‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 49 sur 153 · IL W · texte numérisé non relu

IL W

tout permis avec eux. Mais, monsieur, j'ai des parents aussi.

SAINT-ALBIN. — Je les connaîtrai. J*irai ; j'embrasserai leurs genoux ; et c'est d'eux que je vous obtiendrai.

SOPHIE. — Ne l'espérez pas. Ils sont pauvres, mais ils ont de l'honneur... Monsieur, rendez-moi à mes parents; rendez-moi à moi-même ; renvoyez-moi.

SAINT-ALBIN. — Demandez plutôt ma vie ; elle est à vous.

SOPHIE. — O Dieu! que vais-je devenir? {A Cécile, à Germeuil, d'un ton désolé et suppliant :) Monsieur... mademoiselle... {Ft se retournant vers Saint- Albin :) Monsieur, renvoyez-moi... renvoyez-moi... Homme cruel, faut-il tomber à vos pieds? M'y voilà. {Elle se jette aux pieds de Saint- Albin,)

' SAINT- ALBIN tombe aux siens en la relevant et dit : — Vous, à mes pieds ! C'est à moi à me jeter, à mourir aux vôtres.

SOPHIE, relevée. — Vous êtes sans pitié... Oui, vous êtes sans pitié... Vil ravisseur, que t'ai-je fait ? quel droit as-tu sur moi?... Je veux m'en aller... Qui est-ce qui osera m'arrêter? Vous m'aimez?... vous m'avez aimée?... vous?

SAINT-ALBIN. — Qulls le diseut.

SOPHIE. — Vous avez résolu ma perte... Oui, vous l'avez résolue, et vous l'achèverez... Ah ! Sergi! {En disant ce mot avec douleur, elle se laisse aller dans un fauteuil; elle détourne son visage de Saint-Albin et se met à pleurer,)

SAINT- ALBIN. — Vous détoumez vos yeux de moi... Vous pleurez. Ah! j'ai mérité la mort... Malheureux que je suis! Qu'ai-je voulu ?Qu'ai-je dit? Qu'ai-je osé? Qu'ai-je fait?

SOPHIE, à elle-même. -^ Pauvre Sophie, à quoi le ciel t'a réservée I... La misère m'arrache d'entre les bras d'une mère... J'arrive ici avec un de mes frères... Nous y venions chercher de la commisération ; et nous n'y rencontrons que le mépris et la dureté... Parce que nous

sommes pauvres, on nous méconnaît, on nous repousse... Mon frère me laisse... Je reste seule... Une bonne femme voit ma jeunesse et prend pitié de mon abandon... Mais une étoile qui veut que je sois malheureuse, conduit cet homme-là sur mes pas et l'attache à ma perte... J'aurai beau pleurer... ils veulent me perdre, et ils me perdront... Si ce n'est celui-ci, ce sera son oncle... {Elle se lève.) Eh! que me veut cet oncle?... pourquoi me poursuit-il aussi?... Est-ce moi qui ai appelé son neveu?... Le voilà; qu'il parle, qu'il s'accuse lui-même... Homme trompeur, homme ennemi de mon repos, parlez.

SAINT-ALBIN. — Mou CŒur cst inuoceut. Sophie, ayez pitié de moi... pardonnez-moi.

SOPHIE. — Qui s'en serait méfié I... Il paraissait si tendre et si bon!... Je le croyais doux...

SAINT-ALBIN. — Sophic, pardonucz-moi.

SOPHIE. — Que je vous pardonne!

SAINT- ALBIN. — Sophic! (// veut Im prendre la main,)

SOPHIE. — Retirez-vous; je ne vous aime plus, je ne vous estime plus. Non.

SAINT-ALBIN. — 0 Dicu! quc vais-je devenir!... Ma sœur, Germeuil, parlez; parlez pour moi... Sophie, pardonnez-moi.

SOPHIE. — Non. [Cécile et Germeuil s'approchent,)

CÉCILE. — Mon enfant.

GERMEUIL. — C'est uu hommc qui vous adore.

SOPHIE. — Eh bien! qu'il me le prouve. Qu'il me défende contre son oncle ; qu'il me rende à mes parents : qu'il me renvoie ; et je lui pardonne.

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