Ç8 RBCHSROBB OB LA VÉRITÉ
/ vent s'étendre jusqu'aux iliusesqui nous paroissent impossibles*, mais on peut savoir tant de ciioses qu'il nous est évidemment possible d'apprendre, et qui sont non-seulement honnêtes et Igréable?, mais encore fort utiles pour la conduite de la vie, que je ne crois pas que jamais quelqu'un en sache assez pour n'avoir pas toujours de légitimes raisons qui lui fassent désirer d'en savoir davantage.
EuD. Que direz- vous doue de moi, si je vous afiirnie que je -— ne désire plus rien ap[)reiidre, et que je suis aussi content de ma petite science que Diogène l'étoil jadis de son tonneau, bien que pour cela je n'aie pas besoin de sa philosopiiie? b^n effet, les connoissances de mes voisins ne limitent pas les miennes, comme leurs champs environnent de toutes parts ce peu de t rre que )e possède ici, et mon esprit, dirigeant à son gré toutes les vérités iju'il a trouvées, ne cherche pas à en découvrir d'autres; mais il jouit du même repos que le roi il'un pays qui seroit séparé de
/tous les autres de manière que ce roi s'imaginât qu'on ne trouve au delà que des déserts stériles et des montagnes inhabitables.
Épist. Si tout autre me tenoit ce langage, je lui croirois trop d'orgueil ou trop peu de curiosité; mais la retraite que vous êtes venu chercher dans cette solitude, et le peu de soin que vous prenez pour vous faire connoître, écartent de vous tout soupçon d'ostentation. D'un autre côté, le temps que vous avez employé auparavant à voyager, à visiter les savants, à examiner tout ce qui s'étoit découvert de plus difficile dans chaque science, nous donne la certitude que vous ne manquez pas d<i curiosité; en sorte que je n'ai rien autre chose à dire sinon que je vous regarde comme entièrement content, et que je crois votre science plus purfaite que celle des autres.
Eui». Je vous rends grâce de nourrir une si bonne opinion de moi; mais je n'abuserai pas de votre bienveillance jusqu'à vouloir que, sur la seule foi de mes paroles, vous croyiez ce que j'ai dit. Jamais il ne faut émettre de propositions si éloignées de la croyance vulgaire ai l'on na peut en même temps lei appuyer
de quelques effets. Kt pour cette raison je vous prie tous deux de vouloir bien demeurer ici pendant cette belle saison, afin que je puisse vous montrer clairement le peu que je sais. Car j'ose me promettre que non-seulement vous recormoîtrez que j'ai raison d être content, mais de plus vous serez vous-mêmes pleinement satisfaits des choses que vous aurez apprises.
ÉpiST. Je ne veux pas refuser une faveur que je désiroik d( irdemment.
PoL. Quant à moi , il me sera très-agréable d'assister à cet entreti«'n^ bien que je ne croie pas pouvoir en tirer aucun fruit.
EuD. Croyez au contraire, Poliandre, qu'il sera pour vous de la plus grande utilité, parce que votre esprit est libre de préjugés, et qu'il me sera plus facile d'amener au bon parti celui qui n'en suit aucun, qu'Épistémon, que nous trouverons souvent du parti opposé. Mais pour que vous conceviez plus distinctement de quelle nature est la doctrineque je vais vous exposer, permettez que je vous supplie de noter l^iiïérence qui existe entre les sciences et les simples connoissances qui s'acquièrent sans le secours du raisonnement, comme les langues, l'histoire, la géographie et, en général, tout ce qui ne dépend que de l'ex- (^rience. Je concède, il est vrai, que la vie d un homme ne suffiroit pu pour acquérir l'expérience de lowt ce qui est dans le monde ; mais je suis convaincu que ce sero une folie à quelqu'iyi de le désirer, et que ce n'est pas plus le devoir d'un honnêé* homme de .savoir le grec ou le latin que le suisse ou le basbreton, et l'histoire de l'empire romano-germanlque que celle du moindre État qui se puisse trouver dans l'Europe. Il ne doit consacrer son loisir qu'à des choses utiles et honnêtes, et ne remplir sa mémoire que de ce qui est le plus nécessaire. Quant aux sqgnc^qui ne sont autre chose que des jugements certains ^ue nous appuyons sur quelque connoissance précédemment icquise, les unes se déduisent de choses vulgaires et connues de tout le monde, les autres d'expériences^pTusTares et qui exigent beaucoup d'habileté. J'avoue qu'il est impossible que nous trai-
AECHERCHI DB la VÉfittB
tioiis en particulier de toutes ces dernières; en eflel, nous devrions d'abord examiner^JoiUfisJfiS.herbes,jet toutes les pierres qu'on nous apporte des Indes ; nous devrions avoir vîiTe phénix, toef ne rien ignorer de ce qu'il y a de plus merveilleux dans la nature. Mais je croirai avoir suffisamment tenu mes promesses n , en vous expliquant les vérités qui peuvent être déduises d'objets vulgaires et connus de chacun, je vous rends capables de trouver de vous-mêmes toutes les auties, si toutefois vous jugez qu'elles vaillent la peine qu'on les cherche.
