‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 47 sur 153 · CÉCILE, GERMEUIL, SAINT-ALBIN · texte numérisé non relu

CÉCILE, GERMEUIL, SAINT-ALBIN

Saint-Albin entre à pas lents; il a Tair sombre et farouche, la tète, basse, les bras croisés, et le chapeau renfoncé sur les ^eux.)

CECILE se jette entre Germeuil et lut, et s'écrie : — Saint-Albin ! . . . Germeuil I . . .

SAINT-ALBIN, à GermeuiL — Je vous croyais seul> monsieur ^

CÉCILE. — Germeuil, c'est votre ami ; c'est mon frère.

GERMEUIL. — Mademoiselle, je ne Toublierai pas. (// s'assied dans un fauteuil.) ,

SAINT-ALBIN, 5e jetant dans un autre, — Sortez ou restez ; je ne vous quitte plus.

' CÉCILE, à Saint- Albin, — Insensé I... Ingrat I... Qu'avez-vous résolu?... Vous ne savez pas...

SAINT-ALBIN. — Je u'cu sais que trop !

CÉCILE. — Vous vous tpompez.

SAINT-ALBIN, en se levant. — Laissez-moi. Laissez-nous... {S' adressant à Germeuil en portant la main à son épée :) Germeuil... (Germeuil se lève subitement,)

CÉCILE, se tournant en face de son frère, lui crie : — 0 Dieu!... Arrêtez... Apprenez... Sophie...

SAINT-ALBIN* — Eh bien, Sophie ?

CÉCILE. — Que vais-je lui dire?

SAINT-ALBIN. — Qu'eu a-t-il fait? Parlez, parlez.

CÉCILE. — Ce qu'il en a fait ? Il l'a dérobée à vos fureurs... Il l'a dérobée aux poursuites du Commandeur... Il l'a conduite ici... Il a fallu la recevoir... Elle est ici, et elle y est malgré moi... {En sanglotant, et en pleurant,) Allez, maintenant ; courez lui enfoncer votre épée dans le sein.

SAINT- ALBIN. — 0 ciel ! puis-jc le croire I Sophie est ici!... Et c'est lui?... C'est vous?... Ah, ma sœur! Ah,

* Ce mot, ajouté à la représentation, nous a paru bon à conserver.

mon ami I... Je. suis un malheureux. Je suis un insensé.

GBRMEUiL. — Vous êtes uu amant *.

SAINT- ALBIN. — Cécile, Germeuil, je vous dois tout... Me pardonnerez-vous ? Oui, vous êtes justes ; vous aimez aussi ; vous vous mettrez à ma place, et vous me pardonnerez... Mais elle a su mon projet : elle pleure, elle se désespère, elle me méprise, elle me hait... Cécile, voulez-vous vous venger? voulez-vous m'accabler sous le poids de mes torts? Mettez le comble à vos bontés... Que je la voie... Que je la voie un instant...

CÉCILE. — Qu'osez-vous me demander?

SAINT-ALBIN. — ^Ma sœuT, il faut que je la voie ; il le faut.

CÉCILE. — Y pensez-vous ?

GERMEUIL. — Il ne sera raisonnable qu'à ce prix *.

SAINT-ALBIN. — Cécilc 1

CÉCILE. — Et mon père ? Et le Commandeur ?

SAINT-ALBIN. — Et quo m'importe?... Il faut que je la voie, et j'y cours,

GERMEUIL. — Arrêtez.

CÉCILE. — Germeuil I

GERMEUIL. — Mademoiselle, il faut appeler.

CÉCILE. — 0 la cruelle vie ! ' [Germeuil sort pour appeler^ et rentre avec mademoiselle Clairet, Cécile s'avçmce sur le fond.)

SAINT-ALBIN lui sttisit la main en passant, et la baise avec transport. Il se retourne ensuite vers Germeuil, et lui dit en l'embrassant : — Je vais la revoir I

CÉCILE, après avoir parlé bas à mademoiselle Clairet, continue haut, et d'un ton chagrin : — Conduisez-la. Prenez bien garde.

GERMEUIL. — Ne perdez pas de vue le Commandeur.

SAINT-ALBIN. — Je vàis revoir Sophie ! (// s*avance, en écoutant du côté où Sophie doit entrer, et il dit :) J'entends ses pas... Elle approche... Je tremble... je frissonne... U semble que mon cœur veuille s'échapper de

* Cette repartie était supprimée à la ' YiBUifTB à la représentation : 0 la représentation. cruelle complaisance !

* Suppriqié à la représentation.

moi, et qu'il craigne d'aller au-devant d'elle. Je n'oserai lever les yeux... je ne pourrai jamais lui parler.

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