‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 5 sur 32 · VI NOTICE SUR BOSSUET · texte numérisé non relu

VI NOTICE SUR BOSSUET

•ertftin nombre (leoommunautés analogues. Il fut 1- âme de lauriesion ; elle avait pour chef M. de Ghandenier, neveu du cardinal de! la Rochefoucauld ;^ mais tout subit la direction de Bossuet, tout céda à son ascendaot. Son •éloquence croissante frappa d'étonnement les missionnaires venus de Paris; les chaires n'étaient pas -habituées à' cette simplicité dans la grandeur, à cette solidité d'argumentation etdrpreuves, à ce dédain .pour l'éloquence , dans des discours qui étaient le comble de l'éloquence. Paris, où Bossuet avait laissé tant d'amis, le rappelait fréquemment, et il y venait, non en solliciteur ou en homme du monde, mais en ap6tre. Son plus grand bonheur était de retourner aux conférences du mardi, dans lesquelles il remplaça plus d'une fois saint Vincent, .avant et après la- mort de ce grand saint, arrivée le 27 septembre 1660. C'est là qu'il connut l'illustre auteur <de VHistoire eeclésicistique j qui fut depuis son collaborateur dans l'éducation du Dauphin. Parmi ses sermons, les panégyriques-dé sainti Paul, de saint François de Paule et de sainte Thérèse furent ceux qui jetèrent le plus d'éclat à cette époque Le crédit de son onole François Bossuet lui valut de prêcher le panégyrique de saint Joseph devant la reine, et aussitôt après de prêcher Tavent de 1661 à la cour.; Il prêcha aussi celui de 16631 Parmi les occasions illustres où sa parole se fit entendre, il faut citer la vêture de Mlle de Bouillon, sœur aînée du cardinal. Turenne songeait alors àse convertir, et Bossuet, qui eut la plus grande part à cette conversion, parla de ses espérances dans le sermon de fêlure. Au milieu de ces succès, il ne songeait pas encore à abandonner Metz, où le retenait surtout la présence de son père. Le vieux conseiller, devenu veuf,, était entré dans les ordres. Il avait pris le diaconat, et était alors, comme son fils, grand archidiacre de là cathédrale, sans avoir pour cela quitté le parlement , dont il était doyen. Il mourut en 1667. £on fils, qui allait prêcher pour le jour de l'Assomption, fat averti au bas de la chaire, et n'eut que le temps de courir auprès de son père pour. le préparer à la mort. L'année suivante, rien ne le re* tenant plus à Metz, il se fixa définitivement à Paris.

Il avait alors le doyenné de Gassicourt, près Mantes, de l'ordre de Cluny, que lui avait laissé à sa mort M. BMacier, le coadjnteur; et il était en outre, depuis le 10 septembre 1664, doyen du chapitre de Metz. Ce doyenné lui avait été ofi'ert en 1662; mais le vieil abbé Royer, à qui il •devait son premier canonicat, lui ayant témoigné le désir de l'avoir, il le lui céda aussitôt, et ne le recueillit qu'à sa mort arrivée deux ans après. Son revenu, qui suffisait à ses besoins, s'élevait à dix mille livres de rente. Il se croyait riche avec cette mince fortune, dans un temps où les sujets destinés à l'épistopat avaient tous de gros revenus en bénéfices. Il n'avait tenu qu'à lui d'obtenir les riches et importantes cures de Saint-Kustaohe et de Saint*Su1pice.

De retour à Paris, il reprit le cours de ses sermons. Les princesses, et entre autres Mme de Longueville, y étaient assidues. Il cite luimême, comme un de ses meilleurs, le sermon pour la fête de saint André, prêché aux grandes Carmélites en 1668 pour la conversion de Turenne. En général, il ne préparait que son cadre et quelques mor-

