DE L'ALMANACH DES MUSES
Témoin l'oisif Desyvetaux (*) Qui, dans une sage apathie, Ëloignoit tous ces vains travaux, Pour abandonner son repos A la tendre mélancolie.
Le monde, à ses yeux enchantés, N'étoit peuplé que de bergères; Et chalumeaux et panetières Pendoient toujours à ses cotés.
La mort pour lui fut un passage :
Exhalant ses derniers soupirs, Il crut dans un nouveau bocage Renaître à de nouveaux plaisirs.
Il descendit aux sombres rives, Une houlette dans la main ; Et près de lui son air serein Fixa les ombres fugitives.
Ainsi finirent ses beaux jours Évanouis dans la mollesse; Et son nom, qui vivra sans cesse, Fut déposé par la paresse Dans les annales des amours.
O trop heureuse indifférence !
Calme, abandon voluptueux!
(*) Célèbre paresseux de l'autre siècle : il étoit presque toujours en habit de berger, et fît quelques chansons pastorales. Son nom est consacré par les vers de Chapelle , de Chaulieu , et surtout par ce qu'en a dit Voltaire.