quoique étranger et venu des environs de Babylone; et ils racontent qu'il quitta le royaume de Damas pour s'établir dans le pays des Chananéens, depuis appelé Judée {Nie. Damas., lib. iv ; Hist. unxv.,in Excerpt. Vales., p. 491, etap. Jos., Ant., lib. i. c. 8. et Euseb., Prœp. Ev., lib. ix. c. 16.). Mais il vaut mieux remarquer ce que l'histoire du peuple de Dieu nous rapporte de ce grand homme. Nous avons vu qu'Abraham suivoit le genre de vie que suivirent les anciens hommes, avant que tout l'univers eût été réduit en royaumes, llrégnoit dans sa famille, avec laquelle il embraasoit cette vie pastorale tant renommée pour sa simplicité et soa
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innocence; riche en troupeaux, en esclaves eteo argent, mais sans terres et sans domaine {Gènes. ^ xiii, etc.)\ et toutefois il vivoit dans un royaume étranger, respecté, et indépendantcomme un prince {Gen.y xiY* XXI. 22, 27 ; xxiii. 6 ). Sa piété et sa droiture protégée de Dieu lui attiroit ce respect. Il traitoit d'écral avec les rois qui i echerchoient son alliance, etc*est de là qu'est venue Tancienne opinion qui Ta lui-même fait roi. Quoique sa vie fût simple ctpacifîqii^, il savoit faire la guerre, mais seulement pour défendre ses alliés opprimés {Pnd.j xiv.). Il Içs défendit, et les vengea par une victoire signalée : il leur rendii toutes leurs richesses reprises sur leurs ennemis, sans réserver autre chose que la dîme qu'il offrit à Dieu, et la part qui appartenoit aux troupes auxiliaires qu'il avoit menées au combat. Au reste, après un si grand service, il refusa les présents des rois avec une magnanimité s^s exemple, et ne put souffrir qu'aucun homme se vantât d'avoir enrichir Abraham. Il ne vouloit rien devoir qu'à Dieu qui le protégeoit, et qu'il suivoit seul avec une foi et une obéissance parfaite.
Guidé par cette foi, il avoit quitté sa terre natale pour venir au pays que Dieu lui mo..troit. Dieu, qui l'avoit appelé, et qui l'avoit rendu digne de son alliance, la conclut à ces conditions.
Il lui déclara qu'il seroit le Dieu de lui et de ses enfants (/l)id.,xii, xvii.), c'est à-die qu'il seroit leur protecteur, et qu'ils le serviroient comme le seul Dieu créateur du ciel et de la terre.
Il lui promit une terre (ce fut celle de Chanaan) pour servir de démeure fixe à sa postérité, et de siège à la religion {Ibid.).
Il n'a voit point d'enfants, et sa femme Sara étoit stérile. Dieu loi jura par soi-même et par son éternelle vérité, que de lui et de cette femme nattroit une race qui égaleroit les étoiles et le sable de la mer {Ibid. , XII. 2 ; XV. 4, 5; xvn. 19.).
Mais voici l'article le plus mémorable de la promesse divine. Tous les peuples se précipitoient dans l'idolâtrie. Dieu promit au saint patriarche qu'en lui et en sa semence, toutes ces nations aveugleà qui oublioient leur créateur seroient bénites (/6td. , xn. 3 ; xviir. 18.), c'està-dire rappelées à sa connoissance, où se trouve la véritable bénédiction.
Par cette parole Abraham est fait le père de tous les croyants, et sa postérité est choisie pour être la source d'où la bénédiction doit s'étendre par Joute la terre.
En cette promesse étoit enfermée la venue du Messie tant de fois prédit à nos pères, mais toujours prédit comme celui qui devoit être le Sauveur de tous les Gentils et de tous les peuples du monde.
Ainsi ce germe béni, promis à Eve, devint aussi le germe et le rejeton d'Abraham.
Tel est le fondement de l'alliance ; telles en sont les conditions. Abraham en reçut la marque dans la circoncision {Ihid., xvii.), cérémonie dont le propre effet étoit de marquer que ce saint homme appartenoit à Dieu avec toute sa famille.
Abraham étoit sans enfants quand Dieu commença à bénir sa race. Dieu le laissa plusieurs années sans lui en donner. Après il eut IsaaLa.^lv qui devoit être père d'un grand peuple , mais uou v^ di^ ^ ^m^V^ ^^>
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tant promis à Abraham (Gen.y xii ; xv. 2 ; xvi. 3, 4 ; xvii. 20; m. 13.). te j'ère du peuple élu devoit sortir de lui et de sa femme Sara qui étoit stérile. ^fîn treize ans après Ismaêl, il vint cet enfant tant désiré: il fut nommé Isaac {!hid., xxi. 2, 3.), c'est-à-dire rfs, enfant de joie, enfant de miracle, enfant de promesse, qui marque par sa naissance que les vrais enfants de Dieu naissent de la grâce.
