‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 26 sur 32 · BpMtst, Joan.^ IV, 3S · texte numérisé non relu

BpMtst, Joan.^ IV, 3S

328 PISCOURS

«ttendoit le prophète filie qui de voit veair le sacrer {JusHn,^ DiaU a» Tryph,, n. 8, 49, pag. 110, 145.)* Ce discours étoit commun parmi eux dans le temps de saint Justin; et nous trouvons aussi dans leur Talmnd la doctrine d'un de leurs maîtres des plus anciens, qui disoit que « k Christ étoit venu, selon qu'il étoit marqué dans les prophètes ; mais qu'il se tenoit caché quelque part à Rome parmi les pauvres mendiantt (Jt. Juda filiut Levif Gem., Tr. San., c. zi.). »

Une telle rêverie ne put pas entrer dans les esprits; et les Juifs, cob> traints enfin d'avouer que le Messie n'étoit pas venu dans le temps qu'ils avoieot raison de l'attendre selon leurs anciennes prophéties, tombèrent dans un autre ahtme. Peu s'en fallut qu'ils ne renonçassent à l'espérance de leur Messie qui leur manquoit dans le temps, et plusieon suivirent un fameux rabbin , dont les paroles se trouvent encore conservées dans le Talmud {R, ffilleL Ibid.; Is, Ahrau, De cap. fidei.). Celui-ci voyant le terme passé de si loin, conclut que « les Israélites n^voient plus de Messie à attendre, parce qti'il leur avoit été donné ea la personne du roi Ezéchias. »

A la vérité, cette opinion, loin dé prévaloir parmi les Juifs, y a M détestée. Mais comme ils ne connoLssent plus rien dans les temps qui leur sont marqués par leurs prophéties, et qu'ils ne savent par où sortir de ce labyrinthe, ib ont fait un article de foi de cette parole qoe nous lisons dîans le Talmud {Gem., Tr, San,, c. zi.; Mofes Ifat mon. «. Epit Tal.; 1$. ÀbraUf De eap, fidei.) ; « Tous les termes qui étotenC marqués pour la venue du Messie sont passés ; » et ont prp.noncé d'un commun accord : « Maudits soient ceux qui supputeront les temps du Messie : « comme on voit dans une tempête qui a écarté le vaisseau trop loin de sa route, le pilote désespéré abandonner son calcul, et aller où le mène le hasard.

Depuis ce temps, toute leur étude a été d'éluder les prophéties où le temps du Christ étoit marqué : ils ne se sont pas souciés de renverser toutes les traditions de leurs pères , pourvu qu'ils pussent ôter aui chrétiens ces admirables prophéties; et ils en sont venus jusques à dire que celle de Jacob ne regardoit pas le Christ.

Mais leurs anciens livres les démentent. Cette prophétie est entendue du Messie dans le Talmud {Gem, , Tr. Sanhed. , c. xi.) , et la manière dont nous l'expliquons se trouva dans leurs paraphrases {Paraph. (Mkelas, Jonathan f etJerosoL Vide Polyg.Àng,) c'est-à-dire dans les commentaires les plus authentiques et les plus respectés qui soient parmi eux.

Nous y trouvons en propres termes, que la maison et le royaume de Juda, auquel se devoit réduire un jour toute la postérité de Jacob et tout le peuple d'Israél, produiroit toujours « des juges et des magistrats, > jusqu'à la venue du Messie, sous lequel il se formeroit un royaume cemposé de tous les peuples.

C'est le témoignage que rendoient encore aux Juifs, dans les premiers temps du christianisme , leurs plus célèbres docteurs et les plus reçus. L'ancienne tradition, si ferme et si établie, ne pouvoit être abolie d'abord; et quoique les Juifs n^appliquassent pas à Jésus-Christ la prophétie de Jacob, ils n'avoient encore osé nier qu'elle ne convint ao

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Messie. Ils n'en sont venus à cet excès que longtemps après, et lorsque, pressés par les chrétiens, ils ont enfin aperçu que leur propre tradition étoit contre eux.

Pour la prophétie de Daniel, où la venue du Christ étoit renrermée dans le terme de quatre cent quatre-vingt-dix ans, à compter depuis la vingtième année d'Artaxerxe à la Longue-Main : comme ce terme menoit à la fin du quatrième millénaire du monde , c'étcit aussi une tradition très-ancienne parmi les Juifs, que le Messie paroitroit vers la fin de ce quatrième millénaire, et environ deux mille ans après Abraham. Un Ëlie, dont le nom est grand parmi les Juifs, quoique ce ne soit pas le prophète, Tavoit ainsi enseigné avant la naissance de Jésus- Christ; et la tradition s'en est conservée dans le livre du Talmud {Cem., Tr. San., c. xi.). Vous avez vu ce terme accompli à la venue de Notre- Seigneur, puisqu'il a paru en effet environ deux mille ans après Abraham, et vers Tan 4000 du monde. Cependant les Juifs ne l'ont pas connu; et, frustrés de leur attente, ils ont dit que leurs péchés avoient retardé le Messie qui devoit venir. Mais cependant nos dates sont assurées de leur aveu propre; et c'est un trop grand aveuglement, de faire dépendre des hommes un terme que Dieu a marqué si précisément dans Daniel.

C'est encore pour eux un grand embarras de voir que ce prophète fasse aller le temps du Christ arvant celui de la ruine de Jérusalem; de sorte que ce dtrnier temps étant accompli, celui qui le précède le doit être aussi.

Josèphe s*est ici trompé trop grossièrement {Àntiq.f Ifb. z, c. ult. ; J)€ Bello Jud,f lib. yn;cap. 4. al. lib. yi. cap. 2.). Il a bien compté les semaines qui dévoient être suivies de la désolation du peuple juif; et les voyant accomplies diins le temps que Tite mit le siège devant Jérusalem, il ne douta point que le moment de la perte de cette ville ne fût arrivé. Mais il ne considéra pas que cette désolation devoit être précédée de la venue du Christ et de sa mort; de sorte qu'il n'entendit que la moitié de la prophétie.

Les Juifs qui sont venus après lui ont voulu suppléer à ce défaut. Ils nous ont forgé un Agrippa descendu d'Hérode, que les Romains, disent-ils, ont fait mourir un peu devant la ruine de Jérusalem; et ils veulent que cet Agrippa, Christ par son titre de roi, soit le Christ dont il est parlé dans Daniel : nouvelle preuve de leur aveuglement. Car, outre que cet Agrippa ne i>eut être ni le Juste ni le Saint des saints, ni la fin des prophéties, tel que devoit être le Christ que Daniel marquoit en ce lieu ; outre que le meurtre de cet Agrippa, dont les Juifs étoient innocents, ne pouvoit pas être la cause de leur- désolation, comme devoit être la mort du Christ de Daniel : ce que disent ici les JoifiB est une fable. Cet Agrippa descendu d'Hérode fût toujours do parti des Romains; il fut toujours hien traité par leurs empereurs, et régna dans un canton de la Judée longtemps après la prise de Jérusalem, comme l'attestent Josèphe et les autres contemporains (Joseph. ^ De BeUo Jud., lib. vu. cap. )4, aZ. 5; Juttut Tiher.^ Biblioth. Phoî , €êd. ZSDU. pag. 19.).

Aiosi tout ce qu'inventent les Juifs pour éluder les pçpph^tîes, ki oonfond. Eux-mêmes ils ne se fient pas à des inventioni s^ giostières;. et leur meilleure défense est dans cette loi qu'iU ont établie de se supputer plus les jours du Messie. Par là ils Ferment les yeux Tolontaiiement à la vérité, et renoncent aux prophéties où le Saint-Esprit a lirîméme compté les années; mais pendant qu'ils y renonceQty ils les accomplissent, et font voir la vérité de ce qu'elles disent de leur avesglement et de leur chute.

Qu'ils répondent cft qu'ils voudront aux prophéties : la désoUtioSi qu'elles prédisoient leur est arrivée dans le temps manqué ; l'évÛMment est plus fort que toutes leurs subtilités; et si le Christ n'est ve«« dans cette fatale conjoncture, les prophètes en qui ils espèrent les ont. trompés.

Ch\p. zxiT — Circonstances mémorables de ,1a amie des Juifs; suite de leurs fauises interprétations^

Et, pour achever de les convaincre, remarquez deux circonstaneei qui ont accompagné leur chute et la venue du Sauveur du mcaide: Tune, que la succession des pontifes, perpétuelle et inaltérable depdi Aaron, finit alors; l'autre, que la distinction des. tribus et des fisumllei, toujours conservée jusqu'à ce temps, y périt, de leur av^ propre.

Cette distinction étoit nécessaire jusques au temps du Kessie.De.' Lévi dévoient nattre les ministres des choses sacrées. D'Aaron dévoient sortir les prêtres et les pontifes. De Juda devoit sortir le Messie même. : Si la distinction des familles n'eût subsisté jusqu'à la ruine de Jérusalem, et jusqu'à la venue de Jésus-Christ,, les sacrifices judaïques auroient péri devant les temps, et David eût été frustré de la gloire d'être reconnu pour le père du Messie. Le Mesâe est-il. arrivé; le sacerdoce nouveau, selon l'ordre de Melchisédech , a-t-il commencé en sa personne, et la nouvelle royauté qui n'étoit pas de ce monde at-elle paru : on n'a plus besoin d'Aaron , ni de Lévi, ni de Juda, ni de David , ni de leurs familles. Aaron n'est plus nécessaire dans un temps où les sacrifices dévoient cesser, selon Daniel (Dati., ix, 27). La maison de David et de Juda. a accompli sa destinée lorsque le Christ de Dieu en est sorti; et comme si les Juifs renonçoient eux-mêmes à leur espérance, ils oublient précisément en ce temps la succession des familles, jusque*; alors si soigneusement et si religieusement retenue.

N omettons pas une des marques de la venue du Messie, et peut-être la principale si nous la savons bien entendre, quoiqu'elle fasse lescasdale et l'horreur des Juifs. C'est la rémission des péchés annoncée au nom d'un Sauveur soufirant, d'un Sauveur humilié et obéissant jusqu'à la mort. Daniel avoit marqué, parmi ses semaines (Ihid., 26, 27.), la semaine mystérieuse que nous avons observée, où le Christ devoit être immolé, où l'alliance devoit être confirmée par sa mort, où les anciens sacrifices dévoient perdre leur vertu. Joignooâ Daniel avec Isale : nous trouverons tout le fond d'un si grand mystère; nous verrons « l'homme de douleur qui est chargé des iniqui*^ de tout It

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peuple, qui donne sa vie pour le péché, et le guérit par ses plaies (ff., un.). « Ouvrez les yeux, incrédules : n'est-il pas vrai que la rémission des péchés vous a été prôchée au nom de Jésus-Christ crucifié? S'étoiton jamais avisé d'un tel mystère? Quelque autre que Jésus-Christ, ou devant lui, ou après, s'est-H glorifié de laver les péchés par son sang? Se sera-t-il fait crucifier exprès pour acquérir un vain honneur, et accomplir en lui-même une si funeste prophétie? Il faut se taire, et adorer dans l'Évangile une doctrine qui ne pourroit pas même venir dans la pensée d'aucun homme, si elle n'étoit véritable.

L'embarras des Juifs est extrême dans cet endroit : ils trouvent dans leurs Ecritures trop de passages où il est parlé des humiliationa de leur Messie. Que deviendront donc ceux où Û est parlé de sa gloire et de ses triomphes ? Le dénoûraent naturel est , qu'il viendra aux triomphes par les combats, et à la gloire par les souffrances. Chose incroyable! • les Juifs ont mieux aimé mettre deux Messies. Nous voyons dans leur Talmud, et dans d'autres livres d'une pareille antiquité (TV. SuecOy et ■ Comm. sive Paraph, tup, Cant. e. vu. v. 3.), qu'ils attendent un Messie souffrant, et un Messie plein de gloire : l'un mort et ressuscité, l'autre toujours heureux et toujours vainqueur; l'un à qui conviennent •tous les passages où il est parlé de foiblesse , l'autre à qui conviennent tous ceux où il est parlé de grandeur; l'un enfin fils de Joseph, car on n'a pu lui dénier un des caractères de Jésus-Christ qui a été réputé fils de Joseph, et l'autre fils de David; sans jamais vouloir entendreque ce Messie fils de David devoit , selon David, « boire du torrent » avant que de « lever la tête (Ps. cix.) ; ^ c'est-à-dire, être affligé avant que d'être* a triomphant, » comme le dit lui-même le Fils de David. « ô insensés et pesants de. cœur, qui ne pouvez croire ce qu'ont dit les prophètes, ne falloit-il pas que le Christ souffrit ces choses, et qu'il entrât dans sa gloire par ce moyen (lue, xxiv. î.5, 26.)^ ■

Au reste, si nous entendons du Messie ce grand passage où Isàfe . nous représente si vivement « l'homme de douleur frappé pour nos p^ chés, * et défiguré « comme un lépreux (ff. , lui.), * nous sommes encore soutenus dans cette explication , aussi bien que dans toutes les avtres, par l'ancienne tradition des Juifs; et malgré leurs préventionsyle chapitre tant de fois cité de leur Talmud {Gem.^ Dr. Sarûi.j c. xi.) nous enseigne que ce « lépreux chargé des péchés du peuple sera le Messie. » . Les douleurs du Messie, qui lui seront causées par nos péchés, sont célèbres dans le même endroit et dans les autres livres des Juifo. Il y est souvent parlé de l'entrée aussi humble que glorieuse qu'il devoit faire dans Jérusalem monté sur un âne; et cette célèbre prophétie dç Zacharie lui est appliquée. De quoi les Juifs ont-ils à se plaindre? Tout leur étoit marqué en termes précis dans leurs prophètes : leur ancienne i tradition avoit conservé l'explication naturelle de ces célèbres prophé-' lies ; et il n'y t rien de plus juste que ce reproche que leur fait le Sauveur du monde (Matth.^ xvi, 2, 3, 4; Luc, xn. 56.) : « Hypocrites, vous savez juger par les vents, et par ce qui vous parott dans le ciel, si le temps sera serein ou pluvieux ; et vous ne savez pas connottre, à tant de signes qui vous sont donnés, le temps où vo\\% ^\fe%\ ^

CoQcluonsdonc que les Juifs ont eu véritablement nUsom de dire qœ « tous les termes de la venue du Messie sont passés. » Jûda n'est fÂùs un royaume ni un peuple : d'autres peuples ont reconnu le Messie qui devoit être envoyé. Jésus-Christ a été montré aux Gentils : à ce signe, ils sont accourus au Dieud*Abraham; et la bénédiction de ce patriarche 's*est répandue par toute la terre. Lliomme de douleur a été prêché, et la rémission des péchés a été annoncée par sa mort. Toutes les semaines se sont écoulées; la désolation du peuple et du sanctuaire, juste punition de la mort du Christ, a eu son dernier accooaplisiement; enfin le Christ a paru avec tous les caractères que la tradition des Juifs y reconnoissoit, et leur incrédulité n'a plus d'excuse.

Aussi voyons-nous depuis ce temps des marques indubitables de leur réprobation. Après Jésus-Christ, ils n'ont fait que s'enfoncer de plus en plus dans l'ignorance et dans la misère, d'où la seule extrémité de leurs maux, et la honte d'avoir été si souvent en proie à l'erreur les fera sortir,, ou plutôt' la bonté de Dieu, quand le temps arrêté par sa providence pour punir leur ingratitude et dompter leur orgueil sera accompli.

Cependant ils demeurent la risée des peuples, et l'objet de leur aversion, sans qu'une si longue captivité les fasse revenir à eux, encore qu'elle dût suffire pour les convaincre. Car enfin, comme leur dit saint Jérôme {Hier,, Ep, ad Durdan,, t. ii. col. 610.), « qu'attends-tu, ô Juif incrédule? tu as commis plusieurs crimes durant le temps des Juges : ton idolâtrie t'a rendu l'esclave de toutes les nations voisines; mais Dieu a eu bientôt pitié de toi, et n'a pas tardé à t'envoyer des sauveurs. Tu as multiplié tes idolâtries sous tes rois; mais les abomina* tiens où tu es tombé sou^ Achaz et sous Manassës n'ont été punies que par soixante-dix ans de captivité. Cyrus est venu, et il t'a rendu ta patrie, ton temple et tes sacrifices. A la fin, tu as été accablé par Yespasien et par Tite. Cinquante ans après, Adrien a achevé de t'exterminer, et il y a quatre cents ans que tu demeures dans l'oppression. > C'est ce que disoit saint Jérôme. L'argument s'est fortifié depuis, et douze cents ans, ont été ajoutés à la désolation du peuple juif. Disonslui donc, au lieu de quatre cents ans, que seize siècles ont vu durer sa captivité, sans que son joug devienne plus léger. « Ou'as-tu fait, ô peuple ingrat? esclave dans tous les pays, et de tous les princes, tu ne sers point les dieux étrangers. Comment Dieu qui t'avoit élu t'at-ii oublié, et que sont devenues ses anciennes miséricordes? Quel crime, quel attentat plus grand que l'idolâtrie te fait sentir un châtiment que jamais tes idolâtries ne t'avoient attiré? Tu te tais? tu ne peux comprendre ce qui rend Dieu si inexorable? Souviens-toi de cette parole de tes pères : « Son sang soit sur nous et sur nos enfants (Jfoifh., zxvii. 25.); » et encore : « Nous n'avons point de roi que César {Joan., XIX. 15.). 9 Le Messie ne sera pas ton roi; garde bien ce que tu as choisi : demeure l'esclave de César et des rois jusqu'à ce que « la plénitude des gentils soit entrée, et qu'enfin tout Israël soit sauvé {Rom., n, 25, 36). »

Chap. xzv. — Réflexions particulières sur la conversion des Gentils, Profond conseil de Dieu , qui les vouloit contertir par la croix de Jésus-Christ. Raisonnement de saint Paul sur cette manière de les convertir.

