AU CHEVALIER DE BONNARD
Xoi qui, pour battre la raison, Pris les hochets de la folie; Toi , qui promets à ta patrie Le philosophique abandon , Les mœurs, l'aisance et le génie Du paresseux Anacréon; J'ai lu vingt fois tes vers aimables : Par le goût même ils sont polis; Chapelle en faisoit de semblables.
Je souffre moins, quand je les lis.
Oui, le premier trésor du sage, Je le sens bien, c'est la santé; Sans elle il n'est plus de bel âge, Sans elle adieu la volupté !
Dans un corps que le mal ravage, En dépit de sa dignité L'ame joue un sot personnage; Et l'œil de la divinité Y cherche à deux fois son image.
Quant à l'amour, ce cher vaurien , Il fuit les rideaux d'un malade,
3o6 AU CHEY. DE BONNARD, ÉPIT. VI.
Pour aller faire une escapade
Près de ceux qui se portent bien.
Le fripon est toujours le même,
Toujours volage, et sans pitié :
Mais si je m'en vois oublié,
S'il désespère un cœur qui l'aime,
Dépendant sans être lié,
Je foule à mes pieds ses guirlandes,
Et je transporte mes offrandes
Sur les autels de l'amitié.