DEUXIÈME PARTIE
deux sortes de sang vers le cœur, l'un fort épais et gros&ier, qui cause la tristesse ; l'autre fort fluide et subtil, qui cause la joie. Et souvent, après avoir beaucoup ri, on se sent naturellement enclin h la tristesse, pour ce qu^, la plus fluide partie du rang de la rate étant épuisée, l'autre, plus grossière, la sait vers le cœur.
Ait. 117. Oa«Ile «t n caus tn riadignation.
Pour le ris qui accompagne quelquefois l'indignation, il est ordinairement artificiel et feint; mais lorsqu'il est naturel, il semble venir de la joie qu'on a de ce qu'on voit ne pouvoir être offensé par le mal dont on est indigné, et, avec cela, de ce qu'on se trouve surpris par la nouveauté ou par la rencontre inopinée de ce mal ; de façon que la joie, la haine et l'admira- Uon y contribuent. Toutefois je veux croire qu'il peut aussi être produit, sans aucune joie, par le seul mouvement de l'aversion, qui envoie du sang de la rate vers le cœur, où il est raréfié et poussé de là dans le poumon, lequel il enfle facilement lorsqu'il le rencontre presque vide; et généralement tout ce qui peut enfler subitement le poumon en cette façon cause l'action extérieure du ris, excepté lorsque la tristesse la change en celle des gémissements et des cris qui accompagnent les larmes. A propos de quoi Vives » écrit de soi-même que, lorsqu'il avoit été longtemps sans manger, les premiers morceaux qu'il niettoit en sa bouche l'obligeoient à rire; ce qui pouvoit venir de ce que son poumon, vide de sang par faute de nourriture, étoit prompteœent enflé par le premier suc qui passoit de son estomac vers le cœur, et que la seule imagination de manger y pouvoit conduire, avant même que celui des viandes qu'il mangeoit y fût parvenu.
» Viféi «tt un dM tntcnr» de It réaction eontr« Ariitotê et U icolastlqne • il ^..t pour «mis Erasme et Bodé. Parmi ses oarrages on dislinpie au cromlnt^me sur la Cité de Dieu, de saint Anguitin. Né à Valence, en 1491. il monra^ i Bruges en 1540.
LKâ PASSIONS DE L*AME
An. m. Bt l'origine des Urmes.
Coran» le ris n'est jamais causé par les plus grandes joies, WTisi les larraes ne viennent point d'une extrême tristesse, mais seuh-ment de celle qui est médiocre et accompagnée ou suivie de qu. Iijue sentiment d'amour, ou aussi de joie. Et, pour bien entendre leur origine, il faut remarquer que, bien qu'il sorte continuellement quantité de vapeurs de toutes les parUes de notre corps, il n'y en a toutefois aucune dont il en sorte tant que des yeux, à cause de la grandeur des nerfs optiques et de la multititud'e de petites artères par où elles y viennent; .t que, comme la sueur n'est composée que des vapeurs qui, sortant des autres parties, se convertissent en eau sur leur superficie, ainsi les larmes se font des vapeurs qui sortent des yeux.
Art. lit. De U façon «lue les rapeurs m cbangeul en eau.
Or, comme j'ai écrit dans les Météores, en expliquant en quelle façon les vapeurs de l'air se convertissent en pluie, que cela vient de ce qu'elles sont moins agitées ou plus abondantes qu'à l'ordinaire , ainsi je crois que lorsque celles qui sortent du corps sont beaucoup moins agitées que de coutume, encore qu'elles ne soient pas si abondantes, elles ne laissent pas de se convertir en eau, ce qui cause les sueurs froides qui vienneni quelquefois de foiblesse quand on est malade ; et je crois que lorsqu'elles sont beaucoup plus abondantes, pourvu qu'elles ne soient pas avec cela plus agilées, elles se convertissent aussi en eau, ce qui est cause de la sueur qui vient quand on fait quelque exercice. Mais alors les yeux ne suent point, pour ce que, pendant les exercices du corps, la plupart des esprits allant dans les muscles qui servent à le mouvoir, il en va moins par le neri optique vers les yeux. Et ce n'est qu'une même matière qui compose le sang pendant qu'elle est dans les veines ou dans les artères, et les esp^il^ lorsqu'elle est dans le cerveau, dans les Btfls ou dans les musclts, et les vapeurs lorsqu'elle en sort en
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forme d'air, et enfin la sueur ou les larmes lorsqu'elle s'épaissit en eau sur la superficie du corps ou des yeux.