Cette conversion des Gentils étolt la seconde chose qui devoit arriver au temps du Messie , et la marque la plus assurée de sa venue. Nous avons vu comme les prophètes Tavoient clairement prédite ; et leurs promesses se sont vérifiées dans les temps de Notre-Seigneur. Il est certain qu'alors seulement, et ni plus tôt ni plus tard, ce que les philosophes n'oitt osé tenter, ce que les prophètes ni le peuple juif, lorsqu'il a été le plus protégé et le plus fidèle, n*ont pu faire, douze pécheurs, envoyés par Jésus-Christ et témoins de sa résurrection, Tout accompli. C'est que la conversion du monde ne devoit être l'ouvrage ni des philosophes ni même des prophètes : il étoit réservé au Christ; et c'étoit le fruit de sa croix.

Il failoit à la vérité que ce Christ et ses apôtres sortissent des Juifs, et que la prédication de l'Évangile commençât à Jérusalem. < Une montagne élevée devoit parottre dans les derniers temps, >• selon Isaîe (/£., li. 12.) : c'étoit l'Église chrétienne. « Tous les Gentils y dévoient venir, et plusieurs peuples dévoient s'y assembler. En ce jour le Seigneur devoit seul être élevé, et les idoles dévoient être tout à fait brisées (Ibid.f 2, 3, 17^ 18.). » Mais Isaîe, qui a vu ces choses, a vu aussi en même temps que « la loi qui devoit juger les Gentils sortiroit de Sion, et que û parole du Seigneur, qui devoit corriger les peuples, sortiroit de Jérusalem (/6td. , 3, 4.); » ce qui a fait dire au Sauveur que « le salut devoit venir des Juifs {Joan. , iv. 22.). • Et il étoit convenable que la nouvelle lumière dont les peuples plongés dans Tidolàtrie dévoient un jour être éclairés, se répandît par tout l'univers, du lieu où elle avoit toujours été. C'étoit en Jésus-Christ, fils de David et d'Abraham, que toutes les nations dévoient être bénies et sanctifiées. Nous l'avons souvent remarqué. Mais nous n'avons pas encore observé la cause pour laquelle ce Jésus soufl'rant, ce Jésus crucifié et anéanti, devoit être le seul auteur de la conversion des Gentils, et le seul vainqueur de l'idolâtrie.

Saint Paul nous a expliqué ce grand mystère au premier chapitre de la première Êpitre aux Corinthiens ; et il est bon de considérer ce bel endroit dans toute sa suite. « Le Seigneur, dit-il (1 Cor.^ i. 17, 18. 19, 20.), m'a envoyé prêcher l'Évangile, non par la sagesse, et par ie raisonnement humain, de peur de rendre inutile la croix de JésuA- Christ; car la prédication du mystère de la croix est folie à ceux qui périssent, et ne parott un efi'et de la puissance de Dieu qu'à ceux qui 36 sauvent, c'est-à-dire à nous. En eiïet il est écrit (/«., xxix. 14; zzxiii. 18.) : Je détruirai la sagesse des sages, et je rejetterai la science des savants. Où sont maintenant les sages? où sont les docteurs? que sont devenus ceux qui recherchaient les iciitnces de ce siècle? Di«u n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde? »

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Sans doute, puisqu'elle n'a pu tirer les hommes de leur ignonnce.]ftii *Voioi la raison que saint Paul en donne. (Tè^que c Died^rtffixttqjaÊ ié monde afeo la sagesse bnmaine ne ravbil* point teeidhiitt^flà^ les on- Trages de sa sagesse, » c'est-à-dire par les créatures 'qh*il4tbit i! Inea ordonnées y il a pris une autre Yoie, et < a résolu de saûVer^itâi 'fidèles par la folie de la prédication (1 Cor,f i. 21.)i > c'est-èk-dire par le m|f- • ^tère de la croix, o& la -sagesse humaine ne peut rfen'tiéitapilréÀïfre.

•- Nouveau et admirable desseur delà divine- proYldi|jAtâe1<MsaMnoit '■introduit l'homme dans le monde, où, de quelque 'ifiÂté^'qii*il't)Miriilt ' les yeux, la sagesse du Crteteur reluisoit'dans la grAttdénr; didi la •! richesse etdans^ies dispositions d'un si bel odWage'. l:*6bmllle'à^ea- ^1«dbult l'a méconnu : les' créatures, qui se présentoient pour 4l0V6r ttstra "leiprit- plus haut, l%nt arrêté : lliomme aveogle et abiroti leik à sénfai; •et non content d'adorer l'œuvre des mainrde Dieu, il 8 adorée ÏVtliiTn .'de ses propres mains. Des ftibles, plus ri(Hciiles''que celle» 'tfuèfoa

■ ecmte aux enfants, ont fait sa religion : 11 a doUiÔ là'fàhion ; ^iea la lui veut faire oublier d'une autre sorte. Un ouvrage îiôat il entendoit

> la sa^sse ne l'a -potot touché ; un autre ouvrage hii "ein ^ftrete i ïtè, où •< son raisonnement se |>érd, et oA tout' lui pafott fblie t'b'éal l2^(^h^d«

■ Jéstt^Ghrist. Ce n'est point en raisonnant qUloû- dntehd ^ccrBr^re; ' = «'est «'en captivant son mtelligence sous 'F6béi!(Mthce de la foi ,• » ifeit < « en détruisant les raisonnement» humains, etnoàtef hauteur qui s'é-

■lève contre la science de Dteu (2 €or., z. 4v5.). » ' JÊia effet, que compremms*nous dane te mystère où 4e Belgheo^ de gloire est chargé d'opprobres; où la-'sàgesse'divâ» e&ttràitte'de IbDe; "OÙ celui qui, assuré en lui-même desa naturelle graiàdeur, «ii'a pascra ' s'attribuer trop quand il s'est dit égal à Dieu, s'est anéanti loi-lotiême jusqu'à prendre la forme d'esclave, et à subir la moH de la croix (?fti- Hp,y 11, 7, 8) T » Toutes nos pensées se confondent; et ,^ comme disoit "saint Paul, il .n'y a rien qui paroisse plus insensé à ceux qui ne sont pas éclairés d'en haut.

Tel étoit le remède que Dieu préparoit à l'iddl&trie. Il COnnoissoit ' l'esprit de l'homme, et il saroit que ce n'étoit pas par raisonnement Mqu'il failoit détruire une erreur que le raisonnement n'avôit pas éta- '■ blie. Il y a des erreurs où nous tombons en raisonnant; car l'homme s'embrouille souvent à force de raisonner : mais l'idolâtrie étoit venue 'par Fextrémité opposée, c'étoit en éteignant tout raisonnement, et en laissant dominer les sens qui vouloient tout revêtir des qualités dont ils sont touchés. C'est par là que la divinité étoit devenue visible et grossière. Les hommes lui ont donné leur figure, et ce qui était plus honteux encore, leurs vices et leurs passions. Le raisonnement n'avnit point de part à une erreur si brutale. C'étoit un renversement du bon sens, un délire, une frénésie. Raisonnez avec un firénétique, et contre un homme qu'une fièvre ardente fait extravaguer, vous ne Haites que IMrriter et rendre le mal irrémédiable : il faut aller à la cause, redresser le tempérament, et calmer les humeurs dont la violence cause de si "étranges transports. Ainsi ce ne doit pas être le raisounement qui guérisse le délire de l'idolâtrie. Qu*ont gagné les philosophes aTacIeois

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discours pompeux, avec leur style sublime, avec leurs raisonnement^ si artifîcieusement arrangés? Platon, avec son éloquence qu'on a crue divine, a-t-il renversé un seul autel où ces monstrueuses divinités étoient adorées? Au contraire, lui et ses disciples, et tous les sages du siècle ont sacrifié au mensonge : c Ils se sont perdus dans leurs pensées; leur cœur insensé a été rempli de ténèbres, et sous le nom de sages qu'ils se sont donné, ils sont devenus plus fous que les. autres (Aovi., 1. 21, 22.) I * puisque, contre leurs propres lumières, ils ont adoré les créatures.

N'est-ce donc pas avec raison que saint Paul s*est écrié dans notre passage (1 Cor.y u 20.) : « Où sont les sages, où sont les docteurs? Qu'ont opéré ceux qui recherchoient les sciences de ce siècle? » ontils pu seulement détruire les fables de Tidolâtrie? ont-ils seulement soupçonné qu'il fallût s'opposer ouvertement à tant de blasphèmes, et souffrir, je ne dis pas le dernier supplice, mais le moindre affront pour la vérité? Loin de le faire, « ils ont retenu la vérité captive {Rom.t 1. 18.), a et ODt posé pour maxime qu'en matière de religion il falloit suivre le peuple^ le peuple qu'ils méprisoient tant, a été leur rè^le daus la matière la plus importante de toutes, et où leurs lumières sembloient le plus nécessaires. Qu'as-tu donc servi, à philosophie? « Dieif n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse de ce monde , » comme notis disoit saint Paul (1 Cor.f 1. 19, 20.)? « N'a-t-il pas détruit la sagesse des sages, et montré l'inutilité de la science des savants? »

C'est ainsi que Dieu a fait voir, par expérience, que la ruine de l'idolâtrie ne pouvoit pas être l'ouvrage du seul raisonnement humain. Loin de lui conunettre la guérison d'une telle maladie, Dieu a achefé de le confondre par le mystère de la croix; et tout ensemble il a porté le remède jusqu'à la source du mal.

L'idolÂtrie, si nous l'entendons, prenoit sa naissance de ce profond attachement que nous avons à nous-mêmes. C'est ce qui nous avoit fait inventer des dieux semblables à nous; des dieux qui en effet n'étoient que des hommes sujiits à nos passions, à nos foiblesses et à nos vices : de sorte que, sous le nom des fausses divinités, c'étoit en effet leurs propres pensées, leurs plaisirs et leurs fantaisies que les Gentils adoroient.

Jésus-Christ nous fait entrer dans d'autres voies. Sa pauvreté, ses ignominies et sa croix le rendent un objet horrible à nos sens. Il faut sortir de soi-même, renoncer à tout, tout crucifier pour le suivre. L'homme arraché à lui-même, et à tout ce que sa corruption lui faisoit aimer, devient capable d'adorer Dieu et sa vérité étemelle dont il veut dorénavant suivre les règles.

Là périssent et s'évanouissent toutes les idoles, et celles qu'on ad(^ roit sur des autels, et celles que chacun servoit dans son cœur. Cellesci avoient élevé les autres. On adoroit Vénus, parce qu'on se laissoit dominer à l'amour sensuel, et qu'on enaimoit la puissance. Bacchus, le plus ei^oué de tous les dieux, avoit des autels, paroe qu'on s'abandonnoit et qu'on sacrifioit, pour ainsi dire, à la joie des sens, phis douce et plus enivrante que le vin. Jésus-Christ, par le mysièfe de sa

croix, Tient imprimer dans les cœars ramour des MmfRriii€«i an Bu de l'amour des plaisirs. Les idoles qu'on adoroitan dehors furent di» pées, parce que celles qu'on sdoroit au dedans ne subsistoient phn: U cœur purifié, comme dit Jésus'Cbrist lui-même {Matth. , t. S.), «t rendu capable de voir Dieu; et Thomme, loin de faire Diea sembisbli à soi, tâche plutôt, autant que le peut souffrir son infirmité, à définir aemblable à Dieu.

Le mystère de Jésus-Christ nous a fait voir comment la divinité puvoit sans se ravilir être unie à notre nature, et se revèUr de nosfM- 'blesses. Le Verbe est incamé; celui qui avoit c la forme » et la natm « de Dieu, * sans perdre ce qu'il étoit, < a pris la forme d'eidsii {Philip. y II, 6, 7.)* > Inaltérable en lui-même, il s'unit et il t'approprie une nature étrangère. homme, qui vouliez des dieux qui ne fonest, à dire vrai, que des hommes, et encore des hommes vicieux! eWt un trop grand aveuglement. Mais voici un nouvel objet d^adontîoi qu'on vous propose : c'est un Dieu et un homme tout ensemble; mais un homme qui n'a rien perdu de ce qu'il étoit en prenant ce que non •bmmes. La divinité demeure immuable, et sans pouvoir se dégrader, elle ne peut qu'éiever ce qu'elle unit avec elle.

Mais encore qu'est-ce que Dieu a pris de nous? nos Tioea et nos piehés? à Dieu ne plaise : il n'a pris de l'homme que ce qu'il y afkit,el il est certain qu'il n'y avoit fait ni le péché ni le rice. Il y avoit ftit la nature ; il l'a prise. On peut dire qu'il avoit fkit la mortalité aiee l'infirmité qui l'accompsgne, parce qu'encore qu'elle ne fAt f»as do premier dessein , elle étoit le juste supplice du péché, en cette qualité elle étoit l'œuvre de la justice divine. A.ussi Dieu n'a-t-il pas dédaigné de la prendre; et en prenant la peine du péché sans le péché même, il a montré qu'il étoit, non pas un coupable qu'on punissoit, mais le juste qui exploit les péchés des autres.

De cette sorte, au lieu des vices que les hommes mettoient dans leurs dieux, toutes les vertus ont paru dans ce Dieu-Homme; et afin qu'elles y parussent dans les dernières épreuves, elles y ont pAra an milieu des plus horribles tourments. Ne cherchons plus d'antre Dies visible après celui-ci : il est seul digne d'abattre toutes les idoles, et la victoire qu'il devoit remporter sur elles est attachée à sa croix.

C'est-à-dire qu'elle est attachée à une folie apparente. « Car lea Jaifii, poursuit saint Paul (1 Cwr.^ i. 22, 23, 24, 25.), demandent des niracles, » par lesquels Dieu, en remuant avec élclat tonte la nature, comme il fit à la sortie d'Egypte, les mette risiblement au-deasas de leurs ennemis; c et les Grecs ou les Gentils cherchent la sagesse » et des discours arrangés, comme ceux de leur Platon et de leur Soerate. « Et nous, continue l'Apôtre, nous prêchons Jésus-Christ crucifié, scandale aux Juifs, » et non pas miracle; < folie aux Gentils, » et bob pas sagesse : < mais qui est aux Juifs et aux Gentils a{^léa à la eoanoissance de la vérité, la puissance et la sagesse de Dieu, parce qu'es Dieu, ce qui est fou est plus sage que toute la sagesse humaine, et ee qui est foible est plus fort que toute la force humaine. » Voilà le dernier coup qu'il falloit donner à notre superbe ignorance. La lagcMS eê

SUR l'histoire universelle. 337

Ton nous mènent si sublime, qu'elle paroît folie à not^e sagesse; et . les règles en sont si hautes , que tout nous y parott un égarement.

Mais si cette divine sagesse nous est impénétrable en elle même, 3lle se déclare par ses effets. Une vertu sort de la croix , et toutes les • idoles sont ébranlées. Nous les voyons tomber par terre, quoique soutenues par toute la puissance romaine. Ce ne sont point les sages, ce ne sont point les nobles, ce ne sont point les puissants qui ont fait un si . grand miracle. L'œuvre de Dieu a été. suivie; et ce qu'il avoit commencé par les humiliations, de Jésus-Christ, Il Ta consommé par les .• humiliations de ses disciples. « Considérez, mes frères, » c'est ainsi. ■ que saint Paul achève son admirable discours (1 Cor.f 26,27,28,29)fi « considérez ceux que Dieu a appelés parmi vous, » et dont il a corn*, posé cette Église victorieuse du mondai « Il y a peu de ces sages v que le ■ inonde admire; « il y a peu de puissants et peu de nobles : mais Dieu a choisi ce qui est fou selon le monde, pour confondre les sages; il t choisi ce qui étoit foible, pour confondre les puissants; il a choisi ce qu'il y avoit de plus méprisable et de plus vil, et enfin ce qui n'étoit pas. pour détruire ce qui étoit, afin que nul homme ne se glorifie devant lui. u Les apûtres et leurs disciples, le rebut du monde, et le -. Tiéant même, à les regarder par les yeux humains, ont prévalu à tous . les empereurs et à tout l'empire. Les hommes avoient oublié la création, et Dieu l'a renouvelée en tirant de oe néant son Église, qu'il a rendue toute-puissante contre l'erreur. Il a confondu avec les idoles i toute ia grandeur humaine qui .s'intéressoit à les défendre; et il a fait i un si grand ouvrage, comme il avoit fait l'uni vew^ par la seule force • de sa parole. .

Ch4P. XXVI. -— Diverset fortneséê Vidoldtriê : Ut sens, Vintérêty Vig^ùrance, un fatue respect de VatUiquité, la politique y la jjhihmê'*phie et les hérésiee tiennent à son teeowrs; l'Église triomphe de toué, .

L'idolâtrie nous parott la foiblesse même, et nous avons peine à , coTiprendre .qu'il ait fallu tant de force pour la détruire. Mais au con^ • traire, «on extravagance fait voir la difficulté qu'il y avait à la vaincre.} . et un si grand renversement du bon. sens montre assez combien le ^ principe étoit g&té. Le monde avoit vieilli dans TidolAtrie , et enchanté « . par ses idoles il étoit devenu sourd à la voix de la nature qui crioit contre elles. Quelle puissance falluit-il pour rappeler dans la mémoire des hommes le vrai Dieu si profondément oublié, et retirer le gense ■ humain d'un si prodigieux assoupissement?

Tous les sens, toutes les passions, tous les intérêts combattoient pour l'idolâtrie. Elle étoit faite pour le plaisir : les divertissements, les spectacles, et enfin la licence même y faisoient une partie du culte divin. Les fêtes n'étoient que des jeux ; et il n'y avoit nul endroit de la vie humaine d'où k pudeur fût bannie avec plus de soin qu'elle Tétoit dee mystères de la religion. Comment accoutumer des esprits si corrompus à la régularité de la religion véritable, chaste, sévère, ennemie

dei MM, fl uniquement attachée aux biens inyigiUes? Saint Faol ptrloit à Félix, ^uverneur de Judée, < de la justice, de la chasteté et do Jugement à Tenir. Cet homme effrayé loi dit : Retirez-Toas qoant à pvésent, je TOUS manderai quand il faudra (^ef., xxxt.35.)- » Ces diseoun étoient incommodes pour un homme qui Touloit jouir sans scmpole, et à quelque prix que ce fftt, des biens de la terre.

