‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 46 sur 153 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

CÉCILE, GËRMEUIL.

(Cécile se jette dans on fauteuil et penche tristement la tête sur set mains.)

GËRMEUIL. — Je vois votro inquiétude , et j'attends vos reproches.

CÉCILE. — Je suis désespérée... Mon frère en veut à votre vie.

GERMETJiL. — Sou défi * uo siguifie rien : il se croit offensé, mais je suis innocent et tranquille. .

CÉCILE. — Pourquoi vous ai-je cru? Que n'ai-je suivi mon pressentiment I... Yous avez entendu mon père.

GËRMEUIL. — Votre père est un homme juste, et je n'en crains rien.

CECILE. — n vous aimait, il vous estimait.

GËRMEUIL. — S'il eut CCS Sentiments, je les recouvrerai.

CÉCILE. — Vous auriez fait le bonheur de sa fille... Cécile eût relevé la famille de son ami.

GËRMEUIL. — Ciel ! il est possible *?

CÉCILE, à elle-même, — Je n'osais lui ouvrir mon cœur... désolé qu'il était de la passion de mon frère, je craignais d'ajouter à sa peine... Pouvais-je penser que,

* YABiAiin : Sa lettre.

* YAHiAim : Ciel ! qu'entend»-je ?

malgré Topposition, la haine du Commandeur... Ahl Germeuil 1 c'est à vous qu'il me destinait.

GERMBUiL. — Et vous m'aimiez I... Ahl... mais j'ai fait ce que je devais... Quelles qu'en soient les suites, je ne me repentirai point du parti que j'ai pris... Mademoiselle, il faut que vous sachiez tout.

CÉCILE. — Qu'est-il encore arrivé?

GERMEUIL. — Cette femme...

CÉCILE. -7 Qui?

GERMEUIL. — Cette bonne de Sophie...

CÉCILE. — Eh bien ?

GERMEUIL. — Est assiso à la porte de la maison ; les gens sont assemblés autour d'elle ; elle demande à entrer, à parler.

CÉCILE, se levant avec précipitation^ et courant pour sortir, — Ah Dieu!., je cours...

GERMEUIL. — Où ?

CÉCILE. — Me jeter aux pieds de mon père.

GERMEUIL. — Arrêtez, songez...

CÉCILE. — Non, monsieur.

GERMEUIL. — Ecoutez-moi.

CÉCILE. — Je n'écoute plus.

GERMEUIL. — Cécile... Mademoiselle...

CÉCILE. 7— Que voulez -vous de moi ?

GERMEUIL. — J'ai pris mes mesures. On retient cette femme ; elle n'entrera pas ; et quand on l'introduirait, si on ne la conduit pas au Commandeur, que dira-t-elle aux autres qu'ils ignorent?

CÉCILE. — Non, monsieur, je ne veux pas être exposée davantage. Mon père saura tout; mon père est bon, il verra mon innocence ; il connaîtra le motif de votre conduite, et j'obtiendrai mon pardon et le vôtre.

GERMEUIL. — Et cette infortunée à qui vous avez accordé un asile?... Après l'avoir reçue, en disposerezvous sans la consulter?

CÉCILE. — Mon père est bon.

GERMEUIL. — Voilà votro frère.

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