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eMUXi-et pour I» rester il prêchait d'aboudançe. Q'^est ce qui fait que aôB ^léqaence iKHis est surtout connue par ses Oraisons funèbresy fivi ■ont- incomparables. La plupart de ses sermons imprimés' ne soiit .qxM dee canevas. On y trouve par intervalle la griffe du lion; mais il faui beaucoup devHier. Ils sont surtout remarquables comme ensemble, et par ia constante éié?ation de vues qu'on y découvre. Il fut mis au second rang par ses contemporains, quand Bourdaloue parut^, et nere* prit la place que lui assigne la postérité que par ses Oraisons ftmèbret* , L'archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, qui* avait pour Bos^ .5«iet une grande confiance, et qui sentait en lui l'homme pratique, parce qu'il Tétait lui-même, le chargea de déterminer les religieuses de P. R.à signer le forinulaire. On sait qu'il échoua devant une résolution invÏDcible. Il était d'autant plus propret remplir cette mission, qu'opposé en principe, comme Nicoias Cornet son preiôier maitre, aux erreurs théologiques de Jansénius, il avait cependant- pour le caractère de ses doctrines et pour l'esprit de P. R. une sympathie fondée sviç de secrètes affinités. A un évoque qui lui demandait quel ouvrage U aurait voulu faire , s'il n'avait pu faire les- siens, il répondit; « leslel^ fr«ff provinciales, « C'estr Voltaire qui le dit : l'anecdote est^lle apoer^^e? De tous les hommes de génie, Pascal est bien celui (\fi ressemble le moins à Bossuet. L'un est la force dans la paix , ei Tautre eet la force dans l'orage. Si Bossuet eiprima cette sympathie , ce fut comme dialecucien, comme ami et défenseur de l'orthodoxie; L'auteur de V Histoire des variations rendit justice au plus grand coup qui ait été porté à une dootrine .qu'il n'admeti<».t pas plus que -cielle de Jansénius, et qu il amnistiait moins. Ce qui est plus sûr qtie l'aneodote rapportée par Voltaire, c'est qu'il fut chargé, avec le Camus, depuis cardinal, d'examiner le livre d'Arnauid, la Pi.rpéluflli de la foi f el qu'après des conférences* où il put- apprécier et admirer Àrnauld et -Nicole, il donna uue approbation, entière. On peut rapprocher ;de ces détails la préfïtce qu'il composa plus tard, étant d^ la gloire et le chef de l'Ëglise^allicane, pour le fameux livre du P. Quesnel, -objet dotant de disputes. Il est certain qu'il tint avec beaucoup de prudence et de pénétration un juste milieu entre les erreurs opposées qui agitaient l'élise de sou temps; mais il ne l'est pas moins qu'il trouvait moins d'erreurset surtout moins de dangers dans Janséoius- que dans les partisans de l'excès contraire. Ces XKjnues reiatiensavec les jansénistes ne l'empêchaient pas d'avoir des aniis chez les jésuites^dont il avait été l'élève à Dijon<dansson enfance, etd'entretemr des rations très-étroites avec le P. Ferrier, confesseur de Louis XIY. Bossuet eut gaude [lart à la converbion de^urenne. Le roi, la famille de Bouillon , toute l'Ëglise avaient les yeux ^tés sur cette entreprise qui, par la position du maiéuhal dans ï'^tft ou à la tête des armées, prenait l'iniportance d'une grande affaire [volitique. L'Exposition de la foi et de la doctrine catholique ^ l'un des livres les plus célèbres de Bossuet, celui qui fût le plus réédité, le plus traduit, le plus att)^que et le plus-défendu, fut composé pour aider à cette conversion. Ce fut aussi Bossuet qui convertit l'abbé de Dangeau. Vers ce temps, i^

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de Pénelon, prêcèifteur du duc de Bburgbgne; un archevêque» nirce qu'il aiftiait, par gfrandeur', à décorer les places de cour, et -quoi n'y avait aucune' dlfflcutté à craindre entre Fénelon et le duc de Beauvilliers, son intime anii, presque son disciple. On s'est beaucoup demandé comtnent une éducation dirigée parleduc de' Mohtausier etpar Bossuety et à laquelle concoururent des hommes tels que Huet et Fleury, donna de si tristes résultats; c'est, dit-on, que ni le gouverneur ni le précepteur ne savaient se mettre au niveau de leur élève; Bossiiet surtout lui pariait dans les nuages, et le Discours sur CHistoire universelle j qu*il composa pour lui, ne peut être compris que par une mtelligence déjà formée et tout ouverte; tandis que Fénelon, avec une sou[)lesse merveilleuse et une grâce charmante, parlait au duc de Bourgogne' le langage de l'enfance, Tattirant doucement à lui, au lieu de Teffi-ayer par une hauteur de vues et une austérité de tangage inaccessibles. Ces raisons peuvent avoir leur valeur, quoiqu'il convienne de se souvenir que les enfants, comme le peuple, gagnent à hantt'r les belles choses, et qu'il vaut mieux les transporter d'emblée au milieu des difficultés et des grandeurs de la vie, que de s'abaisser pour eux, et de leur présenter Timage d'une enfance contrefaite. La vraie cause qui fit échoue r'Bossuet, c'est, n'en douions pas, le naturel de.âon élève. Il l'eût peut-être dompté ou réformé, sll avait été pervers; il rencontra une docilité inerte, une âme sans volonté, un esprit snns ressort, une poupée de cour, que le sort traita selon ses mérites, en en faisant un fils de roi et jamais un roi. Bossuet, que Condéaima sur-lé -champ, ne conquit même pas l'afTection du Dauphin, et on ne voit pas ce qu'il aurait gagné à son règne.

