BOSSUET. — ■ I XI
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c'était on livre parlkit, qui, étant joint par Moïse à l'histok'e da peuple de Dieu, lui apprenoit tout ensemble son origine, sa religion, sa police, ses mœurs, sa philosophie, tout ce qui sert à régler la yie, tout ce qui unit et forme la société, les bons et les mauvais exeaiples, li récompense des uns, et les ch&timents rigoureux qui a voient suivi les autres.
Par cette admirable discipline, un peuple sorti d'esclavage^ et tenu quarante ans lians un désert, arrive tout formé à la terre qu'il doit occuper. Moïse le mène à la porte, et averti de sa fin prochaine, il commet ce qui reste à Caire à Josué (Z>eut.,xxxi.). Mais avant que de mourir, il composa ce long et admirable cantique, qui commence par ces paroles (IbiéL , xxzn.) : a cieux, écoutez ma voix ; que la terre prête «c Toreilleaux paroles de ma. bouche. » Dans ce silence de toute la nature, il parle d'abord au peuple avec une force inimitable, et prévoyant ses infidélités, il lui en découvre l'horreur. Tout d'un coup, il sort de lui-même , comme trouvant tout discours humain au-dessus d'un sujet si grand : il rappoite ce que Dieu dit^ et le fait parler avec tant de hauteur et tant de bonté, qu'on ne sait ce qu'il inspire le plus, ou U crainte et la confusion , ou l'amour et la confiance.
Tout le peuple apprit par cœur ce divin cantique, par ordre de Dieu et de Moïse (/btd., xxxi. 19, 2?.). Ce grand homme après cela mourut content, comme un homme qui n'a voit rien oublié pour conserver parmi les siens la mémoire des bienfaits et des préceptes de Dieu. U laissa ses enfants au milieu de leurs citoyens, sans aucune distinction, et sans aucun étabiissemient extraordinaire. U a été admiré nonseulement de son peuple, mais encore de tous les peuples du monde; et aucun législateur n'a jamais eu un si grand nom parmi les hommes.
Tous les prophètes qui ont suivi dans l'ancienne loi, et tout ce qu'd y a eu d'écrivains sacrés, ont tenu à gloire d'être ses disciples. En effet, il parle en maître; on remarque dans ses écrits un caractère tout particulier, et je ne sais quoi d'original qu'on ne trouve en nul autre écrit : il a dans sa simplicité un sublime si majesKieux, que rien ne le peut égaler; et si , en entendant les auti-es prophèt s, on croit entendre des hommes inspirés de Dieu, c'est pour ainsi dire Oieu même en personne qu'on croit entendre dans la voix et dans le écrits de Moïse.
On tient qu'il a écrit le livre de Job. La sublimité des pensées, et la majesté du style rendent cette histoire digne de Moïse. De peur que les Hébreux ne s'enorgueillissent, en s'attribuant à eux seuls la grâce de Diuu, il étoit bon de leur faire entendre qu'il avoit eu ses élus, même dans la race d'Ësaû. Quelle doctrine étoit plus importante 1 et quel entretien plus utile pouvoit donner Moïse au peuple affligé dans le désert, que celui de la patience de Job qui, livré entre les mains de Satan pour être exercé par toutes sortes de peines, se voit privé de ses biens, de ses enfants, et de toute consolation sur la terre; incontinent après frappé d'une horrible maladie, et agité au dedans pur la tentation du blasphème et du désespoir; qui néanmoins, en <iemeurant ferme, fait voir qu'une àme fidèle soutenue du secours divin, au
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milieu des épreuves les plus effroyables, et malgré les plus noires pensées que l'esprit malin puisse suggérer, sait non-seulement conserver une confiance inv.ncible, mais encore s'élever par ses propres maux à* la {lus haute contemplation, et reconuoitre, dans les peines qu'elle en-, dure, avec le néant de 1 homme, le suprême empire de Dieu et sa sagesse infinie? Voilà ce qu'enseigne le livre de Job (/o&., xm. 15;xiv.' 14, 15; XVI. 21; XIX. 26, etc.). Pour garder le caractère du temps, on volt la fui du saint homme couronnée par des prospérités temporelles;;^ mais cependant le peuple de Dieu apprend à connoltre qaelle est û* vertu des souffrances, et à goûter la grâce qui devoii un jour être at-^ tachée à la croix.
Moïse l'a voit goûtée lorsqu'il préféra les souffrances et l'ignominie qu'il falloit subir avec son peuple, aux délices et à l'abondance de la maison du roi d'Egypte {Eiod.^u. 10,' 11, 15.). Dès lors Dieu lui fit goûter les opprobres de Jésus-Christ {Ueb. , xi. ^, 25, 26.). Il les goûta encore davantage dans sa fuite précipitée, et dans son exil de quaranteans. Mais il avala jusqu'au fond le calice de Jésus-Christ, lorsque,, choisi pour sauver ce peuple, il lui en fallut supporter les révoltes cootinueUes, où sa vie étoit en péril (ATum.viav. ]0.). Il apprit ce qu'il ea. coûte à sauver les enfants de Dieu , et fit voir de loin ce qu'uile plug haute délivrance devoit un jour coûter au Sauveur du monde.
Ce grand homme n'eut pas même la consolation d'entrer dans la Terre promise; il la vit seulement du haut d'une montagne, et n'eut< point de honte d'écrire qu'il en étoit exclus par' une incrédulité (f&t'd., XX. 12.), qui, toute légère qu'elle paroissoit, mérita d'être châtiée si sévèrement dans un homme dont la grâce étoit si éminente. Moise servie, d'exemple à la sévère jalousie de Dieu, et au jugement qu'il exerca< avec une si terrible exactitude sur ceux que ses dons oUigent à une fidélité plus parfaite.
Mais un plus haut mystère nous est montré dans l'exclusion de Moïse j: Ce sage législateur, qui ne fait par tant de merveilles que de conduire-, les enfants de Dieu dans le voisinage de leur terre, nous sert lui-môme^ de preuve, que « sa loi ne mène rien à la perfection {Hebr.y vu. 19); » et que sans nous pouvoir donner l'accomplissement des promesses, elle nous les fait a saluer de loin (Ibid., xi. 13.)> » ou nouseonduit tout au plus comme à la porte de noire héritage C'est un Josué, c'est un Jésus, car c'étoit le vrai nom de Josué, qui par ce nom et par son ofhce représentoit le Sauveur du monde; c'est cet homme si Fort au-dessous de Moïse en toutes choses, et supérieur seulement par le nom qu'il porte; c'est lui, dis-je, qui doit intioduire le peuple de Dieu dans la Terre- Sainte.
Parles victoires de ce grand homme,- devant qui le Jourdain retourne en arrière, les murailles de Jéricho tombent d'elles mêmes, et le soleil s'arrête au milieu du ciel ; Dieu établit ses enfants dans laterre de Chanaan , dont il chasse par même moyen des peuples abominable-. Par la haine qu'il donnoit pour eux à ses fidèles, il leur inspiroit an jxtrême éloignement de leur impiété; et le châtiment qu'il en fit pa leur ministère, les remplit eux mêmes ue crainte pour U \\vsM\<:a
divine dont ils exécutoient les décrets. Une partie de ces peuples, que Josué chassa de leur terre, s'établirent en Afrique , o& Ton trouva longtemps après f dans une inscription ancienne {Proeop,^ de BeU, Vand.j lib. u.), le monument de leur fuite et des victoires de Josué. Après que ces victoires miraculeuses eurent mis les Israélites en pos< session de la plus grande partie de la Terre promise à leurs pères, Josué, et Êléazar souverain pontife, avec les chefs des douze tribus, leur en firent le partage, selon la loi de Moïse {Jos. , xiii, xiv et seq.; Num.t XXVI. 53; xxxiv. 17.), et assignèrent à la tribu de Juda le premier et le plus grand lot (Jof., xiv, xv). Dès le temps de Moïse, elle s'étoit élevée au-dessus des autres en nombre , en courage , et en dignité {Num.,n. 3, 9; vii. 12; x. 14; 1 Parai, j v. 2.). Josué mourut, et le peuple continua la conquête de la Terre -Sainte. Dieu voulut que la tribu de Juda march&t à la tête, et déclara quMl avoit livré le pays entre ses mains (Judtc, i, 1, 2.). En effet, elle défit les Chananéens, et prit Jérusalem (i&td., 4, 8.), qui devoit être la cité sainte, et là capitale du peuple de Dieu. G'étoit Tancienne Salem, où Melchisédecli avoit régné du temps d'Abraham; Melchisédech , ce roi de justice (car c'est ce que veut dire son nom) , et en même temps rot de paix, puisque Salem veut dire paix (Hébr. , vii. 2.) : qu'Abraham avoit reconnu pour le plus grand pontife qui fût au monde : comme si Jérusalem eût été dès lors destinée à être une ville sainte, et le chef de la reli- * gîon. Cette ville fut donnée d*abord aux enfants de Benjamin , qui, foibles et en petit nombre, ne purent chasser les Jébuséens anciens habitants du pays, et demeurèrent parmi eux {Jud., i. 21.). Sous les juges, le peuple de Dieu est diversement traité, selon qu'il fait bien ou mal. Après la mort des vieillards qui avoient vu les miracles de la main de Dieu, la mémoire de ces grands ouvrages s'affoiblit, et la pente universelle du genre humain entraîne le peuple à ridolâtrie. Autant de fois qu'il y tombe, il est puni; autant de fois qu'il se repent, il est délivré. La foi de la Providence, et la vérité des promesses et des menaces de Moïse se confirme de plus en plus dans le cœur des vrais fidèles. Mais Dieu en préparoit encore de plus grands exemples. Le peuple» demanda un roi, et Dieu lui donna Satll, bientôt réprouvé pour ses péchés : il résolut enfin d'établir une famille royale, d'où le Messie sortiroit, et il la choisit dans Juda. David, un jeune berger sorti de sette tribu, le dernier des enfants de Jessé, dont son père ni sa famille ne connoissoit pas le mérite, mais que Dieu trouva selon soa cœur, fut sacré par Samuel dans Bethléem sa patrie ( 1 Reg,, xvi.).
Chàp. IV. — David, Salomon^ les rois et les prophètes.
Ici le peuple de Dieu prend une forme plus auguste. La royauté est affermie dans la maison de David. Cette maison commence par deux rois de caractère différent, mais admirables tous deux. David , belliqueux et conquérant, subjugue les ennemis du peuple de Dieu, dont il fait craindre les armes par tout TOrient; et Salomon, renommé par sa sagesse au dedans et au dehors, rend ce peuple heureux par une
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paix profonde. Mais la suite de la religion nous demande ici quelques remarques particulières sur la vie de ces deux grands rois.
David régna d'abord sur Juda, puissant et victorieux, et ensuite il fut reconnu par tout Israël. Il prit sur les Jébuséens la forteresse de Sion, qui étoit la citadelle de Jérusalem. Maître de cette TiUe, il y établit par ordre de Dieu le siège de la royauté et celui de la religion. Sion fut sa demeure : il bâtit autour ^ et la nomma la cité de David (2 Beg.f v 6, 7, 8, 9; 1 Par., xi. 6, 7, 8.). Joab, fils de sa sœur (1 Par. y II. 16.), bâtit le reste de la ville, et Jérusalem prit une nouvelle forme. Ceux de Juda occupèrent tout le pays; et Benjamin, petit en nombre, y demeura mêlé avec eux.
L'arche d'alliance bâtie par Moïse, où Dieu reposoit sur les chérubins, et où les deux tables du Décalogue étoient gardées, n'avoit point de place fixe. David la mena en triomphe dans Sion (2 Reg., vi. 18.), quMl avoit conquise par le tout-puissant secours de Dieu, afin que Dieu régnât dans Sion, et qu'il y fût reconnu comme le protecteur de David, de Jérusalem, et de tout le royaume. Mais le tabernacle, où le peuple avoit servi Dieu dans la désert, étoit encore à Gabaon (1 Par.j xvi. 39; xxi. 29.) ; et c'étoit là que s'offroient les sacrifices, sur l'autel que Moïse avoit élevé. Ce n'étoit qu'en attendant qu'il y eût un temple où l'autel fût réuni avec l'arche, et où se fît tout le service. Quand David eut défait tous ses ennemis, et qu'il eut poussé les conquêtes du peuple de Dieu jusqu'à l'Euphrate (2 Reg., vui; 1 Par., xviu.); paisible et victorieux, il tourna toutes ses pensées à i'établssement du culte divin (2 Reg.y xxiv. 25; 1 Par. y xxi, XXII et seq.) , et sur la même montagne où Abraham prêt à immoler son fils unique fut retenu par la main d'un ange {Joseph, j Ant.j 1. VII, c. 10, al. 13.), il désigna par ordre de Dieu le lieu du temple.
Il en fit tous les dessins, il en amassa les riches et précieux matériaux; il y destina les dépouilles des peuples et des rois vaincus. Mais ce temple, qui Uevoit être disposé par le conquérant, devoit être construit par le pacifique. Salomon le bâtit sur le modèle du tabernacle. L'autel des holocaustes, l'autel des parfums, le chandelier d'or, les tables des pains de proposition, tout le reste des meubles sacrés du temple, fut pris sur des pièces semblables que Moïse avoit fait faire dans le désert (3 Reg.y vi, vu, viii; 2 Par., m, iv, v, vi, vn.). Salomon n'y ajouta que la magnificence et la grandeur. L'arche que j'homme de Dieu avoit construite fut posée dans le Saint des saints, iieu inaccessible, symbole de l'impénétrable majesté de Dieu, et du ciel interdit aux hommes jusqu'à ce que Jésus-Christ leur en eût ouvert l'entrée par son sang. Au jour de la dédicace du temple. Dieu y parut dans sa majesté. Il choisit ce lieu pour y établir son nom et jon culte. Il y eut défense de sacrifier ailleurs. L'unité de Dieu fut démontrée dans l'unité de son temple. Jérusalem devint une cité sainte, image de l'Eglise , où Dieu devoit habiter comme dans son véritable temple, et du ciel où il nous rendra éternellement heureux par la majiifestation de sa gloire.
Après que Salomon eut bâti le temple, il bMW «ii^t% \«'^iN»À'^
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Tpis.(3 ilP(jf. , Yii, z.), dont l'architectyre étoit digne d'un si grand prince. Sa maisop de plaisance, qu'on appela le Bpis du Liban, étoit ég.ilement superbe et délicieuse. Le palais qu'il éleva pour la reine îut une nouvelle décoration à Jénisalem. Tout étoit grand dans cet édiHces : les salles, les vestibules, les. galeries, les promenoirs, le trône du roi, et le tribunal où il rendoit la justice : le cèdre fut le seul bois qu'il employa dans ces ouvrages. Tout y reluisoit d'or et de pierreries Les citoyjens et les étrangers admiroicnt la majesté des rois d'Israël. Le reste répondoit à ceite majjfnificence : les villes, le> arsenaux, les cbi»vaux, les chariots, la garde du prince (3 Reg.^ X: 2 Par., viii, IX.). Le commerce, la navigation et le bon ordre, avec une paix profonde, avoient rendu Jérusalem la plus riche ville de 1*0rieit. Le royaume étoit tranquille et abondant : tout y représentoit la gl lire céleste. Dan? les combats de David, on voyoit les travaux par lesquels il la falloit mériter; et on voyoit dans le règne de Salomon cojnbien la jouissance en étoit paisible.
Au reste, l'élévation de ces deux grands rois et de la famille royale, fu^ l'effet d'une élection particulière David célèbre lui même la merveille de cet e élection par ces paroles (1 Par.^ xxvin. 4, 5.) : a Dieu a choisi les princes dans la tribu de Juda, dans la maisoD de Juda, il a choisi la maison de mon plse. Parmi les enfants de mon père, il lui a plu de m'elire roi sur tout son peuple d'Israël; et parmi mes enfants (car le Seigneur m'en a donné plusieurs), il a choisi Salomon, pour être assis sur le trône du Seigneur et régD€r sur Israël. »
C tie élection divine avoit un objpt plus haut que celui qui parolt d'aî»ord. Ce Messie, tant de fois promis comme le fils d'Abraham, devoit être aussi le fils d^ David et de tous les rois de Juda. Ce fut en vue du Messie et de son règne éternel quo Dieu promit à David que son trône subsisteroit éternellement. Salomon, choisi pour lui succéper, étoit destiné à représenter la personne du Messie. C'est pourquoi Dieu dit de lui : a Je serai son père, et il sera mon fils (2 Reg., vn. 14; 1 Par. y xxii. 10.); » chose qu'il n'a jamais dite avec cette force d'aucun roi ni d'aucun homme.
Aussi du temps de David, et sous les roi^ ses enfants. 1 > mystère du Messie se déclare-t-il plus que jamais, par des prophétios magnifiques et plus claires que le soleil.
David l'a vu de loin, et l'a chanté dan> ses psaumes avec une magnificence que rien n'égaler^ jamais. Souvent il ne pensoit qu'h célébrer la gloire de Salom n .son fils; et tout d'un coup hors de luiçaêx^e, et transporté bien loin au delà, il a vu celii >< qui est plus que Salomon en gloire » aussi bien qu' a en .sagesse (Matth. ,vi. 29 ; xu. 42.J. » Le Messie lui a paru assis sur un trône plus durable que le soleil et qye la lune II a vu à ses pieds a toutes les nations » vaincues, et epaernble a bénite; en lui ÇPs. lxxi. 5, 11 , 17.), » conformément à la prqqnesse faite à Abnham. Il a élevé sa vue plus haut encore: il l'a vu * dans les lumières des saints, et devant raiirore, sortant éterneliççRejUilu soin « de son Père, a pontife éternel » et sans successeur, ne
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succédant aussi à personne, créé extraordinairement. non selon l'ordre d'Aaron, mais « selon Tordre de Melchisédech, » ordre nouveau que la loi ne connoissoit pas. Il Ta tu « as>:i8 à la droite de Dieu » regard;)nf du plus haut des cieux « ses ennemis abattus « Il est étonné d'un si grand spectacle; et ravi de la gloire de son fils, il l'appelle «c son Seigneur {Pg. cxix.). »
Il Ta vu « Dieu, que Dieu avoit oint » pour le faire régner sur toute la terre « par sa douceur, par sa vérité, et par sa justice (P*. xliv. 3, 4,5,6,7, 8.)- > Il a assisté en esprit au conseil de Dieu, et a ou! de la propre bouche du Père éternel cette parole qu'il adresse à son Fils unique : « Je t'ai engendré aujourd'hui ; y> à laquelle Dieu joint la promesse d'un empire perpétuels « qui s'étendra sur tous les Gentils, et n'aura point d'autres bornes qne celles du monde (Ps. ii. 7, 8.)* Les peuples frémissent en vain ; les rois et les princes font des complots inutiles. Le Seigneur se rit du haut des cieux (Ps.ii. 1,2. 4, 9.) » de leurs projets insensés, et établit malgré eux l'empire de son Christ. Il l'établit sur eux-mêmes, et il faut qu'ils soient les premiers sujets de ce Christ dont ils vouloient secouer le joug (f&td., 10, etc.). Et encore que le régne de ce grand Messie soit souvent prédit dans les Écritures sous des idées magnifiques. Dieu n'a point caché à David les ignominies de ce béni fru<t de ses entrailles. Cette instruction étoit nécessaire au peuple de Dieu. Si ce peuple encore infirme avoit besoin d'être attiré par des promesses temporelles, il ne falloit pourtant pas lui laisser regarder les grandeurs humaines comme sa souveraine félicité, et comme son unique récompense : c'est pourquoi Dieu montre de loin ce Messie tant promis et tant désiré, le modèle de la perfection, et l'objet de ses romplaisanres, ablaié dans la douleur. La croix fMirolt à David comme le trône véritable de ce nouveau roi. Il voit « ses mains et ses pieds percés, tous ses- os marqués sur sa. peau » {Ps. xxi. 17, 18, 19.) par tout le poids de son corps violemment suspendu, « ses habits partagés, sa robe jetée an sort, sa langue abreuvée de fiel et de vinaigre, ^s ennemis frémissant autour de lui, et s'assouvissant de son sang (Ps. Lxvin. 22 ; Ps. xxi. 8, 13, 14, 17, 21 , 22.). » Mais il voit en même temps les glorieuses suites de ses humiliations : < tous les peuples de la terre se ressouvenir de leur Dieu » oublié depuis tant de siècles ; « les pauvres venir «• les p'emiers « à la table » du Messie, et ensuite « les riches et les puissants; tous l'adorer et le bénir; » lui présidant « dans la grande et « nombreuse « église , « c'est-à-dire , dans l'assemblée des nations converties, et « y annonçant à ses frères le nom de Dieu {Ps. xzi. 26, 2* et seq.) * et ses vérité-^ éternelles. David, qui a vu ces choses, a reconnu, en les voyant, que le royaume de son fils n'étoit pas de ce monde. Il ne s'en étonne pas, car il sait que le mon4e passe; et un prince toujours si humble sur le trône voyoit bien qu'un trône n'étoit pas un bien où se dussent terminer ses espérances.
Les autres prophètes n'ont pas moins vu le mystère du Messie. Il n'y a rien de grand ni d^ glorieux qu'ils n'aient dit de son règne. L'un voit « Bethléem, la plus petite ville de Juda , » illustrée par sa naissance ; et en même temps élevé plus haut, il voit une autre iia\%^^^ v^t >3^-
quelle « il sort de toute éternité • du sein de son Père {Mteh.f t. 1); l'autre yoit la virginité de sa mère; «un Emmanuel, un Dieu avec nou (/f., VII. 14.)» sortir de ce sein virginal, et un enfant* admirable «qaH appelle « Dieu» (Ihid,y TX. 6 ). Celui-ci le voit entrer « dans son temple {Mal. y III. 1.) : » cet autre le voit « glorieux dans son tombeau* où la mort a été vaincue (Is.j xi. 10 ; un. 9.). En publiant ses magnificences» ils ne taisent pas ses opprobres. Ils l'ont vu « vendu , » ils ont su le nombre et l'emploi des « trente pièces d'argent dont il a été acheté (Zach.j xi, 12, 13.).» En même temps qu'ils l'ont vu « grand et élevé {Is. , ui. 13.), » ils l'ont vu « méprisé et mêconnoissable n. milieu des hommes ; Tétonnement du monde, » autant par sa bassesff que par sa grandeur ; « le dernier des hommes ; l'homme de douleoR chargé de tous nos péchés ; bienfaisant, et méconnu ; défiguré parses plaies, et par là guérissant les nôtres; traité comme un crimind: mené au supplice avec des méchants, et se livrant comme un ag^eam innocent, paisiblement « à la mort ; une longue postérité nattre de lui (ibtd., LUI.) » par ce moyen, et la vengeance déployée sur son peuple incrédule. Afin que rien ne manquât à la prophétie, ils ont compté les années jusqu'à sa venue {Dan. , ix.) ; et à moins que de sV veugler, il n'y a plus moyen de le méconnoître.
Non-seulement les prophètes voyoient Jésus-Christ, mais encore ils en étoient la figure, et représentuient ses mystères, principalement celui de la croix. Presque tous ils ont souflert persécution pour la JBstice, et nous ont figuré dans leurs souffrances l'innocence et la mérité persiêcutées en Notre-Seigneur. On voit Êlie et Elisée toujours menacés. Combien de fois Isaïe a-t-il été la risée du peuple et des rois, qui à la fin, comme porte la tradition constante des Juifs, l'ont immoléà leur fureur? Zacharie fils de Joiada est lapidé; Ezéchiel parott toujours dans l'affliction ; les maux de Jérémie sont continuels et inexplicaUes ; Daniel se voit deux fois au milieu des lions. Tous ont été contredits et maltraités ; et tous nous ont fait voir par leur exemple, que si l'infirmité de l'ancien peuple demandoit en général d'être sputenue par des bénédictions temporelles, néanmoins les forts d'Israél, et les hommes d'une sainteté extraordinaires étoient nourris dî^s lors du pain d'affliction, et buvoient par avance, pour se sanctifier, dans le calice préparé au Fils de Dieu ; calice d'autant plus rempli d'amertume, que la personne de Jésus-Christ étoit plus sainte.
Mais ce que les prophètes ont vu le plus clairement, et ce qu'ils ont aussi déclaré dans les termes les plus magnifiques, c'est la bénédiction répandue sur les Gentils par le Messie. « Ce rejeton de Jessé » et de David a paru au saint prophète Isaïe, « comme un signe » donné de Dieu < aux peuples et aux Gentils, afin qu'ils l'invoquent (/i., xi. 10). > L'homme de douleur, dont les plaies « dévoient faire notre guérison , « étoit choisi « pour laver les Gentils par une sainte aspersion, » qu'on reconnoît dans son sang et dans le baptême. « Les rois » saisis de respect en sa présence « n'osent ouvrir la bouche devant lui. » Ceux qui n'ont jamais ouï parler de lui , « le voient ; et ceux à qui il étoit inconnu sont appelés pour le contempler (/&td., Uî. 13, 14, 15; un.). » C'est «le
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témoin donné aux peuples ; c'est le chef et le précepteur des Gentils. » Sous lui «t un peuple inconnu se joindra au peuple de Dieu» et les Gentils y accourront de tous côtés (ibtd., lv. 4, 5.). » C'est « le juste d Sion, qui s'élèvera comme une lumière ; c'est son Sauvp.ur, qui sera allumé comme un flambeau. Les Gentils verront ce juste, et tous les rois connoîtront cet homme tant célébré dans les prophéties de Sion {Ihid., LXii. 1, 2.)- »
Le voici mieux décrit encore, et avec un caractère particulier. Un homme d'une douceur admirable, singulièrement «choisi de Dieu, et Tobjet de ses complaisances, déclare aux Gentils leur jugement : les lies attendent sa loi. » C'est ainsi que les Hébreux appellent l'Europe et les pays éloignés. « Il ne fera aucun bruit : » à peine l'entendrat-on , tant il sera doux et paisible. « Il ne foulera pas aux pieds un roseau brisé, n^ n'éteindra un reste fumant de toile brûlée. » Loin d'accabler les infirmes et les pécheurs, sa voix charitable les appellera, et sa main bienfaisante sera leur soutien. « Il ouvrira les yeux des aveugles, et tirera les captifs de leur prison (i&td., xui. 1 , 2,3, 4, 5, 6.).» Sa puissance ne sera pas moindre que sa bonté. Son caractère essentiel est de joindre ensemble la douceur avec l'erficace : c'est pourquoi celte voix si douce passera en un moment d'une extrémité du monde à l'autre, et sans causer aucune sédition parmi les hommes, elle excitera toute la terre. « 11 n'est ni rebutant ni impétueux ; » et celui que l'on connoissoit à peine quand il étoit dans la Judée, ne sera pas seulement le fondement « de l'alliance du peuple, s mais encore « la lumière de tous les Gentils (/6td., xm. 6.). » Sous son règne -admirable «les Assyriens et les Egyptiens ne seront plus avec les Israélites qu'un môme peuple de Dieu {Ibid., xiz. 24, 25.). > Tout devient saint. Jérusalem n'est plus une ville particulière : c'est l'image d'une nouvelle société , où tous les peuples se rassemblent : l'Europe , l'Afrique et l'Asie reçoivent des prédicateurs dans lesquels a Dieu a mis son signe, afin qu'ils découvrent sa gloire aux Gentils. » Les élus, jusques alors appelés du nom d'Israël, « auront up autre nom « où sera marqué l'accomplissement des promesses, et un « amen » bienheureux. «Les prêtres et les lévites, » qui jttsçpi'alors sortoient d'Aaron, « sortiront dorénavant du milieu de la gentiiité (ii.,LZ. 1,2,3,4,11; lxi. 1,2, 3, 11; Lxn. 1, 1, 11; lxy. t, 2, 15, 16 ; Lxvi. 19, 20, 21.). » Un nouveau sacrifice, pluspur et plus agréable qut les anciens, sera substitué à leur place {Malach. , i. 10, 11.), et on saura pourquoi David avoit célébré un pontife d'un nouvel ordre (Ps. ox. 4.)- < 1^ juste descendra du ciel comme une rosée, la terre produira son germe ; et ce sera le Sauveur, avec lequel on verrra naître la justice (£s., xlv. 8, 23.). »Le ciel et la terre s'uniront pour produire, comme par un commun enfantement, celui qui sera tout ensemble céleste et terrestre : de nouvelles idées de vertu parottront au monde dans ses exemples et dans sa doctrine ; et la grâce qu'il répandra les imprimera dans les cœurs. Tout change par sa venue, et Dieu « jure par luimême que tout genou fléchira devant lui, et que toute langue recoû- Doltra sa souveraine puissance {Ibid. , 24.). »
Voilà ane partie des merveilles que Dieu a monU^«& ^^x ^co^Xs^Nfi»
MUS les rois enfants de David, et à David avant tous les autres. Tmh ont écrit par avance l'histoire du Fils de Dieu, qui devoit auM Un fait le fils d'Abraham et dt^ David. C'est ainsi que toat est suivi ém Tordre des conseils divins. Ce Messi'^ montré de loin comme le flls#ibraham, est encore montré de plus prés comme le fils de David. Un«B> pire éternel lui est promis : la connoissance de Dieu répandue par toit l'univers est marqué»^ comme le signe certain et comm^ le fruit difl venue : li conversion dos Gentils, et la bénédiction de tous les peupbs du monde, promise depuis si longtemps à Abraham, à Isaac et à Jieib, e5f de nouveau confirmée, et tout le peuple de Dieu vit dans Ofltti attente.
Cependant Dieu continue à le gouverner d'une minière admirahle. Il fa t un nouveau pacte avec David, et s'oblige de le proté^rer lai et les rois ses descendants, s'ils marchent dans les préceptes (yi'il Issra donnés par Moïse ; sinon , il leur dénonce de rigoureux châtioHBts (2 Reg.jVu, 8. et teq.; 3 Reg., ix. 4. et seq. ; 2 Par.f vu. 17 tl nq.). David qui s'oublie pour un peu de temps, les éprouve le premier (2 Reg. , XI, xu e( teq.) ; mais, ayant réparé sa faute par sa pénitence, il est comblé de biens, et propo>é comme le modèle d'un roi accompli. Le trône est affermi dans sa maison. Tant que Salomon son fils imite sa piété, il est heureux : il s'égare dans sa vieillesse ; et Dieu, qui l'épargne pour Tamour de son serviteur David , lui dénonce qu'il le punira en la personne de son fils (3 Reg,yXi,). Ainsi il fait voir aux pères que, selon l'ordre secret de ses jugements, il fait durer après leur nort leurs récompenses ou leurs châtiments : et il li^ tient soumis à ses lois par leur intérêt le plus cher, c'est-à-dire par l'intérêt de leur famille. En exécution de ses décrets, Roboam, téméraire par lui-même, est livré à un conseil insensé : son royaume est diminué de dix tribus (/&id..xii.). Pendant que ces du tribus rebelles et schismatiques se séparent de VruT Dieu etd' leur roi, les enfants de .luda, fidèles à Dieu et à David qu'il avoit choisi, demeurent dans l'alliance et dans la foi d'Abraham. Us lévites se joignent à eux avec Benjamin : le royaume du peuple deDieo subsiste par leur union sous le nom de royaume de Juda ; et la lot de Moïse s'y maintient dans toutes ses observances. Malgré les idolâtries et la corruption efi'royable des dix tribus séparées, Dieu se souvient de son allia.'.ce avec Abraham, Isaac et Jacob. Sa loi ne s'éteint pas parmi ces rebelles : il ne cesse de les rappeler à la pénitence par des mincies innombrables, et par les continuels avertissements qu'il leur envoie par ses prophètes. Endurcis dans leur crime, il ne les peut plis supporter, et les chasse de la Terre promise, sans espérance d'y être jamais rétablis (4 Reg., xvii. 6, 7 et seq.).
L'histoire de Tobie arrivée en ce même temps, et durant les commencements de la captivité des Israélites {Tob,, i. 5, 6, 7.)« nous fait la conduite des élus de Dieu qui restèrent dans les tribus séparées. Ce saint homme, en demeurant parmi eux avant la cajttivité, sut non-seulement se conserver pur des idolâtries de ses frères, mais encore pratiquer la loi, et adorer Dieu publiquement dans le tem]>le deJérusalem,8S0S que les mauvais exemples ni la crainte l'en empêchassent. CaptiTet
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persécuté à Ninive, il persista dans la piété avec sa famille (Ibid.j u. 13, 21 , 22.) ; et It manière admirable dont lui et son fils sont récompensés de leur foi, même sur la terre, montre que, malgré la captivité et la persécution. Dieu avoit des moyens secrets de faire sentir à ses senriteurs les bénédictions de la loi, en les élevant toutefois, par les maux guMls avoientà souffrir, à de plus hautes pensées. Par les exemples de Tobie et par ses saints avertissements, ceux dMsraël étoient excités à reconnoltre du moins sous la verge la main de Dieu qui les obAtioit ; mais presque tous demeuroient dans l'obstination : ceux de Judi, loin de profiter des châtiments d'Israël, en imitent les mauvais exemples. .Dieu ne cesse de les avertir par ses prophètes, qu'il leur en- Toie coup sur coup, c s'éveillant la nuit, et se levant dès le matin, v comme il dit lui-même (4 il«9.,xvn. 19; xzm. 26, 27; 2 Par,, xxxyi.15; Jer,f inx. 19.)^ pour marquer ses soins paternels. Rebuté de leur ingratitude , il s'émeut contre eux , et les menace de les traiter comme leurs frères rebelles.
