‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 30 sur 90 · PAR ARNAULD · texte numérisé non relu

PAR ARNAULD

L De la nature de l'esprit humain. Que l'existence soit prouvée par la pensée, il n'en résulte pas que notre esprit soit distinct de notre corps. De ce que je me connois, en même temps que j'ignore s'il y a aucun corps au monde, il ne suit pas que nul corps n'existe, ni que la pensée seule m'appartienne. Deux choses conçues clairement comme complètes peuvent être séparées par la toute-puissance de Dieu; mais qui vous assure que la pensée soit complète sans l'étendue, et que le corps soit complet sans la pensée? Cet argument d'ailleurs n'iroit-il pas jusqu'à prouver qu'il n'y t rien en moi de corporel, et que l'homme est un pur esprit? L'idée de It pensée sans étendue ne peut-elle pas être une idée abstraite, comme celle de la ligne sans largeur? et l'exemple des enfants et des fous ne prouve-t-il pas que la pensée est attachée aux organes corporels? Peut-on croire que les animaux ne pensent pas, et peut-on expliquer la fuite de la brebis à la vue du loup par un mouvement mécanique ?

II. De Dieu, Ce n'est pas l'idée qui est fausse, mais le jugement qui la rapporte à un objet extérieur. Si l'idée du froid représente une privation, elle est vraie ; si elle représente un être positif, elle n'est pas l'idée du froid; de plus, une idée positive ne peut venir du néant. Dieu n'est pas à l'égard de luimême ce que la cause efficiente est à l'égard de son effet. La cause précédant l'elTet, l'objet auroit l'être comme cause ivant de le recevoir comme effet, ce qui est absurde ; et dail-

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leurs, s'a l'a déjà, pourquoi se le donneroit-ilî Ce qui ne peul pas se créer soi-même ne peul pas davantage se conserver, car c^ seroit se reproduire conlinuellemenl. On ne demande pas la cause efficiente de la nature du triangle; on ne doit pas non plus demander celle de la nature de Dieu, et cette nature comi'rend l'existence. Faire reposer l'évidence sur l'existence de Dieu, c'est s'engager dans un cercle, car l'existence de Dieu repose elle-même sur l'évidence. Il n'est pas exact de dire que nen ne peut exister dans l'esprit dont il n'ait connoissance.

m. Des choses qui peuvent arrêter les théologiens. Il faudrait ivertir que le doute proposé par l'auteur n'est qu'une fiction ; oue lorsqu'il explique la cause de l'erreur, il entend parler de celle qui se commet dans le discernement du vrai et du faux, et non dans la poursuite du bien et du mal ; que le précepte de ne donner notre créance qu'aux vérités conçues clairement et ilistinctcment s'étend seulement aux sciences et non aux matières de foi et aux acUons de la vie. Ce qui est blâmable, ce n'est pas la croyance à l'autorité, mais seulement Vopinion. Enfin, des principes de l'auteur il paroîtroit résulter que la substance étant 6tée du pain eucharistique, les accidents n'y demeureroient pas, puisqu'il n'entend par accidents que les mouvements de la subsUuce.

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I. Ce que je connoisen moi me suffiroit pour exister : je suis donc assuré que Dieu pouvoit me créer sans les autres choses que j'ignore, et que, par conséquent, elles n'appartiennent pas a mon essence. Pour établir une distinction réelle enue deux choses, il n'est pas besoin d'une connoissance complète, telle que cette connoissance est en Dieu; il suffit que nous les connoissions comme pouvant exister par elles-mêmes et indépendamment l'une de l'autre, ou, en d'autres termes, comme des substances, et c'est là ce que j'entends par choses complètes. De Qt que l'âme et k corps sont disUncU, û m réiulU pat %^

l^AItES CONTRE LES MÉDITATIONS, ETC. 157

l'hommj soit un pur esprit; et j'ai établi que 'âme et le corps sont substantiellement unis. La pensée peut être troublée par les organes sans en être le produit. Quant à la question de l'Ame des bètes, je pense que le mouvement s'accomplit toujours dans les animaux, comme quelquefois en nous-mêmes, c'est-à-dire sans intervention de la raison, et seulement parce que les sens, frappés par les objets extérieurs, réagissent sur les esprits animaux.

II. En parlant d'idées fausses, j*ai voulu dire que quelquesunes peuvent induire le jugement en erreur ; en disant que Oieu est par soi comme par une cause, j'ai entendu que la raison pour laquelle il n'a pas besoin de cause est une raison positive; celle raison est son immensité. La notion de l'existence de Dieu ne nous est pas nécessaire pour nous en rapporter à la clarté d'une idée, au moment même où celte idée est dans notre esprit, mais seulement pour admettre la conséquence d'un prin ipe que nous avons oublié, et que nous nous souvenons d'avoir conçu clairement autrefois. Enfin j'ai affirmé qu'il n'y avoil rien dans l'esprit dont nous n'eussions connoissance, en ce sens que nous en connoissons toutes les opérations, mais non toutes les facultés.

m. Je reconnois les dangers du doute, la distinction qu'il faut établir entre la spéculation scientifique d'une part, et de l'autre les matières de la foi et la pratique de la vie. Les objets extérieurs n'agissent sur nos sens que par la superficie, et celte superficie n'est que la limite du mouvement des particuies du corps ; quand une substance est mise en la place d'une autre, si ses particules se meuvent comme celles de la première, elle nous aflectera de la même manière ; et Toilà comment la substance étant changée, les quaUtés ou les accidents restent les mêmes, bien que ces accidents niaient aucune substance particuliers.

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