‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 4 sur 32 · NOTICE SUR BOSSUET. V · texte numérisé non relu

NOTICE SUR BOSSUET. V

donner sur-le-champ le nom sous lequel il est si justement et si uni- Tersellement célèbre, saint Vincent de Paul. Bossuet lui plut; il lui donna pour directeur Tabbé le Prestre , homme très-droit et très-simple, pensant peut-être qu'un saint convenait mieux qu'un docteur à un es* prit de cette pénétration et de cette droiture. Lui-même conserva avec le jeune prêtre des relations dont Tintimité ne fit que s'accrottre. 11 le reçut à ses conférences du mardi , où il enseignait les devoirs de la vie sacerdotale, et où il fut plus tard souvent remplacé par Bossuet. 11 le recommanda à la reine Anne d'Autriche ,/en même temps que Nicolas Cornet le présentait à Mazarin. Il fut alors question de le faire grand mattre de Navarre. Tout lui souriait. Il avait Tamitiéd'un saint et celle d'un grand docteur, la protection de la reine et du tout-puissant ministre, l'appui de son oncle, dont l'opulente maison lui était ouverte, une réputation déjà faite dans le clergé, et, dans le monde, toutes les grâces d'une notoriété naissante. C'est alors qu'il prit la résolution de se retirer à Metz auprès de son père, et d'y remplir assidûment les devoirs de sa place et de son ministère. Il y resta six ans.

Ce furent six années bien employées à se fortifier dans l'étude des Pères : saint Chrysostome, Origène, saint Augustin, saint Thomas étaient sa lecture de chaque jour; à approfondir par l'étude et par la méditation les points les plus difficiles et les plus contestés de la théologie ; à se rendre compte de la situation présente de l'Église, de ses difficultés et de ses besoins. Car Bossuet fut en tout un génie pratique ; il fut l'homme d'Ëtat de l'Église. 11 donna pendant ces six années, qu'on aurait pu prendre pour un exil volontaire, des preuves de cette activité prodigieuse qu'il conserva jusque dans la plus extrême vieillesse. La Tiiie de Metz était pleine de protestants. C'était l'époque où le gouvernement du roi, tout en paraissant encore respecter i'éiiit de >Nantes, employait toutes ses ressources pour obtenir des conversions; beaucoup de consciences étaient ébranlées, beaucoup de courages fléchisitient Bossuet, que son nom, sa place, ses lumières mettaient à la tète du clergé de Metz, était toujours appelé ; on s'émerveillait de l'étendue et de la sûreté de son érudition, de la puissance de sa dialectique, de l'élévation et en même temps de la largeur de ses vues. Il n'avait pas cet attachement à des points indiflérents ou secondaires qui arrête les esprits étroits et obstinés. Les ministres mêmes le recherchaient. Il contracta avec le plus célèbre d'entre eux, Paul Ferry, une amitié durable. Paul Ferry avait fait un catéchisme, que Bossuet réfuta dans un écrit substantiel dont le succès fut très-grand. La liaison des deux théologiens ne fut pas diminuée par cette controverse, puisque ce fut dans ses conversations avec Paul Ferry que Bossuet jeta plus tard les premières bases du système par lequel il se flattait d'ojiérer la fusion des Églises. Ce livre , ces conversions suggérèrent au coad* juteur Bédacier et à la reine Anne d'Autriche qui visita Metz en 1657, l'idée de seconder par des fondations le zèle de Bossuet. Le coadjuteur fonda un couvent de nouvelles converties sous le nom de la Propagation de Metz; la reine chargea Vincent de Paul d'organiser une mission. Bossuet donna au couvent un règlement adopté depuis par an

Page 1