‹ uvres choisies de DoratChapitre 139 sur 142 · L'ABSENCE · texte numérisé non relu

L'ABSENCE

J je Temps n'a plus d'ailes pour moi; Ce vieillard à pas lents s'avance :

Mes jours s'envoloient près de toi ; Ils se traînent dans ton absence.

Le soleil ralentit son cours :

Je vois sans cesse la journée Où tu partis environnée Par le cortège des Amours.

Les uns, veillant à la portière, Baissoient les stors officieux, Pour intercepter la lumière Etincelante au haut des cieux :

D'autres, à tes ordres fidèles, Le front serein, l'œil animé, Pour rafraîchir l'air enflammé , Redoubloient le vent de leurs ailes.

Devançant l'essaim qui te suit, D'autres, en courriers plus agiles, Vont reconnoître le réduit, Et l'alcove, aux contours tranquilles, Qu'ils ont destinés à ta nuit.

Moi, je meurs dans l'inquiétude; Et, l'amour plaintif excepté, Pas un, Thaïs, ne m'est resté, Pour consoler ma solitude.

Je ressemble au débile oiseau Que l'on a privé de sa mère; Il soupire sur l'arbrisseau Qui, près d'elle, avoit su lui plaire; Errant de bruyère en bruyère,

Il fuit les lieux de son berceau :

De même, rien ne peut distraire Les longs ennuis de ton amant.

Formé -je un vœu? Dans le moment , Il est suivi d'un vœu contraire.

Quelquefois un folâtre enfant Au globe de feu qui l'éclairé Oppose un verre transparent; A mesure que son caprice Le fait vaciller dans sa main , Les rayons réfléchis soudain , Grâce à ce mobile artifice, Frappent les murs de ce palais, Vont se jouer sur ces vitrages , Promènent des lueurs volages Sur la cime de ces bosquets :

Portés de surface en surface, Prompts à descendre, à remonter, Leur empreinte brille et s'efface Sans que rien la puisse arrêter:

Voilà mon cœur ou son image.

Toi seule fixois mes désirs; Je suis poussé comme un nuage, Et j'ai perdu tous mes plaisirs.

Ce n'est plus pour moi que la terre S'orne de festons verdoyants; Que la musette solitaire Gémit sous les rameaux naissants^

Que des bergers la troupe active

Se groupe au penchant des coteaux ;

Et que de limpides ruisseaux

Roulent une onde fugitive

Sur le gazon qui les captive,

Et peint son émail dans leurs flots.

Loin de toi la nature expire ;

Les jeux désertent ce vallon.

Le souffle léger du Zéphire

Pour moi se change en Aquilon.

A la grotte la plus secrète

Je cherche en vain quelques appas.

Le printemps fleurit sur tes pas;

Il n'est plus où Ton te regrette...

Ah! que fais -tu dans ce moment ?

Loin du tumulte où l'on t'engage,

T'enfonces -tu dans un bocage ,

Pour y songer à ton amant ?

Que l'air siffle, que les vents grondent,

Je ne vois que toi sous les cieux :

Si l'absence interrompt nos nœuds ,

Qu'au moins nos soupirs se répondent.

Que dis-je? à l'heure où je t'écris,

Peut-être un rival, un parjure,

Te fait oublier!... j'en frémis;

Un tel soupçon est une înjur- :

Sois fidèle, et tu m'en punis.

Il est vrai, tout me fait ombrage , L'oiseau qui vole à tes cotés, L'ormeau qui t'offre son feuillage, L'onde qui baigne tes beautés, La glace où se peint leur image ; Et même , excuse un tel aveu , Quoique ton serin parle peu^ Je suis jaloux de son ramage.

Mais , chassons ces vaines frayeurs.

J'ai revu la retraite sombre Qui, dans le secret de son ombre, Voilà tes premières faveurs.

L'amour y scella nos tendresses; J'y viens rêver à mes douleurs.

L'arbre témoin de mes caresses Voit à ses pieds couler mes pleurs :

Je baise le gazon propice Dont tes charmes ont approché, Le sable où tes pas ont touché, Et la verdure protectrice Sous qui mon bonheur fut caché.

C'est moi-même qui le cultive, Le myrte à jamais fortuné, Le myrte que tu m'as donné Avant de quitter cette rive.

Sous mes yeux il s'épanouit,

Et deviendra digne peut-être, Ou de Thaïs qui le chérit , Ou de l'Amour qui le fit naître.

Jamais l'inclémence des airs N'offensa son tendre feuillage; Il brave, à l'abri de l'orage, Le souffle glacé des hivers.

Au retour de la jeune Aurore, Je l'arrose chaque matin; Je ne m'en fierois point à Flore, D'un soin qu'elle réclame en vain, Et veux seul embellir encore L'arbre sacré de mon jardin.

Croîs, lui dis -je, Thaïs l'ordonne; Avec toi croîtra mon amour. - Puissent tes feuilles quelque jour Se voir tresser pour sa couronne!

Oui; qu'elle t'envie à son tour, Que ta verdure s'épaississe , Et que ta tige s'arrondisse, Pour l'ombrager à son retour !

4o LES BAISERS.

XVIIIe BAISEI

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