Ghap. y. — La vie et le ministère prophétique, les jugements de Dieu
déclarés par les prophéties.
Il n*y a rien de plus remarquable, dans l'histoire du peuple de Dieu*, que ce ministère des prophètes. On voit des hommes séparés du reste du peuple par une vie retirée , et par un habit particulier (1 Reg., xxym. 14 ; 3 Reg,, xix. 19 ; 4 Reg. , i. 6 ; Is. , xx. 2 ; Zach. , xin. 4.); ils ont des demeures où on les voit vivre dans une espèce de commu- Dftulé, sous un supérieur que Dieu leur donnoit() Reg.j x. 10 ; xix. 19, 20; 3 Be§. xvm ; h Reg., ii. 3, 15, 18, 19, 25; iv. 10, 38 ;vi. 1, 2.). Leur vie pauvre et pénitente étoit la figure de la mortification, qui de> ¥0tt être annoncée sous TËvangiie. Dieu se communiquoit à eux d'une Ciçon particulière, et faisoit éclater aux yeux du peuple cette merveilieûae cooupunication ; mais jamais elle n'éclatoit avec tant de force i|ue durant les temps de désordre où il sembloit que TidoIAtrie alloif aïholir la loi de Dieu. Durant ces temps malheureux les prophètes fai- ^nient fetflntir de tous côtés, et de vive voix et par écrit, les menaces 46 PÎQPt ^^ ^6 témoignage qu'ils rendoient à sa vérité. Les écrits qu'ils ^ispient étoient entre les mains de tout le peuple, et soigneusement OPUMrvés-en mémoire perpétuelle aux siècles futurs (Exod., xvii. 14; jf,., XH. 8; zxxiv. 16 ; Jer., xxu. 30 ; xxvi. 2, 11 ; xxxvi ; 2 Par,, nxin. 22 ; 1 Esd.f i. 1 ; Dan., n.. 3.). Ceux du peuple qui demeuroient fidèles à Dieu s^unissoient à eux ; et nous voyons même qu'en Israël^ où râgpott l'idolâtrie, ce qu'il y avoit de fidèles célébroit avec les prophètes le aabfiat et les fêtes ét-iblies par la loi de Moïse (4 Reg. , iv. 23.). C'étoit eux qui encourageoient les gens de bien à demeurer fermes dans l'alliaiice. Plusieurs d'eux ont souffert la mort ; et on a vu à leur exem- I^, dans les temps les plus mauvais, c'est-à-dire dans le règne même de IJanflss^ (Ibid,, xxi. 16.), une infinité de fidèles répandre leur sang poof la vérité, en sorte qu'.elle n'a pas été un seul moment sans té- «oigna|;e.
Ainsi la société du peuple de Dieu subsistoit toujours : les f y demeuroieot unis; un grand nombre de fidèles persistoit h: dans la loi de Dieu ayec eux, et avec les pieux sacrificateurs «istoient dans les observances que leurs prédécesseurs, à remc qu'à Aaron, leur avoient laissées. Dans les règnes les plus im que furent ceux d*Achaz et de Manassès, Isaïe et les autres | ne se plaignoient pas qu'on eût interrompu l'usage 4e la ciroc qui étoit le sceau de l'alliance, et dans laquelle étoit renferm la doctrine de saint Paul, toute l'observance de la loi. On m non plus que les sabbats et les autres fêtes fussent abolis ; et, ferma durant quelque temps la porte du temple (2 Par. , xx^ et qu'il y ait eu quelque interruption dans les sacrifices . c* violence qui ne fermoit pas pour cela la boucbe de ceux qui lo confessoient publiquement le nom de Dieu : car Dieu n'a jamai que cette voix fût éteinte parmi son peuple ; et quand Aman ent détruire l'héritage du Seigneur, cbanger ses promesses et fai ses louanges {Eith.j xiv. 9.)» on sait ce que Dieu fit pour Tei Sa puissance ne parut pas moins lorsque Antiochus voulut religion. Que ne dirent point les propbètes à Achaz et à Id • pour soutenir la vérité de la religion et la pureté du culte ? • rôles des Voyants qui leur parloient au nom du Dieu d'Isral écrites, » comme remarqueîe texte sacré, «dans l'histoire de <2 Par., zzxm. ISO* *^ lianassés en fut touché, s'il fitpénît ne peut douter que leur doctrine ne tint un grand nombre c dans l'obéissance de la loi; et le bon parti étoit si fort, que jugement qu'on portoit des rois après leur mort, on déclaroii impies indignes du sépulcre de David et de leurs pieux prédéi Car encore qu'il soit écrit qu'Achaz fut enterré dans la cité d TËcriture marque expressément «qu'on ne le reçut pas dans 1 cre des rois d'Israél(/bû(., zxviu. 27.). » On n'excepta pas J 4e la rigueur de ce jugement, encore qu'il eût fait péniten( laisser un monument éternel de l'horreur qu'on avoit eue de duite. Et afin qu'on ne pense pas que la multitude de ceux q roieot publiquement au culte de Dieu avec les prophètes fût < de la succession légitime de ses pasteurs ordinaires, Êzéchiej expressément, en deux endroits, « les sacrificateurs et les lé^ lants de Sadoc, qui, dans les temps d'égarement, avoient pers. lobservance des cérémonies du sanctuaire {Esech,^ xuv. 15 M.). »
Cependant, malgré les prophètes, malgré les prêtres fidé peuple uni avec eux dans la pratique de la loi, l'idolâtrie c ruiné Israël entralnoit souvent, dans Juda môme, et les pi le gros du peuple. Quoique les rois oubliassent le Dieu de leur il supporta longtemps leurs iniquités, à cause de David soi 4eur. David est toujours présent à ses yeux. Quand les rois ei David suivent les bons exemples de leur père. Dieu fait des i surprenants en leur faveur; mais ils sentent, quand ils dégi la force invincible de sa main, qui . s'appesantit sur eux. ]
If
d'Egypte, les rois de Syrie, et surtout les rois d'Assyrie et de Baby-
lone servent d'instrument à sa vengeance. L'impiété s'augmente, et
V Dieu suscite en Orient un roi plus superbe et plus redoutable que
^. tous ceux qui avoient paru jusqu'alors : c'est Nabuchodono^-or roi de
^jr. Babylone, le plus terrible des conquérants. Il le montre de loin aux
£t£ pe'.iples et aux rois comme le vengeur destiné à les punir (/er. ,
^i XXV, etc.', Exeeh.f xxvi, etc.). Il approche, et la frayeur marche de-
x^; vant lui. 11 prend une première fois Jérusalem, et transporte à Ba<
^^ bylone une partie de ses h .bitants (4 Reg.y xxiv. 1 ; 2 Par., xxxvi. 5,
f^ 6.)* Ni ceux qui restent dans le pays, ni ceux qui sont transportés,
c:; quoique avertis les uns par Jérémie, et les autres par Êzéchiel, ne
^ ; font pénitence. Ils préfèrent à ces saints prophètes « des prophètes
qui leur prôchoient des iUusions {Jer., xiv. 14.), » et les flattoieni dans
leurs crimes. Le yengeur revient en Judée, et le joug de Jérusalem
^^ est ag;;ravé; mais elle n'est pas tout à fait détruite. Enfin l'iniquité
^ vient à son comble; l'orgueil croit avec la foiblesse, et Nabuchodo-
nosor met tout en poudre (4 Reg. , xxv.).
j. Dieu n'épargna pas son sanctuaire. Ce beau temple, l'ornement du V monde, qui devoit être éternel si les enfants d'Israël- eussent persé- .^ véré dans la piété (3 Reg., ix. 3; 4 Reg , xxi. 7, 8.)^ fut consumé par ^ le feu des Assyriens. C'étoit en vain que les Juifs disoient sans cesse : . « Le temple de Dieu , le temple de Dieu , le temple de Dieu est parmi : oous [Jer. , vn. 4.) ; « comme si ce temple sacré eût dû les protéger tout seul. Dieu avoit résolu de leur faire voir qu'il n'étoit point atta- , cbé à un édifice de pierre, mais qu'il voulait trouver des cœurs ' fidèles. Ainsi il détruisit le temple de Jérusalem, il en donna le trésor au pillage; et tant de riches vaisseaux , consacrés par des rois pieux, furent abandonnés à un roi impie.
Mais la chute du peuple de Dieu devoit être l'instruction de tout l'univers. Nous voyons en la personne de ce roi impie , et ensemble victorieux, ce que c'est que les conquérants. Ils ne sont pour la plupart que des instruments de k vengeance divine. Dieu exerce par eux sa justice, et puis il l'exerce sur eux-mêmes. Nabuchodonosor revêtu de la puissance divine, et rendu invincible parce ministère, punit tous les ennemis du peuple de Dieu. Il ravage les Iduméens, les Ammonites et les Moabites; il renverse les rois de Syrie; l'Egypte, sous le pouvoir de laquelle la Judée avoit tant de fois gémi, est la proie de ce roi superbe, et lui devient tributaire (4 Reg., xxrv. 7.) : sa puissance n'est pas moins fktale à la Judée même, qui ne sait pas profiter des délais que JDieu lui donne. Tout tombe, tout est abattu par la justice divine, dont Nabuchodonosor est le ministre : il tombera à son tour; et Dieu, qui emploie la main de ce prince pour châtier ses enfants et axAttre ses ennemis, le réserve à sa main toute-puissante
Chap. VI. •— Jugements de Dieu sur Sabuchodonosor, sur les rtrit ses successeurs j et sur tout V empire de Babyîone.
Il n'a pas laissé ignorer à ses enfants la destinée de ce roi qui la châtioit, et de l'empire des Chaldéens, sous lequel ils doivent ètn captifs. De peur qu'ils ne fussent surpris de la gloire des impies, et de leur règne orgueilleux, les prophètes leur en dénonçoieoft la courts durée. Isaïe, qui a vu la gloire de Nabuchodonosor et son orgueil in* sensé longtemps avant sa naissance, a prédit sa chute soudaine et celle de son empire (/«., zui, xiv, zxi, xlv, xlvi, XLvn, zhviu.). Babyîone n'étoit presque rien quand ce prophète a vu sa puissance, et un peu après, sa ruine. Ainsi les révolutions des viUps et des empires qui tourmentoient le peuple de Dieu ou prcfitoient de sa perte, étoieot écrites dans ses prophéties. Ces oraoles étoient suivis d'une prompte exécution; et les Juifs, si rudement châtiés, virent tomber avant eux, ou avec eux, ou un peu après non-seulement Samarie, Idumée, Gau, Âscalon, Damas, les villes des Ammonites et des Moabites leurs perpétuels ennemis, mais encore les capitales des grands eoi pires, mais Tyr la maltresse de la mer, mais Tanis, mais Memphis, mais thèbes à cent portes avec toutes les richesses de son Sésostrîs, maif Ninive môme le siège des rois d'Assyrie ses persécuteurs , mais la superbe Babyîone victorieuse de toutes les autres, et riche de toutes leurs dépouilles.
Il est vrai que Jérusalem périt en même temps pour ses péchés; mais Dieu ne la laissa pas sans espérance. Isaîe, qui avoit prédit sa perte, avoit vu son gloiieux rétablissement, et lui avoit même nommé Cyrus son libérateur, deux cents ans avant qu'il fût né (/s. ,xliv, XLV.). Jérémie, dont les prédictions avoient été si précises, pour marquer à ce peuple ingrat sa perte certaine, lui avoit promis son retour après soixante-dix ans de captivité (Jer., xxv. 11, 12; xxix. lu.}. Durant ces années, ce peuple abattu étoit respecté dans ses prophètes; ces captifs prononçoient aux rois et aux peuples leurs terribles destinées. Nabuchodonosor, qui vouloit se faire adorer, adore lui-même Daniel {^Dan,^ ii. 46.), étonné des secrets divins qu'il lui découvrait : il apprend de lui sa sentence bientôt suivie de Texécution {Ibid., n. 1 et seq.). Ce prince victorieux triomphoit dans Babyîone, dont il fit la plus grande ville, la plus forte, et la plus belle que le soleil eût jamais vue {Dan.f iv. 26 et seq.), C'étoit là que Dieu l'attendoit pour foudroyer son orgueil. Heureux et invulnérable, pour ainsi parler, à la tête de ses' armées, et durant tout le cours de ses conquêtes {Jeretn., xxvu.)i il devoit périr dans sa maison, selon l'oracle d'£zéchiel {Exech.y XXI. 30.)- Lorsque, admirant sa grandeur et la beauté de Babyîone, il s'élève au-dessus de l'humanité. Dieu le frappe, lui ôie l'esprit, et le range parmi les bêtes. Il revient au temps marqué par Daniel {Dan.^ iv. 31.), et reconnott le Dieu du ciel qui lui avoit fait sentir sa puissance; mais ses successeurs ne profitent pas de son exemple. Les affaires de Babyîone se lirouillent, et le temps marqué
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par les prophéties pour le rétablissenïent dé Juda arfive partni tous ces troubles. Cyrus paroît à la tète des Mèdes et des Perses (Herod.p ' lib. I. c. 177 ; lenoph.j Cyropxd.y lib. ii. m. etc.)) tout cède à ce re- ^ doutable conquérant. Il s'ayance lentement vers les Chaldêens, et sa marche est souvent interrompue. Les nouvelles de sa venue viennent '•" de loin à loin, comme avoit prédit Jérémie («Ter., li. 46.) : enfin il se ^ détermine. Babylone souvent menacée par les prophètes, et toujours ^' superl)e et impénitente, voit arriver son vainqueur qu'elle mépris^ **' Ses richesses, ses hautes murailles, son peuple innombrable, sa pro* '^' digieuse enceinte, qui enfermoit tout on grand pays, comme Pattes- •^ tent tous les anciens {Herod,, lib. i. c. 178, etc. ; lenoph.^ Cffropad., -' lib. VII ; Irwf. , Polit, j lib, m. cap. 3.), et ses provisions infinies lui --^ euflent le cœur. Assiégée durant un long temps sans sentir aucune in- ^' commodité, elle se rit de ses ennemis, et des fossés que Cyrus creu- -^' soit autour d'elle; on n'y parle que de festins et de réjouissances. Son -' roi Baltasar petit-hls de Nabuchodonôsor, aussi superbe que Im, mais ^ moins habile, fait une fête solennelle à tous les seigneurs {Dan., v.). ==' Cette fête est célébrée avec des excès inouïs. Baltasar fait apporter les '- vaisseaux sacrés enlevés du temple 'de Jérusalem, et mêle la profana- "^ tion avec le luxe. La colère de Dieu se déclare : une main céleste :' écrit des paroles terribles sur la muraille de la salle où se faisoit le
- festin : Daniel en interprète le sens, et ce prophète, qui avoit prédit
- la chute funeste de l'aïeul, fait voir encore au petit-fils la foudre qui Ta partir pour l'accabler. En exécution du décret de Dieu, Cyrus se fait tout à coup une ouverture dans Babylone. L'Euphrate , détourné
'- dans les fossés qu'il lui préparoit depuis si longtemps, lui découvre son lit immense : il entre par ce passage imprévu. Ainsi fut livrée en proie « aux Mèdes et atix Pi r ses, et à Cyrus, » comme avoient dit les prophètes, « cette superbe Babylone (/<$., xiu. 17; xxi. 2; xlv, xlvi, XLvii; Jer. , u. Il, 28.). » Ainsi périt avec elle le royaume des Chaldéens, qui avoit détruit tant d'autres royaumes (/s., xiv. 16, 17.). a Et le marteau qui avoit brisé tout l'univers, fut brisé lui-même. » Jérémie l'avoit prédit (Jerem.^ l. 23.). Le Seigneur a rompit la verge dont il avoit frappé tant de nations. » Isaie l'avoit prévu (Is., xiv, 5, 6.). Les peuples, accoutumés au joug des rois chaldeens,^es voient eux-mêmes sous le joug : « Vous voilà, dirent-ils (/b.d. , 10.}, blessés comme nous; vous et. s devenus semblables à nous, vous qui disiez dans votre cœur : a J'élèverai mon trône au-dessus des astres, et je se- 1 rai semblable au Ti es -Haut. » C'est ce qu'avoit prononcé le même Isaîe. «c Elle tombe, elle tombe, comme l'avuit dit ce prophète (Ibid.j XXI. 9.), cette grande Babylone; et ses idoles sont brisées. Bel est renversé, et Nabo » son grand Dieu, d'où les rois prenoient leur nom, * tombe par terre (/btd. , xlvi. 1.) : » car les Perses leurs ennemis, adorateurs du soleil, ne souffruient point les idoles ni les rpis (ju^oa avoit faits làeux. Mais comment périt cette Babylone ? comme les prophètes l'a voient déclaré. « Ses eaux furent desséchées , » comioe avoit prédit Jérémie {Jer., L. 38; li. 36.), pour donner passage à son vainqueur : enivrée ,* endormie, trahie par sa propre joie, seLo\i V^
Cbap. VI. •— Jugements de Dieu sur Sabuchodonosor, sur les mis ses successeurs^ et sur tout V empire de Bàbytàne.
Il n'a pas laissé ignorer à ses enfants la destinée de c!e roi qui la châtioit, et de Tempire des Chaldéens, sous lequel ils doivent ètn captifs. De peur qu'ils ne fussent surpris de la gloire des impies, et de leur règne orgueilleux, les prophètes leur en déaonçoieift la courte durée. Isaïe, qui a vu la gloire de Nabuchodonosor et son orgueil insensé longtemps avant sa naissance, a prédit sa chute soudaine et celle de son empire (/«., zui, xiv, zxi, xlv, xlvi, XLvn, xi.vui.). Babylone n'étoit presque rien quand ce prophète a vu sa puissance, et un peu après, sa ruine. Ainsi les révolutions des viUps et des empires qui tourmentoient le peuple de Dieu ou prcfitoient de sa perte, étoient écrites dans ses prophéties. Ces oraoles étoient suivis d'une prompte exécution; et les Juifs, si rudement châtiés, virent tomber avant eux, ou avec eux, ou un peu après non-seulement Samarie, Idumée, Gaa, Âscalon, Damas, les villes des Ammonites et des Moabites leurs perpétuels ennemis, mais encore les capitales des grands eoi pires, mais Tyr la maltresse de la mer, mais Tanis, mais Memphis, mais Thibes à cent portes avec toutes les richesses de son Sésostris, mais Ninive môme le siège des rois d'Assyrie ses persécuteurs, mais la superbe Babylone victorieuse de toutes les autres, et riche de toutes leurs dépouilles.
Il est vrai que Jérusalem périt en même temps pour ses péchés; mais Dieu ne la laissa pas sans espérance. Isaïe, qui avoit prédit sa perte, avoit vu son glo:ieux rétablissement, et lui avoit même nommé Cyrus son libérateur, deux cents ans avant qu'il fût né (/s. ,xuv, XLV.). Jérémie, dont les prédictions avoient été si précises, pour marquer à ce peuple ingrat sa perte certaine, lui avoit promis son retour après soixante-dix ans de captivité (Jer., xxv. Il, 12; xxix. lu.}. Durant ces années, ce peuple abattu étoit respecté dans ses prophètes; ces captifs prononçoient aux rois et aux peuples leurs terribles destinées. Nabuchodonosor, qui vouloit se faire adorer, adore lui-môme Daniel {Dan.j ii. 46.), étonné des secrets divins qu'il lui découvroit : il apprend de lui sa sentence bientôt suivie de l'exécution (/bid., iv. 1 et seq.). Ce prince victorieux triomphoit dans Babylone, dont il fit la plus grande ville, la plus forte, et la plus belle que le soleil eîit jamais vue {Dan.^ iv. 26 et seq.), C'étoit là que Dieu l'attendoit pour foudroyer son orgueil. Heureux et invulnérable, pour ainsi parler, à la tète de ses' armées, et durant tout le cours de ses conquêtes {Jerem.y xxvu.), il devoit périr dans sa maison, selon l'oracle d*Êzéchiel {Exech,y XXI. 30.)- Lorsque, admirant sa grandeur et la beauté de Babylone, il s'élève au-dessus de l'humanité, Dieu le frappe, lui ôie l'esprit, et le range parmi les bêtes. Il revient au temps marqué par Daniel {Dan, y iv. 31.), et reconnolt le Dieu du ciel qui lui avoit fait sentir sa puissance; mais ses successeurs ne profitent pas de son exemple. Les affaires de Babylone se brouillent, et le temps marqué
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par les prophéties pour le rétablissement d€ Juda arfive parfni tous ces • troubles. Cyrus paroît à la tète des Mèdes et des Perses (Herod,p lib. I. c. 177 ; lenoph.j Cyropxd.y lib. u. m. ete,)\ tout cède à ce redoutable conquérant. Il s'avance lentement vers les Chaldêens, et sa marche est souvent interrompue. Les nouvelles de sa venue viennent ' de loin à loin, comme avoit prédit Jérémie {Jer., u. 46.) : enfin il se *' détermine. Babytone souvent menacée par les prophètes, et toujours ^ superbe et impénitente, voit arriver son vainqueur qu'elle mépris^ ^ Ses richesses, ses hautes murailles, son peu[)le innombrable, sa pro- ^ digieuse enceinte, qui enfermoit tout on grand pays, comirc Tattes- •^ tent tous les anciens {Herod., lib. i. c. 178, etc. ; lenoph. , Cffropeed,, ^ lib. vii; Arist.f Polit, y lib. m. cap. 3.), et ses provisions infinies lui ^ enflent le cœur. Assiégée durant un long temps sans sentir aucune in^ *' commodité, elle se rit de ses ennemis, et des fossés que Cyrus creu- '' soit autour d'elle; on n'y parle que de festins et de réjouissances. Son -' roi Baltasar petit-fils de Nabuchodonôsor, aussi superbe que Im, mais ^ moins habile, fait une fête solennelle à tous les seigneurs (Dan., v.). ^ Cette fête est célébrée avec des excès inouïs. Baltasar fait apporter les -'' vaisseaux sacrés enlevés du temple 'de Jérusalem, et mêle la profana- ^ tion avec le luie. La colère de Dieu se déclare : une main céleste écrit des paroles terribles sur la muraille de la salle où se faisoit le
- festin : Daniel en interprète le sens, et ce prophète, qui avoit prédit la chute funeste de Talcul, fait voir encore au petit-fils la foudre qui
- Ta partir pour l'accabler. En exécution du décret de Dieu, Cyrus se fait tout à coup une ouverture dans Babylone. L'Euphrate , détourné
' dans les fossés qu'il lui préparoit depuis si longtemps, lui découvre son lit immense : il entre par ce passage imprévu. Ainsi fut livrée en
- proie « aux Mèdes et atix Perses, et à Cyrus, » comme avoient dit les prophètes, a cette superbe Babylone (/<$., xiu. 17; xxi. 2; xlv, xlvi, XLvii; Jer. , u. Il, 28.).» Ainsi périt avec elle le royaume des Chaidéens, qui avoit détruit tant d'autres royaumes (Is.y xiv. 16, 17.). a Et le marteau qui avoit brisé tout l'univers, fut brisé lui-même. » Jérémie l'avoit prédit (Jerem.y l. 23.). Le Seigneur a rompit la verge dont il avoit frappé tant de nations. » Isaïe l'avuit prévu (/«., xiv, 5, 6.)- Les peuples, accoutumés au joug des rois chaldeens,^es voient eux-mêmes sous le joug : « Vous voilà, dirent-ils (/&.d. , 10.}, blessés comme nous; vous ét^s de\enus semblables à nous, vous qui disiez dans votre cœur :« J'élèverai mon trône au-dessus des astres, et je sea rai semblable au Ti es -Haut. » C'est ce qu'avoit prononcé le môme Isaîo. a Elle tombe, elle tombe, comme l'avoit dit ce prophète (Ihid.f XXI. 9.)t cette grande Bal>ylone; et ses idoles sont brisées. Bel est renversé, et Nabo » son grand Dieu, d'où les rois prenoient leur nom, * tombe par terre (7btd. , xlvi. 1.) : » car les Perses leurs ennemis, adorateurs du soleil, ne souffruient point les idoles ni les rois qu'on avoit faits làeux. Mais comment périt cette Babylone ? comme les prophètes l'a voient déclaré, a Ses eaux furent desséchées , » comme avoit prédit Jérémie {Jer., L. 38; u. 36.) , pour donner passage à son vainqueur : enivrée ,» endormie, trahie par sa propre joie, selon le
même prophète, elle se trouva au pouvoir de ses ennemis, « et prisi comme dans un filet sans le savoir (/btd., l. 24 ;u. 39, 57.)* * On passe tous ses habitants au fil de Tépée : car a les Mèdes » ses vainqueurs, comme avoit dit ls(iïe (f«., xui. 15, 16, 17, 18; Jer.^ l. 3o, 36, 37, 42.)) '• ue cherchoient ni l'or ni l'argent, »mais la vengeance, mais à assouvir leur haine par la perte d'un peuple cruel, que son orgueil faisoit Tennemi de tous les peuples du monde. « Les co.urriers venoient l'un sur Fautre annoncer au roi que l'ennemi entroit dans la ville : » Jérémie Tavoit ainsi marqué {Jer.f u. 31.)« Ses astrologues, en qui elle croyoit, et qui lui promettoient un empire étemel, « ne purent la sauver de son vainqueur. » C'est Isaîe et Jérémie qui l'annoncent d'un commun accord (li., xlvii. 12, 13, 14, 15; /er., l. 36.). Dans cet effroyable carnage, les Juifs avertis de loin échappèrent seuls au glaive du victorieux (h. , XLvn. 20 ; Jer, , l. 8, 28; u. 6, 10, 50, «(«.). Cyrus, devenu par cette conquête le maître de toutTOrieut, reconnoît dans ce peuple, tant de fois vaincu, je ne sais quoi de divin. Ravi des oracles qui avoient prédit ses victoires, il avoue qu'il doit son empïR « au Dieu du ciel x> que les Juifs sèrvoient, et signale la première année de son règne par le rétablissement de son temple et de son peuple (2 Far,, xxxvi. 23; 1 Esdr,, i. 2.).
Ghap. VII. ~ Diversité des jugements de Dieu. Jugement de rigueur sur Babylone; jugement de miséricorde sur Jérusalem.
Qui n'admireroit ici la Providence divine, si évidemment déclarée sur les Juifs et sur les Chaldéens, sur Jérusalem et sur Babylune? Dieu les veut punir toutes deux; et afin qu'on n'ignore pas que cesi lui seul qui le fait , il se plaît à le déclarer par cent prophéties. Jérusalem et Babylone, toutes deux menacées dans le même temps et par les mêmes prophètes, tombent l'une après l'autre dans le temps marqué. Mais Dieu découvre ici le grand secret des deux châtiments dont il se sert; un châtiment de rigueur sur les Chaldéens; un châtiment paternel sur les Juifs, qui sont ses enfants. L'orgueil des Chaldéens (c'étoit le caractère de la nation et l'esprit de tout cet empire) est abattu san% retour. « Le superbe est tombé, et ne se relèvera pas, • disoit Jérémie (Jer., l. 31, 32, 40.); et Isaïe devant lui : a Babylone la glorieuse, dont les Chaldéens insolents s'enorgueillissoieni, a été faite comme Sodome et comme Gomorrhe {Is,j xiii. 19.), » à qui Dieu n'a laissé aucune ressource. Il n'en est pas ainsi des Juifs : Dieu les a châtiés comme des enfants désobéissants qu'il remet dans leur devoir, par le châtiment, et puis touché de leurs larmes il oublie leuis fautes. « Ne crains point, ô Jacob, dit le Seigneur (Jer., xlm. 28.)» parce que Je suis avec toi. Je te châtierai avec justice, et ne te pardonnerai pas comme si tu étois innocent; mais je ne te détruirai pas comme je détruirai les nations parmi lesquelles je t'ai dispersé. » C'est pourquoi Babylone, ôtée pour jamais aux Chaldéens, est livrée à uo autre peuple; et Jérusalem, rétablie par un changement merveilleux, voit revenir ses enfants de tous côtés.
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Chap. vni. — R'Umr 4u pmple iout Zorohdbel,
Ce fut ZorDbabel, de la tfibu de Juda et du sang des rois, qui les ramena de captivité. Ceux de Juda reviennent en foule, et remplissent tout le pays. Les dix tribus dispersées se perdent parmi les Gentils, ..à la ré'-erye de ceux qui, si^us le nom de Juda, et réunis soûs ses étendards, rentrent dan^ b terre de leurs pères.
Cependant Vafutel se redresse, le temple se rebâtit, Tes murailles de Jérusalem sont relevées. La jalousie des peuples voisins est ré;>rimôe par les rois de Perse devenus l^-s profecieurs du peuple de Dieu. Le ponti e rentre en eierclce a-.'ec tous les prôires qui prouvèrent leurs desceiniance par les registres publics; les autres sont rejetés (1 Esdr.^ II. 62.). Esdras. prêtre lui-môme et docteur de la loi, et Néhémias^ gouverneu , ri forment tous les abus que la captivité avoit introduits, et font garicr la loi dans sa pureté. Le peuple pleure avec eux les transgressions, qui lui avaient attiré ces grands châtiments, et reco.noîi que Moïse les avoit prédits. Tous ensemble lisent dans les saints livres \vs menaces de Thonrime- de Dieu (2 Esdr,, i. 8; vm, Ec.) ; ils eu voi nt l'accomplissement, l'oraole de Jérémie (l Esdr., i. 1.), et lé retour tant promis après les soixante dix ans de captivîté, les étonné et les console; ils adorent les jugements de Dieu, et, réconciliés avec lui, ils -vivent en paix.
Chap. IX. — DieUy prêt î faire cesser les prophéties ^ répand ses luiiiières p'us abondamment que jamais.
Dieu, qui fait tout en son temps, avoil choisi celui-ci pour faire cesser leb voies extraordinaire^, c'est-à-dire les prophéties, dans son peuple désormais assez inst uit. Il restoit environ cinq cents ans jusques aux jours du Messie. Dieu donna à la majesté de son Fiis de faire taire lés prophètes durant tout ce temps, p^mr tenir son peuple en attente de celui qui devoit être l'accomplissement de tous leurs oracles.
Mais vers la fin des temps où Dieu avoit résolu de mettre fin auxprophéties, il sembloit qu'il vouloit répandre toutes ses lumières et découvrir tous les conseils de sa providence, tant il exprima claireoient le? secrets des temps à venir.
Durant la captivité, et surtout vers les temps qu'elle alloit finir, Daniel, révéré pour sa piété, même par les rois infidèles, et employé pour sa prudence aux plus grandes afl'aires de leur Êiat (/Xon., u, m, y, vui. 27.), vit par ordre, à diverses fols, et sous des figures diff'érentes, quatre monarchies sous les;uelles dévoient viv.e les Israélites [Ihid., n, Y3, Tin, x,xi.). Il les marque par k'urs caravjières propres. On voit passer comme un torrent Tempire d'un roi des Grecs c'était celui d'Aiexandre. Par sa chute on voit établir un autre empire moindre (]ue le sien, et affmbli par ses divisions (Ibid., vu, 6; \iu. 21, 2.'.). C'est ce lui de ses succes seu r s , parmi lesquels il y en a quatre mar piés d^u^V'^
prophétie (Jbtd., vm. 8.)- Antipater Séleucus, Ptolomée et AntigODU sont visiblement désignés. 11 est constant par Thistoire qu'ils farnl plus puissants que les autres, et les seuls dont la puissance ait passé i leurs enfants. On voit leurs guerres, leurs jalousies et leurs aUianoB trompeuses; la dureté et l'ambition des rois de Syrie; l'orgueil, et le autres marques qui désignent Antiochus TUlustre, implacable enneai du peuple de Dieu: la brièveté de son règne, et la prompte punitioi de ses excès (Dan., u.). On voit naître enfin sur la fin, et comme dm le sein de ces monarchies, le règne « du Fils de l'homme. » A ce noi TOUS reconnoissez Jésus-Christ; mais ce règne du Fils de l'homme att encore appelé « le règne des saints du Très-Haut. » Tous les peupla sont soumis à ce grand et pacifique royaume; l'éternité lui est promiie, et il doit être le seul « dont la puissance ne passera pas à un autit empire (/&td., u. 44, 45; vii. 13, 14, 27.). »
Quand viendra ce Fils de l'homme, et ce Christ tant désiré, et oomment il accomplira l'ouvrage qui lui est commis, c'est-à-dire la rédemption du genre humain , Dieu le découvre manifestement à Daniel. Pendant qu'il est occupé de la captivité de son peuple jdans Babylone,e( des soixante-dix ans dans lesquels Dieu avoit voulu la renfermer, n milieu des vœux qu'il fait pour la délivrance de ses frères, il est tout à coup élevé à des mystères plus hauts. Il voit un autre nombre d'années, et une autre délivrance bien plus importante. Au lieu des septante années prédites par Jérémie, il voit septante semaines, à commencer depuis l'ordonnance donnée par Artaxerxe à la Longue-Main, la vingtième année de son règne, pour rebâtir la ville de Jérusalem {Ibid.j IX. 23, etc.). Là est marquée en termes précis, sur la fin de ces semaines, « la rémission des péchés, le règne éternel de la justice, l'entier accomplissement des prophéties, et l'onction du Saint des saints (Ibid., 24). » — « Le Christ » doit faire sa charge , et paroître comme a conducteur» du peuple oc après soixante-neuf semaines. » — « Après soixante neuf semaines (car le prophète le répète encore) le Christ doit être mis à mort (/6td. ,25, 26.)'. • il doit mourir de mort violente; il faut qu'il soit immolé pour accomplir les mystères. Une semaine est marquée entre les autres, et c'est la dernière et la soixante-dixième : c'est celle où le Christ sera immolé, où « l'alliance sera confirmée, et au milieu de laquelle l'hostie et les sacrifices seront abolis {[btd., 27.), • sans doute, par la mort du Christ, car c'est eu suite de la mort du Christ que ce changement est marqué. « Après cette mort du Christ, et l'abolition des sacrifices, » on ne voit plus qu'horreur et confusion : on voit z la ruine de la Cité sainte, et du sanctuaire: un peuple et un capitaine qui vient pour tout perdre ;rabominaiion dans le temple; la dernière et irrémédiable désolation {Ibid.y 26, 27.) » du peuple ingrat envers son Sauveur.
