‹ uvres choisies de DoratChapitre 74 sur 142 · M A CATHERINE IL · texte numérisé non relu

M A CATHERINE IL

Pour l'affreux plaisir des tyrans; Tout pouvoir qui nuit et qui blesse, Tout sceptre lâchement porté, Et tout laurier ensanglanté, Sont vils aux yeux de la sagesse.

Quand elle ose élever sa voix, C'est pour ceux que le ciel fit naître Puissants et justes à la fois; A qui l'on permet d'être rois, Parce qu'ils sont dignes de l'être; Pour qui l'auguste vérité N'a point encor perdu ses charmes ; Qui, comme toi, sèchent les larmes De la plaintive humanité; Dont l'inquiète bienfaisance Adoucit les secrets tourments De la courageuse indigence ; Des Muses ranime les chants, Et va répandre l'abondance Dans l'asyle obscur des talents.

Combien il faut que l'on t'admire, Et qu'on répète à l'univers, Qu'une souveraine respire, Dont les yeux sont toujours ouverts Sur l'infortuné qui soupire; Qui prévient ses timides vœux, Et dans un transport généreux, Loin des bornes de son empire,

ÉPITRE ï. 287

Cherche à faire encor des heureux !

Ainsi ce globe de lumière, Qui, sous un ciel brillant et pur, Poursuivant sa vaste carrière, Roule des flots d'or et d'azur, D'un seul point luit sur tous les mondes, Eclaire le noir Africain, Blanchit la perle au sein des ondes, Et dans ses cavernes profondes Va mûrir l'or du Mexicain.

Par tes soins il va donc renaître Ce philosophe respecté (*), Et qui fut malheureux, peut-être Pour trop aimer la vérité.

Désormais, vainqueur de l'envie, Dans son heureuse obscurité, Il peut, sans redouter la vie, Aller à l'immortalité.

Homère, Virgile, Pindare, Vous ne lui serez point ravis.

Une faveur sublime et rare Lui rend ses dieux et ses amis; Ses vrais amis, les seuls fidèles,

(* ) Il s'agit ici de Diderot , qui étoit sur le poinr de vendre ses livres, afin de pourvoir à l'éducation de sa fille. Catherine lui fit donner i5ooo francs pour sa bibliothèque, qu'elle lui laissa sa vie durant, en ajoutant à ce bienfait une pension de 1000 francs, comme bibliothécaire des livres qu'elle laissoit à sa garde.

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