‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 6 sur 32 · XII NOTICE S^R BOSSUET · texte numérisé non relu

XII NOTICE S^R BOSSUET

Atre ce qui rendit si épineuse pour Bossuet la lutte quil soutint à la cour de Rome contre Fénelon , son ancien ami , devenu son collègue dans i'épiscopaty sur la question du quiétisme. Cette querelle de deux grands hommes tint Ja France attentive pendant plusieurs années; on dépensa de part et d*autre des trésors d'éloquence, de dialectique, d'érudition. Fénelon , comme toujours, gardait de son côté toutes les grâces; mais Bossuet avait la raison pour lui, et la vérité, défendue par Bossuet, ne pouvait être qu'irrésistible. Il dut pourtant, en partie, sa victoire à des intrignes indignes de lui, pratiquées avec son assentiment par son neveu l'abbé Bossuet. Le pape, après avoir prononcé la sentence, laissa échapper cette dure parole, que si Fénelon aimait Dieu avec excès, Bossuet n'aimait pas assez son prochain. Cette controverse sur le quiétisme tient peut-être autant de place dans sa vie que la Constitution de i'Ëglise gallicane, mais elle est bien plus petite dans l'histoire. Ce n'est qu'une dispute d'école, tandis que la déclaration de 1682 est un grand événement dans l'histoire des faits et dans celle des idées. Nous reviendrons avec étendue sur ce double rôle de Bossuet, comme définiteur de la foi et comme homme d'Ëtat de l'Eglise. La fin de sa vie fut aussi laborieuse que ses débuts. Ëvêque jusque dans les plus petits détails, non pas en apôtre comme l'archevêque de Cambrai, mais en docteur, attentif à ses droits et à toutes les parties de l'administration diocésaine, plus attentif encore au gouvernement spirituel de son troupeau, dirigeant ses religieuses avec une charité et une condescendance infinies, formant ses prêtres, prêchant fréquemment dans sa cathédrale, suffisant à une correspondance très-étendue, il trouvait encore le temps de multiplier des écrits évidemment improvisés, et qui , grâce à la profondeur et à la constance de ses études^ paraissent aussi achevés et aussi solides que s'il les avait longtemps mûris. Il ne dégénéra en rien de lui-même en vieillissant. Ni son zèle, ni son activité, ni son génie ne baissèrent. Il parut dans l'oraison funèbre du prince de Condé avoir atteint les dernières cimes de l'éloquence; sa polémique contre Fénelon montra en lui des ressources inépuisables de dialectique, d'observation, de science ; son Histoire des Variations prit place parmi les grands monuments de la pensée humaine. Il était depuis quelque temps attaqué de la pierre. Il s'y joignit, sur la Qn de 1703, une fièvre qui ne le quitta plus. Il reçut le viatique le 16 mars 1704, et mourut à quatre heures et demie du matin, le samedi 12 avril de la même année, avec un mâle courage. Il était âgé de soixante-seize ans six mois et seize jours.

Page 1