LE PÈRE DE FAMILLE , LE COMMANDEUR , CÉCILE , SAINT-ALBIN, GERMEDIL
CÉCILE, qui, la première, aperçoit Germeuil, court à lui et lui crie, — Germeuil, où allez-vous?
SAINT-ALBIN s'avancc vers lui et lui crie avec fureur, — Traître, où est-elle? Rends-la-moi, et te prépares à défendre ta vie.
LE PÈaEiB DE FAMILLE, couraut après Saint-Albin. — Mon filsl
CÉCILE. — Mon frère... Arrêtez... Je me meurs... {Elle tombe dans un fauteuil,)
LE COMMANDEUR , au Père de famille. — Y prend-elle intérêt? Qu'en dites- vous?
LE PÈRE DE FAMILLE. — Gcrmeuil, retircz-vous .
GERMEUIL. — Monsieur, permettez que je reste.
SAINT-ALBIN. — Quo t'a fait Sophie? Que t'ai-je fait pour me trahir?
LE PÈRE DE FAMILLE, toujours à GcrmeuH. — Vous avez commis une action odieuse.
SAINT-ALBIN. — Si ma sœur t'est chère; si tu la voulais, ne valait-il pas mieux?... Je te l'avais proposé.,. Mais c'est par une trahison qu'il te convenait de l'obtenir... Homme vil, tu t'es trompé... Tu ne connais ni Cécile, ni mon père, ni ce Commandeur qui t'a dégradé, et qui jouit maintenant de ta confusion. . . Tu ne réponds rien. . . Tu te tais.
GERMEUIL, avec froideur et fermeté, — Je vous écoute, et je vois qu'on ôte ici l'estime en un moment à celui qui a passé toute sa vie à la mériter. J'attendais autre chose.
LB PÂRB DE FAMiLLB» — N'ajoutez pas la fausseté à la perfidie. Retirez-vous.
GBRMBUiL. — Je ne suis ni faux ni perfide. SAINT-ALBIN. — Quelle insolente intrépidité I LE COMMANDEUR, à Germeutl, — Mon ami, il n'est plus temps de dissimuler. J'ai tout avoué.
GERMEUiL. — Monsieur, je vous entends, et je vous reconnais.
LE coBfMANDEXjR. — Que veux-tu dire? Je t'ai promis ma fortune et ma nièce. C'est notre traité, et il tient.
SAINT-ALBIN, ùu Commandeur. — Du moins, grâce à votre méchanceté, je suis le seul époux qui lui reste.
GERMEUIL, au Commandeur. — Je n'estime pas assez la fortune, pour en vouloir au prix de l'honneur; et votre nièce ne doit pas être la récompense d'une perfidie... Voilà votre lettre de cachet.
LE COMMANDEUR, en la reprenant . — Ma lettre de cachet I Voyons, voyons.
GERMEUIL. — Elle serait en d'autres mains, si j'en avais fait usage.
SAINT-ALBIN. — Qu'ai-jc euteudu? Sophie est libre I
GERMEUIL. — Saint-Albin, apprenez à vous méfier des apparences, et à rendre justice à un homme d'honneur. Monsieur le Commandeur, je vous salue. (// sort.)
LE PÈRE DE FAMILLE,. avec regret. — J'ai jugé trop vite. Je l'ai offensé.
LE COMMANDEUR, Stupéfait^ regarde sa lettre de cachet. — Ce l'est... Il m'a joué.
LE PÈRE DE FAMILLE. — Vous méritez cette humiliation.
LE COMMANDEUR. — Fort bien , encouragez-les à me manquer ; ils n'y sont pas assez disposés.
SAINT-ALBIN. — Eu quelque endroit qu'elle soit, sa bonne doit être revenue... J'irai. Je verrai sa bonne ; je m'accuserai; j'embrasserai ses -genoux; je pleurerai; je la toucherai ; et je percerai ce mystère. {// vapour sortir.)
CECILE, en le suivant. — Mon frère I
SAINT-ALBIN, à Céctlc, Laissez-moL Vous avez des intérêts qui ne sont pas les miens ^