‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 78 sur 90 · RECHERCHE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

QV1, A ILLB tmi

IT •&!(« LE SlCOrnS Dl LA HKLiCIOlf OD DE LA PHILOSOPIIB

DiTRHMINB LIS OPINIONS QUI DOIT AVOIR

n lONNÊTE lOMMB fUR TOUTES LES ClOSIt

QUI PECYEMT FAIRB L'OBJIT

DE SES VCN«tE«l. ET PÉNÈTRE DAKS LES lECRBTt

DKI SCIEMCEf LLS PLOt CVBIBOSBE.

iTÀNT- PROPOS

n n^esLpi» nécessaire que l'honnête homme ait hi tom lef livres ni qu'il ait appris aiec soin tout ce que Ton enseigne dans les écoles; bien plus, ce serait un ^ioe de son éducation i*i] a¥oit consacré trop de temps aux lettrei. 11 a bien d'autres choses à faire dans la ne, et il doit la diriger de manière que la plus grande partie lui en reste pour l'employer à de belles ao [ tions que sajwprcjaison^devroit lui enseigner, l'il ne recevoil des leçons que d'elle seule. Mais il Tient ignorant au monde, et comme les connoissances de son premier âge n'ont d'autre appui que la foiblesse des sens ou l'autorité des maîtres , il eal presque impossible que son imagination ne soit remplie d*unt intinité de penaées fouiaei tYant que la raison puisse prendra

PAR L\ LUMItRB NATURELLE 385

^J^en^îlrej^ ; tellement que, par la suite, il a besoin d'un bon nature! ou des fréquentes leçons d'un homme sage, tant pourjedélivrer des fausses doctrines jui se sont emparées de son esprit que pour jeter les premiers fondements de quelque / science solide, et découvrir toutes les voies par lesquelles il peut élever ses connoissances jusqu'au degré le plus haut qu'elles puissent atteindre.

C'est ce que je me suis proposé d'enseigner dans cet ouvrage; j'ai voulu mettre au jour les véritables richesses de nos âmes, en ouvrant à chacun la voie qui lui fera trouver en lui-même , et sansjjen^empninter aux ajjtres, la science qu^JuTêsTnécessaire pour régler sa vie et pour acquérir ensuite, en s'exerçant. toutes, li^ connoissances les plus curieuses que l'esprit humain puisse posséder.

Mais, de peur que, dès le commencement, la grandeur de mon dessein ne frappe votre esprit d'un étonnement tel qu4 vous n'ajoutiez pas foi à mes paroles, je vous avertis que ce qui j'entreprends n'est pas aussi diflicile qu'on pourroit se l'imagi* ner ; car les connoissances qui ne dépassent pas la portée de l'esprit humain sont unies entre elles par un lien si merveilleux, et peuvent se déduire les unes des autres par des consé- [ quences si nécessaires, qu'il n'est pas besoin de beaucoup d'art et de sagacité pour les trouver, pourvu qu'on sache commencer par les plus simj>les et s'éjeyerjgar jdegi^s jujq^ su-

blimes. C'est ce que je tâcherai de démontrer ici à l'aide d'une suite de raisonnements si clairs et si vulgaires que chacun pourra juger que, s'il n'a pas découvert les mêmes choses que moi, cela vient uniquement de ce qu'il n'a pas jeté les yeux du meilleur c<^té ni attachéjesj^ensé^ jur les mêmes objets que noi, et que je ne mérite pas plus de gloire pour avoir lait ces découvertes que n'en mériteroit un paysan pour avoir trouvé par hasard à ses pieds un trésor qui depuis longtempi auroit échappé à de nombreuses recherches.

Et certes je m'étonne que parmi tant d'excellents esprits qui tussent réuiei en cela beaucoup mieux que moi, aucun ne se

.l.-IJ

aS6 RBCHERCUË DE LA VÉRITÉ

soil trouvé qui ait daigné y porter son attention, et quo presque tous aient imité ce*» voyageurs qui, abandonnant lajoute rojale pour prendre un ctiemin de traverse, errent parmi les ronces et Iwjréçipices.