Art. 110. GonuMDt ce qui fait de la donieur k l'ail Tticite i pleam.
Et je ne puis remarquer que deux causes qui fassent que les vapeurs qui sortent des yeux se changent en larmes. La première est quand la figure des pores par où elles passent est changée par quelque accident que ce puisse être : car cela, re* tardant le mouvement de ces vapeurs et changeant leur ordre, peut faire qu'elles se convertissent en eau. Ainsi il ne faut qu'un fétu qui tombe dans l'œil pour en tirer quelques larmes, à cause qu'en y excitant de la douleur il change la disposition de ses pores; en sorte que, quelques-uns devenant plus étroits, les petites parties des vapeurs y passent moins vite, et qu'au lieu qu'elles ensortoient auparavant également distantes les unes des lutres, et ainsi demeuroient séparées, elles viennent k se rencontrer, à cause que l'ordie de ces pores est troublé, au moyen àe quoi elles se joignent et ainsi se convertissent en larmes.
Ait. 131. Goiuineiit on pleure de tristesse.
L'antre cause est la tristesse suivie d'amour on de joie, on généralement de quelque cause qui fait que le cœur pousse beaucoup de sang par les artères. La tristesse y est requise, à cause que, refroidissant tout le sang, elle étrécit les pores des yeux ; mais, pour ce qu'à mesure qu'elle les étrécit, elle diminue aussi la quantité des vapeurs auxquelles ils doivent donner passage, cela ne suffit pas pour produire des larmes si la quantité de ces vapeurs n'est à même temps augmentée par quelque autre cause; et il n'y a rien qui Taugmente davantage que le sang qui est envoyé vers ie cœur en la passion de l'amour. Aussi voyons-nous que ceux qui sont tristes ne jettent pas continuellement des larmes, mais seulement par intervalles, lorsqu'ils font quelque nouvelle réflexion sor les objets qu'ils affectionnent.
tBB PASSIONS DE L'àMK
An. lit* Dm |éin:s9«menti qoi aecomiagntnt l«s laimM.
El alors les poumons sont aussi quelquefois enflés tout I coup par rabondance du sang qui entre dedans et qui en chasse l'air qu'ils conlenoient, lequel, sortant par le sifflet, engendre les géinissenienls et les cris qui ont coutume d'accompagner les larmes; et ces cris sont ordinairement plus aigus que ceux qui eccompagn» nt le ris, bien qu'ils soient produits quasi en même façtm; dtmt la raison est que les nerfs qui servent à élargir ou élrécir les organes de la voix, pour la rendre plus grosse ou plus aiguë, étant joints avec ceux qui ouvrent les orifices du cœur pendant la joie et les élrécissent pendant la tristesse, ils font que ces organes s'élargissent ou s'étrécissent au même tempe.
Ait. IH. Foar»(Tioi ie» «LfanU «t lei Tieillarda plearent aisément.
Les enfants et les vieillards sont plus enclins à pleurer que ceux de moyen âge, mais c'est pour diverses raisons. Les vieillards pleurent souvent d'aflection et de joie ; car ces deux passions jointes ensemble envoient beaucoup de sang à leur cœur, et de là beaucoup de vapeurs à leurs yeux; et l'agitation de ces vapeurs est tellement retardée par la froideur de leur naturel, qu'elles se convertissi ni aisément en larmes, encore qu'aucune tristesse n'ait précédé. Que si quelques vieillards pleurent aussi fort aisément de fâcherie, ca n'est pas tant le tempérament de leur corps que celui de leur esprit qui les y dispose; et cela n'arrive qu'à ceux qui sont si foibles qu'ils se laissent entièrement surmonter par de petits sujets de douleur, de ciainte ou de pitié. Le même arrive aux enfants, lesquels ne pleurent guère de joie, mais bien plus de tristesse, même quand elle n'est point accompagnée d'amour; car ils ont toujours assez de sang pour produire beaucoup de vapeurs; le mouvement desquelles 4iant retardé par la tristesie, elles m convertissent en larmes.