‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 25 sur 90 · II · texte numérisé non relu

II

,34 MÉDITATION lIXifcMl

uu «lie soit en quelque iubslance différente de înol, dam laquelle toute la réilité qui est objectivement dans les idées qui sont produites par cette faculté soit contenue formellement ou éminemment, comme je l'ai remarqué ci-devant, et celle substance eit ou un corps, c'est-à-dire une nature corporelle, dans laquelle est contenu formellement et en effet tout ce qui eit objectivement et par représentation dans ces idées; ou bien c'est Dieu même, ou quelque autre créature plus noble que la corps dans laquelle cela même est contenu éminemment. Or, Dieu n'étant point trompeur, il est très-manifeste qu'il ne m'envoie point ces idées immédiatement par lui-même, m aussi pai l'entremise de quelque créature dans laquelle leur réalité ne soit pas connue formellement, mais seulement émmemment. Car ne m'ayant donné aucune faculté pour connoître que cela soit mais tu contraire une très-grande inclinaUon à croire qu'elles partent des choses corporelles, je ne vois pas comment ou pourroit l'excuser de tromperie si en effet ces idées parloient d'ailleurs, ou étoient produites par d'autres causeï que par des choses corporellei : et partant il faut conclure qu'il y a des choses corporelles qui eiistent. Toutefois elles ne sont peutêtre pas entièrement telles que nous les apercevons par les seis, car il y a bien des choses qui rendent cette perception des lens fort obscure et confuse ; mais au moins faut-il avouer que toutes les choses que j'y conçois clairement et distinctement, c est-àdire toutes le* choses, généralement parlant, qui sont comprises dans l'objet de la géométrie spéculative, s'y rencontrent vénta-

blement.

Mais pour ce qui est dei tutrei choses, lesquelles ou sont seulement particulières, par exemple, que le soleil soit de telle grandeur et de telle figure, etc.; ou bien sont conçues, moini clairement et moins distinctement, comme la lumière, le son, la douleur, et autres semblables, il est cerUin qu'encore qu'elles soient fort douteuses et incertaines, toutefois, de cela seul que Dieu n'est point trompeur, et que par conséquent U B> point penmi qu'il pût y avoir aucune fausseté dans mm

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opinions qu'il ne m'ait aussi donné quelque faculté capable de la corriger, je crois pouvoir conclure assurément que j'ai en moi les moyens de les connoître avec certitude. Et premièrement, il n'y a point de doute que tout ce que la nature m'enseigne contient quelque vérité : car par la nature, considéiée en général, je n'entends maintenant autre chose que Dieu même, ou bien l'ordre et la disposition que Dieu a établie dais les choses créées, et par ma nature en particulier je n'emends autre chose que la complexion ou l'assemblage de tout»* les choses que Dieu m'a données.

Or, il n'y a rien que cette nature m'enseigne plus expiessémcnl ni plus sensiblement, sinon que j'ai un corps qui est mal disposé quand je sens de la douleur, qui t besoin de manger ou de boire quand j'ai les sentiments de la faim ou de la soif, etc. Et parlant je ne dois aucunement douter qu'il y ait en cela quelque vérité.

La nature m'enseigne aussi par ces sentiments de douleur,

de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans

mon corps, ainsi qu'un pilote en son navire, mais outre cela

que je lui suis conjoint très-étroitement et teBeroent confondu

et mêlé que je compose comme un seul tout aveC lui. Car, si

cela n'étoit, lorsque mon corps est blessé je ne sentirois pas

pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu'une chose qui pense ;

mais j'aperce vrois cette blessure par le seul entendement,

comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt

dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou

de manger, je connoUrois simplement cela; même sans en être

averti par des sentiments confus de faim et de soif : car en effet

tous ces sentiments de faim, de loif, de douleur, etc., ne sont

autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui

proviennent et dépendent de l'union et comme du mélange de

l'esprit avec le corps.