Il étoit déjà grand ce l^énit enfant, et dans un âge où son pore pou- Toit espérer d'en avoir d'autres enfants, quand tout-à-c6upDieu lui commanda de rimmoler {Ihid.j xxii.). A quelles épreuves la foi est-el!e exposée? Abraham mena Isaac à la montagne que Dieu lui avoit montrée, et il alloit sacrifier ce fils en qui seul Dieu lui promettoit de le rendre père et de son peuple et du Messie. Isaac présentoit le sein à Tépée nue son père tenoit toute prête à frapper. Dieu , content de l'obéissance au père et du fils, n'en demande ]>as davantage. Après que ces deux grands hommes ont donné au monde une image si vive et si belle de Toblation volontaire de Jésus-Christ, et qu'ils ont goûté en esprit les amertumes de sa croix, ils sont jugés vraiment dignes d'être ses ancêtres. La fidélité d'Abraham fait que Dieu lui confirme toutes ses promesses (fbid.y XXII. 18), et bénit de nouveau non-seulement sa famille, mais encore par sa famille toutes les nations de l'univers.
En eff'et, il continua sa protection à îsaac son fils, et à Jacob son petit-fils. Ils furent ses imitateurs, attachés comme lui à la croyance ancienne, à l'ancienne manière de vie qui étoit la vie pastorale, à l'ancien gouvernement du genre humain où chaque père de famille étoit prince dans sa maison. Ainsi, dans les changements qui s'întroduisoient tous les jours parmi les hommes, la sainte antiquité revivoit dans la religion et dans la conduite d'Abraham et de ses enfants.
Aussi Dieu réitéra-t-il à Isaac et à Jacob les mêmes promesses qu'il avoit faites à Abraham (Ihid., xxv. 11 ; xxvi. 4; xxviii. 14.) ; et comme il s'étoit appelé le Dieu d'Abraham, il prit encore le nom de Dieu d'Isaac, et de Dieu de Jacob.
Sous sa protection ces trois grands hommes commencèrent à demeurer dans la terre de Chanaan, mais comme des étrangers et sans y posséder a un pied de terre » {Act.j vu. 5.), jusqu'à ce que la famine attira Jacob en Egypte, où ses enfants multipliés devinrent bientôt un grand peuple, comme Dieu l'avoit promis.
Au reste, quoique ce peuple, que Diou faisoit naître dans son alliance, dût s'étendre par la génération, et que la bénédiction dût suivre le sang, ce grand Dieu ne laissa pas d'y marquer l'élection de sa grâce. Car, après avoir choisi Abraham du milieu des nations, parmi les enfants d'Abraham il choisit Isaac, et des deux jumeaux d'Isaac il choisit Jacob, à qui il donna le nom d'Israël.
La préférence de Jacob fut marquée par la solennelle bénédiction qu'il reçut d'Isaac, par surprise en apparence, mais en effet par une expresse disposition de la sagesse divine. Cette action prophétique et mystérieuse avoit été préparée par un oracle dès le temps que Rébecca, mère d'Esaû et de Jacob, les portoit tous deux dans son sein. Car cette pieuse femme, troublée du combat qu'elle sentoit entre ses deux en-
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fants dans ses entrailles, consulta Dieu, de qui elle rrçut oette réponse : a Vous portez deux peuples dans votre sein, et Tatné sera assuoc jetti au plus jeune. » En exécution de cet oracle, Jacob avoit reçu de son frère la cession de son droit d'aînesse, confirmée par serment {Gen.,x%v. 3^, 23, 32.)", etisaac-en le bénissant ne fit cpae- le-ra«ttre en possession deceiiroityquftle ciel lui«mèia«ilui avoit donné. La pré" férencedes Israélites enfants de Jacob «ir les Idumésns-Anfàiiits 4'£8afl est prédite par cette action, qui marque auRsi la préfiérence future des Gentils nouTellemeot appelés il l'alliance par Jésus-Cbrist, au-dessus de Tancien peuple.
Jacob eut douze en&ntsv qui furent les douze patriarchies auteurs des douze tribus. Tous dévoient entrer dans l'alliance ; mais Juda. fut choisi parmi tous ses frères-.pour être le père des rois du peuple saint, et le père du Messie tant promis à ses- ancêtres.
Le temps devoit venir que dix tribus -étant retranchées du peuple de Dieu pour leur infidélité, la- postérité d'Abraham ne conserveroit son ancienne bénédiction, c'est-à-dire la religion, la terre de Ghanaan, et r^spérance du Messie, qu'en la seule tribu de Juda, qui devoit donner le nom au reste des. Israélites qu'on appella Juifs, et à tout le pays qu'on nomma Judé^.
Ainsi l'ékction divine paroîtfoujours môme dans ce peuple charnel, qui devoit se ■ con se VTsr par la propagation ordinaire.
