TROISIÈME Ï>ARTIE
sioii ; et la peur ou l'épouvante, qui est contraire à la hardiesse^ n'est pas seulement une froideur, mais aussi un trouble et un étonnement de l'âme qui lui ôte le pouvoir de résister aux maux qu'elle pense être proches.
Art. 175. De Tusage de la lâcheté.
Or, encore que je ne me puisse persuader que la nature ait donné aux hommes quelque passion qui soit toujours vicieuse et n'ait aucun usage bon et louable, j'ai toutefois bien de la peine à deviner à quoi ces deux peuvent servir. Il me semble seulement que la lâcheté a quelque usage lorsqu'elle fait qu'on est exempt des peines qu'on pourroit être incité à prendre par des raisons vraisemblables, si d'autres raisons plus certaines qui les ont fait juger inutiles n'avoient excité cette passion; car, outre qu'elle exempte l'âme de ces peines, elles sert aussi alors pour le corps, en ce que, retardant le mouvement des esprits, elle empêche qu'on ne dissipe ses forces. Mais ordinairement elle est très-nuisible , à cause qu'elle détourne la volonté des actions utiles ; et pour ce qu'elle ne vient que de ce qu'on n'a pas assez d'espérance ou de désir, il ne faut qu'augmenter en soi ces deux passions pour la corriger.
Art. 176. De Tusage de la peiir.
Pour ce qui est de la peur ou de l'épouvante, je ne vois point qu'elle puisse jamais être louable et utile; aussi n'est-ce pas une passion particulière, c'est seulement un excès de lâcheté^ d'étonnement et de crainte, lequel est toujours vicieux, ainsi que la hardiesse est un excès de courage qui est toujours bon, pourvu que la fin qu'on se propose 'soit bonne ; et pour ce que la principale cause de la peur est la surprise, il n'y a rien de meilleur pour s'en exempter que d'user de préméditation et dé se préparer à tousMes événements, la crainte desquels la peut causer.
Art. 177. Da remords.
Le remords de conscience est une espèce de tristesse qui vient du doute qu'on a qu'une chose qu'on fait ou qu'on a faite n'est pas bonne^ et il présuppose nécessairement le doute : car, si on étoit entièrement assuré que ce qu'on fait fût mauvais, on s'abstiendroit de le faire, d'autant que la volonté ne se porte qu'aux choses qui ont quelque apparence de bonté; et si on étoit assuré que ce qu'on a déjà fait fût mauvais, on en auroit du repentir^ non pas seulement du remords. Or l'usage de cette passion est de faire qu'on examinç si la chose dont on doute est bonne ou non^ ou d'empêcher qu'on ne la fasse une autre fois pendant qu'on n'est pas assuré qu'elle soit bonne. Mais, pour ce qu'elle présuppose le mal, le meilleur seroit qu'on n'eût jamais sujet de la sentir ; et on la peut prévenir par les mêmes moyens par lesquels on se peut exempter de l'irrésolution.
Art. 178. De la moquerie.
' La dérision ou moquerie est une espèce de joie mêlée de haine, qui vient de ce qu'on aperçoit quelque petit mal en une personne qu'on en pense être digne : on a de la haine pour ce mal, ou a de la joie de le voir en celui qui en est digne ; et lorsque cela survient inopinément, la surprise de l'admiration est cause qu'on s'éclate de rire, suivant ce qui a été dit ci-dessus de la nature du ris. Mais ce mal doit être petit; car, s'il est grand, on ne peut croire que celui qui l'a en soit digne, si ce • n'est qu'on soit de fort mauvais naturel ou qu'on lui porte beaucoup de haine.
Art. 179. Pourquoi les plus imparfaits ont coutume d'être les plus moqueurs.
Et on voit que ceux qui cftit des défauts* fort apparents, par exemple, qui sont boiteux, borgnes, bossus, ou qui ont reçu