‹ uvres choisies de Descartes [microform]Chapitre 86 sur 90 · DE DB8CARTE · texte numérisé non relu

DE DB8CARTE

n'attribuez le mot creaviS qu'à l'existence des choses), illat disposuit et fecit; car c'est en Dieu une ni^ine chose de vouloir, d'entendre et de créer, sans que l'un précède l'autre, mquidem ratiom, (Lett. ex, tom. I, pag. 494.)

L«i TériU* éternelles sont les lois qnê Ditn a établies par sa Tolonté svr la natare.

Les vérités mathématiques, que vous nommez éternelles, ont été établies de Dieu et en dépendent entièrement, aussi bien que tout le reste des créatures. C'est en effet parler de Dieu comme d'un Jupiter ou d'un Saturne, et l'assujettir au Styx e1 aux destinées, que de dire que ces vérités sont indépendantes de lui. Ne craifjnez point, je vous prie, d'affirmer et de publier partout que c'est Dieu qui a établi ces lois dans la nature, ainsi qu'un roi établit des lois en son royaume; or, il n'y en t aucune en particutier que nous ne puissions comprendre, si notre esprit le borne à la considérer, et elles sont toutes mentibu» nottri» ingenitŒf ainsi qu'un roi imprimeroit ses lois dans le cœur de tous ses sujets, s'il en avoit aussi bien le pouvoir. Au contraire, nous ne pouvons comprendre la grandeur de Dieu, encore que nous la connoissions ; mais cela même que nous la jugeons incompréhensible nous la fait estimer davantage, ainsi qu'un roi a plus de majesté lorsqu'il est moins familièrement connu de ses sujets, pourvu toutefois qu'ils ne pensent pas être sans roi, et qu'ils le connoissent assex pour n'en pas douter.

On vous dira que si Dieu avoit éttbii ces vérités, il les pourroit changer, comme un roi fait ses lois ; à quoi il faut répondre que oui, si sa volonté peut changer, llair je les comprends commp étemelles et immuables* Et moi je juge de même de Dieu. Mais sa volonté eat libre. Oui; nuis sa puissance est incompréhensible, et, généraleuMity nous pouvons bien assurer que Dieu seul faire tout ce que dmi pountts comprendre, mais non

pas qu'il ne peut faire ce que nous ne pouvons pas comprendre; car ce seroit témérité de penser que notre imagination a plu? d'étendue que sa puis&ince. (ï.ett. civ, tom. II, pag. 478.)

Siiit<i tle eetU double upiniou, que Dieu est le maître «le» véritéii éUruelles.

et que loi ê6u\ fait leur vérité.

Pour la difficulté de concevoir comment il a été libre et indifîérent à Dieu de faire qu*il ne fût pas vrai que les trois angles d'un triangle fuî>î>eut éyaux à deux droits, ou généralement, que les contradictoiies ne peuvent être ensemble, on la peut aisément éloigner, en considérant que la puissance de Dieu ne peut avoir aucunes bornes; puis aussi ({ue noti-e esprit est 6ni et créé de telle nature qu'il peut concevoir comme possibles les choses que Dieu a voulu être véritablement possibles, mais non pas de telle nature qu'il puisse concevoir comme possibles celles que Dieu auroit pu rendre possibles, mais qu'il a toujours voulu rendre impossibles; et de plus, encore que Dieu ait voulu que quelques vérités fussent nécessaiies, ce n'e^t pas à dire qu'il les ait néoessairemeul voulues; car c'est tout autre chose de vouloir qu'elles fussent nécessaires et du le vouloir nécessairement, ou d'être nécessité à le vouloir. J'avoue bien qu'il y a des contradictions qui sont si évidentes que nous ne les pouvons représenter à notre esprit sans que nous les jugions entièrement impossibles, comme celles que vous propose* : que Dieu auroit pu faire que les créatures ne fussent point dépendantes de lui. Mais nous ne devons point nous les représenter pour couiiuitre l'immensité de sa puissance, ni concevoir aucune priorité entre son enten<lement et >a volonté; car l'idée que nous avons de Dieu nous apprend qu'il n'y a en lui qu'une seule action toute simple et toute purt; ot que œs mots de saint Auguslni expri-

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