Voulez-Tous Toir remuer IMntérfit, ce puissant ressort qui donne le mouTcment aux choses humaines? Dans ce grand décri de l'idolâtrie que commençoient à causer dans toute TAsie les prédications de saint Paul, les ouTTiers qui gagnoient leur Tie en faisant de petits temptoi d'argent de la Diane d'fiphése s'assemblèrent, et le plus accrédité d*entre eux leur représenta que leur gain alloit cesser v « et non-seulement, dit-il {Àet., zix. 24 et xeq.)* nous courons fortune de tout pe^ dre; mais le temple de la grande Diane Ta tomber dans le mépris; et la mnjesté de celle qui est adorée dans toute l'Asie, et même dans tout l'uniyers, s'anéantira peu à peu. »

Que rintérét est puissant, et qu'il est hardi quand il peut se couTrir du prétexte de la religion I II n'en fallut pas dsTantage pour émouTOir ces ouTriers. Ils sortirent tous ensemble criant comme des furieux : La grande Diane des Sphésiens, et traînant les compagnons de saint Paul au théâtre, où toute la TiHe s'étoit assemblée. Alors les cris redoublèrent, et durant deux heures la place publique retentissoit de cei mots : « La grande Diane des Ephésiens. » Saint Paul et ses compagnons furent â peine arrachés des mains du peuple par les magistrats, qui craignirent qu'il n'armât de plus grands désordres dans ce tumulte. Joignez à l'intérêt des particuliers l'intérêt des prêtres qui alloient tomber avec leurs dieux; joignez à tout cela l'intérêt des villes que la fausse religion rendoit illustres, comme la ville d'fiphése qui devoit à son temple ses privilèges, ot Tabord des étrangers dont elle ètoit enrichie : quelle tempête devoit s'élever contre l'Église naissante? et faut-il s'étonner de voir les apêtres si souvent battus, lapidés, et laissés pour morts au milieu de la populace ? Mais un plus grand intérêt va remuer une plus grande machine : l'intérêt de l'État va ûtire agir le sénat, le peuple romain et les empereurs.

Il y avoit déjà longtemps que les ordonnances du sénat défendoient les religions étrangères {TiU Liv., lib. xxxix. c. 18.), etc.; Orat. Mmcen. apud Dion, Cass., lib. Ui; Tertûîl.t Apolog,^ c. 5; Btueb,, HiH. eccl, lib. n , cap. 2.). Les empereurs étoient entrés dans la même pditiqùe; et dans cette belle délibération où il s'agissoit de réformer les abus, du gouvernement, un des principaux règlements que Mécènes proposa à Auguste, fut d'empêcher les nouveautés dans la religion, qui ne manquoient pas de causer de dangereux mouTements dans les états. La maxime étoit véritable : car qu'y a-t-il qui émeuTe plus Tiolemment les esprits, et les porte à des excès plus étranges? Mais Dieu vouloit faire voir que rétablissement de la religion véritable n'excitoit pas de tels troubles; et c'est une des merveilles qui montre qu'il agissoit dans cet ouvrage. Car qui ne s'étonneroit de voir que durant trois cents ans entiers que l'ÉgliM a eu à souffrir tout ce que la rage des

SUR l'histoire universelle. 339

persécuteurs pouvoit ÎDYenter déplus cruel, parmi tant de séditions «t tant de guerres civiles, parmi tant de conjurations contre la personnt des empereurs, il ne se soit jamais trouvé un seul chrétien ni bon ni mauvais? Les chrétiens défient leurs plus grands ennemis d'en nommer un seul; il n'y en eut jamais aucun (Tert., ÀpohfC. 35, 36, etc.): tant la doctrine chrétienne inspiroit de vénération pour la puissance publique , et tant fut profonde l'impression que fit dans tous les esprits cette parole du Fils de Dieu {Matth, , xzu. 21 .) : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Cette belle distinction porta dans les esprits une lumière si claire, que jamais les chrétiens ne cessèrent de respecter l'image de Dieu dans les princes persécuteurs de la vérité. Ce caractère de soumissiop reluit tellement dans toutes leurs apologies, qu'elles inspirent encore aujourd'hui à ceux qui les lisent l'amour de l'ordre public, et fait voir qu'ils n'attendoient que de Dieu l'établissement du christianisme. Des hommes si déterminés à la mort, qui remplissoient tout l'empire et toutes les armées {Tertull. , ÀpoL f cap. 37 .) , ne se sont pas échappés une seule fois durant tant de siècles de souffrance; ils se défendoient à eux-mêmes, non-seulement les actions se iitieuses, mais encore les murmures. Le doigt de Dieu étoit dans cette œuvre; et nulle autre main que la sienne n'eût pu retenir des esprits poussés à bout par tant d'injustices.

A la vérité, il leur étoit dur d'être traités d'ennenus publics, et d ennemis des empereurs, eux qui ne respiroient que l'obéissance, et dont les vœux les pli-s ardents avoient pour objet le salut des princes et le bonheur de ÏÊ!U t. Mais la politique romaine se croyoit attaquée dans ses fondements, quand on méprisoit ses dieux. Rome se vantoit d'être une Yille sa » Us par sa fondation , consacrée dès son origine par des auspices divins, et dédiée par son auteur au dieu de la guerre. Peu s'en faut qu'elle ne crût Jupiter plus présent dans le Capitole que dans le ciel. Elle croyoit devoir ses victoires à sa religion. C'est par là qu'elle avoit dompté et les nations et leurs dieux; car on raisonnoit ainsi en ce temps : de sorte que les dieux romains dévoient être les maîtres des autres dieux, comme les Romains étoient les maîtres des autres hommes. Rome, en subjuguant la Judée, avoit compté le Dieu des Juifs parmi les dieux qu'elle avoit vaincus : le vouloir faire régner, c'étott renverser les fondements de l'empire; c'étoit haïr les victoires et la puissance du peuple romain {Cic, OnU. pro Fiacco, n. 26 . Orau Symm, ad. Imp, Vaî,fTheod,f et Arc ap, Âmbr., tom. v. L v. Ep. xxx, nune xvn. tom. n. col. 828 et seq.; Zoxim, Hist,f lib. u. iv, etc.). Ainsi les chrétiens, ennemis des dieux, étoient regardés en même temps comme ennemis de la république. Les empereurs prenoient plus de soin de les exterminer que d'exterminer les F^rlhes , les Marcomans et les Daces : le christianbme abattu paroissoit dans leurs inscriptions avec autant de pompe que les Sarmates défaits. Mais ils se vantoient à tort d'avoir détruit une religion qui s'accroissoit sous le fer et dans le feu. Les ca* lomnies se joignoient en vain à la cruauté. Des hommes qui pratiquoient des vertus au-dessus de l'homme , étoient accusés de vices oui

3k0 DISCOURS

font horreur à la oature. On acousoit dHnceste ceux dont la chasteté faisoit les délices. On accusoit de manger leurs propres enfants , x^eux qui étoient bienfaisants envers leurs persécuteurs. Mais, malgré la haine publique ) la force de la vérité tiroit de la bouche de leara jennemis des témoignages favorables. Chacun sait ce qu'écrivit Pline le Jeune (PHn., lib. X. Ep. 97.) à Trajan sur les bonnes mœurs des chrétiens. Ils furent justifiés ) mais ils ne furent pas exemptés du dernier. aupplice; car il leur falloit encore ce dernier trait pour achever en eux l'image de Jesus-Christ crucifié ; et ils dévoient comme lui aller à la croix avec une déclaration publique de leur innocence.

Lidolâtrie ne mettoit pas toute sa force dans la violence. Encore que son fpud Fût une ignorance brutale, et une entière. dépravation da sens humain, elle vouloit se parec de quelques raisons. Combien de fois a-t-elle tâché de se déguiser, et en combien de manières s'est-elle transformée pour couvrir sa honte t Elle faisoit quelquefois la respectueuse envers la divinité. Tout ce qui est divin, di.soit-elle,est inconnu : il n'y a que la divinité qui se connoisse elle-même; ce n'est pas à nous h discourir de choses si hautes : c'est pourquoi il en faut croire les anciens, et chacun doit suivre la religion qu'il trouve établie dans son pays. Par ces maximes, les erreurs grossières autant qu'impies, qui remplissoient toute la terre, étoient sans remède, et la voix de la nature qui annonçoit le vrai Dieu étoit étouffée.

On avoit sujet de penser que la foiblesse de noire raison égarée a besoin d'une autorité qui la ramène au prificipe, et que c'est de l'anti* quité qu'il faut apprendre la religion véritable. Aussi en avez- vous vu la suite immuable dès l'origine du monde. Mais de 'juelle antiquité se pouvoit vanter le paganisme, qui ne pouvoit lire ses propres histoire» sans y trouver l'origine non- seulement de sa religion, mais encore de ses dieUxî Vapron etCicéron {De nat, Deor., lil). i etm.)^ sans compter les autres auteurs, l'ont bien fait voir. Ou bien aurions-nous recours à ces milliers infinis d'années, que les Égyptiens remplissoient de fables confuses et impertinentes, pour établir l'antiquité «iont ils se vantoieni? Mais toujours y voyoit-on naître et mourir les divinités de l'Egypte ; et ce peuple ne pouvoit se faire ancien ,:sans marquer le commencement de ses dieux. .

Voici une autre forme de l'idolâtrie. Elle vouloit qu'on servit tout ce qui passoit pour divin. La politique romaine, qui défendoit si sévèrement les religions étrangères, permettoit qu'on adorât les dieux des Barbares, pourvu qu'elle les eût adoptés. Ainsi elle vouloit paroître équitable envers tous les dieux, aussi bien qu'envers tous le.s hommes. Elle encensoit quelquefois le Dieu des Juifs avec tous les autres. Nous trouvons une lettre de Julien l'Apostat (/u/., Ep, ad comm, Judœar.^ xxv.), par laquelle il promet aux Juifs de rétablir la sainte cité, et de sacrifier avec eux au Dieu créateur de l'univers. Nous avons vu que les païens vouloient bien adorer le vrai Dieu , mais non pas le vrai Dieu tout seul ; et il ne tint pas aux empereurs que Jésus-Christ même, dont ils persécutoient les disciple-, n'eût des autels parmi les Romains.

Ouoi donc, les Romains ont-ils pu penser à honorer comme Dieu ce-

SUR L'hISTÔIKÉ 'UNIVERSELLE. '341

lui qu6 leurs magistrats avoientccftidamné aii dernier H6ppli6e, et que plusieurs de leurs auteurs ont chargé d'opprobres? Il né faut pas s'en étonner , et la chose est incontestable.

Distinguons premièrement oe que fait dirô en général une haine aveugle, d^vec leâ faits positifs dont on croit avoir la (Preuve. 11 e.^t certain que les Romams, quoiqu'ils aient condamné Jé^-Christ, ne lui ont jamais reproché aucun crime 'particulier. Aussi Pilate le tcondamna-t-il avec répugnance, violenté par les cris et par les' menaces des Juifs. Mais ce qui est bien' plus' merveilleux, lebJuif^edx-imômes, à la poursuite desquels il a été <irueifié, ïi'ont- conservé daiis )eurt arfoiens livres la mémoire d'aucune action qdi notât sa vie, loin d'en avoti^ remarqué aucune qui lai ait fait mériter le dernier supplice : par où se confirme manifestement ce que nous'liéons dans rfivangile, que tout le crime de Notre-Seij^eur a été de d'être dit le Christ 'Fils de Dieu.

En effet , Tacite nous rappt>rte bien le supplice de '■ Jésus-Christ sous Ponce Pilate et durant Pempire de Tibère (Taeit, ,^ Armai, y iih, xr. c. 44.) ; mais il ne rapporte aucun crime qui lui ait fait mériter la mort, que celui d'être fauteur d'une secte convaincue de haïr le genre humain, ou de lui être odieuse. Tel est le crime de Jésus* Chnst et' des chrétiens; et leurs plds grands ennemis n'ont jamais pu les^ttcouser qu'en termes vagues, sans jamais alléguer un fait posiiit qu'on leur ait pu imputer.

Il est vrai que dans la dernière persécution, 9t trois cents ans après Jésus-Christ, les païens, qui ne savoient plus que reprocher ni à lui ni à ses disciples, publièrent de faux adtes de Pilaie, où ils prétendoient qu'on verroit les crimes pour lesquels il avoit été crucifié. Mais comme on n'entend point parler de ces actes dans tous les siècles précédents, et que ni sous Néron, ni sous Domitien, qui régnoient dans l'origine du christianisme, quelque ennemis qu'ils en fussent, on n'en trouve rien du tout; il parott qu'ils ont été faits à plaisir-, et 11 y a parmi les Romains si peu de preuves constantes contre Jésus-Christ, qne ses ennemis ont été réduits à en inventer.

Voilà donc un premier fait, l'innocence de Jésus- Christ isans re^ro* che< Ajoutcns-en un second , la sainteté de ^ vie et de sa doctrine rer connue. Un des plus grands empereurs romains, c'est Alexandre Sévère, àdmiroit Notre-Seigneur, et flaisoit écrire dans les ouvrages publics, aussi bien que dans son palais (lamprïd. ifi Alex, Sev.y c. 45, 51.), quelques sentences de son Évangile. Le même empereur louoit et proposoit pour exemple, les saintes précautions avec lesquelles les chrétiens ordonnoient les ministres des choses sacrées. Ce n'est pas tout, on voyoit dans son palais une espèce de chapelle, où il sacrifioit dès le matin. 11 y avoit consacré les images « des âmes saintes, p parmi lesquelles il rangeoit, avec Orphée, Jésus-Christ et Abraham. Il avoit une autre chapelle, ou comme on voudra traduire le mot latiA /arart^m, de moindre dignité que la première, oA l'on voyoit l'image d'Achille et de quelques autres grands hommes; mais Jésus-Christ étoit placé dans le premier rang. C'est un païen qui l'écrit, et il cite pour témoin un auteur du temps d'Alexandre {jlbidLy o. 1^« 'SV.VN^'^3^ '^^^^

deux témoins do oe mdme fait ; et vdd un autre,lkit qui n'est pts moins surprenant

Quoique Porphyre , en abjurant le christianisme , s'en fût déclaré l'ennemi, il ne laisse pas, dans le livre intitMié, la Philosophie par Ut oraclet ÇPorph,, lib. De Fh%lo$, per orae.; Eutéb.,Dêm. Ev,^ Ub. m. 0. 6. p. 134; Àug.f De Civ. Det, lib. ux. cap. xzm. tonu vu. eoL 566, 567. ) 9 d'avouer qu'il y en a eu de très-favorabies à la sainteté de Jésus- Christ.

▲ Dieu ne pUûse que nous apprenions par les oracles trompeurs U gloire du Fils de Dieu, qui les a fait taire en naissant. Ces oracles cités par Porphyre sont de pures inventions; mais il est bon de savoir ce quç les païens faisoient dire à leurs dieux sur Notre-Seigneur. Porphyre donc nous assure qu*il y a eu des oracles, « où Jésus Christ est appelé un homme pieux et digne de l'immortalité, et les chrétiens, aa contraire, des hommes impurs et séduits. » 11 récite ensuite l'oracle de la déesse Hécate, où elle parle de Jésus-Christ comme « d*un homme illustre par sa piété, dont le corps a cédé aux tourments, mais dont l'Ame est dans le ciel avec les Ames bienheureuses. Cette Ame, disoit la déesse de Porphyre, par une espèce de fatalité, a inspiré l'erreur aux Ames A qui le destin n'a pas assuré les dons des dieux et la cojmoissance du grand Jupiter; c'est pourquoi ils sont ennemis des dieux. Vais gardez-vous bien de le blâmer, poursuit-elle en parlant de Jésus-Christ, et plaignez seulement Terreur de ceux dont je vous ai raconté la malheureuse destinée. » Paroles pompeuses et entièrement vides de sens, mais qui montrent que la gloire de Notre-Seigneur a forcé ses ennemis à lui donner des louanges.

Outre rinnocence et la sainteté de Jésus-Christ, il y a encore un troisième point qui n'est pas moins important, c'est ses miracles. Il est certain que les Juifs ne les ont jamais niés; et nous trouvons dans leur Talmud (2V. de Tdoloîat, et Comm, in Eccl,) quelques-uns de ceux que ses disciples ont- faits en son nom. Seulement, pour les obscurcir, ils ont dit qu'il les avoit faits par les enchantements qu'il avoit appris en figypte; ou même par le nom de Dieu, ce nom inconnu et ineffable dont la vertu peut tout selon les Juifs, et que Jésus-Christ avoit découvert^ on ne sait comment, dans le sanctuaire {Tr, de Sabh. , c. xii. Lb. Générât. JesUf seu Hist. Jesu,)) ou enfin, parce qu'il étoit un de ces prophètes marqués par Moïse (Z>euf. ,xiu. 1,2.)} dont les miracles trompeurs dévoient porter le peuple à l'idolAtrie. Jésus- Christ vainqueur des idoles, dont l'Évangile a fait reconnottre un seul Dieu par toute la terre, n'a pas besoin d'être justifié de ce reproche : les vrais prophètes n'ont pas moins prêché sa divinité, qu'il a fait lui-même; et ce qui doit résulter du témoignage des Juifs, c'est que Jésus-Christ a fait des miracles pour justifier sa mission.

Au reste, quand ils lui reprochent qu'il les a faits per magie, ils devroient songer que Moïse a été accusé du même crime. C'étoit l'ancienne opinion des Égyptiens, qui, étonnés des merveilles que Dieu avoit opérées en leur pays par ce grand homme, l'avoient mis au nombre des principaux magiciens. On peut voir encore cette opinion dans

SUR l'histoire universelle. 3^5

Pline et dans Apulée (Plin., Hist, natur,, lib. zxz. cap. i; Apul,^ Âpol,, teu de Uagià.)f où Moïse se trouve nommé avec Jannès et Membre, ces célèbres enchanteurs d'Egypte dont parle saint Paul (2 Ttm., m. 8), et que Moïse avoit confondus par ses miracles. Mais la réponse des Juifs étoit aisée. Les illusions des magiciens n'ont jamais un effet durable, ni ne tendent à établir, comme a fait Moïse, le culte du Dieu véritable et la sainteté de vie : joint que Dieu sait bien se rendre le mattre et faire des œuvres que la puissance ennemie ne puisse imiter. Les mêmes raisons mettent Jésus-Christ au-dessus d'une si vaine accusation, qui dès là, comme nous l'avons remarqué, ne sert plus qu'à justifier que ses miracles sont incontestables. '

Us le sont en effet si fort, que les Gentils n'ont pu en disconvenir non plus que les Juifs. Celse, le grand ennemi des chrétiens, et qui les attaqxie dès les piemiers temps avec toute l'habileté imaginable, recherchant avec un soin infini tout ce qui pouvoit leur nuire, n'a pas nié tous les miracles de Notre-Seigneur : il s'en défend, en disant avec les Juifs que Jésus-Christ avoit appris les secrets des Égyptiens, c*est-àdire la magie, et qu'il voulut s'attribuer la divinité par les merreilles qu'il fit en vertu de cet art damnable {Orig, cont, Celt,, lib. i. n. 38; lib.- II. n. 48, tom. i. pag. 356, 422.). C'est pour la même raison que les chrétiens passoient pour magiciens (Orip. cont. Cels,, lib. vi. n. 39, tom. I. p. 661; Âct, Mart. poxsi'm.); et nous avons un passage de Julien l'Apostat (/u2. ap, Cyril, , lib. vi. t. vi. p. 191.) qui méprise les miracles de Notre-Seigoeur, mais qui ne les révoque pas en doute. Volusien,dans son épttre à saint Augustin {Apud Aug,, Ep. m, iv, nune cxxxv. cxxxvi. tom. ii. col, 399, 400.), en fait de même; et ce discuurs étoit commun parmi les païens.

