SCÈNE VIII
RÈGULUS seul.
Dieux ! m'auroit-il trahi ? Me voilà libre enfin ! Malheureux ! quels combats s'élèvent dans mon sein ! Combien j'ai dévoré de soupirs et de larmes ! Quoi, je vais vous briser, nœuds si remplis de charmes !. Pardonne, chère épouse, au rigoureux devoir Qui m'a fait un tourment du plaisir de te voir. Je souhaite en secret, et je crains ta présence. Pleurs que j'ai retenus, coulez en son absence. Mais que faisoit mon fils ?.. mes yeux ne l'ont point vu. . . Je le perds , il échappe à ce cœur éperdu ; Je mourrai sans le voir!... Toi sa mère, ô Marcie! J'aurai fait en tout temps le malheur de ta vie. Enchaînée à mon sort dès tes plus jeunes ans, Tu m'as sacrifié tes jours les plus brillants; Et voilà donc le prix de ta noble tendresse, De ce cœur courageux , qui pour moi s'intéresse ! Si je pars, des bourreaux m'attendent loin de toi... N'importe; j'ai promis, je garderai ma foi. Vous, du salut public autrefois les victimes, Retracez à mes yeux vos dévoûments sublimes.
i3o RÉGULUS,
Intrépides Romains, magnanimes héros, J'aperçois vos autels, et non pas vos tombeaux. La vie est un moment; la mort n'est qu'un passage ; Mais le nom qu'on s'est fait s'étendra d'âge en âge. Il n'est rien qu'à la fin le temps n'ait abattu; Tout périt, hors la gloire, et surtout la vertu.
( se retournant vers la statue de Bellone. )
Sœur terrible du dieu qui préside aux batailles, Qui cimentas de sang ces antiques murailles, A mes juges, Rellone, inspire ta fureur. Puissé-je en ce moment leur transmettre mon cœur ! Souviens-toi des combats, des jours où sur ta trace Je courois dans nos rangs défier ton audace; Et si tu veux payer tout ce qu'a fait mon bras, A mes concitoyens fais vouloir mon trépas.