Nous avons vu que ces semaines réduites en semaines d'années, selon Tusage de l'Ëcriture, font quatre cent quatre-vingt-dix ans, et nous mènent précisémect, depuis la vingtième année d'Ariaxerxe, à la dernière semaine (Foy. ci-dessuHf V' p. mi", et vm". Ep. Van 216 et 280 de Romej p. 64 et 74.); semaine pleine de mystères, où Jésus-Christ im-
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mole met fin par sa mort aux sacrifices de la loi, et en accomplit les .ligures. Les doctes font de différentes supputations pour faire cadrer ce temps au juste. Celle que je vous ai proposée est sans embarras. Loin d'obscurcir la suite de Thistoire des rois de Perse, elle Téclaircit, quoiqu'il n'y auroit rien de fort surprenant, quand il se trouveroit quelque incertitude dans les dates de ces princes, et le peu d'années dont on pourroit disputer, sur un compte de quatre cent quatre-vingtdix ans, ne feront jamais une importante question. Mais pourquoi dis^i >: courir davantage? Dieu a tranché la difficulté, s'il y en avoit, par une' ':: I décision qui ne souffre aucune réplique. Un événement manifeste nous è • iTiet au-dessus de tous les raffinements des chronologistes; et la ruine 6'. totale des Juifs , qui a suivi de si près la mort de Notre-Seigneur, fait i. entendre aux moins clairvoyants l'accomplissement deia prophétie.
Il ne reste plus qu'à vous en faire remarquer une circonstance. Da- :i niel nous découvre un nouveau mystère. L'oracle de Jacob nous avoit i' appris que le royaume de Juda devoit cesser à la venue du Messie; ^ mais il ne nous disoit pas que sa mort seroit la cause de la chute de Êj:. ce royaume. Dieu a révélé ce secret important à Daniel , et il lui dé- ^ clare que la ruine des Juirs .sera la suite de la mort du Christ et de leur l: méconnoissance. Marquez, s'il vous i>lail, cet endroit : la suite des évé- 2n nements vous en fera bientôt un beau commentaire.
ç Chap. X. — Prophétie de Zacharie et dCAggée.
l Vous voyez ce que Dieu montra au prophète Daniel un peu devant * les victoires de Cyrns, et le rétablissement du temple. Du temps qu'il l se bâtissoit, il suscita les prophètes Aggée et Zacharie, et incontinent après il envoya Malachie qui devoit fermer les prophéties de l'ancien r peuple.
Que n'a pas vu Zacharie? On diroit que le livre des décrets divins ait été ouvert à ce prophète, et qu'il y ait lu toute l'histoire du peuple dp Dieu depuis la captivité.
Les persécutions des rois de Syrie , et les guerres qu'ils font à Juda, lui sont découvertes dans toute leur suite {Zach. , xiv.). Il voit Jérusalem prise et saccagée; un pillage effroyable, et des désordres infinis;, le peuple en fuite dans le désert, incertain de sa condition, entre la mort et la vie; et la veille de sa dernière désolation, une nouvelle lumière lui paroUre tout à coup. Les ennemis sont vaincus; les idoles sont renversées dans toute la Terre-Sainte; on voit la paix et Tabondance dans la ville et dans le pays, et le temple est révéré dans tout rorient.
Une circonstance mémorable ae ces guêtres est révélée au prophète : « Juda môme combattra, dit-il (Zach., xiv. 14.), contre Jérusalem : » c'est-à-dire que Jérusalem devoit être traliie par ses enfants, et que parmi ses ennemis il se trouveroit beaucoup de Juifs.
Quelquefois il voit une longue suite de prospérités (/btd. , ix. x.); Juda est rempli de force {[bid. , x. 6.); les royaumes qui l'ont oppressé sont humiliés (/&td.-, 11.); les voisins qui n'ont cess^ de le tourmpwv^x
sont puniâ; quelques-uns sont convertis et incorporés au peuple de i)ieu. Le projihète voit ce peupla comblé des bienfaits divins, parmi lesquels il leur conte le triomphe aussi modeste que glorieux « du roi pauvre, du roi pacifîi^ue, du roi sauveur, qui entre, monté sur on 4ne, dans sa ville de Jérv^^alem (/Hd., ix. 1 ,2,3,4,5,6,7,8,9.)- >
Après avoir raconté les prospérités, il reprenJ dès l'origine toute It suite des maux {Ihid.fTi ). Il voit tout d*i:n coup le feu dans le tem- ,ple; tout le pays ruiné avec la ville capitale; des meurtres, des vioîeDces, un roi qui les autorise. Dieu a pitié de son peuple abandonné: il s'en rend lui-môme le pasteur; et sa prot' ctioii le soutient. A la fin il s'allume des guerres civiles, et les iifTaires vont en décadence. Le temps de ce changement est désigné pat un caractère certain; et trois pasteurs, c'est-à-dire, selon le style ancien, trois princes dégradé:> en un même mois en marquent le commencement. Les paroles du prophète sont précises : « J'ai retranché, » dit-il (/Wd., 8.), « trois pasteurs,» c'esi-à dire trois princes, a en un seul mois, > et mon cœur a s'est resserré envers eux (envers mon peuple), parce qu'aussi ils ont varié envers moi, «.et ne sont pas demeurés fermes dans mes préceptes; et j ai dit : « Je ne serai plus votre pasteur;» je ne gouvernerai plus (avec cette application particulière que vous aviez toujours éprouvée); je vous abandonnerai à vous-mêmes, à votre malheureuse destinée, i l'esprit de division qui se mettra parmi vous, sans prendre dorénavant aucun soin de détourner les maux qui vous menacent, a Ainsi ce qui doit mourir ira à la mort; ce qui dou être retranché sera retranché, et chacun dévorera la chair de sou prochain, x Voilà quel dcvoit être à la fin le sort des Ju.fs justement abandonnés de Dieu; et voilà en termes précis le commenceaient de la décadence à la chute de ces trois princes. La suitv! nous fera voir que Taccomplissement de la prophétie n'a pas été moins manifeste.
Au milieu de tant de malheurs, prédits si clairemjnt par Zacharie, paroît encore un plus grand malheur. Un peu après ces divisions, et dan.^ les temps de la décadence , Dieu >< est acheté trente deniers s par son peuj'le ingrat; et le prophète voit tout, jusques a au champ du potier» ou o du sculpteur » auquel cet argent est employé (Zac/i.,xi. 12, 13.). De là suivent d'extrêmes désordres parmi les pasteurs du peuple ; enfin ils sont aveuglés, et leur puissance est détruite (Ibid,^ 15, ;6, 17.).
Que dirai-je de la merveilleuse vision de Zactiarie, qui voit « le pasteur frappé et les brebis dispersées {ibid,, xui. 7.)? » Que dirai-je « du regard que jette le peuple sur son Dieu qu'il a percé, » et des larmes que lui fait verser une mort plus lamentable que celle d'un fils unique (/Md., xu. 10.), et que celle de Josias ? Zacharie a vu toutes ces choses; mais ce qu'il a vu de plus grand, a c'est le Seigneur envoyé par le Seigneur pour habiter dans Jérusalem, d'où il appelle les Gentils pour les agréger à son peuple, et demeurer au milieu d'eus (f6jd., 11.8,9, 10, U.). »
Aggée dit moins de choses; mais ce qu'il dit eet surprenant. Peodjaiit qu'on bâtit le second temple, et que les vieillards qui avoieot vu le premier ''ondent en larn^es en comparant la pauvreté de ce dernier
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édifice avec la magnificence de Vautre (1 Esdr.j m. 12.)) ie proph&te, qui voit plus loin, in.blie la gloire du second temple, et le pre:fère au ptemier {Agg., ii. 7, 8, 9, 10 ). U explique d*où viendra la gloire de celte nouvelle maison; c*est que « le Désiré des Gentils arrivera : » ce Messie promis depuis deux mille ans, et dès l'origine du monde, comme le Sauveur des Gentils, parottra dans ce nouveau temple, a La p%ix j sera établie; tout l'univers ému » rendra témoignage à la venue de son Rédempteur; il n'y a plus « qu'un peu de temps » à Taitendre, et les temps destinés à cette attente sont dans ieUr dernier période.
Chap. XI. — La pr'pliétie de MalachiCj qui est le dernier des prophètes; et l'adhèvement du second temple.
Enfin le temple s'achève , les victimes y sont immolées; mais lea Juifs avares y offrent des hosties dérectueuses. Malachie, qui les en reprend, est élevé à une plus haute considération; et à l'occasion des offrandes immondes des Juifs^ 11 voit a Toffrande » toujours « pure » et jamais souillée « qui sera présentée à Dieu, » non plus seulem&nt comme autrefois dans le temple de Jérusalem, mais « depuis le soleil levant jusqu'au couchant;» non plus par les Juifs, mais « par les Gentils , » parmi lesquels il prédit « que le nom de Dieu sera grand (Mal, i. 2.). »
U voit aussi, comme Aggée, U gloire du second temple et le Messie qui l'honore de sa présence; mais il voit en même temps que le Messie est le Dieu à qui ce temple est dédié. « J'envo.e mon ange, dit le Seigneur {Mal.j m. 1.) pour me préparer les voies, et incontinent vous verrez arriver dans son saint temple le Seigneur que vous cherchez, et l'Ange de l'alliance que vous désirez. »
Un ange est un envoyé; mais voici un envoyé d'une dignité merveilleuse : un ec.voyé qui a un temple, un envoyé qui est Dieu, et qui entre dans le temple comme dans sa propre demeure; Un envt>yé dé-siré par tout le peuple, qui vient faire une nouvi-Ue alliance, et qui est appelé, pour cette raison, l'Ange de l'alliance ou du testament.
C'étoit donc dans le second temple que ce Dieu envoyé Je Dieu devoit parottre : mais un autre envoyé précède , et lui prépare les voies. Là nous voyons le Messie précédé par son précurseur. Le ca acière de ce p écurseur est encore montré au propliète. Ce duit être un nouvel Ëlie remarquable par sa sainteté, par l'austérité de sa vie, par son autorité et par son zèle {Thid. , m. 1 ; iv. 5, 6.).
Ainsi le dernier prophète de l'ancien peuple marque le premier prophète qui devoit venir a,très !ui, c'est-à-dire cet « Êlie, » précurseur du Seigneur qui devoit paroltre. Jusqu'à ce temps le peuple de Dieu n'avo;t point à atten-ire de prophè e; la loi de Moïse lui devoit suffire; et c'est p>ourquoi Malachie finit par ces mots {Ibid.j iv. 4, 5, 6.) : c Souvenez-vous de la loi que j'ai donnée sur le mont Horeb à Moïse mon serviteur pour tout Israël. Je vous enverrai le prophète Ëlie, qui unira les cœurs des pères avec le cœur des enfants, o qui montrera à eéux-ci ce qu'ont entendu les autres.
A cette loi de MoTse, Dieu avoit joint les prophètes qn! aToient parlé en conformité, et l'histoire du peuple de Dieu faite par les mêmes prophètes, dans laquelle étoi^nt confirmées par des expériences sensibles les promesses et les menaces de la loi. Tout étoit soigneusemeat écrit; tout étoit digéré par Tordre des temps : et voilà ce que Dieu laissa pour Tinstruction de son peuple , quand il fit cesser les prophéties.
Chap. xn. ~ Les temps du second temple; fruits des châtiments d des prophéties précédentes ; cessation de Vidoldtrie et des faux prophètes.
De telles instructions firent un grand changement dans les mœurs des Israélites. Ils n'avoient plus besoin ni d'apparition, ni de pré:iction manifeste, ni de ces prodiges inouïs que Dieu faisoit si souvent pour leur salut. Les témoignages qu'ils a voient reçus leur suffisoient; et leur incrédulité, non-seulement convaincue par Tévénement, mais encore si souvent punie , les avoit enfin rendus dociles.
C'est pourquoi depuis ce temps on ne les voit plus retourner à Tidolâtrie, à laquelle ils étoient si étrangement portés. Ils s'étoient trop mal trouvés d'avoir rejeté le Dieu de leurs pères. Ils se souvenoieot toujours de Nabuchodonosor, et de leur ruine si souvent prédite dans toutes ses circonstances, et toutefois plus tôt arrivée qu'elle n'a voit été crue. Ils n'étoient pas moins en admiration de leur rétablissement , fait, contre toute ap[>arence, dans le temps et par celui qui leur avoit été marqué. Jamais ils ne voyoient le second temple sans se souvenir pourquoi le premier avoit été renversé, et comment celui-ci avoit été ré* tabli : ainsi ils se confirmoient dans la foi de leurs Écritures auxquelles tout leur État rendoit témoignage.
On ne vit plus parmi eux de faux prophètes. Ils s'étoient défaits tout ensemble de la pente qu'ils avoient à les croire, et de celle qu'ils avoient à l'idolâtrie. Zacharie avoit prédit par un même oracle que ces deux choses leur arriveroient (Zac/i., xui. 2, 3, 4, 5, 60« En voici les propres paroles : a En ces jours, dit le Seigneur Dieu des armées, je détruirai le nom des idoles dans toute la Terre-Sainte ; il ne s'en parlera plus; il n'y paroîtra non plus de faux prophètes, ni d'esprit impur pour les inspirer. Et si quelqu'un se mêle de prophétiser par son propre esprit, son père et sa mère lui diront : « Vous mourrez de- « main , parce que vous avez menti au nom du Seigneur. » On peut voir, dans le texte même, le reste qui n'est pas moins fort. Cette prophétie eut un manifeste accomplissement. Les faux prophètes cessèrent sous le second temple .- le peuple rebuté de leurs tromperies n'étoit plus en état de les écouter. Les vrais prophètes de Dieu étoient lus et relus sans cesse : il ne leur falioit point de commentaire ; et les choses qui arri voient tous les jours, en exécution de leurs piophéties, en étoient de trop fidèles interprètes.
SUR l'histoire universelle. 279
Chap. xm. — La longue paix dont ils jouisseniy par qui prédite.
En effet, tous leurs prophètes leur avoient promis une paix profonde. On lit encore avec joie la belle peinture, que font Isale et Ezéchiel (f*., xu. 11, 12,13; xuii. 18, 19; xux. 18, 19,20, 21; lu. 1,2, 7; Liv, LV, etc.;Lx. 15, 16, etc.; JFw<ii., xxxvi,xxxviii. H, 12,13,14.)» des bienheureux temps qui dévoient suivre la captivité de Babylone. Toutes les ruines sont réparées, les villes et les bourgades sont magnifiquement rebâties, le peuple est innombrable, les ennemis sont à bas, Tabondance est dans les villes et dans la campagne; on y voit la joie, le repos, et enfin tous les fruits d'une longue paix. Dieu promet de tenir son peuple dans une durable et parfaite tranquillité (Jer., xlyi.27.). Ils en jouirent sous les rois de Perse. Tant que cet empire se soutint, les favorables décrets de Cyrus qui en étoit le fonndateur, assurèrent le repos des Juifs Quoiqu'ils aient été menacés de leur dernière ruine sous Assuérus, quel qu'il soit, Dieu, fléchi par leurs larmes, changea tout à coup le cœur du roi, et tira une vengeance éclatante d'Aman leur ennemi (Esth,, iv,v, vu, vin, ix.). Hors de cette conjoncture qui passa si vite, ils furent toujours sans crainte. Instruits par leurs prophètes à obéir aux rois à qui Dieu les avoit soumis {Jer.j xxvn. 12, 17; XL. 9; Bar., i. 11, 12.), leur fidélité fut inviolable. Aussi furent-ils toujours doucement traités. A la faveur d'un tribut assez léger, qu'ils payoient à leurs souverains, qui étoient plutôt leurs protecteurs que leurs maîtres, ils vivoient selon leurs propres lois; la puissance sacerdotale fut conservée en son entier; les pontifes conduisoient le peuple; le conseil public, établi premièrement par Moïse, avoit toute son autorité, et ils cxerçoient entre eux la puissance de vie et de mort, sans que personne se mêlât de leur conduite. Les rois l'ordonnoient ainsi (1 Esdr. , vn. 25, 26.). La ruine de Tempire des Perses ne changea point leurs affaires. Alexandre respecta leur temple , admira leurs prophéties et augmenta leurs privilèges {Joseph. ^ Ànt.^ 1. xi. c. 8 ; et l. u. cont, Apion,y n. 4.). Ils eurent un peu à souffrir sous ses premiers successeurs. Ptolomée fils de Lagus surprit Jérusalem, et en emmena en Egypte cent mille captifs (/&td., Ant.j 1. xii. c. 1, 2 ; et 1. u. cont. Apion.)'y mais il cessa bientôt de les haïr. Pour mieux dire il ne les haït jamais : il ne vouloit que les ôter aux rois de Syrie ses ennemis. En effet, il ne les eut pas plus tôt soumis, qu'il les fît citoyens d'Alexandrie, capitale de son royaume, ou plutôt il leur confirma le droit qu'Alexandre, fondateur de cette ville, leur y avoit déjà donné; et ne trouvant rien dans tout son État de plus fidèle que les Juifs, il en remplit ses armées, et leur confia ses places les plus importantes. Si les Lagides les considérèrent, ils furent encore mieux traités des Séleucides sous l'empire desquels ils vivoient. Séleucus Nicanor, chef de cette famille, les établit dans Antioche (Joseph. ,Ant.j l.xu. c. 3; e( i. i.eont. Apion.)', et Antiochus le Dieu, son petit-fils, les ayant fait recevoir dans toutes les villes de l'Asie Mineure, nous les avons vus se répandre dans toute la Grèce, y vivre selon leur roi , et y jouir des mêmes droits que les autres citoyens, comme ils faisoient dans Alexandrie et dasL&
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Anlic'Che. Cependant leur loi est tournée en grec par les soins 'le Plolomée PbiliiAtiphe ,. roi^l'fi^îypre {JoJteph., Pr.rf, Ànt,^ et lib. xu. c. !; et lib. u. cont Àpion,). La religion judaïque est connue parmi Its Gentils ; Iç tem]3le djB Jérusalem est enrichi par les dons des rois et des peuples; les Juifs vivent en paix et en liberté sous la puissance des rois de Syrie, et ils n'avoient guère goûté u:.e telle tranquillité sous leurs propres rois.
CuAP. ziv. — InUrruition et rctablissement de la paix;. di%isioH dans ce peuple saint; persécution (TMtiookus : UnU cela prédiL
Elle sembloit devoir être éternelle, sMls ne l'eussent eux-mêmes troublée par leurs dissensions. Il y avoit trois cents ans qu'ils jouissoieut de ce repos tant prédit par leurs prophètes, quand Tambition et les jalousies qui se mirent parmi eux les pensèrent perdre. Quelques-uDS 4es plus puissants trahirent leur peuple pour Ûatter les rois ; ils voulurent se rendre illustres à la manière des Grecs, et préférèrent cette vaine pompe à la gloire solide que leur acquéroit parmi les citoyens l'observance des lois de leurs ancêtres. Ils célébrèrent des jeux comme les Gentils (I Jfach., i. 12, 13, etc.; 2 Jfac/i., m. iv. 1, etc., 14, 15, 16, etc.). Cette nouveauté éblouit les yeux du i euple, et Tidulàtrie revêtue de cette magnificence parut belle à beaucoup de Juifs. A ces changements se mêlèrent les disputes pour le souverain sacerdoce, qui étoit la dii^'nité principale de la nation. Les ambitieux s'attachoient aux rois de Syrie pour y parvenir, et celte dignité sacrée fut le prix de la flatterie de ces courtisans. Les jalousies et les divisions des particuliers ne tardèrent [as à canser, selon la ct>utume , de grands malheurs à tout le peuple et à la ville sainte. A ors ai riva ce que nous avons remanjué qu'avoit piéJit Z.icharie (Zac/i., xiv. Vny. ci-de-^sus^ chap. x.) : a Ju a> même combattit contre Jéruïalem, » et cette ville fut trahie par ses citoyens. Antiochus TLlustro, roi de Syrie, conçut ie dessein de perdre ce peuple divisé, p.ur profiler de ses richesses. Cf prince parut alors avec tous les caractères que Daniel avoit marqués (Dan., vu. 24, 25; viii. 9, 10, 11, 12, 23, 24, 2f>.) . anibiiieux, avare, artificieux, ciuel, insolent, iiiipie, insensé j tntlé de ses victoires, et puis, in .té de ses pertes {Polyb., 1. xxvi etxxxi. in excerpt., etapud Ath.^ 1. x.). Il entre dans Jcrusalem en vltat àd tout entreprendre : les factions des Juifs, tt et non passes prop.es forces, » Te hardissoient; et Daniel Ta voit ainsi prévu {Dan. , yui. 24.). Il exerce des cruautés inouïes : son orgueil l'emporte aux derniers ex. es, « et il vomit des blasphèmes contre le Très Haut, » comme l'avoit prédit le môme pmphèie {Ibid. , v]i. 8, 11, 26 ; vm. 25.). En exécution de ces prophéties, et a à cause des péchés du j euple, la force lui est donnée contre le sacrifice perpétuel • (Dan.j vm. il, 12, 13, 14.). Il profane le temple de Dieu, que les rois ses ancêtres avoient révéré; il le pille, et répare, par les richesses qu*il y trouve, les ruines de son trésor épuisé. Sous prétexte de rendre conformes les mœurs de ses sujets, et en efîet, pour assouvir son avarid ea pillant toute la Judée, il ordonne aux Juifs d'adorer les mômei
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dieux que les Grecs : suilout il veut qu'on adore Jupiter Olympien, dont il place l'idole dans \b («nple même (i M.4i£h,, i. 43, 46, 57; 2 Ma4:h.f vi. 1 , 2.); et plus impie que Nabucliod(»iK)sor, il entreprend do détruire leà fêtes, la loi de MoXsa, les sacrifices, la religion, et tout le peuple. Mais les succès de ce prince avoient lears boraes marquées par les prophéties. Mathatia» s'oppose à ses \iolences, et réunit les gens de bien. Ju'ias Maclmbée son fils, avec une poignée de gens,Jait des exploits inouïs, et purifie le temple d>' Dieu « trois ans et demi» aprcs sa profanation, comme av^ût prédit Daniel (Dan. , vii. 25; xu. 7, 11; Jos.f AnL, lib. xii. c. Il , ai. 5.). Il f>oursuit les Iduméens et tous les autres Gei.tils qui se joignoient à Antiochus {Jos., de BelloJud.'^ Prol. et lih. I. c. 1.); et leur ayant pris leurs meilleures places, il revient victorieux et humble, tel que Tavoit vu Isaîe (/«. , uuu; 1 Mach.j iv. 15; V. 3, 26, 28, 36, 54.), chantant les louanges de Dieu qui avoit livré en s's mains les ennemis de son peuple, et encore tout rouge de leur sang. Il continue ses victoires, malgré les armées prodigieuses des capitaines d'Aiitiochus. Daniel n'a vuit donné « que six ans » {Dan. y vm. 14.) à ce prince impie pour tourmenter le peuple de Dieu ; et voilà qu'au terme préfixe il apprend à Ecbatane les faits héro!(iues de Judas (1 Mach,j VI; 2 Maoh., ix.). Il tombe dans une profonde mélancolie, et meurt, comme avoit prédit le s::int prophète, misérable, « mais non de main d'homme {Dan., vui. 25.), » après avoir reconnu, mais trop tard, la puissance du Dieu d'isiaôl. .
Je n'ai plus besoin de vous rac .inter de quelle sorte ses successeurs poursuivirent la guerre contre la Judée, ni la mort de Judas son libérateur, ni les victoires de ses deux frères Jonathas et Simon, successivement souverains pon ifes, dont la valeur rétablit la gloire ancienne du peuple de Dieu. Ces trois grands hommes virent les rois de Syrie et tous les peuples voisins conjurés contre eux ; et ce qui étoit de plus déplorable, ils virent à di\etses fois ceux de Juda même armés contre leur patrie et contre Jérusalem : chose inouïe jusqu'alors, mais comme on a dit, expressément marquée [lar les prophètes {Zach,y xiv. 14; 1 Mach.y I. 12, 20; ix, xi. 21 , 22; xvi; 2 JfacA., iv. 22 et seq.). Au milieu de tant de maux, la coufîai.ce qu'ils eurent en Dieu les rendit intrépides et invincibles. Le [>euple futtoujour:» heureux sojs leur conduite; et enfin du temps de- Simon, aiïrancln du joug des Gentils, il se sour mit à lui et à ses enfants, du consentement des rois de Syrie.
Mais l'acte par lequel le peuple de Dieu transporte à Simon toute la puissance publique, et lui accorde les droits royaux, est remarquable. Le décret porte « qu'il en jouira lui et sa postérité, jusqu'à ce qu'il vienne un fidèle et véritable prophète (1 Jfac/i., xiv. 41.). »
Le peuple, accoutumé dès son or ginc à un gouvernement divin , et sachant que depuis le temps que David avoit dé mis sur le trône par ordre de Dieu, la souveraine puissance appartenoit à sa maison, à qui elle devoit être à la fin rendue, au temps du Messie, quoique d'une manière plus mystérieuse et plus haute qu'on ne Tattendoit.mit expressément cette restriction au pouvoir qu'il ilonnaà ses pontifes, et continua de vivre sous eux dons l'espérance de ce Christ tant de fois promi&.
C'est ainsi que ce royaume absolament libre usa de son drqit , et pourvut à son gouvernement. La postérité de Jacob, par la tribu de Juda et par les restes qui se rangèrent sous ses étendards, se conserva en corps d'État, et jouit indépendamment et paisiblement de la terre qtii lui avoit été assignée.
La religion judaïque eut un grand éclat, et reçut de nouvelles marques de la protection divine. Jérusalem, assiégée et réduite à l'extrémité par Antiochus Sidëtes, roi de Syrie, fut délivrée de ce siège d'une manière admirable. Ce prince fut toucbé d'aboi^ de voir un peuple affamé plus occupé de sa religion que de son malheur, et leur accorda une trêve de sept jours en faveur de la semaine sacrée de la fête des Tabernacles (Joseph.., Antiq,^ lib. xiii. cap. 16, a2. 8; Plut., Apopht. Reg. et Imper. ; Diod. , lib. xxxiv, in excerptis Photii, Biblioth.p. II 50.). Loin d'inquiéter les assiégés durant ce saint temps, il leur envoyoit avec une magnificence royale des*victimes peur les immoler dans leur temple, sans se mettre en peine que c'étoit en même temps leur fournir des vivres dans leur extrême besoin. Selon la docte remarque des chronologistes {Annal. y tom. ii. ad an. 3870.), les Juifs venoient alors de célébrer l'année sabbatique ou de repos, c'est-à-dire la septième année, où, comme parle Moïse (Exod.y xxiii. 10, U; f.evit., xxv.4.), la terre qu'on ne semoit point devoit se reposer de son travail ordi* naire. Tout manquoit dans la Judée , et le roi de Syrie pouvoit d'un seul coup perdre tout un peuple qu'on lui faisoit regarder comme toujours ennemi et toujours rebelle. Dieu, pour garantir ses enfants d'une perte si inévitable, n'envoya pas comme autrefois ses anges exterminateurs;mais ce qui n'est pas moins merveilleux, quoiiii.e d'une autre manière, il toucha le cœur du roi, qui admirant la piété des Israélites, que nul péril a'avoit détournés des observances les plus incommodes de leur religion, leur accorda la vie et la paix. Les prophètes avoient prédit que ce ne seroit plus par des prodiges semblables à ceux des temps passés que Dieu sauveioit son peuple, mais par la conduite d'une providence plus douce, qui toutefois ne laisseroit pas d'être également efficace et à la longue aussi sensible. Par un effet de cette conduite, Jean Hircan, dont ta valeur s'étoit signalée dans les armées d'Antiochus, après la mort de ce prince, reprit l'empire de son pays.
Sous lui les Juifs s'agrandissent par des conquêtes considérables. Ils soumettent Samarie {Ezech. , xvi. 53, 55, 61; Jer., xxxi. 5; 1 Mark., X. 30.) : (Êzéchiel et Jérémie l'avoient prédit); ils domptent les Iduméens, les Philistins, et les Ammonites leurs perpétuels ennemis {Joseph., Ant., lib. XIII. c. 8, 17, 18, al. 4, 9, 10.), et ces peuples embrassent leur religion : Zacharie Ta voit marqué {Zach. , ix. 1 , 2 e( seq ). Enfin, malgré la haine et la jalousie des peuples qui Ips environnent ; sous l'autorité de leurs pontifes, qui deviennent enfin leurs rois, ils fondent le nouveau royaume des Asmonéens ou des Machabées, plus étendu que jamais, si on excepte les temps de David et de Salomon.
Voilà en quelle manière le peuple de Dieu subsista toujours parmi tant de changements; et ce peuple, tantôt chfttié, et tantôt consolé
SUR l'histoire universelle. 283
dans ses disgrâces, par les différents traitements qu'il reçoit selon ses mérites, rend un témoignage public à la Providence qui régit le monde.
Chap. XV. — Attente du Messie; sur quoi fondée; préparation à son règne et à la conversion des Gentils,
Mais en quelque état qu'il fût, il vi voit toujours en attente des temps du Messie, où il espéroit de nouvelles grâces plus grandes que t utes celles qu'il avoit reçues; et il u'y a personne qui ne voie que cette foi du Messie et de ses merveilles, qui dure encore aujourd'hui parmi les Juifs , leur est venue de leurs patriarches et de leurs prophètes dès l'origine de leur nation {Joseph, j lib. i. eont. Apion.). Car dans cette longue suite d'années, où eux-mêmes reconnoissent que par un conseil de la Providence il ne s'élevoit plus parmi eux aucun prophète, et que Dieu ne leur faisoit point de nouvelles prédictions ni de nouvelles promesses, cette foi du Messie qui devoit venir étoit plus vive que jamais. Elle se trouva si bien établie, quand le second temple fut bâti, qu'il n'a plus fallu de prophète pour y confirmer le peuple. Us vivoient sous la foi des anciennes prophéties qu'ils avoient vues s'accomplir si précisément à leurs yeux en tant de chefs ; le reste, depuis ce temps^ ne leur a jamais paru douteux, et ils n'a voient point de peine à croire que Dieu, si fidèle en tout, n'accomplit encore en son temps ce qui re* gardoit le Messie, c'est-à-dire la principale de ses promesses, et le fondement de toutes les autres.
En eiïet, toute leur histoire, tout ce qui leur arrivoit de jour en jour, n'étoit qu'un perpétuel développement des oracles que le Saint- Esprit leur avoit laissés. Si, rétablis dans leur terre après la captivité, ils jouirent durant trois cents ans d'une paix profonde; si leur temple fut révéré, et leur religion honorée dans tout l'Orient; si enfin leur paix fut troublée par leur dissensions; si ce superbe roi de Syrie fit des efforts inouïs pour les détruire; s'il prévalut quelque temps; si un peu après il fut puni ; si la religion judaïque et tout le peuple de Dieu fut relevé avec un éclat plus merveilleux que jamais, et le royaume de Juda accru sur la fin des temps par de nouvelles conquêtes : on a vu que tout cela se trouvoit écrit dans leurs prophètes. Oui, tout y étoit marqué, jusqu'au temps que dévoient durer les persécutions^ jusqu'aux lieux où se donnèrent les combats, jusqu'aux terres qui dévoient être conquises.