L'évêque de Condum se démît de son évêché,' par scrupule, dans Tannée qui siiivit sa nomination aux fonctions de précepteur. L'abbé de Matignon, qui lui succéda, se démit en sa faveur du prieuré de Plessis-Grimoux, de huit à neuf mille livres de rente. Ce fut toute sa fortune, avec les gage^ de sa place. Le roi y joignit, en 1672, l'abbaye de Saint- Lucien. C'était une mince fortune à la cour, où l'on était obligé à l>eaucoup de déf^enâes, en frais d'entretien et de domestiques. Tous les traitements étaient peu de chose sous Tancien régime. Les ministres même n'avaient que vingt mille livres de pension. La conséquence était que la plupart des fonctionnaires étaient dans la gêne, s'ils n'obtenaient du roi quelqu'une de '^es grâces qui étaient toute une fortune. Un maréchal de France n'avait que vingt mille livres, comme un ministre; mais si on lui donnait le gouvernement d'une bicoque où Il ne mettait jamais les pieds, il en tirait pour le moins soixante mille livres. Le rui avait pour les ecclésiastiques des abbayes de cinq ou six cent mille livres de rente dont il disposait souverainement; ainsi fout était dans la di'pendance. M. du Chatelet, membre obscur de l'Académie française, étant venu à mburiir, Bossuet fut choisi à l'unanimité pour le rem[)lacer. C'était comme un privilège de sa fonction. Il fut reçu le 8 juin 1671.

Pendant cette période de sa vie, il composa lâ Lettre au pape sur Véducationdu Dauphin j\e Discours sur Vhixtoire universelle, laCoh-

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naistanee de Dieu et de soi-même y la 'PàUtique tirée de PlÉtfiture sainte. Mlle de Duras, protestante, sœar des maréchaux dé Duras et deLoTges, et tante de la duchesse de Saint-Simon, ayant Voulu être instruite de la religion catholique, appela Bossuèt, et obtint de lui qu'il discuterait en sa présence avec le ministre Claude. Cette conférence où la victoire fut difficile, de l'aveu même de Bossuet, ne dura pas moins de cinq heures, et fut quelque temps après imprimée. Mlle de Duras se convertit le lendemain. On a publié aussi les conversations de Bossuet avec quelques-uns de ses amis sur PËcriture sainte. Cestle Commentaire de la Bible, Bossuet passait les après-midi du 'dimanche avec MM. de Cordemoi, Félisson, l'abbé Renaùdot, l'abbé Fleury , la Bruyère , à étudier i'Ëcrîture dont il tenait le texte à la main. An retour, Fleury écrivait à la marge les remarques de Bossuet. L'allée où ils se promenaient porte encore à Versailles le nom d'allée des philosophes. C'est là que le marquis de Fénelon, déjà retiré à Saint- Germain des Prés dans une grande piété, et ami de Bossuet et de saint Vincent de Paul de vieille date, introduisit son neVeu, l'abbé deFénekm, qui ne tarda pas à prendre son grand essor à la cour et dans l'figlise.

L'éducation achevée , le roi nomma Bossuet évèque dé Meaux,en 1681. fut premier aumônier de la Dauphine en 1693, supérieur de la maison de Navarre en 1695, conservateur de l'Université, conseiller d'Ëtat d'église en 1697, premier aumônier dé la duchesse dé Bourgogne en 1698. Un évèché important, une grande charge à la oour, qui en présageait une plus grande sous un nouveau règne, les privances attaôhées au titre d'ancien précepteur, une place à l'Âcadémîe, les premier^' honneurs de l'Université, donnaient à Bossuet une position considérable, et quoiqu'il eût devant lui , dans Tordre des dignités, les cardinaut, les pairs ecclésiastiques, l'archevêque de Paris, le grand aumônier, et qu'il ne fût, au fond, qu'un simple évèque, tout le monde sentait e(t voyait dès lors en lui le chef et le guide de l'Église gallicane. Les polémiques difficiles roulaient sur lui seul , ses décisions doctrinales étaient acceptées par l'immense majorité des évoques, toutes les affaires du clergé lui étaient remises; il avait la part principale à la confiance du roi dans les choses spirituelles, et la masse du public ne lui comparait personne, ni pour l'éloquence, ni pour la profondeur des vues, ni pour la science consommée en théologie. Jamais prélat de l'Église gallicane n'avait joué au milieu d'elle un pareil rôle, ni dans l'ordre de la spéculation, ni dans celui des choses pratiques. Cette situation parut avec évidence en 1682 quand le roi voulut faire régler par son clergé ses dissentiments avec le saint-siége. Cette entreprise aurait été difficile, même pour Louis XIV, sans le nom, l'autorité et rhabileté de Pévèque de Meaux. Tout céda devant l'ascendant de Bossuet soutenu par Louis XIV, ou plutôt tout alla au-devant de lui et sollicita sa direction et ses décisions. La cour de Rome n'osa réclamer ni devant un roi tout-puissant, ni devant un évèque qui était la pkis grande gloire de l'figlise universelle et le chef avoué de l'Église française. Il dut en rester un ressentiment amer dans Tàme des cardinaux; et c'est peut-

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