‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 27 sur 32 · LES. EMPIRES · texte numérisé non relu

LES. EMPIRES

Ghawtrb f'REiitiBR. — Les Yévolutiong dus empites soffi réglées "par lé ProvicHince , et sertent àhiimitier ièspHnce^.

Quoiqu*it n'y ait rien de compatible k ceti^ suite.de la vraie figlise ^e je vous tL\ représentée, la suite des empires, qu'il faut maintenant Vous Tetfletrre devant les yeux, n'est gaère moins profitable, je ne dini pas seulement aut gtànds prificeâ coimme vous-, mfiis ôncore aux partttWiien qui contemplent danâ ces grands objets les secrets de la àh virtè Providence.

iPi'emiè/r^nieal cëâ ëm^pires ont pour la plùpai't Une liaison nécessaire âVeC rHîÉtOiVfi du jJèdple de bleu. Dléu s'êèt servi des Assyriens et des Babyloniens,, pour châtier ce peuple; des Perses, pour le rétablir; tfAletaxidré et de ses premiers successeurs, pour le protéger, d'Antieôhus l'ÏIlustMe et de ses Successeurs, pour l'exercer; des Romains, pour ôOUtëiiir sa liberté cotitre les rois dé Syrie, qui ne songeoient qu'à le détruire. Les Juifs on( duré jusqu'à Jésus-Christ sous la puissance des tHêtoes Ttottiains. Q^uand ils l'ont méconnu et crucifié, ces mêmes Roïiralns otil prêté leurs mains, sans y penset*, à la vengeance divine, et cfnt' extfft'ttrrnê ce peuple ingrat. Dieu, qui avoit résolu de rassembler dans le mêtne temps le peuple nouveau, de toutes les nations, a premièrement réuni les terres et les mers sous ce même empire. Le commerce de tant de peuples divers, autrefois étrangers les uns aux autres, et depuis réunis âouà la domination romaine, a été un des plus puissauts moyens dont la Providence se soit servie pour donner couif à rEvangilé. Si le même empire romain a persécuté durant trois cents ans ce peuple nouveau qui naissoit de tous côtés dans son enceinte, cette peTSé(>ution a confirmé l'Eglise chrétienne^ et a fait éclater sa gfOire avec sa fbi et sa patience. Enfin Tempire romain a cédé; et ayant trouvé qu^qUè cliosedà plus invincible que lui, il a reQu paisiblement dans son sein cette Église à laquelle il avoit fait une si longue et ai CTuellë guerre. Les empereurs ont employé leur pouvoir à faire obéir ril^ise; et Home a été le chef de ^'empire spirituel que Jésus-Christ a voulu étendre par toute la terre.

Ouand le temps a été venu que la puissance romaine devoit tomber, *♦ t.tti ce eraTïti empire, qui s'étoil vainement promis l'éternité, devoit stibir la diestinee de tous les antres. Rome, devenue la proie des Baf-

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bares, a consepfépar la peHg*roii son ancienne nmjeBfd. LdstiMlet» qui: ont envahi l-empire romain y ont ap]7Pis pea à peu (a pi^té ehf^ïelnde' qui a arfoaci leur barbarie; et ieui» rors. en -se metlant chacun -dtfnei sa nation à la piaee des empereurs, n'ont tfou^= aucun de leurs titres plus glorieux que celui de protedetrrB de t'élise.