Jacob vit en esprit le secret de cette élection (Ibid.j XLix.). Comme il étoit prêta expirer, et que ses enfants autour de son lit demandoient la bénédiction. d'un si bon père. Dieu lui. découvrit l'état des douze tribus quand elles seroient dans la Terre promise; il l'expliqua en.peu:de paroles, et ce peu de paroles renferment des mystères innombrables.
Quoique tout ce qu'il dit des frères de Juda soit exprimé avec -une magnificence extraordinaire, et ressente un homme transporté hoirs-de lui-même par l'espritrde Dieu; quand il vient à Juda, il s'élè?e encore plus haut, a Juda, dit-il (Gen., xlix, 8.), tes frères te loueront; ta main sera sur lecqu de tea ennemis; les enfants de ton père- se prosterneront devant toi. Juda est un jeune lion. Mon fils, tu es allé au Imtin. Tu t'es reposé comme un lion et comme une lionne. Qui osera le réveillera Le sceptre (c'est-à-dire rautorité) ne sortira point de Juda, et on verra toujours des. capitaines et det», magistrats, ou des juges nés de sa race, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et:qui sera l'attente des peuples; » ou, comme porte unegautre leçon qui peutêtre n'est pas moins ancienne, et qui au fond ne diffère pas de celle-ci , « jusqu'à ce que vienne celui à qui les choses sont réservées, » et le reste comme nous venons de le rapporter.
La suite de la prophétie regarde à la lettre la contrée que la tribu de Juda devoit occuper dans la Terre-Sainte. Mais les dernières paroles que nous avons vues, en quelque façon qu'on les yeuille prendre, ne signifient autre chose que celui qui devoit être renvoyé de Dieu, le ministre et l'inierprète de ses volontés, l'acfïpmplisseinent de ses promesses, et le roi du nouveau peuple, c'est-à-dire le fifessie ou l'Oiat du SeigMur.
Jacob n'en parle expressément qu'au seul Juda dont ce Messie devoit naître: il comprend, dans la destinée de Juda seul, la destinée de toute la nation, qui, après sa dispersion, devoit voir les restes des autres tribus réunies sous les étendards de Juda.
Tous les termes de la prophétie sont clairs i il n'y u que le mot de sceptre que Tusage de notre* langue nous .pou rroit faire preodre pour la seule royauté; au lieu que, dans la langue sainte, il signifie, en général, la puissance, Tautorité, la magistrature. Cet usage du mot de sceptre se trouve à toutes les pages de l'Écriture; il paroît même manifestement dan s la prophétie de Jacob, et le patriarche veut dire qu'aux jours du Messie toute autorité cessera dans la maison de Juda; ce qui emporte la ruine totale d'un Ëtat.
Ainsi les temps du Messie sont marqués ici par un double changement. Par le premier, le royaume de Juda et du peuple juif est menacé de sa dernière ruine. Par le second, il doit s'élever un nouveau royaume, non pas d'un seul peuple, mais de tous les peuples, dont le Messie doit être le chef et l'espérance.
Dans le style de i'Ëcriture, le peuple juif est appelé en nombre singulier, et par excellence, « le peuple, » ou « le peuple de Dieu (/i., Lxv, etc.; Rom.f x.21.); » et quand on trouve « les peuples (Ir. ,n. 2, 4); XLix. 6, 18; li. 4, 5, etc.), ceux qui sont exercés dans les Écritures, entendent les autres peuples, qu'on voit aussi promis au Messie dans la prophétie de Jacob.
Cette grande prophétie comprend en peu de paroles toute l'histoire du peuple juif, et du Christ qui lui est promis. Elle marque toute la suite du peuple dé Dieu, et l'effet en dure encore.
Aussi ne prétends-je pas vous en faire un commentaire : vous n'en aurez pas besoin, puisqu'en remarquant simplement la suite du peuple de Dieu, vous verrez le sens de l'oracle se développer de lui-même, et que les seuls événements en seront les interprètes.
Chap. m.— Moïse, la loi écrite, et Vintroduction du peuple
dans la Terre promise.
Après la mort de Jacob, le peuple de Dieu demeura en Egypte, jusqu'au temps delà mission de Moïse, c'est-à-dire environ deux cents ans.
Ainsi il se passa quatre cent trente ans avant que Dieu donnât à son peuple la terre qu'il lui avoit promise.
Il vouloit accoutumer ses élus à se lier à sa promesse, assurés qu'elle s'accomplit tôt ou tard, et toujours dans les temps marqués par son litemeile providence.
Les iniquités des Amorrhéens, dont il leur vouloit donner et la terre et les dépouilles, n'étoient pas encore, comme il le déclare à Abraham (6>n., XV. 16), au comble où il lesattendoit pour les livrer à la dore et impitoyable vengeance qu'il vouloit exercer sur eux par les mains de son peuple élu.
Il falloit donner à ce peuple le temps de se multiplier, afin qu*ilfût
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en état de remplir la terre qui lui étoit destinée (Ihid.) j et de l'occuper par force, en exterminant ses habitants maudits de Dieu.