Il ne faut donc plus s'étonner, si accoutumés à faire des dieux de tous les hommes où il éclatoit quelque chose d'extraordinaire, ils voulurent ranger Jésus-Christ parmi leurs divinités. Tibère, sur les relations qui lui venoient de Judée, proposa au sénat d'accorder à Jésus- Christ les honneurs divins [Teriull.f ApoLf cap. 5; Etueb.f Uist.eccLy lib. II, cap. 2.). Ce n'est point un fait qu'on avance en l'air, et Tertullien le rapporte, comme public et notoire, dans son Apologétique qu'il présente au sénat au nom de l'Ëgli^e, qui n'eût pas voulu affoiblir une aussi bonne cause que la sienne par des choses où ou auroit pu si aisément la confondre. Que si on veut le témoignage d'un auteur païen, Lampridius nous dira « qu'Adrien avoit élevé à Jésus-Christ des temples qu'on voyoit encore du temps qu'il écrivoit {Lamprid, in Alex^ Sev.f cap. 43.); > et qu'Alexandre Sévère, après l'avoir révéré en particulier, lui vouloit publiquement dresser des autels, et le mettre au nombre des dieux {Ibid,),

Il y a certainement beaucoup d'injustice à ne vouloir croire, touchant Jésus-Christ, que ce qu'en écrivent ceux qui ne se sont pas rangés parmi ses disciples : car c'est chercher la foi dans les incrédules, ou le soin et l'exactitude dans ceux qui, occupes de toute autrt chose, tenoient la roligion pour indifTérente. Mais il est vrai néanmoins aue la gloire de Jésus-Christ a e»' un si grand écl«A, i^<^ \^ mwiA^ >*»

i^ett pu défendre de lui rendre quelque témoignage ; et je ne puis tous *^«ft répi^%êT de i^M'aothenttque que celui de tant -d^en^ie^aiffs. "-'ie^'Teeoeùoff toutefois qu'ils avolent encore un aat WWde es eln! %,m 'V ^nâortde^lattoHtiquedansies'^onneurs^u'ilS'TtMôMt t'JMHMOtriat ''^l'Hi préténéoient qu'à Ift fin les religion!^ s'uniroient, crv^ueMdteu '" dt toutes les sectes devfendroient "cotntnuns.' Les tfhfêtieiie'iie'cOiHtois- ^^*M>HBnt point-ceCulte zâêlé; et nemépHsèrentpas'dioinsles'ooiide^ *' "dUBoes que les rigueUi^ de la i^olitique romain(B';'Ma!& {Kefa toiilut^'oa "^•Mtre principe fit rejeter pair- les païens les- templee-qùèteéevttli^ieiin *''destinOlent t lésus^Ghrist. Les'pufttres des -idolef^i'att'YÉjpipofré^ftii- "'leur'(iaIeR déjà^ité {ijawiprid:in'Ale(t/Sev,i e: 48.)' tuit^de' fois,' '«Mirèrent à l'ftmpereur Adrien/'qae W^s'ilr coosaeroit ceeteiopM' BUb à ''-'fusage-des chvétiens, "tous^ièsr autres temples seraient etbsndotfBés, et '■* que tout -lemeiideembrtaieroît Hi -religion chrétienne., w £*idcittrie •^ même sentoit^anstiotre religion une force Tictorieuse contre laqttellc -^' ilès'faur dieux- ne 'poutoient tenir, et jtistlfioit elle-même la téritt de '-'cette sentence' de 'l'Apdtre(¥' Cor., vi. 15, 16.) : « Quelle oonr?entioa '"peut-il y avoir entre iésus-Cbrist el' Bélial, et comment peut'-on accor- '"'der le temple de Dieu atec les idoles? »

Âhisi/par la vertu de la croix, la fëligf on païenne, confondue par

"'•bile-même j tomboit en ruine; et l'unité de Dieu s'établissott teBemeot,

■ "qu'à la fihriddiâtrie n'en parut paréloignée. Elle disoit que la nature

''^TiDe si grande et si étendue ne pouToit être ex^^rîmêe ni par un seul

-" nom, ni sous une seule forme; mais-que^upiterj et Manr, et -Junoir, et

' les autres dieux, n'étoient au fond que le même dieu, dont les Tertos

''infinies étoient expliquées et représentées par tant de mots différents

" (Jfacrob., Safwm., lib. i. c. H et seq.; ÂpuUy De Deo Socr,; Aug,^ De

CiviU Deif lib. iv. c. x, xi. tom. vu. col. 95 et seq,). Quand ensuite il

' feUoit venir aux histoires impures des dieux, à leurs inf&mes généalo-

" gies, à leurs impudiques amours , à leurs fêtes et à leurs mystères qui

' n'avoient point d'autre fondement que ces fables prodigieuses, toute la

-religion se tournoit en allégories : c'étoit le montde ou le Soleil- qui se

• trouvoient être ce Dieu unique ; c'étoit lés étoiles, c*étort Pair, et lefeu,

' et l'eau, et la terre, et leurs divers assemblage:^ qui étcrient cachés sous

les noms des dieux et dans leurs amours. Foible et misérable refuge :

"car outre que leS fabl.s étoient scaudaieuses, et toutes les allégories

^ froides et forcées, que trouvoit-on à la fin, sinon que Ce Dieu unique

' étoit l'univers avec toutes ses parties; de sorte que le fond de la reli-

"gion étoit la nature, et toujours la créature adorée à la place du Créa-

■^teur?

Ces foibles excuses de idolâtrie , quoique tirées de la philosophie des stoïciens, ne contentoient guère les philosophes. Gelse et Porphyre cherchèrent de nouveaux secours dans la doctrine de Platon et de Py- ' thagore; et voici comment ils concilioient l\inité de Dieu avec lamul- ' tiplicité des dieux vulgaires. Il n'y avoit,disoient-il8, qu'un Dieu souverain; mais il étoit si grand, qu'il ne se méloit pas des petites choses. ' Content d'avoir fait leciel et les astres, il n'avoit daigné mettre la-maia à ce bas monde, qu'il avoît laissé former à ses subaHemes; et l'hommsi

.VUR L HISTOiMB UNIVERSELLE. *^>345

.- quoique né pour leconnoitre^- parce qu'il étoit tbariel/ù'étoit'pas une

œuvre; iikgne de Tftesniaids(On9j-^onr.Ce2^., iii>. v, vb ete.ipas»mf

■\ P^lat. yC^nv, Tim, €te,; Pofph,^ De Abstin, , lib. u ^àpulù^DerDeo^Socr,;

• Uug. y De CivU, -Dei , liU viu. cap. ziv et'seq. j aiviU) xzi , xxii (> liU ix. ■fs\ vapi ui, Yki tom. VIL coL 1202. «f teq, 219; 223.).' Aussi: étoit-ilinaâcesr . V sible à notro nature : U étoUiogé irop * haut pour «eus ;> les i esprit* céu testes qui 'Dousiavoient Caits^, nous'servoient de-médiatdursiatiprès de

• lui:, et c'est pourquoi il les faUoU adorer.

11* ne a'agii'pas de réfuter! ces rêveries' des* platoniciens , qdi aussi f.' Ixiien tofflbeat d'eUes-mèmes. Le mystère de Jésus^Cfaristr.leadétfuisoit r^ par leffûi)demeat'(i4M94; fip^ ui.ad Yolitsianj^ ttci nimexxiJLfHU\\,u, '•' Oui; 404 €t *eq.). Ce mystère -apprenoit aux li)Omme»-que'&iea)qui les

• ^avoitiaits à son image^n'avoit garde de lesiméprtser; que-s'iktavoient *«' betôin de médiateur, ce n'étoit-pas à cause de ieuf nature -que'tDieu Atavuit faite comme il avoitfait toutes les autres; mais à cause d6 -leur t«!f)éché dont ils étoieutles seul» auteurs : au reste, que leur nat-ure les •-. éloignoit si peu de Bieu^ que I>ieu ne dédaignoit pas de s^unir à eux en

• se faisant hommev et ieuf donnoii pour médiateur, -non point ce» esprits célestes que les philosophes appeloient démons, et que i'ËCFiture

:• appeioit a»ges; mais^un ho^oume, qui joignant la f<M*ce d*un Dieu à notre nature .-infirme, nous fîtmn remède de notre foibteite.

Que si l'orgueil- derplatooieieus ne pou voit pas se rabaisser jusqu'aux ' ) inuntliatioos du. Verbe fait chair, ne devotent-ils pas du moins comr «prendre que l'homme , pour être un peu au-dessous des anges, ne lais-

• ^t pas ûêtre comme eux capable de posséder Dieu : de sorte qu'il ' étoit plutôt leur frère que leur sujet, et ne deroit pas les adorer, mais

1- adorer avec eux, en esprit de société, celui qui les avoit faits les uns

.' et les autres à sa ressemblance? C'étoit donc noorseulement trop de

*- bassesse, mais encore trop d'ingratitude au genre humain , de sacrifier

' à d'autre qu'à Dieu; et rien n'étoit plus aveugle- que le paganisme; qui,

' lau lieu de lui réserver ce culte suprême, le rendoit à tant de -démons.

C'est ici que l'idolâtrie, qui sembloit être aux abois, découvrit lout à

• fait son foiJsle. Sur la fin des persécutiens, Porphyre, pressée pac les chrétiens, fut contraint de dire que le sacrifice n'étoit pas le culte- su- .prême; et voyez jusqu'où il poussa l'extravagance. Ce Dieu très-haut, disoit-il {Porphyr^i De Abstin. y lib. n; Aug., DeCiv. Dei, lib. z^ pat' tim.), ne recevoit point de sacrifice : tout ce qui est matériel est impur pour lui, et ne peut lui être offert. La parole même ne doit pas être employée à son culte, parce que la voix est une chose corporelle : il faut l'adorer en silence et par de simples pensées; tout autre culte est indigne d'une majesté si haute.

Ainsi Dieu étoit trop grand pour être loué. C'étoit un crime d'expri- . mer comme nous pouvons ce que nous pensons de sa grandeur. Le sa-

• ertfice, quoiqu'il oe soit qu'une mauière de déclarer notre dépendance profonde, et une reconnuissance de sa souveraineté, n'étoit pas pou* lui. Porphyre le disoit ainsi expressément; et cela qu'étoit-ce autre

..ehoM qu'abolir la religion, et laisser tout à fait sans culte celui qu'on tecennoissoit pour le Dieu des dieux ?

lUisqu*étoit-ce dooo que ees saerifioes qat tes Gentils ^^Rroiest dans tous les temples? Porphyre en avoit trouyé le secret 11 y atoft, diaoit-il. des esprits impurs, trompeurs, malfàisantSf qui, par un orgueil insensé, vouloient passer pour des dieux, et se faire servir par 1^ hommes. Il Iklloit les apaiser, de peur qnMb ne nous nuisissent {Porphyr. , De Âbi- Hn,j lib. n, apud Àug,, De CivU, DH, lih. ym. eap. zm. tom. ju, ool. 901.)* Les uns plus gais et plus enjoués se laissoient gagner perdes spectacles et des jeux : l'humeur plus somhre des autres vouloit l'odedl éd la graisse, et se repaissoit des sacrifices sanglants. Que sert de réfuter ces absurdités? Enfin les chrétiens gagnoient leur cause. 11 demeuroit pour constant que tous les dieux auxquels on sacrifioit parmi les Gentils étoient des esprits malins, dont l'orgueil s'attrihuoit la divinité : de sorte que ridolàtrie, à la regarder en elle-même, paroissoit seulement l'effet d'une ignorance brutale; mais à remonter à la source, e'étoit une œuvre menée de loin, poussée aux derniers excès par des esprits malicieux. C'est ce que les chrétiens avoient toujours prétenda; c'est ce qu'enseignoit l'Svangile ; c'est ce que chantoit le psalmiste : « Tous les dieux des Gentils sont des démons; mais Iç Seigneur a ikit les deux (Pt, xcv. 5.)- »

Et toutefois, Monseigneur, étrange aveuglement du genre humain 1 l'idolâtrie réduite à l'extrémité, et confondue par elle-même, ne laissoit pas de se soutenir. Il ne falloit que la revêtir de quelque apparence, et l'expliquer en paroles dont le son fût agréable à l'oreill», pour la faire entrer dans les esprits. Porphyre étoit admiré. JamhUque, son sectateur, passoit pour un homme divin, parce quMl savoit envelopper les sentiments de son maître de termes i]tii paroissoient mystérieux, quoiqu'en effet ils ne signifiassent rien. Julien TApostst, tout fin quMJ étoit, fut pris par ces apparences; les païens mêmes le racontent {Eunap, , Maxim, , Orihas, , Chrytanth.; Ep. JuL ad Jamb,^ Amm, Mareel.y lib. xxii, xxui, xzy.).Des enchantements vrais oufiiui, que ces philosophes vantoient, leur austérité mal entendue, leur abstinence ridicule qui alloit jusqu'à faire uo crime de manger les animaux, leurs purifications superstitieuses, enfin leur contemplation qui s'évaporoit en vaines pensées, et leurs paroles aussi peu solides qu'elles sembloient magnifiques, imposoient au monde. Mais je ne dis pas le fond. La sainteté des mœurs chrétiennes, le mépris des plaisirs qu'elle commandoit, et plus que tout cela, l'humilité qui faisoit le fond du christianisme, offensoit les hommes; et si nous savons le comprendre, l'orgueil, la sensualité et le libertinage étoient les seules défenses de l'idolâtrie.

L'Église la déracinoit tous les jours par sa doctrine, et plus encore par sa patience. Mais ces esprits malfaisants, qui n'aroient jamais cessé de tromper les hommes, et qui les avoieut plongés dans l'idolâtrie, n'oublièrent pas leur malice. Ils suscitèrent dans l'Ëglise ces hérésies que vous avez vues. Des hommes curieux , et par là vains et remuants, voulurent se faire un nom parmi les fidèles, et ne purent se contenter de cette sagesse sobre et tempérée que l'Apôtre avoit tant recommandée aux chrétiens {Rom, , xu. 3.). Ils entroient trop avant dans les

SUR l'histoire universelle. 347

mystères, qu'ils prétendoient mesurer à nos foibles conceptions: nouveaux philosophes, qui mêloient les raisonnements humains avec la foi, et entreprenoient de diminuer les difficultés du christianisme, ne pouvant digérer toute la folie que le monde trouvoit dans l'Evangile. Ainsi successivement, et avec une espèce de méthode, tous les articles de notre foi furent attaqués : la création, la loi de Moïse, fondement nécessaire de la nôtre, la divinité de Jésus-Christ, son incarnation, sa grftce, ses sacrements, tout enfin donna matière à des divisions scandaleuses. Celse et les autres nous les reprochoient (Orig, cont, Cels.j

1. IV, V, VI.). LMdolàtrie sembloit triompher. Elle regardoit le christianisme comme une nouvelle secte de philosophie qui avoit le sort de toutes les autres, et. comme elles, se partageoit en plusieurs autres sectes. L'Égliàe ne paroissoit qu'un ouvrage humain prêt à tomber de lui-même. On concluoit qu'il ne falloit pas, en matière de religion, raffiner plus que nos ancêtres, ni entreprendre de changer le monde.