Mais il faut ici vous décuufrir les secrets jugements de Die^ svp l'empire romain et sur Rome même : mystère que le Saint-^Ea^^ittt'V^ yélé à saint Jean, et que ce grand homme, apdtre, évangéilste^^et^propbdte, a expliqué par l'Apocalypse. Rome, qui-aroit rieilli dans le* cuite" des idoles, aroit une peine extrême à s'en défaire, môme sous les- em^ pereurs chrétiens ; et le sénat se faisoit un honneur de défendre leadieu-x de Rotnulus, auxquels il attrfbuoit toutes le» victoires. de^Faircienne république (Zojtm., lib. iv. Orat. Syinm. apud i^lniVr. , tom. t. lib. T.'Fp. XXX. nunc xvn. tom. u. col. %1^ Bt seq.; Aug. , De€irit. -Deif iib.i. c. 1. etc. tom. vif.). Les empereurs étotent fatigués fies -députatiomde ce grand- corps qui deman^loit le rétablisFementde ses idole», et qui croyoit que corriger Rome de ses \-ieiIles superstitions étoit faire injure au nom romain. Ainsi cette compagnie , composée- de ee que Pempire aroit de plus grand, et une immense multitude de peupleoù setrouyoient presque tous les plus puissants de Rome, ne pouvoient être retirées de leurs erreurs, ni par la prédication de l'Ëvangile, ni par un visible accomplissement des anciennes prophétie», ni parla coaversion presque de teut le reste de l'empire, ni enfin par celle des princes dont tous les décrets autoHsoient le christianisme. Au contraire, ils eontinuoient à charger d'opprobre l'Église de Jésus-Christ, qu'ils accusoient encore, à l'exemple de leurs pères, de tous les malheurs de l'empire, toujours prêts à renouveler les anciennes persécutions , s'ils n'eussent été réprimés par les empereurs. Les choses étoient encore en cet état , au quatrième siècle de TËglise, et cent ans après Constantin . quand Dieu enfin se res<:ouvint de tant de sanglants décrets du sénat contre les fidèles, et tout ensemble des cris furieux dont tout le peu{>le romain, avide du sang chrétien, a\'oit si souvent fait retentir l'amphithéâtre. H livra donc aui Barbares cette ville « enivrée du sang des martyrs, » comme parle saint Jean {Apoc.y zvii. 6.). Dieu renouvela sur elle U» terribles châtiments qu'il avoit exercés sur Babylone ; Rome même est appelée de ce nom. Cette nouvelle Babylone, imitatrice de l'ancienne, comme elle enflée de ses victoires, triomphante <lans ses délices et dans ses richesses, souillée de ses idolâtries, et perséctitrice du peuple de Dieu, tombe aussi comme elle d'une grande chute, et saint Jean chante sa mine (/Wd., xvii, xviii.). La gloire de ses conquêtes, qu'elle attribuoit à ses dieux, lui est ôtée; elle est en proie aux Barlrai'es, prise trois et quatre fois, pillée, saccagée, détruite. Le glaive des Barbares ne pardonne qu'aux chrétiens. Une autre Rome toute chrétienne sort des cendres de la première; et c'est seulement après l'inondation des Barbares que s'achève entièrement la victoire de Jésus-Christ sur les dieux romain:*, qu'on voit non-seulement détruits, mais encore oubliés.

C'est ainsi que les empires du monde ont se*vi à la reh'gion et iU.

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consenratioa du peuple de Dieu; c^est pourquoi ce même Dieu, quia fkit prédire à ses prophètes les divers états de son peuple, leur a fait prédire aussi la succession des empires; Vous avez vu les endroits où Nabucbodonosor a été marqué comme celui qui devoit venir pour punir les peuples superbes, et surtout le peuple juif ingrat envers son auteur. Vous avez entendu nommer Cyrus deux cents ans avant sa naissance, comme celui qui devoit rétablir le peuple de Dieu , et punir Torgueil de Babylone. La ruine de Ninive n'a pas été prédite moins clairement. Daniel, dans ses admirables visions, a fait passer en un instant devant vos yeux l'empire de Babylone, celui des Médes et des Perses, celui d'Alexandre et des Grecs. Les blasphèmes et les cruautés d'un Antiocbos l'Illustre y ont été prophétisés, aussi bien que les victoires miraculeuses du peuple de Dieu sur un si violent persécuteur. On y voit ces fameax empires tomber les uns après les autres; et le nouvel empire que Jésus» Christ devoit établir y est marqué si expressément, par ses propres caractères, qu'il n*y a pas moyen de le méconnottre. C'est Tempiredes saints du Très-Haut; c'est l'empire du Fils de l'homme : empire qui doit subsister au milieu de la ruine de tous les autres, et auquel seul l'éternité est promise.

Les jugements de Dieu sur le plus grand de tous les empires de ce monde, c'est-à-dire sur l'empire romain, ne nous ont pas été cachés. Vous les venez d'apprendre de la bouche de saint Jean. Rome a senti la main de Dieu, et a été comme les autres un exemple de sa justice. Mais son sort étoit plus heureux que celui des autres villes. Purgée par ses désastres des restes de l'idolâtrie, elle ne subsiste plus que parle christianisme qu'elle annonce à tout l'univers.