Il Youloit qu'ib éprouvassent en Egypte une dure et insupportable captivité, afin qu'étant délivrés par des prodiges inouïs, ils aimassent leur libérateur, et célébrassent éternellement ses miséricordes.
Voilà l'ordre des conseils de Dieu, tels que lui-même nous les a révélés, pour nous apprendre à le craindre, à Tadorer, àTaimer, à l'attendre avec foi et patience.
Le temps étant arrivé, il écoute les cris de son peuple cruellement affligé par les Égyptiens, et il envoie Moïse pour délivrer ses enfants de la tyrannie.
Il se fait connoftre à ce grand homme plus qu'il n'avoit jamais fait à aucun homme vivant. Il lui apparoit d'une manière également magnifique et consolante {Exod., m.) : il lui déclare qu'il est celui qui est. Tout ce qui est devant lui n'est qu'une ombre. & Je suis, dit-il, celui qui suis (fbid. , 14.): » l'être et la perfection appartiennent à moi seul. Il prend un nouveau nom, qui désigne l'être et la vie en lui comme dans leur source; et c'est ce grand nom de Dieu, terrible, mystérieux, incommunicable, sous lequel il veut dorénavant êlre servi.
Je ne vous raconterai pas en particulier les plaies de l'Egypte, ni l'endurcissement de Pharaon , ni le passage de la mer Rouge, ni la fumée» les éclairs, la trompette résonnante, le bruit eiïroyable qui parut au peuple sur le mont Sinaï. Dieu y gravoit de sa main , sur deux tables de pierre, les préceptes fondamentaux de la religion et de la société : il dictait le reste à Moïse à haute voix. Pour maintenir cette loi dans sa vigueur, il eut ordre de former une assemblée vénérable de septante conseillers (E2;od. , xxiv. et Num.^ xi), qui pouvoit être appelée le sénat du peuple de Dieu, et le conseil perpétuel de la nation. Dieu parut publiquement, et fit publier sa loi en sa présence avec une démonstration étonnante de sa majesté et de sa puissance.
Jusque là Dieu n'avoit rien donné par écrit qui pût servir de règle aux hommes. Les enfants d'Abraham avoient seulement la circoncision, et les cérémonies qui l'accompagn oient, pour marque de l'alliance que Dieu avoit contractée avec cette race élue. Ils étoient séparés, par cette marque, des peuples qui adoroient les fausses divinités : au reste, ils se conservoient dans l'alliance de Dieu par !e souveuir qu'ils avoient des promesses faites à leurs pères, et ils étoient connus comme un peuple qui servoit le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Dieu étoit si fort oublié, qu'il falloit le discerner par le nom de ceux qui avoient été ses adorateurs, et dont il étoit aussi le protecteur déclaré.
Il ne voulut point abandonner plus longtemps à la seule mémoire des hommes le mystère de la religion et de son alliance. Il étoit temps de donner de plus fortes barrières à l'idolâtrie, qui inondoit tout le genre humain, et acbevoit d'y éteindre les restes de la lumière naturelle.
L'ignorance et l'aveuglement s'étoient prodigieusement accrus depuis le temps d'Abraham. l)e son temps, et un peu après, la connoissance de Dieu paroissoit encore dans la Palestine et daxi^V^^\lVi^.>&.^-
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chisédech roi de Salem étoit le ponfife du Dieu très-haut, qui ajàitk ciel et la terre (Cen., xiv. 18, 19.). Abimélech rpi de Gér9ire,et sn successeur de même nom, craignoient Dieu, juraient en son nom, et admiraient sa puissance (6en., xxi. 22, 23; xzvi. 28^ 29.)- Les m^ naces de ce grand Dieo étaient redoutées, par Pharaon roi dlSg^pte {Ibid. , xn. 17, 18.) ; mais dans le temps de Moïse ces nations s'étoient perverties. Le vrai Dieu n'était plus connu en Egypte comme le Dieu de tous les peuples de l'univers, mais comme le Dieu d^s Ifébreux {EMi.f V. 1,2, 3; IX. 1, etc.). On adoroit jusqu'aux bêtes et jusqu'aux reptiles [Ihid. , vin. 26.). Tout étoit Dieu, excepté Dieu même ; et le jmQode, que Dieu avoit fait pour manifester sa puissance , sçucnbloit être devenu un temple d'idoles. Le genre humain s'égara, jusqu'à adorer ses vices et ses passions; et il ne faut pas s'en étonner. Il n'y avoit point de puissance plus inévitable ni plus tyrannique que la leur. L'homme accoutumé à croire divin tout ce qui étoit puissant, comme il se sentoit entraîné au vice par une force invincible, crut aisément que cette force étoit hors de lui , et s'en fit bientôt un Dieu. C'est par là que l'amcor impudique eut tant d'autels, et que des impuretés qui font horrear commencèrent à être -mêlées dans les sacrifices {Levit., xx. 2, 3.).
