‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 89 sur 153 · MADAME BERTRAND, MONSIEUR HARDOUIN · texte numérisé non relu

MADAME BERTRAND, MONSIEUR HARDOUIN

MONSIEUR HARDOUIN. — Notro sort cst là dedans.

MADAME BERTRAND. — Je tremble.

MONSIEUR HARDOUIN. — Et moi aussi. Ouvrirai-je ?

MADAME BERTRAND. — OuVrCZ, OUVrCZ vite.

MONSIEUR HARDouiN. — C'est le brevet de votre pension, signé du ministre. Elle est de mille écus.

MADAME BERTRAND. — C'est le double de ce qu*on m'avait offert?

MONSIEUR HARDouiN. — Oui, j'ai bien lu; et réversible sur la tête de votre fils.

MADAME BERTRAND. — La forco me mauquo ; permettez que je m'asseye : monsieur, un verre d'eau, je me trouve mal.

MONSIEUR HARDOUiN, à Un luquats. — Vite , un verre d'eau à madame. (Cependant M, Hardouin la délace; écarte son fichu, et la met un peu en désordre,)

MADAME BERTRAND. — J'ai douc onfiii de quoi subsister l mon enfant , mon pauvre enfant ne manquera ni d'éducation, ni de pain ; et c'est à vous, monsieur, que je le dois ! Pardonnez , monsieur, je ne saurais parler, la violence de mon sentiment m'embarrasse la parole , je me tais; mais regardez -moi, monsieur, voyez et jugez. (Madame Bertrand ne s'aperçoit qu alors de son désordre.)

MONSIEUR HARDOUIN. — Vous u'avcz jamais été de votre vie ni aussi touchante, ni aussi belle. Ah I que celui qui vous voit en ce moment est heureux; j'ai presque dit qu'il est à plaindre de vous avoir servie.

MADAME BERTRAND. — Me pcrmcttrez-vous d'attendre ici M. Poultier ?

MONSIEUR HARDOUIN. — Il faut faire mieux. Cet enfant deviendra grand. Qui sait si quelque jour il n'aura pas besoin de la faveur du ministre et des bons offices du premier commis? Mon avis serait que vous l'allassiez chercher, et que vous le présentassiez à M. Poultier.

MADAME BERTRAND. — Vous avcz raisou, mousieuT. A votre grand sang-froid, qui vous permet de penser à tout, il est aisé de voir que l'exercice de la bienfaisance vous est familier. Je cours chercher mon enfant. Gomme je vais le baiser! Si je ne vous apparais pas dans un quart d'heure, c'est que je serai morte de joie.

MONSIEUR HARDOUIN, cn Itct offrant le bras. — Permettez, madame...

MADAME BERTRAND. — NoD, moDsieur, jc me sens beaucoup mieux.

MONSIEUR HARDOUiN, au laquats, — Donnez le bras à madame, jusque chez elle.

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