AVIS AUX SAGES DU SIECLE
Partout dans nos bourgs, dans nos villes
Pullulent vos admirateurs;
De vous on s'occupe sans cesse.
Multipliant vos traits sacrés ,
Du burin la savante adresse,
Pour satisfaire à notre ivresse,
Vous a cent fois défigurés.
A votre gré tout s'exécute;
Pour rendre vos noms plus fameux ,
La nation fait de son mieux ,
Et par égard vous persécute.
Tout vous sert, censeurs, partisans.
A ces écrits que l'on adore,
Quoique hardis et malsonnants,
Pour donner plus de vogue encore,
On les brûle de temps en temps.
Le moyen de pouvoir se plaindre !
Non, non, respectables rivaux,
L'oubli pour vous n'est plus à craindre;
Cueillez le fruit de vos travaux.
Des passions l'obscur nuage
Offusque la jeune saison :
Le jour tardif de la raison
Doit éclairer l'hiver du sage.
Aux athlètes qui sur vos pas
Se hasardent dans la carrière ,
O mes maîtres! ne donnez pas
L'exemple de ces vils combats
Qui font rougir chaque adversaire.
Pour l'honneur de l'humanité, Soyez unis , daignez m'en croire ; Vous avez la célébrité, Il faut songer à votre gloire.
Il est des plaisirs si flatteurs !
Régner sur notre ame attendrie , D'une céleste poésie Déployer les riches couleurs, Abattre d'une main hardie L'hydre affreuse de nos erreurs , Et lancer les foudres vengeurs De cette intrépide éloquence Qui sait arracher l'innocence Au couteau des persécuteurs :
Voilà vos droits, vos avantages.
Soyez toujours nos bienfaiteurs; Et , plus dignes de nos hommages , Achevez enfin par vos mœurs Ce qu'ont ébauché vos ouvrages.
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A M. DE PEZAI