La cruauté y entra en même temps. L'homme coupable, qui étoit troublé par le sentiment de son crime, et regardoit la divinité comma ennemie, crut ne pouvoir- l'apaiser par les victimes ordinaires. Tl fallut verser le sang humain avec celui des bêtes; une aveugle frayeur pou»soit les pères à immoler leurs enfants , et à les brûler à leurs dieux ta lieu d'encens. Ces sacrifices étoient communs dès le temps da Moïse, et ne faisoient qp'une partie de ces horribles iniquités des Amorrhéens. dont Dieu commit la vengeance aux Israélites.
Mais ils n'étoient pas particuliers à ces peuples. On sait que dans tous les peuples du monde, sans en excepter aucun, les hommes ont sacrifié leurs semblables {Herod., lib. ii. c. 107; Cops.f dfi Bell. Gall, lib. VI. cap. 15; Dtod., lib. i. sect. 1, n. 32; lib. v. n. 20; Plin.^ Hist. natur., lib. xxx. cap. 1; Athen.^ lib. xni; Porph.y de Abstin.^ lib. n. S 8; Jom., de reb. Get., c. 49, etc.); et il n'y a point eu d'endroit sur la terre où on n'ait servi de ces tristes et alTreuses divinités, dont la haine implacable pour le genre humain exigeoit de telles victimes.
Au milieu de tant d'ignorances, l'homme vint à adorer jusqu'à l'œuvre de ses mains. Il crut pouvoir renfermer l'esprit divin dans des statues; et il oublia si profondément que Dieu l'a voit fait, qu'il crut à. son tour pouvoir faire un dieu. Qui le pourroit croire, si l'expérience ne nous faisait voir qu'une erreur si stupide et si brutale n'étoit pas seulement la plus universelle, mais encore la plus enracinée et la plus io* corrigible parmi les hommes? Ainsi il faut reconnoître, à la confusion du genrejJinmain, que la première des vérités, celle que le monde prêche, celle dont l'impression est la plus puissante, étoit la plus éloignée de la vue des hommes. La tradition qui la conservoit dans leurs esprits, quoique claire encore, et assez présente si on y eût été attentif, étoit prête à s'évanouir : des fables prodigieuses, et aussi pleines d'imoiété que d'extravagance, prenoient sa place. Le moment étoit
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TOtiu, où la vérité, mal gardée dans la mémoire des hommes, ne pouvdit plus se conserver sani être écrite ; et Dieu Ayant résolu d'ailleurs de former son peuple à la vertu par des lois plus expresses et en plus grand nombre, il résolut en même temps ite les donner par écrit.
Moïse ftit appelé à cet ouvrage. Ce grand h^ômme recueillit l'hi^toiTe dés siècles passés : celle d*^dam, celle de Noé, celle d*Âbraham, celle d'Isaac, celle xle Jacob, celle ^e Joseph, ou plutôjt ceHe de Dieu môme et de ses faits admirables.
Il ne lui falhit pas déterrer de loiti ks trad^tiétts de'«es anvêtres.-Il naquit cent ans après Fa m^rt de Jacob: Les vieiBak<dS'de'Son temps avoient pu converser plusieurs années aveooe saitit patriarche; la mémoire de Jos'eph et des merveilles que Dieu avOit faites par ce grand miniâtre des rois d*£grypte étoit encore récente. La vie de trois ou quatre hommes remoiitoît jusqu'à Noé, qui a voit vu' les enfants d'Adam, et touchoit, pour ainsi parler, à l'origine des choses.
Ainsi les traditions ancienres du genre humain. etceHesde la famille d^Ahrabam, n étoietlt pas malaisées à recueillir : la mémoire en étoit vive; et il ne faut pas s'étonner si Mo!se>, da&ssa Genèse, parle des choses arrivées dans les premiers siècles, comme de choses constantes, dont même on \-oyoit encore, et dans les peuples voisins, et dans la terre de Chanaan, des monuments remarquables.
Dans le temps qu'Abraham, Isaacet Jacob avoient habité cette terre, ils y avoient érigé partout des monuments des choses qui leur étoient arrivées. On y montroit encore les lieux où ils avoient habité; les puits qu'ils avoient creusés dans ces pays secs pour abreuver leur famille et leurs troupeaux ; les montagnes où ils avoient sacrifié à Dieu, etoû il leur étoit ajiparu; les pierres qu'ils avoient dressées ou entassées pour servir de mémorial à la postérité, les tombeaux od reposoient leurs cendres bénites. La mémoire de ces grands homuïes étoit récente, nonseulement dans tout le pays, mais encore dans tout l'Orient, où plusieurs nations célèbres n'ont jamais oublié qu'elles venoient de leur race.
Ainsi quand le peuple hébreu entra dans la Terre promise, tout y céiébroit leurs ancêtres ; et les villes et les montagnes, et les pierres mdmes y partaient de ces hommes merveilleux , et des visions étonnantes par lesqueUes Dieu les avoit confirmés dans l'ancienne et véritable croyance.
