A CATHERINE IL
Les seuls que l'on retrouve, hélas!
Au sein des disgrâces cruelles;
Les seuls qui ne soient point ingrats.
Dans le cours de ces doctes veilles,
De ces laborieuses nuits,
Qui font éclore les merveilles
Dont nous allons être enrichis ,
D'un esprit actif et paisible
Il poursuivra ses longs travaux,
Sans craindre le retour horrible
Des soucis pires que les maux.
11 aura du plaisir encore
A voir, dans son humble séjour,
Poindre la clarté de l'aurore
Et les premiers feux d'un beau jour.
Alors, si tu viens à paroître, Toi, sa fille, objet de ses vœux, Des pleurs couleront de ses yeux.
Orgueilleux de t'avoir fait naître, Il osera se croire heureux, Dans l'espoir que tu pourras l'être; Et te soulevant dans ses bras, Bénira la main tutélaire, Qui, par des secours délicats, Tranquillise le cœur d'un père.
Quel grand exemple pour les Leur suprême magnificence .Brille moins dans la récompense
rois
Que dans l'équité de leur choix.
Poursuis, illustre Catherine!
Tu sens ces grandes vérités Par qui sont toujours cimentés Les trônes que le ciel destine A. de hautes prospérités.
Pierre s'élève; la Russie, Pour naître, attendoit ce héros.
Sous les ailes de son génie Il va féconder ce chaos.
En vain son sang brûle et bouillonne Il est toujours maître de soi ; Il sait descendre de son trône, Pour y remonter en grand roi.
Il foule aux pieds ces vains fantômes Qui pou voient retarder ses vœux.
Pierre a su te créer des hommes, Et tu sauras les rendre heureux.
Déjà dans une cour polie Tout sert et prévient tes désirs ; Ta voix excite l'industrie, Le goût ennoblit tes plaisirs.
L'essaim des amours t'environne; Je les vois, jouant près du trône, A la palme auguste des arts Enlacer les fleurs les plus vives; Et réchauffés par tes regards, Ne point envier d'autres rives.
290 A CATHERINE H', ËPITRE L
Tu ne dois pas le dédaigner , Ce culte flatteur et sincère; Plus d'une femme a su régner; Bien peu de reines ont su plaire.
Jouis de ces faveurs des cieux.
Pour moi , caché sous un nuage , Permets que j'échappe à tes yeux.
Content, à l'abri de l'orage, Je ne demande rien aux dieux.
Si j 'a vois été malheureux , Tu n'aurois pas eu mon hommage.
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