Ainsi tous les grands empires que nous avons vus sur la terre ont concouru par divers moyens au bien de la religion et à la gloire de Dieu, comme Dieu même l'a déclaré par ses prophètes.

Quand vous lisez si souvent dans leurs écrits que les rois entreront en foule dans l'Église, et qu'ils en seront les protecteurs et les nourriciers, vous reconnoissez à ces paroles les empereurs et les autres princes chrétiens; et comme les rois vos ancêtres se sont signalés plus que tous les autres en protégeant et en étendant l'Ëgiise de Dieu, je ne craindrai point de vous assurer que c'est eux qui de tous les rois sont prédits le plus clairement dans ces illustres prophéties.

Dieu donc, qui avoit dessein de se servir des divers empires, pour châtier, ou pour exercer, ou pour étendre, ou pour protéger son peuple, voulant se faire connohre pour l'auteur d'un si admirable conseil, en a découvert le secret à ses prophètes, et leur a fait prédire ce qu'il avoit résolu d'exécuter. C'est pourquoi , comme les empires entroient dans l'ordre des desseins de Dieu sur le peuple qu'il avoit choisi, la fortune de ces empires se trouve annoncée par les mêmes oracles du Saint-Esprit qui prédisent la succession du peuple fidèle.

Plus vous vous accoutumerez à suivre les grandes choses, et à les rappeler à leurs principes , plus vous serez en admiration de ces conseils de la Providence. Il importe que vous en preniez de bonne heme les idées, qui s'édairciront tous les jours de plus en plus dans votre

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esprit, et que vous appreniez à rapporter les choses humaines aux ordres de cette sagesse éternelle dont elles dépendent.

Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes touchant les rois et les monarchies qu'il élève ou qu'il détruit. Mais Tayant fait tant de fois dans ces grands empires dont nous venons de parler, il nous montre, par ces exemples fameux, ce qu'il fait dans tous les autres ; et il apprend aux rois ces deux vérités fondamentales : premièrement, que c'est lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il lui plaît; et secondement, qu'il sait les faire servir, dans les temps et dans Tordre qu'il a résolu, aux desseins qu'il a sur son peuple.

C'est ce qui doit tenir tous les princes dans une entière dépendance, et les rendre toujours attentifs aux ordres de Dieu, afin de prêter là' main à ce qu'il médite pour sa gloire dans toutes les occasions qu'il leur en présente.

Mais cette suite des empires, même à la considérer plus humainement, a de grandes utilités, principalement pour les princes; puisque l'arrogance, compagne ordinaire d'une condition si éminente,est si fortement rabattue par ce spectacle. Car si les hommes apprennent à se modérer en voyant mourir les rois, combien plus seront-ils frappés en voyant mourir les royaumes mêmes; et où peut-on recevoir une plus belle leçon de la vanité des grandeurs humaines?

Ainsi quand vous voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers ; quand vous voyez les Assyriens anciens et nouveaux, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Romains se présenter devant vous successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres : ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le propre partage des choses humaines.

Chap. II. — Les révolutions des empires ont des causes particulièrts

que les princes doivent étudier.

Mais ce qui rendra ce spectacle plus utile et plus agréable , ce sera la réflexion que vous ferez , non-seulement sur Télévation et sur la chyLie des empires, mais encore sur les causes de leur progrès et sur celles de leur décadence.

Car ce même Dieu qui a fait l'enchaînement de l'univers, et qui, tout-puissant par lui-même, a voulu, pour établir l'ordre, que les parties d'un si grand tout dépendissent les unes des autres; ce même Dieu a voulu aussi que le cours des choses humaines eût sa suite et ses proportions : je veux dire que les hommes et les nations ont eu des qualités proportionnées à l'élévation à laquelle ils étoient destinés; et qu'à la réserve de certains coups extraordinaires, où Dieu vouloit que SI main parût toute seule, il n'est point arrivé de grand changement qui n'ait eu ses causes dans les siècles précédents.

Et comme dans toutes les affaires il y a ce qui les prépare, ce qui détermine à les entreprendre, et ce qui les fait réussir, la vraie science

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