Ceux qui connoissent tant soit peu les antiquités, savent combien les premiers temps étoient curieux d'ériger et de conserver de tels mougments, et combien la postérité retenoit soigneusement les occasions qaî les avoient fiait dresser. C'étoit une des manières d'écrire l'histoire ; on e depuis façonné et poli les pierres; et les statues ont succédé après les eoUmnes aux masses grossières et solides que les premiers temps érigeoîitQt.
On a même de grandes raisons de cvtfire que dans la lignée où s'est conservée la connoissance de Dieu , on tonservoit aussi par écrit -des mémoires des anciens temps. Car les hommes n'ont jamais été sans ce soin. Da moins est- il assuré qu'il se faisoit des contiqaes que les pères
apprenoient à leurs enfants ; cantiques qui , se chantant dans las fâtei et dans les assemjslées, y perpétuoient la mémoire des actions les plus éclatantes des siècles passés.
De là est née la poésie, changée dans la suite en plusieurs formes, dont la plus ancienne se conserve encore dans les odes et dans les cantiques , employés par tous les anciens, et encore à présent par les peupies qui n*ont pas l'usage des lettres, à louer la divinité et les grands hommes.
Le style de ces cantiques, hardi, extraordinaire , naturel toutefois, en ce qu'il est propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche pour cette raison par de vives et impétueuses saillies, affranchi des liaisons ordinaires que recherche le discours uni, renfermé d'ailleurs dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force, surprend l'oreille, saisit l'imagination, émeut le cœur, et s'imprime plus aisément dans la mémoire.
Parmi tous les peuples du monde, celui où de tels cantiques ont été le plus en usage, a été le peuple de Dieu. Moïse en marque un grand nombre (Num.^ xxi. 14, 17, 18, 27, etc.), qu'il désigne par les premiers vers, parce que le peuple savoit le reste. Lui-même en a fait deux de cette nature. Le premier (Exod. , xv.) nous met devant les yeux le passage triomphant de la mer Rouge, et les ennemis du peuple de Dieu, les uns déjà noyés, et les autres à demi vaincus par la terreur. Par le second {Deut.y xxxn.), Moïse confond l'ingratitude da peuple en célébrant les bontés et les merveilles de Dieu. Les siècles suivants l'ont imité. C'étoit Dieu et ses œuvres merveilleuses qui faisoient le sujet des odes qu'ils ont composées : Dieu les inspiroit loimême; et il n'y a proprement que le peuple de Dieu où la poésie soit venue par enthousiasme.
Jacob avoit prononcé dans ce langage mystique les oracles qui contenoient la destinée de ses enfants , afin que chaque tribu reûnt plus aisément ce qui la touchoit, et apprit à louer celui qui n'étoit pas moins magnifique dans ses prédictions que fidèle à les accomplir.
Voilà les moyens dont Dieu s'est servi pour conserver jusqu'à Moise la mémoire des choses passées. Ce grand homme instruit par tous ces moyens, et élevé au-dessus par le Saint-Esprit, a écrit les œuvres de Dieu avec une exactitude et une simplicité qui attire la croyance et l'admiration, non pas à lui , mais à Dieu même.
Il a joint aux choses passées, qui contenoient l'origine et les anciennes traditions du peuple de Dieu, les merveilles que Dieu faisoit actuellement pour sa délivrance. De cela il n'allègue point aux Israélites d'autres témoins que leurs yeux. Moïse ne leur conte point des choses qui se soient passées dans des retraites impénétrables, et dans des antres profonds : il ne parle point en l'air; il particularise et circonstancié toutes choses, comme un homme qui ne craint point d'être démenti. Il fonde toutes leurs lois et toute leuF république sur des merveilles qu'ils ont vues. Ces merveilles n'étoient rien moins que la nature changée tout à coup, en différentes occasions, pour les délivrer, et pour punir leurs ennemis : la mer séparée en deux, la terre entr'ouverte, un
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pain céleste, des eaux abondantes tirées des rochers par un coup de verge , le ciel qui leur donnoit un signal visible pour marquer leur marclie, et d'autres miracles semblables quMls ont vus durer quarante ans.