Ou»re cela, la nature m'enseigne que plusieurs tutrei corps existent autour du mien, desquels j'ai à poursuivre les uns et à fuir les autroi. Et certes, de ce que je sens différente! aortes d€

j30 MEDITATION SIXIEME

couleurs, d'odeurs, de saveur, de wns, de chaleur, de dureté, eUJ., je coBclus fort bien qu*il y t, dans les corps d'où procèdent toutes ces diverses perceptions des sens, quelques variétés qui leur répondent, quoique peut-être ces variétés ne leur soient point en effet semblables: et de ce qu'entre ces diverses perceptions des sens les unes me sont agréables, et les lutres désagréables, il n'y a point de doute que mou corps, ou plutôt moi-même tout entier, en tant que je suis composé de corps et d'âme, ne puisse recevoir diverses commodités ou mcommodilés des autres corps qui l'environnent.

Mais il y a plusieurs autres choses qu'il semble que la nature m'ait enseignées, lesquelles toutefois je n'ai pas véritablement apprises d'elles, mais qui se sont inUoduites en mon espnt par «ne certaine coutume que j'ai de juger inconsidérément des choses; et ainsi il peut aisément arriver qu'elles contiennent quelque fausseté; comme, par exemple, l'opinion que j'ai que tout espace dans lequel il n'y a rien qui meuve et fasse impreslion sur mes sens soit vide; que dans un corps qui est chaud •I y ait quelque chose de semblable à l'idée de la chaleur qm ert en moi; que dans un corps blanc ou noir il y ait la même bUncheur ou noirceur que je sens; que dans un corps amer ou doux il y ait le même goût ou la même saveur, et ainsi des autr«i; que les astres, les tours et tous les autres corps éloignés soient de la même figure et grandeur qu'ils paraissent de loin à nos yeux, etc. Mais afin qu'il n'y ait rien en ceci que je ne conçoive distinctement, je dois précisément définir ce que j'enlends proprement lorsque je dis que la nature m'enseigne quelque chose. Car je prends ici la nature en une signification plus resserrée que lorsque ]« l'appelle un assemllage ou une complexion de toutes les choses que Dieu m'a données ; vu que cet assemblage ou complexion comprend beaucoup de choses qui n'appartiennent qu'à Tesprii seul, desquelles je n'entends point ici parier en partant de la nature, comme, par exemple, la notion que j'ai de cette vérité, que ce qui a une fois été fait ne peut plus n'avoir point été fait, et une infinité d'tutres sem-

blablei que je oonnoîs par la lumière naturelle sans l'aide du corps; et qu'il en comprend aussi plusieurs autres qui n'appartiennent qu'au corps seul, et ne sont point ici non plus contenues sous le nom de nature, comme la qualité qu'il a d'êtr« pesant, et plusieurs autres semblables desquelles je ne parle pas aussi, mais seulement des choses que Dieu m'a données comme étant composé d'esprit et de corps. Or cette nature m'apprend bien à fuir les choses qui causent en moi le sentiinenl de la douleur, et à me porter vers celles qui me font avoir quelque sentiment de plaisir; mais je ne vois point qu'outre cela elle m'apprenne que de ces diverses perceptions des sens nous devions jamais rien conclure touchant les choses qui sont hors de nous sans que l'esprit les ait soigneusement et mûrement examinées : car c'est, ce me semble, à l'esprit seul, et non point au composé de l'esprit et du corps, qu'il appartient de connoîlTi la vérité de ces choses-là. Ainsi, quoiqu'une étoile ne fasse pas plus d'impression en mon œil que le feu d'une chandelle, il n'y a toutefois en moi aucune faculté réelle ou naturelle qui me porte à croire qu'elle n'est pas plus grande que ce feu, mais je l'ai jugé ainsi dès mes premières années sans aucun raisonnable fondement. Et quoiqu'on approchant du feu je sente de la chaleur, et même que m'en approchant un peu trop près je ressente de la douleur, il n'y a toutefois aucune raison qui me puisse persuader qu'il y a dans le feu quelque chose de semblable à celte chaleur, non plus qu'à cette douleur ; mais seulement j'ai raison de croire qu'il y a quelque chose en lui, quelle qu'elle puisse être, qui excite en moi ces sentiments de chaleur ou de douleur. De même aussi, quoiqu'il y ait des espaces dans lesquels je ne trouve rien qui excite et meuve mes sens, je ne dois pas conclure pour cela que ces e» paces ne contiennent en eux aucun corps; mais je vois que, tant en ced qu'en plusieurs autres choses semblables, j'ai accoutumé de pervertir et confondre l'ordre de la nature, parce que ces sentiments ou perceptions des sens n'ayant été mises en moi que pour signifier à mon esprit quelles choses sont convenable!

