LIVRE H
Là les esprits fumeux de ce vin sans couleur Enchaîneront la langue eHes pas du buveur. Vois les vins blancs de Thase et de Maréotide : L'un veut un terrain gras , et Tautre un sol aride. Rhétie, on vante au loin tes vins délicieux ; Mais Hébé verserait notre Falerne aux dieux. Veut-on boire un vin fort , on choisit TAminée , Vainqueur heureux du Tmole et même du Phanée. Argos est renommé par ses vins lûenfaisants , Dont la sève résiste à l'injure des ans. Et toi , divin nectar que Rhodes nous envoie , Du convive assoupi viens réveiller la joie. Puis-je encore oublier ces énormes raisins... Mais qui pourrait compter ^ et nommer tous ces vins. On compterait plutôt sur les mers courroucées Les vagues vers les bords par l'Aquilon poussées , On compterait plutôt , dans les brûlants déserts , Les sables que les vents emportent dans le^airs.
Tout sol >^ enfin n'est pas propice à toute plante : Le saule aime une eau vive , et l'aune une eau dormante ; Le frêne veut plonger dans un coteau pierreux ; Au bord riant des eaux les myrtes sont heureux ;
tOO Ant tantom fluere, ant totidem dnrare per annos; Non ego te , dis et menas accepta secundis , Traiisierim , Rbodia , et tumidis , Bumaste , racemis. Sed neque , quam multae spedes, nec, nomina qnae sint Est namenis; neqne enim numéro comprendere refert. Qnem qui scire velit, Libyd velit aequoris idem Diseere qiiam muUae Zephyro turbentur arenx ; Ant , ubi navig^is violentior incidit Eurns, Noase, quoi lonii reniant ad litora fluctns.
Nec vero terr» ferre omnes omnia possant. 410 Flominibos salices , crassisque paladibns aini , lHascantur, stériles saxosis montibns orni ; Litora myrtetis Isetissima ; denique apcrtos Bacclius amat colles , Aquilonem et frigora taxi.
Aspice et extremis domitum cultoribus orbcm » EoiS'iue domos Arabum , pictosque Gelonos.
76 LES 6É0RGIQUES.
Le soleil sar les monts eoit la grappe dorée ; Et rif s'épanouit au soufDe de Borée.
De Taurore au couchant parcourons Funivers. Les différents climats ont des arbres divers : Chez r Arabe Teneens embaume au loin la plaine; Sur les riyes du Gange *^ on voit noircir l'ébène. Là d'un tendre duvet *? les arbres sont blanchis y Ici d'un fil doré '^ les bois sont enrichis ; Le Nil du vert acanthe >9 admire les feuillages : Le baume ^'^ , heureux Jourdain , parfume tes rivages ; Et rinde au bord des mera^' voit monter ses forêts Plus haut que ses archers ne font voler leurs traits.
Vois les arbres du Mède ^* et son orange amère , Qufr lorsque la marâtre aux fils d'une autre mère Verse le noir poison d'un breuvage enchanté, Dans leur corps expirant rappelle la santé. L'arbre égale en beauté celui que Phébus aime ; S'il en avait l'odeur, c'est le laurier lui-même. Sa feuille sans effort ne se peut arracher; Sa fleur résiste au doigt qui la veut détacha'>
Divis» arboribus patriae. Sola India nignim
Fert ebenum ; solis est thurea virga Sabxîs.
Quid tibi odorato referam sudantia ligoo
Balsamaque, el baccas semper frondentisacanthi? f2Q Quid nemora iEthiopum, molU canentia lana?
Velleraque ut foliis depectaut tenuia Seres?
Aut quoft Oceano propior gerit India lucos ,
Extremi sinus orbis? ubi aéra vinoere summum
Arboris haud ull» jactu potuere sagitt»?
Et gens illa quidem sumptis non tarda pbaretris. Media fert tristes sucoos , tardumque saporem
Felicis mali, quo non praesentius uUum,
Pocula si quando saevs infeoere noyercs ,
Miscueruntque bert>as et non innoxia verba » 150 Auxilium venit, ac membris agît atra venena.
Ipsa ingens arbos, faciemque simiilima lauro i
Et, si non alium late jactaret odorem,
Laurus erat. Folia haud uUis lal)entia ventis ;