Le peuple d'Israël n'étoit pas plus intelligent ni plus subtil que les autres peuples, qui s'étant livrés à leurs sens ne pouvoient concevoir un Dieu invisible. Au contraire, il étoit grossier et rebelle autant ou plus qu'aucun autre peuple. Mais ce Dieu invisible dans sa nature se rendoit tellement sensible par de continuels miracles, et Moïse les incul(}uoit avec tant de force, qu'à la fin ce peuple charnel se laissa toucher de l'idée si pure d'un Dieu qui faisoit tout par sa parole, d'un Dieu qui n'étoit qu'esprit, que raison et intelligence»
De cette sorte, pendant que l'idolâtrie si fort augmentée depuis Abraham couvroit toute la face de la terre , la seule postérité de ce patriarche en étoit exempte. Leurs ennemis leur rendoient ce témoignage; et les peuples où la vérité de la tradition n'étoit pas encore tout à fait éteinte, s'ècrioient avec étonnement (Num., zxiii. 21, 22, 23.) : « On ne voit point d'idole en Jacob; on n'y voit point de présages superstitieux, on n'y voit point de divinations ni de sortilèges; c'est un peuple qui se fie au Seigneur son Dieu, dont la puissance est invincible. »
Pour imprimer dans les esprits l'unité de Dieu, et la parfaite uniformité qu'il demandoit dans son culte, Moîse répète souvent (Deul.^ xii, XIV, XV, XVI, XVII, etc.), que dans la Terre promise ce Dieu unique choisiroit un lieu dans lequel seul se feroient les fêtes, les sacrifices, et tout le service public. En attendant ce lieu désiré,, durant que le peuple erroit dans le désert, Moîse construisit le tabernacle, temple portatif, où les enfants d'Israël présentoient leurs vœux au Dieu qui nvûit fait le ciel et la terre , et qui ne dédaignoit pas de voyager, pour ainsi dire, avec eux, et de les conduire.
Sur ce principe de religion, sur ce fondement sacré étoit bâtie toute' la loi : loi sainte , juste , bienfaisante , honnête , sage , prévoyante et simple, qui lioit la société des hommes entre eux par la sainte société de l'homme avec Dieu.
 ces saintes institutions^ il ajouta des cérémonies majestueuses, des fêtes qui rappeloient la mémoire des miracles par lesquels le peuple d'Israël avoit été délivré; et, ce qu'aucun autre législateur n'avoit osé faire, des assurances précises que tout leur réussiroit tant qu'ils vivroient soumis à la loi, au lieu que leur désobéissance seroit suivie d'une manifeste et inévitable vengeance {DeuL^ xxvii, xxvni, etc.). il failoit être assuré de Dieu , pour donner ce fondement à ses lois; et l'événement a justifié que Moïse n'avoit pas parlé de lui-même.
Quant à ce grand nombre d'observances dont il a chargé les Hébreux, encore que maintenant elles nous paroissent superflues, elles étoient alors nécessaires pour séparer le peuple de Dieu des autres peuples, et servoient comme de barrière à l'idolâtrie, de peur qu'elle n'entraînât ce peuple choisi avec tous les autres..
Pour maintenir la religion et toutes les traditions du peuple de Dieu, parmi les douze tribus une tribu est choisie à laquelle Dieu donn^ isd
partage, ayec les dîmes et les oblations, te ^oin des choses sacrées. Lévi et ses enfants sont eux-mêmeë consacrés à Dieu comme la dtsre tie lout le peuple. Dans Lévi, Aaron est choisi pour être souTerain pontife, et le sacerdoce est- rendu héréditaire dans sa fomiltè.
Ainsi les autels ont leurs ministres; la loi a -ses défenseurs ^rticuliers; et la suite du peuple de Dieu est justifiée par la successsion deses pontifes, qui ?a sans interruption depuis Aaron le premier de tous.
Mais ce qu*il y aToit de plus beau dans cette loi, c'est qu'elle préparoit la voie à une loi plus auguste, moins chargée de cérémonies, et plus féconde en venus.
Moïse, pour tenir le peuple dans l'attente de cette loi, leur confirme la venue de ce grand prophète qui devoit sortir d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. « Dieu, dit-il (Deut., xviii. 15, 18.) . vous suscitera du milieu de votre nation et du nombre dé vos frères un prophète semblable à moi; écoutez-le. > Ce prophète semblable à Moïse, législateur comme lui, qui peut-il être? sinon le Messie, dont la doctrine devoit un jour régler et sanctifier tout Tunivers.
Le Christ devoit être le premier qui formeroit un peuple nouveau, et à qui il dit aussi : « Je vous donne un nouveau commandement {Joan.^ XIII. 34.); » et encore : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements (Ibid. , XIV. 15.) ; • et encore plus expressément : a II a été dit aux anciens : Vous ne tuerez pas; et moi je vous dis {Matth.fV. 21 et seq.)\r> et le reste, de même style et de même force.
