‹ uvres choisies de DoratChapitre 9 sur 142 · CHANT · texte numérisé non relu

CHANT

Soulagent tous les cœurs trop long-temps oppressés. Chacun de ces effets est votre heureux ouvrage; Chaque larme versée est pour vous un hommage. Vous tenez dans vos mains le fil des passions, Tout un peuple obéit à vos impressions. Nous ressentons vos feux, nos transports sont les vôtres, Et le cri de vos cœurs retentit dans les nôtres.

Je sais qu'un sage illustre, un mortel renommé, Qui hait tous les humains lorsqu'il en est aimé, Dans un de ces accès où leur aspect l'offense, Déchaîne contre vous sa farouche éloquence. Contre lui cependant je dois vous rassurer: Un sage n'est qu'un homme; il a pu s'égarer. Le monde à ses regards prend un aspect sauvage ; Ne peut-on s'en former une riante image ? Des crédules humains précepteurs rigoureux, Pourquoi nous envier nos mensonges heureux ? Ah ! laissez-nous du moins une douce imposture. L'ingénieuse erreur embellit la nature; Et nous ôter nos arts, nos talents enchanteurs, C'est ravir à la terre et ses fruits et ses fleurs. Sachez donc repousser de frivoles atteintes; Déjà les vents légers ont emporté ses plaintes. Tout sévère qu'il est, on peut le désarmer. Opposez-lui des mœurs, il va vous estimer. Ce n'est pas que je veuille, en sage atrabilaire, Fermer vos jeunes cœurs au désir de nous plaire; La flamme de l'amour peut, dans nos cœurs brûlant,

Allumer et nourrir la flamme du talent.

Ce n'est point cet amour qui fait rougir les Grâces ,

Que le morne Plutus entraîne sur ses traces,

Ou qu'on voit, secouant deux torches dans ses mains ,

Sourire au dieu lascif qui préside aux jardins :

C'est ce dieu délicat, qu'embellit la décence,

Que l'aimable mystère accompagne en silence,

Qui, sans effaroucher les timides désirs,

Verse en secret des pleurs dans le sein des plaisirs.

Pour vous faire adorer, vous respectant vous-même,

Adoptez de Ninon l'ingénieux système;

Et qu'enfin l'amitié, nous fixant à son tour,

Pare encor votre automne, et survive à l'amour.

Voilà par quels moyens et quelle heureuse adresse

Hors du théâtre même une actrice intéresse,

Sur sa trace brillante enchaîne tous les cœurs,

Dompte la calomnie et l'hydre des censeurs.

Sur le sommet du Pinde, au séjour des orages, S'élève un temple auguste, affermi par les âges; Cent colonnes d'ébène en soutiennent le faix; On grava sur les murs les illustres forfaits ; On avance, en tremblant, sous d'immenses portiques ; L'œil s'enfonce et se perd dans leurs lointains magiques. On n'y rencontre point d'ornements fastueux; Tout est, dans ce séjour, simple et majestueux. On y voit des tombeaux entourés de ténèbres, Des fantômes penchés sur des urnes funèbres;

Et l'on n'entend partout que des frémissements. Que sons entrecoupés et longs gémissements. Deux femmes (*) sur le seuil en défendent l'entrée. L'une, toujours plaintive, est toujours éplorée : Ses cheveux sont épars, son front couvert de deuil , Et sa bouche collée au marbre d'un cercueil.

L'autre inspire l'effroi dont elle est oppressée. Son front est fixe et morne, et sa langue glacée. La vengeance, la rage, et la soif des combats, Cent spectres en tumulte accourent sur ses pas. Ses sens sont éperdus; ses cheveux se hérissent; Sa poitrine se gonfle, et ses bras se roidissent. Un feu sombre étincelle en ses yeux inhumains, Et la coupe d'Atrée ensanglante ses mains.

Plus loin règne l'amour, cet amour implacable, De meurtre dégouttant, malheureux et coupable, Qui ne respecte rien quand il est outragé, Court, se venge, et gémit sitôt qu'il est vengé, L'assassin de Pyrrhus, FEuménide d'Oreste, Ce dieu qui d'Ilion hâta le jour funeste, Osa porter la flamme au bûcher de Didon, Et plonger le poignard au sein d'Agamemnon. De ces sombres objets Melpomène entourée, Choisit au milieu d'eux sa retraite sacrée.

Les yeux étincelants, quel vieillard dans ce lieu H Environné d'autels , semble en être le dieu ?

ta ïeneui et la Pitié,

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