lis MIDlTATlUiN blXltlIE

OU nuiaiblea tu composé dont il est partie, tt jusque-là éttnl assez claires et assez distinctes, je m en sers néanmoins comme si elles étoicnt des règles très-certaines par lesquelles je pusse connoître immédiatement l'essence et la nature des corps qui sont hors de moi, de laquelle toutefois elles ne mp peuvent riei. enseigner que de fort obscur et confus.

Mais j*ai déjà ci-devant assez examiné comment, nonobstant la souveraine bonté de Dieu, il arrive qu'il y ait de la fausseté dans les jugements que je fais en cette sorte. Il se présente leulenient encore ici une diflicullé touchant les choses que la nature m'enseigne devoir être suivies ou évitées, et aussi touchant les sentiments intérieurs qu'elle a mis^n moi ; car il me semble y avoir quelquefois remarqué de l'erreur, et, ainsi, que je suis directement trompé par ma nature : comme, par exemple, le goût agréable de quelque viande en laquelle on aura mêlé du poison peut m'inviter à prendre ce poison, et ainsi me tromper. Il est vrai toutefois qu'en ceci la nature peut être excusée, car elle me porte seulement à désirer la viande dans laquelle se rencontre une saveur agréable et non point à désirer le poison, lequel lui est inconnu; de façon que je ne puis conclure de ceci autre chose sinon qnp ma nature ne connoît pas entièrement et universellement toutes choses : de quoi certes il n'y a pu lieu de s'étonner, puisque l'homme étant d'une nature finie ne peut aussi avoir qu'une connoissance d'une perfection limitée.

Mais nous nous trompons aussi assez souvent même dans les clioses auxquelles nous sommes directement portés par la nature, comme il arrive aux malades lorsqu'ils désirent de boire ou de manger des choses qui leur peuvent nuire. On dira peut- 4lre ici que ce qui est cause qu'ils se trompent est que leur nature est corrompue ; mais cela n'ôte pas It difficulté, car un homme malade n'est pas moins véritablement la créature de Dieu qu'un homme qui est en pleine santé, et partant il répugne luUnt à la bonté de Dieu qu'il ait une nature trompeuse et hutive que l'autre; et comme une horioge, composée de rouei ftt de contre-i-oids, n'obeerve pat moins exactement toutes lei

MIDITATIOM tlXIlMI i39

kÀt de la nature lorsqu'elle est mal faite et qu'elle ne montre pas bien les heures que lorsqu'elle satisfait entièrement au désir de l'ouvrier, de même aussi, si je considère le corps de l'homme comme étant une machine tellement bâtie et composée d'os, de nerfe», de muscles, de veines, de sang et de peau, qu'encore bien qu'il n'y eût en lui aucun esprit il ne laisseroit pm de se mouvoir en toutes les mêmes façons qu'il fait à présent lorsqu'il ne se meut point par la direction de sa volonté, ni par C4)nséquent par Taide de l'esprit, mais seulement par la disposition de ses organes, je reconnois facilement qu'il seroit aussi naturel à ce corps étant, par exemple, hydropique, de soufTrir la sécheresse du gosier, qui a coutume de porter à l'esprit le sentiment de la soif, et d être disposé par cette sécheresse à mouvoir ses nerfs et ses autres parties en la façon qui est requise pour boire, et ainsi d'augmenter son mal et se nuire à soimême, qu'il lui est naturel lorsqu'il n'i aucune indisposition d'être porté à boire pour son utilité par une semblable sécheresse de gosier; et quoique, regardant à l'usage auquel une. horloge a été destinée par son ouvrier, je puisse dire qu'elle se détourne de sa nature lorsqu'elle ne marque pas bien les heures, et qu'en même façon, considérant la machine du corps humain comme ayant été formée de Dieu pour avoir en soi tous les mouvements qui ont coutume d'y être, j'ai sujet de penser qu'elle ne suit pas Tordre de sa nature quand son gosier est sec, et que le boure nuit à sa conservation, je reconnois toutefois que cette dernière façon d'expliquer la nature est oeaucoup diQérente de l'autre ; car celle-ci n'est autre chose qu'une certaine dénomination extérieure, laquelle dépend entièrement de ma pensée , qui compare un homme malade et une horloge ma! faite, tvec l'idée que j'ai d'un homme sain et d'une horloge bien faite, et laquelle ne signifie rien qui le trouve en cfet dans la chose dont elle se dit; au lieu que, par l'autre façon d'expliquer la nature, j'entends quelque chose qui se rencontre . véritablement dans lea choses, et parUnt qui n'est point sam quelque vérité. .