PoL. Je crois aussi que c'est là tout ce que nous pouvons désirer, et je serois content pour peu que vous m'apprissiez ces questions qui sont si célèbres que personne ne les ignore, par exemple, celles gui concernent la Divinité, l'ftme raisonnable, les vertus, la récompense^ui les attend, etc.; questions que je compare à ces antiques familles qui sont reconnues de chacun pour très- illustres, bien que tous leurs titres de noblesse soient enfouis sous les ruines du passé. Car je ne doute pas que les premiers qui ont amené le genre humain à croire à toutes ces choses n'aient employé de valables raisons pour les prouver; mais ces raisons ont été depuis s[ rarement repliées, qu'il n'est personne qui les sache ; et cependant les vérités qu'elles établissent sont si importantes que ta prudence nous force d'yjivoir une foi aveugle, au risque de nous tromper, plutôt que d'attendre que nous ayons sur elles des notions plus exactes dans la vie future.
Épist. Quant à moi, je suis un peu plus curieux, et volontiers je désirerois, en outre, que vous m'expliquassiez quelques difficultés particulièies que je rencontre dans chaque science, et principalement dans ce qui a rapport aux secrets des arts, aux spectres, aux prestiges, bref à tous les effets merveilleux qui sont attribués à la magie. Car je pense qu'il convient de savoir ces choses, non pour nous en servir, mais pour que nulle chose inconnue ne puisse étonner notre jugement»
Edd. J'essayerai de vous satisfaire tous les denx^ et pour itdupter un ordre que nous puissions con^rver jusqu'à la fin^je
PAR LA LtJMIËRB NATURELLI È9\
désire d'abord, Poliandre, que nous nous entretenions de toutes '«s choses que renferme le monde, en les considérant en ellesmêmes; mais qu'Ëpistémon n'interrompe notre discours que le moins possible, parce que ses objections nous forceroient souvent à nous écarter de notre sujet. Ensuite nous considérerons de nouveau toutes ces choses, mais sous un autre point de vue^ c'est-à-dire en tant qu'elles se rapportent à nous et qu'elles peuvent être appelée!! vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises. C'est alors qu'Épistémon trouvera l'occasion d'exposer toutes les diffinultés que les discours précédents ne lui sembleront pas avoir levées.
PoL. Dites-nous donc quel ordre vous observerez dans l'explication de chaque chose.
EuD. Nous commencerons par l'âme raisonnable, parce qu'elle est le siège de toutes nos connoissances; et après avoir considéré sa nature et ses effets, nous arriverons à son auteur; et une fois que nous connoUrons quel il est et comment il a créé toutes les choses qui sont dans le monde^ nous noterons ce qu'il y a de plus certain touchant les autres créatures, et nous examinerons comment nos sens perçoivent les objets et comment nos pensées sont rendues vraies ou fausses; ensuite je vous placerai devant les yeux les travaux matériels de l'homme, et après vous avoir frappé d'admiration à la vue des machines les plus puissantes, des automates les plus rares, des visions les plus spécieuses et des tours les plus subtils que l'art puisse inventer, je vous en révélerai les secrets, qui sont si simples que vous perdrez toute admiration pour les œuvres de nos mains. Nous arriverons ensuite aux œuvres de la nature, et après vous avoir montré la cause de tous ses changements, la diversité de ses propriétés, et la raison pour laquelle l'âme des plantes et des animaux 'liffère de la nôtre, je vous ferai considérer l'architecture des cnoses qui tombent sous les sens. Et après vous avoir raconté lout ce qu'on observe dans le ciel et ce qu'on peut en conclure de certain, je passerai aux conjectures les plus saines sur les choses qui ne peuvent être déterminées par l'homme, pour vous
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