FIM DU DÉNOMBREMENT DES PASSIONS
A»T. M. Pouitiuoi ce déDombremenl des paasions est différent de c«l«ii
osi est oommQDémeut re^u.
Voilà l'ordre qui me semble être le meilleur pour dénombrer les passions. En quoi je sais bien que je m'éloigne de Topinion de tous ceux qui en ont ci-iicvant écrit, mais ce n'est pas sans grande mison. Car il» tirent leur dénombrement de ce qu'ils disUnguent en la partie sensitive de l'âme deux appétits, qu'ils nomment l'un concupiscihle, l'autre irascible. Et pour ce que je ne connois en l'âme aucune distinction de parties, ainsi que j'ai dit ci-dessus, cela me semble ne signifier autre chose sinon qu'elle a deux facultés, l'une de désirer, Pautre de be ttcher; «t à caui^e qu'elle a en môme façon les faculléi d'admirer, d'aimer, d'es-
pérer, de craindre, et ainsi de recevoir en soi chacune des autres passions, ou de faire les actions auxquelles ces passions la poussent, je ne vois pas pourquoi ils ont voulu les rapporter toutes à la concupiscence ou à la colère. Outre que leur dénombrement ne comprend point toutes les principales passions, comme je crois que fait celui-ci. Je parle seulement des principales , à cause qu'on en pourroit encore distinguer plusieurs autres plus particulières, et leur nombre est indéfini.
Art. If. (hi'U n'j a que «x paidoi» primitivta.
Mais le nombre de celles qui sont simples et primitives n*est pas fort grand. Car, en faisant une revue sur toutes celles que j'ai dénombrées, on peut aisément remarquer qu'il n'y en a que six qui soient telles; à savoir : l'admiration, Tamour, la haine, le désir, la joie et la tristesse; et que toutes les autres sont composées de quelques-unes de ces six, ou bien en sont des espèces. C'est pourquoi, afin que leur multitude n'embarrasse point les lecteurs, je traiterai ici séparément des six primitives; et par après je ferai voir en quelle façon toutes les autres en tirent leur origine.
AaT. 10. De l'admintioB; sa déSnitioD et aa eanaa.
L'admiration est une subite surpr^ de l'âme, qui fait qu'elle le porte à considérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires. Ainsi elle est causée premièrement par l'impression qu'on a dans le cerveau, qui représente l'objet comme rare et par conséquent digne d'être fort considéré; puis ensuite par le mouvement des esprits, qui sont disposés par cette impression à tendre avec grande force vers l'endroit du cerveau où elle est pour y fortifier et conserver; comme aussi ils sont disposés par elle à passer de là dans les muscles qui servent à retenir les organes des sens en la même situation qu'ils sont, afin qu'elle soit encore entretenue par eux, ii c'eat par eux qu'elle a été formée
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LIS PAKSlÛNS DE L AMI
Ait. 11. Qnni n*utif innn changement dau b mw ai (Um It iuu|
•B «etu pusûa.
Et cette passion a cela de parUculier qu'on ne remarque point qu'elle soit accompagnée d'aucun cliangement qui arrive dam le cœur et dans le sang, ainsi que les autres passions. Dont la raison est que, n'ayant pas le bien ni le mal pour objet, maii feulement la connoissance de la chose qu'on admire, elle n'a point de rapport avec le cœur et le sang, desquels dépend toui te bien du corps, mais seulement avec le cerveau, où sont kê «rganei des sena qui servent à celte connoissance.
A«T. 7t. la (i«fti eoacitto U fore« 4ê r«diai?»ti©n.
Ce qui n'empêche pas qu'eUe n'ait beaucoup de fore* à cause de la suiprise, c'est-à-dire de l'arrivement subit et inopinéde I mipression qui change le mouvement des espriU, laquelle surprise est propre et parUcuIière à cette passion; en sorte que lorsquelle se rencontre en d'autres, comme eUe a coutume de se rencontrer presque en toutes et de les augmenter, c'est que 1 admintien est jointe avec elles. Et 4. force dépend de deui choses, à savoir, de la nouveauté, et de ce que le mouvement qu eUt cause a dès son commencement toute sa foix^ Car il est certain qu'un tel mouvement a plus d'effet que ceux qui, éUnt foibles d abord et ne croissant que peu à peu, peuvent aisément être détournés. Il est certain aussi que les objet, de. sens qui sont nouveaux touchent le cerveau en certaines parties auxquelles il n'a point coutume d'être touché; et que ces parties étant plus tendres ou moins fermes que celles qu'une agiUUon fréquente a endurcies, céU augmente l'effet des mouvements quils J exctenU Ce <pi'on ut trouvera pas incn,yable si l'on s^nsidère que c'est une pareille raison qui fait que le. plantes d« nos pieds eunt accoutumée, à un attouchement a«ei rude ^ la pesanteur du corp. qu'eUes portent, nous ne .«iton. que ^ p^ crt attouchwntnUuiiMi nous marchons; «o li«a qu'a.