Je vous ai rapporté en gros quelque chose de ces prophéties : le détail seroit la matière d'un plus long discours; mais vous envoyez assez pour demeurer convaincu de ces fameuses prédictions qui font le» fondement de notre croyance; plus on les approfondit, plus on y trouve de vérité, et les prophéties du peuple de Dieu ont eu durant, tous ces temps un accomplissement si manifeste, que depuis, quand les païens mêmes, quand un Porphyre, quand un Julien l'Apostat {Porph., de Ahstin., lib. iv. $ 13; id, Porph. et Jul, apud Cyril. , lib. V e( VI t'A Julian,), ennemis d'ailleurs des Écritures, ont voulu
donner des exemples de prédictions prophétiques, ils les ont été chercher parmi les Juifs.
Et je puis même vous dire avec vérité, que si durant cinq cents ans le peuple de Dieu fut sans' prophète, tout Pétat de ces temps étoit prophétique ;rœuvre de Dieu s'aeheminoit, et les voies se préparoient insensiblement à l'entier accomplissement des anciens oracles.
Le retour de la captivité de Babylone n*étoit qu'une ombre de la liberté, et plus grande et plus nécessaire, que le Messie devoit apporter aux hommes captifs du péché. Le peuple dispersé en divers endroits dans la haute Asie, dans i'Asie Mineure, dans PÉgypte, dans laGrôce môme, commençoit à faire éclater parmi les Gentils le nom et la gloire du Dieu d'Israël. Les ficritures, qui dévoient être un jour la lumière du monde, furent nrises dans la langue la plus connue de l'univers; leur antiquité est reconnue. Pendant que le temple est révéré, et les Ëcritnr^es répandues parmi les Gentils, Dieu donne quelque idée de leur conversion future, et en jette de loin les fondements.
Ce qui se passoit même parmi les Grecs étoit une espèce de préparation à la connoissance de la vérité. Leurs philosophes connurent que le monde étoit régi par un Dieu bien différent de ceux que le vulgaire adoroit, et qu'ils servoient eux-m^mes avec le vulgaire. Les histoires grecques font foi que cette belle philosophie venoit d'Orient, et des endroits où les Juifs avoient été dispersés : mais de quelque endroit qu'elle soit tenue, une vérité si importante répandue parmi les Gentils, quoique combattue, quoique mal suivie, même pur ceux qui Tenseignoient, commençoient à réveiller le genre humain , et fournissoit par avance des preuves certaines & ceux qui dévoient un jour le tirer de son ignorance.
Ghap. zvi. — Prodigieux aveuglement de Vidoldtrie avant la venue
du Messie,
Comme toutefois la conversion de la ge utilité étoit une œuvre réservée au Messie, et le propre caractère de sa venue, l'erreur et l'impiété prévaloient partout. Les nations les plus éclairées et les plus sages, les Chaldéens, les Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étoient les plus ignorants et les j)lLis aveugles sur la religion : tant il est vrai qu'il y faut être élevé par une grâce particulière, et par une sagesse plus qu'humaine. Qui oseioit raconter les cérémonies des dieux immortels, et leurs mystères impur>;? Leurs amours, leurs cruautés, leurs jalousies, et tous les autres excès étoient le sujet de leurs fêtes, de leurs sacrifices, des hymnes qu'on leur chantât, et des peintures que l'on consacroit dans leurs temples. Ainsi le crime étoit adoré, et reconnu nécessaire au culte des dieux. Le plus grave des philosophes défend de boire avec excès, si ce n'étoit dans les fêles de Bacchus et à l'honneur de ce dieu {Plat., de Leg., lib. vi.). Un autre, aprè* avoir sévèrement lilàmé toutes les images malhonnêtes, en excepte celles des dieux qui vouloienl être honorés par cet infamies {Àritt.f Polit, f lib. vu. cap. 17.). On ne peut lire sans étonnement les
SUR l'histoire universelle. 285
honneurs qu'il falloit rendre à Véaus, et les prostitutions qui ôtoient éia])lies pour Tadorer {Baruchsj vi, 10, 42, 43; Herad.j lib. i. c. 199; Strab., lib. viii.)* La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle êtoit, avoit reçu ces mystères abominables. Dans les affaires pressantes, les particuliers et les républiques vouoient à Vénus des courtisanes (iàf/^en., lib. xiii.), et la Grèce ne rougissoit pas d'attribuer son salut aux prié es qu'elles faisoient à leur déesse. Après la défaite de Xerxès et de s^cs formidables armées , on mit dans le temple un tableau où étoient représentés leurs vœux et leurs processions, avec cette inscription de Sifflonides, poète fameux : a Celles-ci ont prié la déesse Vénus, qui, pour l'amour d'elles, a sauvé la Grèce. »
S'il falloit adorer l'amour, ce devoit être du moins l*amour honnête, mais il n'en étoit pas ainsi. Solon, qui le pourroit croire, et qui attendroit d'un si grand nom une si grande infamie! Solon, dis-je, établit à Athènes le temple de Vénus la prostituée (/2)td.), ou de l'amour impudique. Toute la Grèce étoit pleine de temples consacrés à ce dieu, btl'ainour conjugal n'en avoit pas un danstjut le pays.
Cependant ils déiestoient Talultère dans les hommes et dans les femmes : la société conjugale étoit sacrée parmi eux. Mais quand ils s'appliquoient à la religion, ils paroissoient comme possédés par un esprit étranger, et leur lumière naturelU les abandonnoit.
La gravité romaine n'a pas traité la religion plus sérieusement, puisqu'elle consacroit à l'honneur des dieux les impuretés du théâtre et les sanglants spectacles dos gladiateurs, c'est-à-dire, tout ce qu'on pouvoit imaginer de plus corrompu et de plus barbare.
Mais je ne sais si les folies ridicules qu'on mêloit dans la religion li'étoient pas encore plus pernicieuses, puisqu'elles lui attiroient tant de mépris. Pouvoit -on garder le res^«ect qui est dû aux choses divines, ^.11 milieu des impertin nces que contoient les fables, dont la représentation ou le souvenir faisoient une si grande pariie du culte divin? Tout le service public n'éioit qu'une continuelle profanation, ou plutôt une dérision du nom de Dieu; et il falloit bien qu'il y eût quelque puissance ennemie de ce nom sacré, qui ayant entrepris de le ravilir, poussât les hommes à l'employer dans des choses si méprisables, et même à le prodiguer à des sujets si indignes.
Il est vrai que les philosophes avoient à la fin reconnu qu'il y avoit un autre DiOu que ceux que le vulg ire adoroit; mais \h n'osoient l'avouer. Au contraire, Socrate donnoit pour maxime qu'il falloit que chacun suivit la religion de son pays {Xenoph. , Memor. , lib. i.). Platon, son disciple, qui voyoii la Grèce et tous les pays du monde remplis d'un culte insensé et scandaleux, ne laisse pas de poser comme ua fondement de sa république {Plat. , de Leg. , lib. v.) , a qu'il ne faut jamais rien changer dans la religion qu'on trouve établie, et que c'est avoir perdu le sens que d'y penser. » Des philosophes aussi graves, et qui ont dit de si belles choses sur la nature divine, n'ont osé s'oppsH ser à Terreur publique, et ont désespéré de la pouvoir vaincre. Quand Socrate fut accusé de nier les dieux que le public adoroit, il s'en défendit comme d*un crime {ApoL Socr., apud Plat, et Ipnoph.)\ et
Platon, en pariant du Dieu qui avoit formé Tunivers, dit qu'il est difficile de le trouver, et quMl est défendu de le déclarer au peuple. {Ep. u ad Dionys,). Il proteste de n'en parler jamais qu'en énigme, de peur d'exposer uue si grande vérité à la moquerie.
Dans quel abîme étoit le genre humain, qui ne pouvoit supporter la moindre idée du vrai Dieu? Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenoit pour athées ceux qui parloient de choses intellectuelles {Diog. Laert.^ lib. n; Socr,^ m. Plat.) , et c'est une des raisons qui avoient fait condamner Socrate. Si quelques philosophes osoient enseigner que les statues n'étoîent pas des dieux comme l'entendoit le vulgaire, ils se voyoient contraints de s'en dédire; encore après cela étoieni-ils bannis comme des impies par sentence de l'Aréopage {Diog, Laert., lib. ii. SHlp,), Toute la terre étoit possédée de la même erreur : la vérité n'y osoit parottre. Le Dieu créateur du monde navoit de temple ni de culte qu'en Jérusalem. Quand les Gentils y envoyoient leurs offrandes, ils ne faisoienl autre honneur au Dieu d'Israël, que de le joindre aux autres dieux. La seule Judée connoissoit sa sainte et sévère jalousie , et savoit quv partager la religion entre lui et les autres dieux, étoit la détruire.
CuAP. XVII. — Corruptions et superstitions parmi les Juifs; fausses doctrines des pharisiens.
Cependant, à la fin des temps, les Juifs mêmes qui le connoissoient, et qui éloient les dépositaires de la religion, commencèrent, tai.t les hommes vont toujours àlîoiblissant la vérité, non point à oublier le Dieu de leurs pères, mais à mêler dans la religion des superstitions indignes de lui. Sous le règne des Asmonéens, et dès le temps de Jonathas, la secte des pharisiens commença parmi les Juifs (Joseph ,, Antiq.f lib. xiii. c. 9, al. 5.). Ils s'acquirent d'abord un grand crédit par la pureté de leur doctrine, et par Tobservance exacte de la loi : joint que leur conduite étoit douce, quoique régulière, et qu'ils vivoient entre eux en grande union. Les récompenses et les châtiments de la vie future, qu'ils soutenoient avec zèle, leur attiroient beaucoup d'honneur {Joseph. ^ Ant.fC. 18, al. 10; ïd. , de Bello Jud. , 1. u. c 7, al. 8.). A la fin, l'ambition se mit parmi eux. Ils voulurent gouverner, et en effet ils se donnèrent un pouvoir absolu sur le peuple : ils se rendirent les arbitres de la doctrine et de la religion qu'ib tournèrent insensiblement à des pratiques superstitieuses, utiles à leur intérêt et à la domination qu'ils vouloient établir sur les consciences; et le vrai esprit de la loi étoit prêt à se perdre.
A ces maux se joignit un plus grand mal, l'orgueil et la présomption; mais une présomption qui alloit à s'attribuer à soi-même le don de Dieu. Les Juifs, accoutumés à ses bienfaits, et éclairés depuis tant de siècles de sa connoissance, oublièrent que sa bonté seule les avoit séparés des autres peuples, et regardèrent sa grâce comme une dette. Race élue et toujours bénie depuis deux mille ans, ils se jugèrent les seuls dignes de connoître Dieu, et se crurent d'une autre espace quti
SUR l'histoire universelle. 287
les autres hommes quMls voyoient privés de sa connoissance. Sur ee fondement , ils regardèrent les Gentils avec un insupportable dédain. Être sorti d'Abraham selon la chair, leur paroissoit une distinction qui les mettoit naturellement au-dessus de tous les autres ; et enflés d'une si belle origine, ils se croyoient saints par nature, et non par grâce : erreur qui dure encore parmi eux. Ce furent les pharisiens , j qui cherchant à se glorifier de leurs lumières, et de l'exacte obser vance des cérémonies de la loi, introduisirent cette opinion vers la fin des temps. Gomme ils ne songeoient qu'à se distinguer des autres hommes, ils multiplièrent sans bornes les pratiques extérieures, et débitèrent toutes leurs pensées, quelque contraires qu'elles fussent à la loi de Dieu, comme des traditions authentiques.
Chap. xvin. — Suite des corruptions parmi les Juifs; signal de leur décadence j selon que Zaeharie Vavoit prédit.
Encore que ces sentiments n'eussent point passé par décret public en dogme de la Synagogue, ils se couloient insensiblement parmi le peuple^qui devenoit inquiet, turbulent et séditieux. Enfin les divisions, qui dévoient être, selon leurs prophètes (Zac/i., xi. 6, 7,8, etc.), le commencement de leur décadence, éclatèrent à l'occasion des brouilleries survenues dans la maison des Asmonéens. Il y avoit à peine soixante ans jusqu'à Jésus-Christ, quand Hircan et Âristobule, enfants d'Alexandre Jannée, entrèrent en guerre pour le sacerdoce, auquel la royauté étoit annexée. C'est ici le moment fatal où l'histoire marque la première cause de la ruine des Juifs {Joseph. ^ Ant., lib. xiv. c. 8, al 4, lib. xz. c. 8, al, 9; de BeUo Jud.j lib. i. c. 4, 5, 6: Appian.y Bell. Syr. Mithrid. et civil., lib. v.). Pompée, que les deux frères appelèrent pour les régler, les assujettit tous deux, en même temps qu'il déposséda Ântiochus surnommé l'Asiatique, dernier roi de Syrie. Ges trois princes dégradés ensemble, et comme par un seul coup, furent le signal de la décadence marquée en termes précis par le prophète Zaeharie (Zodi., xi. 8; toy. ci-dessus, chap. x. p. 179 et s.). Il est certain, par l'histoire, que ce changement des afiaires de la Syrie et de la Judée fut fait en même temps par Pompée . lorsqu'après avoir achevé la guerre de Mithridate, prêt à retourner à Rome, il régla les afiaires d'Orient. Le prophète a exprimé ce qui faisoit à la ruine des Juifs qui, de deux frères qu'ils avoient vus rois, en virent l'un prisonnier servir au triomphe de Pompée, et l'autre (c'est le foible Hircan) à qui le même Pompée ôta avec le diadème une grande partie de son domaine, ne retenir plus qu'un vain titre d'autorité qu'il perdit bientôt. Ce fut alors que les Juifs furent faits tributaires des Romains; et la ruine de la Syrie attira la leur, parce que ce grand royaume réduit en province dans leur voisinage, y augmenta tellement la puissance des Romains,. ' qu'il n'y avoit plus de salut qu'à leur obéir. Les gouverneurs de Syrie firent de continuelles entreprises sur la Judée : les Romains s'y rendirent maîtres absolus , et en afioiblirent le gouvernement en beau* coup de choses. Par eux enfin le royaume de Juda passa des mains dei
Platon, en pariant du Dieu qui aVoit formé l'univers, dit qu'il est difficile de le trouver, et qu'il est défendu de le déclarer au peuple. {Ep. u ad Dionys.). Il proteste de n'en parler jamais qu'en énigme, de peur d'exposer uue si grande vérité à la moquerie.
Dans quel abîme étoit le genre humain, qui ne pouvoit supporter la moindre idée du vrai Dieu? Athènes, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, prenoit pour athées ceux qui parloient de choses intellectuelles {Diog. Laert., lib. n; Socr.^ m. Plat)f et c'est une des raisons qui avoient fait condamner Socrate. Si quelques philosophes osoient enseigner que les statues n'étoient pas des dieux comme l'entendoit le vulgaire, ils se voyoient contraints de s'en dédire; encore après cela étoient-iis bannis comme des impies par sentence de l'Aréopage {Diog. Laert., lib. ii. Stilp.). Toute la terre étoit possédée de la même erreur : la vérité n'y osoit paroître. Le Dieu créateur du monde n'avoit de temple ni de culte qu'en Jérusalem. Quand les Gentils y envoyoient leurs offrandes, ils ne faisoienl autre honneur au Dieu d'Israël, que de le joindre aux autres dieux. La seule Judée connoissoit sa sainte et sévère jalousie , et savoit que partager la religion entre lui et les autres dieux, étoit la détruire.
CiiAP. XVII. — Corruptions et superstitions parmi les Juifs; fausses doctrines des pharisiens.
Cependant, à la fin des temps, les Juifs mêmes qui le connoissoient, et qui étoient les dépositaires de la religion, commencèrent, tai.t les hommes vont toujours àlîoiblissant la vf^rilé, non point à oublier le Dieu de leurs pères, mais à mêler dans la religion des superstitions indignes de lui. Sous le règne des Asmonéens, et dès le temps de Jonathas, la secte des pharisiens commença parmi les Juifs (Joseph,^ Antiq.j lib. xiii. c. 9, al. 5.). ils s'acquirent d'abord un grand crédit par la pureté de leur doctrine, et par robservance exacte de la loi : joint que leur conduite étoit douce, quoique régulière, et qu'ils vivoient entre eux en grande union. Les récompenses et les châtiments de la vie future, qu'ils soutenoient avec zèle, leur attiroient beaucoup d'honneur {Joseph, y Ant.jC. 18, al. 10; td. , de Bello Jud. , 1. u. c. 7, al. 8.). A la fin, l'ambition se mit parmi eux. Ils voulurent gouverner, et en efiet ils se donnèrent un pouvoir absolu sur le peuple : ils se rendirent les arbitres de la doctrine et de la religion qu'ils tournèrent insensiblement à des pratiques superstitieuses, utiles à leur intérêt et à la domination qu'ils vouloient établir sur les consciences; et le vrai esprit de la loi étoit prêt à se perdre.
A ces maux se joignit un plus grand mal, l'orgueil et la présomption; mais une présomption qui alloit à s'attribuer à soi-même le don de Dieu. Les Juifs, accoutumés à ses bienfaits, et éclairés depuis tant de siècles de sa connoissance, oublièrent que sa bonté seule les avoit séparés des autres peuples, et regardèrent sa grâce comme une dette. Race élue et toujours bénie depuis deux mille ans, ils se jugèrent les seuls dignes de connoltre Dieu , et se crurent d'une autre espèce quti
les autres hommes qu'ils voyoient privés de sa connoissance. Sur ee fondement , ils regardèrent les Gentils avec un insupportable dédain. Être sorti d'Abraham selon la chair, leur paroissoit une distinction qui les mettoit naturellement au-dessus de tous les autres ; et enflés d'une si belle origine, ils se croyoient saints par nature, et non par grâce : erreur qui dure encore parmi eux. Ce furent les pharisiens, i qui cherchant à se glorifier de leurs lumières, et de l'exacte obser vance des cérémonies de la loi, introduisirent cette opinion vers la fin des temps. Gomme ib ne songeoient qu'à se distinguer des autres hommes, ils multiplièrent sans bornes les pratiques extérieures, et débitèrent toutes leurs pensées, quelque contraires qu'elles fussent à la loi de Dieu, comme des traditions authentiques.
Chap. xvin. — Suite des corruptions parmi les Juifs; signal de leur décadence, sekm que Zacharie Vavoit prédit.
Encore que ces sentiments n'eussent point passé par décret public en dogme de la Synagogue, ils se couloient insensiblement parmi le peuple ^qui devenoit inquiet, turbulent et séditieux. Enfin les divisions, qui dévoient être, selon leurs prophètes (Zaeh.j xi. 6, 7,8, etc.), le commencement de leur décadence, éclatèrent à l'occasion des brouilleries survenues dans la maison des Asmonéens. Il y avoit à peine soixante ans jusqu'à Jésus-Christ, quand Hircan et Aristobule, enfants d'Alexandre Jannée, entrèrent en guerre pour le sacerdoce, auquel la royauté étoit annexée. C'est ici le moment fatal où l'histoire marque la première cause de la ruine des Juifs {Joseph., Ant., lib. xiv. c. 8, al 4, lib. xz. c. 8, al, 9; de BeUo Jud., lib. i. c. 4, 5, 6: Appian., Bell, Syr, Mithrid. et civil, ^ lib. y.). Pompée, que les deux frères appelèrent pour les régler, les assujettit tous deux, en même temps qu'il déposséda Antiochus surnommé l'Asiatique , dernier roi de Syrie. Ces trois princes dégradés ensemble, et comme par un seul coup, furent le signal de la décadence marquée en termes précis par le prophète Zacharie {Zach,, xi. 8; voy. ci-dessus, chap. x. p. 179 et s.). Il est certain, par l'histoire , que ce changement des affaires de la Syrie et de la Judée fut fait en même temps par Pompée . lorsqu'après avoir achevé la guerre de Mithridate, prêt à retourner à Rome, il régla les affaires d'Orient. Le prophète a exprimé ce qui faisoit à la ruine des Juifs qui, de deux frères qu'ils avoient vus rois, en virent l'un prisonnier servir au triomphe de Pompée, et l'autre (c'est le foible Hircan) à qui le même Pompée ôta avec le diadème une grande partie de son domaine, ne retenir plus qu'un vain titre d'autorité qu'il perdit bientôt Ce fut alors que les Juifs furent faits tributaires des Romains; et la ruine de la Syrie attira la leur, parce que ce grand royaume réduit en province dans leur voisinage, y augmenta tellement la puissance des RomaîDii,. qu'il n'y avoit plus de salut qu'à leur obéir. Les gouverneurs de Syrie firent de continuelles entreprises sur la Judée : les Romains s'y rendirent maîtres absolus , et en affoiblirent le gouvernement en beau* coup de choset . Par eux enfin le rovaume de Juda passa des maint dei
Asmonéena, à qui il s-étoit soumis . en celles dHérodfi étranger et léh méen. La politique cruelle et ambitieuse de ee roi, qui oe iprofenoit qu'en apparence la religion judaïque, changea les^masiiDee dtKgowfmnement ancien. Ce ne sont plus oes Juifs maîtres <de leur sort sous le vaste empire des Perses et des premiers Séltiucides,. où Us n'AwneaC qu'à vivre en paix. Hérode, qui les 'tient de près asservis soiis sapoi*sance, brouille toutes oboses, confond à son gr^ la succeasioa des pontifes, afïbiblit le pontificat qu'il rend arbitraire, énerve rauiorité do conseil de la nation qui ne peut plus rien : toute la puissance paWiqm passe entre les mains d'Hérode et des Romains dont il est esclave, et il ébranle les fonJen^nts de la république judaî<{ue.
Les pharisiens, et le peuple qui n'écoutoit que leurs sentiments, scuffroient cet éîat avec impatience. Plus ils se sentoient pressés du joug des Gentils, plus ils conçurent pour eux de dédain et de haine. Ils ne voulurent plus de Messie qui ne fût guerrier, et redoutable aux puissances qui les captivoient. Ainsi, oubliant tant de prophéties qui leur parloient si expressément de ses humiliations, ils n'eurent plus d'yeux ni d'oreilles que pour celles qui leur annoncent des triomphes. quoique bien différents de ceux qu'ils Youloieut.
Chap. XIX. — Jésus-Christ et sa doctrine.
Dans ce déclin de la religion et des affaires des Juifs, à la fia du règne d'Hérode, et dans le temps que les pharisiens inlroduisoieiU laait d'abus, Jésus-Christ est envoyé sur la terre pour rétablir le rovaams dans la maison de David, d'une manière plus haute que les Juifs charnels ne l'eniendoient, et pour prêcher la doctrine que Dieu avoit résolu de faire annoncer à tout l'univers. Cet admirable eafant, appelé par Isaïe le Dieu fort, le Père du siècle futur, et l'Auteur de la paix (/*., IX. 6.), naît d'une viergi* à Bethléem, et il y vient reconnoitre l'erigine de sa race. Conçu du Saint Esprit, saint par sa naissance , seul digne de réparer le vice de la nôtre, il reçoit le nom de Sauveur (MaUh.<, I. 21.), parce q l'il devoit nous sauver de nos péchés. Aussitôt après sa naissance , une nouvelle étoile, figure de la lumière qu'il devoit donner aux Gentils, se fait voir eu Orient, et amène au Sauveur encore enfant les prémices de la geuiiiiié convertie. Ua peu aprèe, ce Seigneur tant désiré vient à son saint temple, où Siméun le regarde non-spu* lement comme « la gloi;'e d Israël, » mais encore comme « la lumière des nations infidèles {Luc, ii. 3:.). » Quand le temps de prêcher son Évangile approcha, saint Jean Baptiste , qui lui devoit préparer les voies, appela tous les pécheurs à la pénitence, et fit retentir de ses cris tout le désert où il avoit vécu dès ses premières atmées, aveo autant d'austérité que d'innoceràce. Le peuple, qui depuis cinq cents ans n'avoit point vu de prophètes, reconnut ce nouvel £lie, tout prêt à le prendre pour le Sauveur, tant sa sainteté parut admirable; mais lui-même il montroit au peuple celui dont < il étoit indigne de délier les soulitsrs {Joan,,i. 27.). » Enlin Jésus-Christ coajme:ice à prêcher son Ërangile. et à révéler les secreth qu'il voyoit de toute éternité au sein de soo
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Père. Il pose les fondements de son Église par la Tocation de douze pèr^heurs {Matth.^ x. 2; Jfarc, m. 16., Lue., vi. 14.), et met saint Pierre à la tête de tout le troupeau, avec une prérogative si manifeste, que les évangélistes, qui dnns le dénombrement qu'ils font des apôtres ne gardent aucun ordre certain, s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les autres, comme le premier {Aet.j i. \d;Matth.j xvi. 18.). Jésus- Christ parcourt toute la Judée, qu'il remplit de ses bienfaits; secouràble aux malades, miséricordieux envers les pécheurs dont il se montre le vrai médecin par l'accès qu'il leur donne auprès de lui, faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n'avoit jamais paru qu'en sa personne. Il annonce de hauts mystères; mais il les confirme par de grands miracles : il commande de grandes vertus; mais il donne en même temps de grandes lumières, de grands exemples, et de grandes grâces. C'est par là aussi qu'il parott « plein de grâce et de vérité, et nous recevons tout de sa plénitude {Joan, , i. 14, 15, 16.). »
Tout se soutient en sa personne : sa vie, sa doctrine, ses miracles. La même vérité y reluit partout : tout concourt à y faire voir le maître du genre humain et le modèle de la perfection.
Lui seul vivant au milieu des hommes, et à la vue de tout le monde, a pu dire sans craindre d'être démenti : < Qui de vous me reprendra de péché (Ibid.j vm. 46.)? » Et encore : < Je suis la lumière du monde; ma nourriture est de faire la volonté de mon Père : celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne me laisse pas seul, parce que je fois toujours ce qui lui plaît (f&td., 12, 29: v. 34.). »
Ses miracles sont d'un ordre particulier, et d'un caractère nouveau, Ce ne sont point a des signes dans le ciel, » tels que les Juifs les demandoient {Matth.^ zvi. 1.) : il les fait presque tous sur les hommes mêmes, et pour guérir leurs infirmités. Tous ces miracles tiennent plus de la bonté que de la puissance, et ne surprennent' pas tant les spectateurs, qu'ils les touchent dans le fond du cœur. Il les fait avec empire; les démons et les maladies lui obéissent; à sa parole les aveugles-nés reçoivent la vue, les morts sortent du tombeau, et les péchés sont remis. Le principe en est en lui-même; ils coulent de source : « Je sens, dit-il (IiM;.,yi. 19: vm. 46.), qu'une vertu est sortie de moi. » Aussi personne n'en avoit-il fait ni de si grands, ni en si grand nombre; et toutefois il promet que ses disciples feront en son nom encore « de plus grandes choses (Joan.yJiY, 12.) » tant est féconde et inépuisable la vertu qu'il porte en lui-même.
Qui n'admireroit la condescendance avec laquelle il tempère U hauteur de sa doctrine? C'est du lait pour les enfants, et tout ensemble du pain pour les forts. On le voit plein des secrets de Dieu; mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique : il en parle naturellement, comme éttnt né dans ce secret et dans cette gloire ; et < ce qu'il a sans mesure (Joan.^ m. 34.), > il le répand avec mesure, afin que notre foiblesse ie pui&se porter.
