‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 138 sur 153 · IT · texte numérisé non relu

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et couchant que je choisirais par goût. Il est d'un accord étonnant, c'est le plus beau site ; aune certaine distance, c'est l'illusion la plus parfaite ; cependant, môme forme à toutes les roches ; la nature n'a point cette uniformité : elle place de petites choses à côté des grandes ; ce sont en elle des formes bizarres, irrégulières tant de couleur que d'effet. C'est à regret que j'insiste sur ces minuties ; je ne devrais pas les apercevoir devant cette sublime harmonie qui nous enchantait; mais je n'y suis plus, sa magie n'agit pas, et l'absence du charme me rend à toute mon impartialité.

Il y a peu d'artistes qui sachent comme celui-ci disposer des figures dans un paysage et les faire aussi bien ; elles sont presque toujours telles que dans les premiers morceaux dont je vous ai parlé, grandes et belles encore dans les autres.

Venons à présent au tableau dont je vous ai déjà entretenu et que je tiens de son amitié. La reconnaissance a eu son moment, il faut que l'équité ait le sien*. Je persiste ; le ciel, les eaux, l'arbre déchiré, les nues sont dé la plus grande beauté, mais je ne m'en impose pas sur le reste. En dépit des attraits de la propriété, je ne suis pas aussi content des roches, de la terrasse et des figures. Les figures sont un peu colossales, je le sens, et il n'y a pas assez de liaison entre elles, elles ne font pas masse ; peut-être le moment choisi ne le voulait-il pas. Ce sont des passagers qui s'échappent les uns après les autres d'un vaisseau qui vient d'échouer ; les matelots qui sont sur le devant pourraient être sinon plus beaux, plus agissants, du moins, occupés à une fonction plus décidée. .Après cela j'espère que vous m'en croirez, si je vous dis que le malheureux qui ramasse les débris de ses effets

* M. Léon Lagrange croit pouvoir at- des Regrets (t. I*"-), on s'assurera que

tribuer le contraste entre ces lignes du c'est Diderot qui a voulu payer VernetJ

Salon de 1769 et le fragment enthou- ce qui ne permet pas de penser que ce/

siaste des Regrett à cette mention du motif ait été pour quelque chose dans

Livre de liaison. « Le 10 décembre son retour à un sentiment plus juste des

1768 , j'ai reçu pour un tableau que beautés et des défauts de la peinture

i''ai fait pour M. Diderot, 600 livres. » de Yernet. li Von veut bien ne reporter aui notes

et cet autte qui jette au ciel des regards furieux sont de/ la vigueur de Rubens. Un autre trouvera la terrasse blanchâtre, trop égale de lumière et de couleur, aux pierres une môme forme carrée et le ton du bois pourri. Sans prévention, je suis sûr que le temps, en éteignant Téclat de la terrasse, lui donnera toute la vigufeur qu'on y désire à présent. Je ne puis souscrire à la critique sur la forme et le ton des pierres, parce que c'est Timitation d'une nature que j'ai tant vue et qu'on ne connaît pas quand on n'a pas habité une contrée de montagnes et de marécages. Ah I si les figures étaient un peu moins fortes I II n'y a point de remède à cela ; mais heureusdment je m'accommode à ce défaut.

N'oubliez pas qu'il nous manque huit énormes compositions de Vernet dont ce vilain M. dé Laborde nous a privés. {Salon de 1769.)

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