autre beaucoup moindre et plus doux dont on les chatouille ûous est presque insupportable, à cause qu'il m nous est pai
ordinaire*
Art. 71. G« que c*«st qui l'étonnemant.
Kt celte surprise a tant de pouvoir pour faire que les espriti qui sont dans les cavités du cerveau y prennent leurs cours vers le lieu où est l'impression de l'objet qu'on admire, qu'elle les y pousse quelquefois tous, et fait qu'ils sont tellement occupés à conserver celte impression, qu'il n'y en a aucuns qui passent de là dans les muscles, ni même qui se détournent en aucune façon des premières traces qu'ils ont suivies dans le cerveau : ce qui fait que tout le corps demeure immobile comme une statue, et ^u'on ne peut apercevoir de l'objet que la première face qui l'est présentée, ni par conséquent en acquérir une plus partieulière connoissance. C'est cela qu'on appelle communément être étonné; et l'étonnement est un excès d'admiration qui ne peut jamais être que mauvais
Art. 14 A fMl Mrv«it tostM 1m pauioua, «t à quoi tilts oautnt.
Or il est aisé à connottre, de ce qui a été dit ci-dessus, que l'utilité de toutes les passions ne consiste qu'en ce qu'elles fortifient et font durer en l'àme des pensées, lesquelles il est bon quelle conserve, et qui pourroient facilement, sans cela, en être effacées. Gomme aussi tout le mal qu'elles peuvent causer consiste en ce qu'elles tortifient et conservent ces pensées plus qu'il n'est besoin, ou bien qu'elles en fortifient et conservent d'autres tuxquelles il n'est pa. bon de .'arrêter.
Ait. h. a quoi toniifto particvlièrtmtnt Fadatetlofi.
Et on peut dire en parUculier de l'admiration qu'elle e.t utilu «n ce quelle fait que nous apprenons et retenons en notre mé- Bioire les chose, que nou. avons auparavuit ignorées; car nous
îîî Ltt fASSlOMI Dl L'AMI
û'admiront que ot qui nous paroU rare et extraordinaire ; et rien ne lioug peut paroître tel que pour ce que noui Tavom ignoré, ou même aussi pour ce qu*il est différent des chos«« que nous avons sues; car c'est cette différence qui fait qu'on io nomme extraordinaire. Or, encore qu'une cliose qui nous éloit inconnue se présente de nouveau à notre entendement ou à noe sens, nous ne la retenons point pour cela en notre mémoire, si ce n*est que l'idée que nous en avons soit lortifiée en notre cerveau par quelque passion, ou bien aussi par Tapplication de notre entendement, que notre volonté déUnnine à uneattenlioo et réflexion particulière. Et les auUes passions peuvent servir pour faire qu'on remarque les choses qui paroissent bonnes oa mauvaLMis, mais nous n'avons que l'admiration pour celles qva paroissent seulement rares. Aussi voyons-nous que ceux qui n'ont aucune iiïclination natuielle à cette passion sont ordinairement fort ignorants.
AsT. 74. En quoi «lU fnX nuiw, et comment on pcnt upplAer à son détio
«t eorrigtr sun «icèt.