Le voilà donc ce nouveau prophète, semblable à Moïse, et auteur d'une loi nouvelle, dont Moïse dit aussi en nous annonçant sa venue : a Ecoutez le (Deui.y xviii. 15.); «> et c'est pour accomplir cette promesse que Dieu, envoyant son Fils, fait lui-môme retentir d'en haut comme un tonnerre cette voix divine : a Celui-ci est mon Fils bienaimé, dans lequel j'ai mis ma complaisance; écoutez-le [Matth,^ xvn. 5; Marc. , IX. 6; Lue. , ix. 35; 2 Petr, , i. 17.). »
C'étoit le môme prophète et le même Christ que Moïse avoit figuré dans le serpent d'airain qu'il érigea dans le désert. La morsure de l'ancien serpent, qui avoit répandu dans tout le genre humain le venin dont nous périssons tous, devoit être guérie en le regardant, c'est-àdire en croyant en lui, comme il l'explique lui-môme. Mais pourquoi rappeler ici le serpentr d'airain seulement? Toute la loi de Moïse, tous ses sacrifices, le souverain pontife qu'il établit avec tant de mystérieuses cérémonies, son entrée dans le sanctuaire, en un mot, tous les sacrés rites de la religion judaïque, où tout étoit purifié par le sang, l'agneau même qu'on immoloità la solennité principale, c'est-à-dire à celle de Pâques, en mùmoire de la délivrance du peuple : tout cela ne signifioit autre chose que le Christ , Sauveur par son sang de tout le peuple de Dieu.
Jusqu'à ce qu'il fût venu, Mdllse devoit être lu dans tontes les assemblées comme l'unique législateur. Aussi voyons-nous, jusqu'à sa venue, que le peuple dans tous les temps et dans toutes les difficultés, ne se fonde que sur Moïse. Gomme Rome révéroit les lois de Romulus, de Numa et des douze tables; comme Athènes recouroit à celles de So-
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Ion , comme Lacédémone conservoit et respectoit celles de I.ycurgae : le peuple hébreu allégnoit sans cesse celles de Moïse. Au reste, le législateur y avoit si bien réglé toutes choses, que jamais on n'a eu besoin d'y rien changer. 'C'est pourquoi le corps du droit judaïque n'est pas un recueil de diverses lois faites dans des temps et dans d^ occasions différentes. Moïse, éclairé de Tesprit de Dieu, avoit tout préTU. On ne voit point d'ordonnances ni de David, ni de Salomon, ni de Josaphat, ou d'Ëzéchias, quoique tous très- zélés pour la justice. Les bons princes n'aro.ent qu'à faire observer la loi de Moïse, et se contentoient d'en recommander Tobservance à leurs successeurs (3 Reg.y u, etc.). Y ajouter ou en retrancher un seul article {Deut., iv. 2; xu. 32, etc.), . éioit un attentat que le peuple eût regardé avec horreur. On avoit besoin de la loi à chaque moment, pour rtgler uon-seulemeot les fêtes, les sacrifices, les cérémonies, mais encore toutes les autres actions publiques et particulières, les jugements, les contrats, les mariages, les successions, les funérailles, la forme même des habits, et en général tout ce qui regarde les mœurs. Il n'y avoit point d'autre livre où on étudi&t les prtceptes de la lionne vie. Il falloit le feuilleter et le méditer nuit et jour, en recueillir des sentences, les avoir toujours devant les yeux. C'étoit là que les enfants apprenoient à lire. La seule règle d'éducation qui étoit donnée à leurs parents, étoit de leur apprendre, de leur inculquer, de leur faire observer cette sainte loi, qui seule pouvoit les rendre sages dès Teufance. Ainsi elle devoit être entre les mains de tout le monde. Outre la lecture assidue que chacun en devoit faire en particulier, on en faisoit tous les sept ans, dans l'année soknneile de la rémission et du repos, une lecture publique, et comme une nouvelle publication, à la fête des tabernacles (i>«ttl., xxxi. 10; 2 Exd.j VIII. 17, 18.), où tout le peuple étoit assemblé durant huit jours. Moïse fit déposer auprès de l'arche l'original de la loi {Deut. , xzxi. 26.) : mais de peur que dans la suite des temps elle ne lût altérée par la malice ou par la négligence des hommes ; outre les copies qui couroient parmi le peuple, on en faisoit des exemplaires authenti- (jues, qui soigneusement revus et gardés par les prêtres et les lévites, tenoient lieu d'originaux. Les rois (car Moïse avoit bien prévu que ce peuple voudroit enfin avoir des rois comme tous les autres), les rois, dis-je. étoient obligés, par une loi expresse du- Deutéronome (/bid., XVII. 18.), à recevoir des mains des prêtres un de ces exemplaires si religieusement corrigés, afin qu'ils le transcrivisseut, et le lussent toute leur vie. Les exemplaires, ainsi revus par autorité publique, étoient en singulière vénération à tout le peuple : on les regardoit comme sortis immédiatement des mains de Moïse, aussi purs et aussi entiers que Dieu les lui avoit dictés. Un ancien voluuie de cette sévère et religieuse correction ayant été trouvé dans la maison du Seigneur sous le régne de Josias (4 Ueg., xxii. 8, etc.; 2 Par.,xxxiv. 14, etc.), et peutêtre étoit-ce roriginal même que Moïse avoit fait mettre auprès de l'arche, excita la piété de ce saiut roi, et lui fut une occasion de porter ce peuple à la pénitence. Les grands effets qu'a opérés dans tous les temps la lecture publique de cette loi sont innombrables. En un mot ,