Quoiqu'il soit envoyé pour tout le monde , il ne s'adresse d'aherd qu'aux brebis perdues de la maison d'IsraSl, auxquelles il étoit toiii
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leiaaia4iiM)^^0Mi6'il MP*'^ ^ ^^ ^ la ««ainirtùm des Sivi^Kltiw «t àm GeiUiJa. Urc Xemme samaritaiiie le leconaoU pour k Gtiriet» (^ ja «natioa altoiideU aussi bien que celle 'des Juifs, et i^ pfsad de \m le mystère dm oulte .nouveau qui ne jeroit plus attaché à Mm eertam lieu (idan^vW. 21 , 2&.). Une femme «hananéenne et idoUp tm^inn aroache» po«r «nsi dine, fuoique rebutée, la^uérison de sa filli {fMéiL, JY, 23.1 4te^ Il recDQJDAit en divers endsoits les eaCants d*AiNtalum dans les Gentils ^hi<L, viu. 10, ll.).i ^ P^^le de sa doctrîM Cftaime devant «ètiw piêch4a, ccmtredLte^ et reçue par toute la teixe. U moaâe i^'avoit jamais vien vu de semblable , et sies apAlres en sont étenaôs. U ae oaebe poiat aux siens les tristes ôpseuves par lesquflH» ils devaient passer. Il leur feit voir les violences e^t la séduction empleyées contre eux« les persécutions et les faussas doctrlnjea, les fMU liài^« la gueereaii^edanset au*debons, .la foi ^pnrée par toutes cm épreuves; à la ftn des temps, L'afToiblissement de cette foi (JUue^ xim. 8f). 4^ .k» r,efroidi6semeat de la charité parmi ses disciples (¥alll^, Wiv» d%^\SM milieu <de tant de .périls, son %lise.et la vérité toi^jeio invincibles {Ibid,, zvi. 18.}*
Hm^ donc imaxiouveUe conduite, et un naéuvel ordre de choses : ea 9e,paitle plus aux enfents de Dieu de récompenses temporelles, Jésus» Cj^rist leur montre une vie .future; et les tenant suspeodus diias oetti Qtleute, il leur aj^end k se détaoberde toutes les choses sensibles. U fisoix et la patÂance deviennent ileur partage sur la terre, et le «' ciel > leur est proposé comme <ds9aiLt être «emporté de force (Ibîid. , XL 12.).> Xé^us>ClLrisi, qui montre aux homm£s cette nouvelle voie., y entrais premier : il prêche des vérités punesqui étourdissent les hommes grossiers, et néanmoins .superbes : il découvre l'orgueil ^caché et Thypofijcisie .des pharisiens et des docteurs de la loi gui la corrompoient par leucs interprétaUons. Au milieu de ces reproches, il honore leur oûnistère, et la « «haiire de Jlolae où ils sont assis {Jbid, , xxui. 2.). > H Xiréqueute le temple, dont il fait respecter la sainteté, <et renvoie aux prêtces les lépreux qu'il a. guéris. Par là il apprend aux hommes comment ils doivent reprendre et réprimer les abus, sans préjudice du ministère établi de Dieu, et muontre que le corps de la Synagogue subsistoitJQfalgré la corri^tion des particuliers, iiais elle penchoit visiblemeot 4k .sa ruine. Les pontifes et les pharisiens animoient contre Jésus-Christ le- peuple juif, idont la religion se tournoit en .superstition. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde, qui rappelle à des pratiques solides mais difficiles. Le plus saint et le meilleur de tous les hommes, IjIMinteté et la bonté même, devient le plus envié et le plus haï. II ne iHdtnabute pas, et ne cesse de faire du bien à ses citoyens; mais il voit leur ingratitude : il en prédit le chAtiment avec larmes, et dénonce à Jémsslem sa chute prochaine. 11 prédit aussi que les Juifs, ennemis 4eiUi vérité qu'il leur annooçoit, seroient livrés à Terreur, et devieo- 4i:pient le jouet des faux prophètes. Cependant la jalousie des pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme* îles 1^ iMndpnnent; un d'eus le trahit; le premier et 1' b rme trois fois. Accusé devant le conseil, il hoi
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m nistère des prêtres, et répond en termes pnécisau pontife qui Pinterrugeoit juridiquement. Mais le moment étoit arrivé, où la Sy^iagogue devoit être réprouvée. Le pontife et tout le conseil condamne J^sus-Christ, parce qu'il se disoit le Christ Fils de Dieu. Il est livré à Ponce Pilate président romain : son innocence est reconnue par son juge, que la politique et Tintérèt font agir contre sa conscience : le juste est condamné à mort : le plus grand de tous les crimes donne lieu à la i^us parfaite obéissance qui fut jamais : lésus, maître de sa vie et de toutes choses, s'abandonne volontairement à la fureur des méchanta, et offre le sacrifice qui devoit être l'expiation du .genre humain. A la croix, il regarde dans les prophéties ce qui lui restoit à faire : il rachèva, et dit enfin : < Tout est consommé (Joan. , xix. 30.). A, ce mot , tout change dans le monde : la loi cesse, ses figures passent, ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait, Jésus-Christ expire avec un grand cri : toute la nature s'émeut : le centurion qui le gardoit, étonné d'une telle moft, s'écne qu'il est vrai ment le Fils de Dieu; et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour il ressuscite; il parott aux siens qui l'avoient abandonné^ et qui s'obstinoient à ne pas croire sa résurrection. Ils le voianjt, ils lui parlent, ils le touchent, Ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection, il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier, et le voient aussi tous ensemble : il parott une fois à plus de cinq cents hommes assemblés (1 Cor. y xv. 6.). Un apôtre, qui Va écrit, assure que la plupart d'eux vi voient encore dans le temps qu'il Pécrivoit Jésus- Christ ressuscité donne à ses apdtres tout le temps q^i'ils veulent pour le bien considérer ; et après s'être mis entre leurs mains en toutes les manières qu'ils le souhaitent, en sorte qu'il ne puisse plus leur rester le moindre doute, il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont ouï, et de ce qu'ils ont touché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi, non plus que de leur persuasion, îl les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable; le fondement en est un fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'ont vu. Lear sincérité est justifiée j>ar la plus forte épreuve qu'on puisse imaginer, qui est celle des tourments, et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fundenïent, dooze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier, qu'ils iroycient si opposé aux lois qu'ils avoient à leur prescrire, et aux vérités qu'ils avoient à leur annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem (Lue.j xxiv. 47; Act, i. 8.), et de là de se répandre par tonte la terre pour « instruire toutes les nations, et les baptiser au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit (Matth,^ xxvm. 19, 20.). » Jésns-Christ leur promet d'être « avec eux tous les jours jusqu'à la consommation des siècles, b et assure par cette parole la perpétuelle du* ié0 du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieux en leur
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VmA danc uoeiXUutveUe conduite, et un noérvel ordre de choses :4m 9e,pade plus aux enfents de Dieu de récompenses temporelles, Jésas' Çjl^rkit leur anntre une vie .future; et les tenant suspeodus dmss cette ettente, il leur apprend k se détacher de toutes les choses sensiUes.U fisoix :et la patience 4eviej:ineat deur partage sur la terre, et le «ciel > leur est proposé comme <de9aBt être « emporté de force (Ibid., XL 12.)>* Xé^us>ClLrisi, qui montre aux bomm£s cette nouvelle voie^ y entre le premier : il prêche des vérités punesqùi étourdissent les hommes grossiers^ et néanmoins .superbes : ii découvre l'orgueil ^caché et Thypoarisie des pharisiens et des docteurs de la loi gui la corrompoient par leucs interprétaUons. Au milieu de ces reproches, il honore leur ministère, et la « «haiire de Molae où ils sont assis {Jlnd,,xxui. 2.}. > H fréquente le temple, dont U fait respecter la sainteté, <et renvoie aux prêtres les lépreux qu*U a. guéris. Par ià il apprend aux hommes comment Ufi doivent reprendre et réprimer les abus, sans préjudice du miaûstère établi de Dieu, et nmntre que le corps de la Synagogue subsistoitjne)gré la corxi^tion des particulieRs.3(aiseUe penchoit visiblement i^>sa ruine. Les pontiXes et les pharisiens animoient contre Jésus-Christ le- peuple juif, idont la religion se tournoit en .superstition. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde, qui rappelle à des pratiques solides «nais difficiles. Le plus saint et le meilleur de tous les hommes, la MîAteté et la bouté même, devient le plus envié et le plus haL II ne ^tiebute pas, et ne cesse de faire du bien à ses citoyens; mais il voit leur ingratitude : il en prédit le châtiment avec larmes, et dénonce à Jémsalem sa chute prochaine. II prédit aussi que les Juifs, ennemis 4e ils vérité qu'il leur annonçoit, seroient livrés à Terreur, et devien- 4i:Qieot le jouet des faux prophètes. Cependant la jalousie des pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme : ses disciples TaiMndpnnent; un d'eus le trahit; le premier et le plus zélé de tous le rme trois fois. Accusé devant le conseil, il honore jusqu'à la fin le
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m .ni stère des prêtres, et répond en termes pnécisau pontib qui .l'interrugeoit juridiquement. Mais le moment ëtoit arrivé, où la Synagogue devoit être réprouvée. Le pontife et tout le conseil condamne Xésus-Christ, parce qu'il se disoit le Christ Fils de Dieu. Il est livré à Ponce Pilate président romain : son innocence est reconnue par son juge, que la politique et Tintérèt font agir contre sa conscience : le juste est «ondamné à mort : le plus grand de tous les crimes donne lieu à la i^us parfaite obéissance qui fut jamais : ^sus, maître de .sa vie et de toutes choses, s'abandonne volontairement à la fureur des méchanta, et offre le sacrifice qui devoit être Texpiation du genre humain. A la croix, il regarde dans les prophéties ce qui lui restoit à faire : il rachèva, et dit enfin : « Tout est consommé {Joan.^ xix. 30.). A, ce mot, tout change dans le monde : la loi cesse, ses figures passent, ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait, Jésus-Christ expire arec un grand cri : toute la nature s'émeut : le centurion qui le gardoit, étonné d'une telle mort, s'écrie qu'il est vrai ment le Fils de Dieu; et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine. Au troisième jour il ressuscite; il parott aux siens qui l'avoient abandonné, et qui s'obstinoient à ne pas croire sa résurrection. Ils le volant, ils lui parlent, ils le touchent, ils sont convaincus. Pour confirmer la foi de sa résurrection, il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particulier, et le voient aussi tous ensemble : n parott une fois à plus de cinq cents hommes assemblés (1 Cor.f xv. 6.). Un apôtre, qui Va écrit, assure que la plupart d'eux vi voient encore dans le temps qu'il Pécrivoit Jésus- Christ ressuscité donne à t^es apdtres tout le temps q^i'ils veulent pour le bien considérer ; et après s'être mis entre leurs mains en toutes les manières qu'ils le souhaitent, en sorte qu'il ne puisse plus leur rester le moindre doute, il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont ou!, et de ce qu'ils ont touché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi , non plus que de leur persuasion , il les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable; le fondement en est un fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'ont v«. Lear sincérité est justifiée j>ar la plus forte épreuve qu'on pu^'sse imaginer, qui est celle des tourments, et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fondeuîent, dooze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier, qu'ils voyoient si opposé aux lois qu'ils avoient à leur prescrire, et aux vérités qu'ils avoient à leur annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem (Lue, y xxiy. 47; Àct., i. 8.), et de là de se répandre par tonte la terre pour < instruire toutes les nations, et les baptiser au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit (Jfaa/i., xxvm. 19, 20.). » Jésus-Christ leur promet d'être « avec eux tous les jours jusqu'à la consommation des siècles, b et assure par cette parole la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieux en leur présence.
Les promesses vont être accomplies : les prophéties vont avoir leur dernier éclaircissement. Les Gentils sont appelés à la connoissance de
Dieu par les ordres de Jésus-Christ ressuscité; une nouTelIe cérémonit est instituée pour la régénération du nouveau peuple ; et les fidèles apprennent que le vrai Dieu^ le Dieu d*lsraél, ce Dieu un et indivisible auquel ils sont consacrés par le baptême, est tout ensemble Père, Fils, et Saint-Esprit.
Là donc nous sont proposées les profondeurs incompréhensibles de l*Étre divin, la grandeur ineffable de son unité, et les richesses infinies de cette nature, plus féconde encore au dedans qu'au dehors, capable de se communiquer sans divisions à trois personnes égales.
Là sont expliqués les mystères qui étolent enveloppés , et comme scellés dans les, anciennes Écritures. Nous entendons le secret de cette parole : « Faisons l'homme à notre image {Gènes,, i. 26.);» et hi Trinité, marquée dans la création de Thomme, est expressément déclarée dans sa régénération.
Nous apprenons ce que c'est que cette Sagesse a conçue, « selon Salomon (Prov.f vm. 22.), « devant tous les temps dans le sein de Diett;i Sagesse qui fait toutes ses délices, et par qui sont ordonnés tousses ouvrages. Nous savons qui est celui que David a vu « engendré devant l'aurore (Px., cix. 3.); » et le nouveau Testament nous enseigne que c'est le Verbe, la parole intérieure de Dieu, et sa pensée éternelle, qui est toujours dans son sein, et par qui toutes choses ont été faites.
Par là nous répondons à la mystérieuse question qui est proposée dans les Proverbes {Prov., xxz. 4.) : « Dites-moi le nom de Dieu, et le nom de son Fils, si vous le savez. » Car nous savons que ce nom de Dieu, si mystérieux et si caché, est le nom de Père, entendu en ce sens profond qui le fait concevoir dans l'éternité Père d'un Fils égal i lui, et que le nom de son Fils est le nom de Verbe; Verbe qu'il engendre éternellement en se contemplant lui-même, qui est l'expression parfaite de sa vérité, son image, son Fils unique, « l'éclat de sa clarté, et l'empreinte de sa substance {Heb. , i. 3.). »
Avec le Père et le Fils nous connoissons aussi leSaint-Eprit, l'amour de l'un et de l'autre, et leur éternelle union. C'est cet Esprit qui fait les prophètes, et qui est en eux pour leur découvrir les conseils de Dieu, et les secrets de l'avenir; Esprit dont il est écrit (/c, zlvul 16.). : « Le Seigneur m'a envoyé, et son Esprit, » qui est distingué do Seigneur, et qui est aussi le Seigneur même, puisqu'il envoie les prophètes, et qu'il leur découvre les choses futures. Cet Esprit qui parie aux prophètes, et qui parle par les prophètes, est uni au Père et an Fils, et intervient avec eux dans la consécration du nouvel homme.
Ainsi le Père, le Fils, et le Saint-E>prit, un seul Dieu en trois pe^ sonnes, montré plus obscurément à nos pères , est clairement révélé dans la nouvelle alliance. Instruits d'un si haut mystère, et étonnés de sa profondeur incompréhensible, nous couvrons notre face devant Dieu avec les séraphins que vit Isaîe (/&id., vi.), et nous adorons avec eux celui qui est trois fois saint.
C*étoit au Fils unique < qui étoit dans le sein du Père (/oon., i. 18.)** et qui sans en sortir venoit à nous, c'étoit à lui à nous découvrir plei-
nement ces admirables secrets de la nature divine, que Moïse et les prophètes n'avoient qu'effleurés.
C'étoit à lui à nous faire entendre d*où vient que le Messie promis comme un homme qui de voit sauver les autres hommes, étoiten même temps montré comme Dieu en nombre singulier, et absolument à It manière dont le Créateur nous est désigné : et c'est aussi ce qu*il a fait, en nous enseignant que, quoique fils d'Abraham , « ilétoit devant qu'A« braham fût fait (Joan., viu. 58.); qu'il est descendu du ciel, et toutefois qu'il est au ciel (/btd., m. 13;» qu'il est Dieu, Fils de Dieu, et tout ensemble homme, fils de Thomme; le vrai Emmanuel, Dieu avee nous; en un mot, le Verbe fait chair, unissant en sa personne la nature humaine avec la divine, afin de réconcilier toutes choses en luimême.
Ainsi nous sont révélés les deux principaux mystères, celui de la Trinité, et celui de l'Incarnation. Mais celui qui nous les a révélés, nous en fait trouver l'image en nous-mêmes, afin qu'ils nous soient toujours présents, et que nous reconnoission s la dignité de notre nature.
En effet, si nous imposons silence à nos sens, et que nous nous reofermions pour un peu de temps au fond de notre âme, c'est-à-dire dans cette partie où la vérité se fait entendre, nous y verronM quelque image de la Trinité que nous adorons. La pensée, que nous sentons naître comme le germe de notre esprit, comme le fils de notre intelligence, nous donne quelque idée du Fils de Dieu conçu éternellement dans l'intelligence du Père céleste. C'est pourquoi ce Fils de Dieu prend le nom de Verbe, afin que nous entendions qu'il naît dans le sein du Père, non comme naissent les corps, mais comme naît dans notre âme cette parole intérieure que nous y sentons quand nom contemploni» la ▼érité ( Greg. Sax. OraU xxxn. nunc xxz. n. 20, tom. i, p. &S4, éd. Bened.; Aug. , de Trinit. , lib. iz. cap. iv et ieq, tom. vxji. eoi. 880 et uq., et in Joan, Evang,, tract, i. etc. tom. ui. p. 2, col. 292 etuq.f IfeCiv. Dei^ lib. zi. cap. xxvi. zxvn. xxvul tom. vu. coL 292 et seq,).
Mais la fécondité de notre esprit ne se termine pas i cette parole intérieure, à cette pensée intellectuelle, à cette image de la vérité qui se forme en nous. Nous aimons cette parole intérieure de Tesprit oà elle na!t; et en l'aimant nous sentons en nous quelque chose qui ne nous est pas moins précieux que notre esprit et notre pensée, qui est le fruit de l'un et de l'autre, qui les unit, qui s'unit i eux, et ne Cait avec eux qu'une même vie.
Ainsi, autant qu'il se peut trouver de rapport entre Dieu et l'homme, ainsi, dis-je, se produit en Dieu l'amour étemel qui sort du Père qià pense, et du Fils qui est sa pensée, pour faire avec lui et sa pensée une même nature également heureuse et parfaite.
£n un motf Dieu est parfait; et son Verbe, image vivante d'une vé* rite infinie, n'est pas moins parfait que lui; et son Amour, qui sortant de la source inépuisable du bien en a toute la plénitude, ne peut manquer d'avoir une perfection infinie; et puisque nous n'avons point d'autre idée de Dieu que celle de la perfection , c\iic>ni« ^ tM \nK%
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choMS conaidérée en eUe-même mérite d*ètreappel60 Dieu : mais pane que ces trois choses conviennent nécessairement à une môme natnce, cas trois choses ne sont qvCun seul Dieu.
Il ne faut donc concevoir rien d'inégal ni de séparé dans cette Trinité adorable; et quelque incompréhensible que soit cette égalité, nobn âme, si nous Técoutons, nous en dira quelque chose.
Elle est;. et quand elle sait parfaitement ce qu'elle est, son inteliigence répond à la vérité de son être; et quand eUe aime son être avec son intelligence autant qu'ils méritent d'être aimés, son amour égds la. perfection.de Tun etde l'autre (Àu^,, Ibc. cit.). Ces trois choses ne se. séparent jamais, et s'enferment Tune Tautre : nous entendons que nous sommes, et que nous aimons; et nous aimons à ôtre, et à entendre. Qui le peut nier, s'il s'entend lui-mSme? Et non-seolemoat use de ces choses^ n'est pas meilleure que l'autre, mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu'une d'elles en particulier, puisque chacune enferme le tout; et que dans les trois consiste la félicité et h dignité de la nature raisonnable. Âin^i , et infiniment au-dessus, est parfaite, inséparable, une en son essence, et enfin égale en tout sens, la Trinité qjae nous servons, et à laquelle nous sommes consacrés par notre baptême.
Mais nous-mêmes, qui sonmies l'image de lia Trinité, nous-mêmes, à un autre égard, nous sommes encore l'image de l'Incarnation.
Notre ême, d'une nature spirituelle et incorruptrbte, a un eorps corruptible qui lui est uni {Àug,, Ep, m ad Toltu.^ nunc czzznL cap. UL n. 11; tom. u, c. 405. De Civit. Dei,. lib. z. cap. zxd:. tomi. vu. col. 264;. CyrilL , Ep, ad Valerian.f part, lll; Coneil. Ejkei, tom. m. ConciL col. 1155 e^ seq. etc.; Symb, Ath.j etc.) ; et de l'union de l'un et de l'autre résulte un tout, qui est l'homme, esprit et corps tout ensemble, incorruptible et corruptible, intelligent et poreaient brute. Ces attributs conviennent au tout, par rapport d chacune de ses deux parties.: ainsi le Verbe divin, dont la vertu soutient tout, s'unit d'une façon particulière, ou plutôt il devient lui-même, par une pacfaite union, ce Jésus-Christ, fils de Marie: ce qjui fait qu'il est fiieu et homme tout ensemble, engendré dans l'ëternitô, et engendré dans le temps;, toujours vivant dans le sein du Père, et mort suris croix pour nous sauver.
Mais où. Dieu se trouve mêlé, jamais les comparaisons tirées des choses humaines, ne sont qu'imparfaites. Notre Sme n'est pas devant notre corps, et quelque chose lui manque lorsqu'elle en est séparée. Le Verbe, parfait en. lui-même dès l'éternité,, ne sfunit à notre nature ^ue pour l'honorer. Cette &me qui préside au corps, et y fkit divers diangements, elle-même en souffre à son tour.. Si le corps est mfl au commandement et sebn la volonté de l'âme, Tftme est troublée, l'ême est aiHigj&e et agitée en mille manières, ou fâcheuses ou agréables, suivant les dispositions du corps; en sorte que comme l'âme élève le corps à elle en le gouvernant, elle est abaissée au-dessous èe lui par les choses qu'elle en souffre. Mais, en Jésus-Christ, le Verbe préside à tout, le Verbe tient tout sous sa main. Ainsi l'homme est
élevé, et le Verbe ne se rabaisse par aucun enëtoit : immuable et inaltérable , il domine en tout et partout la nature qui lui est unie;
De là Tient qu'en Jésus-Christ, Thomme, absoluiftent soumis à la direction intime du Verbe qui relève à soi, n'a que des pensées et dta mouTem«nts divins. Tout ce qu'il pense, tout ce qu'il veut, tout oe qu'il dit, tout ce qu'il cache au dedan&v tout cft qu'il montre au dt^hors est animé par le Verbe, conduit par lé Verbe, digne du Verbe, c'est» à-<lire digrne de la raison même, de la sagesse mêto«>, et de la» vérité même. C'est pourquoi tout est lumière en Jésus-Christ; sa conduit* est une régie; ses miracles sont des instructions^ ses paroles -sont esprit et vie.
Il n'est pas donné' à tous dé bien entendre ces sublimes vétdté», al de voir parfaitement en lui-même cette merveiUeuse- image des cbosM divines, que saint Augustin et les autres Pères ont crue-si certaine. Le9 sens nous gouvernent trop; et notre imagination, qui se veut mêler dans toutes nos pensées, ne nous permet pas toujours de- nous arrétav sur une lumière si pure. Nous ne nous* connoissons pas nous-mêmesç nous ignorons les richesses que nous portons dans le fond de notra nature ; et il n'y a que les yeux les plus épurés qui les- puissent apenr^ cevoir. Mais si peu que nous entrions dans oe secret, et que nous ssk chions remarquer en nous l'image de deux mystères- qui font le fbods* ment de notre (bi^ c'en est assez pour nous élever- au^essus<de tout^ et rien de mortel ne nous pourra plus toucher.
Aussi Jésus-Christ nous appelle-t-il à une gloire immortelle, et c'est le fhiit de la foi que nous avons pour les mystères.
Ce Dieu-Homme, cette vérité et cette sagesse incarnée, qui nous fîait croire de si grandes choses sur sa seule autorité j nous en promet dans-rétemitô la claire et bienheureuse vision, comme la récompens» certaine de notre foi.
De cette sorte, la mission de Jésus-Christ- est relevée infiniment au* dessus de celle de Moite.
Mofee étoit envoyé pour réveiller par des récompenses temporeltet les hommes sensuels et abrutis. Puisqu'ils étoient devenus tout corps et tout chair, il les falloit d'abord prendre' par le» sens^ leur inculquer par ce moyen la connoissance de Dieu, et Thorreur éê l'idolâtrie à laquelle le genre humain avoit une inclination si prodi* gîeiise.
Ttel étoit le ministère de Moise : il étoit réservé à Jésus-Christ d^in> spirer à Phomme des pensées plus hautes, et de lui faire conaottfs dans une pleine évidence la dignité, l'immortalité, et ïm félicUé étsiw ndJe de son âme.
Durant les temps d'ignorance, c'est-à-dire durant les temps qui ont précédé Jésus-Christ, ce que l'âme connoissoit de sa dignité et de mm immortalité l'induisoit le plus souvent à erreur. La culte des hommii morts faisoit presque tout le fond de l'idolâtrie; presque tous les boi»> mes saerifioient aux mânes, c'est-à-dire aux âmes des morts. De si tn^ ciennes erreurs nous font voir à la vérité combien étoit ancienne ia croyance de l'immortalité de Tâme, et nous montrent qu'elle doit €Vf%
S9ô DISCOURS .
rangée parmi les premières traditions du genre humain, if ais rhooune, qui gfttoit tout, en aToit étrangement abusé, puisqu'elle le portoiti sacrifier aux morts. On alloit môme jusqu^à cet excès de leur sacrifier des hommes vivants : on tuait leurs esclaves, et même leurs femmes, pour les aller servir dans l'autre monde. Les Gaulois le pratiquoieot avec beaucoup d'autres peuples {Cxi, , De Bell, Gall. , lib. vi. cap. 18.), et les Indiens, marqués par les auteurs païens parmi les premiers dé- Iraseurs de l'immortalité de Tâme, ont aussi été les premiers à introduire sur la terre, sous prélexte de religion, ces meurtres abominables. Les mêmes Indiens se tuoient eux-mêmes pour avancer la félicité delà vie future; et ce déplorable aveuglement dure encore aujourdlivi parmi ces peuples : tant il est dangereux d'enseigner la vérité dans un autre ordre que celui que Dieu a suivi, et d'expliquer clairement à l'homme tout ce qu'il est, avant qu'il ait connu Dieu parfaitement
C'étoit faute de connoitre Dieu que la plupart des philosophes n'ont pu croire à Tftme immortelle sans la croire une portion de la divinité, une divinité elle-même, un être éternel, incréé aussi bien qu'incorruptible, et qui n'avoit non plus de commencement que de fin. Que dirai-je de ceux qui croyoient la transmigration des Urnes; qui les &isoient rouler des cieux à la terre, et puis de la terre aux cieux; des animaux dans les hommes, et des hommes dans les animaax; de la félicité à la misère, et de la misère à la. félicité, sans que ces révolutions eussent jamais ni de terme ni d'ordre certain? Combien étoit obscurcie la justice, la providence, la bonté divine parmi tant d'erreurs 1 El qu'il étoit nécessaire de connoitre Dieu et les règles de sa sagesse, avant que de connoitre Tâme et sa nature immortelle I
C'est pourquoi la loi de Moïse ne donnoit à l'homme qu'une première notion de la nature de l'âme et de sa félicité. Nous avons vu l'&me au commencement faite par la puissance de Dieu aussi bien que les au très créatures; mais avec ce caractère particulier, qu^elle étoit faite i son image et par son souffle; afin qu'elle entendit à qui elle tient pir son fond, et qu'elle ne se crût jamais de même nature que les corps, ni formée de leur concours. Mais les suites de cette doctrine, et le merveilles de la vie future ne furent pas alors universellement déve ioppées; et c'étoit au jour du Messie que cette grande lumière devoi parottre à découvert.
Dieu en avoit répandu quelques étincelles dans les anoiennes fioritures. Salomon avoit dit que a comme le corps retourne à la terre d'où il est sorti, l'esprit retourne à Dieu qui l'adonné {Ecole. , su. 7.). Les patriarches et les prophètes ont vécu dans cette espérance; et Daniel avoit prédit qu'il viendrait un temps « où ceux qui dorment dans la poussière s'éveilleroient, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour une éternelle confusion, afin de voir toujours (Dan,, xu. 2, 3.). » Mais en même temps que ces choses lui sont révélées, il lui est ordonné de < sceller le livre , et de le tenir fermé jusqu'au temps ordonné de Dieu (Dan. xii. 4.) ; » afin de nous faire entendre que la pleine découverte de ces vérités étoit d'une autre saison et d'un autre •iècle.
SUR l'histoire universelle. 297
Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques pro< messes des félicités éternelles, et que vers le temps du Messie où elles dévoient être déclarées, ils en parlassent beaucoup davantage, comme il parolt par les livres de la Sagesse et des Machabées; toutefois cette vérité faisoit si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les sadducéens, sans la reconnoître, non-seulement étoient admis dans la Synagogue, mais encore élevés au sacerdoce. C'est un des caractères du peuple nouveau, de poser pour fondement de la religion la foi de la vie future; et ce devoit être le fruit de la venue du Messie.
C'est pourquoi , non content de nous avoir dit qu'une vie éternellement bienheureuse étoit réservée aux enfants de Dieu, il nous a dit en quoi elle consistoit. La vie bienheureuse est d'être avec lui dans la gloire de Dieu son Père : la vie bienheureuse est de voir la gloire qu'il a dans le sein du Père dès l'origine du monde : la vie bienheureuse est que Jésus-Christ soit en nous comme dans ses membres, et que l'amour éternel que le Père a pour son Fils s'étendant sur nous, il nous comble des mêmes dons : la vie bienheuruese, en un mot, est de connottre le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ qu'il a envoyé (Joan.^ xvii.); mais le connoître de cette manière qui s'appelle la claire vue, « la vue face à face (1 Cor., xni. 9, 12.) > et à découvert, la vue qui réforme en nous et y achève l'image de Dieu, selon ce que dit saint Jean (1 Joan., m. 2.), c que nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est >
Cette vue sera suivie d'un amour immense, d'une joie inexplicable , •t d'un triomphe sans fin. Un Alléluia éternel, et un Amen éternel, dont on entend retentir la céleste Jérusalem {Apoc.f n^. 12; xix. 1, 2, 3. 4, 5, 6.), font voir toutes les misères bannies, et tous les désirs satisfaits; il n'y a plus qu'à louer la bonté divine.
Avec de si nouvelles récompenses, il falloit que Jésus-Christ proposât aussi de nouvelles idées de vertu, des pratiques plus parfaites et plus épurées. La fin de la religion, l'âme des vertus et l'abrégé de la loi, c'est la charité. Mais, jusqu'à Jésus-Christ, on peut dire que la perfection et les effets de cette vertu n'étoient pas entièrement connus. C'est Jésus-Christ proprement qui nous apprend à nous contenter de Dieu seul. Pour établir le règne de la charité, et nous en découvrir tous les devoirs, il nous propose l'amour de Dieu, jusqu'à nous haïr nous-mêmes, et persécuter sans relâche le principe de corruption que nous avons tous dans le cœur. 11 nous propose l'amour du prochain , jusqu'à étendre sur tous les hommes cette inclination bienfaisante, sans en excepter nos persécuteurs; il nous propose la modération des désirs sensuels, jusqu'à retrancher tout à fait nos propres membres, c'est-à-dire ce qui tient le plus vivement et le plus intimement à notre cœur; il nous propose la soumission aux ordres de Dieu jusqu'à nous réjouir des souffrances qu'il nous envqie^ il nous propose l'kumilitéy jusqu'à aimer les opprobres pour la gloire de Dieu, et à croire que nulle injure ne nous peut mettre si bas devant les hommes, que nous De soyons encore plus bas devant Dieu par nos oéchés. Sur c« 1<^^<^«
mSCODRS
ment d« la charité, il perfectionne tous les états de la/mi hnmiiie. Ceflt par là que le mariage est réduit à sa forme primitive-: l'amoir conjugal n'est plus partagé : une si sainte société n^a pitinde fin qas celle de la Tie; et les enfants ne votent plus chasser- leur mère pour mettre à sa place une marâtre. Le célibat est montré^ comme uae imitation de la vie des anges, uniquement occupé» de Dieu ettdee duslai délices de son amour. Les supérieurs apprennent qu'ils sont senfitrais des autres, et dévoués à leur bien ; les inférieurs reoonnoissMit l'ordr» de Dieu dans les puissances légitimes^ lors mdme qu'elles aènsnt de leur autorité : cette pensée adoucit les peines de la sujétieiv et sous des maîtres fâohemt Tobéissanoe n'est plus fâcheuse' ao: vrii chrétien.
A ces préceptes il joint des conseils- de perfeetioo éminentB- : renoncer à tout plaisir; vivre dans le coips comme- si on étoitsans corps; quitter tout; donner tout sus pauvres, pour ne posséder- qns Dieu seul , vivre de peu , et presque de rien , et attendre ce* peu. ëe k I^ovidence divine.
Ifois la loi la plus propre à l'Evangile, est odle^ de> porter-sa Gims. La croix est la vraie épreuve de la* foi>, le vrai fondement dei Tespéf mnce, le parfait épurementde la charité, en un mot, le> ohemia Ai eiel. Jésus^Chrîst est mort à' la crois; il a porté sa croii toutes» vie; c'est k lar croix qu'il veut qu'on le suive> et il met la> vie étemelle à ce prix. Le premier à qui- il promet* en psprticulier le repos du siède futur, est un compagnon de sa croix : « Tu seras, lui dit-^i (jne:, zzm. 43.), aujourd'hui avec moi en paradis. » Aussitôt qu-il fut i la croix, le voile qui couvruit le sanctuaire fut déchiré'du haut en ha», el le ciel fut ouvert aux âmes saintes. C'est au sortir de la croix, etidw horreurs de son supplice, qu il parut à ses apôtres glorieux et vain» queur de la mort; afin qu'ils comprissent que- c'est par la- croiv qu'il devoit entrer dans sa gloire, et quMl ne montroit point d'autre voie à ses enfantSi
Ainsi fut donné au monde, en la personne de Jésus-Christ, limage d'une vertu accomplie, qui n'a rien et n'attend' rien sur- la* terre; que les hommes ne récompensent que par de continuelles persécution»^ qui ne cesse de leur faire du bien, et à qui ses propres bienfaits attirent le dernier supplice. Jésus-Christ meurt sans trouver ni lecon* noissance dans ceux qu'il oblige, ni fidélité dans. ses. amis, ni équité dans ses juges. Son innocence, quoique reconnue, ne le sauve pas; son Père même, en qui seul il avoit mis> son espérance, retire tontei les marques de sa protection : le juste est livré à ses ennemie, et il meurt abandonné de Dieu et des hommes.
Mais il falloit faire voir à l'homme de bien, que dans les plus grandes extrémités il n'a besoin ni d'aucune consolation humaine, ni même d'aucune marque sensible du secours divin : qu'il aime seulement et qu'il se confie, assuré que Dieu pense à lui sans lui en donner aucnae marque, et qu'une éternelle félicité lui est réservée.
Le plus sage des philosophes, en cherchant l'idéede la vertu, a troai4 que oommede tous les méchants oelui-lft seroit le plos méobaiit qai
SUR L*HISTOIRff UNIVERSELLE. 299
saurait si bien couvrir sa malice, qu'il passât pour homme de bien, et joutt par ce moyen de tout le crédit que peut donner la vertu : ainsi le plus vertueux devoit être sans difficulté celui à qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie de tous les hommes; en sorte qu'il n'ait pour lui que sa conscience, et qu'il se voie exposé à toute sorte d*injures, jusqu'à être mis sur la croix, sans que sa vertu lui puisse donner ce foible secours de l'exempter d'un tel supplice (Socr, , apud Piaf., De Rep.f hb u.). Ne sembie-t-il pas que Dieu n'ait mis cette merveilleuse idée de vertu dans l'esprit d'un philosophe , que pour la rendre effec^ tive en la personne de son Fils, et faire voir que le juste a une autre gloire, un autre repos, enfin un autre bonheur que celui qu'on peat avoir sur la terre?
Stablir cette vérité, et la montrer accomplie si visiblement en soi» même aux détiens de sa propre vie, c'étoit le plus grand ouvrage que* pdt faire un homme; et Dieu l'a trouvé si grand, qu'il l'a réservé à ce Messie tant promis, à cet homme qu'il a fait la même personne avee ^on Fils unique.
En effet, que poavoit-on réserver de plus grand à un Dieu venant sur la terre î et qu'y pouyoit-il faire de plus digne de lui, que d'y montrer la vertu dans toute sa pureté, et le bonheur éternel où la conduisent les maux les plus extrêmes ?
Mais si nous venons à considérer ce qu'il y a de plus haut et de plu» intime dans le mystère de la croix, quel esprit humain le pourra comprendre? Là nous sont montrées des vertus que- le seul Homme-Dieu pouvoit pratiquer. Quel autre pouvoit comme lui se mettre à la place de toutes les victimes anciennes,, les abolir en leur substituant une mtime d'une dig^nité et d'un mérite infini , et faire que désormais- il n'y eût plus q«e lui seul à offrir à Dieu ? Tel est l'acte de religion que Jé^ sus-Christ exerce à la croix. Le Pore étemel pou voit-il trouver, ou parmi les anges, ou parmi les hommes, une obéissance égale à celle que laii rend son Fils bien-aimé, lorsque rien ne lui> p>ouvant arracher la vie, il la donnai volontairement peur lui complaire? Ouedtrai>je de la par^ faite union de tous ses désirs avec la divine volonté, et de l'amoar par loyiel ii se- tient uni « à Dieu qui étoit en Uii, se réconciliant le monde {2Ccr^j V. Id.)? » Dans cette union incompréhensible, il eatbrasse tout le genre humain; il pacifie le ciel et la terre; il se plonge avec une-avde«r immense dans oe déluge de sang où « ii devoit être baptisé » afec ton» les siMis, et fait sortir de ses plaies* le feu » ë» l'amoiir dt«ii « qi«i devoit embraser toute la terre (Luc., xu. 49, 60.). » Hais voici tm qui passe tout» intelligeace : la justice pratiquée par ce Dieo-Hlommei^. qui se laisse condamner par le monde, afin que le monde demenrei éternellement condamné par l'énorme iniquité de oe jugement. • Maintenant le monde est jugé, et le prince de ce monde va être- chassé,, » oonuae le prononce JéMs-Christ lui-même (Jocm.y m. 31.). L'enfbr-, qni avoit subjugué le monde, le va perdre; en attaquant l'innocent, il sera eon^aint de lâcher les coupables qu'il tenoit oaptifis ; la mallMnmnee «obligation » par laquelle nous étions livrés aui anges nbelies, « est antemie ; » Jésus-Christ « l'a attachée à sa ocatx (jColota^ ^ li.. V^^
14, 15), pour y être effacée de son sang; l'enfer dépouillé gémit : la croix est un lieu de triomphe à notre Sauveur, et les puissances ennemies suivent en tremblant le cbar du vainqueur. >Mais un plus grand triomphe parott à nos yeux : la justice divine est elle-même vaincue; le pécheur, qui lui étoitdû comme sa victime, est arraché de ses mains. Il «trouvé une caution capable de payer pour lui un prix infini. Jésus- Christ s'unit éternellement les élus pour qui il se donne; ils sont ses membres et son corps ; le Père éternel ne les peut plus regarder qu'en leur chef, ainsi il étend sur eux l'amour infini qu'il a pour son Fils. C'est son Fils lui-même qui le lui demande; il ne veut pas être séparé des hommes qu'il a rachetés: « mon Père, je veux, dit-il (Joan,, xvn. 24,25, 26.)» qu'ils soient avec moi. » Ils seront remplis de mon esprit; ils jouiront de ma gloire; ils partageront avec moi jusqu'à mon tréne (ÀpoCy iii. 21.).