Dans cette confusion de sectes qui se vantoient d'être chrétiennes, Dieu ne manqua pas à son Église. Il sut lui conserver un caractère d'autorité que les hérésies ne pouvoient prendre. Elle étoit catholique et universelle : elle embrassoit tous les temps: elle s'étendoit de tous cêtés. Elle étoit apostolique : la suite, la succession, la chaire de l'unité, l'autorité primitive lui appartenoit (/ren. , adv. Hœr.j lib. ii. c. 1,

2, 3, 4; TefiuU,f De Came Christ, f c. 2; De Prœscn'ptj c. 20.21, 3î, 36.). Tous ceux qui la quittoient, l'avoient premièrement reconnue, et ne pouvoient effacer le caractère de leur nouveauté, ni celui de leur rébellion. Les païens eux-mêmes la regardoient comme celle qui étoit 1b tige, le tout d'où les parcelles s'étoient détachées, le tronc toujours vif que les branches retranchées laissoient en son entier. Celse qui reprochoit aux chrétiens leurs divisions, parmi tant d'églises schismatique» qu'il voyoit s'élever, remarquoit une église distinguée de toutes les autres, et toujours plus forte, qu'il appeloit aussi pour cette raison « la grande Eglise. » a II y en a, disoit-il {Orig, contr. Cels,j lib. v. n. 59. tom. I. pag. 623.), parmi les chrétiens qui ne reconnoissent pas le Créateur, ni les traditions des Juifs ; t il vouloit parler des marcionites : «mais, poursuivoit-il, la grande Eglise les reçoit. » Dans le trouble qu'excita Paul de Samosate, l'empereur Aurélien n'eut pas de peine à connoître la vraie Eglise chrétienne à laquelle appartenoit la « maison de l'Eglise,- » soit que ce fût le lieu d'oraison , ou la maison de l'évêque. n radjugeaàceux«qui étoient en communion avec les évêques d'Italie et celui de Rome {Euseb., Hist, eccl.j l. vu. cap. 30.), » parce qu'il voyoit de tout temps le gros des chrétiens dans cette communion.. Lorsque l'empereur Constance brouilloit tout dans l'Eglise, la confusion qu'il y mettoit en protégeant les ariens, ne put empêcher qu'Ammian MarceUin (Àmm. Marc^ lib. xxi. cap. 16.), tout païen qu'il étoit, ne reconnût que cet empereur s'égaroit de la droite voie « de la religion chrétienne, simple et précise par elle-même, » dans ses dogmes et dans sa conduite. C'est que l'Eglise véritable avoit une majesté et une droiture que les hérésies ne pouvoient ni imiter ni obscurcir; au contraire, •ans Y penser, elles rendoient témoiRnave àl'Efflise Catholiaue.CAxv-

..4taoo«/<itttpefaécMlolt«alQlAiiumt8e déiMÉMa^d0yÉàiteBBirlèi,«Mt-

-.^ftttoki ATeo' ardeur? cUt^âmaiimn 'MaviUtiii ' (IKd.^ lik^xv^ e. K>, ide b

« lÛKf «oQdftiiifier pa»>l^tiili»iiité'>l[a%voit ^vê^ile ^ê 4tomB luNlMMrt des

.'«litrM. >rfiA MclieMhailt'de8'^>piiyerl(iè oétUnaiitorièév fltUtoHfai*

.■(•.tir«ui païen» iniâiMi oè qid rmanquoil è it secto^ etlmiMtoii'rflpte

»4oat>k8 MJWM «fétbiieiH sépirréiraiiisi lës'GttitîUimtaieifboiiliDliMéeit

.Vfigliseeaàkdiquei Siqualqd^iBfleUridealaAtlolt^^eile-llaïK^awaaMiB-

Tr-ldée») 6^t}uelsi>étoielkC'8w 4fêqtiefv1amaài><ilr nva'-y'itraiBpiowiil^'Potf

,'>\}fiB héfésiat^nqmi (|H'idlos(ft«8entj>.eU0siia:^ijfdiémf«è4éfitlM^«Mi

r'éb'UvMruMwnj IMÊ sabèfiienfvtlw^l«i]ianistéév*l0ilafiMks)r kipâi-

b giana) etlfitaatrofl.tifoffaiaoietfl afti-vaiâf-éUMtitreiidaqpavti-qlfiB^lBar

id^KMoiti'^lA^aMade, t)!uiig]féqu^'«Él'ieinBaBftv«oiM iMUjér U na ftJ

! kmaat «letili&figiiot* oha^tia secte pa^iqillâ)dbiitfall» tirottWnài m ioi .

,• Pour oei.qtn'asideUgi«Ddi»lfi|;llM,(del'figliM(eatholi(^

>t liqu&y'il n'a-jafiiaisr:âkep08«ibl» de lai-'.tAunme» 'U« «tttiw tMtttflfai

' .^ J6Mi»>Càristi aAa»f ai' daiui^ ouaques les ffreouari deosaatpastaM «ai

. A resu>otaoj¥«qtt'aui- apôtre» j- ni dej-lui'idoDaeDr uir aolr» ooxtt i|tta*itti

; • < qu'elle ptenoitu Ainai quoi que 'fiseem les -birftàiiiea; Us oe la pë tf M ui

.'•eadier aui'palens* EUei'leurieuTraititon'aeHn'pWi'touCéila^ierraitfty

«taeeouroient en foukr'<><iek(uea^im8< d'eusM^perdoteiU' pëtrt-êtM^

I les .sentiers<détoumés; mais if^ise catholique étoit la<gi«dMte «aie ai

9'eiitfoient'toiqouro la plupart de caùs qa^vbë^GlIbiaiia^Xéaiia-Cliliattit

Texpérienoe & £ait>aoirque c'éCeitià'êÔe^qQ'iilétoit donné ^dë

.. Uer les' GeatUs; G'étoit «Hei aussi tq«e'leB«mpeteara ttlBd^let j

de toute leur force. Origône nous- apprend que peu tJPhéréti(]fMt'oit

eu à souffrir pour la foi (Orîp. ^éont, Cels., lib. yii. num; 40. laïa. L

r- pag. 722.). Saint Justin, plus ancien que lui, a remarqué que la'periéca'

' tion ôpargnoitles mapcionites et les autres: hérétiques (/tiae., ApoU.ïL

nunci. nwn/ié 26, pag, 59.). Les païens ne perséoutoient ^êTlQ^

. . qu'ils voyoient s'étendre par toute la terre^ et neconnoiasolent qtfék

> seule pour rfiglise de Jésus-Christ. Qu^importe qu'on lui arraehâlqod-

ques branches? sa bonne sève ne se perdoit pas pouf cela : elle poof*

soit par d'autres endroits, et le retraabhémeot du bois superflu M lu-

• soit que rendre ses fruits meilleurs. En effet, si on considère fhistoire

de TËglise, on verra que toutes les fois qu'une hérésie Fa dfminaée,

elle a réparé ses pertes, et en s'étendaot au dehors, et en augmaatiat

au dedans la lumière et la piété, pendant qu'on a vu sécher en deacoias

écartés les branches coupées. Les œuvres des hommes ont péri aDalgré

l'enfer qui les soutenoit; l'œuvre de Dieu a subsisté : i'fic^^« trittB'

phé de TidoUtrie et de toutes les erreurs.

Chap. xxvn. — ^ Réflexiim générale sur la suite de la religion) et nr le ratpport gu*il y a entre lee livres de VÉcriture.

Cette Ëglise toujours attaquée, et jamais vaincue, est un miraek perpétuel, et un témoignage éclatant de l'immutabilité des conseils de Dieu. Âu milieu de Tagitation des choses humaines, elle se soutient toiyours avec une force invinoibla en sorte oue, par une suite nos

SUR l'histoire universelle. 349

nterrompae depuis près de dix-sept cents ans, nous la voyons remoner jus'iu'à Jésus-Christ, dans lequel elle a recueilli la succession de 'anci'^n peuple, et se trouve réunie aux prophètes et aux patriarches.

Ainsi tant de miracles étonnants, que les anciens Hébreux ont vus (e leurs yeux, servent encore aujourd'hui à confirmer notre foi. Dieu, [ui les a faits pour rendre témoignage à son unité et à sa toutelui.ssance, que pouvoit-il faire de plus authentique pour en conserver 1 mémoire, que de laisser entre les mains de tout un grand peuple es actes qui les attestent rédigés par Tordre des temps? Cest ce que lous avons encore dans les livres de PAncien Testament, c'est-à-dire . [ans. les livres les plus anciens qui soient au monde; dans les livres ni sont les seuls de l'antiquité où la connoissance du vrai Dieu soit nseignée, et son service ordonné; dans les -livres que le peuple juif ' . toujours si religieusement gardés, et dont, il est encore aujourd'hui inviolable porteur par toute la terre.

Après cela, faut-il croire les fables extravagantes des auteurs proanes sur l'origine d'un peuple si noble et si ancien? Nous avons déjà emarqué (Époque viii, an de Rome 30b. Foy. d-detsuSy p. 186) que 'histoire de. sa naissance et de son empire finit où commence l'histoire grecque; en sorte qu'il n'y a rien -à espérer de ce côté-là pour éclaircir es aflTaires des Hébreux. 11 est certain que les Juifi et leur religion ne àrent guère connus des Grçcs qu'après que leurs livres sacrés eurent ^é traduits en cette langue, et qu'ils furent eux-mêmes répandus dans es Tilles grecques, c'est-à-dire deux à trois cents ans avant Jésus- ^rist. L'ignorance de la Divinité étoit alors si profonde parmiles Genils, que leurs plus habiles écrivains ne pouvoient pas même compren- Ire quel Dieu adoraient les Juifs. Les plus équitables leur donnoi-^nt K>ur Dieu les nues et le ciel, parce qu'ils y levoient souvent les yeux, X)mme au lieu où se déclaroit le plus hautement la toute-puissance de . [>ieu, et où il avoit établi son trône. Au reste, la religion judaïque ^toit si singulière et si opposée à toutes les autres; les lois, les sabbats, es fêtes et toutes les mœurs de ce peuple étoient si particulières, qu'ils i^attirèrent bientôt la jalousie et la haine de ceux parmi lesquels ils rÎTOÎent On les regardoit comme une nation qui condamnoit toutes les Mitres. Li défense qui leur étoit faite de communiquer avec les Gen- , tils en tant de choses, les rendoit aussi odieux qu'ils paroissoient méprisables, L^union qu'on voyoit entre eux, la relation qu'ils entretenoient tous si soigneusement avec le chef de leurreligion, c'est à-dire . . lérusalem, son temple et ses pontifes, et les dons qu'ils y envoyoient le toutes parts, les rendoient suspects; ce qui, joint à l'ancienne haine des Égyptiens contre ce peuple si maltraité de leurs rois et délivré partant de prodiges de leur tyrannie, fit inventer des contes inouïs sur son origine, que chacun cherchoit à sa fantaisie, aussi bien que les interprétations de leurs cérémonies, qui étoient si particulières, et qui paroissoient si bizarres lorsqu'on n'en connoissoit pas le fond et les sources. La Grèce, comme on sait , étoit ingénieuse à se tromper et à s'amuser agréablement elle-même ; et de tout cela sont venues les fables que l'on trouve dans Justin, dnns Tacite, dans Dio-

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dore de Sicile, et o»m les eutres de pareille dite qui imi para curieux dans les affaires des Juifs, quoiqu'il soit plus dair que le jour qu'ils écrivoient sur des bruits ccaifus, après une longue suite de siècles interposés, sans connottre leurs lois, leur religion, leur philoiophie, sans avoir entendu leurs livres, et peut-être sans les avoir seulement ouverts.

Cependant, malgré l'ignorance et la calomnie, il demeurent pour constant que le peuple juif est le seul qui ait connu dès son origine k Dieu créateur du ciel et de la terre; le seul par conséquent ^qui devoit être le dépositaire des secrets divins. Il les a aussi conservés avec une religion qui n'a point d'exemple. Les livres que les £gy tiens et les antres peuples appeloient divins, sont perdus, il y a longtemps, et à peine nous en reste-t-il quelque mémoire confuse dans les histoires anciennes. Les livres sacrés des Romains , où Numa auteur de leur reiidion en avoit écrit les mystères, ont péri par les mains des Romains mêmes, et le sénat les fit brûler comme tendants à renverser la rsligion {TU, Liv, , lib. xl. cap. 29; Varr.f lib. De eultu Dtor. apud i«f., De Civ, Deiy lib. vu. cap. xxxiv. tom. vu. col. I87). Ces mêmes Romains ont è la fin laissé périr les livres sibyllins, si longtemps révéras parmi eux comme prophétiques, et où ils vouloient qu'on crût qn'ib trouvoient les décrets des dieux immortels sur leur empire, sans poa^ tant en avoir jamais montré au public, je ne dis pas un seul volume, mais un seul oracle. Les Juifs ont été les seuls dont les fioritures sacrées ont été d'autant plus en vénération qu'elles ont été plus connues. De tous les peuples anciens, ils sont le seul qui ait conservé les monuments primitifs de sa religion , quoiqu'ils fussent pleins des témoignages de leur infidélité et de celles de leurs ancêtres. Et aujourd'hui encore ce même peuple reste sur la terre pour porter à toutes les nations où il a été dispersé, avec la suite de la religion, les miracles et les prédictions qui la rendent inébranlable.

Quand Jésus-Christ est venu, et, qu'envoyé par son Père pour accomplir les promesses de la loi, il a confirmé sa mission et ceUe de ses disciples par des miracles nouveaux ; ils ont été écrits avec la même exactitude. Les actes. en ont été publiés à toute la terre, les circonstances des temps , des personnes et des lieux ont rendu l'examen facile à quiconque a été soigneux de son salut. Le monde s'est informé, le monde a cru ; et si peu qu'on ait considéré les anciens monumento de l'Église, en avouera que jamais affaire n'a été jugée avec plus de réflexion et de connoissance.

Mais dans le rapport qu'ont ensemble les livres des deux Testaments, il y a une différence à considérer : c'est que les livres de l'ancien peuple ont été composés en divers temps. Autres sont les temps de Moïse, autres ceux de Josué et des Juges, autres ceux des Rois; autres ceux où le peuple a été tiré d'Egypte, et où il a reçu la loi, autres ceux où il a conquis la Terre promise, autres ceux où il y a été rétabli pas des miracles visibles. Pour convaincre l'incrédulité d'un peuple attaché aux sens, Dieu a pris une longue étendue de siècles durant lesquels il a distribué ses miracles et ses prophètes, afin de renouveler

les témoignages sensibles par lesquels il attestoit ses Tentés Dans le Nouveau Testament il a suivi une autre conduite.

lit plus rien révéler de nouveau à son Église après Jésus-Christ.

sst la perfection et la plénitude; et tous les Livres divins qui composés dans la nouvelle alliance, Tont été au temps des

k-dire que le témoignage de Jésus- Christ, et de ceux que Jeist même a daigné choisir pour témoins de sa résurrection, a l*£glise chrétienne. Tout ce qui est venu depuis Ta édifiée; e n*a regardé comme purement inspiré de Dieu que ce que les ont écrit, ou ce qu'ils ont confirmé par leur autorité, lans cette différence qui se trouve entre les livres des deux tnts, Dieu a toujours gardé cet ordre admirable, de faire écrire les dans le temps qu'elles étoient arrivées , ou que la mémoire

récente. Ainsi ceux qui les«avoient les ont écrites; ceux qui ient ont reçu les livres qui en rendoient témoignage : les uns itres les ont laissés à leurs descendants comme un héritage pré- !t la pieuse postérité les a conservés.

ainsi que s*est formé le corps des Écritures saintes tant de Tane du nouveau Testament : Écritures qu'on a regardées, dès ;ine, comme véritables en tout, comme données de Dieu même, 1 a aussi conservées avec tant de religion, qu'on n'a pas cru sans impiété y altérer une seule lettre, ainsi qu'elles sont venues jusqu'à nous toujours saintes, toucrées, toujours inviolables; conservées les unes par la tradistante du peuple juif, et les autres par la tradition du peuple , d'autant plus certaine, qu'elle a été confirmée par le sang et lartyre, tant de ceux qui ont écrit ces Livres divins, que de i les ont reçus.

Augustin et les autres Pères demandent sur la foi de qui nous ns tés livres profanes à des temps et à des auteurs certains ont. Faust. f lib. xi. cap. 2; xxxii, 21; xxxm, 6, tom. Yiii. i, 462 et teq,). Chacun répond aussitôt que les livres sont dis-

par les différents rapports qu'ils ont aux bis, aux coutumes, ;oires d'un certain temps, par le style môme qui porte imprimé ;tère des âges et des auteurs particuliers; plus que tout cela par ublique, et par une tradition constante. Toutes ces choses con-

à établir les Livres divins, à en distinguer les temps, à en r les auteurs ; et plus il y a eu de religion à les conserver dans ier, plus la tradition qui nous les conserve est incontestable adv, hxres., lib. m. c. 1, 2. p. 173, etc.; Tertulh^ adv, lib. IV. c. 1, 4, 5; Àug,, Deutilit. cred. cap. ni, xvii. n. 5, . vin. col. 48, 68; Cont, Fauttum Uanickaum, lib. xxii. c. 79; [', xxxii, xxxm; tbid., col. 409, 439 et seq.; Cont. adv. Leg. et , lib. 1. cap. 20. n. 39, etc.;ih%d.t col. 570.).

a t-elle toujours été reconnue, non-seulement par les orthomais encore par les hérétiques, et même par les infidèles. Moïse irs passé dans tout l'Orient, et ensuite dans tout l'univers pour

le législateur des Juifs, et pour l'auteur des livres ijirtis lui attribuent. Les SatâaritainS) qui les ont reçus des dix tribus séparées, les ont conservés aussi religieusement que les Juifs: leur tradition et leur histoire est constante, et il ne faut que repasser sur quelques endroits de la première partie {Voyex ci-des\us, T" part. Époque vii, viu, ix; an du monde 3000, et de Rome^ 218, 305, 604, 614, etc.) pour en voir toute la suite.

Deux peuples si opposés n*ont pas pris Puù de Tautre ces Livces divins; tous les deux les ont reçus de leur origine commune dès les temps de Salomon et de David. Les anciens caractères hébreux, que les Sa-, maritains retiennent encore, montrent assez quMls n'ont pas suivi Es-, dras qui les a changés. Ainsi le Pentateuque des Samaritains et celui des Juifs sont deux originaux complets, indépendants Tu m de l'autre. La parfaite conformité qu'on y voit dans la substance du texte, justifie la boMiefoi des deux peuples. Ce sont des témoins fidèles qui conviennent sans s'être entendus, ou, pour mieux dire, qui conviennent malgré leurs inimitiés, et que la seule tradition immémoriale .de part et d'autre a unis dans la même pensée.

• Ceux donc qui ont voulu dire, quoique sans aucune raison, jque ces livres étant perdus, ou n'ayant jamais été, ont été ou rétablis, ou composés de nouveau, ou altérés par Esdras; outre qu'ils sont démentis par Ësdras même, le sont aussi par le Pentateuque qu'on trouve encore aujourd'hui entre les mains des Samaritains tel que l'avoient lu, dans les premiers siècles, Eusèbe de Gésàrée, saint Jérôme^ et les autres auteurs ecclésiastiques, tel que ces peuples l'avoient conservé dès leur origine: et une secte si foible semble ne durer si longtemps que pour rendre ce témoignage à l'antiquité de Moïse.

