TROISIÈME PARTIE
meilleure ou une plus mauvaise opinion d'eux-mêmes qu'à l'ordinaire.
Art. 152. Pour quAlle cause on peut s'estimer.
Et pour ce que l'une des priiuipaies parties de la sagesse est de savoir en quelle façon et pour quelle cause chacun se doit estimer ou mépriser, je tâcherai ici d'en dire mon opinion. Je ne remarque en nous qu'une seule chose qui nous puisse donner juste raison de nous estimer, à savoir l'usage de notre libre arbitre, et l'empire que nous avons sur nos volontés ; car il n'y a que les seules actiona qui dépendent de ce libre arbitre pour lesquelles nous puissions avec raison être loués ou blâmés; et il nous rend en quelque façon semblables à Dieu en nous faisant maîtres de nous-mêmes, pourvu que nous ne perdions point par Acheté les droits qu'il nous donne.
An. 161. En quoi tonsisfe la géDérosité»
Ainsi je crois que la vraie générosité, qui fait qu'uB homme s'estime au plus haut point qu'il se peut légitimement estimer, consiste seulement partie en ce qu'il connott qu'il n'y a rien qui véritablement lui appartienne que cette libre disposition de ses volontés, ni pourquoi il doive être loué ou blâmé sinon pour ce qu'il en use bien ou mal, et partie en ce qu'il sent en soimême une ferme et constante résolution d'en bien user, c'està-dire de ne manquer jamais de volonté pour entreprendre et exécuter toutes les choses qu'il jugera être les meilleures; ce qui est suivre parfaitement It vertu.
Aat. ISi. (hi'tUe empêche qn'on ne méprisa les antret.
Ceux qui ont cette connoissance et sentiment d'eux-mêmes se persuadent facilement que chacun des autres hommes les peut «usai avoir de soi, pour ot qs^il n'y i rito en cela qui dépende
264 LES PASSIONS BË L'âME
d'autrui. (Test pourquoi ils ne méprisent jamais personne; et, bien qu'ils voient souvent que les autres eominetlent des faute:» qui font paiulirc leur foiblesse , ils sont toutefois plus enclins à les excuser qu'à les blâmer, et à croire (jue c'est plutôt par manque de connoissance que par manque de bonne volonté qu'ils les connneltent; et, comme ils ne peuvent point être do beaucoup iiiférieurs à ceux qui ont plus de bien ou d'bonneui^, ou même qui ont plus d'esprit^ plus de savoir, plus de beauié, ou généralement qui les surpassent en quel(]ues autres perfections, aussi ne s'estimenl-ils point beaucoup au-dessus de ceux qu'ils surpassent, à cause que toutes ces choses leur semblent être fort peu considérables à comparaison de la bonne volonté; pour laquelle seule ils s'estiment, et laquelle ils supposent aussi èire ou du moins pouvoir être en chacun des atjtres hommes.
Art. IftS. Kn qmoi consLU rbuiuililè vertuêuii*.
Ainsi les plus généreux ont coutume d'être les plus humbles; et l'humilité verlueus»; ne consiste qu'en ce que la réflexion que nous faisons sur riniirmilé de notre iiatui'e et sur les fautes que nous pouvons autiefois avoir commises ou sommes capables de commettre, qui ne sont pas moindres que celles qui peuvent être commises par d'autres, est cause que nous ne nuus préférons à personne, et que nous pensons que les autres ayant leur libre arbitre aussi bien que nous, ils en peuvent aussi biei) user.
Art. 151. UiiA^^As «OQt 1m propriité^ Je la géuéroaité, et comment «lit Mrt de remède contre tous les déréglemeuUs de» pasdioiis.
Ceux qui sont généreux en celle façon sont naturellement portés à faire de grandes choses, et toutefois à ne rien entreprendre dont ils ne se sentent capables; et pour ce qu'ils n'estinjent rien de plus grand que de faire du bien aux autres hommes et de mépriser son propre intérêt, pour ce sujet ils soni toujours parfaitement courtois, allables et ofûcieux envers un