Après un si grand bienfait, il n'y' a plus que des cris de joie qui puissent exprimer nos reconnoissances. « merveille, s'écrie un grand philosophe et un grand martyr (Justin,, Epist. ad Diogn,, n. 9. p. 238 éd. Bened,)y à échange incompréhensible, et surprenant artifice de la sagesse divine! » Un seul est frappé, et tous sont délivrés. Dieu frappe son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables , et pardonne aux hommes coupables pour l'amour de son Fils innocent. « Le juste paye ce qu'il ne doit pas, et acquitte les pécheurs de ce qu'ils doivent; car qu'est-ce qui pouvoit mieux couvrir nos péchés que sa justice? Comment pouvoit être mieux expiée la rébellion des serviteurs que par l'obéissance du Fils? L'iniquité de plusieurs est cachée dans un seul juste, et la justice d'un seul fait que plusieurs sont justifiés. » Â quoi donc ne devons-nous pas prétendre? « Celui qui nous a aimés, étant pécheurs, jusqu'à donner sa vie pour nous, que nous refusera-t-il après qu'il nous a réconciliés et justifiés par son sang {Rom.j v. 6, 7, 8, 9, 10.)? • Tout est à nous par Jésus-Christ, la grâce, la sainteté, la vie, la gloire, Ja béatitude : le royaume du Fils de Dieu est notre héritage; il n'y a rien au-dessus de nous, pourvu seulement que nous ne nous ravilissions pas nous-mêmes.
Pendant que Jésus-Christ comble nos désirs et surpasse nos espérances, il consomme l'œuvre de Dieu commencée sous les patriarches et dans la loi de Moïse.
Alors Dieu vouloit se faire connoltre par des expériences sensibles : il se montroit magnifique en promesses temporelles, bon en comblant ses enfants des biens qui flattent les sens, puissant en les délivrant des mains de leurs ennemis, fidèle en les amenant dans la terre promise à leurs pères , juste par les récompenses et les châtiments qu'il leur envoyoit manifestement selon leurs œuvres.
Toutes ces merveilles préparoient les voies aux vérités que Jésus- Christ venoit enseigner. Si Dieu est bon jusqu'à nous donner ce que demandent nos sens, combien plutôt nous donnera-t-il ce que demande notre esprit fait à son image? S'il est si tendre et si bienfaisant envers ses enfants, renfermera-t-il son amour et ses libéralités dans ce peu d'années qui composent notre vie? Ne donnera-t-il à ceux qu'il aime.
SUR l'histoire universelle. 30 î
qu*une ombre de félicité, et qu'une terre fertile en grains et en huile? N'y aura-t-il point un pays où il répande avec aboodance les biens véritables?
Il y en aura un sans doute, et Jésus-Christ nous le vient montrer. Car enfin le Tout-Puissant n'auroit fait que des ouvrages peu dignes de lui, si toute sa magnificence ne se terminoit qu'à des grandeurs exposées à nos sens infirmes. Tout ce qui n'est pas éternel ne répond ni à la majesté d'un Dieu éternel, ni aux espérances de l'homme à qui il a fait connoltre son éternité; et cette immuable fidélité qu'il garde à ses serviteurs, n'aura jamais un objet qui lui soit proportionné, jusqu'à ce qu'elle s'étende à quelque chose d'immortel et de permanent.
Il falloit donc qu'à la fin Jésus-Christ nous ouvrît les cieux, pour y découvrir à notre foi oc cette cité permanente » où nous devons être recueillis après cette vie (Hebr.fXi. 8, 9, 10, 13, 14, 15, 16.)- H nous fait vo'T que si Dieu prend pour son titre éternel, le nom de Dieu d'Âbraliam, d'isaac et de Jacob, c'est à cause que ces saints hommes sont toujours vivants devant lui. « Dieu n'est pas le Dieu des morts {Matth.f XXII. 32; Luc, xx. 38) : » il n'est pas digne de lui de ne faire, comme les hommes, qu'accompagner ses amis jusqu'au tombeau, sans leur laisser au delà aucune espérance; et ce lui seroit une honte de se dire avec tant de force le dieu d'Abraham, s'il n'avoit fondé dans le ciel une cité étemelle où Abraham et ses enfants pussent vivre heureux.
C'est ainsi que les vérités de la vie future nous sont développées par Jésus-Christ; il nous les montre, môme dans la loi. La vraie Terre promise, c'est le royaume céleste. C'est après cette bienheureuse patrie que soupiroient Abraham, Isaac et Jacob {Hebr,, xi. 14, 15, 16.) : la Palestine ne méritoit pas de terminer tous leurs vœux, ni d'être le seul objet d'une si longue attente de nos pères.
L'Egypte d'où il faut sortir, le désert où il faut passer, la Babylone dont il faut rompre les prisons pour entrer ou pour retourner à notre patrie, c'est le monde avec ses plaisirs et ses vanités: c'est là que nous sommes vraiment captifs et errants , séduits par le péché et ses convoitises; il nous faut secouer ce joug, pour trouver dans Jérusalem et dans la cité de notre Dieu la liberté véritable, et un sanctuaire « non fait de main d'homme (2 Cor.f v. 1.), » où la gloire du Dieu d'Israël nous apparoisse.
Par cette doctrine de Jésus-Christ, le secret de Dieu nous est découvert; la loi est toute spirituelle, ses promesses nous introduisent à celles de l'Evangile, et y servent de fondement. Une même lumière nous parott partout : elle se lève sous les patriarches : sous Moïse et sous les prophètes elle s'accroît : Jésus-Christ, plus grand que les patriarches, plus autorisé que Moïse, plus éclairé que tous les prophètes, nous la montre dans sa plénitude.
Ace Christ, à cet Homme-Dieu, à cet homme qui tient sur la terre, comme parle saint Augustin, la place de la vérité, et la fait voir per- .sonnellement résidente au milieu de nous: à lui, dis-je, étoit réservé de nous montrer toute vérité, c'est-à-dire celle des mystères, délie des Tertus, et celle des récompenses aue Dieu a destinées à ceux qu'il aime.
dOS 1!)VSG0URS
tf ètoit de téHék granfienn que les Tmits éwàkim t^métm tn lenr Messie. Il n'y e rien de si grand que de porter en scpi-même, et de découvrir aux hommes, la vérité tout entière, qui les nourrit, qui les "dirige, et qui épure leurs yeux jusqu'à les rendre capables de voir Diea.
Dons le temps que la vérité de voit être montrée ftint hommes avec eette plénitude, il étoK aussi ordonné qu'elle seroit annoncée par tonte la terre , et dans tous les temps. Dieu n'a donné à Hôbe qn'un seul peuple et un temps déterminé : tous les siècles, et tous te& peuples du ixionde sont donnés à Jésas-€hrist : il a ses élus partout, et son Église répanrdue dans tout l'univers ne cessera jamais de les enfanter. « Allei, ^dît-il (¥ollfc., rxna. Î9, 20.) , enseignez toutes les nmtions, leslii|rti- «ant au nom dn Père, et dn Fils, et du Saint-Esprit, et leur «ppranant 4 garder tout ce que je vous ai commandé : et voilà je -suis avec foas tiras les jours jusqif à la fin des siècles.
Chip. xz. — La deteente du Saint-Esprit : VétabUttement de intgUu: Ui jv^emetUi de Dieu sur Us Juifs et sur les Gentils.
Pour répan'ire dans tous les lieux ^t dans tons les siècles de si hantes vérités, et ponr y mettre en vigueur, an milieu de la comiptioii, ides pratiques si épurées, il falloit nne vertu phis qu'humaine. Cest pourquoi Jésus-Christ promet d'envoyer le Saint-Esprit pour fortifier 868 apôtres, et animer éternellement le corps de l'Eglise.
Cette force du ISaint-Esprit, pour se dédarer davantage, dfevoitparottre dans TinUrmité. « Je vous enverrai , > dit Jésus-Christ àaesap^ très (Lmb., xxiv. 49.), « ce que mon Père a promis ; » c'est-à-dire le Saint-Esprit : en attendant, a tenez-vous en repos dnus Jérusalem;» n'entreprenez i en « jusqu'à ce que vous soyez revêttis de la force d'en haut. »
Pour se conformer à cet ordre ils demeurent enfermés qnanmte jours: le Saint-Esprit descend au temps arrêté ; les langues de feu tombées sur les disciples de Jésus-Christ marquent l'efficace de leur parole; la prédication commence; les apôtres rendent témoignage à Jésus-Christ; ils sont prêts à tout souffrir pour soutenir qu'ils l'ont vu ressuscité. Les miracles suivent leurs paroles : en deux prédications de saint Pierre huit mille Juifs se convertissent, et pleurant leur erreur ils sont lavés dans le sang qu'ils avoient versé.
Ainsi l'Eglise est fondée dans Jérusalem, et parmi les Juifs, malgré l'incrédulité du gros de la nation. Les disciples ^e Jésus-Christ font voir au monde une charité, une force, et une douceur qu'aucune société n*avoit jamais eue. La persécution s'élève; la foi s'augmente ; les enfants de Dieu apprennent de plus en plus à ne désirer que le ciel ; les Juifs, par leur malice obstinée, attirent la vengeance de Dieu, et avancent les maux extrêmes dont ils étoient menacés; leur état et leurs affaires empirent. Pendant que Dieu continue à en séparer un grand nombre qu'il range parmi ses élus, saint Pierre est envoyé pour baptiser Corneille, centurion romain. Il apprend, premièrement par une céleste vision, et après par expérience, que les Gentils sont appelés à
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la connotssance de Dieu. Jésus-Chrtst, qui les voulort convertir, parle d'en haut à saint Paul, qui en devoit être le docteur; et, par un miracle inouï jusqu'alors, en un instant, de persécuteur il le fait non-seulement défenseur, mais encore zélé prédicateur de la foi : il lui dé» couvre le secret profond de ta Tocation des Gentils par la réprobation des Juifs ingrats, qui se rendent de plus en plus indignes de l'Evangile. Saint Paul tend les mains anx Gentils : il traite avec une force merveilleuse ces importantes questions {Aet.f xzvi. 23.)* « Si le Christ devoit souffrir, et s'il étoit le premier qui devoit annoncer la vérité au peuple et aux Gentils, après être ressuscité des morts : » il prouve l'affirmative par Moïse et parles prophètes, et appelle les idolâtres à ia connoissance de Dien, au nom de Jésus-Christ ressuscité. Ils se convertissent en foule : saint Paul fait voir que leur vocation est un effet de la grâce, qui ne distingue plus ni Juifs ni Gentils. La fureur et la jalousie transportent les Juifs; ils font des complots terri ii!es contré saint Paul, outrés principalement de ce qu'il prêche les Gentils, et les amène au vrai Dien : ils le livrent enfin aux Romains, comme ils leur avoient livré Jésus-Christ. Tout Tempire s'émeut contre IlSgHse naissante; et Néron, persécuteur de tout le genre humain, fut le premier persécuteur des fidèles. Ce tyran fait mourir saint Pierre et saint Paul. Rome est consacrée par leur sang; et le martyre de saint Pierre, prince des apôtres, établit dans la capitale de l'empire le siège principal de la rel4;ion. Cependant le temps approchoi^ où la vengeance divine devoit éclater sur les Juifs impénitents :1e -désordre se met parmi eux; un faux zèle les aveugle , et les rend odieux à tous les hommes; leurs faux prophètes les enchantent par les promesses d'un règne imaginaire. Séduits par leurs tromperies, ils ne peuvent plus souffrir aucun empire légitime, et ne donnent aucunes bornes à leurs attentats. Dieu les livre au sens réprouvé. Ils se révoltent contre les Romains qui les accablent ; Tite même, qui les ruine, reconnolt qu'il ne fait que prêter sa main « à Dieu irrité contre eux v {Philosi^j Vit, Apoll. 7yan., lib. vi. c. 29; Joseph, j De Bello Jud.^ lib. tu. cap. 16, a^. lib. vi. c. 8.). Adrien achève de les exterminer. Ils périssent avec toutes les marques de la vengeance divine : chassés de leur terre, et esclaves par tout l'univers, ils n'ont (Hus ni temple, ni autel, ni sacrifice, ni pays, et on ne voit en Juda aucune forme de peuple.
Dieu cependant avoit pourvu à rétemité de son culte : les Gentils ouvrent les yeux, et s'unissent en esprit aux Juifs conveitis. Ils entrent par ce moyen dans la race d'Abraham, et devenus ses enfants par la foi, ils héritent des promesses qui lui avoient été faites. Un nouveau peuple se forme, et le nouveau sacrifice, tant célébré par les prophètes, commence à s'offrir par toute la terre.
Ainsi fut accompli de point en point l'ancien oracle de Jacob : Juda est multiplié dès le commencement plus que tous ses frères ; et ayant toujours conservé une certaine prééminence, il reçoit enfin la royauté comme héréditaire. Dans la suite, le peuple de Dieu est réduit â sa seule race; et renfermé dane sa tribu, il prend son nom. En Juda se continue ce grand peuple promis à Abraham, à Isaac et à Jacob; en
lai se perpétuent les autres promesses, le culte de Dieu, le tem|de, ta sacrifices, la possession de la Terre promise, qui ne s'appelle plus que U Judée. Malgré leurs divers états, les Juifs demeurent toujours en corps de peuple réglé et de royaume, usant de ses lois. On y voit naître toujours ou des rois, ou des magistrats et des juges, jusqu'à ce que le Messie vienne : il vient, et le royaume de Juda peu à peu tombe en ruine. Il est détruit tout à fait, et le 'peuple juif est chassé sans espérance de la terre de ses pères. Le Messie devient l'attente des nations, et il règne sur un nouveau peuple.
Mais, pour garder la succession et la continuité, il faUoit que ce nonveau peuple fût enté, pour ainsi dire, sur le premier, et comme dit saint Paul {Rom,^ xi. 17.), «l'olivier sauvage sur le franc olivier, «afin de participer à sa bonne sève. Aussi est-il arrivé que TËglise, établie premièrement parmi les Juifs*, a reçu enfin les Gentils, pour faire avec eux un même arbre, un même corps, un même peuple, et Xas rendre participants de ses grâces et de ses promesses.
Ce qui arrive après cela aux Juifs incrédules, sous Yespasien et soui Tite, ne regarde plus la suite du peuple de Dieu. C'est un châtiment des rebelles, qui, par leur infidélité envers la semence promise à Abraham et à David, ne sont plus Juifs, ni fils d'Abraham que sebn It chair, et renoncent à la promesse par laquelle les nations dévoient être bénies.
Ainsi cette dernière et épouvantable désolation des Juifs n'est plus une transmigration , comme celle de Babyloue; ce n'est pas une suspension du gouvernement et de l'état du peuple du Dieu, ni du service solennel de la religion : le nouveau peuple déjà formé et continué avec l'ancien en Jésus-Christ n'est pas transporté; il s'étend et se dilate sans interruption, depuis Jérusalem, où il devoit naître, jusqu'aux extrémités de la terre. Les Gentils agrégés aux Juifs deviennent dorénavant les vrais Juifs, le vrai royaume de Juda opposé à cet Israël schismatique et retranché du peuple de Dieu, le vrai royaume de David, par l'obéissance qu'ils rendent aux lois et à l'Évangile de Jésus- Christ fils de David.
Après l'établissement de ce nouveau royaume, il ne faut pas s'étonner si tout périt dans la Judée. Le second temple ne servoit plus de rieo depuis que le Messie y eut accompli ce qui étoit marqué par les prophéties. Ce temple avoit eu la gloire qui lui étoit promise, quand le Désiré des nations y étoit venu. La Jérusalem visible avoit fait ce qui lui restoit à faire, puisque l'Ëglise y avoit pris sa naissance, et que de là elle étendoit tous les jours ses branches par toute la terre. La Judée n'est plus rien à Dieu ni à la religion, non plus que les Juifs; et il est juste qu'en punition de leur endurcissement , leurs ruines soient dispersées par toute la terre.
C'est ce qui leur devoit arriver au temps du Messie, selon Jacob, selon Daniel, selon Zacharie, et selon tous leurs prophètes (Osée, m. 4, 5; /«., ux. 20, 21; Zach., xi. 13, 16, 17; Rom., xi. 11, etc.); mais comme ils doivent revenir un jour à ce Messie qu'ils ont méconnu, et que le Dieu d'Abraham n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race
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a06 Discouas
demeure dans la crainte; car si Dieu n'a paa épargné les branches na< turelles, tu dois craindre qu'il ne t'épargne encore moins. >
Qui ne tremUeroit en écoutant ces paroles de l'Apôtre? PouTonsnous n'être pas épouvantés de la Tengeance qui éclate depub tant de siècles si terriblement sur les Juifs, puisque saint Paul nous avertit de la part de Dieu que notre ingratitude nous peut attirer un semblable traitement? Mais écoutons la suite de ce grand mystère. L'Apôtre con< tinue à parler aux Gentils convertis. « Considérez, leur dit-il (ibtd., 22 £t teq.), la clémence et la sévérité de Dieu : sa sévérité envers ceux qui sont déchus de sa grâce, et sa clémence envers vous, si toutdbis vous demeurez fermes en l'état où sa bonté vous a mis ; autrement vous serez retranchés comme eux. Que s'ils cessent d'être incrédules, ils seront entés de nouveau, parce que Dieu (qui les a retranchés) est assez puissant pour les faire encore reprendre. Car si vous avez été détachés de l'olivier sauvage où la nature vous avoit fait naître, pour être entés dans l'olivier franc contre l'ordre naturel , combien plus facilement les branches naturelles de l'olivier même seront-elles en- ;tées sur leur propre tronc? » Ici TApêtre s'élève au-dessus de tout ce -qu'il vient de dire, et entrant dans les profondeurs des conseils de Dieu, il poursuit ainsi son discours {Rom., zi.«2ô et seq.) : « Je ne veux pas, mes frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous appreniez k ne présumer pas de vous-mêmes. C'est qu'une partie des Juifs est tombée dans l'aveuglement, afin que la multitude des Gentils entrât cependant dans TËglise, et qu'ainsi tout Israël fût sauvé, selon qu'il est écrit {Ix, , ux. 20.) : Il sortira de Sion un libérateur qui bannira l'impiété de Jacob, et voici l'alliance que je ferai avec eux lorsque j'aurai effacé leurs péchés. >
Ce passage d'Isaïe, que saint Paul cite ici selon les Septante, comme il avoit accoutumé, à cause que leur version étoit connue par toute la terre, est encore plus fort dans l'original, et pris dans toute sa suite. €ar le prophète y prédit avant toutes choses la conversion des Gentils par ces paroles : a. Ceux d'Occident craindront le nom du Seigneur, et •ceux d'Orient verront sa gloire. » Ensuite, sous la figure « d'un fleuve rapide poussé par un vent impétueux, > Isaïe voit de loin les persécutions qui feront croître l'Église. Enfin le Saint-Esprit lui apprend ce que deviendront les Juifs, et lui déclare < que le Sauveur viendra à Sion, et s'approchera de ceux de Jacob, qui alors se convertiront de leurs péchés; et voici, dit le Seigneur, l'alliance que je ferai avec eux. Mon esprit qui est en toi, 6 prophète, et les paroles que j'ai mises en ta bouche demeureront éternellement non-seulement dans ta bouche , mais encore dans la bouche de tes enfants , et des enfants de tes enfants, maintenant et à jamais, dit le Seigneur (/6td., ux. 20, 21.)* *
I' nous fait donc voir clairement qu'après la conversion des Gentils, le Sauveur que Sion avoit méconnu, et que les enfants de Jacob avoient rejeté, se tournera vers eux, effacera leurs péchés, et leur rendra l'intelligence des prophéties qu'ils auront perdue durant un long temps, pour passer successivement et de main en main dans toute la postérité,, et n*ètre plus oubliée jusques à la fin du monde ^ et autant de
SUR l'histoire universelle. 30?
temps qu*il plaira à Dieu le faire durer après ce merfcilleai éréiMment.
Ainsi les Juifs reviendront un jour, et ils reriendront pour ne s'égarer jamais; mais ils ne reviendront qu'après « que TOrient et rOecident, » c'est-à-dire tout runivers, auront été remplis de la crainte et de la connoissance de Dieu.
Le Saint-Esprit fait voir à saint Paul que ce bienheureux retour des Juifs sera l'effet de l'amour que Dieu a eu pour leurs pères. Cest pourquoi il achève ainsi son raisonnement. «Quant à l'Ërangile,» dit-1! (Rom.j IX. 28, etc.), que nous vous prêchons maintenant, «les JuiCi sont ennemis pour l'amour de vous : » si Dieu les a réprouvés, c'a été, 6 Gentils, pour vous appeler; « mais quant à l'élection » par laqueUe ils étoient choisis dès le temps de l'aUiance juré? avec Abraham, « ik lui demeurent toujours chers, à cause de leurs pères; car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. Et comme vous ne croyiez point autrefois , et que vous avez maintenant obtenu miséricorde i cause de l'incrédulité des Juifs , » Dieu ayant voulu vous choisir pour les remplacer ; « ainsi les Juifs n'ont point cru que Dieu vous ait voulu faire miséricorde, afin qu'un jour ils la reçoivent : car Dieu a tout renfermé dans l'incrédulité , pour faire miséricorde à tous, » et afin que tous connussent le besoin qu'ils ont de sa grâce. « profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu! que ses jugements sont incom* préhensibles, et que ses voies sont impénétrables! Car qui a connu les desseins de Dieu, ou qui est entré dans ses conseils? Qui lui a donné le premier, pour en tirer récompense, puisque c'est de lui, et psr lui, et en lui, que sont toutes choses? la gloire lui en soit rendue duraot tous les siècles. »
Voilà ce que dit saint Paul sur l'élection des Juifs, sur leur chute^ sur leur retour, et enfin sur la conversion des Gentils, qui sont appeléi pour tenir leur place, et pour les ramener à la fin des «<iécSes à la bénédiction promise à leurs pères, c'est-à-dire au Christ qu'ils ont renié* Ce grand apôtre nous fait voir la grâce qui passe de peuple en peuple, pour tenir tous les peuples dans la crainte de la perdre; et nous en montre la force invincible, en ce qu'après avoir converti lés idolâtres^ elle se réserve pour dernier ouvrage de convaincre Vendnrcmement et la perfidie judaïque.
Par ce profond conseil de Dieu les Juifs subsistent encore au miliMi des nations, où ils sont dispersés et captifs; mais ils subsistent avec 1« caractère de leur réprobation , déchus visiblement par leur infidélité des promesses faites à leurs pères, bannis de la Terre promise, n'ayant même aucune terre à cultiver, esclaves partout oA ils sont, stns noQ' neur, sans liberté, sans aucune figure de peuple.
Ils sont tombés en cet état trente-huit ans après qu'ils ont crucïùé Jésus-Chrbt, et après avoir employé à persécuter ses disciples le temps qui leur avoit été laissé pour se reconnoltre. Mais pendant que l'ancien peuple est réprouvé pour son infidélité, le nouveau peuple s'augmente tous les jours parmi les Gentils : l'alliance faite autrefois avec Abraham s'étend, selon la promesse, à tous les peuples dit monde qui avolent
aoa mscouRa
ouhlié Dieu; TEglise cbrâUenne appelle à lui tous les. hommes* et tnnqidlle durant plusieurs sièdiesj parmi des persécutions înoulln, elle leur montre à De point attendre leur félicité sur la terre»
Cétoit là , Monseigneur , le plus digne fruit de là cotmoisgxnce 9e tlSm^ et l'effet de cette gprande béaédfction que Te monde de^it attendre ptf Jésus-Christ Elle alloit se répandant tous les j[ours de fàmflKs en làmÉe, et de peuple en peuple : les hommes ouTroient tes yeux de plus ea plus pour eonnoftlDe TaTeuglement où ndolfttrie les avolt plongés ^ et malgré toute la puissance romaine on toyoft lés cbrâfiens sans iil^ ▼dte, sans faire aucun trouble» et seiilement en souflfï'ànt toutes sonei d^inhumanités, changer la Tace. du monde, et^'étendre par tout rtnilvers.
La promptitude inouïe ajec laquelle se fil ce grand changement, est un miracle visible. Jésus-Christ aTOit prédît que son Évangile seroft bientôt prêché par toute la terre : cette merveille devoit arriver inomtinent après sa mort, et il avoit dit < qu'après qu'on Tauroit élevé de terre, s c'est-à-dire qu'on Tàuroit attaché à la croix, « it attireroit à lui toutes choses {Joan,^ vm. 28; zn. 32.)* > Ses apôtres n'avaient pss encore achevé leur course, et saint Paul disoît déjà aux Romains, «que leur foi étcit annoncée dans tout le monde (Rom.yi. 8.)* * H disoît am Colossiens que rSvangiie étoit oui c de toute créature qui étoit sous te ciel; qu'il étoit prêché, qu'il fructifi[oit, qu'il croissoft par tout I^inivers {Coh^ I. &, 6, 23 J. » Une tradition constante nous apprend que saint Thomas le porta aui- Indes (Gng, Naz.^ Otat. zxv. nunc xzxni. n. II. tom. I. p. ^U.)f ^ 1^ autres en d'autres pays éloignés. Mais on o^ pas besoin des histoires pour confirmer cette vérité : l'effet parle ; et on voit assez avec combien de raison saint Paul applique aux apôtres se passage du psalmiste {Ps. xvm. 5; fiom. , x. 18.)« ** Leur voix s'est Adt entendre par toute li terre, et leur parole a été portée jusqu'aux extrémités du monde. » Sous leurs disciples, il n'y avoit presque plus de pays si reculé et si inconnu où l'Évangile n'eût pénétré. Cent ans après Jésus-Christ, saint Justin comptoit déjà parmi les fidèles be.iucoup de nations sauvages, et jusqu'à ces peuples vagabonds qui erroient de çà et de là sur des chariots sans avoir de demeure fixe {Jusi, , A'pol, n. fiunci. n. ô3. pcLQ. 74, 75; et Dial. eum Tryph., n. 117. pag. 211.). Ce n'étoit point une vaine exagération; c'étoit un fait constant et notoire, qu'il avançoit en présence des empereurs, et à la face de tout l'univers. Saint Irénée vient un peu après, et on voit croître le dénombrement qui se faisoit des Eglises. Leur concorde étoit admirable : ce qu'on croyoit dans les Gaules, dans les Espagnes, dans la Germanie, on le croyoit dans r£gypte et dans l'Orient;, et comme « il n'y avoit qu'un même soleil dans tout l'univers, on voyoit dans toute FËglise, depuis une extrémité du monde à l'autre, la même lumière de la vérité {Iren,f adv. Hxr.f lib. i. cap. 2, 3, nune, 10. pag, 48. etteq,), »
Si peu qu'on avance , on est étonné des progrès qu'on voit. Au milieu du troisième siècle, Tertullten et Origène font voir dans l'figlise des peuples entiers qu'un peu devant on n'y mettoit pas (Tertull, ode. Jud. , cap. 7. Àpolog, c. 37 ; Ofig , Tr, xxvni. in Matth, , tom. ni. p. 858 éd. Ben. ; Hmn. iv. inEtecK^ iMd. p. 370). Ceux qu'Origène exceptoit.
fui étoîent.le» plus éloignés du moode connu, y sont mis un peu après par Aroobe ÇAmoh.^ adv, Gentes, lib. u.)* Que pouvoit avoir tu le monde pour.se rendre ai promptement à Jésus-Christ? SU a tu des miracles, Bieu s'est mêlé Titiblement dans cet ouvrage : et s'il se pouvoit faire qu'il n*en eu* pas vu, « ne seroK œ pas un nouveau miracle, » plus grand et plus incroyable que ceux qu'on ne veut pas croire, « d'avoir converti le monde sans miracle, » d*avoir fait entrer tant d'ignorants dans des m,ystère8 fà hauts, d'avoir inspiré à tant de savants une bumble soumission, «et Savoir persuadé tant de choses incroyables, à dss incrédules (it^. , De Ctoil. Dei, Ub. xn. cap. vn ; tib. zxn. cap. t. t. vu. €•1. 6'26,6o8elfe9.)? »
Mais le miracle des miracles, si Je puis parler de la sorte, <fest qu'avec la foi des mystères, les vertus les plus éminentes et les pratiques Ifis plus pénibles se sont répandues par toute la terre. Les disciples de Jésus-Christ Tont suivi dans les voies les plus difficiles. Souffrir tont pour la vérité f a été parmi ses enfiints un exercice ordinaire; et pour imiter leur Sauveur ils ont couru anx tounnents avec plus d'ardeur que les autres n'ont fait aux délices. On ne peut compter les exemples ni des riches qui se sont appauvris pour aider les pauvres, ni des pauvres qui ofit préféré la pauvreté aux richesses, ni des vierges qui ont imité sur la terre la vie des anges^ ni des pasteurs charitables qui se sont faits tout à tous, toujours prêts à donner à leur troupeau non-seulejnent leurs veilles et leurs travaux, mais encore leurs propres vies. Que ■dirai-je de la pénitence et de la mortification? Les juges n'exercent pas plus sévèrement la justice sur les criminels, que les pécheurs pénitents l'ont exercée sur eux-mêmes. Bien plus, les innocents ont puni en eux avec une rigueur incroyable cette pente prodigieuse que nous avons au péché. La vie de saint Jean-Baptiste, qui parut si surprenante aux Juifs, est devenue commune paimi les fidèles; les déserts ont été peuplés de ses ioiitaieurs; et il y a eu tant de solitaires, que des solitaires plus parfaits ont été contraints de chercher des solitudes plus profondes : tant on a fui le monde, tant la vie contemplative a été goûtée.
Tels étoient les fruits précieux que devoit produire l'Évangile. L'Ëglise n'est pas moins riche en exemples qu'en préceptes , et sa doctrine a paru sainte, en produisant une infinité de saints. Dieu, qui sait que les plus fortes vertus naissent parmi les souffrances, l'a fondée par le martyre, et Ta tenue durant trois cents ans dans cet état, sans qu'elle eût un seul moment pour se reposer. Après qu'il eut fait voir, par une si longue expérience, qu'il n'avoit pas besoin du secours humain ni des puissances de la terre pour établir son Ëglise, il y appela enfin les empereurs, et fit du grand Constantin un protecteur déclaré du christianisme. Depuis ce temps, les rois ont accouru de toutes parts à ntglise; et tout ce qui étoit écrit dnns les prophéties, touchant sa gloire future, s'est accompli aux yeux de toute la terre.
