CÉCILE, GERMEUIL, SAINT-ALBIN
Saint-Albin entre à pas lents; il a Tair sombre et farouche, la tète, basse, les bras croisés, et le chapeau renfoncé sur les ^eux.)
CECILE se jette entre Germeuil et lut, et s'écrie : — Saint-Albin ! . . . Germeuil I . . .
SAINT-ALBIN, à GermeuiL — Je vous croyais seul> monsieur ^
CÉCILE. — Germeuil, c'est votre ami ; c'est mon frère.
GERMEUIL. — Mademoiselle, je ne Toublierai pas. (// s'assied dans un fauteuil.) ,
SAINT-ALBIN, 5e jetant dans un autre, — Sortez ou restez ; je ne vous quitte plus.
' CÉCILE, à Saint- Albin, — Insensé I... Ingrat I... Qu'avez-vous résolu?... Vous ne savez pas...
SAINT-ALBIN. — Je u'cu sais que trop !
CÉCILE. — Vous vous tpompez.
SAINT-ALBIN, en se levant. — Laissez-moi. Laissez-nous... {S' adressant à Germeuil en portant la main à son épée :) Germeuil... (Germeuil se lève subitement,)
CÉCILE, se tournant en face de son frère, lui crie : — 0 Dieu!... Arrêtez... Apprenez... Sophie...
SAINT-ALBIN* — Eh bien, Sophie ?
CÉCILE. — Que vais-je lui dire?
SAINT-ALBIN. — Qu'eu a-t-il fait? Parlez, parlez.
CÉCILE. — Ce qu'il en a fait ? Il l'a dérobée à vos fureurs... Il l'a dérobée aux poursuites du Commandeur... Il l'a conduite ici... Il a fallu la recevoir... Elle est ici, et elle y est malgré moi... {En sanglotant, et en pleurant,) Allez, maintenant ; courez lui enfoncer votre épée dans le sein.
SAINT- ALBIN. — 0 ciel ! puis-jc le croire I Sophie est ici!... Et c'est lui?... C'est vous?... Ah, ma sœur! Ah,
* Ce mot, ajouté à la représentation, nous a paru bon à conserver.
mon ami I... Je. suis un malheureux. Je suis un insensé.
GBRMEUiL. — Vous êtes uu amant *.
SAINT- ALBIN. — Cécile, Germeuil, je vous dois tout... Me pardonnerez-vous ? Oui, vous êtes justes ; vous aimez aussi ; vous vous mettrez à ma place, et vous me pardonnerez... Mais elle a su mon projet : elle pleure, elle se désespère, elle me méprise, elle me hait... Cécile, voulez-vous vous venger? voulez-vous m'accabler sous le poids de mes torts? Mettez le comble à vos bontés... Que je la voie... Que je la voie un instant...
CÉCILE. — Qu'osez-vous me demander?
SAINT-ALBIN. — ^Ma sœuT, il faut que je la voie ; il le faut.
CÉCILE. — Y pensez-vous ?
GERMEUIL. — Il ne sera raisonnable qu'à ce prix *.
SAINT-ALBIN. — Cécilc 1
CÉCILE. — Et mon père ? Et le Commandeur ?
SAINT-ALBIN. — Et quo m'importe?... Il faut que je la voie, et j'y cours,
GERMEUIL. — Arrêtez.
CÉCILE. — Germeuil I
GERMEUIL. — Mademoiselle, il faut appeler.
CÉCILE. — 0 la cruelle vie ! ' [Germeuil sort pour appeler^ et rentre avec mademoiselle Clairet, Cécile s'avçmce sur le fond.)
SAINT-ALBIN lui sttisit la main en passant, et la baise avec transport. Il se retourne ensuite vers Germeuil, et lui dit en l'embrassant : — Je vais la revoir I
CÉCILE, après avoir parlé bas à mademoiselle Clairet, continue haut, et d'un ton chagrin : — Conduisez-la. Prenez bien garde.
GERMEUIL. — Ne perdez pas de vue le Commandeur.
SAINT-ALBIN. — Je vàis revoir Sophie ! (// s*avance, en écoutant du côté où Sophie doit entrer, et il dit :) J'entends ses pas... Elle approche... Je tremble... je frissonne... U semble que mon cœur veuille s'échapper de
* Cette repartie était supprimée à la ' YiBUifTB à la représentation : 0 la représentation. cruelle complaisance !
* Suppriqié à la représentation.
moi, et qu'il craigne d'aller au-devant d'elle. Je n'oserai lever les yeux... je ne pourrai jamais lui parler.