Mais ce que d'autres ont su ou ignoré, ce n'est pas ce que je veux examiner ici. U suffira de noter que, toute la science que nous pouvons désirer fûtnsUe renfermée dans les livres, cependant ce qu'ils ont de bien se trouve mêlé à tant de choses inutiles et dispersé dans uiie masse de si vastes volumes, qu'il nous faudroit, pour les lire, plus de temps ({ue la vie humaine ne nous en fournit, et de plus grands efforts d*esprit pour en extraire les choses utiles qu'il n'est besoin pour les trouver de nous-mêmes.

rir^nc lieu d'espérer que le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici une voie plus facile , et quejfi^v^tés que je vais émettre ne seront pas rejetées, bien que jiuuiies-emprunte ni à Platon ni à Âristote; mais qu'il en sera d'elles comme des pièces de mon noie qui n'ont pas moins de prix lorsqu'elles sortent de la bourse d'un paysan que lorsqu'elles sortent du trésor public. En outre^ j'ai donné mes soins à rendreœs^vérités également utiles à tous les hommes : et à cette fin je n'ai pu trouver de style plus convenable que celui de ces conversations où chacun expose familièrement à ses amis la meilleure partie de ses pensées; et sous les noms d'Emioxe , de VoXiandrt et ^ÈfinXèmxm je suppose^n homme doué d'un esprit médiocre, mais dont le jugement n'est corrom£upar aucune opinion^fousse^ et dont U raison est encore telle qu'il l'a reçue de la nature; et qui, dans sa maison de campagne, où il habite, est^Tisilé par deux des hommes de ce siècle les pl^^vides de connoissancet et dont l'esprit esL le plusjéU;ndu , l'unji'ayant jamais étudié, Tau^, au contraire, sachantjrès-bien tout ce qu'on peut apprendre dans les écoles. Et là, entre autres discours que chacun d'eux pourra imaginer de lui-même , ou que lui fourniront les circonstances du litu et tousJesjobjetsjiLxlnHmant^^ parmi les- ^ii«ls jt Iwr (tni souvent prendre des exemples pour rendrt

leurs concep lions plus claires, là, dis-je, ils établissent de la sorte le sujet dont ils traiteront jusqu'à la fin de ces deux livres

POLIANDRE, ÉPISTÉMON, EUDOXS.

PoLiANDRK. Je vous tfouvo tellement heureux d'aroir découvert toutes ces belles choses dans les livres grecs et latins qu'il me semble que si je m'étois livré autant que vous à ces études, je différerois autant de ce que je suis maintenant que les anges de vous. Et je ne peux excuser l'erreur de mes parents, qui, persuadés que les lettres amollissent l'esprit, m'envoyèrent à la cour et à l'armée dans un âge si tendre que toute ma vie j'auiai à gémir d'être ignorant, à ce point, si je n'apprends quelque chose de vos entreliens.

ÉPISTÉMON. Ce que vous pouvez apprendre de meilleur, c'est que le désir de savoir, désir commun à tous les hommes, est un mal incurable; car la curiosité augmente avec la science; et comme les inlirmités de notre esprit ne nous affligent qu'autant que nous les connoissons, vous avez sur nous une espèce (i'avanlage, c'est de ne pas vour tout ce qui vous manque aussi clairement que nous voyons tout ce qui nous manque à nousmêmes.

EuDoxk;. Est-il possible, Épistémon, que vous, si savant, puissiez vous persuader qu'il y a dans la nature un mal assez universel pour qu'on ne puisse y appliquer aucun remède? Quant à moi, je pense que comme en chaque pays il se trouve assez de fruits et de rivières pour apaiser la faim et la suif de tous les honnnes qui l'habitent, de même, il est assez de vérités que l'on peut connoitre dans toute matière pour satisfaire pleinement la curiosité des esprits sains; et je regarde le corps d'un hydropique comme n'étant guère plus malade que l'esprit de ceux qui sont continuellement agités par une curiosité inlatiable.

ÉnsT. Oui, j'ai entendu dire autrefois que nos désirs ne peu-

Page 1