‹ uvres choisies de DoratChapitre 106 sur 142 · ÉPITRE D'UN CURE · texte numérisé non relu

ÉPITRE D'UN CURE

De tous nos modernes prélats , Dont l'indolence se promène Sous la moire et le taffetas ; De ces financiers en rabats, Qui dans leurs coupables largesses, De nos dogmes faisant un jeu, Dépouillent le temple de Dieu Pour le Tempe de leurs maîtresses.

Tapi dans l'ombre d'un camail, Je suis un bon homme de prêtre Qui conduit son petit bercail, Et qui se borne à se connoître.

J'espère en la sainte Sion , Et, pour mieux croire à l'Evangile, J'impose un frein à ma raison ; Mais comme j'aime le beau style, Quelquefois sous mon capuchon Je me délasse avec Virgile Des fatigues de l'oraison.

J'ai lu votre drame sublime, Et je n'ai pas été surpris Que les femmes , les beaux esprits , Qui du Pinde assiègent la cime , Et qui régentent tout Paris, De l'art vous décernent le prix Avec un transport unanime.

Mais comme on poursuit les talents î Et combien de censeurs iniques !...

Aguerris à fronder les gens,

Ces ensorcelés de critiques

Disent que les vers sont traînants,

Et les scènes soporifiques ;

Que l'intérêt est divisé;

Que l'action jamais n'avance ;

Qu'on dialogue à toute outrance,

Sans aller au but proposé ;

Qu'aux jeux de mots on s'abandonne

Quand la passion doit agir;

Que l'écrivain toujours raisonne

Au moment qu'il faudroit sentir;

Qu'en un mot, ce chef-d'œuvre ennuie;

Et qu'en dépit des merveilleux ,

La Vestale vaut cent fois mieux

Que la bavarde Mélanie.

O crime, 6 race de pervers !

Miséricorde ! quel blasphème !

Moi, je prononce par moi-même, Et non par ces échos divers, Sur qui je lance l'anathème.

J'ai trouvé beaux le plan, les vers, Tout jusqu'aux discours de la fille ; Prête à quitter cet univers, 11 faut du moins qu'elle babille ; C'est le costume de la grille , Et les mourants sont fort diserts Quand ils expirent en famille.

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