Les auteurs qui ont écrit les quatre Évangiles ne reçoivent pas un témoignage moins assuré du consentement unanime des fidèles, des païens et des hérétiques. Ce grand nombre de peuples divers, qui ont reçu et traduit ces Livres divins aussitôt qu'ils ont été faits, conviennent tous de leur date et de leurs auteurs. Les païens n'ont pas contredit cette tradition. Ni Celse qui a attaqué ces Livres sacrés, presque dans l'origine du christianisme; ni Julien l'Apostat, quoiqu'il n'ait rien ignoré ni rien omis de ce qui pouvoil les décrier; ni aucun autre païen ne les a jamais soupçonnés d'être supposés : au contraire, tous leur ont donné les mêmes auteurs que les chrétiens. Les hérétiques, quoique accablés par l'autorité de ces Livres, n'osoient dire qu'ils ne fussent pas des disciples de Notre-Seigneur. II y a eu pourtant de ces hérétiques qui ont vu les commer^cements de l'Ëglise, et aux yeux desquels ont été écrits les livres de l'Évangile. Ainsi la fraude, s'il y en eût pu avoir, eût été éclairée de trop près pour réussir. Il est vrai qu'après les apôtres j et lorsque l'Église étoit déjà répandue par toute la terre . Marcion et Manès, constamment les plus téméraires et les plus ignorants de tous les hérétiques, malgré la tradition venue des apôtres, continuée par leurs disciples et par les évoques à qui ils avoient laissé leur chaire et la conduite des peuples, et reçue unanimement par toute l'Église chrétienne, osèrent dire que trois Évangiles étoient supposés, et que

celui de saint Luc qu'ils préféroient aux autres, on ne sait pourquoi, puisqu'il n'étoit pas venu par une autre voie, avoit été falsifié. Mais quelles preuves en donnoient-iis? de pures visions, nuls faits positifs. Ils disoient, pour toute raison, que ce qui étoit contraire à leurs sentioients devoit nécessairement avoir été inventé par d'autres que par les apôtres, et alléguoient pour toute preuve les opinions mêmes qu'on leur contestoit; opinions d'ailleurs si extravagantes, et si manifestement insensées, qu'on ne sait encore comment elles ont pu entrer dans l'esprit humain. Mais certainement pour accuser la bonne foi de TjBglise, il falloit avoir en main des originaux dilTérents des siens, ou quelque preuve constante. Interpellés d'en produire eux et leurs disciples, ils sont demeurés muets {Iren.f Tertull.f Aug,, loc. cit.), et ont laissé par leur silence une preuve indubitable qu'au second siècle du christianisme, où ils écrivoient, il n'y avoit pas seulement un indice de fausseté, ni la moindre conjecture qu'on pût opposer à la tradition de l'%lise.

Que dirai-je du consentement des livres de l'Scriture, et du témoignage admirable que tous les temps du peuple de Dieu se donnent les uns aux autres? Les temps du second temple supposent ceux du premier, et nous ramènent à Salomon. La paix c'est venue que par les combats ; et les conquêtes du peuple de Dieu nous font remonter jusqu'aux Juges, jusqu'à Josué, et jusqu'à la sortie d'Egypte. En regardant tout un peuple sortir d'un royaume où il étoit étranger, on se souvient comment il y étoit entré. Les douze patriarches paroissent aussitôt; et un peuple qui ne s'est jamais regardé que comme une seule famille, nous conduit naturellement à Abraham qui en est la tige. Ce pei^le est>il plus sage et moins porté à TidolAtrie après le retour de Babylone, c'étoit l'effet naturel d'un grand châtiment, que ses fautes passées lui avoient attiré. Si ce peuple se glorifie d'avoir vu durant plusieurs siècles des miracles que les autres peuples n'ont jamais vus,, il peut aussi se glorifier d'avoir eu la connoissance de Dieu qu'aucun juitre peuple n'avoit. Que veut-on que signifie la circoncision, et la fête des Tabernacles, et la Pftque, et les autres fêtes célébrées dans la nation de temps immémorial, sinon les choses qu'on trouve marquées dans le livre de Moïse?. Qu'un peuple distingué des autres par une religion et par des mœurs si particulières, qui conserve dès son origine, sur le fondement de la création et sur la foi de la Providence, une doctrine si suivie et si élevée, une mémoire si vive d'une longue suite de faits si nécessairement enchaînés, des cérémonies si réglées et des coutumes m universelles, ait été sans une histoire qui lui marquât son origine, et sans une loi qui lui prescrivit ses coutumes pendant mille ans qu'il est demeuré en Etat ; et qu'Esdras ait commencé à lui vouloir donner tout à coup sous le nom de Moïse, avec l'histoire de ses antiquités, la loi qui formoit ses mœurs, quand ce peuple devenu captif a TU son ancienne monarchie renversée de fond en comble : qutlli lable plus incroyable pourroit-on jamais inventer? et peut-on y donner créance, sans joindre l'ignorance au blasphème?

Pour perdre une telle loi, quand on l'a une fois reçue, il faut qa*vm

BoMurr. — i 23

peuple soit exterminé , ou que {var divers changements il en snt Tenu à n'avoir plus qu*une idée confuse de son origine, de sa religion et de ses coutumes. Si ce malheur est arrivé au peuple juif, et que la loi si connue sous Sédécias se soit perdue soixante ans après, malgré les soins d'un Ëieéchiel, d*un Jérémie, d'un Baruch, d*nn Daniel, qui out un recours perpétuel à cette loi , comme à Tunique fondement de la religion et de la police de leur peuple : si, dis-je,la loi s'est perdue malgré ces grands hommes, sans compter les autres, et dans le temps que la tnême loi avoit ses martyrs, comme le montrent les persécutions de Daniel et des trois enfants; si cependant, malgré tout cela, elle s'est perdue en si peu de temps , et demeure si profondément oubliée qu'il soit permis à Esdras de la rétablir à sa fantaisie : ce n'étoil pas le seul livt-e qu'il lui falloit fabriquer. Il lui falloit composer en raéme temps tous les prophètes anciens et nouveaux, c'est-à-dire ceux qui avolent écrit et devant 6t durant la captivité ; ceux que le peuple kftAi 'vo écrire, aussi bien que ceux dont il conserve! t la mémoire; et non^seulement les Prophètes, mais encore les livres de Salomon, et les Psamaes de David, et tous tes livres d'histoire; puisqu'à peine se trowera'^vil dans toute cette histoire un seul fait considérable, et dans t- us ces autres livres un seul chapitre qui, détaché de Moïse, tel que nous l'avons, puisse subsister un seul' moment. Tout y parle de Moïse, tout y «st fondé sur Moïse; et la chose devoit être -ainsi, puisque Moïse et sa loi, et l'histoire qu'il a* écrite, étort en -effet dans le peuple juif touMe fondement de la conduite publique et particulière. C'étoit en vérité ft Bidras une mervôilleusâ entreprise, et bien nouvelle dans le monde, de faire parler en môme temps avec Moïse tant d'hommes de caractère et de style différent, et chacun d'une manière uniforme et toujours semblable à elle-même; et faire accoire tout à coup à tout un peuple que ce sont là les livres anciens qu*il a toujours révélas, et les nouveeux qu'il a vu faire, comme s'il n'avoit jamais oui parler de rien, et que la connoissânce du temps présent , aussi bien que celle du temps paâé, fût tout à coup abolie. Tels sont les prodiges qu'il faut croire, quand on ne veut pas croire les miracles du Tout-Puissant, ni recevoir le témoignage par lequel il est constant qu'on a dit à tout un grand peuple qu'il les avoit vus de ses yeux.

Mais si ce peuple est revenu de Babylone dans la terre de ses pères, si nouveau et si ignorant, qu'à peine se souvint-il qu'il eût été, en sorte qu'il ait reçu sans examiner tout ce qu'Esdras aura voulu lui donner; comment donc voyons-nous dans le livre qu'Esdras a écrit (1 Ssdur,, m, VII, IX, x;2 Esdr.j v, vin, ix, x, xii, xiii.), et dans celui de Hébémias son contemporain, tout ce qu'on y dit des Livres divins? Qui aorbit pu les ouïr parler de la loi de Moise en tant d'endroits, et publiquement, comme d'une chose connue de tout le monde, et que tout k monde avoit entre ses mains? Eus ent-ils osé régler par là les fUes, %s. sacrifices, les cérémonies, la forme de l'autel rebâti, les mariages, la polrce, et en un mot toutes choses, en disant sans cesse que lout le faisoit « selon qu'il êtolt écrit dans la loi de Moïse serviteur de Dieu (l Esdr., m. 2 : 2 Esdr., vm, xni, etr.). »

SUR l'histqire universelle. 355

Esdras y wt nomoé oomme « docteur en la loi qve Dieu avoit donnée à Israël par Moïse; > et o'est suivant oette loi» comme par la règle a qu'il avoit entre ses mains, » qu'Artaxerxe lui ordonne de visiter, de régler et de réformer le peuple en toutes choses. Ainsi Ton voit que les Gentils mêmes connoissoient la loi de Moïse oomme celle que tout le peuple et tous ses docteurs regardoient de tout temps comme leur règle. Les prêtres et les lévites sont disposés par les villes : leurs fonctions et leur rang sont réglés « selon qu'il étoit écrit dans la loi de Moïse. » Si le peuple fait pénitence, c'est des trajosgressions qu'il avQit commi^ies contre cette loi ; s'il renouveUe l'alliance avec Dieu par une souscription expresse de tous les particuliers, c'est sur le fondeyment de la môma loi, qui pour cela est « lue hautement, ^istin^ïtement, et intelligiblement, soir ei matin durant plusieurs, jours, à tout le peuple assem b la exprès, » comme la loi de leurs pères; tant hommes que femmes^ entendant pendant la lecture, et reeonnoissanJt les précepibes qu'on leur avoit appris d< s leur enfance. Avec quel front Esdras auroit-ii fait.lire|i tout un grand peuple, comme connu> un livre qu'il venoit de forgeron d'accommoder à sa fantaisie, sans que personne y remarquât la moin*dre erreur, ou le moindre changement? Toute l'histoire des siècles pactes étoit répétée depuis le livre de la Genèse ju^^u'au temps où l'en vivoit. Le peuple, qui si souvent avoit seeoué le joug de cette loi, se laisse charger de ce lourd fardeau sans peine et sws résistance, convaincu par expérience que le mépris qu'oQ-en avoit /ait avoit attiré tous les. maux où on se voyoit plongé. LesiiASuj^es sont j^priio(^e$ selon le texte de la loi, les propres termes en ^tqient cités; les mariages contactée eont cassés, sans que personne réclamât. Si la loi .fiùi été perdue, ou en tout cas oubliée, auroit-on vu tout le. peuple. .«girinatureUement en conséquence de^cette loi, comme l'ayast eue toujo^spréseote? Gomaent est-ce que tout ce peuple ponvoit écouter Aggée^^Zacharie «t Mar lathie- qui prophétisoûsnt ^rs,.qui comme ks: autres prophètes leiurp :|ir6déces88urs ne leur prècboient que « Moïse et: lit 'loi q]ue l)ieu jjri aroU donné* en Horeb (llaJ., iv. 4.) : •- et œla^eomme une ehoaeeon* nue et de tout temps en vigueur dans la nation T Maie oomaent di^ on, dans le même temps, et dans le retour du peuple, que tout ce peupla admJlra l'accomplisse meot de Toracla de Jérémie totxpbant les spix^pt^r dix ans de captivité (2 Par., wyl 21, î2;1^«4m ^ U.^ Çe.Jérémie, qu'Esdras venoit de .forger avec tous les autres prophètes, comment ^t-il tout d'un coup trouvé créance? Par quel artifice ■BOu«tiau>a-tton pu persuadera tout uo peuple, et aux vieillards qui avoieot vu ee prophète, qu'ils avoient toujours attendu ia- délivrance miraculenee qa'Û leur anoit annoncée dans ses écrits? Mais tout cela se^a encore fliipposé : Esdras et Néhémias n'auront. <point écrit l'histoire 4tà leur tempe; quelque autre l'aura faite sous leur ,nom; et œux. qui entt.far briqué tous les autres livres de l'ancien Testament aupont été si favov fieés de la postérité, que d'autres faussaires leur en auvent sui^oeétià euxHDAmes, pour donner créance à leurs impostures.

On aura honte sans doute de tant d'extravagances; et au lien délire qu'Esdras ait fait tout d'un coup parottre tant de livres si éislieflivW^itl

elle texte des S&maritainsi outre le mot qu'on les accuse d*y aroir changé exprès (DeiU. , xxvu. 4.) en faveur de leur temple de Glrizim , difFène encore en d'autres endroits de celui des Juifs. Et de là que concluraian? que les Juifs ou Esdras auront supposé le Pentateuque au retoor de la captivité ? C'est justement tout le contraire qu'il Tarudroit conclure. Les différences du Samaritain ne servent qu'à confifroer ce qbt nous avons déjà établi , que leur texte est indépendant de celui des Juifs. Loin qu'on puisse s'imaginer que ces schismatiques aient pris quelque chose des J-uifs et d'PIsdras, nous avons vu au contraire que c'^est en bainedes Juifs et d'Esdras , et en haine du premier et du second temple t qu'ils ont inventé leur chimère dé Garizim. Qui ne voit donc qu'ils -au roient plutôt accusé les impostures deà Juifs' que de les suivre? Ces rebelles^ qui ont méprisé Esdras et tous les prophètes des Juifs, avec leur temple et Salomon qui Tàvoit bâti, aussi bien que David qui •H «voit désigné le lieu, qu'ont-ils respecté dans leur Pentateuque, «iBOD une antiquité supérieure non-seulement à celle d'Esdras et des prophètes, mais encore à celle de Salomon et de David, en un mot, T'auiiquitô de Moïse dont les deux, peuples Convieunent?' Combien donc est incontestable l'autorité de Moïse et du Pentateuf^e, que toutes les les objections ne font qu'affermir !

liais d'où viennent ces variétés des textes et des versions? D'où vientaent-ell«s«m effet^siuoa de l'antiquité du livre même qui a passé par iea «mains -de tant de copistes depuis tant de siècles que la langue dans laquelle il est écrit a cessé d'être commune? Mais laissons les vaines disputes, et tranchons en un mot la difficulté par le fond. Qu'on me dise s'il n'est pas constant que de toutes les versions, et de tout le texte quel qu'il soit, il en reviendra toujours les mêmes lois, les mêmes miracles, les mômes prédictions, la même suite d'histoire, le même corps •de doctrine, et enfin la Uiême substance. En quoi nuisent après cela ilesi diversités des textes? Que nous falloit-il davantage que ce fond inaltérable des Livres sacrés, et cjue pouvions-nous demander de plus à la 'divii)€ Providence? Et pour ce qui est des versions; est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l'Ecriture soii si ancienne qu'on en ait perdu les délicatesses, et qu'on se trouve empêché à- en rendre toute l'élégance au toute la force dans la dernière rigueur? NPest-oe pas plutôt une preuve de la plus grande antiquité? Et si on teut s'attacher aut petites choses, qu'on me dise si de tant d'endroits où il y a. de rembarras^ on en a jamais rétabli un seul par raisontiemeniou-par conjecture. On a suivi la foi des exemplaires; et comme ■la4radition n'a-jamais permis que la saine doctrine pût être altê:ée, on a'cru que les autres faites, s'il y en restoit, ne serviroient qu^à proti- Ver qu'on n a rien ici innové par son propre esprit.

Mais enfin et voici le fort de l'objection, n' y a-t-il pas des choses ajoutées dans le texte de Moïse, et d où vient qu'on trouve sa mort à la fin du livre qu'on lui attribue? Quelle merveille que ceux qui ont continua son histoire aient ajouté su fiii bienheureuse au reste de ses ao tinsis,afio detCairedu tout un môme corps? Pour les autres additions, voyons ce que c'est. Est-ce quelque loi nouvelle, ou quelque nouvelle

SUR l'histoire universelle. 3S9

cérémonie, quelque dogme, quelque miracle, quelque prédiction? On n'y songe seulement pas : il n'y en a pas le moindre soupçon, ni.le moindre indice; c'eût été ajouter à l'œuvre de Dieu, la loi lavoit défendu (Deut., IV. 2; xii.32. Voy. ci-dessus, !!• part. p. 256.), et le scandale qu'on eût causé eût été horrible. Quoi donc 1 on aura continué peut-être une généalogie commencée; on aura peut-être expliqué un ^ nom de ville changé par le temps, à l'occasion de la manne dont.le peuple a été nourri durant quarante ans, on aura marqué le temps où cessa cette nourriture céleste, et ce fart, écrit depuis dans un autre livre {Jos., V. 12.), sera demeuré par remarque danse lui de Moïse {Exod., XVI. 35.) comme un fait constant et public dont tout le peuple étolt témoin; quatre ou cinq remarques de cette nature faites par Jusué, ou par Samuel, ou par quelque autre prophète d'une pareille antiquité, parce qu'elles ne regardoient que des faits notoires, et où constamment il n'y avoit point de difficulté, auront naturellement passé dans le texte; et la même tradition nous les aura apportées avec tout le reste : aussitôt tout sera perdu; Esdras sera accusé, quoique le Samaritain, où ces remarques se trouvent, nous montre qu'elles ont une antiquité non-seulement au-dessus d'Esdras, mais encore au-dessus du schisme des dix tribus ! N'importe, il faut que tout retombe sur Esdras, Si ces remarques venoient de plus haut, le Pentateuque seroit encore plus ancien qu'il ne faut, et on ne pourroit assez révérer l'antiquité d'un livre dont les notes mêmes auroient un si grand ftg». Esdras aura donc tout fait; Esdras aura oublié qu'il vouloit faire parler Moïse , et lui aura fait écrire si grossièrement comme déjà arrivé ce qui s'est passé après lui. Tout un ouvrage sera convaincu de supposition par ce seul endroit; l'autorité de tant de siècles et la foi publique ne lui servira plus de rien : comme si, au C( ntraire, on ne voyoit pas que ces remarques dont on se prévaut sont une n.)uvelle preuve de sincérité et de bonne foi, non-seulement dans ceux qui les ont faites, mais encore dans ceux qui les ont transcrites. A-t-on jamais jugé de l'autorité, je ne dis {)as d'un livre d'.vin, mais de quelque livre que ce soit, par des raisons si légères? Mais, c'est que l'Ëoriture est un livre ennemi du genre humain; il veut obliger les hommes à soumettre leur esprit à Dieu, et à réprimer lears passions déréglées : il faut qu'il périsse ; et à quelque prix que ce soit, il doit être sacrifié au libertinage.