Mais il arrive bien plus souvent qu'on admire trop, et qu'on s'étonne en apercevant des choses qui ne méritent que peu ou point d'être considérées, que non pas qu'on admire trop peu. Et ceU peut entièrement ôter ou pervertir l'usage de la raison. C'est pourquoi, encore qu'il soit bon d'être né avec quelque inclination à cette passion, pour ce que cela nous dispose k l'acquisition des sciences, nous devons toutefois tâcher par après de nous en délivrer It plus qu'il est possible. Car il est aisé de suppléer à son défaut par une réflexion et attention particulière, à laquelle notre volonté peut toujours obliger notre entendement lorsque nous jugeons que la chose qui se présente en vaut la peine; mais il n'y a point d'autre remède pour s'empêcher d'admirer avec excès que d'acquérir la connoi.^ance de plusieurs choses, et de s'exercer en la considération de toutct celles qui peuvent sembler les plus raies et les plus étrau^e^
DEUXIÈME FABTII
A.R1. 77. Qm o« M wut ni lis plus stnpidM ni Im plai làabiiM «i«i sout
U plos porté» à radmintiou.
Au rsite, encore qu'il n'y ait que ceux qui sont hébétés et jlupides qui ne sont point portés de leur nature à l'admiration, ce n'est pas à dire que ceux qui ont le plus d'esprit y soient toujours le plus enclins; mais ce sont principalement ceux qui, bien qu'ils aient un sens commun assez bon, n'ont pas toutefois grande opinion de leur suffisance.
Am. 71. Que ion tici» p«at paiMr ta habitndt lonqiit Pon auuqa*
de le corriger.
Et bien que cette passion semble se diminuer par l'usage, à cause que plus on rencontre de choses rares qu'on admire, plus on s'accoutume à cesser de les admirer et i penser que toutes cellti qui se peuvent présenter par apiès sont vulgaires, toutefois, lorsqu'elle est excesj»ive el qu'elle fait qu'on arrête seulement son attention sur la première image des objets qui se sont présentés, sans en acquérir d'autre connoissance, elle laisse après soi une habitude qui dispose Pâme à s'arrêter en même façon sur tous les autres objcU qui se présentent, pourvu qu'ils lui paroissent tant soit peu nouveaux. Et c'est ce qui fait durer la maladie de ceux qui sont aveuglément curieux, c'est-à-diro qui recherchent les raretés seulement pour les admirer et non point pour les connoître : car ils deviennent peu à peu si admiratifs, que des choses de nulle importance ne sont pas moins capables de les arrêter que celles dont la recherche est plus utile.
Akt. 79. Us dé&niUou do l'amour et de la *»Mf!%
L'amour est une émotion de l'âme causée par le mouvement dci esprits, qui l'incite à se joindre de volonté aux objets qui paraissent lui être convenables. Et la haine est une émotion «usée par les espriU, qui incite l'âme à vouloir être séparée
-Ai.
des objets qui se présentent à elle comme nuisibles. Je dis que ces émotions sont causées par les esprits, afin de distinguer l'amour et la haine, qui sont des passions et dépendent du corps, tant des jugements qui portent aussi l'âme à se joindre de volonté avec les choses qu'elle estime bonnes et à se séparer de celles qu'elle estime mauvaises, que des émoUons que ces seuls jugements excitent en l'âme.
Art. 80. Ce que c'est que se joindre on séparer de volonté.
Au reste, par le mot de volonté, je n'entends pas ici parler du désir, qui est une passion à part et se rapporte à l'avenir; mais du consentement par lequel on se considère dès à présent comme joint avec ce qu'on aime, en sorte qu'on imagine un tout duquel on pense être seulement une partie, et que la chose aimée en est une autre. Comme, au contraire, en la haine on se considère seul comme un tout entièrement séparé de la chose pour laquelle on a de l'aversion.
Art. 8i. De la distinction qu*on a coutume de faire entre l'amour de concupiscence et de bienveillance.
Or, on distingue communément deux sortes d'amour, l'une
desquelles est nommée amour de bienveillance, c'est-à-dire qui
incite à vouloir du bien à ce qu'on aime ; l'autre est nommée
amour de concupiscence, c'est-à-dire qui fait désirer la chose
qu'on aime. Mais il me semble que cette distinction regarde
seulement les effets de l'amour, et non point son essence ; car
sitôt qu'on s'est joint de volonté à quelque objet, de quelque
nature qu'il soit, on a pour lui de la bienveillance, c'est-à-dire
on joint aussi à lui de volonté les choses qu'on croit lui être
convenables : ce qui est un des principaux effets de l'amour. El
si on juge que ce soit un bien de le posséder ou d'être associé
avec luiVautre façon que de volonté, on le désire : ce qui est
aussi l'un des plus ordinaires effets de l'amour.