Muis certes, qtioique au regard d'un corps hydropique ce M

soit qu'une dénominaUoii extérieure quand on dit qiw m nature

-est corrompue lorsque, sans avoir besoin de boire, il ne laisse

pas d'avoir le gosier sec et aride; toutefois, au regard de toul

:e composé, c'est-à-dire de l'esprit ou de lime unie au corps,

» n'est pas une pute dénomination, mais bien une véritable

erreur de nature, de ce qu'il a soif lorsqu'il lui est Irès-nuUible

de boire; et partant il reste encore à examiner comment la

bonté de Dieu n'empèclio pas que la natuie de l'homme, prise

le cette sorte, soit fautive et trompeuse.

Pour commencer donc cet examen, je remarque ici premièrement qu'il y a une grande différence entre Tesprit et le corps, en ce que le corps, de sa nature, est toujours divisib'e, et que l'esprit est entièrement indivisible ; car, en effet, quand je le considère, c'est-à-dire quand je me considère moi-même en ^ant que je suis seulement une chose qui pense, je ne puis distinguer en moi aucunes parties, mais je conuois et conçois fort clairement que je suis une chose absolument une et entière; et quoique tout l'esprit semble être uni à tout le corpe, toutefois lorsqu'un pied ou un bras ou quelque autre partie vient à en être séparée, je connois fort bien que rien pour cela n'a été retranché de mon esprit : et les facultés de vouloir, de sentir, de concevoir, etc., ne peuvent pas non plus être dites proprement ses parties, car c'est le même esprit qui s'emploie tout entier à vouloh-, et toul entier à sentir et à concevoir, etc.; mais c'est tout le contraire dans les choses corporelles ou étendues, car ^e n'en puis imaginer aucune, pour petite qu'elle soit, que ]e ne mette aisément en pièces par ma pensée, ou que mon esprit ne divise fort facilement en plusieurs parties, et par conséquent que je ne connoisse être divisible. Ce qui suftiroit pour m'enseigner que l'esprit ou lime de l'homme est entièrement différente du corps, si je ne l'avois déjà d'ailleurs asseï appris. Je remarque aussi que l'esprit ne reçoit pas immédiatement rimpression de toutes les i>aities du corps, mais seulement du fierveau ou peut-être même d'une de tes plus petites parties, à

■ iDlTATlOrt SIXIEME

savoir, de celle où s'exerce cette faculté qu*ils appellent le sens commun, laquelle, toutes les fois qu'elle est disposée de même f<içon, fait sentir la même chose à l'esprit, quoique cependant les autres parties du corps puissent être diversement disposées, comme le témoignent une infinité d'expériences, lesquelles il n'est pas ici besoin de rapporter.

