Bossuet y définiteur de la foi
Bossuet était certainement un homme de génie, et même il était de cette race supérieure d'hommes de génie qui joignent â un goût naturel pour tout ce qui est grand et simple , un bon sens invincible. Notre temps positif, et dédaigneux des matières de pure spéculation, ne le connaît guère que comme orateur; il était surtout théologien, et la théologie est de toutes les sciences celle qui exige le sens le plus droit et le ^us sûr. La moindre exagération conduit aux abîmes. Dès
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sa jmtnene, il avait touIu être théologien ; il le Toulttt toute sa Tiè. On n'est pas théologien par hasard et par instants : il faut être doué, et persérérer. Dés le collège, il s'assimila la substance des Pères, parce que l'érudition est la base de la théologie catholique, fondée sut la traditioQ , c'est-à dire sur l'exposition des Pérès et les définitions des conciles. Il avait tellement lu et médité rScriture et les Docteurs, qu'il n'avait plus besoin d*y recourir, et qu'il en usait comme de la substance même de sa pensée. Incapable de raffinement, dédaigneux des vaines recherches, parfaitement décidé à s'en tenir au grand courant de la tradition catholique et à Aiir les nouveautés et les interprétations subtiles, il n'avait ni cette imagination mobile ni cet esprit inquiet, nécessaires aux inventeurs, et dangereux à ceux qui ne font que constater et définir. Son érudition n'avait rien de servile, puisque tout en gardant à la tradition une fidélité inviolable, il la commentait et la fécondait par l'observation et la réflexion philosophiques. 11 est remarquable qu'il ait été si grand orateur, en restant toujours si parfaitement maître de lui-même ; c'est par la force de la pensée qu'il entraîne, et non par la contagion du sentiment. Au milieu de sa colère contre Fénelon, on devine un peu de pitié, parce qu'il comprend que son adversaire est dominé par sa passion, tandis qu'il demeure maître de la sienne. Il se trompa plus d'une fois, mais toujours de la même façon et en partant du même principe, c'est-à-dire en exagérant le principe d'autorité ; ces erreurs sont surtout frappantes dans le IHseaurt sur Vhistoire universelle , dans la Politique tirée de VÉcritwre sainte f et dans la Constitution de l'figlise gallicane; mais c'est là la politique deBossuet, il y porta les erreurs et les exagérations de son parti : ce n'est pas sa théologie, où il fut irréprochable. Trois questions s'agitaient de son temps, deux intérieures, lequiétisme et le jansénisme, une extérieure, le protestantisme. 11 fut hautain, terrible, sans pitié ni ménagements contre le quiétisme. Cette doctrine du pur amour le choquait, parce qu'elle n'était pas pratique. Elle reposait sur des exceptions, sur des natures privilégiées; elle procédait par les voies extraordinaires : cela seul lui était suspect. Elle était quelque chose à la précision du dogme, à la fermeté de la règle : elle n'était donc qu'un ennemi; un acheminement à,rhérésie, sinon l'hérésie ellemême. Il voyait une soumission sincère aux décisions explicites de l'Eglise , mais en même temps un langage et des pratiques qui , sans le vouloir et sans le savoir, multipliaient les équivoques. Quand l'amour domine le jugement, l'orthodoxie est mise au hasard. Ce n'est plus .partout qu'interprétation et transformation, sentiment propre. Que de- ; viennent la grande voie, la décision écrite et formelle, le symbole, l'inflexible tradition? Voilà ce qu'il jugeait, dans son bon sens, et dans la saine et forte interprétation du rôle spirituel de l'Eglise. Tout ce mysticisme de MmeGuyon et du troupeau lui parut oiseux, chimérique; il ne l'avait ni cherché ni deviné, et fut pris à Timproviste, quand ces romans théologiques furent pour la première fois soumis à son tribunal. Il se contraignit avec une entière bonne foi à étudier et à démêler ce chaos; il parvint à le comprendre, non à l'aimer. Toutes ces fadeurs
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qai ont Unt dfl.grftce tt d*èpUt sous la plume de Fénalon, ^««Hp^ m pourriture dès que Boysuet les touche, comme ces spIendiMiqs- àe la scène, brillantes.au fende la rampe, et qui ne supportent pitt. l'éclat du soleil. U les combat tour à tour par rautorilé des décisiona doetrinales qu'il accumule, et par Têtude attentive- et TTaUnenljpcQTonde de Tàme humaine, et -de Ja lutte. des passions entre elles, etdeJapMiioa contre le jugement. G*est une merreiUe de voir avec quelle pénétration il comprend les mystiques, et avec quelle fermeté il les juge. Las philosophes ont beaucoup à apprendre de ce théologien sur les japporti réciproques du désir, de la volonté et de la loi. C'est de la théoîogîe sans doute, puisqu'il s'appuie sur TjScriture ; mais c'est ausai de la philosophie, puisqu'il est toi^urs d'accord avec l'observation. Sa doctrine est la vraie; il n'y a pas de ces sacrifices absolus dont parle FéneUm; quelques moments d'extase, peu duiiables, ne peuvent être piia ni pour ^le spéculative ni pour règ}e de conduite; le moi.se retrouve toujours lui-même, quoiqu'il ne .doive se prendre ni pour fin unique, ni pour fin principale. Entre les séraphins, qui suppriment le moi, et les pharisiens qui remplacent l'ampur de Dieu par un calcul, se place cette admirable morale qui permet la recherche du bonheur, en nous apprenant à mettre notre bonheur dans la possession: de Dmu et la pratique de la vertu.
La question du jansénisme est moins philosophique et plus essentiellement thëologique que celle du pur amour, parce que le quiétisme n*est qu'une lutte entre les faits obaervables de la nature humaine, tandis que la grâce est une conséquence du dogme de la trinité, de l'incamat'on et de la rédemption. Il faut se décider dans l'interprétation de saint Augustin par des raisons prises dans la tradition et les textes, et oon par des faits et des raisons de conduite. Bossuet écartait ce qui s'éloignait de l'orthodoxie rigoureuse, il dédaignait les exaltations et les folies dictées par l'esprit de secte; mais, comme il trouvait, au fond, un symbole ferme, une morale précise et même dure, il ne sentait pas la même répulsion que pour la poésie flottante et multi[de du quiétisme. Arnauld et Nicole étaient des esprits de la famille du sien ; il les comprenait et les appréciait ; pour Fénelon, tout au contraire : il aurait pu l'aimer docile; mais il ne pouvait l'accepter poar égal. Il éprouvait pour lui un dédain mêlé de crainte, et d'estime involontaire.
Cest un fait singulier, et à relever en faveur de l'figUse catholique, que les nouveautés qu*on tente d'y introduire, aboutissent toutes à des doctrines et à des actes réprouvés par la raison. On comprend cette triste conséquence pour le quiétisme, qui est une des sortes du mys* ticisme, quoique ce soit une condamnation terrible que ces immoralités sortant de l'excès même du raffinement moral. Mais que le jansénisme, si sûr de lui, si réservé, si amoureux de la rè;;le, et même, s'il faut le dire, si sec et si dur, ait abouti au même point par le chemin opposé, et produit les miracles du diacre Paris, nest-ce pas un argument puissant pour la direction des âmes par r£glise universelle, et tu point de vue philosophique pour cette grande règle de conduite