Que si elle a été invincible contre les efforts du dehors, elle ne l'est pas moins contre les divisions intestines. Ces hérésies, tant prédites par Jésus-Christ et p:ir ses apôtres, sont arrivées, et la foi persécutée par les empereurs souffroit en même temps des hèt^V\c^v\^% >3lYv^ \>^\^^-
cution plus dangereuse. Um cette persécution n'a jamais 6t6 plusiiolenle que dans le temps où l'on vit cesser ceUe des païens. L'enfer fit dors ses plus grands efforts pour détruire par eDe-mÔme cette figliie que les attaques de ses ennemis déclarés avoient affermie. À peine oommençoit elle à respirer par la paix que lui donna Constantin; et voilà qu'Arius, ce malheureux prêtre, lui suscite de plus grands troubles qu*elle n'en avoit jamais soufferts. Constance, fils de Constantin, séduit par les ariens dont il autorise le dogme, tourmente les catholiques par toute la terre : nouveau persécuteur du christianisme, et d'autant plus redoutable, que sous le nom de Jésus-Christ il fait la guerre à Jésus- Christ même. Pour comble de malheurs, TBglise amsi divisée tombe entre les mains de Julien TApostat, qui met tout en œuvre pour détruire le christianisme , et n'en trouve point de meilleur moyen que de fomenter les factions dont il étoit déchiré. Après lui vient un Valens, autant attaché aux ariens que Constance, mais plus violent. D'autres empereurs protègent d'autres hérésies avec une pareille fureur. l'Sglise apprend, par tant d'expériences, qu'elle n'a pas moins à souffrir, sous les empereurs chrétiens, qu'elle avoit souffert sous les empereurs infidèles; et qu'elle doit verser du sang pour défendre, non-seulement tout le corps de sa doctrine, mais encore chaque article particulier. Bn effet, il n'y en a aucun qu'elle n'ait vu attaqué par ses enfants. Mille sectes et mille hérésies sorties de son sein se sont élevées contre elle. Mais si elle les a vues s'élever, selon les prédictions de Jésus-Christ, elle les a vues tomber toutes, selon ses promesses, quoique souvent soutenues par les empereurs et par les rois. Ses véritables enfants ont été, comme dit saint Paul, reconnus par cette épreuve; la vérité n'a fait que se fortifier quand elle a été contestée, et r£glise est demeurée inébranlable.
Chap. XXI. — Réflexions particulières sur le châtiment des JuifSy et sur les prédictions de Jésus-Christ qui Vavoient marqué.
Pendant que j*ai travaillé à vous faire voir sans interruption la suite des conseils de Dieu, dans la perpétuité de son peuple, j'ai passé rapidement sur beaucoup de faits qui méritent des réflexions profondes. Qu'il me soit permis d'y revenir, pour ne vous laisser pas perdre de si grandes choses.
Et premièrement, Monseigneur, je vous prie de considérer avec une attention plus particulière la chute des Juifs, dont toutes les circonstances rendent témoign:!ge à l'Évangile. Ces circonstances nous sont expliquées par des auteurs infidèles, par des Juifs, et par des païens qui, sans entendre la suite des conseils de Dieu, nous ont raconté les faits importants par lesquels il lui a plu de la déclarer.
Nous avons Josèphe, auteur juif, historien très-fidèle, et très-instruit des affaires de sa nation, dont aussi il a illustré les antiquités par un ouvrage admirable. Il a écrit la dernière guerre, où elle a péri, après avoir été présent à tout, et y avoir lui-même servi son pays avec ua commandement considérable.
Les Juifs nous fournissent encore d'autres auteurs tres-anciens, dont vous verrez les témoignages. Ils ont d'anciens commentaires sur les livres de TËcriture, et entre autres les Paraphrases chaldaîques qu'ils impriment avec leurs Bibles. Ils ont leur livre qu'ils nomment Talmud, c'est-à-dire doctrine, qu'ils ne respectent pas moins que l'Écriture ellemême. C'est un ramas des traités et des sentences de leurs anciens maîtres; et encore que les parties dont ce grand ouvrage est cotnposé ne soient pas toutes de la même antiquité, les dt^miers auteurs qui y sont cités ont vécu dans les premiers siècles de l'Ëglise. Là, parmi une infinité de fables impertinentes, qu'on voit commencer pour la plupart après les temps de Notre-Seigneur, on trouve de beaux restes des anciennes traditions du peuple juif, et des preuves pour le convaincre.
Et d'abord il est certain, de l'aveu des Juifs, que la vengeance divine ne s'est jamais plus terriblement ni plus manifestement déclarée, qu'elle fit dans leur dernière désolation.
Cest une tradition constante, attestée dans leur Talmnd , et confirmée par tous leurs rabbins, que quarante ans avant la ruine de Jérusalem, ce qui revient à peu près au temps de la mort de Jésus-Christ , on ne cessoit de voir dans le temple des choses étranges. Tous les jours il y paroissoit de nouveaux prodiges, de sorte qu'un fameux rabbin s'écria un jour : « temple, ô temple, qu'est-ce qui t'émeut, et pourquoi te fais-tu peur à toi-même {R. Johananfils de Zctcai, Tr. de fest. Expiât.) f 9
Qu'y a-t-il de plus marqué que ce bruit affreux qui fut ouï par les prêtres dans le sanctuaire le jour de la Pentecôte, et cette voix manifeste qui sortit du fond de ce lieu sacré : « Sortons d'ici, sortons d'ici.» Les saints anges protecteurs du temple déclarèrent hautement qu'ils l'abandonnoient, parce que Dieu, qui y avuit établi sa demeure durant tant de siècles, l'a voit réprouvé.
Josèphe et Tacite même ont raconté ce prodige {Joseph. , De Bella Jud.y lib. VII. c. 12. al. lib. vi. c. 5; Tacit.y Hist,, lib. v. c. 13.). Il ne fut aperçu que des prêtres. Mais voici un autre prodige qui a éclaté aux yeux de tout le peuple; et jamais aucun autre peuple n'avoit rien vu de semblable, a Quatre ans devant la guerre déclarée, un paysan, dit Josèphe {De Bello Jud.j uhi sup.)^ se mit à crier : Une voix est sortie du côté de l'Orient, une voix est sortie du côté de l'Occident, une voix est sortie du côté des quatre vents : voix contre Jérusalem et contre le temple; ^oix contre les nouveaux mariés et les nouvelles mariées; voix contre tout le peuple. » Depuis ce temps ni jour ni nuit il ne cessa de crier : « Malheur, malheur à Jérusalem. » 11 redoubloit ses cris les jours de fête. Aucune autre parole ne sortit jamais de sa bouche : ceux qui le plaignoient, ceux qui le maudissoient, ceux qui lui donnoient ses nécessités, n'entendirent jamais de lui que cette terrible parole : « Malheur à Jérusalem. « Il fut pris, interrogé, et condamné au fouet par les magistrats : à chaque demande et à chaque coup, il répondoit, sans jamais se plaindre : « Malheur à Jérusalem. » Renvoyé comme un insensé, il couroit tout le pays en répétant sans cesse sa trLste prédiction. Il continua durant sept ans à crier de cette sorte, sans se relâcher, et sans que sa voix s'afl'aibitt. Au temps du dernier si<^« d« \^t^Y?^^i\c^ «
Mi USCOUM
Hise rtnfenna dans U ?il]«, tournant iofatigabl«iBeiit«tttMutdtfdmh jaillMi et .criant de toute sa force : « lUlheur aa templ^ .maUimr à la Tille^ malheur à tout le peuple. > À la fin -il muta : « MaUiear à mfl-oiâme^ » et eo mdine4emps il fîit emporté d'un coup de piam lancé par «ne machine.
Ile diroit-on paa » Monseigneur , que la vengeance diiine a^Meit mmm rendue yisible en cet homme, qui ne subsistoit gjue jiQur4>roDOBcaraps avl:éts; qu'elle ravoii rempli de sa force, afin qu'il ^tii égaHeg laaau^jMûni du peuple par ees crie; et qu-en&n il levoit péiir par 4ai«fSit tfe e^tc ▼engeance qu'il ayoit si longtemi» aiinoncéâ, afin de la rmin fitm aenaihle'et pHns présente» quand il en secoit^onfeeulemeyat lafi»phète «t le témoin , mais encore la victime?
Ce .prophète des malheurs de Jérusalem s'appeloit Jêeus. H sauridott j|ue le nom de Jésus, nom de salut et de paii , 'devolt tourner aux Juib, qui le méprisoient en la personne de notre Sauveur, à un Junesla feè- . aagief et que ces ingrats aryant T^eté un Jésus qui leur annonçait la ftàce^ la miséricorde et la vie, Dieu leur eovoyoitiun autre Jémsqw n'avoit à leur annoncer que des maux irrémédiables,, et l'inévUaUe iàovet de leur ruine prochaine.
FénétMins plus avant dans les jugements de Dieu, sous la oondoits (le ses Ecritures. Jérusalem et son temple ont été deux fois détiuilB, Vime i»ar Nabuchodono3or,4'autre par Tite. Mais en chacun 4e ces dsoi iemps, la justice de Dieu s^est déclarée .par les mêmes voies, quoique plus A découvert dans le dernier.
Pour mieux entendre cet ordre des conseils de Dieu, posons, avaat toutes choses, cette vérité si souvent établie dans les saintes Lettres : que l'un des plus terribles effets de la vengeance divine, est lorsqu-eo punition de nos péchés précédeDts, elle nous livre à notre sens réprouvé, en softe que nous sommes sourds à tous les sages avertissements , aveugles aux voies de salut qui nous sont montrées, prompts à croire tout ce qui nous perd pourvu qu'il nous flatte, et hardis à tout entra- .prendre, sans jamais mesurer nos forces avec celles des ennemis que mous irritons.
Ainsi périrent la première fois, sous la main de Nabuchodonœor roi de Babylone, Jérusalem et ses princes. Foibles et toujours battus par ce roi victorieux, ils avoient souvent éprouvé qu'ils ne faisoient contre lui que de vains efforts (2 Par,f xxxvi. 13.), etavoieut été obligés à lai jurer fidélité. Le prophète Jérémie leur déclaroit, de la part de Dieu, que Dieu même les avoit livrés à ce prince, et qu'il n'y avoit de salut pour eux qu-à subir le joug. Il disoit 4 Sédécias roi de Judée et à toit son peuple (Jtfr.,xxvu. 12, 17.) « : Soumettez -vous à Nabuchodonosor soi de Babylone, afin que vous viviez; car pourquoi voulez-vous périr, et faire de cette ville une solitude? » Ils ne crurent point à sa pacok. Pendant que Nabuchodonosor les tenoit étroitement enfermés par lis prodigieux travaux dont il avoit entouré leur ville, ils se laissoient eochanter par leurs faux. prophètes, qui leur remplissoient Tesprit de victoires imaginaires, et leur disoient au nom de Dieu, quoique Dieu ae les eût point envoyés : a J ai brisé le joug du roi de Babylone : vous
SUR l'histoire universelle. 313
D'ave! p\m qve'deui wm à porter 0e fjo^g^ el après, vaus «enres«e prince contraint à vous pcndM tes ftisaaaBK taepésqutfla-enlevéadu tenple (/ar. , zsm. !K^ B.)^« Le ^peuple, néént par car pnunesaes, fsouffMit lafèiNBet la soif, et les plus dores eitRèmilèt^iel fttUint par son audact iosansèe, qo'il a'y «M ^pAus pour èai île misérienode. La vilke fht nnvenée^ le temple fat brilli, laut'ftat peuéB (4 Reg. ^ xs9.).
A ces marques, les Juifs ceMMuem -^ue laaaain «de fiiem éAeit aar eux, Mais4fint|iia la veggeate dl<fiiie)leiirlÛtaiMsi iBasifesta dasalla dernière ruine de iérnsakm , ifii*elle PirveiatétéidvnB èa premftra, «n a %tu , «Aans rena et dans loutre, ila même «écNiotioa, ia tméare tèméviitt , et 'le mÊmeicadiircineaDeat.
Qeoi^ue leur rébeUien téiatliré aer teua les aemesrfomaiDCs, -et qntts seceaassent ttoéfiaÉrsmeal ma joug jdus ètqBed tout t^airaere avait f^oyé^ TitB ne ?oidoit pas >tea fesdue :: as contfaire, il (eor fit sourent ■offrir lefKirdon, noo-seulameiit «a oommencement de la guerre, rnias «noore lorsqu'ils ne pott¥oicBt ^pftns éshapper de ses aaiBs. Jl «vait di^à élevé autour detlénisaiem ttne»longiie«et'veste aniraiUe, oninie detoors et de redoutes «aaâ. inrtes^fae ka TUle màiiie, qaaad ii leur envoya Jesèphe leur iCOBcstoyeâ,, «Difle Jeofs^oapitaines, un de leurs prêtres, tpii avait éké:pris daBtôvettei^rra cd défeedaitt son pays. One ne^lear <ût-il pas posr les émeuvoirf vitar <cooibien de fortes raisons les iwniU-t-il À Teainer dams» Vobéâsaanoe? il kcor fit voir ie ciel et ia terre cMNifuréa contre euB, knir perte inévi table dans la résistanee, et totft«a- «emble leur sahft dans la démeace de THe. c ^aevet, tevr disoit-ii (Jb- Mph,j De Bélh SwLf L Tn. e. 4. al, U vi. c 8.) , Ja Gîté sainte^ smives- -«Mts voos'*mème ; sawez ^ee temple la mepveîiie >de Tuai^rs, qae les Alomains respectent, et que Tite oe voit périr >qa^à rai^ret. 9 Mais le lOÊjen de sauver 4es gêna ai etbstinës à «e perdné? Sédvitspar teurs faux pnophètea, Us n^oatoient .pas oesaages disoours. ils Violent réduits à reatrémiité : te foim en taoit plos qoe la guerre, -et les esèias ^mangeoient leurs enfants. Tite , touché de leuss maux, prenait aes dieux ià témoin qu'il n'éteit pas cause'de lear perte. Durant ees malheurs, liU afouioieot loi aux fauases prédictions qui lear promettoieot remfnre de Tunivers. Bien plus, la ville étoit prise, le feu y étoit >déjà de Ions isôtés, et ces insenaés croyoient encore les finiK prophètes >qm tes assuroient que te jour -de safast étoit venu (lb«i.,*c. 11, ai. 6.), afin qu'Us résistassent toujours, et qu'il n*y eût plus pour pour eux de miséricorde. En effet, tout fut massacré, la ville fut renversée de iCond en comhie , et à te réserve de quelques restes de tours., que Tite teissa pour servir de moBumenl à te postérité, d n'y demeura pas pierre sur pierre.
Vous voyez donc éclater sur iérusatem la même \«ngeaace qui avoit aatrelbis paru sous Sédécias. Tite n'est pas moins envoyé de Dieu que Nabuchodonosor : les Juifs périssent de la même sorte. On voit daas Jéruflatem te même rébellion, te même famine, tes mêmes extrémités, lesimém<>s voies de salitt oovertes., la même séduction, le même enidanoissement, laiDéme^hute;et afin que tout soit senublabte, le stoondiempte est bnûlésous Tite, te -même oioiset lemême joor'que l*airoitélé lepremter sons mdbuohodaaosor (JoieiA., Be Beiîo J^.. V^.
tii.e. 9, 10. lib.Yi.ale 4.) : il fiûloit que tout fttt -marqué, «t qoi k peuple ne pût douter de la vengeance divine.
11 y a pourtant, entre ces deux chutes de Jérusalem et dea JuUk, éc mémoraUea difTérences, mais qui toutes vont à foire voir dana ladH^ nière une justice plus rigoureuse et plus déclarée. Mabuehodooosorit mettre le feu dans le temple : Tite n'oublia rien pour le sauver, qaûque ses conseillers lui représentassent que tant qu'il subaiaterott, ht Juifs qui y attachoient leur destinée, ne cesseroient jamais d'être le-, belles. Mais le jour fatal étoit venu : c'étoit le dixième d'août, qui avoit d^à vu brûlerie temple de Salomon (Ibûl.). Malgré les défenses deTita prononcées devant les Romains et devant les Juib, et malgré 1*1^:181tion naturelle des soldats qui devoit les porter plutôt à piller qu*à consumer tant de richesses, un soldat, poussé , dit Josèphe (Hrid.) , par « me inspiration divine, » se fait lever par ses compagnons à une fenêtre, et met le feu dans ce temple auguste. Tite acaourt, Tite oommaoée . qu'on se hâte d'éteindre la flamme naissante. £lie prend partout en en instant, et cet admirable édifice est réduit en cendres.
Que si Tendurcissement des Juifs sons Sédécias étoit Teflet le plss . terrible et la marque la plus assurée de la vengeance divine, que diroai- Bous de l'aveuglement qui a paru du temps de Tite? Dans la première ruine de Jérusalem, les Juifs s*entendoient du moins entre eux : dans la dernière, Jérusalem assiégée par les Romains étoit déchirée par trois factions ennemies (/&id. , lib. vi. vn.)*Si la haine qu'elles avoient tiwties pour les Romains alloit jusqu'à la fureur, elles n'étoient pas moins acharnées les unes contre les autres : les combats du dehors coûtoient moins de sang aux Juifs que ceux du dedans. Un monicit |iprès les assauts soutenus contre l'étranger, les citoyens recommençoient leur guerre intestine; la violence et le brigandage régnoit partout dans la ville. Elle périssoit, elle n'étoit plus qu'un grand champ couvert de corps morts ; et cependant les chefs des factions y combattoient pour l'empire. N'étoit-ce pas une image de l'enfer, où les damnés ne se haïssent pas moins les uns les autres qu'ils haïssent les démons qui sont leurs ennemis communs, et où tout est plein d'orgueil, de confa- 'sion et de rage?
Confessons donc, Monseigneur, que la justice que Dieu fit des Juifs par Nabuchodonosor n'éloit qu'une ombre de celle dont Tite fut le ministre. Quelle ville a jamais vu périr onze cent mille hommes en sept mois de temps, et dans un seul siège? C'est ce que virent les Juifs au dernier siège de Jérusalem. Les Chaldéens ne leur avoient rien fait souffrir de semblable. Sous les Chaldéens leur captivité ne dura que soixante et dix ans : il y a seize cents ans qu'ils sont esclaves par tout l'univers, et ils ne trouvent encore aucun adoucissement à leur esclavage.
Il ne faut plus s'étonner si Tite victorieux, après la prise de Jérusalem, ne vouloit pas recevoir les congratulations des peuples voisins, ni les couronnes qu'Us lui envoyoient pour honorer sa victoire. Tant de mémorables circonstances, la colère de Dieu si marquée, et sa main qu'il voyoit encore si présente, le tenoient dans un profond étonnement ;
et c'est ce qui lui fit dire ce que vous avez oui, qu'il n*étoit pas le minqueur, quMl o'étoit qu'un foible instrument de la vengeance divine.
Il n'en sa voit pas tout le secret : l'heure n'étoit pas encore venue où les empereurs dévoient reconnoltre Jésus-Christ. C'étoit le temps des humiliations et des persécutions de l'Église. C'est pourquoi Tite, assez éclairé pour connoftre que la Judée périssoit par un effet manifeste de la justice de Dieu, ne connut pas quel crime Dieu avoit voulu punir si terriblement. C'étoit le plus grand de tous les crimes; crime jusqu'alors inouï, c'est-à-dire le déicide, qui aussi a donné lieu à une vengeance dont le monde n'avoit vu encore aucun exemple.
Mais si nous ouvrons un peu les yeux, et si nous considérons la suite des choses, ni ce crime des Juifs, ni son châtiment ne pourront nous être cachés.
Souvenons-nous seulement de ce que Jésus-Christ leur avoit prédit. Il avoit prédit la ruine entière de Jérusalem et du temple. < Il n'y restera pas, dit-il {MaU,j zxiy. 1,2; Jfarc, xui. 1,2; Lue,, xzi.5,6.), pierre sur pierre. » U avoit prédit la manière dont cette ville ingrate seroit assiégée, et cette effroyable circonvallation qui la devoit environner; il avoit prédit cette fin horrible qui devoit tourmenter ses citoyens, et n'avoit pas oublié les faux prophètes, par lesquels ils dévoient être séduits. 11 avoit averti les Juifs que le temps de leur malheur étoit proche; il avoit donné les signes certains qui dévoient en marquer l'heure précise; il leur avoit expliqué la longue suite de crimes qui devoit leur attirer un tel châtiment : en un mot, il avoit fait toute l'hbtoire du siège et de la désolation de Jérusalem.
Et remarquez. Monseigneur, qu'il leur fit ces prédictions vers le temps de sa passion, afin qu'ils connussent mieux la cause de tous leurs maux. Sa passion approchoit quand il leur dit {Matt,, xxm. 34, etc.) : « La sagesse divine vous a envoyé des prophètes, des sages et des docteurs; vous en tuerez les uns, vous en crucifierez les autres; vous les flagellerez dans vos synagogues; vous les persécuterez de ville en ville; afin que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre retombe sur vous, depuis lesangd'Abel le juste, jusques au sang de Zacharie fils de Barachie que vous avez massacré entre le temple et l'autel. Je vous dis en vérité, toutes ces choses viendront sur la race qui est à présent. Jérusalem , Jérusalem , qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes; et tu ne l'a pas voulu ! Le temps approche que vos muisons demeureront désertes. »
Voilà l'histoire des Juifs. Us ont persécuté leur Messie , et en sa personne et en celle des siens; ils ont remué tout Tunivers contre ses disciples, et ne les ont laissés en repos dans aucune ville: ils ont armé les Romains et les empereurs contre TEglise naissante; ils ont lapidé saint Etienne, tué les deux Jacques, que leur sainteté rendoit vénérables même parmi eux, immolé saint Pierre et saint Paul par l'épée et par les mains des Gentils. Il faut qu'ils .périssent. Tant de sang mêlé à celui des prophètes qu'ils ont massacrés, crie vengeance devant Dieu : « Leurs maisons, et leur ville va être déserte; » leur désolation ne sec^^^
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«Mtiaiar»>qwteiir enfanft. JtRiM3brist l«s en Kvwlit : le imm wmpnotas : • TU tfiB MiM dioses Vicnâroiit sur U nce^uî mt k préMo^ ># (NMon : «'GMtefénèrafioii ne petsera pas sans qjam oes ottôseï ftirnait ^IfciIlL, nm/aV; xziT. M^, ffenv., un. 30[; fiMC^m. 32.)^. *• c'Màrfiii 4«e les hoami ^iVimieirt^ofsen âvfSitat 'dtse les témoios.
IMelOiiutoM fa snKe dta 'pKédfetlDna de notre S&iureur. tteSM il MmîI atm '«oiréer-âKOs Jirasailem quelques jtours avaBl.sa mort, ftpirti lées mma ^|«e «ette mortâeToh attirer i cetta raélheureuse .TillA, ï k ■agaide en ptemwii : « lia, riit-il U«c., nx. 41.)i v*^ infortMoiei, a tu connoissois, du moins en ce Jour qui t*%st encore doiuii » goarti rrapeartip, 'cee i^ ftepetRi«its:pporter h paix! ibàis maîntemnt Mt •aesbest oacAièà tes-yenr. 'Viendra le temps que tes ennemia Vanfimneront de tranchées , et t'enfermeront, et te serreront de toutaa partif «l'>ta détrairoBt eff tIènim eBf l toi et tes enlkuts, et ne . laisseront en loi ^rre wr pien», parce que- ta* if as pas connn'iè temps auquel 0mi (t% ^siKéiB. •
^Vkoit* marquer esses clairement et.la maniince du siig% et leaèv- 'Biers>efifet8 ée la Tengeawoe. Hais 11 ne AiUoit pas q/oB JMaus amt ai a appl i U B sans dénencer k Jênniâem combien eÔe. seroit tm jour paaie Ai i-iadlgDe traitemetit qiMle lui %î8eit. Comme il alloit an Caliaiis ynrliuijt sa eveia sur ses épacAes, « il étoit suivi d*uiie gcande nuallitode dS' peupte et de femmes qui se. fhippoient la poitrine , •et.qoi défioMiïent sa mert {Bute., xxnx.'37.). » liVarrlUa^ sa tourna Ters dias, «et teur (fit cm nota ilfrid, , 18 ttseq.) : « Tilles de lërusalem , nefterez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants; car 4e temps s'approche snquel on dita : Heureuses les stériles I. lieuieuaBS les «ntraiiïes qui n'otrt point |Torté d'enfants, et les mamelles qui n'en ont point nourri ! Ihs eommemreront alors à dire aux montagnes : Xoaibes sur ineas ;ert aux ceUines: Couvrez -nous. Car si le bois vert esiainii Sraitéj'que sera-ee do bois sec? « SI llnnocent, si le Juste souffre un si vigouveux supplice, que doi%'ent attendre les coupables?
Mrémie a-t*il jamais phis amèrement déploré la perte des Joi&î •Qae^es pendes plus fortes pouvoit employer le Sauveur pour leur fiôiB entendre leurs malheurs -et leur désespoir, et cette horrible famine fil- «este a»x enfents, funeste anx mères qui voyoient sécher leurs maimelles, qui n'avoient plus ^e desf larmes à. donner à leurs enfants, et iqoi nuinî^ent le fruit de leurs entrailies?
Ghap. zxn. — Peux mémorables prédietiDns de Notre- Seigneur soel tKpliquéegf et leur acieomplissemmt est justifié par Thistoir»,
Telles sont ïes prédictions qnfl a Arites à tout le peuple. Celles qu'A fit en particulier à ses disciples méritent encore plus d'attention. Elles sont oompii^s dans ce long et admirable discours où il joint ensemUe iaruine de Jérusalem avec celle de l'univers {Matth. , xziv ; Marc, , xm*, •Lttr.,.Kxi.). Cette liaison n'est pas sans mystère, et en voici le dessein.
Jérusalem, «ité bienheureuse qo9 le Seigneur avort choisie, tant ^'elle-daaieura dans TaRiance et dans la foi des promesses, fut la fi-
SUR L'hISTOIRS 4JIMTERSELLB. 811
giire de TÉglise, et la figure du ciel où Uiea m lût fov à tes eaii C'est pourquoi bous voyons souvent les propbàtee jorodre, dans Ift saitt du même discours, ce qui regarde. Jérusaleoi, à ûe quiregank ffigliit et à ce qui regarde la gloire céleste : c'est «n de» secrets des pMpiiéties, et une des clefs qui en ouvrent Tintelligence. Mais Tfrumdffm rék prouvée, et ingrate envers son Sauveur, devoitètre Timage de r«nfer; ses perfides citoyens dévoient représenter les damnés ; et le jugement terrible que Jésus-Christ devoU exercer sur eux étoit la figure de celui qu'il exercera sur tout Funivers., lorsqu'il viendra à la £n des sièdea , en sa majesté, juger les vivants et les^merts. C'est une coutume de ïicriture, et un des moyens dont elle se sert peur impsimer les nystè» res dans les esprits, de mêler pour notre instmcktion la. figuceà la vée rite. Ainsi Notre- Seigneur a mêlé l'hisleire de Jérusalem désolée aveu celle de la fin des siècles ; et c'est ce qui |Areit dans le discours d«Dt nous parlons.
Ne croyons pas toutefois que ces choses soient tellement confondues, que nous ne puissions discerner ce qui appartient à l'une et à l'autre. Jésus-Christ les a distinguées par des caractèies certains, que je pourrois aisément marquer, s'il en. étoit questioo. Mais il me suffit de voue faire entendre ce qui regarde la désolation de Jérusalem et des Juifs.
Les apôtres (c'étoit encore au temps de la passion) , assemblés autour de leur maître , lui montraient le temple et les bitiœents d'alentour; ils en admiroient les pierres^ l'ordonnance,, la beauté, la solidité;et il leur dit (Jfat/. , zxiv. 1,2; Jforc, xjn., 1, 2;Iti€., xzi.5,6.): « Voyez-vous ces grands bâtiments? Il n'y restera pas pierre sur pierre. » Etonnés de cette parole, ils lui demandent le temps d'un événement si terrible; et lui, qui ne vooloit pas qu'ils fussent surpris dans Jérusalem lorsqu'elle seroit saccagée (car il vouloit qu'il y eût dans le sac de cette ville une image de la dernière séparation des bons et des mauvais) , commença à leur raconter tous les malheurs comme ils deroient arriver l'un après l'autre.
Premièrement, il leur marque « des pestes, des famines, et des tremblements de terre (MatU^ zxiv. 7 ; Iforc, xiu. 8; Ikc, xu. 41.), • et les histoires font foi , que jamais ces choses o'avoieut été plus fréquentes ni plus remarquables qu'elles le furent durant ces temps. Il ajoute qu'il y auroit par tout Tunivers « des troubles, des bruits de guerre, des guerres sanglantes; que toutes les BAtions se souléveroient les unes contre les autres (MatL , xxiv. 6,7; Marc , xiii. 7 ; Lue. , xu. 9, 10.), » et qu'on verroit toute la terre dans l'agitation. Pouvoit-il mieux nous représenter les dernières années de Néron, lorsque tout l'empire romain, e'est-à-dire tout l'univers, si paisible depuis la victoire d*Auguste et sous la puissance des empereurs, commença à s'ébranler, et qu'on vit les Gaules, les Espagnes, tous les royaumes dont l'empire étoit composé, s'émouvoir tout à coup; quatre empereurs s'é* lever presque en même temps contre Néron et les uns contre les aurtre^; les cohortes prétoriennes, les armées de Syrie, de (>ermanie, et toutes les autres qui étoient répandues en Orient et en Occident s'eatre-ehoquer, et traverser, sous la conduite de leurs empereurs, d'uni
ntrémité du inonde à l'antre, pour décider leur quereUe par de sanglantes bataiUesT Voilà de grands maux, dit le Fils de Dieu [MaU., XUT. 6, 8; Jfare., xm. 7, 8; Lw*, zxi. 9.); < mais ce ne sera pas encore la fin. » Les Juifs souffriront comme les autres dans cette commotion uniTerselle du monde ;mais il leur Tiendra bientôt après des maux plus particuliers, c et ce ne sera ici que le commencement de leurs douleurs. >
Il ajoute que son Église, toujours affligée depuis son premier établissement, Terroit la persécution s'allumer contre elle plus violente que jamais durant ces temps (Jf af I. , xxiv. 9 ; Jfarc«, xm, 9; Lue,, xxi. 12.). Vous ayez tu que Néron, dans ses dernières années, entreprit k perte des chrétiens, et fit mourir saint Pierre et saint Paul. Cette pe^ sécution excitée par les jalousies et les Tiolences des Juifs, aTançoit leur perte; mais elle n*en marquoitpas encore le terme précis.
La venue des faux christs et des faux prophètes sembloit être un plus prochain acheminement à la dernière ruine : car la destinée ordinaire de ceux qui refusent de prêter Toreille à la Térité est d*être entraînés à leur perte par des prophètes trompeurs. Jésus-Christ ne cache pas à ses apôtres que ce malheur arriTcroit aux Juifs. Il s'ôlèTcra, dit-il (MatL, XXIV. 11, 23, 2k\Mare,, xm. 22, 23; lue., xxi. 8.), un grand nombre de faux prophètes qui séduiront beaucoup de monde. > Et encore: « Donnez-vous de garde des faux christs et des faux prophètes, b
Qu'on ne dise pas que c'étoit une chose aisée à devinei à qui connoissoit l'humeur de la nation : car, au contraire, je vous ai fait voir que les Juifs, rebutés de ces séducteurs qui aToient si souvent causé leur ruine, et surtout dans le temps de Sédécias, s'en étoient tellement désabusés , qu'ils cessèrent de les écouter. Plus de cinq cents ans se passèrent sans qu'il parût aucun faux prophète en Israël. Mais l'enfer, qui les inspire, se réveilla à la venue de Jésus-Christ ; et Dieu, qui tient en bride autant qu'il lui plaît les esprits trompeurs, leur Iftcha la main, afin d'envoyer dans le même temps ce supplice aux Juifs, et cette épreuve à ses fidèles. Jamais il ne parut tant de faux prophètes que dans les temps qui suivirent la mort de Notre-Seigneur. Surtout vers le temps de la guerre judaïque, et sous le règne de Néron qui la commença. Josèphe nous fait voir une infinité de ces imposteurs {Jouph., Ant. , lib. XX. c. 6. a2. 8; De Bell. Jud. , lib. u. c. 12. al, 13.) qui attiroient le peuple au désert par de vains prestiges et des secrets de magie, leur promettant une prompte et miraculeuse déliTrance. C'est aussi pouf cette raison que le désert est marqué dans les prédictions de Notre- Seigneur (Matth.fjiiY. 26.) comme un des lieux où seroient cachés cef faux libérateurs que tous avez vus à la fin entraîner le peuple dans sf dernière ruine. Vous pouvez croire que le nom du Christ, sans leque il n'y avoit point de délivrance parfaite pour les Juifs, étoit mêlé datf ces promesses imaginaires; et vous verrez dans la suite de quoi vou: en convaincre.
La Judée ne fut pas la seule province exposée k ces illusions. Elise furent communes dans tout l'empire. Il n'y a aucun temps où toutes les histoires nous fassent paroître un plus grand nombre de ces impôt-
teurs qui se vantent de prédire Pavenir, et trompent les peuples par leurs prestiges. Un Simon le magicien , un Ëlymas , un Apollonius Tyaneus, un nombre infini d'autres enchanteurs , marqués dans les histoires saintes et profanes, s'élevèrent durant ce siècle, où l'enfer sembloit faire ses derniers efforts pour soutenir son empire ébranlé. C'est pourquoi Jésus-Christ remarque en ce temps , principalement parmi les Juifs, ce nombre prodigieux de faux prophètes. Qui considérera de près ses paroles, verra qu'ils dévoient se multiplier devant et après la ruine de Jérusalem , mais vers ces temps ; et que ce seroit alors que la séduction, fortifiée par de faux miracles et par de fausses doctrines, séroit tout ensemble si subtile et si puissante, que c les élus mêmes, s'il étoit possible, y seroient trompés (i6t(2. , 24; Jfarc, xui. 22.). »
Je ne dis pas qu'à la fin des siècles, il ne doive encore arriver quelque chose de semblable et de plus dangereux, puisque même nous venons de voir que ce qui se passe dans Jérusalem, est la figure manifeste de ces derniers temps; mais il est certain que Jésus-Christ nous a donné cette séduction comme un des effets sensibles de la colère de Dieu sur les Juifs , et comme un des signes de leur perte. L'événement a justifié sa prophétie : tout est ici attesté par des témoignages irréprochables. Nous lisons la prédiction de leurs erreurs dans l'Évangile; nous en voyons l'accomplissement dans leurs histoires, et surtout dans celle de Josèphe.