Je remarque, outre cela, que la nature du corps est telle qu aucune de ses parties ne peut être mue par une autre partie un peu éloignée, qu'elle ne le puisse être aussi de la même sorte pai chacune des parties qui sont entre deux, quoique cette partie plus éloignée n'agisse point. Comme, par exemple, dans la corde A B C D qui est toute tendue, si l'on vient à tirer et remuer la dernière partie D, la première A ne sera pas mue i'une autre façon qu'elle le pourroit aussi être si on tiroit une des parties moyennes B ou C, et que la dernière D demeurât cependant immobile. Et, en même façon, quand je ressens de ta douleur au pied, la physique m'apprend que ce sentiment se communique par le moyen des nerfs dispersés dans le pied , qui , se trouvant tendus comme des cordes depuis là jusqu'au serveau, lorsqu'ils sont tirés dans le pied, tirent aussi en même temps l'endroit du cerveau d'où ils viennent et auquel ils aboutissent, et y excitent un certain mouvement que la nature a inr stitué pour faire sentir de la douleur à l'esprit, comme si cette douleur étoit dans le pied ; mais parce que ses nerfs doivent passer par la jambe, par la cuisse, par les reins, par le dos et par le cou, pour s'étendre depuis le pied jusqu'au cerveau, il peut arriver qu'encore bien que leurs extrémités qui sont dans le pied ne soient point remuées, mais seulement quelques-unes de leurs parties qui passent par les reins ou par le cou, cela néanmoins excite les mêmes mouvements dans le cerveau qui pourroient y être excités par une blessure reçue dans le pied, «nsuite de quoi il sera nécessaire que l'esprit ressente dans le pied It même douleur que s'il y airoit reçu une blessure ; et il fcit juger le semblable de looles les autres perceptions de

I4t MEDITATION SIXlKMB

Enfin, je remarque que, puisque chacun des mouvements qui se fonl dans la partie du cerveau dont Tesprit reçoit immédiatement l'impression ne lui fait ressentir qu'un seul sentiment, on ne peut en cela souhaiter ni imaginer rien de mieux linon que ce mouvement fasse rec*senlir à l'esprit, entre tous les sentiments qu'il est capable de causer, celui qui est le plui propre et le plus ordinairement utile à la conàervation du corpi humain lorsqu'il est en pleine santii : or l'expérience nous fait connoUre que tous les sentiments que la nature nous a donnés sont tels que je viens de dire ; et partant il ne se trouve rien en eux qui ne fasse paroître la puissance et la bonté de Dieu. Ainsi, par exemple, lorsque les nerfs qui sont dans le pied sonl remués fortement et plus qu'à l'ordinaire, leur mouvement, passant par la moelle de l'épine du dos jusqu'au cerveau, y fait là une impression à l'esprit qui lui fait sentir quelque chose, à lavoir, de la douleur, comme étant dans le pied, par laquelle l'esprit est averti et excité à faire son possible pour en chasser Il cause , comme très-dangereuse et nuisible au pied. Il est vrai que Dieu pouvoit éUblir la nature de l'homme de telle sorte que ce même mouvement dans le cerveau fit sentir tout autre chose à l'esprit : par exemple, qu'il se fit sentir soi-même, ou eo tant qu'il est dans le cerveau, ou en Uut qu'il est dans le pied, ou bien en tant qu'il est en quelque lulre endroit entre le pied et le cerveau, ou enfin quelque tutre chose telle qu'elle peut être; mais rien de tout cela n'eût si bien contribué à la conservition du corps que ce qu'il lui fait sentir. De même, lorsque nous avons besoin de boire, il naît de là une cerUine sécheresse dans le gosier qui remue ses nerfs, et par leur moyen les parties intérieures du cerveau; et ce meuvement fait ressentir à l'esprit le sentiment de la soif, parce qu'en cette occasion -là, il n'y a rien qui nous soit plus utile que de savoir que nous avons besoin de boire pour la conser? ation de notre lanté, et ainsi des

aatrei.