Au reste, ne croyez pas que l'impiété s'engage sans nécessité dans toutes les absurdités que vous avez vues. Si, contre le témoignage du genre humain, et contre toutes les règles du bon sens, elle s'attache à ôter au Pentateuque et aux prophéties leurs auteurs toujours reconnus, et à leur contester leurs dates; c'est que les dates font tout en cette matière, pour deux raisons. Premièrement, parce que des livres pleins de tant de faits miraculeux, qu'on y voit revêtus de leurs circonstances les plus particulières , et avancés non-seulement comme publics, mais encore comme présents, s'ils eussent pu être démentis, auroient porté avec eux leur condamnation; et au lieu qu'ils se soutiennent de leur propre poids, ils seroient tombés par eux-mêmes il y a longtemps. Secondement, parce que leurs dates étant une fois flxéet^

on ne peut plus effacer la marque infaillible d'inspiration divine qu'ils portent empreinte dans le grand nombre et la longue suite des prédictions mémorables dont on les trouve remplis.

C'est pour éviter ces miracles et ces prédictions, que les impies sODt tombés dans toutes les absurdités qui vous ont surpris. Mais qu'ils ne pensent pas échapper à Dieu : il a réservé à son Écriture une marque de divinité qui ne souffre aucune atteinte. C'est le rapport des deux Testaments. On ne dispute pas du moins que tout l'ancien Testament ne soit écrit devant le nouveau. Il n'y a point ici de nouvel Esdras qui ait pu persuader aux Juifs d'inventer ou de falsifier leur Écriture en faveur des chréti<;ns qu'ils persécute i en t. Il n'en faut pas davantage. Par le rapport des deux Testaments, on prouve que l'un et l'autre est divin. Ils ont tous deux le même dessein et la même suite*: l'un prépare la voie à la perfection que l'autre montre à découvert ; l'un pose le fondement, et l'autre achève l'édifice; en un mot, l'un prédit ce que l'autre fait voir accomi>li.

Ainsi tous les temps sont unis ensemble, et un dessein éternel de la divine Providence nous est révélé. La tradition du peuple juif et celle du peuple chrétien ne font ensemble qu'une même suite de religion, et les récritures des deux Testaments ne font aussi qu'un même corps et un même livre.

Chap. zxiz. — Moyen facile de remonter à la source de la religion ^ et d*en trouver la vérité dans son principe.

Ces choses seront évidentes à qui voudra les considérer avec attention. Mais comme tous les esprits ne sont pas également capables d'an raisonnement suivi, prenons par la main les plus infirmes, et menonsles doucement jusqu'à l'origine.

Qu'ils considèrent d'un côté les institutions chrétiennes, et de l'autre celles des Juifs; qu'ils en recherchent la source, en commençant par les nôtres, qui leur sont plus familières, et qu'ils regardent attentivement les lois qui règlent nos mœurs; qu'ils regardent nos Écritures, c'est-à-dire les quatre Évangiles, les Actes des apôtres, les Épitres apostoliques, et l'Apocalypse; nos sacrements, notre sacrifice, notre culte; et parmi les sacrements, le baptême, où ils voient la consécration du chrétien sous l'invocation expresse de la Trinité: l'eucharistie, c'est-àdire un sacrement établi pour conserver la mémoire de Ut mort de Jésus-Christ, et de la rémission des péchés qui y est attachée : qu'ils joignent à toutes ces choses le gouvernement ecclésiastique, la société de l'Église chrétienne en général , les églises particulières , les évêques, les prêtres, les diacres préposés pour les gouverner. Des choses si nouvelles, si singulières, si universelles, ont sans doute une origine. Mais quelle origine peut-on leur donner, sinon Jésus-Christ et ses disciples; puisqu'en remontant par degrés et de siècle en siècle, ou pour mieux dire d'année en année, on les trouve ici et non pas plus haut, et que c'est là que commencent non-seulement ces institutions, mais encore le nom même de chrétien. Si nous avons un baptême, une

eucharistie, avec les circonstances que nous avons vues, c'est Jésus- Christ qui en est Tauteur. C'est lui qui a laissé à ses disciples ces caractères de leur profession, ces mémoriaux de ses œuvres, ces instruments de sa grâce. Nos saints Livres se trouvent tous publiés dès le temps des apôtres, nf plus tôt, ni plus tard; c'est en leur personne que nous trouvons la source de l'épiscopat. Que si , parmi nos évêques , il y en a un premier, on voit aussi une primauté parmi les apôtres; et celui qui est le premier parmi nous est reconnu dès l'origine du christianisme pour le successeur de celui qui étoit déjà le premier sous Jésus- Christ même, c'est-à-dire, de Pierre. J'avance hardiment ces faits, et même le dernier comme constant, parce qu'il ne peut jamais être contesté de bonne foi, non plus que les autres, comme il seroit aisé de le faire voir par ceux mêmes qui , par ignorance ou par esprit de contradiction, ont le plus chicané là-dessus.

Nous voilà donc à l'origine des institutions chrétiennes. Avec la même méthode remontons à l'origine de celles des Juifs. Comme là nous avons trouvé Jés as-Christ, sans qu'on puisse seulement songer à remonter plus haut; ici, par les mêmes voies et par les mêmes raisons, nous serons obligés de nous arrêter à Kolse, ou de remonter aux origines que Moïse nous a marquées.

Les Juifs avoient comme nous, et ont encore en partie, leurs lois, leurs observances, leurs sacrements, leurs Écritures, leur gouvemeiment , leurs pontifes, leur sacerdoce, le service de leur temple. Le sacerdoce étoit établi dans la famille d'Aaron , frère de Moïse. D'Aaron et de ses enfants venoit la distinction des familles sacerdotales; chacun reconnoissoit sa tige, et tout yenoit de la source d'Aaron, sans qu'on pût remonter plus haut. La Pâque ni les autres fêtes ne pouvoient venir de moins loin. Dans la Pftque, tout rappeloit à la nuit où le peuple avoit été affranchi de la servitude d'Egypte, et où tout se préparoit à sa sortie. La Pentecôte ramenoit aussi jour pour jour le temps où la loi avoit été donnée, c'est-à-dire la cinquantième journée après la sortie d'Egypte. Un même nombre de jours séparoit encore ces deux solennités. Les tabernacles, ou les tentes de feuillages verts, où de temps immémorial le peuple demeuroit tous les ans sept jours et sept nuits entières, étoient l'image du long campement dans le désert durant quarante ans; et il n'y avoit, parmi les Juifs, ni fête, ni sacrement, ni cérémonie qui n'eût été instituée ou confirmée par Moïse, et qui ne portât encore, pour ainsi dire, le nom et le caractère de ce grand législateur.

Ces religieuses observances n'étoient pas toutes de même antiquité. La circoncision, la défense de manger du sang, le sabbat même étoient plus anciens que Moïse et que la loi, comme il parott par l'Exode {Bxod,, in. 33.); mais le peuple savoit toutes ces dates, et Moïse les avoit marquées. La circoncision menoit à Abraham, à l'origine de la nation, à la promesse de l'alliance {Gen.y xvn. It.). La dérense de manger du sang menoit à Noé et au déluge (/Md., :x. 4.); et la révolution du sabbat, à la création de l'univers, et au septième jour béni de Dieu, où fl acheva ce grand ouvrage (/6id., n. 3.). Ainsi tous les grandi AvA-

nemenU) qui pouvoient servir à TiastrucUoii des fiJèles, avoient t0ur mémorial parmi le« Juifs, et ces aoclenDes observances, mêlées arec celles quf> Moïse avoit établies, réunissoient dans le peuple de Dieo toute la religion des siècles passés. .

Uue partie de ces observances ne paroissent plus à présent dans le peuple juif. Le temple n'est plus, et avec lui dévoient cesser les sacrifices et même le sacerdoce de la loi. On ne connoît plus parmi les Juifs d'enfants d'Aaron, et toutes les familles sont confondues. Mais puisque tout cela étoit encore en son entier lorsque Jésus-Christ est tenu,«t que constamment il rapportoit tout à Moïse, il n'en faudroit pas davantage pour demeurer convaincu qu'une chose si établie veooit de bien loin, et de l'origine même de la nation.

Qu'ainsi ne soit; remontons plus haut, et parcourons toutes les dates où l'on nous pourroit arrêter. D'abord on ne peut aller moins loin qu'Esdras, Jésus^Cbrist a paru, dans le second temple, et c'est codstamment du temps d'Ësdras qu'il a été rebâti. Jésus-Christ n'a cité de livres que ceux que les Juifs avoient mis dans leur canon; mais suivant la tradition constante de la nation, ce canon a été clos et comme scellé du temps d'Esdras, sans que jamais les Juifs aient riffl ajouté depuis; et cest ce que personne ne révoque en doute. C'est donc ici une double date, une époque, si vous voulez l'appeler ain^i, bien considérable pour leur histoire, et en particulier pour celle de leur Écriture. Mais il nous a paru plus clair que lejour qu'il n'étoit pas •possible de s'arrêter là, puisque là même tout est rapporté à une autre source. Moïse est nommé partout comme celui dont les livres, révérés par tout le peuple, par tous les prophètes, par ceux qui vivoient alors, par ceux qui les avoient précédés, faisoient l'unique fondement de la religion judaïque. Ne regardons pas encore ces prophètes comme des hommes inspirés : qu'ils soient seulement, si l'on \eut , des hommes qui avoient paru en divers temps et sous divers rois, et que l'on ait écoutés comme les interprètes de la religion; leur seule succession, jointe à celle de ces rois dont l'histoire est liée avec la leur, nous mène manifestement à la source de Moïse. Malachie, Aggée, Zacharie, Esdras, qui regardent la loi de Moïse comme établie de tout temps, touchent les temps de Daniel, où il paroît clairement qu'elle n'étoit pas moins reconnue. Daniel touche à Jérémie et à Êzéchiel, où l'on ce voit autre chose que Moïse, l!alliance faite sous lui, les commandements qu'il a laissés, les menaces et les punitions pour les avoir transgressés (Jerem., xi. 1, etc.; Bar., ii. 2; Eaech., xi. 12; xvm, xin, xxin. etc.; Malach., iv. 4.) : tous parlent de cette loi comme l'ayant goûtée dès leur enfance; et non-seulement ils l'allèguent comme reçue, mais encore ils ne font aucune action, ils ne disent pas un mot qui n'ait avec elle de secrets rapports.

Jérémie nous mène au temps du roi Josias, sous lequel il a comoaencé à prophétiser. La loi de Moïse étoit donc alors aussi connue et aussi célèbre que les écrits de ce prophète, que tout le peuple lisoil de ses yeux; et que ses prédications, que chacun écoutoit de sesoreilles. En effet, en quoi est-ce que la piété de ce prince est recomman-

SUR L*HiSTOIRE UNIVERSELLE. 363

dable dans l'histoire sainte, si ce n'est pour avoir détruit dès son enfonce tous les temples et tous les autels que cette loi défendoit, pour avoir célébré avec un soin particulier les fêtes qu*elle commandoit, par exemple, celle de Pâques avec toutes les observances qu'on trouve encore écrites de mot à mot dans la loi (2 Par,, xxxv.)} enfin pour avoir tremblé avec tout son peuple à la vue des transgressions qu'eux et leurs père» avoient commises contre cetle loi, et contre Dieu qui en ôtoii l'auteur (4 Heg., xzii,xxiii;2 Par., xzxiv.)- Mais il n'en faut pan demeurer là. Ëzéchias son aïeul avoit célébré une Pftque aussi so- L8Qnelle,et avec les mêmes cérémonies, et avec la même attention à suivre la loi de Moïse. Isale ne cessoit de la prêcher avec les autres prophàtas, non-seulement sous le règne d'Ëzéchias, mais encore durant un long temps sous les règnes de ses prédécesseurs. Ce fut en vertu de cette loi, qu'Ozias, le bisaïeul d Ëzéchias, étant devenu lépreux, fut non-seulement chassé du temple, mais encore séparé du peuple avec toutes les précautions que cette lui avoit prescrites (4 1^0f., XV. 5; 2 Par., XXVI. \Q.etc,;Lex>.j xm; Sum, y, 2.)- Un exemple si mémorable en la personne d'un roi, et d'un si grand roi, marque la loi trop présente et trop connue de tout le peuple pour ne venir pas de plu ■ haut il n'est pas moins aisé de remonter par Amasias, par Josapbai, par Asa, par Abia, par Roboam, à Saiomon père du dernier, qui recommande si hautement la lui de ses pères par c^:s paroles des Proverbes {Prw^f VI. 20) 21, 22, 23.) : « Garde, mon fils, les préceptes de ton père; n'oublie pas la loi de ta mère. Attache les commandements de cette loi à ton cœur; fais- en un collier autour de ton cou : quand ta marcheras, qu'ils te suivent; qu'ils te gardent dans ton sommeil; et incontinent après ton réveil entretiens- toi avec eux; parce que le otmmandeaient est un flambeau, et la loi une lumière, et la voie de la vie une correction et une iustruction salutaire. * En quoi il ne fait que répéter ce que sc-n père Duvid avoit chanté {Pi. xvui. 8, 9.) : « La loi da Seigneur est sans tache, elle convertit les âmes; le témoignage da Seigneur est sincère, et rend sages les petits enfants; les justices du -Seigneur sont droites, et réjouissent les coeurs ; ses préceptes sont pleins de lumière, iU éclairent les yeux. » Et tout cela qu*est-ce autre ehose que la- répétition et Texécution de ce que disuit la loi elle-même (Deait., VI. 6.7, 8,9.).: « Que les préceptes que je te donnerai aujourd'hui soient (ians ton cœur : raconte-les à tes enfants, et ne cesse de les méditer, suit que tu demeures dans ta maison , ou que tu marches dans les chemins; quand tu te couches le soir, ou le matin quand tu te lèves. Tu les lieras à ta main comme un signe; ils seront mis et se remueront dans des rouleaux devant tes yeux, et tu les écriras à l'entrée sur ia porte de ta maison. » Et on voudroit qu'une loi qui devoit être si familière, et si fort entre les mains de tout le monde, pût venir par des voies cachées, ou qu'on pût jamais l'oublier, et que ce fût une illusion qu'on eût faite à tout le peuple, quo de lui persuader que c'étoit la loi de ses pures, sans qu'il en eût vu de tout temps des monuments incontestables.

Enfin, puisfjue nous en sommes àD.ivid et à Saiomon, leur ouvrage

le plus mémorable, celui dont le souvenir ne s'étoit jamais effacé dans la nation, c'étoit le temple. Mais qu'ont fait après tout ces deux grands rois , lorsqu'ils ont préparé et construit cet édifice incomparable ? qu'ontils fait que d'exécuter la loi de Moïse, qui ordonnoit de choisir un lies où Ton célébrât le service de toute la nation {Ibid. , xii. 5; xiv. 2^ XV. 20; XVI. 2, etc.)j où s'offrissent les sacrifices que Moïse avoit prescrits, où l'on retirât l'arche qu'il avoit construite dans le désert, dans lequel enfin on mît en grand le tabernacle que Moïse avoit fait bâtir pour être le modèle du temple futur : de sorte qu'il n'y a pas un seol moment où Moïse et sa loi n'ait été vivante; et la tradition de ce célèbre législateur remonte de règne en règne, et presque d'année en asnée jusqu'à lui-même.

Avouons que la tradition de Moïse est trop manifeste et trop suirie pour donner le moindre soupçon de fausseté, et que les temps dont est composée cette succession se touchent de trop près pour laissera iboindre jointure et le moindre vide où la supposition pût être placée. Mais pourquoi nommer ici la supposition? il n'y faudroit pas seulement penser, pour peu qu'on eût de bon sens. Tout est rempli, tout est gouverné, tout est, pour ainsi dire, éclairé de la loi et des livres de Moïse. On ne peut les avoir oubliés un seul moment ; et il n'y auroit rien de moins soutenable que de vouloir s'imaginer que l'exemplaire q[ui en fut trouvé dans le temple par Helcias, souverain pontife (4 Reg-, XXII. 10; 2 Par.j xxxiv. 14.), à la dix-huitième année de Josias, et apporté à ce prince, fût le seul qui restât alors. Car qui auroit détruit les autres? Que seroient devenues les Bibles d'Osée, d'Isaïe, d'Amos, de Michée et des autres, qui écrivoient immédiatement devant ce temps, et de tous ceux qui les avoient suivis dans la pratique de la piété? OA est-ce que Jérémie auroit appris l'Scriture sainte, lui qui commença à prophétiser avant cette découverte, et dès la treizième année de Josias ? Les prophètes se sont bien plaints que l'on trangressoit la loi de Moïse, mais non pas qu'on en eût perdu jusqu'aux livres. On ne lit point, ni qu'Achaz, ni que Manassès, ni qu'Amon, ni qu'aucun de oei rois impies qui ont précédé Josias aient tâché de les supprimer. Il y auroit eu autant de folie et d'impossibilité, que d'impiété, dans cette entreprise ; et la mémoire d'un tel attentat ne se seroit jamais effacée: et quand ils auroient tenté la suppression de ce divin Livre dans le royaume de Juda, leur pouvoir ne s'étendoit pas sur les terres da royaume d'Israël, où il s'est trouvé conservé. On voit donc bien que ce livre, que le souverain pontife fit apporter à Josias, ne peut avoir été autre chose qu'un exemplaire plus correct et plus authentique, fut sous les rois précédents et déposé dans le temple, ou plutôt, sans hésiter, l'original de Moïse, que ce sage législateur avoit « ordonné qu'on mit à côté de l'arche en témoignage contre tout le peuple (Deifl., XXXI. 26.). » C'est ce qu'insinuent ces paroles de TUistoire sainte : « Le pontife Helcias trouva dans le temple le livre de la loi de Dieu par la main de Moïse (2 Paralip., xxxiv. 14.). » Et de quelque sone qu'on entende ces paroles, il est bien certain que rien n'étoit plus capable ae réveiller le peuple endormi , et de ranimer son zèle à la lecture dt

SUR L^HISTOIBS UlUVIUlSifiLLC. 3fo

la loi , peut-être alors trop Dft|£§èe. qii*iin onpinal de eetip imp o rtaa oe laissé dans le sanetoare par les loiis et par l'ordre d«r Moîk. «r; té* moignage contre les rérolies et les tmiiigresBionE du peupie. sans ^*il soit besoin de se figurer la cbose dn mvnde la plus impowî&fe. ceat^ à-dire la loi de Uieo ouhliée ou réduite à un exemplaire. Au coriiFatn; . on Toit clairement que la dècocTerte de oe Itrre D'afipreiid neii detiouveau au peuple, et ne fait que Feaciter à pKier une oreil^ péiis atte»tiTe à une roix qui lui étoit déjà connue. Ceet c** qu* fait dire ati roi : « Allez et priez fae Seigneur pou" moi e: pou*- ies r*«i*^ d'2«ra£l et de Juda, afin qtie la colère de lÂev ne s'élHe point contre iiousau «ujet des par-jles écrites dans œ li^Te. puis'jv'i! e«t «rrivé de : grauoc maux à nous et à nos pères, pour ne lee avoir point oUerv^^» *^ i^ rai. y xxxir. îi.>. 9

Après cela, il ne ftot pins se Ax)ip.%éK htyctuf; d'etamiuer eu particulier tout ce qu'ont ic:aginé les incréduMft. j^ faux sairaiiu. i«ït laux critiques, sur la snpposhion des livres Qit Mom:. Ias tM««tt ifcif#w*êHf.lités qu*on y trouTcn en qneiqne tKupn que vb tfoii. pur «atmipi^ . 'ikiit celui d'Esdras, Hrgneat partout. Ol trouver» toujours (st^àAmmt* oant le peuple une répugcanoe ioTinciiik: à regaroer a^oKue atfic^eij vt ikicr il n'aora jaaiais estôkdo parier, et comme venu <ie Mone . «t «é;a 4om««i et établi, ce qui Yiendra de leur être bis Itmt uouv^j^^iii^nt ^roin; ^b mains.

