AU SOLEIL COUCHANT
Au centre de la toile, un vieux château; auprès du château, des bestiaux qui vont aux champs ; derrière, un pâtre à cheval qui les conduit ; à gauche , des roches et un chemin pratiqué entre ces roches. Comme ce chemin est éclairé I A droite, lointain avec un bout de paysage. Gela est beau; belle lumière; bel effet, mais effet difficile à sentir, quand on n'a pas habité la campagne. Il faut y avoir vu , le matin , ce ciel nébuleux et grisâtre , cette tristesse de l'atmosphère, qui annonce encore du mauvais temps pour le reste de la journée. Il faut se rappeler cette espèce d'aspect blême et mélancolique que la pluie de la nuit a laissé sur les cha,njps , et qui donne de l'hu-
meur au voyAgenr, lorsque au point du jour il se lève et s'en va, en chemise et en bonnet de nuit, ouvrir le volet de la fenêtre de l'auberge, et voir le temps et la journée que le ciel lui promet.
Celui qui n'a pas vu le ciel s'obscurcir à l'approche de Forage, les bestiaux revenir des champs, les nuages s'assembler, une lumière rougeâtre et faible éclairer le haut des maisons ; celui qui n'a pas vu le paysan se renfermer dans sa chaumière, et qui n'a pas entendu les volets des maisons se fermer de tous côtés avec bruit ; celui qui n'a pas senti l'horreur, le silence et la solitude de cet instant s'établir subitement dans tout un hameau, n'entend rien au commencement de Y Orage de Loutherbourg.
J'aime, dans le premier de ces deux tableaux, la fraîcheur et le site; dans le second , j'aime le vieux château et cette porte obscure qui y donne entrée... Les nuages qui annoncent l'orage sont lourds, épais, et simulent trop le tourbillon de poussière, ou la fumée... d'accord. La vapeur rougeâtre... Cette vapeur est crue... d'accord encore, pourvu que vous ne parliez pas de celle qui couvre ce moulin qu'on voit à gauche. C'est une imitation sublime de la nature. Plus je la regarde, moins je connais les limites de l'art. Quand on a fait cela, je ne sais plus ce qu'il y a d'impossible.