D'où il est entièrement manifeste que, nonobstant la wuve- Taine bonté de Dieu, li naturt dtrbomme tn tant qu'U eai

MÉDITATION SIXIftMl 143

composé de Tesprit et du corps ne peut qu'elle ne soit quelquefois fautive et trompeuse. Car s'il y a quelque cause qui excite, non dans le pied , mais en quelqu'une des parties du nerf qui est tendu depuis le pied jusqu'au cerveau, ou même dans le cerveau, le même mouvement qui se fait ordinairement quand le pied est mal disposé, on sentira de la douleur comme si elle étoit dans le pied, et le sens sera naturellement trompé; parce qu'un même mouvement dans le cerveau ne pouvant causer en l'esprit qu'un même sentiment, et ce sentiment étant beaucoup plus souvent excité par une cause qui blesse le pied que par une autre qui soit ailleurs, il est bien plus raisonnable qu'il porte toujours à l'esprit la douleur du pied que celle d'aucune autre partie. Et s'il arrive que parfois la sécheresse-dû gosier ne vienne pas comme à l'ordinaire de ce que le boire est nécessaire pour la santé du corps, mais de quelque cause toute contraire, comme il arrive à ceux qui sont hydropiques, toutefois il est beaucoup mieux qu'elle trompe en cette rencontre-là i|ue si, au contraire, elle trompoit toujours lorsque le corps est Dien disposé, et ainsi des autres.

Et certes cette considération me sert beaucoup non-seul*ment pour reconnoltre toutes les erreurs auxquelles ma nature est sujette, mais aussi pour les éviter ou pour les corriger plus facilement : car sachant que tous mes sens me signifient plus ordinairement le vrai que le faux touchant les choses qui regardent les commodités ou incommodités du corps, et pouvant presque toujours me servir de plusieurs d'entre eux pour exaffliiier une» même chose, et, outre cela, pouvant user de ma mémoire pour lier et joindre les connoissances présentes aux passées, et de mon entendement qui a déjà découvert toutes les ctuses de mes erreurs, je ne dois plus craindre désormais qu'il >>e rencontre de la fausseté dans les choses qui me sont le plus ordinairement représentées par mes sens. Et je dois rejeter tous les doutes de cei jours pissés, comme hyperboliques et ridicules, particulièrement cette incertitude si générale touchant \ê sofflffleil, que je ne pouvois distinguer de la veille : car à

144 MÉDITATTOW 8IXÎEMB

orésent i'T rencontre une très-nolable différence , «n ce que notre mémoire ne peut jamais Uer et joindre nos songes les uns «»ec les autres et aTec toute U suite de notre vie, ams> qu'elle a de coutume de joindre les choses qui nous arnvent éUnt éveillés. Et, en effet, si quelqu'un, lorsque je veille, mapparoissoit tout soudain et disparoissoit de même, comme font (es images que je vois en dormant, en sorte que je ne pusse remarquer ni d'où il ^endroit ni où il iroit. - "e se«..t psans raison que je l'eslimerois un spectre ou un fantôme formé dans mon cerveau et semblable à ceux qui s'y forment quand je dors Plutôt qu'un vrai homme. Mais lorsque japerçou des Zllt je connois distinctement et le lieu d'où elles v.e.nent. et celui où elles sont, et le temps auquel elles mappa- K,i8sent, et que, sans aucune interruption, je puis lier le sent.mrque j'n ai avec la suite du reste de m.y.e,,. suis entièrement assuré que ,e le. aperçois en veillant et non poin dans le sommeil. Et je ne doi. «n aucune façon douter de Ui vérité de cet choses-là, si, aprtf avoir appelé tous mes sens, m. „u.moire et mon entendement pour les «aiiiiner, il ne m est rien rapporté par aucun d'eux qui ait de la répugnance .v«c ce qui m'esTrapporté par les autres. Car de ce que Dieu n «t ^mt trompeur, il suit nécessairement que je ne suis point, en cela, trompé; mais, parce que la nécessité des affaires nous obh» souvent i nous déterminer avant que nous ayons eu le loisir * les examiner si soigneusement, il fcat aTOuer que 1. Tie d. l'homme est sujette k faillir fort souvent dans le. choses partoeuliéres, et en6n. A faut reconmto. l'.nfirmite et la bibUw de noire niturt*

ktntOt BU OBJICTIONI, ITO.

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