Après que Jésus-Christ a prédit ces choses, dans le dessein qu'il avoit de tirer les siens des malheurs dont Jérusalem étoit menacée, il vient aux signes prochains de la dernière désolation de cette ville.
Dieu ne donne pas toujours à ses élus de semblables marques. Dans ces terribles châtiments qui font sentir sa puissance à des nations entières, il frappe souvent le juste avec le coupable; car il a de meilleurs moyens de les séparer, que ceux qui paroissent à nos sens. Les mêmes coups qui brisent la paille séparent le bon grain; l'or s'épure dans le même feu où la paille est consumée (Àug,^ De Civ, Deij 1. 1. c. vm. tom. vu, col. 8.); et sous les mêmes châtiments par lesquels les méchants sont exterminés, les fidèles se purifient. Mais dans la désolation de Jérusalem, afin que l'image du jugement dernier fût plus expresse, et la vengeance divine plus marquée sur les incrédules, il ne voulut pas que les Juifs qui avoient reçu l'Évangile fussent confondus avec les autres; et Jésus-Christ donna â ses disciples des signes certains auxquels ils pussent connottre quand il seroit temps de sortir de cette ville réprouvée. Il se fonda, selon sa coutume, sur les anciennes prophéties dont il étoit l'interprète aussi bien que la fin; et repassant sur l'endroit où la dernière ruine de Jérusalem fut montrée si clairement à Daniel, il dit ces paroles {Matth. , xxiv. 15 ; Marc. , xiu. 14.) : « Quand vous verrez l'abomination de la désolation que Daniel a prophétisée, que celui qui lit entende; quand vous la verrez établie dans le llta saint, » ou, comme il est porté dans saint Marc, « dans le lieu où elk ne doit pas être, alors que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient daM les montagnes. » Saint Luc raconte la même chose en d'autres
3ia> MMDOMI^
le»t uriÉtt g— gatÉfcidritioB «st-iprocInij^iflon'^fMGiiHx^'Miitidti» laJ[Qdôft se ftÉirant daw imimaùgnm. »
Vl^des.;évafllgélàBtn «fiicpia Itetre, 0t «i «mlUnoit «m pa^a^p^, ilBAM 4tt ailé ^'eatendo». que c««ce akMViii«ti(m"prMte psr Bsoiet eati» mâoHftclMBa qaete «amées autour de MrusftlBffl. leysaîntu Pères 'ont^iafli entando (Ortgu, Trnct^xoDt M JlbRii., n* 4(X I. m. p; 899r iluf ;., «p. uacK. fwneiQBEia. ctAMesft^, n. t7> 28*, 29*, lotn; ir. cA 7&i etaa^.), at ifr raMonnavftawicowiiiitta.
lie mot d'afaominatioB., dans rwa^a de< lA Urufae sarMe, «i^lfo idale : at qui ne sait 91» ka ana ici TOnannaff pevtomnt énis Hhny enaaignes les iflui^aa daiiaanr» dteuav «t d» lams Gésaratnii étoiaift les plus respectés de tous leurs dieux ? Ces enseignes étoieiK aux aoldttt un objet de calte; at p»ro» (faie les idaiaa, aelioni ka «rdtes de IHev, neda^oieut jaiaai» pnrohie Âuiala Terra-Saihite, le» enaeiignes Rumaines eA étoianA kanaies. ÂsasiTeywis'noiiay dan» tee histoires, que tint qu'il a resté aux -Romains taniaoit peu dia>eoii9i!Aératiwa- peur les Juifr, jamais iis n'ost ftât parettre ka enseigaest retnarnes Âans' la Jwlfle. G'aai peur eela ^a ViteUivs , quand il pass» dan» cette pron'nce pour porter la guerre en Arabie, fit marcher ses- travpes sanai enseignes (Hh seph.^,ÀfU.^ lib. ZYm. a. 7. ai 5.) ; eav e& réi^eit encore alors la w iigiea jmlaSquey et an ne iwuleit pom* Ibrcvrea' peopie ft 85ttffrirdes choses si contraires à sa loi. Mais au temps de la dernifira guerre judaiqiHe , on peut biea croire que tes lUamaifis n^pargn^rent pas an peuple qé'ilst veailoiesit «xtaraainer. Ainsf ^uané Jémsalem tin assiégée, elle étiii e9:Yironiséfrd -autant d'idoles quMl 7 «voit d'enseignes rth maineSj.et rabominstion ne partrt jamais tant « oA elle ne détroit pas être-., » c'est-ià-dine dans la Terre-Siainte et aut»iiT du temple.
Est-ce- done là, dira-t-on , ce grand sig^e qiïe Jésus-Christ devoit donner? fitoit-il temps de s'eiyfuir quand Tite assiégea Jérusaiem-, et quMl en ferma de si près les avenues qu'il n'y aifoit plus moyen de s^ftchapper? C'est ici qu'est la merveille de la prophétie. Jérusalem a été assiégée deui fois en ces temps : la prem^re, par Cestius gouverneur de&yrie^ Pan 6a de Notre-Seigaeor(Jowp^.,Z>wB«Ko Jtfd.fib. n. c. 53, 24. ai, 18^ 19.) j la seconde, par Tite, quatre ans après, c'est à-dire Tan 72 (/&td., lib. yi, th.). Au derwier siège, ii n'y avoit phia moyen de se sauver. Tite faisoit cette guerre avec trop d'ardeur : il surprît toute la natien renfermée dans Jérusatien durant ht fête de Pflques, sans que pcrsonee écteppât; et cette effroyable oiroenira^ation qu'il fit autour de la ville ne laisaoit plus d'espérance à ses habitants. Vais il n'y avoit rien de semblable dans le siège de Gestius : il étoit campé à cinquante stades, c'est-à-dire à six milles de Jérusalem {Ibid.y lib. u. cap. 23, 24, ai. V8,\9.)* Son araoée se répandoit tout autour, mais sans y fsMre de tranchées; et il faisoit la guerre si négligemment, xpilfl manqua l'occasion de prendre la ville, dont la terreur, les séditions, et même ses intelligences Irui oavroient les portes. Bans ce temps, loin que la retraite îAx impossible, fbistoire marque expressément que plusimira Juifs as retirèrent (/osapA., mé,), C'éleitf donc aSorff qvTU
SUR l'histoire universelle. 321
falloit sortir; c'étoit le signal que le Fils de Dieu doniioit aui siens. Aussi a-t-il distingué très-nettement les deux sièges : l'un, où « la ville seroii entouiée de fossés et de forts (lue, xix. 43.);» alors il n'y auroît plus que la mort pour tous ceux qui étoient enfermés : l'autre, où elle seroit seulement « enceinte de l'armée (Ibid.j xzi. 20, 21.), et plutôt investie qu'assiégée dans les formes; c'est alors « qu'il falloit fuir, et se retirer dans les montagnes. »
Les chrétiens obéirent à la parole de leur maître. Quoiqu'il y en eût des milliers dans Jérusalem et dans la Judée, nous ne lisons ni dans Josèphe, ni dans les autres histoires, qu'il s'en soit trouvé aucun dans la ville quand elle fut prise. Au contraire, il est constant par l'histoire ecclésiastique, et par tous les monuments de nos ancêtres (Etueh,, HisU eccî.j 1. m, c. 5; Epiph^y lib. i, Hœr, xxix. Naxarœor. 7. tom. i. pag. 123. et lib. De Mens, et Fonder, cap. 15. tom. n. pag. 171.), qu'ils se retirèrent à la petite ville de Pella, dans un pays de montagnes auprès du désert, aux confins de la Judée et de l'Arabie.
On peut connottre par là combien précisément ils avoient été aver> tis : et il n'y a rien de plus remarquable que cette séparation des Juifs incrédules d'avec les Juifs convertis au christianisme; les uns étant demeurés dans Jérusalem pour y subir la peine de leur infidélité; et les autres s'étant retirés, comme Lot sorti de Sodome, dans une petite ville, où ils considéroient avec tremblement les effets de la vengeance divine, dont Dieu avoit bien voulu les mettre à couvert.
Outre les prédictions de Jésus-Christ, il y eut des prédictions de plusieurs de ses disciples , entre autres celles de saint Pierre et de saint Paul. Comme on traînoit au supplice ces deux fidèles témoins de Jésus-Christ ressuscité, ils dénoncèrent aux Juifs, qui les livroient aux Gentils, leur perte prochaine. Ils leur dirent, «que Jén^salem alloit être renversée de fond en comble; qu'ils périroient de faim et de désespoir ; qu'ils seroient bannis à jamais de la terre de leurs pères, et envoyés en captivité par toute fa terre; que le terme n'étoit pas loin; et que tous ces maux leur arriveroient pour avoir insulté avec tant de cruelles railleries au bien-aimé Fils de Dieu qui s'étoit déclaré à eux par tant de miracles (lacl., dit. Instity lib. iv. cap. 21.). » La pieuse antiquité nous a conservé cette prédiction des apôtres, qui devoit être suivie d^un si prompt accomplissement. Saint Pierre en avoit fait beaucoup d'autres, soit par une inspiration particulière, soit en expliquant les paroles de son maître ; et Phlégon , auteur païen , dont Origéne produit le témoignage {Phleg., 1. zm et znr. Chron, apud Orig, contra Cels. , Hb. u. n. 14. tom. i. p. 401.), a écrit que tout ce que cet apôtre avoit prédit s'étoit accompli de point en point.
Ainsi rien n'arrive aux Juils qui ne leur ait été prophétisé. La cause de leur malheur nous est clairement marquée dans le mépris qu'ils ont fait de Jésus-Christ et de ses disciples. Le temps des grâces étoit passé, et leur perte étoit inévitable.
C'étoit donc en vain, Monseigneur, que Tite vouloit sauver Jérusalem et le temple. La sentence étoit partie d'en haut : il ne devoit plus y rester pierre sur pierre. Que si un empereur romain tenta vainement
BoascKT. — I *1\
, 31t2 DISCOURS
4'einpôcher la ruine du temple , un autre empereur romain tenta encore plus vainement de le rétablir. Julien TApostat , après avoir d^ olaré la guerre à Jésus-Christ, se crut assez puissant pour anéantir m (prédictions. Dans le dessein qu'il avoit de susciter de tous côtés dei • ennemis aui chrétiens, il s'abaissa jusqu'à rechercher les Juifs, qui étoient le rebut du monde. Il les excita à rebâtir leur temple; illtor donna des sommes immenses, et les assista de toute la force de fempire {Àmm. Marcel, , lib. xxm. cap. I. ). Ecoutez quel en fut Itiémment^ et voyez comme Dieu confond les princes superbes. Les sainU Pères et les historiens ecclésiastiques le rapportent d'un commun accord, et le justifient 'par des monuments qui restoient encore de leur temps. Mais il falloit que la chose fût attestée par les païens mêmes. Ammian Marcellin , gentil de religion, et zélé défenseur de Julien, fi racontée en ces termes (Ibid.) : « Pendant qu'Alypius aidé du gour vemeur de la province avançoit Touvrage autant qu'il pouYoit, de terribles globes de feu sortirent des fondements qu'ils avoient auparavant ébranlés par des secousses violentes; les ouvriers qui recommencèreoC souvent l'ouvrage, furent brûlés à diverses reprises; le lieu devint ioaocessible , et l'entreprise cessa. »
Les auteurs ecclésiastiques, plus exacts à représenter un événement si mémorable, joignent le feu du ciel au feu de la terre.- Mais enfin, la parole de JésusrChrist demeura ferme. Saint Jean Chrysostome s'écrie : Il a bâti son église sur la pierre, rien ne l'a pu renverser : il t reversé le temple, rien ne l'a pu relever : <cnul ne peut abattre ce qw Dieu élève : nul ne peut relever ce que Dieu abat {Orat, m tn/tkfarei, nuncY. n. 11. tom. i,pag, 646.). >
Ne parlons plus de Jérusalem ni du temple. Jetons les yeux sur II peuple même, autrefois le temple vivant de Dieu, et maintenant l'ol^ de sa haine. Les Juifs sont plus abattus que leur temple et que leor ville. L'Esprit de vérité n'est plus parmi eux; la prophétie y est éteinte; les promesses sur lesquelles ils appuyoient leur espérance se sont éfinouies : tout est renversé dans ce peuple, « et il n'y reste plus pient sur pierre. »
Et voyez jusques à quel point ils sont livrés à l'erreur. Jésus-ChriH leur avoit dit : « Je suis venu à vous au nom de mon Père, et vous ne m'avez pas reçu; un autre viendra en son nom, et vous le raoevrei (Joan., V. 43.). «Depuis ce temps, l'esprit de séduction règne tellement parmi eux, qu'ils sont prêts encore à chaque moment à s'y laitser emporter. Ce n'étoit pas assez que les faux prophètes eussent Uvié Jérusalem entre les mains de Tite; les Juifs n'étoieat pas encore hennis de la Judée, et l'amour qu'ils avoient pour Jérusalem en avoit obligé plusieurs à choisir leur demeure parmi ses ruines. Voici un faux Chiiit qui va achever de les perdre. Cinquante ans après la prise de JéruAlem, dans le siècle de la mort de Notre-Seigneur, l'infâme Barchocbébas, un voleur, un scélérat, parce que son nom signifioit le fils de Tétoile, se disoit l'étoilç de Jacob prédite au livre des Nombres (i^MSi., xxiy. 17.), et se porta pour le Christ {Euseb,,Hût, ecel,, lib. iv. cip. <i. 8.)- Akibas, le plus autorisé de tous les rabbins, et à son exemple
SUR l'histoirb universelle. 323
'tous ceut qae leâ Jnifis appelokint lettre -na^es', «taftfèreAt<iiiis ion parti,
sans que Timposteur leur donnât aoeund autre mar^e'tte sa mission,
sinon qu'Âkibas disoit que le Gàvist ne poUvOît pas bêatadoup'-tarder
* (Talm. Bieros,; îraet. de ^Jêjun: tt in «e(. Comm, sup» lAm. Jvnm,;
** Maimonid,f lib. De Jure Beg., c. 12.)- I^s Juifs' se' révoltèrent' par
'''tout Tempire romain, sout U "otradutte de BarchOoliëbas qui leur- pro-
■ mettoit l'empire du monde.* Adrien ed'tua six cent mille rle-joug de
' ces malheureux s^appeiitiitit; et ils' l^ent = batinia pour jamais 'de la
Jifdée.
Qui ne Toit que l'esprit de 'séduction s'est saisi der leur cœur? «iL'amour de la yérité, qui leur apportoit le Salut, s'est éteint en «ux : 'Bfeu leur a envoyé une efficace d'ert«ur qui les fait croire a,\É mensonge (3 Ihess.^ n. 1(K). i* Il n'y a point dlmposture si grossière' qui ne les séduise. De nos jonrsj'un Imposteur s^est dit le Christ en Orient : - tous les Juifs commençoient à s'attroQper autour de lut ï nous les a^ons 'TUS en Italie, en Hollande, en Allemagne, et à Metz, se préparer k i'tout vendre et à tout quitterpourle sulyre. Ils s'imaginoieat'déjà qu'ils 'alloient devenir les maîtres du 'monde ^ qoand ils apprirent que leur -Christ s'étoit fait Tupc,«t avoit abaAdoimé la loi^â» Moïse.
Cbap. zxm. — La tvHte 'àet &treûrsda'Ju{fTj et kt^dàtHire dont m ^éitplitiuént les ptophétiès.
II ne faut pas s^omier qu'ib' soient tombés da^ de tels égarements, ni que la tempête les ait dissipés appàs qu'ils ont eu quitté leur route. Cette route leur étoit marquée dans leurs prophéties, principalmhent dans celles qui désigttoieot'le temps du Ciirist^ Ils ont laissé passer ces -précieux moments sans en profiter : c'est pourquoi on lee voit ensuite litres au mensonge, et ils ne savent plus & quoi se prendre.
Donnez-moi' encore tm moment pour vous iteonter la suite de Iturs «meurs, et tous les pas qu'ils ont faits pour Veiffoncer dans l'abîme. Les routes par oft on s'égare tiennent toujours au grand ^chemin ; et en considérant où T^arement a commencé, on marche piiis sûrement dans la droite voie.
Nous avons vu, Ifoniteigneur, que deux prophéties ittaïquoient aux JNiilis le temps du Christ, œlle de Jacob et celle de Daniel. Elles marquoieiit toutes deux la ruine du royaume de Inda au' temps que le Christ viendroit. Mats Daniel expliquoit que la totale destruction de ce ivyÉame devoit être une suite de la mort du Christ : «t Jacob disoit clairement, que dans la décadence du royaume de Juda, le Christ qui 'ffcndroit alors seroit « l'attente des peuples;* c'est-à-dire , qu'il ensefoit le libérateur, et qu'il se feroit un > nouveau royaume< composé non ' plus^*un seul peuple, mais de tous les peuples du monde. L^ paroles de hi prophétie ne peuvent avoir d'antre sens, et c'étoit la tradition •oBstante des Juifs, qu'elles dévoient s'entendre de cette sorte.
De là nette opinion répandue parmi les anciens rabbins, et qu'en «voit encore dans leur Talmud {€en. , Tr. Sanhed, , c xi.) , que dans le* tempe que le Christ viendroit, il n'y auroit plus de magistrature : da sorte
■ qu'Q n'y «roilrién 4t pliu important, pcnr ooosDttre le tompt deiw
M mesiie, q^us d'observtr quand ila tomberoient dana cet état malbeaniL
En eiret ils afoient bien oommencé; et ails n'avoient eu reaprUM*
tupé dea grandeura mondaines qu'ila Vouloient trouver .daiia le Mbh^
afin d'y avoir part sous son empire, ils. n'auroient pu mécoonottie M-
. sus-Christ. Le fondement qu'ils avoient posé étoit eertaia : car ansM
que la tyrannie du premier Hérode, et le changement de la répnUipi
judaïque qui arriva de son temps, leur eut fait voir le temps de bëé-
cadence marqué dans la prophétie, ils ne doutèrent point que le.Chitit
ne dût venir, et qu'on ne vit bientôt ce nouveau royaume oé defiM
se réunir tous les peuples.
. Une des choses qu'ils remarquèrent, c'est que la puissance de vis d
de mort leur fut ôtée {Talm. Hierosol,, Tr. JSanhêd,), Cètoit un gnai
changement . puisqu'elle leur avoit toujours été conservée juaqn^ilia,
à quelque domination qu ils fussent soumis, et même dans Babfta
pendant leur captivité. L'histoire de Suzanne (Dan,^ xin.) le Cût iMi
voir, et c'est une tradition constante parmi eux. Les roia de Perss^fri
les rétaUirent, lOur laissèrent cette puissance par un décret aqrii
{['Esdr., vn. 25, 26.) i que nous avons remarqué en son lieu; et-nm
avons vu aussi que les premiers Séleucides avoient plutôt
que restreint leurs privilèges. Je n'ai pas besoin de parler id
une fois du règne des Mâcha bées, où ils furent non-seulonent
chis, mais puissants et redoutables à leurs ennemis. Pompée qd la
affoiblit, à la manière que nous avons vue, content du tribut qnH Isv
imposa, et de les mettre en état que le peuple romain en ptttdiipiwr
dans le besoin, leur laissa leur prince avec toute la juridioti<Hi. On pà
. assez que les Romains en usoient ainsi, et ne touchoient pointangomV' i
nement du dedans dans les pays à qui ils laissoient leurs rois natnisii»
Enfin les Juifs sont d'accord qu'ils perdirent cette puissance de lit
et de mort, seulement quarante ans avant la désolation du second
pie; et on ne peut douter que ce ne soit le premier Hérode qui ait
mencé à faire cette plaie à leur liberté. Car depuis que pour se
du sanhédrin, où il avoit été obligé de comparaître lui-même aiul
qu'il fût roi {Joseph, f ÀnU, 1. xnr. c. 18. al. 9.), et ensuite, pontife
tirer toute l'autorité à lui seul, il eut attaqué cette assemblée qui éloil
comme le sénat fondé par Moïse, et le conseil perpétuel de la natiea oi
la suprême juridiction étoU exercée, peu à peu. ce grand cwps pHà
son pouvoir, et il lui en restoit bien peu quand Jésue-Christ fiai tt
monde. Les affaires empirèrent sous les enfants d'Hteode, loiaqai h
royaume d'Archélaûs, dont Jérusalem étoit la capitale, réduit «jm*
rince romaine, fut gouverné par des présidents que les empaieaoii'
voyoient. Dans ce malheureux état, les Juilii gardèrent si peu kptf'
aance de vie et de mort, que pour faire mourir Jéaus-Chriatiqa^tai^
que prix que ce fût ils vouloient perdre, il leur fallut avoir leeaan à
Pilate; et ce foible gouverneur leur ayant dit qu'ils le fifiêent aiarir
eux-mêmes, ils répondirent tout d'une voix: « Nous n'avons pas la poe*
voir de faire mourir personne {Joan.f xvni. 31.). » Aussi lùt-ce par 1*
mains d'Hérode qu'ils firent mourir saint Jacques frère de — int jeaSfd
f SUR L HISTOIRE UHIYERSELLE. 325
Il qa*ils mirent saint Pierre eo prison {Àct. , xii. 1,2, 3.)* Quand ils eurent il[ résolu la mort de saint Paul, ils le livrèrent entre les mains des Romaini ^ (Ibid.j zxiu. zxiY.), comme Ils avoient fait Jésus-Christ; et le vœu say, crilége de leurs faux zélés, qui jurèrent de ne boire ni ne manger jus* ji ques à ce qu'ils eussent tué ce saint apôtre, montre assez qu'ils ae ,j croyoient déchus du pouvoir de le faire mourir juridiquement. Que s'ila g, lapidèrent saint Etienne (Ibid. , vn. 56, 57.) , ce fut tumultuairement, et ^ par un effet de ces emportements séditieux que les Romains ne pouvoient pas toujours réprimer dans ceux qui se disoient al^rs les Zélateurs. On ^ doit donc tenir pour certain, tant par ces histoires que par le conseng( tement des Juifs, et par Tétat de leurs affaires, que vers les temps de . ^ Notre -Seigneur, et surtout dans ceux où il commença d'exercer son mi- ^ nistère, ils perdirent entièrement Tautorité temporelle. Ils ne purent jt voir cette perte, sans se souvenir de Tancien oracle de Jacob, qui leur ,f prédisoit que dans le temps du Messie il n*y auroit plus parmi eux ni ^ puissance, ni autorité, ni magbtrature. Un de leurs plus anciens au- ^ leurs le remarque (7rae(., voc. magna Gen. seu Comm, in Gen,)\ et il a j raison d'avouer que le sceptre n'étoit plus alors dans Juda, ni Tautorité dans les chefs du peuple, puisque la puissance publique leur étoit ôtée, I et que le sanhédrin étant dégradé, les membres de ce grand corps n'è- , toient plus considérés comme juges, mais comme simples docteurs. Ainsi, selon eux-mêmes, il étoit temps que le Christ parût. Comme ils Toyoient ce signe certain de la prochaine arrivée de ce nouveau roi, dont l'empire devoit s'étendre sur tous les peuples, ils crurent qu'en . effet il ailoit parottre. Le bruit s'en répandit aux environs, et on fut persuadé dans tout l'Orient qu'on ne seroit pas longtemps sans voir sortir de Judée ceux qui régneroient sur toute la terre.
Tacite et Suétone rapportent ce bruit comme établi par une opinion constante, et par un ancien oracle qu'on trouvoit dans les Livres sacrés du peuple juif (Suel., Vèipas., n. 4; TadLf Bût., lib. y, cap. 13.). Josiphe récite cette prophétie dans les mêmes termes, et dit comme eux qu'elle se trouvoit dans les saints Livres {Joseph,, De BeUoJud,f L ym, c. 12. al. lib. yi. c. 5 ; Hegesip., De Exeid. Jer., lib. y. c. 44.). L'autorité de ces Livres, dont on avoit vu les prédictions si visiblement accomplies entant de rencontres, étoit grande dans tout l'Orient; et les Juilii, plus attentifs que les autres à observer des conjonctures qui étoient principalement écrites pour leur instruction, reconnurent les temps du Messie que Jacob avoit marqué dans leur décadence. Ainsi les réflexions qa'ils firent sur leur état furent justes; et sans se tromper sur les temps du Christ, ils connurent qu'il devoit venir dans le temps qu'il vint ea efTet Mais, à foiblesse de l'esprit humain, et vanité source inévitable d'aveoglement ! L'humilité du Sauveur cacha à ces orgueilleux les véritables grandeurs qu'ils dévoient chercher dans leur Messie. Ils Toa« loient que ce fût un roi semblable aux rois de la terre. Cest pourquoi les flatteurs du premier Hérode, éblouis de la grandeur et de la magnificence de ce prince, qui tout tyran qu'il étoit, ne laissa pas d'enrichir la Judée, dirent qu'il étoit lui-même cerroi tant promis (Epiph., Ub. I. Bitr. zx ; ITsrodtaii. i. tom. i. pag. 46.). C'est aoiai «t ^\ ^^oon^
326 I)I5re0UBâ<.
lieu à la secte des hérodiens, dont il est tant parlé i dans: l'fiTsngi's {MdH.j xzn. 16 ; Mafc^ m. 6 ; xn. 13), et que. les païens ^nt conmie, puisque Perse et son scholia^te nous apprennent (Pers. et veL SehoU^ Sat. ▼. V, 180), qu'encore du temps de Néron, la naissance du roi Hèrode étoît célébrée par ses sectateurs avec la même solennité quels sabbat. Josèphe tomba dans une semblable erreur. Cet hornooe, « instruit, commeil le dit lui-même (Joseph, , De Bellojud. , lib ni. cap. 14. oi. 8.) dans les prophéties judaïques, comme étant prêtre et sorti de leur noe sacerdotale, « reconnut à la vérité que ,1a venue de ce roi promis par Jacob convenoit aux temps d'Hérode, où il nous montre lui-même avec tant de soin un commencement manifeste de la ruipe des Juifs <: mais comme il ne vit rien dans sa nation qui remplit ces ambitieuses idées qii*élle avoit conçues de son Christ , il poussa un peu plus avan,t le temps de la prophétie; et l'appliquant à Vespasien, il assura que «c cet oracle de l'Ëeriture signifioit ce prince déclaré empereur dans la Judée (Jion seph./i DeBdloJud.j lib. m. cap. 14. al, 8. et lib. vu. cap. 12.al.lib. vi. cap. h.). »
C'est ainsi qu'il détournoit TËcniture sainte pour autoriser sa flatterie-: aveugle, qui transportoitaux étrangers Vespén^noe de Jacob et de Juda; qui chercboit en Vespasien le fil» d'Abraham et de David, et at* tribuôit- à un prince idolâtre le titre de celui dont les lumières dévoient retirer les Gentils de l'idolâtrie.
La conjoncture des temps le favorisoit. Mais pendant qu'il attrilmioit à Vespasien ce que Jacob avoit dit- du Christ, les zélés qui défendoient Jérusalem se rattribuoient à eux-mêmes. C'est sur ce seul fondement qu'ils se promettoient l'empire du monde, comme Josèphe le raconte {Joseph., De Bell Jud.j lib. vu. Ihid.); plus raisonnables que lui, en ce que du moins ils ne sortoient pas de la nation pour chercher Ta^ complissement des promesses faites à leurs pères.
Comment n'ouvroient-ils pas les yeux au grand fruit que faisoit dès lors parmi les Gentils la prédication de l'Ëvangile, et à ce nouvel empire que Jésus-Christ établissoit par toute la terre? Qu'y avoit-il de plut beau qu'un empire où la piété régnoit , où le vrai Dieu triomphoit de l'idolâtrie, où la vie étern^'lle étoit annoncée aux nations infidèles; et l'empire même des Césars n'étoit-il pas une vaine pompe à comparaison de celui-ci? Mais cet empire n'étoit pas assez éclatant aux yeux du monde.
Qu'il faut être désabusé des grandeurs humaines pour connoltre Jésus-Christ! Les Juifs connurent les temps ; les Juifs voyoient les peuples appelés au Dieu d'Abraham, selon l'oracle de Jacob, par Jésus- Christ et par ses disciples : et toutefois ils le méconnurent ce .Jésus qui leur étoit déclaré par tant de marques. Et encore que durant. sa vie et après sa mort il confirmât sa mission par tant de miracles^ ces aveugles le rejetèrent, parce qu'il n'avoit en lui que la solide graibdeur deatitùée de tout l'appareil qui frappe les sens, et qu'il venoit philAt pour condamner que pour couronner leur ambition aveugle.
Et toutefois forcés par les conjonctures et les circonstanceS'du temps, malgré leur aveuglement ils sembloient quelquefois sortir de leurs pré-
SUR l'histoire universelle. 32T
Tentions. Tout se disposoit tellement, du temps de Nôtre-Seigneur, à la manifestation du Messie, qu'ils soupçonnèrent que saint Jean-Bap^ tiste le pouvoit bien être (Luc, m. 15 ; Joan,, i, 19, 20 ). Sa manière dt.' vie austère, extraordinaire, étonnante, les frappa; et au défaut des grandeurs du monde, ils parurent vouloir d'abord se contenter de l'éclat d'une vie si prodigieuse. La vie simjtle et commune de Jésus-Chrisr rebuta ces esprits grossiers autant que superbes, qui ne pouvoient être * pris que par les sens, et qui d'ailleurs, éloignés d'une conversion sincère, ne vouloient rien admirer que ce qu'ils regardoient comme Inimitable. De cette sorte, saint Jean- Baptiste, qu'on jugea digne d'être Je Christ, n'en fut pas cru quand il montra le Christ véritable: et Jésus-Christ, qu'il falloit imiter quand on y croyoit, parut trop humble' aux Juifs pour être suivi.
Cependant l'impression qu'ils avoient conçue que le Christ deyoit paraître en ce temps, étoit si forte, qu'elle demeura près d'un siècle parmi eux. Ils crurent que l'accomplissement des prophéties pouvoit avoir une certaine étendue , et n'étoit pas toujours toute renfermée dans an point précis : de sorte que près de cent ans il ne se parloit parmi eux que des faux christs qui sefaisoient suivre, et des faux prophètes qui les annonçoient. Les siècles précédents n'avoient rien vu de semblable ; et iei Juifs ne prodiguèrent le nom de Christ , ni quand Judas le ICachabécf remporta sur leur tyran tant de victoires, ni quand son frère Simon les affranchit du joug des Gentils, ni quand le premier Hircan fit tant de' conquêtes. Les temps et les autres marques ne convenoient pas. et ce n'est que dans le siècle de Jésus-Christ qu'on a commencé à parler de tous ces messies. Les Samaritains , qui lisoient dans le Pentateuque la prophétie de Jacob, se firent des christs aussi bien que les Juifs, et un peu après Jésus-Christ ils reconnurent leur Dosithée {Origen., TraeU xzzrn. in Matth.f n. 33, tom. m. pag. 851 ; t. xm. in Joan., n. 27; tom. nr. pag. 237; lib. i. eont. Cels., n. 57. tom. i. pag. 372.). Simon le magicien de même pays se vantoit aussi d'être le Fils de Dieu, et ICénandre son disciple se disoit le Sauveur du monde (Jnen., adv. Hasres,, lib. i. cap. 20, 21 , nune 22. p. 99.). Dès le vivant de Jésus-Christ la Samari-' taine avoit cru que le Messie c alloit venir ' : > tant il étoit constant dans la nation, et parmi tous ceux qui lisoient l'ancien oracle de Jêr cob, que le Christ devoit paroltre dans ces conjonctures.
Quand le terme fut tellement passé qu'il n'y eut plus rien à atten-' dre, et que les Juifs eurent vu par expérience que tous les mestiei qu'ils avoient suivis, loin de les tirer de leurs maux, n'avoient (kit que les y enfoncer davantage : alors ils furent longtemps sans qu'il parOt' parmi eux de nouveaux messies : et Barchochébas est le dernier qu'ils aient reconnu pour tel dans ces premiers temps du christianisme. Maft ■ l'ancienne impression ne put être entièrement effacée. Au lieu de croire que le Christ avoit paru, comme ils avoient fait encore au temps d'Adrieo; sous les Antonins ses successeurs, ils s'avisèrent de dire que leur Messie étoit au monde, bien qu'il ne parût pas encore , parce quil