‹ uvres choisies de DoratChapitre 87 sur 142 · AU CHEVALIER DE BONNARD · texte numérisé non relu

AU CHEVALIER DE BONNARD

J Je Tivoli le possesseur charmant Pour bien louer te légua ses finesses; Que je les crains, les vers que tu m'adresses! Ma vanité vient d'y croire un moment.

Mon front ceignoit la palme du génie, Que par tes mains le goût venoit m'offrir ; De tes chansons savourant l'harmonie, Je me laissois doucement pervertir :

Mais je reviens à ma philosophie; J'allois rêver, tu m'apprends à jouir; Le vrai triomphe est dans la modestie, Et l'amour-propre eût gâté mon plaisir.

3a2 AU CHEV. DE BONNA.RD, ÉP. XIII.

Va, nous servons sous la même bannière. Ton compagnon , ton ami , ton égal , Ainsi que toi, je marche en volontaire. Briguant tous deux, dans une aimable guerre, Le prix du cirque et les profits du bal , Le grave honneur qui naît d'un madrigal , Et du plaisir la cocarde légère, On nous a vus aller tant bien que mal De Gnide au Pinde, et du Pinde à Cythère. C'est à Ferney qu'est notre général, En cheveux blancs , professant l'art de plaire ; Il a vieilli sans maître et sans rival. Franchit qui peut ce roc, où Mnémosine Brave la foudre à l'ombre du laurier ! Pour nous, jouant sous l'humble coudrier, Cueillons des fleurs au bas de la colline. L'envie alors pourra nous oublier.

Songeons, ami, que les jeux du bel âge Sont emportés sur les ailes des vents ; L'automne est froid, c'est la saison du sage : Les fous heureux sont tous dans leur printemps. Je m'aperçois que le mien déménage , Et je voudrois saisir, à son passage , Son dernier myrte et ses derniers instants. Il s'est enfui, le temps des deux maîtresses! Sensible et douce, une me reste encor, Et mon désir se borne à ses caresses : Deux sont un bien; mais une est un trésor.

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