A UN CENSEUR INDULGENT
Jljn dépit de vos doux propos,
L'amour-propre n'est point mon guide ;
J'ai très-bien vu tous les défauts
De cette pauvre Adélaïde (*).
Un drame choquant l'unité,
Gulebutant les bienséances,
Doit étourdir la dignité
D'un amateur des vraisemblances.
V ous êtes ému des malheurs ,
Du trouble et des remords d'Alise :
Et moi, s'il faut que je le dise,
Je crois qu'en lui donnant des pleurs,
La nation s'est compromise.
Tançons ce public ignorant,
De nouveautés trop idolâtre,
De s'en aller ainsi pleurant
Contre les règles du théâtre.
(*) Tragédie de l'auteur.
3*o A UN CENSEUR INDULGENT.
Je le sens : mes torts sont affreux D'autant plus que le goût s'épure , Et que nos écrivains fameux Reviennent tous à la nature.
Grâce aux critiques aguerris, Juges profonds, surtout fidèles, Grâce aux poétiques nouvelles Que proposent nos beaux-esprits, Vous conviendrez que dans Paris On voit fourmiller les modèles.
Voilà pourquoi, tels qu'on connoît, Quoique d'humeur très-pacifique, Ont foudroyé mon pathétique...
Dont j'attendois un bel effet.
Ce sont là leurs gaîtés sans doute; Et cependant, pour vivre heureux, Evitez, s'il se peut, la route Où l'on est égayé par eux.
Cueillez des roses pour Thémire ; Adressez-lui d'aimables vers; Célébrez ses jolis travers , Que fait pardonner son sourire; A des succès trop incertains N'immolez point des jours sereins, Le sommeil, le calme et le rire, J^es seuls vrais trésors des humains.
Mais si votre étoile obstinée Vous fait suivre de nos travaux
A UN CENSEUR INDULGENT, ÉP. XII. 3a i La gloriole infortunée Que se disputent vingt rivaux; Bercé par de tristes chimères, De Melpomène enfant soumis, Si vous attachez quelque prix A ses couronnes funéraires, Gardez-vous de vos chers confrères...
Et même un peu de vos amis.