Il faut encore se soutemr de ce qv'tm ue feut jamatt **««« f4Hii«r quer, des dix tribus séparées Cest la cale la plus remaf^uMUe <Uc«s l'histoire de la nation, puisque c'est Wfr^u'il se forma ub uouv*«u royaume, et que celui de Darid et de tMUonM: fu*. d«v»«é «u dA^ai , liais puisque les livres de Moise suot C'-meu'ia <U*ift ttth ^09^ |*4li* emiemîs comme un héritage coomua. ils veuoMfUt par<}oii»(<|iMi4 d*» pères commuas avant la séfuratM» : par coftuC^fuefit auta ik MMii</.'.-ut de SakHBco . de David, de Samuel qui 1 av<m sacré : d Hei , «out qui Samuel eacore enfant aToit appris lé cuhe de JUteu «M ti^u^^^w^ 4tr la loi : de celte lai que Dcvid cèlétjroit datj* ses psa4»fM* c«*a«ités d* tout le mande, et Salornoo daas tes seoteficas que totrt k |rffU|M av^iK autre les maias. De cette sorte, si haut qu'en rumwit», <rfi t«^fuv* Wu jours la loi de Moise étaUte. célehre^ uat^erselieioeoii re^HHitiiito , «c vtf« ne se peut reposer qu'en Moise ai m t . cotbiae daaa las in^Ui\m^ <iMé tiennes on ne peut se reposer que dans les tesb|e <bii $4Mm^A*f^t^ et desapdtres.

Mais là que trouverons-nous? que tr<^uv«rv<»s -fcvus da«*» 4** 4»mji points fixes de Moise et de iésus^;hrist? simm», eMaiM m</ms 1 at^^M dljà vu, des miracles visiUes et iacMrtestaUes , «^a titfaf/iif.iHi^ d« Is misBion de l'un et de Pautre. D'un «Cté, l*s plaies d^ ^'fmiy^ V ^ sage de la mer Rouge, la loi d^naéesur k MMMd b(«*M, U uii« e« Ir'ouverte, et toutes les autres «erveiiles ^*hi\ «m 4»sv4 è iwM la peuple qu'il avait été lui-même le t^moia ; et de l'aeue , des nn à rtM^m nns nombre, des résurreetioDsdeflsorts, et celle de êém»4,ln'tMmim¥ attestée par ceux qui l'avoieot vue, et tifttUnum )tfa<|e'* la m^tfi , miÊi l-dire, tout ce qu'on poufoît souhaiter fpoar asiura r l« fdiMé d'ea M»

(kilt» de pliM «UUr povr.iohlir 4a .certitjy4e..4tt t^t.^.fpiim^a» le. jMui» aBittou<gn«gi»d#n pont, iiljiiie.4pr8UT« pliuiJM* pivv.,4iMUi:>I*W* léirité|d^tto^M,.gu^oeUe4'^|M.pru0Ue,InpI|fc, . < .. .

lUÀ» après iiu'.«a,/6ai0Q(aafc des deux (^4^.iif"T9)»:l|is|iv4iif oltM» jiiirt«tidec(BHii diis^rétiia|ifl«.OD a trouvé mi»pqgw»aî i»mi.nwawit mîf«aHUMW4tidijiio8| U imtc^t. eticyt^, poiv aGbov0r l^«u«rag», d« f^imiiftir la. lUisoû da denpi iQs^Uuù(ma si DaaQt&stom^ot iwwÉitsii Diftii. Cap illaut qu'lLy ait uo riippArt entre «ea^mvFifiKqu^ louiMii dliinriaftofte (lesseia,et]qfie:la loi Giirétmoe^qiji-4e>tfQUfa.UdfinUli% seitfigwve attaieh^ ^ rautré. C'est aussi oe qi)i .ae^fteuft Atre eié. 09 m dotite |»asquel«piuifs n'aient attendu. et n'attendeQ^ eQeoBe<un Ch^ et les prédictions dont ils sont les porteurs ne permettent paay49 dep^ ttir quiB/9e,Christ;pnoinU ai» J4iita,ne joiteeUû qm noua crpi^DM.

^À oa»i« quedadieottfliiQn de^iwAdlfi^pns» peir4i««lièreei:qii!B|Q«^ sQi:pleine\deluBii!^^;4^nd.4e beauooupi^.fait» .qiw log^.Ae.imvMla ne^peuitrpae 6uiirre^Al^iaept.».X>i#ti>e%>a:cAiiQifti qpeiqmvi-iins qpftle rendus sensibles aux plus ignorants. Ces faits illustres, ces faits.iMfp ta«U dont, tout rimifeie ,esi)téia9W> apnj^tle^'CiMAa) qm 'i^',tMÀ;'im^

e]biU/«e»verei(vi 4e9 Genil^U arfiivéeaenamble, et,/tfmt^&:deiixivré«îi^ m^tidans le même «tempe qjœ rfivmigileiai été pr^^ô^ et:que<4£inii>* Christs paru.

Ces trois choses, «nies dans Vondife ^es. temps, l-ôtplent ene^ l^eauooup 4avaniage daos Tordredes eopM^ de Déeu. .YiOms ke^MMi ^es maro.ber ensemble dans les anpieeoes prophéties (. oiaM 4éHii» Ghxi8^,.fi4ùleintecpflèle des prpphétie^et des veJU^jiiiM 4e aon.Q^ nous-a encore mieuaeai^iquô cette Maiaon dans ^on Eifax^e. J[lle.lïit dans::la.paRabQ)e;der lAiivi»ne {Mmh,^ 3»:^ 33:el «94.)>«i C^miMra aift piiopihàiefi. M pèceide^aiwUearoit planté cette ngaev^'mMu-di» ia r(sligipn Yéritable iloodéesuir 30n.^apce; et l^avoit 4oqnéie jà,o4tiP«r kà^ ouvriers, -est-Mire aux Jui^ Pour en recueillir iesi fruita« il envola à idiverees fois ses servi te«j*s, qui sont les .prophètes. C^ eBp vriers infidèles les font mourir. Sa bonté le porte à leur envoyer -asR propre Fils. Ils. le traitent encore plus mal que les serviteurs. A le fin, il leur Pte sa vigne^ «t la donne à d'autres ouvrier? : il ieur Ate^la grke de son alliance pour la donner aux Gentils.

.Ces trois choses dévoient. donc eonQOurir eneemWe» l'^A'voi du Hli de Dieu, M réprobation. des Juifs, et la vœatiom des* Gentils. Il qe fiut plus.de opinmeotQire à la parabole que l'événement a interprétée*

Vous ave^ vu que les Juifs avouent que le royaume de.Juda et l'Atat,de leur république a pommenoé à tomber dans le9 temps d'Héfode, et lorsque Jésus-ChEîât e^t venu au monde. Mais si les ajtérationsqu'ilî fa^pf^ent.à IftJioide PÎAit leur ontt;attiré une.4iniinulJion .si visiltlede

SUR l'histoirk universelle. 367

leur puissance ) leur dernière désolation, qui dure encore, devoit être la punition d'un plus grand crime.

Ce ciime est visiblement leur méoonnoissance envers leur Messie,. qui venoit les instruire et les affranchir. C'est aussi depuis ce temps qu'un joug de fer est sur leur tête, et ils en seroient accablés si Dieu ne les réservoit à servir un jour ce Messie qu'ils ont crucifié.

Vqil^ donc déjà, un fait avéré et public : c'est la ruine totale de l'État du peuple juif dans le temps.de Jésus-Christ. La conversion des Gentils, qui devoit arriver dans le même temps, n'est pas moins avérée» En même temps que Tancien culte est détruit dans Jérusalem ave& le temple, l'idolâtrie est attaquée de tous côtés;, et les peuples, qui dep*Û3tant de milliers d'années avoient oublié leur créateur, se réveillent d'jiA si long assoupissement.

Et afin que tout convienne, les promesses spirituelles sont dévelop* pées par la prédication de l'Evangile, dans le temps que le peuple juif, qpi n'en avoit reçu que de temporelles, réprouvé manifestement pour son incrédulité, et c^iptif par toute la terre, n'a plus de grandeur h«maine à espérer. Alors le ciel est promis à ceux qui souffrent. persécutipQ pour la justice; les secrets delà vie future sont prêches, et la vnu» béatiiude est montrée loin de ce séjour où règne la mort, oûahoRdMit. le péché et tous les maux.

Si on ne découvre pas ici un dessein toujours soutenu et toujoure fuivi; si on n'y voit pas un même ordre des conseils de Dieu, qui pi4rpare dès l'origine du monde ce qu'il achève à la fin des temps, et qui, sous divers états, mais avec une succession toujours constaute, per* pAtoe auj yeux de tout l'univers la sainte société où il veut être servi; on mérite de ne rien voir, et d'être livré à son propre endurcissemeat| comme au plus juste et au plus rigoureux de tous les supplices.

El afin que cette suite du peuple de Dieu fût claire aux moins dairvojffSnta, Dieu la rend sensible et palpable par des faits que personne napeut ignorer, s'il ne ferme volontairement les yeux à la vérité. Le Mcseie re&t attendu par les Hébreux; il vient, et il appelle les Gentils, coiaB^e UavoJt été prédit. Le peuple qui le reconnoit comme venu^ ef4 imjorporéau peuple qui l'attendoit, sans qu'il y aii entre deux un seul moment d'interruption; ce peuple est répandu par toute la terre; les Gentils ne cessent de s'y agréger, et cette Église que JêsusoGhrist a établie aur la pierre, malig;ré les efforts de lenCer, n'a jamais été reiivenée.

Cbap. zxzi. — Suite de V Église catholique et sa victoire manifeste

sur toutes les sectes.

Quelle consolation aux enfants de Dieul mais quelle conviction de la férité, quand ils voient que d'Innocent ÎI, qui remplit aujourd'hui* si dignement le premier siège de l'Église , on remonte sans interrop* lion jusqu'à saint Pierre, établi par Jésus-Christ prince des apôtroa :

I. Sa 1681. époque de la première édition de cet oorra^B. (£d. d9 Yenskilks,)

d'où , en reprenant les pontifes qui ont servi sous la loi , on va jusqu'à Aaron et jusqu'à Moïse; de là jusqu'aux patriarches, et jusqu'à l'origiDe du monde IQuelle suite , quelle tradition , quel enchaînement menreilleuxl Si notre esprit naturellement incertain, et devenu par ses incertitudes le jouet de ses propres raisonnements, a besoin, dans les questions oA il y va du salut, d'être fixé et déterminé par quelque autorité certaine; quelle plus grande autorité que celle de l'Église catholique, quiréu nit en elle-même toute l'autorité des siècles passés, et les anciennes traditions du genre humain jusqu'à sa première origine?

Ainsi la société que Jésus-Christ, attendu durant tous les siècles passés, a enfin fondée sur la pierre, et où saint Pierre et ses successeurs doivent présider par ses ordres, se justifie elle-même par sa propre suite, et porte dans son éternelle durée le caractère de la main de Dieu.

C'est aussi cette succession, que nulle hérésie, nulle secte, nulle autre société que la seule Ëglise de Dieu n'a pu se donner. Les fausses religions ont pu imiter l'Ëglise en beaucoup de choses, et surtout elles lïmitent en disant, comme elle, que c'est Dieu qui les a fondées; mais ce discours en leur bouche n'est qu'un discours en Tair. Car si Dieu a créé le genre humain; si , le créant à son image, il n'a jamab dédaigné de lui enseigner le moyen de le servir et de lui plaire, tonte secte qui ne montre pas sa succession depuis l'origine du monde n'est pas de Dieu.

Ici tombent aux pieds de l'Église toutes les sociétés et toutes les sectes qu« les hommes ont établies au dedans ou au dehors du christianisme. Par exemple, le faux prophète des Arabes a bien pu se dire envoyé de Dieu, et après avoir trompé des peuples souverainemeut ignorants, il a pu profiter des divisions de son voisinage, pour y étendre par les armes une religion toute sensuelle; mais il n'a ni osé supposer qu'il ait été attendu, ni enfin il n'a pu donner ou à sa personne, ou à sa religion, aucune liaison réelle ni apparente avec les siècles passés. L'expédient qu'il a trouvé pour s'en exempter est nouveau. De peur qu'on ne voulût rechercher dans les Écritures des chrétiens des témoignages de sa mission, semblables à ceux que Jésus- Christ trouvoit dans les Écritures des Juifs, il a dit que les chrétiens et les juifs avoient falsifié tous leurs livres. Ses sectateurs ignorants l'en ont cru sur sa parole, six cents ans après Jésus-Christ; et il s'est annoncé lui-même non-seulement sans aucun témoignage précédent, mais encore sans que ni lui ni les siens aient osé ou supposer ou promettre aucun miracle sensible qui ait pu autoriser sa mission. De même , les hérésiarques qui ont fondé des sectes nouvelles parmi les chrétiens, ont bien pu rendre la foi plus facile, et en même temps moins soumise, en niant les mystères qui passent les sens. Ils ont bien pu éblouir les hommes par* leur éloquence et par une apparence de piété, les remuer par leurs passions, les engager par leurs intérêts, les attirer par la nouveauté et par le libertinage, soit par celui de l'esprit, soit même par celui des sens; en un mot, ils ont pu facilement, ou se tromper, ou tromper les autres, caril n'y a rien de plus humais:

SUR l'histoire TJNIVERSELLE. 369

mais outre quMls n'ont pas pu même se Tatiter d'ayoir fkit aucun miracle en public, ni réduire leur religion à des faits positifs dont leun sectateurs fussent témoins, il y a toujours un fait malheureux pour eux, que jamais ils n'ont pu couvrir: c'est celui de leur nouveauté. Il paroîtra toujours aux yeux de tout l'univers, qu'eux et la secte qu'ils ont établie se sera détachée de ce grand corps et de cette Eglise ancienne que Jésus-Christ a fondée, où saint Pierre et ses successeurs tenoient la première place , dans laquelle toutes les sectes les ont trouvés établis. Le moment de la séparation sera toujours si constant , que les hérétiques eux-mêmes ne le pourront désavouer, et qu'ils n'oseront pas seulement tenter de se faire venir de la source par une suite qu'on n'ait jamais vue s'interrompre. Cestle foible inévitable de toutes les sectes que les hommes ont établies. Nul ne peut changer les siècles passés, ni se donner des prédécesseurs, ou faire qu'il les ait trouvés en possession. la seule ÊgWse catholique remplit tous les. siècles précédents par une suite qui ne lui peut être contestée. La Loi vient au-devant de l'Evangile; la succession de Moïse et des patriarches ne fait qu'une même suite avec celle de Jésus-Christ: être attendu, venir, être reconnu par une postérité qui dure autant que le monde , c'est le caractère du Messie en qui nous croyons, oc Jésus- Christ est aujourd'hui, il étoit hier, et il est au siècle des siècles (Hehr.f xiii. 8.). »

Ainsi, outre l'avantage qu'a l'Eglise de Jésus-Christ, d'être seule fondée sur des faits miraculeux et divins qu'on a écrits hautement, et sans crainte d'être démenti , dans le temps qu'ils sont arrivés ; voici , en ffr- Teur de ceux qui n'ont pas yécu dans ces temps, un miracle toujours subsistant, qui confirme la vérité de tous les autres : c'est la suite de la religion toujours victorieuse des erreurs qui ont tâché de la détruire. Vous y pouvez joindre encore cme autre suite, et c'est la suite visible d'iro continuel châtiment sur les Juifs qui n'ont pas reçu le Christ promis à leurs pères.

Ils l'attendent néanmoins encore, et leur attente toujours frustrée fait une partie de leur supplice. Ils l'attendent , et font voir en l'attendant qu'il a toujours été attendu. Condamnés par leurs propres livres, ils assurent la vérité de la religion ; ils en portent, pour ainsi dire, toute la suite écrite sur leur front; d'un seul regard on voit ce qu'ils ont été, pourquoi ils sont comme on les voit, et à quoi ils sont réservés.

Ainsi quatre ou cinq faits authentiques, et plus clairs que la lumière du soleil, font voir notre religion aussi ancienne que le monde. Il» montrent, par conséquent, qu'elle n'a point d'autre auteur que celui qui a fondé l'univers , qui tenant tout en sa main , a pu seul et commencer et conduire un dessein où tous les siècles sont compris.

11 ne faut donc plus s'étonner, comme on fait ordinairement, de œ que Dieu nous propose à croire tant de choses si dignes de lui, et tout ensemble si impénétrables à l'écrit humain ; mais plutôt il fout s'étonner de ce qu'ayant établi la foi sur une autorité si ferme et si manifeste , il reste encore dans le monde des aveugles et des incrédules.

lËlrtfliB^', ht premibM «n 'Agttfté cfttrs&it Au Adadé, ^t Ih prffiooiftre I défendre les droits de Dieu, et à étendre par tout PuniTers ItfT^e dto'irêito'â^aniâtqui là ÎbM régn^a^ec tHdt'€6 éfK>it%.

TROISIÈME FAftiïE.

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