‹ uvres choisies de DoratChapitre 85 sur 142 · A CEUX QUI M'ATTRIBUOIENT · texte numérisé non relu

A CEUX QUI M'ATTRIBUOIENT

LÉPITRE A MARGOT C).

Autrefois trop gaîment, dit-on, Dans mes scandaleux opuscules, J'ai chanté Rosire et Clairon; Alors j'avois peu de scrupules. J'ai frondé sur un autre ton Le philosophique jargon, Et nos amours-propres crédules, Et tous nos charmants ridicules, Dans ce siècle de la raison.

J'ai même , au gré de ma folie , D'encens présenté quelques grains A d'assez profanes lutins Connoissant l'emploi de la vie, Et presque bonne compagnie, A force de goûts libertins.

J'ai narré leurs historiettes :

Dans les annales des boudoirs

(*) Cette Epure à Margot est de l'auteur du roman des Liaisorn dangereuses , M. Choderlos de Laclos.

3i8 A CEUX QUI M'ATTRIBUOIENT

J'ai consigné leurs amourettes.

J'ai conté dans des vers bien noirs Les jolis tours de nos coquettes ; J'ai peint plus d'un illustre sot, Tout fier du succès des toilettes; Mais le vilain nom de Margot Ne fut jamais sur mes tablettes.

Sans doute, aux immenses atours De quelque altesse douairière, Ainsi que Bernard, on préfère L'étroit corset, les jupons courts D'une agile et simple bergère , Croissant sous l'aile des amours, N'ayant pour dot que l'art de plaire, Et la fraîcheur de ses beaux jours :

Mais de Margot que peut-on faire ?

Par qui ce nom fut-il cité, Et dans quel bosquet de Cythère Sera-t-il jamais répété ?

Loin de moi les goûts qu'il faut taire. Je veux pouvoir avec fierté Avouer celle qui m'est chère, L'offrir en déesse à la terre, Dresser un trône à sa beauté , Et semer de fleurs la fougère Où lui sourit la volupté.

Mais, dis-tu, Margot est divine; L'amour même arrangea ses traits.

L'ÉPITRE A MARGOT, ÉPITRE XL 3j9

Eh ! nomme-la Flore ou Corine, Puis nous croirons à tes portraits.

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