LE SERPENT ET LA COLONNE
U n serpent des plus étourdis Sous le parvis d'un temple insulte une colonne;
Et le voilà qui l'environne
De ses innombrables replis.
Il est temps, dit-il, qu'on t'abatte, Que de ton faste antique on délivre les airs. En même temps jaillissent les éclairs
De sa prunelle d'écarlate.
Il s'enfle, il se courrouce, il vomit son poison; Et dans l'accès de sa rage inutile ,
Va contre le marbre immobile Dardant les traits aigus de son triple aiguillon. Un passant qui survient coupe en deux le reptile, Qui, dans l'instant détaché du fronton,
Ensanglante le péristyle , S'agite, et rampe encor sur son double tronçon : Mais, malgré ses efforts, la force l'abandonne; Sa crête, qui pâlit, veut en vain se dresser;
Il meurt au bas de la colonne
Qu'il s'efforçoit de renverser.